Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

afghanistan-stephen-harper

(suite…)

Géorgie: guerre par procuration
13 août 2008

L’Ossétie du Sud est une région autonome qui fut créée en 1922 par l’URSS. Lors de l’indépendance de la Géorgie, en 1991, ces derniers ont supprimé l’autonomie accordée aux Ossètes et n’ont eu de cesse depuis de chercher à réintégrer cette région dans son giron.

Par la suite, l’Ossétie du Sud a déclaré son indépendance et a organisé deux référendums (tous deux gagnés) démontrant l’appui de la population à sa cause. Car, il faut le dire, l’Ossétie du Sud a beaucoup plus en commun avec la Russie et l’Ossétie du Nord (partie intégrante de la Russie) qu’avec la Géorgie. Néanmoins, et contrairement au cas du Kosovo, les États-Unis et l’Union Européenne rejettent toujours cette indépendance.

Ainsi s’est instauré ce qu’on a appelé un « conflit gelé », malgré que, comme le note cette blogueuse, les nombreux morts chaque année peuvent difficilement faire oublier que sous le volcan la lave se presse, prête à surgir avec force.

Mais que s’est-il soudainement passé, lors du premier jour des Jeux Olympiques?

Profitant de l’attention sur la Chine, la Géorgie, nouvelle alliée des États-Unis depuis une Révolution des Roses largement organisée depuis Washington via des organisation de droite comme la NED, a reçu le feu vert de Washington pour reprendre le contrà´le de la République autonome, brisant ainsi le statu quo en vigueur depuis des années.

La réaction de la Russie fut donc tout ce qu’il y a de plus normale; face à l’agression de la Géorgie (avec l’appui des États-Unis) sur son alliée, elle a simplement tenté de rétablir l’équilibre des forces. Malgré les discours de Bush et les belles images d’unité de ces pays autrefois sous le giron russe mais qui aujourd’hui couchent avec Washington, dans ce conflit c’est la Géorgie qui est l’agresseur, pas la Russie.

Et si vous vous demandez pourquoi tout ce branle-bas de combat dans cette région, cliquez simplement sur l’image en haut de ce billet et observez à qui appartiennent les oléoducs qui passent en Géorgie.

Car c’est dans un contexte de fin de partiele pic pétrolier pousse les pays à se faire la lutte, par procuration, pour les dernières réserves de pétrole disponibles, essayant de faire face à la crise imminente, que se produisent ces événements.

Pas surprenant, dans ce contexte, que l’Union Européenne et les États-Unis refusent d’accepter l’indépendance des Ossètes et encouragent la Géorgie dans ses actions guerrières!

Les gagnants écrivent l’histoire
18 juillet 2008

Tiens, aujourd’hui on fête les 90 ans de Nelson Mandela.

Mandela, ce héros, ce libérateur, ce patriote, ce symbole de la liberté et de l’égalité.

Cet homme qui possédait un Makarov automatique soviétique et qui s’entraînait dans un camp militaire en Éthiopie. Cet homme qui a été emprisonné pendant 27 ans pour terrorisme.

Ça, c’est un héros. Il a libéré son peuple. Et il vient d’être rayé de la liste étatsunienne des terroristes.

Maintenant, les insurgés afghans sont des terroristes, les insurgés irakiens sont des terroristes, les Palestiniens sont des terroristes, les FARC sont des terroristes, les Tchétchènes sont des terroristes, les altermondialistes sont des terroristes, les terroristes sont des terroristes…

Encore une fois, les gagnants écrivent l’histoire. Et les autres? Qu’ils se fassent sauter mais qu’ils ne nous empêchent surtout pas de regarder l’émission spéciale de 60 minutes de TVA sur l’enfant kidnappé à Québec par Pierre Defoy ou ce magnifique reportage sur un homme qui fouille dans les poubelles.

De la grande télévision pour une journée historique.

Et, quoi qu’il advienne, ne venez jamais déranger notre paisible confort avec vos histoires politiques compliquées.

Made in China
16 juillet 2007

Je lis un livre qui est en train de changer ma vision du monde: Chine-USA, la guerre programmée, de Jean-François Subsielle. Ce livre explique de quelle façon la croissance effrénée de la Chine n’aura d’autre conséquence, à terme, que de mener vers un affrontement entre les États-Unis et la Chine et de quelle façon toutes les politiques étatsuniennes actuelles n’ont qu’un seul but: nuire à la Chine en la privant des ressources nécessaires à son développement futur.

En effet, si j’affirmais dans le texte Députés ou Croisés? que les buts de la guerre en Afghanistan étaient d’encercler l’Iran, d’endiguer la Russie, de permettre la reprise de la culture du pavot et de permettre la construction d’un oléoduc vers le sud-est asiatique, il me semble de plus en plus que j’ai oublié un objectif central: nuire à la Chine en l’empêchant de sécuriser ses sources de pétrole (en Iran, ou dans les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale), elle qui est archi-dépendante des importations de l’or noir pour sa croissance économique.

C’est pour cette raison que les États-Unis auraient envahi l’Irak: dans un contexte où le pétrole sera de plus en plus rare et coûteux (à cause du pic pétrolier), il ne fallait pas seulement s’accaparer de cette ressource mais surtout empêcher le Dragon chinois et son milliard et demi d’habitants d’en prendre possession. Car jusqu’au moment de l’attaque, la Chine avait déjà conclu une entente pour sécuriser 30% de sa consommation de pétrole à partir de l’Irak dès que les sanctions internationales seraient levées. Mais évidemment, la guerre a effacé cette entente…

En clair, les États-Unis seraient déjà en guerre contre la Chine, mais ne peuvent pas la menacer directement pour une raison bien précise: elle est l’Usine du monde, fournissant près de 80% de la marchandise de Wal-Mart, par exemple. Dans ce contexte, on assiste à une confrontation larvée entre les néoconservateurs, partisans du Project for a New American Century, qui veulent endiguer la Chine et l’empêcher d’accéder au rang de superpuissance capable de menacer l’hégémonie étatsunienne, et les néolibéraux, qui profitent de la main d’oeuvre bon marché chinoise.

Par ailleurs, ce qui milite le plus pour une guerre entre les deux pays serait, selon Susbielle, leurs ressemblances économiques. Car si l’URSS menaçait les États-Unis, ils ne jouaient pas dans le même carré de sable: on pouvait se contenter de mettre un mur et d’endiguer la menace. Mais dans le cas présent (et futur, puisque la Chine devrait dépasser les États-Unis vers 2020 au niveau de la parité du PIB), la Chine est en compétition directe avec le pays de l’Oncle Sam; chaque gain pour la Chine est forcément une perte pour la puissance hégémonique actuelle.

Cependant, malgré ces ressemblances, il existe une différence de taille entre les deux pays: le régime politique.

« Dans la course universelle à l’efficacité qui domine le monde néolibéral, la Chine a pris une longueur d’avance dans bien des domaines. Dans le mode de désignation des élites, d’abord, la démocratie part avec de lourds handicaps. Sélection du candidat, campagne électorale et chasse aux suffrages, autant d’étapes obligées qui sont par trop aléatoires pour offrir un degré suffisant d’efficacité.

Est-ce à l’opinion publique, inconstante et volage, de décider qui, parmi les prétendants, est le plus apte à diriger le pays? Faut-il plutôt confier ce choix à un comité central, avatar à l’echelon du pays du conseil d’administration d’une entreprise? La dictature de l’efficacité milite pour le second terme de l’alternative. »

Bref, le régime chinois est mieux adapté à la mondialisation des échanges que celui des États-Unis, même si ce dernier fait des efforts pour limiter la démocratie depuis quelques années.

Finalement, il faut le constater: non seulement la Chine a un régime politique plus efficace pour la nouvelle économie, mais elle est plus populeuse que les États-Unis, a une croissance supérieuse basée sur des activités productrices (contrairement à l’économie du tertiaire étatsunienne), possède une plus grande homogénéité ethnique, et est en voie de supplanter les États-Unis à tous les niveaux économiques.

D’où le désir de ces derniers de ne pas céder leur place de numéro un mondial et de lutter – de toutes les façons possibles – contre la Chine.

Tout ceci me rappelle un autre livre, immédiatement best-seller à sa sortie en 1988, et qui avait prophétisé la fin de l’URSS: Naissance et déclin des grandes puissances, de Paul Kennedy. Un volumineux chapitre traite de ce qu’il appelle « la crise des puissances moyennes » et qui est en fait l’incapacité des puissances régnantes à faire face à la montée de puissances secondaires qui sont appelées à devenir des superpuissances. Par exemple, c’est l’incapacité de la « vieille Europe » à accepter sa perte de vitesse économique et à satisfaire les ambitions d’une Allemagne en pleine expansion à la fin du 19e siècle qui a mené aux guerres subséquentes.

En ce sens, la guerre est la grande révélatrice: elle rebrasse le paquet de cartes et révèle à chacun sa place réelle dans le monde. Et c’est une étape obligée, car l’histoire de l’humanité ne montre que peu de cas cas de superpuissances acceptant paisiblement de perdre leur statut au profit d’une autre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Kennedy voit dans la Chine, au moment où il a écrit son livre (en 1986, soit bien avant qu’elle devienne si puissante!) une future concurrente pour le rôle de superpuissance mondiale.

En conclusion, il y a tout lieu de penser que les politiques militaires actuelles étatsuniennes visent à endiguer la Chine et à l’empêcher de devenir une superpuissance menaçant les intérêts de l’Oncle Sam dans le monde. Que ce soit la soi-disant guerre au terrorisme (particulier, considérant l’historique de terrorisme des États-Unis), la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak, les opérations de déstabilisation au Vénézuela, les menaces à l’encontre de l’Iran, tout ceci ne sert qu’un seul et même but: empêcher la Chine de prendre la place des États-Unis comme seule superpuissance mondiale.

Et c’est justement en luttant contre l’inévitable que les États-Unis pourraient éventuellement nous diriger vers la pire des guerres…

La mort du ploutocrate
23 avril 2007

Ploutocratie: (du grec ploutos : richesse ; kratos : pouvoir) consiste en un système de gouvernement où l’argent constitue la base principale du pouvoir. D’un point de vue social, cette concentration du pouvoir dans les mains d’une classe sociale s’accompagne de fortes inégalités et d’une faible mobilité.

De l’homme aspirant à davantage de libertés et ayant contribué à l’éclatement de l’URSS ou de celui qui a plongé la Russie dans un tel chaos économique et social qu’elle est presque retournée au Moyen-Âge, que retiendra-t-on de Boris Eltsine, décédé aujourd’hui à 76 ans?

Un peu partout, on se rappelle le « grand » homme, comme si c’était lui qui personnifiait le changement vers la soi-disant démocratie. Mais pourtant, le mouvement était déjà en marche, avec la Perestroïka de Gorbatchev. Tous les efforts déployés par les États-Unis pour attirer l’URSS dans le piège de l’Afghanistan, de même que les propres incohérences d’un régime ayant perdu ses idéaux auraient provoqué le changement de toute façon.

Eltsine aurait pu être l’homme de ce changement; il aurait pu transformer la Russie en douceur, ne pas avoir peur d’un capitalisme plus social, d’une dénationalisation partielle de certains secteurs importants de l’économie.

Au contraire, il a livré la Russie sur un plateau d’argent à quelques intérêts privés qui ont de fait pris le vrai pouvoir entre leurs mains.

Suite aux années Eltsine, 50% de la population russe vivait sous le seuil de la pauvreté (un seuil beaucoup plus bas qu’ici, notons-le). La dette a explosé; l’inflation aussi. Cette dernière a monté jusqu’à des niveaux de l’ordre de 1500% en 1993, et la vaste majorité de la population a vu ses conditions de vie se dégrader à une vitesse jamais observée dans le monde moderne. De la deuxième puissance mondiale, ce qui restait de l’URSS n’avait plus rien à envier au Tiers-Monde, gangrénée qu’elle était non seulement par la pauvreté, mais également par la violence, la mafia, et la corruption.

Et Eltsine, qui jouait le jeu des privatisations en remettant aux mains de petits seigneurs ce qui appartenait à la collectivité, a donné le change, faisant office de président alors que dans les faits il avait davantage l’air d’un alcoolique désabusé que d’autre chose. Désespéré à s’accrocher au pouvoir, il n’a pas hésité à s’entourer d’Alexandre Lebed, en 1996, ce général russe ayant réussi à mettre fin à la première guerre de Tchétchénie, un idôlatreur d’Augusto Pinochet, dont le célèbre coup d’État au Chili a coûté la vie à des milliers de personnes pour permettre la première expérimentation du néolibéralisme.

Aujourd’hui, Poutine ramasse les pots cassés. Certes, il y a eu un recul démocratique par rapport aux premières années Eltsine, mais que vaut une apparente démocratie quand on n’a même pas de quoi manger à sa faim?

Eltsine a détruit son pays au lieu de l’améliorer, et son plus grand héritage est celui d’un pays éclaté, divisé, où les inégalités sociales sont telles qu’il sera difficile pour quiconque de rétablir une plus juste redistribution de la richesse sans avoir à affronter une véritable armée de propriétaires corrompus alliés à des multinationales complices.

L’idéal de Eltsine avait peut-être du bon, le rêve était beau. Mais son application a été nulle, et du grand démocrate qu’il aurait pu être, plusieurs en Russie et ailleurs ne se rappeleront que du grand ploutocrate qu’il est devenu, au service de la grande finance et du crime organisé, dont on ne sait plus trop qui est qui.