Obama: Yes We Can, mais quoi au juste?
18 janvier 2009

yes-we-can-obamaJe ne suis plus capable d’entendre parler de l’investiture de Barack Obama. Nos médias rivalisent d’applaventrisme pour présenter chaque faits et gestes de l’homme – que dis-je, du demi-dieu – censé représenter le changement. Oh et quel changement, au fait? Le changement en tant que marque de commerce, « changement inc. », une formule tellement vague et creuse qu’elle peut faire vibrer tous un et chacun selon leurs propres valeurs, du protecteur de l’environnement au spéculateur en passant par le militaire et la veuve de soldat éplorée. Chacun trouve une parcelle de rêve en Obama et qu’importe si tous ces rêves sont contradictoires ou impossibles à réaliser : « Yes We can (inc.) ».

En fait, Obama n’est même plus un humain, c’est une idée. L’idée qu’un pays sur la pente descendante puisse retrouver miraculeusement un fragment de son prestige passé. L’espoir qu’une société désarticulée, fragmentée jusqu’à la moelle redevienne cohérente, que les lendemains chantent à nouveau, qu’il soit possible de laisser ses enfants jouer dehors jusqu’à 21h00, d’aller au drive-in dans une Cadillac 1957 décapotable, de s’acheter un hamburger et une frite pour 35 cents, d’organiser un bal de fin de secondaire sans qu’il soit même question d’alcool ou de drogue. Obama, c’est le rêve d’une Amérique qui a perdu son innocence et qui espère la retrouver, telle une Musulmane qui se fait recoudre l’hymen en espérant effacer les marques d’un passé jugé impur.

Sauf que le passé ne s’efface pas. On ne retrouve jamais son innocence, tout comme on ne peut oublier volontairement quoi que ce soit, à moins de vivre dans un déni proche de la schizophrénie. Que conseille-t-on à la fillette victime de viol devenue grande? De faire face à son passé. À l’enfant battu? De faire face à son passé. Grandir, devenir cohérent et adulte signifie de faire face à son passé et d’accepter ses blessures afin que s’opère une cicatrisation psychologique permettant de passer à autre chose et d’anticiper la vie telle qu’elle est, avec les ressources du présent, sans devoir constamment affronter quelque hideux fantôme dans le garde-robe de son subconscient.

Malheureusement, il semble que les Etats-Unis aient choisi une autre voie. Au lieu d’accepter les leçons du passé et de réaliser que leur pays n’est plus le « phare de la liberté dans le monde libre », dixit George W. Bush, et que d’autres modèles alternatifs prennent forme un peu partout (Vénézuela, Chine, Inde, Brésil, etc.), ils ont choisi de régresser en enfance et de se trouver un bon petit papi pour les rassurer et leur dire que rien n’est perdu et leur chanter les louanges d’un espoir aussi tangible qu’inexplicable.

Qu’importe si le pays a passé son pic de production de pétrole depuis quarante ans et est devenu dépendant du reste du monde. Yes We Can! Qu’importe si la balance commerciale déficitaire atteint de nouveaux abîmes année après années. Yes We Can! Qu’importe si la Chine peut faire s’écrouler le dollar vert demain matin si elle vend ses réserves. Yes We Can! Un slogan, un simple slogan, mais qui ne veut rien dire, tout simplement parce qu’Obama ne peut rien faire. De nombreux autres empires ont progressivement perdu leurs avantages compétitifs et se sont écroulés, parfois brutalement, parfois dans la douceur, mais la chute est irrémédiable : on ne reste pas éternellement sur le toit du monde.

Conséquemment, au lieu de berner sa population et le monde entier en proposant une image de rêve infantilisant empêchant les gens de réellement prendre conscience de l’état réel et irrémédiable de la situation d’un État en déclin, Obama devrait faire preuve d’honnêteté et envisager un rôle réduit des Etats-Unis dans le monde (au lieu de vouloir envoyer l’armée au Pakistan), une meilleure redistribution de la richesse (au lieu de baisser les impôts des plus riches, dans la lignée des politiques fiscales de Bush) et surtout, SURTOUT, crever cette bulle de vanité qui gonfle l’égo d’un peuple qui se croit élu par l’Histoire pour diriger le destin de tous les autres peuples de la Terre.

Or, si Obama avait été honnête et avait dit la vérité à son peuple, il n’aurait jamais été élu. Après huit ans du cauchemar Bush, les Etats-Unis ont choisi de se rendormir afin de rêver un peu au lieu de se réveiller et de constater que leur maison est en feu et qu’il n’est plus temps de penser à la restaurer mais bien à la quitter et de changer sa façon de vivre pour toujours.

Obama n’est pas un sauveur, mais un entertainer qui fait rêver le monde sur le soi-disant grand changement que présenterait sa couleur de peau différente à la Maison Blanche pendant qu’il applique les mêmes politiques autodestructrices que ses prédécesseurs, mais celles-ci soutenues d’un hypocrite sourire et d’une vision du monde qui ne s’est toujours pas débarrassée de l’idée nuisible selon laquelle les Etats-Unis auraient le devoir moral d’intervenir partout dans le monde au gré de leurs intérêts.

Comme si nous étions toujours dans une version disneyland des années 1950 et que rien n’avait changé depuis. En fait, oui, le président est Noir. Toujours agréable à savoir pendant que le monde s’enfonce dans les inégalités et le chaos. Vous avez peur du futur, vous perdez pied dans ce monde qui vous semble de plus en plus dangereux. Surtout, ne cherchez pas à comprendre (ce n’est pas important), prenez votre petite pilule « Yes We Can inc. » et continuez à rêver!

Car si on aime bien ça les beaux slogans rassembleurs, un peu de contenu ne ferait pas de tort.  Et tiens, pourquoi ne pas commencer par ce qui se passe en Palestine?

Le (vrai) cartel
13 juin 2008

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

Le géant déstabilisé
20 septembre 2007

Le système économique mondial a rarement paru aussi fragile. La crise des prêts hypothécaires aux États-Unis, de même que le peu de certitudes quant aux stocks de pétrole (et à la capacité d’augmenter l’offre pour répondre à une demande absolument croissante) font trembler le géant du sud. Mais la situation est-elle si alarmante? Je crois que oui.

En effet, tout le système actuel est basé sur le dollar, qui lui-même est profondément dépendant du pétrole. Si celui-ci venait à manquer, comme cela semble être de plus en plus le cas avec le pic pétrolier, le système n’aurait d’autre choix que de s’effrondrer, puisque tout, absolument tout notre mode de vie est basé sur le pétrole, de l’alimentation (engrais, machinerie, transport, emballage) à notre transport en passant par tout ce que nous utilisons qui soit en plastique.

Attention, je ne dis pas que le pétrole va disparaître demain matin. Non, il y en aura probablement pour encore 400 ans. Le problème, c’est la fin du pétrole à bon marché. C’est ce moment précis où la courbe de la demande croise celle de l’offre et où les prix partent à la hausse et entraînent toute une panoplie de conséquences: inflation, récession, dépression, pénuries diverses, etc.

Et pendant ce temps, ou du moins jusqu’à ce moment, le déficit commercial des États-Unis augmente constamment, atteignant la somme de plusieurs milliards $ par jour. Les investisseurs ont de moins en moins confiance et la monnaie chute. Signe que cette chute ne fait que commencer, la quantité de monnaie disponible (ou imprimée) n’est plus annoncée publiquement depuis maintenant près d’un an. Autrement dit: on fait rouler la planche à monnaie pour financer la balance commerciale négative et on a choisi de laisser le dollar se déprécier.

À terme, ce qui risque de se produire? Un effondrement majeur, à moins que les États-Unis soient en mesure de trouver des sources multiples et très importantes de liquidités et de pétrole. Si cela signifie envahir l’Iran, il faudra le faire. S’il faut organiser un autre coup d’État contre le Vénézuela, ce serait fait. S’il faut augmenter la production de pavot en Afghanistan, on le fera. Mais de toute façon, ça ne changera rien au résultat.

L’empire tremble, et il est prêt à tout pour ne pas tomber.

Comme l’explique Gabor Steingart dans un excellent texte publié dans le Der Spiegel, en octobre 2006:

« La dépendance des banques centrales étrangères vis à vis du dollar [U.S.] va retarder le crash, mais il ne le préviendra pas. La congère de neige d’aujourd’hui deviendra l’avalanche de demain. Des masses de neige sont déjà en train de s’accumuler à une vitesse époustoufflante. L’avalanche pourrait se produire demain, dans quelques mois ou d’ici quelques années. La plupart de ce que les gens considèrent aujourd’hui comme immortel va être emporté par la crise globale de la monnaie – peut-être même le rôle de leader des États-Unis. »

Et nous, en attendant la chute, on fait quoi? On se met la tête dans le sable en disant que tout va bien ou on vit dans l’angoisse perpétuelle? Ou peut-être qu’on se prépare, mais comment?

Liberté d’informer ou de déstabiliser?
28 mai 2007

Plusieurs dénoncent la fermeture de la RCTV (Radio Caracas Television), propriété du groupe 1BC, par le gouvernement vénézuelien comme étant un geste antidémocratique, totalitaire ou injuste. On devrait au contraire la garder ouverte et célébrer la diversité de l’opinion vénézuelienne. Dans l’absolu, ce discours se tient.

Cependant, dans le monde concret, la capacité à émettre des ondes dans un pays doit être soumis à des règles strictes, afin non seulement de protéger les gens, mais également le pays lui-même. C’est pour cela que nous avons le CRTC au Canada, et que celui-ci a voulu retirer la licence de la radio-poubelle CHOI de Québec si celle-ci continuait d’utiliser les ondes publiques pour polluer.

De la même façon, le Vénézuela peut-il accepter qu’une télévision se substitue au rôle politique et incite à la déstabilisation du pays? Doit-elle forcément renouveler la licence de diffusion par voie hertzienne, d’une durée de vingt ans, et qui venait à expiration le 27 mais 2007?

Depuis l’élection de Chavez en 1998, un réseau assez fermé de médias privés (dont faisait partie RCTV) s’employaient à occulter la réalité en affirmant que la majorité n’appuyait pas le gouvernement, que seuls les quartiers de pauvres – les zones « rouges » – étaient derrière lui, qu’il vaudrait mieux tourner le dos aux politiques de Chavez. Ces médias, possédés par une élite extrêmement pro-Washington et hostile aux politiques progressistes de Chavez, se sont servis des ondes publiques pour s’opposer aux politiques du gouvernement. Jusque là, ce n’était pas bien grave, même si RCTV (avec Venevision) détenait près de 85% des ressources publicitaires de la presse et contrôlait 80% de la production et de l’élaboration des informations relatives au Venezuela.

Cependant, lors du coup d’État raté de la CIA en 2002, des stations comme RCTV sont littéralement tombées dans l’illégalité. Non seulement RCTV a relayé le message d’un de ces patrons, Ortega, désirant devenir calife à la place du calife, mais elle a lancé des « chasses à l’homme » en publiant une liste de personnalités recherchées. Et le lendemain, alors que les partisans de Chavez marchaient par milliers pour permettre au président démocratiquement élu de prendre le pouvoir, RCTV diffusait des soaps américains, des recettes culinaires et autres insanités, laissant volontairement dans le noir la population vénézuelienne sur le drame en train de se jouer. On interrompait seulement les émission occasionnellement pour laisser parler le général Lucas Rincón, qui annonçait la soi-disant démission du président Chávez. Des centaines de citoyens se sont massés devant les bureaux de la station de télévision, ont lancé des pierres aux journalistes et ont exigé que la télévision diffuse leur message d’appui au président Chavez. Mais encore à ce moment, le réseau refusait de reconnaître l’autorité du président du pays.

Comme le souligne avec justesse Maxime Vivas,

« Un peu partout sur la planète, pour un comportement analogue à celui de RCTV durant le coup d’Etat, la sanction aurait plutôt été une fermeture immédiate et définitive, une saisie des biens, un jugement des dirigeants et/ou proprietaires des médias. »

Le gouvernement devait sévir, et sa seule erreur est d’avoir attendu cinq ans pour le faire. Il aurait fallu fermer RCTV dès le lendemain du coup d’État manqué et juger, condamner ceux qui ont violé la loi et révoquer la licence de la télévision qui a nui à la stabilité du pays et a fait du mensonge et de la propagande sa seule raison d’être.

Car utiliser les ondes publiques et un privilège, et se servir de celles-ci pour calomnier et organiser une campagne de déstabilisation contre un gouvernement élu et légitime, c’est illégal.

Et il sera possible de continuer d’écouter RCTV par satellite. De toute façon, ceux qui partagent l’idéologie de ce réseau en ont parfaitement les moyens…

À lire:
Dans les laboratoires du mensonge au Vénézuela
Venezuela : Chávez, les putschistes, la télé et le peuple, par Maxime Vivas.
Hugo Chávez et RCTV : censure ou décision légitime ?
L’empêcheur de tourner en rond

Un nouvel effet domino