Au secours de la banque française
11 avril 2012

Certains anglomanes aiment affirmer qu’il est normal de faire une si grande place à l’anglais au Québec « parce que le Canada est bilingue ». Ce mantra est répété à satiété comme s’il s’agissait d’un fait indiscutable. J’ai beau tenter d’expliquer à ces personnes que seules certains services sont bilingues, et que la seule province bilingue est le Nouveau-Brunswick, cette fausse croyance demeure. La vérité, pourtant, c’est que le Québec est de loin la province la plus bilingue au sein d’un Canada largement unilingue anglais. Une simple visite à la banque permet de le démontrer.

Au Québec, les services bancaires sont largement anglicisés. Même dans les quartiers les plus francophones de Laval, par exemple, la banque TD offre des services entièrement bilingues, très souvent avec préséance de l’anglais. Comme le montre la vidéo ci-bas, la plupart des banques du centre-ville de Montréal violent allègrement la Loi 101 et se sont anglicisées. Même Desjardins, un ancien fleuron québécois, participe à cette anglomanie et il suffit de téléphoner à l’entreprise pour se faire servir abusivement du « For English Press 1 », comme si notre langue était de trop même chez nous. Les 414 000 membres de la minorité anglophone historique du Québec sont choyés.

À l’inverse, Desjardins n’offre pas de services en français en Ontario. Dans un mémo adressé à sa clientèle francophone, elle indiquait mettre fin à toute forme de communication en français. L’excuse donnée : sa filiale exerce ses activités exclusivement en Ontario. La minorité francophone historique d’Ontario, forte de ses 327 000 citoyens, devra parler anglais ou se priver de tout service.

D’un côté, 414 000 anglophones enracinés au Québec, y étant nés, et désireux d’obtenir des services dans leur langue. De l’autre, 327 000 francophones enracinés en Ontario, y étant nés, et désireux d’obtenir des services dans leur langue. D’un côté, des services en anglais mur à mur jusqu’au cœur des quartiers francophones, des sites web bilingues, des services téléphoniques bilingues, de l’affichage bilingue… De l’autre, rien du tout.

Cette situation n’est pas qu’anecdotique ; il s’agit d’une énième démonstration du caractère unilingue du Canada. Quand une entreprise ontarienne comme la TD s’installe au Québec, elle impose sa langue et offre une égalité totale de celle-ci avec la langue nationale des Québécois. Quand une entreprise québécoise comme Desjardins s’installe en Ontario, elle capitule devant l’anglais et laisse tomber ses clients francophones.

Le bilinguisme tue

Cette différence existe pour une raison fondamentale : d’un côté les francophones d’Ontario sont quasi unanimement bilingues et ont appris à utiliser l’anglais pour toutes les opérations quotidiennes ; de l’autre les anglophones du Québec sont beaucoup moins bilingues et ont appris à imposer leur langue partout.

Lionel Groulx affirmait :

Nous avons méprisé l’expérience universelle, oubliant que le bilinguisme généralisé, c’est d’ordinaire, à sa première phase, l’agonie d’une nationalité. On nous a entraînés à ces imprudences, au nom de la libération économique et de l’unité nationale. Cependant, je n’ai pas grand mérite à constater que le bilinguisme ne nous a pas empêchés de devenir plus que jamais les domestiques de la minorité dans notre province.

Le bilinguisme généralisé, c’est la mise en compétition de deux langues de force inégale. L’utilisation de deux langues étant redondante et inutile, la langue la plus forte finit TOUJOURS par l’emporter sur la langue la plus faible.

C’est pourquoi le bilinguisme en Ontario est inutile : le français a déjà perdu depuis des décennies toute prétention à constituer la langue dominante et inclusive de la province. Et c’est également pourquoi le bilinguisme au Québec est en progression : le statut de langue commune, nationale et officielle du français au Québec est de plus en plus attaqué de toutes parts.

En 2012, tout autant qu’en 1967 lors des États généraux sur le Canada français, une seule conclusion s’impose : le Québec, s’il veut assurer la survie de sa langue, doit devenir aussi unilingue français que le reste du Canada est unilingue anglais.

À nous d’agir, de boycotter les entreprises nous imposant l’anglais et de refuser tout bilinguisme autre que personnel et strictement volontaire sur notre territoire.

Le Canada n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais un pays bilingue. Le bilinguisme a tué toutes les minorités francophones du Canada.

Ne commettons pas la même erreur au Québec.