La ville-monde
24 octobre 2009

À une semaine des élections municipales, je ne sais toujours pas pour qui je vais voter. En fait, je suis perdu comme un étranger téléporté dans une ville du bout du monde et aux individus parlant une langue qui me serait incompréhensible. Plus je lis les programmes des trois partis qui s’affrontent dans mon district, plus je me sens étranger. Étranger dans ma propre ville. Oublié par des partis municipaux empêtrés dans leurs dogmes multiculturels et insensibles à la réalité la plus criante de toutes: l’anglicisation de notre ville. La dépossession de notre ville. Cette métropole qui fut la nôtre et qui, de jour en jour, devient celle des anglophones et des allophones.

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Bravo, M. Bergeron, pour vos projets verts! Bravo pour vos connaissances en urbanisme! Bravo Mme. Harel pour votre désir de « redémarrer Montréal » et d’y assainir la vie publique! Mais une ville, est-ce seulement une question d’urbanisme et d’intégrité? Du béton et des hommes, voilà tout? Ça ne me plaît pas. Ma ville, c’est bien davantage que cela: c’est un endroit où cohabitent des gens partageant certains idéaux et certaines valeurs. Un regroupement géographique d’humains désireux de se créer un sens commun. Et ce sens, ces valeurs, ce sont les valeurs québécoises: le français, l’égalité des sexes, la laïcité.

Alors, quand je lis, dans le programme de Projet Montréal, que notre ville devrait être entre les mains de « toutes les communautés [culturelles] qui la composent », que « Montréal est le prototype de la ville-monde du XXIe siècle » qui doit accepter une « collaboration mutuelle et d’interculturalité, en résistant à la tentation du repli sur soi », je décroche. Purement et simplement. Je ne peux pas voter pour ça.

À mes yeux, ce concept de « communauté culturelle » ne constitue pas un élément à glorifier ou qui devrait nous rendre fier. C’est plutôt notre incapacité à intégrer adéquatement les immigrants qui a permis à ceux-ci de vivre ici pendant des années sans finir par adopter nos valeurs. Disons les vraies choses: le but, à terme, est d’intégrer les immigrants. Le but, le vrai, c’est qu’un jour ils écoutent les Cowboys Fringants ou Tout le monde en parle, qu’ils regardent du cinéma québécois et qu’ils participent à notre futur collectif en tant que Québécois. Oui, ils peuvent apporter leur spécificité, mais à terme, celle-ci doit finir par se fondre dans notre identité commune au lieu de rester cachée dans un quelconque ghetto du boulevard St-Laurent.

La ville-monde dont parle Projet Montréal, elle ne m’intéresse pas. Je préfère une ville francophone de classe internationale où le français et l’identité québécoise servent de ciment à la vie commune. Paris, Londres, New York; des villes où existe principalement une langue commune et où les identités multiples corésident dans le respect de cette langue et des valeurs du pays. Mettre le sort de la ville entre les mains de « communautés culturelles » constituant surtout des entité réfractaires à l’intégration m’apparaît tout aussi déficient que de donner le pouvoir aux élèves de la maternelle.

Une ville, au-delà du béton, constitue un formidable terreau permettant aux cultures de se mélanger et d’offrir une vivacité, une richesse rayonnant bien à l’extérieur de ses limites géographiques. Mais tout comme une plante ne pourrait grandir sainement dans un petit tas de terre éparpillé sur la table de la cuisine, il faut lui donner des bases solides, lui donner un récipient. Ce récipient, ce pot, c’est notre culture, nos valeurs, cette base permettant à la plante de nos aspirations de croître et d’embellir tout notre pays. Si on laisse les nouveaux arrivants et les anglophones décider à notre place, on obtient une situation cacophonique, un chaos où la cohésion sociale a cédé le pas devant le porridge multiculturaleux d’un fourre-tout empêchant de donner un véritable sens à notre ville.

Alors non, je ne sais pas pour qui voter. Les trois principaux partis politiques ont adopté une vision réductrice et dangereuse de la politique municipale. Ils ont édulcoré leur nécessaire rôle de gardiens des valeurs québécoises et ont relégué l’enjeu de la langue française, devenue minoritaire sur l’île, au rang de sous-catégorie de la diversité culturelle, une petite merde de mouche ne valant même pas la peine qu’on s’en occupe.

Oui, Projet Montréal, malgré ses candidats ne respectant pas le caractère francophone de Montréal, constitue une option intéressante. Mais voilà, justement, il n’y a rien de plus important, à mes yeux, que notre survie collective. Et Projet Montréal, autant que les autres partis – et peut-être même davantage que Vision Montréal, dont on connaît les convictions francophiles de Louise Harel – nuit à la nécessaire francisation des immigrants en lançant le message que Montréal ne constitue pas une ville francophone par choix, mais simplement par histoire, et que le français ne devrait pas avoir plus d’importance que les autres composantes linguistiques ou culturelles de Montréal. Bref, c’est une sorte de trudeauisme, de canadianisation de Montréal qu’espère imposer Projet Montréal: les francophones ne seraient plus qu’une ethnie parmi d’autres au sein de cette ville-planétaire.

On me répète que l’enjeu est éthique. Que c’est l’éléphant dans la pièce. Que je devrais me boucher le nez, trahir mes idéaux et voter Projet Montréal. Que je devrais accepter que des anglophones irrespectueux du caractère francophone de Montréal soient élus sous prétexte qu’il y a aurait un tramway ou quelques parcs supplémentaires dans leur ville-cosmique. Non, je ne crois pas.

À choisir, entre une métropole québécoise et corrompue et une ville-intersidérale peinturée en rose-bonbon où les Québécois seraient relégués au rang d’ethnie parmi d’autres, je choisis la première option. J’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant.

Je rêve du jour où les Québécois auront les couilles de se donner une ville réellement francophone et de ne pas avoir peur d’imposer leur culture. Dans le respect des autres, oui, mais de l’imposer tout de même, comme ça se fait partout ailleurs sur la planète chez les peuples qui possèdent un minimum de fierté.

En attendant, et dans l’espoir qu’un jour les Québécois se feront respecter au niveau municipal, je risque d’annuler mon vote le 1er novembre prochain. C’est triste, mais je vote en respectant mes idéaux.

C’est encore l’essence de la démocratie. Cette valeur-là, au moins, on peut encore la conserver…

La rapacité politique de Louise Harel
3 juin 2009

Voilà, c’est fait: Louise Harel est candidate à la mairie de Montréal. Comme je l’annonçais en primeur le 16 mars 2009, l’ex-ministre péquiste avait déjà pris le contrôle de Vision Montréal et n’attendait que le moment propice pour arriver triomphante à sa tête. Est-il surprenant qu’elle ait choisi de le faire le jour suivant celui où Richard Bergeron lui eut offert son poste à la tête de Projet Montréal?

Comme je l’écrivais:

Pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

Puisqu’il était devenu clair que Projet Montréal n’allait pas se saborder, Harel a opté pour la seconde option: elle a attendu d’obtenir l’appui de Richard Bergeron pour se porter candidate pour Vision Montréal. Elle a joué le jeu à un moment où plusieurs membres de Projet Montréal ont commencé à parler positivement d’elle, tentant de l’attirer, pour ensuite choisir un parti que son réseau contrôlait déjà.

Les gains sont doubles: d’une part elle renforce sa crédibilité au sein de la population en se faisant passer pour une personne hautement demandée par plusieurs partis, de l’autre elle s’assure de la sympathie de Projet Montréal, ce qui ouvre la porte à des ententes ponctuelles entre les deux partis, voire à des appuis réciproques dans différents secteurs. Bref, sans véritablement unir les deux partis, Harel en a presque obtenu le résultat.

Maintenant je me questionne: est-elle si populaire que ce que les sondages laissent entrevoir? Elle planifie son geste depuis des mois, entrant à pas feutrés dans le débat public tout en étant très active en coulisses. Mais comment oublier que le désastre actuel à Montréal a été causé par ses fusions forcées? Comment pourra-t-elle convaincre des résidants de villes ayant disparu sous son règne de lui faire confiance? J’ai hâte de voir.

D’un façon ou d’une autre, j’ai l’impression qu’on prend les citoyens pour des idiots. On leur offre le choix entre un maire en apparence corrompu et une ex-ministre d’un autre temps ayant déjà laissé un triste héritage à la métropole qu’elle espère diriger. On présente chaque partie comme étant au service des citoyens, mais il me semble que le premier est plus à l’écoute d’entreprises à consonnance italienne et que la deuxième est bien trop identifiée à la catastrophe des fusions forcées et au Parti Québécois.

La seule inconnue, ou le seul espoir diront certains, viendra de Projet Montréal. Le parti pourra-t-il conserver son indépendance face à la rapacité politique de Louise Harel?

Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel
16 mars 2009

Quand Louise Harel affirmait que « Montréal est complètement désorganisée », il fallait lire le sous-entendu: « je vais réorganiser Montréal ». L’ancienne député péquiste s’est retirée de la politique provinciale en novembre pour mieux se lancer en politique municipale. Son plan de match: fusionner Projet Montréal et Vision Montréal afin de devenir la mairesse de Montréal.

Selon mes sources, pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

En effet, si on blâme beaucoup le maire Labonté pour son manque de leadership, force est de constater que plusieurs des membres démissionnaires de la dernière année attendent beaucoup de Harel. Qu’on pense simplement à Claire St-Arnaud, ex-conseillère municipale de Maisonneuve-Longue-Pointe et amie de Louise Harel depuis 25 ans. Ou Robert Laramée, qui avait été battu par Benoît Labonté par 839 voix en 2005 (alors que ce dernier était dans le Union Montréal de Gérald Tremblay). Ou Christine Hernandez, ex-présidente de Vision Montréal dans Outremont, qui a fini troisième derrière Union Montréal et Projet Montréal et qui aurait gagné advenant une fusion avec ce dernier parti.

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Les sondages officiels sont catastrophiques pour Vision Montréal: avant même les dernières démissions, le parti obtenait un maigre 26% des intentions de vote, contre 58% pour Union Montéal et 16% pour Projet Montréal. ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 18 octobre 2008, p. a6, En bref, Tremblay en avance)) Pire: même dans un arrondissement très francophone comme Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Gérald Tremblay obtient 67,7 % des intentions de vote, contre 14,9 % pour Benoit Labonté et 14,8 % pour Richard Bergeron ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 6 février 2009, p. a5, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Le parti du maire Tremblay est en avance, selon un sondage, Corriveau, Jeanne)). Des sondages internes produits par le réseau Harel la place pourtant à près de 33% des intentions de vote dans toute la ville et elle espère qu’en prenant le contrôle de Projet Montréal elle réussirait à se hisser devant Gérald Tremblay, qui semble surtout jouir de l’impopularité de ses adversaires. « Harel contrôle déjà Vision Montréal. Labonté est en phase terminale. Elle n’attend que le bon moment pour prendre officiellement le contrôle du parti », m’explique un membre influent de Projet Montréal.

Le problème n’est pas nouveau: au niveau provincial, le Parti Québécois a perdu plusieurs comtés à cause de la division du vote causée par la présence de Québec Solidaire. Les profondes différences idéologiques entre les deux partis ont empêché toute fusion. Dans la situation actuelle, il y a certes des différences majeures au niveau des appuis (QS et le NPD appuient Projet Montréal alors que le PQ est divisé entre le réseau Harel pour Vision Montéal et le réseau de André Lavallée, maire de Rosemont, pour Union Montréal) mais Projet Montréal n’est pas encore largement connu et identifié idéologiquement. En clair, elle espère offrir un poste de prestige à Bergeron et réorienter ce qui resterait des idées du parti après une fusion qui se ferait selon ses convictions. Et elle croit que cela se ferait sans trop de grogne, étant donné que Projet Montréal est relativement nouveau sur la scène municipale.

Ceci dit, il existe une faille majeure dans la stratégie de Louise Harel, outre le désir de Projet Montréal de conserver son identité: elle est trop identifiée au Parti Québécois. Dans une région montréalaise où le PQ termine souvent troisième dans les intentions de vote, quelle impact aurait-elle à la tête d’un nouveau parti fusionné? Et comment réagiraient les progressistes reliés au NPD et à Québec Solidaire face à elle? Elle gagnerait certainement l’est de la ville, mais le Plateau, et l’ouest?

Voilà des questions auxquelles elle devra répondre si elle ne veut pas se planter dans son nouveau jeu des fusions. Car Richard Bergeron a beau être à la tête d’un petit parti peu connu, il s’agit toutefois d’un parti en pleine croissance et qui augmente constamment sa popularité.

Si Mme. Harel est vraiment intéressée par le bien-être de la ville de Montréal, ne devrait-elle pas se joindre à Projet Montréal, appuyant Richard Bergeron de la force de son expérience, au lieu de grenouiller et de chercher à torpiller une des plus belles initiatives citoyennes montréalaises depuis des années? Montréal ne mérite-t-elle pas mieux à sa tête qu’une ex-ministre ayant causé tout le cafouillage actuel avec ses fusions forcées?