La Suède de Facal le scab
6 janvier 2011

Comme je l’écrivais dans mes derniers billets, une des particularités de l’ultradroite est sa tendance à vouloir modifier le réel pour tenter de l’adapter à son idéologie. Ainsi, Joseph Facal, dans une chronique publiée hier dans un journal en lock-out, tente de se moquer de ceux qui voient dans la Suède, notamment, un exemple à suivre pour le Québec. Qualifiant au passage les progressistes de « dinosaures » – depuis quand les idées centristes et solidaires sont-elles d’un autre temps? -, il parle des réformes entreprises par la Suède dans les années 90 pour tenter de faire croire que ce pays serait davantage un exemple pour la droite que pour la gauche.

Ainsi, Facal refait jouer le vieux disque usé de la nécessité de réduire les dépenses plutôt que de hausser les impôts. Le problème, c’est qu’il ne peut s’inspirer de la Suède pour cela. Comme le montre le graphique 1, le taux d’imposition des mieux-nantis est beaucoup plus élevé en Suède qu’au Québec ou au Canada. À titre indicatif, c’est également le cas pour les couples avec enfants; la Suède impose beaucoup plus adéquatement ses plus riches que le Québec.

Graphique 1

Sources: OCDE et Chaire de recherche en fiscalité et finances publiques.

On pourrait également parler du taux de syndicalisation (graphique 2). Facal, en tant que signataire du manifeste des « Lucides » (sic), a toujours prôné des mesures nuisant au syndicalisme. On ne peut d’ailleurs pas passer sous silence le fait qu’il n’hésite pas à jouer les scabs pour le Journal de Montréal, alors que les employés légitimes sont en lock-out depuis près de deux ans. Or, qu’en est-il de son exemple suédois? On constate que le taux de syndicalisation y est presque deux fois plus élevé qu’au Québec! S’il fallait s’inspirer de la Suède, ne faudrait-il pas alors encourager la syndicalisation afin de rattraper ce retard?

Graphique 2

Sources: OCDE et gouvernement du Québec.

De la même manière, comment passer sous silence le fait que le système de santé suédois est public à près de 82%, contre 71% pour le Québec (graphique 3)? Joseph Facal n’hésitait pourtant pas à faire la promotion du privé dans la santé dans ce texte. Quand on parle de Facal, duquel devons-nous parler? Celui qui veut augmenter la marchandisation du réseau de la santé ou de celui qui veut que le Québec s’inspire de la Suède en réduisant l’influence du privé dans la santé? Il est confus, le monsieur…

Graphique 3

Sources: OCDE et gouvernement du Québec.

Sur le même thème, Facal prône le dégel des frais de scolarité alors que l’éducation, en Suède, est virtuellement gratuite de la maternelle au doctorat. Veut-il oui ou non que le Québec s’inspire du pays scandinave? Si la réponse est « oui », nous avons un grand rattrapage à opérer pour enrichir les Québécois d’un accès le plus grand possible à une éducation supérieure de qualité.

Graphique 4

Il y a quelque chose d’assez surréaliste à voir l’ultradroite valoriser un modèle pourtant plus à gauche que le Québec dans des secteurs aussi vitaux que l’impôt sur le revenu, le taux de syndicalisation, la part du public dans la santé et les frais de scolarité. Pourtant, le modèle suédois faisant une grande place à l’État, loin de mener à la ruine comme nous l’annoncent les propagandistes de l’ultradroite, fonctionne très bien. Comme le démontre ce graphique, le ratio de la dette nette sur le PIB de la Suède est parmi les plus avantageux des pays développés. Alors que le Québec arrive dans la moyenne des pays de l’OCDE au niveau de sa dette (devançant même des pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, le Japon et la Belgique), la Suède n’est devancée que par la Corée, la Finlande et la Norvège.

L’ultradroite, on le constate, n’a pas peur du ridicule. Elle n’hésite pas à manipuler les faits et à prôner à la fois des mesures désolidarisantes et à travestir la réalité pour faire croire que des pays réussissant économiquement réussissent parce qu’ils ont adopté de telles mesures. Au contraire, les dernières années nous ont montré l’effondrement de pays ayant radicalement appliqué les mesures de l’ultradroite. Des pays comme l’Islande et l’Irlande sont ruinés précisément à cause de ces politiques.

Si vraiment Facal veut que le Québec s’inspire de la Suède, il nous faudrait commencer à agir dès maintenant et à rejeter en bloc ses idées du dix-neuvième siècle. La solution aux problèmes actuels ne passe pas par la réduction de la taille d’un État déjà largement en décroissance, mais plutôt, si on se fie sur la Suède, par une hausse des impôts des mieux-nantis, une augmentation du taux de syndicalisation (notamment en renforçant le code du travail pour encourager un maximum de travailleurs à se syndiquer), une réduction de l’influence du privé dans la santé et une élimination définitive des frais de scolarité réduisant l’accès aux études supérieures.

Merci M. Facal. Grâce à vous, nous connaissons désormais la recette du succès.

Et nous savons ce que valent vraiment vos idées, M. le scab.

Le connard se rebiffe
5 janvier 2011

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que l’ultradroite « s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées », j’étais loin de me douter qu’on me donnerait une occasion aussi facile de le démontrer. C’est pourtant le cas, alors qu’on me signale, aujourd’hui, que le sbire de Quebecor, Michel Hébert, s’improvise blogueur de fond de ruelle et me qualifie de connard dans un torchon où il tente maladroitement de faire croire, à l’opposé de tout bon sens, que le Québec serait une société de gauche.

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Citons l’employé de Quebecor:

Vous pensiez aussi que nos programmes sociaux étaient d’une mouture socialiste? Vous étiez dans l’erreur. C’est la droite, voire l’ultradroite désormais, la pire qui soit, qui nous a donné tout ça.

Les garderies étatiques, l’assurance médicaments, l’assurance agricole, les congés parentaux, l’aide sociale, l’allaitement subventionné, les congés maladie accumulés, la procréation assistée, les traversiers sous les ponts, la gestion de l’offre (le gonflement des prix) du lait, du beurre et du sirop d’érable, le Conseil des aînés, de la femme, de la jeunesse (branchée), de la famille et de l’enfance ou des relations interculturelles, l’Office des handicapés, de la jeunesse et de la Walonie-Bruxelles. La Régie des rentes, celle du logement et, la plus drôle de toutes, la Régie du bâtiment.

Il s’agit d’un beau pudding indigeste que nous présente l’homme de main de Pierre-Karl Péladeau. Dans son délire hallucinatoire, Michel Hébert imagine une sorte de Cuba du nord socialiste où interventionnisme et gauchisme se mélangent indifféremment. À l’opposé de mes propres affirmations – comme quoi le virage néolibéral a commencé au tournant des années 1980 – il cite notamment un ministère du bien-être social créé en 1940 et une Régie des rentes datant de 1965. Il mélange aussi la question de l’allaitement, des congés payés et d’une procréation assistée payée par l’État exigée par… Julie Snyder, la femme de Pierre-Karl Péladeau! C’est dire à quel point l’homme est mêlé! On peut également se demander en quoi la Régie du bâtiment fait tant rire notre homme, alors que cette institution, loin de constituer un dangereux repaire de gauchistes, inspecte plutôt les bâtiments pour en établir la sécurité. À Sugarloaf, où un télésiège a déraillé, on aurait sûrement aimé avoir une telle régie…

Malgré quelques gains pour la classe moyenne à propos des CPE et des congés parentaux, les trente dernières années ont plutôt été celles d’un lent recul de l’État en tant qu’appareil permettant la redistribution de la richesse. Pendant que Hébert parle de lait, de beurre et de sirop d’érable, comment pouvons-nous oublier les désassurances dentaires de 1982, les désassurances de physiothérapie de 1988, les désassurances pour les soins de la vue de 1992? Comment faire abstraction des accords de libre-échange, nullement remis en cause par aucun des principaux partis politiques du Québec, et qui permettent à des entreprises de fermer leurs usines du Québec pour produire dans d’autres pays, mettant les travailleurs du Québec en compétition avec ceux du tiers-monde? Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant fermé des hôpitaux et envoyé à la retraite nombre d’infirmières qualifiées? Comment faire abstraction des hausses constantes des frais de scolarité, qui ont contribué à réduire l’accès aux études supérieures? Comment oublier les grandes envolées lyriques de Pauline Marois en faveur de l’enrichissement individuel?

De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme le plus radical, parlent de l’embonpoint de l’État, celui-ci rapetisse lentement, mais inlassablement: près de 28% du PIB en 1992 contre seulement 23% en 2009. Les réformes des gouvernements de droite du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec, qui imposent le renouvellement d’un seul poste de fonctionnaire sur deux, font augmenter la pression sur notre État et réduisent sa capacité à offrir des services de qualité aux citoyens.

Parallèlement, les baisses d’impôts des gouvernements péquistes et libéraux, qui ont surtout profité aux mieux-nantis, totalisent près de dix milliards de dollars. Autant dire qu’elles sont la première cause du déficit actuel. Josée Legault a bien expliqué ce phénomène:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes.

C’est le plan de match actuel. Ouvrez votre téléviseur, entendez Quebecor vous radoter les mêmes vieilles histoires du « Québec dans le rouge » avec les mêmes vieilles solutions du désengagement de l’État. La droite se réjouit.

Pourtant, on se retrouve avec une crise économique largement causée par des politiques fiscales de droite – ici et ailleurs – et qui ont mené vers la faillite des pays comme l’Islande et l’Irlande, deux États ayant largement privatisé leur économie et suivi à la lettre les diktats néolibéraux. Même François Legault vantaient les impôts ridiculement bas de l’Irlande, qu’on a déjà appelé le tigre celtique (paix à son âme). Aujourd’hui, ces deux pays sont ruinés. Et la Grèce, qui a elle aussi largement déréglementé son économie, n’est pas loin derrière. Si le Québec s’en tire mieux – avec une dette en pourcentage du PIB dans la moyenne des pays de l’OCDE – cela n’empêche pas l’ultradroite de rêver de dépecer encore davantage notre État.

Ce qu’il y a d’important à dire à propos de ces gens qui, comme Michel Hébert, manipulent la population en se servant de la plateforme journalistique de Quebecor, c’est qu’ils n’ont pas de projets. Ce sont des haineux de toute forme de collectivisme et qui pensent qu’ils pourraient mieux s’en sortir en prônant des politiques favorisant les mieux-nantis, c’est-à-dire leurs patrons ou, ultimement, eux. Ils parlent contre les syndicats – pourtant les organisations démocratiques directement tributaires de l’existence d’une classe moyenne – mais n’ont rien à proposer de crédible pour les remplacer. Leur valorisation maladive de l’enrichissement individuel n’a d’égale que leur ignorance d’une histoire pourtant riche d’enseignement; les idéologies collectivistes sont apparues précisément parce que le libre-marché du dix-neuvième siècle a échoué. Or, que proposent-ils de différent pour éviter les même travers? Rien! Moins d’État, moins d’État, et qu’on laisse le loup et le mouton gérer leur propre cohabitation!

Henri Lacordaire affirmait: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » L’ultradroite veut devenir cette force égoïste qui, tel le surhomme de Nietzsche, s’élève au-dessus de la masse. De son point de vue, rien n’est plus beau, rien n’est plus grand. Mais que vaut l’élévation si elle n’est rendue possible que par le travail d’une masse d’individus désolidarisés, en perpétuels conflits les uns contre les autres, et qui ne peuvent plus rien entreprendre collectivement? Que vaut la force quand on vend au plus offrant tout ce qui fait notre fierté collective?

Je suis peut-être un connard, mais je suis un connard qui pense au bien commun et qui n’occupe pas ses journées à jouer les scribouilleurs d’un empire médiatique ayant annihilé ses anciens idéaux journalistiques de rigueur et d’objectivité.

Je suis peut-être un connard, mais je peux encore me regarder dans le miroir sans avoir à m’inventer un monde parallèle où la droite, après trente ans au pouvoir et forte de tous ses médias et des trois principaux partis politiques de l’Assemblée nationale, constituerait l’alternative.

Je suis peut-être un connard, mais je n’ai pas besoin de jouer les gratte-papiers prostitués qui étalent leurs préjugés et leurs opinions pré-conçues comme d’autres jouent avec leurs excréments.

Je suis peut-être un connard, mais contrairement à Michel Hébert, je peux marcher la tête haute.


N.B.: Depuis la parution de ce billet, Michel Hébert a modifié le titre de son texte.

L’ultradroite démasquée
31 décembre 2010

Ce que même la CSN qualifie de « montée de la droite » n’en est pas réellement une. Ce n’est pas la droite comme telle qui monte, mais plutôt sa forme la plus extrémiste. La droite, elle, est au pouvoir depuis le début des années 80, nous imposant ses désassurances, son libre-échange, son déficit zéro se faisant sur le dos de la classe moyenne et des moins nantis, ses baisses d’impôts aux plus riches, ses hausses de tarifs pour les autres, son dogme de la productivité (qui profite aux patrons, évidemment), sa valorisation de l’enrichissement individuel, son à-plat-ventrisme devant les compagnies étrangères. Cette droite, on la connaît, on vit avec.


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La nouveauté, en 2010, est plutôt la montée d’une ultradroite tellement radicale et qui s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées auprès de la population. Tentant de profiter du sempiternel sentiment d’identification des Québécois pour le concurrent négligé, elle se présente comme étant minoritaire au sein d’une société dominée par la gauche alors que n’importe quel individu ayant un minimum de conscience politique comprend que c’est plutôt son extrémisme de droite au sein d’une société déjà largement de droite – avec tous ses médias et partis politiques – qui l’isole.

Par exemple, considérons ce fait divers qu’était la présence du seul député d’une formation de gauche, Amir Khadir, à une manifestation de l’organisme Palestiniens et Juifs unis lors d’une campagne de boycottage des produits israéliens sur le Plateau. Cette histoire a été montée en épingle d’abord par Éric Duhaime – un agent à la solde d’organisations paravents de la CIA, selon certains -, pleurant le sort du « pauvre » commerçant vendant les produits de l’apartheid israélien et demandant aux gens d’aller acheter en masse ses produits. Bock-Côté, lui, à qui les médias n’accorderaient certainement pas la moindre attention s’il ne tenait pas un discours résolument de droite, parlait « d’hostilité viscérale à la civilisation occidentale ». On oublie systématiquement de parler des atrocités israéliennes, du lent génocide que ce pays impose aux Palestiniens. On ne parle pas non plus du fait que Khadir est présent à une foule de manifestations pour le sort des défavorisés, qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs dans le monde. Non. Khadir dans le coin rouge, le pauvre commerçant et la civilisation occidentale dans le coin bleu.

En fait, l’ultradroite, face à un monde de plus en plus complexe, fait de la simplification à outrance sa véritable marque de commerce. On peut lire, par exemple, Ian Sénéchal, co-fondateur du Réseau Liberté-Québec (sic), affirmer la légitimité pour les baby-boomers de ne plus avoir à payer pour l’éducation de la génération suivante et lancer un véritable plaidoyer en faveur de l’utilisateur-payeur. Ce type de discours plaît à une certaine frange de la population – souvent moins éduquée – parce qu’il est simple: j’utilise, je paie. Mais ce type de raisonnement n’en est pas moins con pour autant. Ce n’est pas la liberté que de réclamer de ne rien payer pour son voisin; c’est de l’égoïsme qu’on désire ériger en système et une désintégration sociale. Jusqu’où cela pourrait-il aller? Je paie pour l’asphalte dans ma rue, mais pas pour la rue derrière. Je paie pour le feu de circulation au coin de ma rue, mais pas pour celui sur l’autre rue. Je n’ai pas de voiture alors je ne veux pas de rue devant chez moi. Je réclame la liberté de ne pas arrêter à un feu de circulation qu’on m’impose. Je n’utilise pas les services policiers alors je ne paie pas pour eux. Je n’ai pas d’enfants alors je ne veux pas payer pour les balançoires dans les parcs. Je, je, je.

La complexité et l’interdépendance des relations entre les citoyens au sein de notre société découlent d’une compréhension issue de décennies de luttes sociales: l’individu, isolé, est faible. C’est collectivement que nous sommes forts. Le capitalisme sauvage du 19e siècle, véritable machine à broyer les hommes, encourageait cet isolement. Le résultat était que Montréal était la ville avec le plus haut taux d’analphabétisme et de pauvreté infantile en Amérique du Nord. L’ultradroite salive juste à penser à cette merveilleuse époque où l’État était minimal et où l’argent pouvait tout payer et où on pouvait crever de froid et de maladie tout en sachant que son voisin, plus riche, avait la « liberté » de se payer bien mieux.

Si notre société a évolué, si le Québec jouit aujourd’hui d’un niveau de vie parmi les plus élevés au monde, c’est précisément à cause de politiques étatiques redistributrices de la richesse et luttant contre le principe de l’utilisateur-payeur. C’est parce que l’État a décidé de brimer la soi-disant liberté d’une minorité que la majorité s’est élevée. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les pays ayant un haut indice de développement humain ont un État relativement fort tandis que des pays sans État, comme la Somalie, croupissent dans les bas-fonds d’à peu près tous les classements du genre. On entend peu l’ultradroite vanter la Somalie, pourtant. Un si beau pays où personne ne paie pour personne. Autre preuve de sa malhonnêteté.

En rejetant ces compromis, en faisant passer leur désir infantile d’une toute-puissance égoïste que la plupart des individus sains d’esprit ont laissé tomber en même temps que le passage des couches au petit pot, cette ultradroite ne s’en prend pas seulement aux partis politiques traditionnels, mais également aux fondements de notre société.

Heureusement pour elle, nous sommes en démocratie. Elle a le droit, à l’image des marxistes-léninistes, son équivalent de l’opposé du spectre politique, de crier son mécontentement et d’appeler à des solutions radicales pour mettre fin à des problèmes qui sont davantage tributaires d’une forme d’autisme politique de ses membres que d’une compréhension sociétale avancée.

Et l’État – ce méchant appareil gauchiste – pourra même assurer leur protection la prochaine fois qu’ils tiendront des rencontres où ils vomiront leur haine de tout ce qui est le moindrement syndiqué et qu’ils élaboreront le merveilleux programme d’un Québec du futur avec ses citoyens isolés, brisés, non-syndiqués, vivant dans la pauvreté et ayant enfin la liberté de ne rien faire du tout sinon de quêter des trente sous.