Le capitaine Harper coule avec son bateau
8 octobre 2008

Je ne me souviens pas d’avoir assisté à une fin de campagne électorale aussi excitante. Alors qu’il y a quelques semaines à peine on annonçait la victoire facile de Stephen Harper et de « son » Parti Conservateur, on entrevoit aujourd’hui la possibilité d’un gouvernement libéral minoritaire! Que s’est-il donc passé pour que M. Harper chute à ce point dans les sondages?

On pourrait parler de culture, de subventions coupées de la part de ministres incompétents ou même du réveil de la région de Québec qui semble (enfin) réaliser que d’envoyer des plantes vertes comme Josée Verner à un conseil des ministres ne garantit pas que soient adoptées des mesures en faveur de la région. Non. La vraie raison de la chute de Harper tient simplement au choix de sa stratégie de campagne.

En effet, celui-ci a pris tout un pari en lançant des élections dans un contexte économique mondial aussi instable. Il a misé, puis il est en train de tout perdre. Sa stratégie était d’avoir l’air d’un bon gouvernement, d’incarner la stabilité, de jouer le bon père de famille au-dessus de la mêlée. Il n’a même pas jugé bon imprimer un programme électoral, se contentant de rendre publique une ridicule brochure avec vingt-deux photos de lui-même une semaine avant le vote.

Mais ça aurait pu marché.

Sauf que la crise financière lui a fait perdre tout espoir d’un gouvernement majoritaire, et si la tendance se poursuit, il se retrouvera dans l’opposition. Car les gens ne veulent pas se faire dire d’acheter des actions pour faire des « aubaines » ni même que le Canada n’est pas menacé. Les Conservateurs ont pris l’habitude de prendre leurs électeurs pour des imbéciles, mais ceux-ci ne sont pas dupes: ils prennent actes des conséquences destructrices du laisser-faire économique et ils souhaitent un État qui agit, mais ce n’est pas la philosophie de Harper.

En fait, le courant ne passe plus entre Harper et la population. On assiste peut-être à une étrangeté politique, où un chef politique charismatique est en train de perdre ses moyens au profit d’un leader sans magnétisme mais qui utilise les mots que le peuple désire entendre. Dion a eu l’air de prêcher dans le désert pendant des semaines, se cherchant un nouveau thème à chaque semaine, mais il a ajusté son discours rapidement pour prendre en considération la détérioration de la situation.

Harper, au contraire, est demeuré stoïque devant l’écrasement des bourses et l’effondrement du système financier états-unien, et si sa fermeté a toujours été perçue comme une force face aux tergiversations des autres partis, il apparaît maintenant qu’il n’a pas les outils nécessaires pour réagir à cette situation externe.

Désormais, Harper est tout à fait cuit. S’il continue à ne rien faire, il perdra simplement ses élections au profit d’une opposition beaucoup plus rapide et intelligente dans ses réactions. Et s’il réagit, il aura l’air désespéré et il devra dire adieu à son aura d’immuabilité qui était à la base d’une grande partie de son capital de sympathie. Et il ne pourra jamais expliquer son absence de programme et de solutions pendant 30 jours de campagne électorale. Agir, ce serait admettre qu’il est en perte de vitesse et que ces vieilles bagnoles vertes dont il se moquait sont en train de le doubler. Proposer quelque chose (n’importe quoi) ébranlerait son image d’invulnérabilité qu’il s’est efforcé de bâtir au fil des ans, et ça ne ferait que renforcer l’impression de souplesse, de flexibilité et de prévoyance de ses adversaires.

En conséquence, je crois que Harper risque de finir comme le capitaine du Titanic: inébranlable, au garde-à-vous pendant que la mer agitée avale le bâtiment qui s’était cru trop rapide et trop puissant pour même prendre note de ce qui pouvait s’agiter sous la surface des flots. Quand la nuit se souille d’encre et que de dangereux icebergs percent la plaine liquide, a-t-on réellement besoin d’un commandant qui pousse les machines à fond en répétant que tout va bien?

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Titanic Boisclair
27 avril 2007

J’écrivais dans Cannibalisme inc. qu’on doit juger un homme à ses actions et non seulement à ses paroles. Philippe Edwin-Bélanger en a fait une brillante démonstration en claquant la porte de son poste de président régional du PQ de la région de Québec. Il a affirmé que Boisclair avait peur du verdict des militants lors d’un congrès national et que cela expliquait sa volonté de le repousser à 2009. Et il a choisi de partir, estimant qu’il avait mieux à faire que de parler du chef à tous les jours plutôt que de parler des véritables enjeux.

La situation actuelle au PQ ne peut plus durer. On est tellement occupé à débattre du manque de leadership d’André Boisclair qu’on n’a plus d’énergie pour le reste. On n’arrive plus à jouer le rôle de l’opposition, qui est de critiquer le gouvernement tout en proposant des alternatives constructives. Au niveau médiatique, le PQ a l’air d’une bande de fossoyeurs et de charognards s’entre-déchirant autour d’un corps mort.

Et on connaît l’importance de l’impact médiatique pour gagner des élections.

Ainsi, dès 1998, Jean Charest a été de toutes les tribunes comme chef de l’opposition. Il a passé son temps à critiquer tout ce que faisait le PQ, à proposer des alternatives. Il se disait prêt à gouverner; tellement prêt que le « je suis prêt » est devenu son slogan lors des élections de 2003. Et il a gagné.

André Boisclair pourrait-il faire la même chose? Non. Et peu importe la raison. Il a beau être un bon gars, un honnête politicien, un bon vivant, un homme qui connaît ses dossiers; le courant ne passe pas, il n’arrive pas à diriger ses troupes et la mutinerie qui couve est en train d’emporter le bateau.

D’un parti sans chef, le PQ s’est retrouvé avec un capitaine sans crédibilité ni carte nautique, et lentement mais sûrement le bateau dérive. Des milliers de voix s’élèvent et crient: « attention, iceberg droit devant ». Mais qui écoute?

Seul aux commandes, le capitaine Boisclair continue de dire que tout va bien et donne l’ordre de continuer.

S’il ne part pas, s’il ne laisse pas de côté son orgueil pour le bien du parti et de la cause, le navire du PQ sera bientôt une épave et on se rappelera avec nostalgie du départ de Edwin-Bélanger comme ayant eu lieu à un moment où il était encore temps de changer de cap.