Les « vertus » de l'immigration
16 mai 2010

Quand le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a fait le constat selon lequel on ne tient pas compte de la capacité d’accueil du Québec en matière d’immigration, ce n’est pas seulement le gouvernement libéral qu’il a blâmé. C’est l’ensemble d’une élite politique vendue aux soi-disant vertus d’une augmentation de l’immigration qui est visée.

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En effet, peu importe le milieu, il est de bon ton au Québec d’avoir un préjugé pro-immigration, même si le nombre ne peut être justifié. Comme je l’écrivais ici, nous recevons, per capita, plus d’immigrants que l’Angleterre, la Suède, la République Tchèque, la Corée du Sud, la Norvège, les Pays-Bas, les États-Unis, l’Italie, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la France, la Hongrie, la Finlande, la Turquie, la Slovaquie, le Portugal, la Pologne, le Japon et le Mexique! Nous constituons une fragile minorité francophone dans un océan anglophone, nous ne jouissons même pas du statut de pays souverain permettant de mieux protéger notre langue et notre culture, mais nous recevons plus d’immigrants proportionnellement que tous ces pays.

Pour la député péquiste Louise Beaudoin, pourtant, les problèmes exprimés par Renaud Lachance n’auraient rien à avoir avec le volume. Non, non. Sélection bâclée, inadaptée, manque d’arrimage avec le milieu du travail, etc. Bref, pendant que notre petite province culturellement menacée reçoit plus de nouveaux arrivants que la plupart des pays industrialisés, les problèmes d’intégration seraient la résultante de simples décisions politiques et administratives. En clair, le message est celui-ci: nous, Québécois, serions plus intelligents que la plupart des pays développés et pourrions accueillir encore davantage d’immigrants si le gouvernement « faisait son travail ». Plus prétentieux que ça, tu meurs.

Absence de grille d’évaluation

En fait, et contrairement aux divagations péquistes ou libérales, le constat le plus important du Vérificateur général était celui d’une absence de grille d’évaluation quant à la capacité réelle d’intégration du Québec. Car, n’en déplaise à Mme. Beaudoin, notre capacité d’intégration n’est pas illimitée. Dès qu’on parle de quantifier cette capacité, il est automatiquement question du volume de l’immigration.

Or, ce sujet est terriblement tabou. En 2008, lors d’une élection partielle, l’ADQ s’est fait traitée de tous les noms pour avoir osé proposer un gel de l’immigration et des politiques natalistes. Xénophobie, lépenisme, racisme, les quolibets ne manquèrent pas. Au Québec, il est interdit de discuter d’immigration. Compris?

Alors que des pays souverains s’occupent de leur identité, prennent la peine de se questionner sur leur capacité d’intégration, nous, petit peuple dont la langue est en constante régression, n’aurions pas droit à la même chance. Que des élites fédéralistes ou canadiennes nous privent de cette capacité, voilà qui fait du sens, mais dès lors qu’un large consensus contre toute remise en question du nombre d’immigrants se met en place et que des soi-disant indépendantistes reprennent ce discours, il y a lieu d’être inquiet.

On nous dit: « il ne faut pas parler de volume, car chaque immigrant constitue une richesse ». Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour non plus. J’aimerais qu’on en discute. J’aimerais qu’on me dise pourquoi, si notre richesse collective dépendait seulement de l’addition éparpillée de dizaines de milliers de personnes à chaque année, l’Inde, par exemple, avec son milliard d’habitants, a un niveau de vie inférieur à celui du Québec. J’aimerais qu’on m’explique pourquoi le simple fait d’amener des gens ici, sans savoir si nous avons la capacité de leur offrir une pleine participation – économique, culturelle, linguistique – à notre société, constituerait une richesse. Je voudrais qu’on me montre pourquoi le simple fait de rajouter du poids sur une branche d’arbre qui est déjà en train de craquer permettrait d’en améliorer la force et la santé. Et surtout, il faudrait qu’on me propose un plan pour faire face aux coûts de l’immigration qui, pour un pays comme la France, peuvent atteindre près de 24 milliards d’Euros par année! (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))

On nous dit encore: « nous ne faisons pas assez d’enfants ». Mais que veut dire « assez »? Combien est ce « assez »? Certains diront que ce « assez » constitue le seuil de renouvellement de notre population. J’aurais envie de leur dire qu’ils prennent le problème par le mauvais côté: il ne faut pas se demander combien d’immigrants on doit accueillir pour suppléer au faible taux de natalité québécois, mais plutôt comment on peut encourager la croissance de ce taux de natalité. Il ne suffit pas d’accueillir des immigrants pour compenser notre faible taux de natalité, pas plus que les travailleurs mexicains saisonniers sont une solution au manque de désir des Québécois pour des travaux des champs mal payés; dans un cas comme dans l’autre, on ne fait que mettre la lumière sur des problèmes beaucoup plus fondamentaux qu’il incomberait de régler en premier. Ce poids qu’on fait porter sur les épaules de l’immigrant – celui de nous sauver – ne peut que nous encourager à ne pas faire ce qui devrait être fait pour nous sauver nous-mêmes, c’est-à-dire définir réalistement nos idéaux et travailler pour les atteindre.

Et ceux qui auront envie de se joindre à ces idéaux – démocratie, langue française, laïcité, égalité entre les sexes, etc. – seront les bienvenus.

Quand on place l’immigration sur un piédestal et qu’on refuse de discuter de la nécessité de la diminuer à des niveaux plus raisonnables, pour une province non-souveraine, afin d’atteindre des niveaux permettant d’assurer une meilleure intégration des immigrants à nos valeurs fondamentales, on manque à son devoir citoyen de travailler à l’amélioration de la société et on fait passer l’idéologie devant les faits.

Et tant que nos élites continueront de promouvoir une augmentation du volume de l’immigration sans aucun respect pour notre capacité d’intégration, ces valeurs fondamentales seront bafouées.

Ce que nous dit ce rapport du Vérificateur général, en fait, c’est qu’il y a urgence d’un profond questionnement sur la question de l’immigration. À partir du moment où on suit ses recommandations quant à l’établissement d’une grille d’évaluation, il devient nécessaire d’exiger un volume d’immigration comme fonction du respect des valeurs fondamentales. Et si cela passe par une réduction du nombre d’immigrants et par l’imposition d’un contrat d’intégration, cela se ferait pour le bien de toute la collectivité.

Pour ceux qui ont bâti ce pays, et pour ceux qui se joignent à nous et travaillent à la pérennité des idéaux qui ont permis sa construction.

Toute position contraire porte un même nom: reddition devant nos responsabilités historiques d’intégration, d’ouverture et de respect de nos valeurs communes.

Les « vertus » de l’immigration
16 mai 2010

Quand le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a fait le constat selon lequel on ne tient pas compte de la capacité d’accueil du Québec en matière d’immigration, ce n’est pas seulement le gouvernement libéral qu’il a blâmé. C’est l’ensemble d’une élite politique vendue aux soi-disant vertus d’une augmentation de l’immigration qui est visée.

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En effet, peu importe le milieu, il est de bon ton au Québec d’avoir un préjugé pro-immigration, même si le nombre ne peut être justifié. Comme je l’écrivais ici, nous recevons, per capita, plus d’immigrants que l’Angleterre, la Suède, la République Tchèque, la Corée du Sud, la Norvège, les Pays-Bas, les États-Unis, l’Italie, la Belgique, le Danemark, l’Allemagne, la France, la Hongrie, la Finlande, la Turquie, la Slovaquie, le Portugal, la Pologne, le Japon et le Mexique! Nous constituons une fragile minorité francophone dans un océan anglophone, nous ne jouissons même pas du statut de pays souverain permettant de mieux protéger notre langue et notre culture, mais nous recevons plus d’immigrants proportionnellement que tous ces pays.
Pour la député péquiste Louise Beaudoin, pourtant, les problèmes exprimés par Renaud Lachance n’auraient rien à avoir avec le volume. Non, non. Sélection bâclée, inadaptée, manque d’arrimage avec le milieu du travail, etc. Bref, pendant que notre petite province culturellement menacée reçoit plus de nouveaux arrivants que la plupart des pays industrialisés, les problèmes d’intégration seraient la résultante de simples décisions politiques et administratives. En clair, le message est celui-ci: nous, Québécois, serions plus intelligents que la plupart des pays développés et pourrions accueillir encore davantage d’immigrants si le gouvernement « faisait son travail ». Plus prétentieux que ça, tu meurs.
Absence de grille d’évaluation
En fait, et contrairement aux divagations péquistes ou libérales, le constat le plus important du Vérificateur général était celui d’une absence de grille d’évaluation quant à la capacité réelle d’intégration du Québec. Car, n’en déplaise à Mme. Beaudoin, notre capacité d’intégration n’est pas illimitée. Dès qu’on parle de quantifier cette capacité, il est automatiquement question du volume de l’immigration.
Or, ce sujet est terriblement tabou. En 2008, lors d’une élection partielle, l’ADQ s’est fait traitée de tous les noms pour avoir osé proposer un gel de l’immigration et des politiques natalistes. Xénophobie, lépenisme, racisme, les quolibets ne manquèrent pas. Au Québec, il est interdit de discuter d’immigration. Compris?
Alors que des pays souverains s’occupent de leur identité, prennent la peine de se questionner sur leur capacité d’intégration, nous, petit peuple dont la langue est en constante régression, n’aurions pas droit à la même chance. Que des élites fédéralistes ou canadiennes nous privent de cette capacité, voilà qui fait du sens, mais dès lors qu’un large consensus contre toute remise en question du nombre d’immigrants se met en place et que des soi-disant indépendantistes reprennent ce discours, il y a lieu d’être inquiet.
On nous dit: « il ne faut pas parler de volume, car chaque immigrant constitue une richesse ». Je ne suis pas contre, mais je ne suis pas pour non plus. J’aimerais qu’on en discute. J’aimerais qu’on me dise pourquoi, si notre richesse collective dépendait seulement de l’addition éparpillée de dizaines de milliers de personnes à chaque année, l’Inde, par exemple, avec son milliard d’habitants, a un niveau de vie inférieur à celui du Québec. J’aimerais qu’on m’explique pourquoi le simple fait d’amener des gens ici, sans savoir si nous avons la capacité de leur offrir une pleine participation – économique, culturelle, linguistique – à notre société, constituerait une richesse. Je voudrais qu’on me montre pourquoi le simple fait de rajouter du poids sur une branche d’arbre qui est déjà en train de craquer permettrait d’en améliorer la force et la santé. Et surtout, il faudrait qu’on me propose un plan pour faire face aux coûts de l’immigration qui, pour un pays comme la France, peuvent atteindre près de 24 milliards d’Euros par année! (( Le Point, no. 1757, France, jeudi, 18 mai 2006, p. 54, Immigration: Un coût de 24 milliards d’euros, Christophe Deloire et Saïd Mahrane ))
On nous dit encore: « nous ne faisons pas assez d’enfants ». Mais que veut dire « assez »? Combien est ce « assez »? Certains diront que ce « assez » constitue le seuil de renouvellement de notre population. J’aurais envie de leur dire qu’ils prennent le problème par le mauvais côté: il ne faut pas se demander combien d’immigrants on doit accueillir pour suppléer au faible taux de natalité québécois, mais plutôt comment on peut encourager la croissance de ce taux de natalité. Il ne suffit pas d’accueillir des immigrants pour compenser notre faible taux de natalité, pas plus que les travailleurs mexicains saisonniers sont une solution au manque de désir des Québécois pour des travaux des champs mal payés; dans un cas comme dans l’autre, on ne fait que mettre la lumière sur des problèmes beaucoup plus fondamentaux qu’il incomberait de régler en premier. Ce poids qu’on fait porter sur les épaules de l’immigrant – celui de nous sauver – ne peut que nous encourager à ne pas faire ce qui devrait être fait pour nous sauver nous-mêmes, c’est-à-dire définir réalistement nos idéaux et travailler pour les atteindre.
Et ceux qui auront envie de se joindre à ces idéaux – démocratie, langue française, laïcité, égalité entre les sexes, etc. – seront les bienvenus.
Quand on place l’immigration sur un piédestal et qu’on refuse de discuter de la nécessité de la diminuer à des niveaux plus raisonnables, pour une province non-souveraine, afin d’atteindre des niveaux permettant d’assurer une meilleure intégration des immigrants à nos valeurs fondamentales, on manque à son devoir citoyen de travailler à l’amélioration de la société et on fait passer l’idéologie devant les faits.
Et tant que nos élites continueront de promouvoir une augmentation du volume de l’immigration sans aucun respect pour notre capacité d’intégration, ces valeurs fondamentales seront bafouées.
Ce que nous dit ce rapport du Vérificateur général, en fait, c’est qu’il y a urgence d’un profond questionnement sur la question de l’immigration. À partir du moment où on suit ses recommandations quant à l’établissement d’une grille d’évaluation, il devient nécessaire d’exiger un volume d’immigration comme fonction du respect des valeurs fondamentales. Et si cela passe par une réduction du nombre d’immigrants et par l’imposition d’un contrat d’intégration, cela se ferait pour le bien de toute la collectivité.
Pour ceux qui ont bâti ce pays, et pour ceux qui se joignent à nous et travaillent à la pérennité des idéaux qui ont permis sa construction.
Toute position contraire porte un même nom: reddition devant nos responsabilités historiques d’intégration, d’ouverture et de respect de nos valeurs communes.

Le minaret dans nos têtes
29 novembre 2009

D’un point de vue canadien ou québécois, la décision de la Suisse d’interdire les minarets semble étrange, voire anachronique. En quoi des tourelles sur les mosquées nuiraient-elles à qui que ce soit? Ne doit-on pas assurer la liberté d’expression et de culte de tous les citoyens, sans discrimination? Pas si cette liberté d’une minorité nuit à la majorité.

minaret

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En fait, la véritable question de tout ce débat porte sur l’Islam, ou plutôt sur la capacité de l’Occident à empêcher la progression d’une religion non pas porteuse de paix, mais principalement de guerre. Bien sûr – retenez vos tomates avant de me les lancer – il existe un Islam modéré, plus sympathique, pratiqué d’une manière personnelle, mais la religion elle-même est expansionniste: le but de l’Islam est de conquérir la Terre entière et les non-islamistes sont des Infidèles.

Or, dans ce monde de guerre contre les Infidèles, les minarets agissent comme des drapeaux que l’on plante sur un territoire défini. Dans la tradition musulmane, le monde est divisé en deux parties: Dar al-Islam, c’est-à-dire la « Maison de la paix » et Dar al-Harb, la « Maison de la guerre ». Pour qu’une zone devienne Dar al-Islam, il faut que cinq appels quotidiens à la prière puissent être entendus. Ces appels sont lancés grâce au minaret, qui permet ensuite de « pacifier » la zone et de la rendre apte à la « paix » islamique. Sans minaret, pas de « Maison de la paix », et donc un état de « Maison de la guerre » où, traditionnellement, la guerre est obligatoire pour tous les musulmans de la zone, et ce, jusqu’à ce que la préséance de l’Islam soit reconnue.

Ainsi, le minaret – tout comme le voile dans la ville quotidienne – représente l’aliénation d’un territoire conquis par l’Islam. Contrairement à d’autres religions pacifistes se pratiquant d’une manière principalement personnelle, l’Islam joue le monde comme une longue partie de Risk et acquière des territoires grâce à ses minarets.

« Du calme, du calme, ce ne sont que des tourelles! » m’objectera-t-on. Oui, pour nous, ce ne sont que des tourelles, indifférentes des clochers d’église. Pour eux, c’est une autorisation à rejeter nos lois et à s’attaquer à nos valeurs. « Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles sont nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants notre armée », expliquait le maire d’Istanbul et aujourd’hui président de la Turquie, Tayyip Erdogan. Pour un musulman, le minaret, c’est le symbole du territoire conquis.

Évidemment, nous vivons dans une société plurielle et ouverte: il nous faut tolérer la diversité religieuse et accepter de faire des compromis. Voilà le dogme du multiculturalisme canadien, qui a de ce fait transformé le peuple québécois en ethnie comme une autre. Sauf que ce même multiculturalisme est à la source d’un procès contre le maire Jean Tremblay parce qu’il veut lire une prière au Conseil de ville au même moment où il défend le droit des musulmans de construire, ici, de tels minarets constituant autant de parcelles de notre territoire que les exégètes de l’Islam considèrent comme conquis et pouvant, théoriquement, être soumis à la Charia. D’un côté, il faut éliminer la prière catholique, mais de l’autre accepter les symboles de l’Islam. Vous y comprenez quelque chose?

Assurer la liberté d’expression des citoyens, aucun problème. Mais la liberté de l’un s’arrête où commence celle des autres, dit le proverbe. Et si la Suisse a jugé bon d’interdire le port de symboles religieux, elle devait être conséquente et empêcher l’érection des minarets.

Le monde n’est plus ce qu’il était. Si nous, Québécois, sommes très préoccupés par le recul du français, il ne faut pas pour autant oublier les autres valeurs qui constituent non seulement des caractéristiques de ce que nous sommes en tant que survivants du seul peuple francophone d’Amérique du Nord, mais également en tant qu’Occidentaux. Les Lumières, la séparation de l’Église et de l’État, l’égalité des sexes et le droit à la liberté de parole ou de dissidence sont autant d’idées qui seraient attaquées de front si nous vivions dans une société islamiste. Moi-même, je croupirais déjà en prison si j’habitais Téhéran ou Kaboul, ou peut-être même en Indonésie.

Ces minarets ne sont qu’un symbole parmi d’autres de l’avancée de l’Islam en Occident. Si la méthode utilisée par la Suisse peut paraître malhabile ou excessive, il ne faut pourtant pas oublier le but visé: protéger nos valeurs et ce pour quoi nos ancêtres se sont battus pendant des siècles. Protéger notre démocratie et assurer la persistance de ce qui nous est cher. Assurer un futur à nos enfants où ils pourront non seulement parler français, mais où ils auront le droit de voter et où les femmes seront encore les égales des hommes. Assurer un futur pluriel et ouvert sur la diversité du monde et de ses cultes tout en limitant l’avancée de religions jugées hostiles à nos valeurs.

Il serait peut-être temps, au Québec, de tenir un sérieux débat sur la place des religions dans nos vies. Quarante ans après une Révolution Tranquille ayant jeté aux orties notre héritage catholique, il faudrait peut-être trouver autre chose que la langue pour remplir cet espace, même si celle-ci est devenue le principal rempart de notre identité. Sinon, nous risquons fort de nous retrouver à l’étroit et de perdre sur tous les fronts.

Quoi qu’avec le minaret du multiculturalisme entre les deux oreilles, on ne s’en apercevrait peut-être même pas…

Les anglophones sont-ils Québécois?
6 novembre 2009

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.

anglophones-quebec

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Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.

De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.

En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?

En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.

Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.

Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.

Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?

De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?

Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.

Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.

« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Roman: le vrai pouvoir?
5 mai 2009

Ça fait un moment que j’y pense. Le calcul en vaut la peine: j’ai écrit 650 billets sur ce blogue, d’une longueur moyenne d’à peu près 700 mots. Pas loin de 500 000 mots en tout. Combien de pages de roman est-ce que cela fait? Est-ce que j’utilise mon talent de la bonne façon?

En fait, j’aime bloguer parce que c’est facile. Ne me dites pas le contraire. Bloguer est la chose la plus facile après péter: quand la pression est trop forte, tu t’installes devant ton ordinateur et tu te laisses aller. Ça fait du bien et le résultat est assez rapide.

Parfois, par contre, ça demande un peu plus de temps pour des textes un peu plus fouillés et on reçoit même une certaine forme de reconnaissance pour la qualité produite. Mais est-ce assez?

roman-vrai-pouvoir

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En fait, à mon avis, beaucoup de « lecteurs » ne lisent même pas mes textes. C’est vrai, et ne me mentez pas; je fais pareil quand je vais ailleurs: je lis en diagonale avant de laisser mon opinion. Le blogue constitue un média social où le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées est souvent plus importante que le contenu lui-même. On peut s’identifier à un auteur en particulier (pourquoi pas moi?), mais on s’y identifie parce qu’on pense déjà comme lui. Bref, le blogue fédère des individus qui ont des idées semblables. En quelque sorte, c’est le royaume des freakos qui se sont enfin trouvés un chez-soi. Si tu dis tout seul chez toi que la Terre est plate, tu es un idiot, mais si tu le dis sur un blogue où des dizaines de personnes y commentent, tu es un héros. Allez comprendre.

En vérité, le blogue politique ne fait pas changer les idées de qui que ce soit. J’en ai fréquenté des blogues depuis une dizaine d’années, et pas un ne m’a fait changé profondément ma façon de voir le monde. Et je lis les commentaires laissés sur mon blogue et je réalise que je ne fais que renforcer les convictions de ceux qui pensent comme moi; je ne suis pas un agent de changement, mais bien un outil de renforcement positif pour ceux qui sont déjà sensibilisés à mes idées.

Alors, où est-il, la vrai pouvoir?

Et s’il était dans le roman?

Trois livres ont principalement façonné ma façon de voir les choses: « Les Misérables » de Victor Hugo, « Germinal » de Émile Zola et « Le meilleur des mondes » d’Aldus Huxley.

Le premier m’a appris qu’un homme peut changer. Tout le monde peut commettre des erreurs, voire des crimes, mais a le potentiel de se repentir et de faire le bien. C’est souvent la pauvreté qui engendre la criminalité et de s’acharner sur quelqu’un qui commet un crime et qui veut s’en repentir est contre-productif.

Le second m’a enseigné le pouvoir de la collectivité. Nous sommes davantage que la somme de nos petites misères quotidiennes et tant que nous percevons notre sort comme étranger à celui de notre voisin nous sommes vulnérables à l’exploitation. C’est grâce à l’union de nos forces que nous pouvons changer les choses.

Le troisième m’a expliqué le pouvoir d’un totalitarisme au visage souriant. Des gens en apparence libres et aux moeurs on-ne-peut plus libérées sont pourtant prisonniers de leurs passions et de leur condition. On peut avoir l’impression d’être libre parce qu’on fait des choix mais ces choix sont souvent conditionnés et prévisibles.

Beaucoup d’autres livres ont changé ma vie, mais ces trois-là ont eu un impact considérable sur ce que je suis. Évidemment, de nombreux textes journalistiques (dont ceux du Monde diplomatique, le meilleur journal au monde) ont modifié ma vision du monde, mais la plupart ont surtout contribué à renforcer des convictions qui ont été établies par des réflexions issues de romans qui ont su laisser une empreinte émotive et intellectuelle durables sur ma vie.

Voilà pourquoi je songe à moins bloguer et à utiliser mon énergie créatrice pour écrire un roman. Je crois que le réel changement s’y trouve. Le roman est le summum de la manipulation; on ne peut le survoler comme on survole un texte journalistique et un bon auteur arrive à faire passer toutes ses idées à travers la richesse de ses personnages. L’émotion qu’on y met peut créer une empreinte durable chez le lecteur et l’inciter à modifier sa vision du monde. On a tout le temps de bien se faire comprendre.

En somme, je réfléchis à la possibilité d’aller à la source. Je ne veux plus seulement constituer le renforcement positif d’une minorité de gens qui pensent comme moi mais être à l’origine d’un réel changement de valeurs. Je ne veux plus expliquer en détails pourquoi telle ou telle politique est un échec, mais je veux peut-être l’illustrer, non pas en m’y attaquant de front mais en confrontant les valeurs à la base de celle-ci. En illustrant le vécu d’un personnage qui représente la vivacité de ces valeurs.

Pour le moment, il ne s’agit que d’un projet. Je continue à lire mon livre aux deux semaines (vingt-cinq livres par année depuis vingt ans, ça commence à paraître!) et je continue de ruminer sur tout ça. Si jamais je devais décider de me lancer, cela signifierait que je délaisserais ce blogue afin de concentrer mes énergies dans un projet qui me permettrait d’espérer obtenir un revenu d’appoint pour mon art.

Car oui, au-delà de toutes les justifications, écrire est un art, que ce soit dans un roman ou un texte journalistique. Et si après une bouteille de vin et un cocktail bien alcoolisé j’arrive encore à faire un tantinet de sens ici, c’est sûrement parce que je maîtrise cet art. Pas encore assez (ce ne sera jamais assez), mais assez pour me donner le goût d’aller plus loin dans ma réflexion et d’anticiper une réorientation de mon énergie créatrice vers l’écriture d’un roman.

Au-delà de la logique implacable de plusieurs de mes textes, j’ai le goût de me laisser aller un peu, de donner une couleur et une substance à ce que j’écris.  De faire vivre le monde non plus seulement de manière rationnelle, mais bien émotionnellement.   Je sais que j’ai du talent pour écrire des textes journalistiques, mais ne je suis pas un chercheur dans l’âme; je suis un rêveur, un philosophe.  La matière première d’un journaliste est l’information, mais la mienne est la réflexion.  Et j’ai le goût d’y ajouter l’imagination.

Pardonnez-moi ce billet étrange.  Je suis vraiment pompidou, mais ces réflexions ne sont pas la conséquence de l’alcool mais bien la résultante de mois de réflexions.  Peut-être est-ce simplement la réduction des inhibitions engendrée par le nectar de Bacchus qui m’incite à en parler ici ce soir.

Tout comme Alex l’été dernier, j’en suis là aujourd’hui. Ah, et puis fuck, je vais faire comme lui et vous demandez ce que vous en pensez: Seriez-vous intéressés à me lire si j’écrivais de la fiction?

Pour vous mettre en appétit:

Mitch souleva un fin nuage de poussières lorsqu’il arrêta brusquement sa vieille Mercedes sur un chemin de terre n’ayant probablement pas vu de pluie depuis des semaines. L’église s’élevait à sa droite, indécente au centre d’une végétation jaunie par la sécheresse. Elle se dressait au milieu de nulle part, bordée de quelques rares habitations décrépies, triste festin pour les insectes et les animaux. S’il y en avait, car on n’entendait aucun bruit, aucune cigale se lamentant dans la chaleur écrasante de cette fin de canicule, aucun moineau voletant au gré des courants ascendants annonciateurs d’un changement de température, aucune âme qui vive. Le temps semblait figé dans une soupe laiteuse que même le soleil avait de la difficulté à percer.

L’église avait connu des jours meilleurs, mais semblait tout de même bien résister aux ravages du temps. Très vieille et à un seul clocher, l’édifice de pierre plus que centenaire arborait des plaques de bois aux hautes fenêtres qui avaient du, en des temps plus prospères, éclairer le visage de dizaines de fidèles buvant la parole du Seigneur. Le toit était rouillé mais intact, la porte avait été scellée à l’aide d’un gigantesque cadenas protégeant le lieu saint depuis au moins la seconde guerre mondiale.

Lieu saint, lieu saint… Était-ce encore le cas aujourd’hui? Mitch se frotta machinalement la nuque en contemplant l’édifice. « Quand faut y aller, faut y aller » lança-t-il à haute voix pour se donner du courage. Il claqua la portière, prit son sac à dos et s’approcha lentement de l’église, traînant ses vieilles bottes de cowboys dans la poussière. Avec sa barbe rousse d’une semaine, ses jeans bleus, son chandail à moitié déchiré et son large chapeau style Crocodile Dundee, il avait davantage l’air d’un aventurier dresseur de serpents venimeux que du webmestre qui était pourtant sa profession.

Si tout était à recommencer, répondrait-il au téléphone?

Je devrais vraiment lâcher l’alcool. Bonne nuit à tous!

p.s. Chaque fois que j’écris un billet plus personnel, je me demande si je perds de la crédibilité pour les billets plus sérieux. Je me dis: a-t-on envie de citer un mec qui se tape une bouteille de vin et du fort, qui raconte sa vie et qui après va se croiser les doigts pour pas être malade? Je ne pense pas me faire inviter à la radio pour ce billet-ci! Haha!

Normandeau-Bonnardel: mariage PLQ-ADQ en vue?
23 avril 2009

On dit parfois que l’amour est aveugle. Pour les yeux, peut-être, mais pour les valeurs, jamais.  On peut faire abstraction de nombreux aspects en apparence moins charmants chez une personne, mais ne peut pas ignorer les valeurs de la personne aimée.  On peut s’amouracher d’une personne laide partageant ses valeurs tout comme on peut détester un mannequin ne les partageant pas.  Quand tout est dit, ce sont les valeurs qui font ou défont un couple.   Voilà pourquoi il importe de se questionner sur la relation entre la vice-première ministre libérale, Nathalie Normandeau, et le député adéquiste François Bonnardel.  Leur liaison constitue peut-être la consécration d’un rapprochement idéologique entre le Parti Libéral et l’Action Démocratique qui pourrait paver la voie à un possible retour de ce dernier parti dans le giron libéral.

normandeau-bonnardel-mariage-plq-adq

Source de l’image
 
En effet – on l’oublie trop souvent – l’ADQ a été créée par des Libéraux dissidents qui rejetaient le fédéralisme centralisateur alors prôné par le PLQ.  Face à la vieille politique style pancanadienne du PLQ et au tout-indépendance du Parti Québécois, le parti a pu se trouver un créneau pour prospérer et offrir une troisième voie aux Québécois.  Mario Dumont, ancien président de la commission des jeunes libéraux, a su, grâce à son charisme, insuffler une vitalité certaine à ce parti jusqu’à ce qu’il devienne clair pour tous qu’un parti doit offrir davantage à la population que le charisme de son chef.

Soyons honnêtes: l’ADQ, en 2009, propose sensiblement les mêmes valeurs que le PLQ.  L’idylle Normandeau-Bonnardel n’en est qu’un signe supplémentaire.   Le parti s’est recentré et a éliminé de son discours ses projets les plus radicaux.  Face au fédéralisme décentralisateur et aux politiques de droite mieux assumées du gouvernement Charest, le parti n’arrive plus à se différencier.  Résultat?  Les deux formations politiques paraissent de plus en plus interchangeables et partagent les mêmes valeurs: moins d’État, plus de privé, libéralisme économique, davantage d’autonomie pour le Québec, etc.   La fracture issue du schisme de 1994 s’est colmatée et le départ de Dumont a simplement contribué à supprimer le facteur charisme de l’équation.

Conséquemment, il m’apparaît difficile de ne pas voir dans cette relation les premiers pas d’une future réconciliation entre les deux partis.  Quand on a en commun les mêmes valeurs, la même idéologie et qu’en plus on partage le même lit, qui sait ce qu’il peut advenir ensuite?

À quand le mariage?

Le chêne, le roseau, et le rêve
8 décembre 2008

le-chene-et-le-roseauVoter, ce n’est pas seulement exprimer ce qu’on est, comme l’affirme la publicité du Directeur général des élections du Québec. Je n’aime pas qu’on ramène tout le temps toute forme d’action politique à ce que ça peut représenter pour soi, pour sa petite personne, pour son petit cul bien personnel. Oui, j’exprime ce que je suis quand je vote, mais je le fais tout autant quand je choisis de manger une salade plutôt qu’un sac de chips ou que j’essaie de limiter ma consommation d’alcool. Faire des actions seulement en fonction de ce que ça peut apporter à ce petit cul bien précieux porte un nom: égoïsme.

Évidemment, je ne suis pas naïf. Puisqu’on ne vote pas contre soi-même, en quelque sorte on vote pour soi. La véritable question consiste à se demander ce que représente ce « soi ». Est-ce que ce que je suis n’est que personnage physique, futile et mortel, dont la mission est de se gaver et de jouir de la vie jusqu’à ce que mort s’ensuive? Ou bien mon existence a-t-elle un autre but, et se prolonge-t-elle en fonction des idées et des valeurs que je transmettrai à mes enfants? La voilà, la vrai question.

Je ne vote donc pas pour exprimer ce que je suis, mais surtout pour matérialiser ce futur que je souhaite pour moi et pour mes descendants, qui sont, d’une certaine manière, mon prolongement, mon assurance d’éternité.

J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui ne veulent pas voter. Ma Gaby, ma propre Gaby à moi, celle pour qui j’irais pelleter une tempête de cailloux sur la lune en échange d’un sourire, ne veut pas voter. Je l’ai trainée la dernière fois lors des élections fédérales, et j’ai réussi à la convaincre de venir annuler son vote aujourd’hui. Pour elle, c’est une perte de temps. Je vais la chercher au travail en voiture, lui sauvant ainsi une heure de « transpire en commun » (dixit Sol), et je lui demande un petit dix minutes pour notre futur et celui de nos enfants. Dix minutes, c’est tout. Mais ça semble trop.

Je ne lui en veux pas. J’ai appris à respecter ce qu’elle est et à profiter de ce repos politique qui fait de notre appartement un havre de paix politique rarement troublé par les folies de Stephen Harper ou Jean Charest. Je ne lui en veux pas; elle a toujours perçu le monde de la politique comme un monde froid, distant, calculateur, mensonger, hypocrite, adulte. Elle ne désire pas entrer dans ce moule, préférant utiliser ses talents d’imagination pour vivre dans un monde différent. Et moi, je suis le triste clown qui doit lui rappeler que la vie est souvent plate, injuste, et qu’on doit se battre pour que les choses s’améliorent dans le sens de nos valeurs. Je dois lui rappeler combien de gens sont morts pour la démocratie. Je dois lui expliquer que si les gens se désintéressent de la politique la politique ne se désintéressera pas d’eux pour autant!

Mais j’ai parfois l’impression de prêcher dans un désert de cynisme.

Alors, je lui ai sorti mon argument-canon: « pense à nos enfants, ceux du futur, quel monde veux-tu pour eux? Elle me répondit qu’elle savait s’adapter à toutes les situations. On se complète bien elle et moi; elle représente le pouvoir d’adaptation à la puissance dix et je suis ce chêne dans la chanson des Cowboys-Fringants, celui qui se tient debout et reste ancré dans ses positions et ses valeurs même devant les pires vents. Sauf que parfois, l’adaptation a ses limites, et je lui répondis donc que si les serfs au Moyen-Âge s’étaient adaptés à « toutes les situations » on en serait encore à subir le droit de cuissage et on vivrait comme des gueux à se demander qui du cochon ou de ses enfants aux dents pourries a la pire haleine.

En somme, je ne vote pas pour moi, même si j’apprécie de vivre selon mes valeurs. Je vote pour le futur, mon futur, celui de mes enfants, et si je respecte l’apolitisme de ma bien-aimée, je chéris toujours l’ambition de la convaincre que de donner dix minutes de son temps une fois de temps en temps pour une cause pour laquelle des millions d’humains comme nous ont donné leurs vies et qui déterminera le futur de nos enfants constitue la seule chose morale à faire.

Je vote pour moi? Non. Je vote pour elle, et pour que nos rêves deviennent réalité. J’y trouve mon compte, mais je l’inclus, elle et tous les citoyens du Québec, dans cette rêverie.


Même si Jean Charest gagnera vraisemblablement ce soir, je trouverai du plaisir dans la défaite d’un PQ beaucoup trop à droite, d’une ADQ et de ses idées passéistes, et j’espère de tout coeur que Québec Solidaire ne fera PAS élire de députés; nous n’avons pas besoin d’un parti sexiste, discriminant systématiquement les hommes, dans notre Assemblée Nationale.  Vivement un meilleur parti de gauche aux prochaines élections, un parti qui reconnaît que l’égalité des sexes a été atteinte et que nous devons désormais lutter contre des discriminations… contre les hommes!  Vivement un parti qui ne choisit pas ses candidats en fonction du sexe, mais en fonction de leurs compétences.  Vivement la mort de Québec Solidaire… et que de ces cendres puisse renaître un parti qui se soit débarrassé de ses reliques sexistes d’un autre temps.

Avec Québec Solidaire au pouvoir, sérieusement, auriez-vous envie d’avoir un garçon, vous, sachant qu’il serait systématiquement infériorisé et discriminé tout au long de sa vie?

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

jeu-de-miroirs

Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

L’engagement moral
30 octobre 2008

Engagement moral

Qu’on le dise dès le départ: si la politique d’intégration des immigrants du Parti Libéral du Québec constituait la fine glace qui nous séparait des eaux, nous serions déjà tous mouillés jusqu’aux oreilles tellement celle-ci s’avère mince et fragile. On demande un « engagement moral » aux immigrants en les incitant à signer un contrat sans valeur afin qu’ils respectent nos valeurs de base, notamment l’utilisation du français: n’importe quoi, comme le note Patrick Lagacé.

Pourtant, la controverse n’est pas nouvelle. Ici-même, en février dernier, il y avait eu un fort débat suite à un de mes billets où je m’en prenais à un blogueur ayant choisi de faire la promotion de l’indépendance du Québec… en anglais. Je lui avais reproché de contribuer ainsi à la normalisation de l’anglais comme langue d’usage au Québec et à réduire l’attrait du français chez les immigrants, nuisant effectivement au combat qu’il prétendait mener. Car n’en déplaise aux grands linguistes de ce monde, une langue n’est rarement apprise par plaisir, mais plutôt par nécessité.

En effet, c’est bien beau de se fier au « sens moral » des gens, mais la vérité c’est que nous n’agissons souvent que selon notre propre intérêt. Tiens, par exemple, le gros bon sens nous dit que l’hiver on doit mettre des pneus d’hiver. Mais il a fallu passer une loi pour forcer les gens à les installer. Et c’est la même chose pour tout: qui s’arrêterait la nuit aux feux rouges si ce n’était pas obligatoire? Quel commis de dépanneur gagnerait le salaire minimum si on se contentait de dire aux entreprises qu’elles ont « l’engagement moral » de bien payer leurs employés? Et à quoi ressemblerait un match de hockey où il n’y aurait pas de règles mais seulement un « engagement moral » de ne pas déroger à un code d’éthique?

Qu’on soit d’accord ou non, un engagement doit être accompagné de conséquences si on ne le respecte pas. Tout comme on me donne une contravention si je dépasse la limite permise ou si je roule sur le trottoir avec ma voiture, il doit y avoir des conséquences pour les immigrants qui refusent d’apprendre le français.

Oh, et à certains de nos amis qui ne vivent pas à Montréal et qui voient l’immigration avec des lunettes rose-bonbon, une GRANDE partie des immigrants ne veulent rien, mais absolument rien savoir d’apprendre ne serait-ce qu’un seul mot de français. J’en vois tous les jours qui sont ici depuis des années et qui ne sont même pas capables de dire « bonjour » ou « merci ». C’est ça le Montréal d’aujourd’hui, et c’est à cause de l’applaventrisme de Québécois mous et à l’amour-propre déficient, relayés par un gouvernement libéral mollasse et sans fierté que cette situation perdure.

La seule façon de franciser les immigrants est de leur parler en français, toujours, sans compromis, sans exception. Ceux-ci doivent comprendre que s’ils n’apprennent pas le français ils ne pourront pas fonctionner. Soudainement, ces gens qu’on croyait trop âgés ou trop peu scolarisés feront des merveilles d’apprentissage sitôt que leur intérêt personnel se trouve en jeu.

Dans tous les cas, c’est à nous d’agir. À nous d’être fiers de ce que nous sommes et de refuser de parler anglais sur notre territoire, d’exiger le français en tant que client ET en tant que travailleur. Cesser de croire que nous sommes polis parce que nous parlons anglais à quelqu’un qui ne comprend pas le français; notre politesse n’est qu’une lâcheté en tenue de soirée.

La vraie politesse, c’est de respecter le rythme d’apprentissage de l’autre, d’être patient, de lui répéter en articulant bien, mais de le faire, toujours et sans compromis, en français.

Sinon, autant fermer la shop right now.

Au fait, où en serions-nous aujourd’hui sans loi 101 ou si on s’était contenté de « l’engagement moral » des parents d’envoyer leurs enfants à l’école francophone?

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?