La ville-monde
24 octobre 2009

À une semaine des élections municipales, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. En fait, je suis perdu comme un étranger téléporté dans une ville du bout du monde et aux individus parlant une langue qui me serait incompréhensible. Plus je lis les programmes des trois partis qui s’affrontent dans mon district, plus je me sens étranger. Étranger dans ma propre ville. Oublié par des partis municipaux empêtrés dans leurs dogmes multiculturels et insensibles à la réalité la plus criante de toutes: l’anglicisation de notre ville. La dépossession de notre ville. Cette métropole qui fut la nôtre et qui, de jour en jour, devient celle des anglophones et des allophones.

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Bravo, M. Bergeron, pour vos projets verts! Bravo pour vos connaissances en urbanisme! Bravo Mme. Harel pour votre désir de « redémarrer Montréal » et d’y assainir la vie publique! Mais une ville, est-ce seulement une question d’urbanisme et d’intégrité? Du béton et des hommes, voilà tout? Ça ne me plaît pas. Ma ville, c’est bien davantage que cela: c’est un endroit où cohabitent des gens partageant certains idéaux et certaines valeurs. Un regroupement géographique d’humains désireux de se créer un sens commun. Et ce sens, ces valeurs, ce sont les valeurs québécoises: le français, l’égalité des sexes, la laïcité.

Alors, quand je lis, dans le programme de Projet Montréal, que notre ville devrait être entre les mains de « toutes les communautés [culturelles] qui la composent », que « Montréal est le prototype de la ville-monde du XXIe siècle » qui doit accepter une « collaboration mutuelle et d’interculturalité, en résistant à la tentation du repli sur soi », je décroche. Purement et simplement. Je ne peux pas voter pour ça.

À mes yeux, ce concept de « communauté culturelle » ne constitue pas un élément à glorifier ou qui devrait nous rendre fier. C’est plutôt notre incapacité à intégrer adéquatement les immigrants qui a permis à ceux-ci de vivre ici pendant des années sans finir par adopter nos valeurs. Disons les vraies choses: le but, à terme, est d’intégrer les immigrants. Le but, le vrai, c’est qu’un jour ils écoutent les Cowboys Fringants ou Tout le monde en parle, qu’ils regardent du cinéma québécois et qu’ils participent à notre futur collectif en tant que Québécois. Oui, ils peuvent apporter leur spécificité, mais à terme, celle-ci doit finir par se fondre dans notre identité commune au lieu de rester cachée dans un quelconque ghetto du boulevard St-Laurent.

La ville-monde dont parle Projet Montréal, elle ne m’intéresse pas. Je préfère une ville francophone de classe internationale où le français et l’identité québécoise servent de ciment à la vie commune. Paris, Londres, New York; des villes où existe principalement une langue commune et où les identités multiples corésident dans le respect de cette langue et des valeurs du pays. Mettre le sort de la ville entre les mains de « communautés culturelles » constituant surtout des entité réfractaires à l’intégration m’apparaît tout aussi déficient que de donner le pouvoir aux élèves de la maternelle.

Une ville, au-delà du béton, constitue un formidable terreau permettant aux cultures de se mélanger et d’offrir une vivacité, une richesse rayonnant bien à l’extérieur de ses limites géographiques. Mais tout comme une plante ne pourrait grandir sainement dans un petit tas de terre éparpillé sur la table de la cuisine, il faut lui donner des bases solides, lui donner un récipient. Ce récipient, ce pot, c’est notre culture, nos valeurs, cette base permettant à la plante de nos aspirations de croître et d’embellir tout notre pays. Si on laisse les nouveaux arrivants et les anglophones décider à notre place, on obtient une situation cacophonique, un chaos où la cohésion sociale a cédé le pas devant le porridge multiculturaleux d’un fourre-tout empêchant de donner un véritable sens à notre ville.

Alors non, je ne sais pas pour qui voter. Les trois principaux partis politiques ont adopté une vision réductrice et dangereuse de la politique municipale. Ils ont édulcoré leur nécessaire rôle de gardiens des valeurs québécoises et ont relégué l’enjeu de la langue française, devenue minoritaire sur l’île, au rang de sous-catégorie de la diversité culturelle, une petite merde de mouche ne valant même pas la peine qu’on s’en occupe.

Oui, Projet Montréal, malgré ses candidats ne respectant pas le caractère francophone de Montréal, constitue une option intéressante. Mais voilà, justement, il n’y a rien de plus important, à mes yeux, que notre survie collective. Et Projet Montréal, autant que les autres partis – et peut-être même davantage que Vision Montréal, dont on connaît les convictions francophiles de Louise Harel – nuit à la nécessaire francisation des immigrants en lançant le message que Montréal ne constitue pas une ville francophone par choix, mais simplement par histoire, et que le français ne devrait pas avoir plus d’importance que les autres composantes linguistiques ou culturelles de Montréal. Bref, c’est une sorte de trudeauisme, de canadianisation de Montréal qu’espère imposer Projet Montréal: les francophones ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres au sein de cette ville-planétaire.

On me répète que l’enjeu est éthique. Que c’est l’éléphant dans la pièce. Que je devrais me boucher le nez, trahir mes idéaux et voter Projet Montréal. Que je devrais accepter que des anglophones irrespectueux du caractère francophone de Montréal soient élus sous prétexte qu’il y a aurait un tramway ou quelques parcs supplémentaires dans leur ville-cosmique. Non, je ne crois pas.

À choisir, entre une métropole québécoise et corrompue et une ville-intersidérale peinturée en rose-bonbon où les Québécois seraient relégués au rang d’ethnie parmi d’autres, je choisis la première option. J’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant.

Je rêve du jour où les Québécois auront les couilles de se donner une ville réellement francophone et de ne pas avoir peur d’imposer leur culture. Dans le respect des autres, oui, mais de l’imposer tout de même, comme ça se fait partout ailleurs sur la planète chez les peuples qui possèdent un minimum de fierté.

En attendant, et dans l’espoir qu’un jour les Québécois se feront respecter au niveau municipal, je risque d’annuler mon vote le 1er novembre prochain. C’est triste, mais je vote en respectant mes idéaux.

C’est encore l’essence de la démocratie. Cette valeur-là, au moins, on peut encore la conserver…

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Les crétins
15 octobre 2008

Ce n’est pas le Parti Conservateur qui a gagné les élections, mais plutôt ceux qui ne sont pas allés voter, c’est-à-dire plus de 40% des électeurs! Quand on pense qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on ait le droit de vote, j’ai honte.

En fait, j’ai surtout honte car nous avions tout un éventail de choix, de la gauche (Parti Communiste, Parti Marxiste-Léniniste) à la droite (Parti Conservateur) en passant par le centre-gauche (Nouveau Parti Démocratique et Bloc Québécois) et le centre-droit (Parti Libéral). Il y en avait pour tous les goûts. Que quelqu’un ait préféré rester à la maison plutôt que de faire son devoir de citoyen et voter selon ses aspirations, c’est impardonnable.

Ceci dit, on doute parfois de l’intelligence des électeurs. Comment faire autrement, quand on constate la réélection de l’incompétente Josée Verner, trop conne pour savoir qu’elle peut voter dans le comté où elle se prétente et qui n’a donc pas pu voter Parti Conservateur puisque le parti n’avait pas présenté de candidat à son lieu de résidence. Ou encore quand on voit un Maxime Bernier, qui se moque de ses concitoyens (dixit Julie Couillard) tout en « oubliant » des documents top-secret chez sa blonde-qui-doit-faire-taire-les-rumeurs-sur-son-éventuelle-homosexualité obtenir plus de 60% des voix.

Et bien, c’est ça la démocratie. Et mieux vaut voir des idiots aux urnes que des gens qui se pensent intelligents mais qui restent le cul écrasé à la maison au lieu de faire leur devoir de citoyen.

Je préfère 10 000 électeurs qui ont voté Conservateur à un seul crétin qui est resté chez lui le jour du vote.

p.s. Je cherche toujours un programmeur pour bâtir un site web. SVP me contacter.

NPD-PLC: la nécessaire union contre-nature
23 septembre 2008

L’annonce de Jack Layton selon laquelle celui-ci considérait une possible coalition avec le Parti Libéral du Canada (PLC) tombe sous le sens: ensemble, les deux partis pourraient empêcher l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire, fruit de la division du vote de l’opposition. Ceci dit, il y a pourtant un obstacle majeur à cette union, et il est idéologique: comment le NPD, un parti de centre-gauche, pourrait-il faire alliance avec le PLC, de centre-droit?

En effet, et contrairement aux affirmations – peu étayées – de Patrick Lagacé et de Vincent Marissal, le Parti Libéral du Canada n’est pas et n’a jamais été, du moins dans son histoire récente, un parti de gauche.

En voici quelques exemples pêle-mêle:

  • Loi C-17 (1994) : le gouvernement libéral de Jean Chrétien a réduit la durée des prestations d’assurance-emploi et fait passer le taux des prestations de 57 à 55%.
  • Loi C-12 (1996): le même gouvernement a décidé de changer la formule de calcul; désormais on ne calculait plus les semaines de travail, mais plutôt les heures travaillées. Alors que près de 80% des travailleurs étaient couverts, ce nombre est désormais passé à moins de 50%. Puisque ces gens n’étaient plus couverts et ne réclamaient plus d’argent, le gouvernement libéral pouvait ainsi détourner l’argent de la caisse à d’autres fins. Voici d’ailleurs ce qu’écrivait à ce sujet Gaétan Guérard, conseiller syndical au Syndicat de l’enseignement des Deux Rives (SEDR-CSQ) en 2000:

    Le ratio prestataires/chômeurs (p/c), qui est confectionné à partir de données de Statistique Canada est un bon indicateur de la couverture offerte par le régime aux chômeurs . Le niveau de ce ratio est passé de 83% en 1989 à 42% en 1997 . L’état de la couverture de ce régime agonisant est resté critique mais stable à 42% en 1998. C’est donc dire qu’en 1989, 8 chômeurs sur 10 avaient droit aux prestations mais que depuis 1997, environ 6 chômeurs sur 10 n’ont pas droit aux prestations. À force de soi-disant réformes qui ne visaient en fin de compte qu’à démanteler le régime, les conservateurs et libéraux peuvent dire  » Mission accomplie « !

  • Les transferts fédéraux en éducation ont été réduits de près de 2,2 milliards $ entre 1993 et 2006, pénalisant ainsi les étudiants, à qui les provinces ont refilé une partie de la facture.
  • En 1995, les Libéraux ont imposé des compressions à Environnement Canada en plus de couper plus de 40% du financement de Parcs Canada (jusqu’en 1998).
  • En 2000, Paul Martin, alors ministre des finances du PLC, a annoncé les plus importantes baisses d’impôts de l’histoire du pays: 100 milliards en cinq ans. Il a par la suite éliminé l’impôt sur le capital des sociétés et augmenté le seuil d’exemption fiscale pour les cotisations aux REER, qui a permis d’y inclure des revenus de plus de 75 000$ par année. Plus de 30% des avantages de ces baisses d’impôts ont ainsi profité aux 5,3% des contribuables au revenu le plus élevé.
  • Lors des élections de 2006, Paul Martin annonça de nouvelles baisses d’impôts de plusieurs dizaines de milliards de dollars, seulement dépassées en quantité par Stephen Harper et ses 44,9 milliards $.

On le constate, le Parti Libéral du Canada n’est pas un parti de gauche. Il volé les travailleurs en les empêchant de toucher l’assurance-emploi à laquelle ils avaient contribué, il a coupé dans l’environnement, dans l’éducation, il a réduit les impôts des plus aisés et de compagnies faisant déjà d’indécents profits. Il a seulement été battu par un parti encore plus à droite que lui en 2006.

Ainsi, une alliance entre le NPD et les Libéraux serait extrêmement contre-nature (même si Stéphane Dion a légèrement recentré le PLC depuis son élection). Depuis deux décennies que ces deux partis proposent deux visions diamétralement opposées aux citoyens, et là, soudainement, ils s’embrasseraient les uns les autres dans une virile étreinte et iraient boire de la bière et fumer des cigares aux mêmes assemblées? Non, c’est impossible.

Par contre, rien n’empêcherait une alliance ponctuelle. C’est-à-dire que deux ennemis, malgré leurs différences, peuvent reconnaître qu’ils font face à un danger encore plus grand, non seulement pour leurs formations politiques, mais également pour le pays en général. Comme en période de guerre, on pourrait voir un front uni se créer face à la menace d’un gouvernement Harper majoritaire. Il ne s’agirait pas de s’aimer, ni même d’être en accord les uns les autres, mais d’être pragmatiques et d’échanger des circonscriptions prenables.

Par exemple, dans un comté où le Parti Conservateur est en avance mais que l’addition des votes du NPD et du PLC donnerait une victoire claire à l’un ou à l’autre, un des deux candidats devrait se retirer et appeler ses supporters à voter pour l’autre. Contrairement au vote stratégique individuel, qui est une perte d’énergie et de temps, cette stratégie permettrait d’inclure les aspirations des votants dans le prochain gouvernement, en y intégrant des postes de prestige à des candidats de l’autre formation. Ou, plus simplement, permettre une plus grande diversité au Parlement et assurer au parti appuyé qui, s’il fera partie de l’opposition, ne le sera pas dans un contexte majoritaire où il n’a pas de pouvoir.

Jack Layton a fait les premiers pas. À Stéphane Dion maintenant de mettre de côté son égo et d’y répondre. S’il continue de faire l’oreille sourde, il se dirige vers une défaite des plus cinglantes, non seulement pour lui, mais pour la majorité des Canadiens qui ne veulent pas d’un Stephen Harper mettant en oeuvre un troisième mandat Bush au Canada.

Le vote stratégique
16 septembre 2008

Signe que le Bloc Québécois commence à sentir la soupe chaude (et que le NPD a le vent dans les voiles), celui-ci a lancé une campagne de dénigrement du parti de Jack Layton sous le slogan: « 1 vote pour le NPD = 1 vote pour Harper ». On peut voir ce type de pancartes notamment dans la circonscription de Jeanne-Le Ber, où la division du vote fédéraliste avait permis au Bloc de se faire élire lors des dernières élections.

L’idée n’est pas nouvelle: les Libéraux de Paul Martin l’avaient déjà utilisée en 2006 pour attaquer le NPD quand ils avaient réalisé qu’ils risquaient de perdre le pouvoir et c’est un stratagème qui revient régulièrement lorsqu’un parti majeur sent le tapis de dérober sous c’est pied. C’est la stratégie de la dernière chance: le vote stratégique. On essaie de convaincre les électeurs de se boucher le nez et de voter pour un parti qu’ils n’appuient pas pour éviter de se retrouver avec un gouvernement qu’ils détestent encore plus.

Le problème avec cette stratégie, c’est qu’elle nuit à l’esprit démocratique d’une élection et éloigne les électeurs d’un gouvernement qui pourrait être plus près de leurs valeurs et de leurs idéaux.

En effet, que vaut un vote, au juste? A-t-on déjà vu un seul vote faire une différence? A-t-on déjà vu un député se faire élire avec 34 563 votes devant un adversaire qui en aurait eu 34 562? Ça prend beaucoup d’humilité pour le reconnaître, mais individuellement notre vote ne change rien au résultat. Ce vote n’est qu’un poil de gorille, une goutte d’eau dans la piscine ou un grain de pollen perdu dans l’air. Sa présence passe inaperçue, son absence ne crée pas de manque.

En fait, individuellement, la seule raison justifiant de voter est le sentiment d’avoir fait tout ce qui était possible de faire pour exprimer ses valeurs, ses idéaux, sa conception de ce que doit être un bon gouvernement. Entre deux élections je suis passif, je me contente d’être le spectateur morose du grand cirque politique, mais lorsqu’on me demande mon avis je le donne au mieux de mes connaissances et en accord avec ce que je considère être le meilleur choix pour le futur.

C’est la seule raison qui justifie de voter, individuellement.

Or, collectivement, le vote est ultra-puissant. Il fait ou défait les gouvernements, il brise des carrières, détruit des hommes ou en consacre d’autres. Il constitue le grand TOUT du système, l’ignition donnant sa force et son mouvement à la machine gouvernementale. Si je peux contrôler le vote collectif, je contrôle l’issu de l’élection et je serai celui qui influencera les politiques du gouvernement. Le problème, c’est que je ne contrôle que mon vote.

Collectivement, le vote n’est donc que l’amalgame des idéaux et des valeurs de chaque individu. Il est la somme des espérances, craintes, espoirs et appréhensions de chaque citoyen. Il est le ciment qui attend un peu d’air pour prendre et se figer jusqu’aux prochaines élections.

Or, quand on choisit de voter stratégique, on pervertit l’ensemble du processus. Individuellement, on gaspille son vote en appuyant un parti suboptimal qui ne représente pas au mieux ses valeurs et ses intérêts. On se prive donc de cet éternel droit de se plaindre qui est le luxe de ceux qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour faire valoir ce qu’ils croyaient être juste. Collectivement, on annihile les choix légitimes de nos concitoyens en refusant d’être la courroie de transmission permettant aux idéaux de chacun de pouvoir s’exprimer politiquement.

Suivez bien mon raisonnement: si individuellement mon vote ne vaut rien mais que collectivement il est ultra-puissant, en votant « stratégique » non seulement je m’empêche de voter pour le meilleur parti mais en plus j’essaie d’utiliser la puissance du vote collectif non pas au service de mes valeurs et de mes intérêts, mais plutôt pour faire plaisir à un parti qui voit ses appuis diminuer.

En somme, puisque mon vote ne change rien, il ne sert à rien de voter contre un-tel ou pour qu’un-tel puisse battre un-tel autre ou utiliser n’importe quelle autre logique tordue. Mon vote est la preuve de mon existence politique. Si je ne l’utilise pas au mieux de mes valeurs et de mes convictions, il ne sert à rien. Il a la même valeur que celui qui ne se déplace pas voter. En fait, il vaut moins que celui qui s’abstient, car ce dernier le fait peut-être par considération politique et exprime ainsi ses valeurs à la face de la démocratie, alors que celui qui vote stratégique mentit sur ce qu’il est, sur ses idéaux et contribue à empêcher que de la somme des valeurs et idéaux de l’ensemble de la population jaillisse une vérité permettant l’élection d’un gouvernement nous représentant davantage.

Au fait, quel serait le résultat si le vote stratégique fonctionnait et que des dizaines de milliers de sympathisants du NPD votaient pour le Bloc à chaque élection pour bloquer un autre parti? Le NPD ne serait jamais élu et tous ceux qui auraient voté Bloc en se pinçant le nez auraient perdu leur vote, purement et simplement.

Voter stratégique, c’est donc l’apanage des menteurs, des manipulateurs et de ceux qui auront perdu tout droit de se plaindre devant le résultat final. Ils auront gaspillé leur vote, travesti leur réalité et perverti le processus démocratique. Un vote stratégique, c’est un vote perdu.

Car un vote pour le NPD n’est pas un vote pour Harper. C’est un vote pour le NPD. Un vote exprimant la conviction, très personnelle, que le NPD est le meilleur parti pour gouverner ce pays. Et un vote reconnaissant que je ne changerai rien, individuellement, au résultat, mais que je peux voter selon ma conscience et mes valeurs.


À vendredi ou samedi…

Un engagement… à rien du tout
9 décembre 2007

L’idée du PLQ de faire signer un engagement moral aux nouveaux immigrants, statuant qu’ils ont pris conscience des valeurs des Québécois, ne mène nulle part.

En effet, quelle est la force d’un document qui ne force à aucun engagement? Un document signé, c’est un contrat, une entente que prennent deux parties. Et quand une des deux parties ne respecte pas sa signature, il y a des conséquences. Mais quelles seraient les conséquences pour un immigrant refusant obstinément de s’intégrer? Il n’y en a pas.

Voilà encore une fois pourquoi le projet de citoyenneté québécoise de Pauline Marois est une bien meilleure idée: on propose la carotte d’un côté (cours gratuits, aide aux nouveaux arrivants, etc.) MAIS également le bâton (on enlève certains privilèges à ceux qui ne montrent pas le moindre désir de s’intégrer à leur nouvelle communauté).

Grosso modo, signer une feuille de papier disant qu’on va respecter les valeurs québécoises, c’est à peu près comme signer son permis de conduire et dire qu’on va respecter les règles de la sécurité routière. Mais peu importe notre signature; on roule à 120 sur la 20, on oublie le clignotant, on change de voie là où ce n’est pas permis, on ignore les passages pour piétons. Bref, on suit le courant.

Et si on applique ça aux nouveaux arrivants, ça donne quoi? Ça donne des immigrants qui se foutent bien d’apprendre le français, et qui font comme ceux qui sont déjà ici et qui trouveront toujours de toute façon un pauvre petit Québécois assez à-plat-ventriste pour les servir dans une langue étrangère.

En somme, signer un papier qui dit qu’on va respecter les « valeurs québécoises », c’est ni plus ni moins légitimer le statu quo et encourager l’immobilisme chez les immigrants.

La solution, la seule vraie, c’est celle qui passe par les incitatifs et les conséquences. Incitatif: on t’aide à apprendre le français. Conséquence si tu ne le parles pas: personne ne va te comprendre et tu ne vas pas pouvoir communiquer.

Sauf que pour que cette solution fonctionne, il faudrait que les Québécois arrêtent d’agir en laquais toujours sur leurs gardes, prêts à s’avilir pour servir l’autre dans la langue de Shakespeare. Il faudrait enfin être fiers de ce que nous sommes et refuser de parler anglais sur le territoire de notre nation, de Kuujuaq à Gaspé en passant par Montréal-Ouest et Stanstead.

Être nous-mêmes chez nous. Rien que cela. Et exiger le respect. En français.

Le blâme du petit boy-scout
6 novembre 2007

Mario Dumont aime faire le clown et se faire remarquer, avec ses gesticulations et ses phrases-choc, autant de mise en valeur sur le paraître pour cacher l’être. Et il ne manque pas une occasion de surfer sur l’actualité: c’était bien lui qui avait lancé le débat sur les accomodements raisonnables, avant de se rétracter de façon honteuse en discréditant le projet Marois, qui lui cherchait de vraies solutions au problème. Mais voici que Dumont relance le même cirque.

En effet, en proposant une motion de blâme contre le gouvernement Charest, sur la « question des commissions scolaires », Dumont démontre encore une fois la petitesse de sa pensée politique et son attitude irrémédiable de perdant habitué de japper fort de son arrière-banc mais incapable de prendre ses responsabilités en tant que co-participant au pouvoir.

Car on les connaît les positions de Dumont. Il avait bien fait rire de lui lors de la dernière campagne électorale, en proposant l’abolition des commissions scolaires. Mais si le taux de vote à ces élections fut faible dimanche dernier, il ne fut pas anormalement faible, c’est-à-dire qu’il est toujours faible et qu’il ne s’agit donc pas d’un fait nouveau. Cette sortie de Dumont était donc pré-programmée, tel un vieux spectacle d’humour maintes fois présenté qui ne fait plus rire personne, et il ne s’agit pour le chef de l’ADQ que d’une manière de faire encore parler de lui. Et tant pis pour ses responsabilités.

Pourtant, il aurait pu proposer des solutions pour revitaliser la démocratie scolaire. Ça fait huit mois qu’il est au parlement; qu’a-t-il fait en ce sens? Il aurait pu proposer une plus grande latitude des commissions scolaires, davantage de pouvoir pour celles-ci, ou même un système de votation quant aux responsables du ministère de l’éducation. Tout ceci aurait cependant demandé deux choses: de l’imagination et le désir de régler les choses. Dans un premier cas, l’ADQ en est totalement dépourvue, se contenant de marcher le vent dans le dos quand il souffle, et deuxièmement elle avait déjà annoncé son désir d’éliminer ces commissions scolaires au lieu de les aider.

Au fond, on peut se demander: Mario Dumont prônera-t-il l’élimination de la démocratie si le taux de participation aux élections législatives chute? La mission du chef de l’ADQ est-elle d’achever le patient malade au lieu de le soigner? Excusez-moi M. le « cheuf », mais avec des médecins comme ça on n’a plus besoin de bouchers. Ce n’est pas en agissant en boy-scout qu’on participe constructivement à la politique québécoise.

Et le pire, dans toute cette histoire, c’est qu’après avoir crié sur tous les toits que l’Assemblée nationale n’est pas un lieu approprié pour débattre du projet péquiste sur la citoyenneté québécoise, il utilise maintenant notre parlement pour émettre un blâme… parce qu’il « trouve trop évasives les réponses du gouvernement sur les élections scolaires ». Wow, la belle leçon de démocratie. « Tu ne t’intéresses pas à ce que je propose, alors je t’envois une motion de blâme ». Les mains en l’air, fais ce que je dis sinon bang bang t’es mort. À ce compte, chaque parti dont les propositions ne sont pas acceptées blâmerait un autre parti et le parlement deviendrait rapidement une foire. Une chance que l’incohérence ne tue pas, car Dumont serait bien mort huit ou neuf fois!

Pendant que M. Dumont joue sa petite joute de l’égo en mal de publicité, le Québec est en train de définir son futur et d’imaginer comment intégrer les immigrants sans y perdre son identité. Pendant que M. Dumont gesticule devant les médias et fait un fou de lui-même, le PQ et le PLQ assument la gouvernance de cette nation et agissent comme seuls des partis politiques sérieux doivent agir.

Si j’étais Pauline Marois ou Jean Charest, je crois que je me contenterais d’un petit sourire en coin, ou d’un soupir rempli de sous-entendus, du genre « vous connaissez Dumont, n’importe quoi pour attirer l’attention ». Ça vaudra mieux que n’importe quel blâme du petit boy-scout blessé dans son égo de voir « son » parti chuter dans les sondages et être relégué à sa juste place dans la politique québécoise: celle d’un tiers-parti structuré entièrement autour de la personnalité de son chef, et n’ayant aucune existence positive en-dehors de lui.

Le vote émotionnel
26 septembre 2007

Le dernier sondage CROP – La Presse est assez troublant. D’un côté, l’ADQ prend la tête des intentions de vote avec 34%, mais parallèlement on constate que la majorité des électeurs croient que la meilleure personne pour occuper le poste de premier ministre est Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois.

Cette contradiction pourrait s’expliquer aisément si le parti de l’ADQ était plus populaire que son chef. Dans ce cas, les gens voteraient pour l’ADQ malgré le chef. Mais ce n’est pas possible ici, car l’ADQ est avant tout le parti de Mario Dumont; il est à peu près la seule personnalité connue de ce parti et tout, absolument tout dans ce parti découle de ses décisions. C’est le parti de Mario Dumont, et de personne d’autre.

Alors, comment expliquer qu’une partie des voteurs adéquistes croient que Pauline Marois ferait une meilleure première ministre? Je crois qu’il faut parler de la composante émotionnelle du choix.

En effet, l’appui à l’ADQ semble avant tout en être un relié à l’émotion, à la passion, et non pas un choix rationnel et réfléchi. On vote pour l’ADQ parce qu’on suit la vague, parce qu’on veut faire partie de la masse des gens, tels ces bisons qui courent vers la falaise. On suit le courant, et on aime cela; on se sent réconforté par le fait que beaucoup de gens pensent comme soi, et on a confiance dans Mario Dumont et dans son image de bon père de famille réconfortant. On recherche une figure paternelle et Mario Dumont est ce petit père politique qu’on aimerait tant avoir.

Mais quand vient le temps de se questionner sur la question théorique consistant à se demander qui ferait le meilleur premier ministre dans le monde concret, le choix devient immédiatement rationnel. Car même si on se sent émotionnellement attiré par Mario Dumont, on sait que Pauline Marois a davantage d’expérience, est plus capable de travailler en équipe et a davantage la stature d’un chef d’État. Puisque la question est théorique (on ne demande pas « qui souhaitez-vous avoir comme premier ministre ») et ne nous engage pas personnellement, on répond selon sa tête, et la tête nous confirme que Marois a davantage de qualités que Dumont pour occuper le poste.

Ce phénomène du vote (émotionnel) de groupe à l’ADQ trouve son appui dans le concept de la pensée de groupe, tel que développé par Irving Janis en 1972. Selon ce concept, des individus, qui autrement sont tout à fait logiques et rationnels, ont tendance à rechercher un consensus plutôt que d’appréhender rationnellement une situation.

« Le danger d’un tel phénomène est que le groupe peut prendre de mauvaises décisions ou des décisions irrationnelles, même si les individus du groupe auraient personnellement pris une autre décision. Dans une telle situation de pensée de groupe, chaque membre du groupe essaye de conformer son opinion à ce qu’il croit être le consensus du groupe sans se poser la question de ce qui est réaliste. La conséquence est une situation dans laquelle le groupe finit par se mettre d’accord sur une action que chaque membre du groupe croit peu sage. » ((Source))

Ainsi, même si individuellement les gens savent que Pauline Marois ferait une meilleure dirigeante que Mario Dumont, ils votent tout de même pour le parti de Mario Dumont parce qu’ils se conforment et s’identifient à cette nouvelle vague adéquiste. Ils ont soumis leur bon sens rationnel au sentiment sécurisant et émotionnellement gratifiant de la pensée de groupe.

Il y a deux problèmes soulevés par cette constatation de l’aspect intrinsèquement émotionnel de l’appui à l’ADQ.

D’abord, peut-on se fier à un gouvernement élu par des gens ne l’appuyant pas pour ses promesses ou ses politiques, mais parce qu’ils s’identifient à son chef ou à l’image incarné par le parti? N’y a-t-il pas un profond risque de dérapage comme on l’a vu très souvent au cours du siècle lorsque des partis populistes de droite ont pris le pouvoir et on pu agir à leur tête sans craindre le jugement des électeurs, subjugués par le charisme du chef (on pense immédiatement à Hitler, ou plus modérément à Reagan, Thatcher ou Mulroney à ses débuts)?

Ensuite, comment le Parti Québécois pourrait-il exploiter ce vote émotionnel et lui aussi faire vibrer le coeur des gens pour aller chercher des appuis? Car c’est bien là un problème profond: le PQ ne peut pas renier ses idées réfléchies et rationnelles, appuyées par ses militants de longue date, pour espérer conquérir les coeurs. Le parti doit trouver un moyen de contrecarrer l’influence négative de l’ADQ sur le débat des idées et ramener les citoyens à la réalité: on n’élit pas des gens qu’on aime, mais plutôt des gens qu’on croit capable de bien gouverner. Mais comment faire passer le message?

Dans le fond, ce que ce sondage démontre surtout, c’est que les électeurs sont encore un territoire vierge à conquérir. Si pour le moment leur coeur va à Mario Dumont, il ne suffirait peut-être de pas grand chose pour mettre l’accent sur le côté rationnel de la politique et miser sur leur préférence rationnelle envers Pauline Marois.

Car c’est bien beau aimer un parti aveuglément, mais encore faut-il qu’il puisse gouverner rationnellement. Ce qui est loin d’être acquis pour un parti immature et aux politiques irréfléchies comme l’ADQ.

Le Bloc contre-attaque
22 septembre 2007

Les cinq conditions du Bloc Québécois pour entériner le discours du trône sont une excellente occasion pour le parti de reprendre l’offensive, lui qui s’est trop souvent retrouvé cantonné dans des positions un peu complexes et loins des préoccupations quotidiennes des gens.

Premièrement, le Bloc ne veut plus simplement encadrer le pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec; on veut désormais éliminer ce pouvoir. Car si les Conservateurs se targuent d’être des décentralisateurs, contrairement aux Libéraux et aux Néodémocrates selon certains analystes politiques, ils ne traduisent pas cette volonté dans la réalité en empiétant eux aussi sur les champs de compétence provinciaux, notamment en s’ingérant au niveau de la santé et de l’éducation. En réclamant la fin de ce pouvoir, le Bloc tend un piège très difficile à éviter pour… Jean Charest et le PLQ, qui devra maintenant soit s’allier avec un parti souverainiste soit justifier l’acceptation de l’intrusion d’Ottawa dans les affaires de la province.

Deuxièmement, le Bloc exige des Conservateurs l’adoption de Kyoto et la création d’une bourse du carbone à Montréal. Kyoto, largement populaire au Québec, doit devenir un enjeu pour les prochaines élections et le Bloc entend ainsi démontrer que le Parti Conservateur n’en a rien à faire de cette question. Voilà qui pourrait en faire réfléchir plusieurs, surtout dans les centres urbains, où cette question est de plus en plus brûlante (sans mauvais jeu de mot)…

Troisièmement, le Bloc désire que le système de gestion de l’offre soit maintenu dans son intégralité, afin de protéger les agriculteurs des dérives d’une baisse des prix des matières premières dans un contexte de mondialisation des marchés et de déréglementation néolibérale mettant en compétition le milieu agricole québécois et ceux du tiers-monde.

Ensuite, le Bloc exige de l’aide pour les populations au prise avec la crise forestière, une mesure particulièrement appréciée et utile pour la population gaspésienne et celle du nord du Québec.

Et finalement, mais non le moindre, on exige le départ des troupes canadiennes d’Afghanistan en février 2009. Considérant que la très grande majorité des Québécois s’opposent à l’occupation de l’Afghanistan par le Canada, voilà qui devrait inciter plusieurs personnes à ne pas céder aux sirènes conservatrices et à se rappeler qu’un vote pour le Parti Conservateur est effectivement un vote pour la guerre et pour une approche militariste de la politique internationale, faisant effectivement du Canada un pays non seulement qui gaspille ses précieuses ressources pour acheter des armes, mais qui en plus devient une cible pour les terroristes à cause de son attitude belliqueuse.

Ces cinq conditions ne sont pas un feu de paille; elles signifient une prise de conscience majeure au sein du Bloc Québécois sur la nécessité de confronter le Parti Conservateur sur ses points faibles. On prend le pari qu’un parti démontrant un tel mépris pour les valeurs québécoises ne pourra pas obtenir de meilleurs scores que ceux déjà obtenus. Et on fait également le pari que dans un débat entre Harper et Duceppe, le premier ministre ne pourra jamais justifier ses politiques face à l’électorat québécois.

Dans le fond, on a décidé au Bloc que c’était fini de se laisser manger la laine sur le dos et on a décidé de se battre pour les valeurs québécoises, peu importe les implications du jeu politique. Voilà une approche tout à fait honnête qui pourrait rapporter gros dans un monde politique idéal où les gens ont des valeurs bien établies et la conviction de voter selon leurs valeurs.

Mais dans la réalité, qu’en sera-t-il?