Budget 2010: prendre du pauvre pour donner au riche
30 mars 2010

« Payez, les pauvres! » aurait pu dire le ministre Bachand en déposant son budget cet après-midi. Aux prises avec un déficit largement causé par les généreuses baisses d’impôt accordées aux mieux-nantis par les gouvernements libéral et péquiste, le ministre des finances a décidé de refiler la facture à la classe moyenne et aux plus démunis. On en revient toujours là: on réduit les revenus de l’État quand l’économie va bien, et on s’attaque à la « bête »en coupant les services et en haussant les tarifs dès qu’une crise frappe. Prévisible.

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En fait, ce qui surprend avec ce budget, c’est la manière quasi-désinvolte avec laquelle on cible principalement les plus démunis pour renflouer les coffres de l’État. Taxe sur la santé, ticket modérateur, hausse de la TVQ, hausse des tarifs d’électricité, hausse des frais de scolarité: si on pouvait simplement taxer la pauvreté, on le ferait. D’une manière systématique, on vise les plus pauvres et on épargne les mieux-nantis.

Soit les statistiques suivantes.

L’impact du budget provincial sur les quintiles de revenu inférieur, moyen et supérieur ((Les quintiles du revenu proviennent des données de Statistique Canada pour l’année 2007 ))

Revenu total 13 200$ 41 528$ 109 459$
Taxe-santé à 200$ par année (( À partir de 2012 )) 1.52% (( Le lecteur attentif notera que l’exemption pour la taxe-santé, pour une personne seule, sera à 14 040$. Cela ne change pas le calcul total, ou très peu. Ces chiffres ne sont qu’à titre indicatif; une personne gagnant 14 040$ paiera effectivement une charge plus élevée de son revenu qu’une personne en gagnant 40 000$ ou 110 000$. Le but du tableau n’est pas d’être hyper-précis, au dollar près, mais de démontrer la tendance générale. Dès qu’un individu atteint le 14 040$, à la limite du quintile inférieur, il est largement défavorisé.)) 0.48% 0.18%
3,37 visites par année médecin à 25$ par visite (( Le chiffre moyen de 3,37 visites par année vient d’ici et le 25$ vient du rapport Castonguay, qui recommandait ce ticket-modérateur pour aller chercher 600 millions $ par année et dont le gouvernement semble vouloir s’inspirer pour aller chercher plus de 500 millions $ par année.)) 0.64% 0.20% 0.08%
Augmentation de un cent du bloc patrimonial d’Hydro-Québec (( Les statistiques pour cette augmentation proviennent de cette étude et les hausses auront lieu vers 2013 )) 0.70% 0.44% 0.24%
Augmentation de la TVQ de 1% 1.00% 1.00% 1.00%
Surcharge financière 3.85% 2.12% 1.50%
Augmentation des frais de scolarité de 10% (( Le ministre a précisé qu’il y aurait une autre hausse à partir de 2012, et il a souligné que les étudiants contribueraient à « seulement » 13% des coûts de l’éducation, contre 23% ailleurs au Canada. Ces statistiques se basent donc sur l’hypothèse – plausible – que le ministre voudra, en 2012, rejoindre la moyenne canadienne )) 1.64%
Surcharge financière de l’étudiant 5.50%

On le constate, l’effort demandé aux moins-nantis est supérieur à celui exigé des plus hauts revenus. Cela n’est pas surprenant, car la plupart des mesures annoncées par ce budget sont régressives et ciblent donc plus directement les plus défavorisés. Que ce soit au niveau de la taxe-santé, qui pénalisera du même montant le millionnaire et l’employé de McDonald, du ticket-modérateur ou de la hausse du tarif patrimonial d’Hydro-Québec, la classe moyenne et les plus démunis seront systématiquement plus affectés par ces hausses: 3,85% des revenus du quintile inférieur seront ponctionnés, contre 2,12% pour un revenu moyen et un maigre 1,50% pour les mieux-nantis. Malgré un « impôt sur la solidarité » qui prévoit rapporter, en moyenne, et principalement aux familles, un minime 174$ par année, ce budget consacre une augmentation des inégalités sociales. Pour un étudiant, qui doit souvent travailler dans des emplois précaires en plus de suivre ses cours, la hausse sera encore plus dramatique: 5,50% de son revenu annuel! Et le le pire, c’est que ces chiffres sont optimistes.

En effet, la vérité est encore plus pathétique. La hausse de la TVQ de un pourcent, que j’ai réparti de manière égale dans le graphique ci-haut, frappera plus fortement les personnes défavorisés, car celles-ci ont moins tendance à épargner. Concrètement, un individu gagnant 13 000$ par année dépensera la quasi-totalité de cet argent dans des biens de consommation courante – taxables – alors qu’un individu en gagnant 110 000$ risque d’en mettre de côté, dans des RÉER ou ailleurs, ce qui réduira l’emprise de la taxe sur lui. On pourrait toujours arguer que l’épargne constitue une consommation future, mais puisqu’on ignore quelle sera la valeur de la taxe dans dix ou quinze ans – plusieurs seraient tentés de la réduire lorsque l’économie ira mieux -, il faut partir du principe que cette hausse pénalisera principalement les moins-nantis.

De la même façon, la moyenne de 3,37 visites par année chez le médecin est trompeuse. Un individu vivant dans la pauvreté, et qu’on appauvrira encore davantage avec ce budget, est forcément plus malade qu’une personne mieux-nantie. Il a été démontré que plus de 1,4 millions de personnes meurent, à chaque année, des causes des inégalités sociales dans les pays développés. Une étude de l’Institut canadien de la santé a aussi démontré le lien empirique entre pauvreté et santé. On peut donc estimer que le nombre de visites risque d’être supérieur, advenant, bien sûr, qu’une personne ne décide pas d’éviter de se présenter chez le médecin pour ne pas avoir à payer le coût de la visite, ce qui gonflerait le nombre de morts causés par les inégalités sociales. Dans tous les cas, l’appauvrissement entraîne la malade, et en fixant des tarifs égaux pour tous, on s’attaque plus fortement aux pauvres.

Qui plus est, on constate que si les particuliers et les entreprises consacrent 38,1% de l’effort financier exigé, les coupures dans les dépenses gouvernementales et des organismes atteignent 51,2%. Or, qui profite le plus des programmes gouvernementaux, sinon les citoyens de la classe moyenne et les plus démunis? Qui a le plus besoin du service des fonctionnaires de l’État, eux qui subissent encore cette injustice de voir qu’un départ sur deux n’est pas comblé, sinon ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les services du privé? Pire: comment se fait-il que sur le 38,1% de l’effort des particuliers et des entreprises, ces dernières ne participent qu’à 7,1%? Dans les années 50, elles contribuaient à plus de 50% des revenus de l’État, mais aujourd’hui ce n’est même pas 10%. Pourquoi ne pas avoir annulé, comme le suggérait Québec Solidaire, la taxe sur le capital des entreprises, pour aller chercher 503 millions de dollars?

Aussi, pourquoi ne pas avoir créé un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et ainsi aller chercher plus d’un demi-milliard de dollars? Pourquoi ne pas avoir imité, comme le soulignait Jean-François Lisée, la Grande-Bretagne, qui vient d’augmenter son taux d’imposition supérieur à 50%?

Au-delà des chiffres et de l’appauvrissement généralisé de ceux qui n’ont pas les moyens de participer à la grande « richesse individuelle » prônée par le Parti Libéral et sanctifiée par le Parti Québécois, on constate que si ce budget demande des efforts à tous les citoyens, ceux-ci sont répartis différemment selon qu’on gagne plus ou moins d’argent.

À une certaine époque, on croyait à la redistribution de la richesse. On comprenait que la pauvreté entraînait des coûts importants – ne serait-ce qu’au niveau du crime et de la santé. Aujourd’hui, on a inversé la pyramide et on opère désormais la redistribution inverse: on prend du pauvre et on donne au riche.

Un gouvernement à ce point méprisant pour la classe moyenne et les plus démunis devrait être pénalisé. Mais le problème, c’est que l’opposition, en face de lui, pense de la même manière et ne s’oppose que pour la forme.

Vous m’avertirez quand vous verrez du changement. Pour le moment, je dois travailler. Faut qu’il se paie, le party que les plus riches s’offrent depuis des années avec nos gouvernements de droite au pouvoir!

Le génocide des pauvres
8 mars 2010

Pendant qu’on nous demande de nous serrer la ceinture, de faire des efforts, bref, de nous appauvrir, on apprend aujourd’hui que le Canada est un des pays au monde imposant le moins ses entreprises. Si des pays comme le Japon et les États-Unis – pourtant pas des républiques socialistes – ont des taux d’imposition avoisinant le 40%, le Canada a une cible de près de 25% d’ici deux ans, et le Québec, en gros Wal-Mart de la copie bon marché, offre 11,9%. Et si, en gagnant cette course aux bas impôts, on ne contribuait pas simplement à accepter l’inacceptable?

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En effet, il faudra un jour se poser la question. La logique néolibérale est simple: puisqu’on ouvre toutes grandes les frontières, les entreprises sont en compétition les unes contre les autres. Ainsi, si des pays leurs imposent des normes environnementales, sociales ou financières « trop » sévères, elles quittent pour un endroit plus laxiste. Alors, dites-moi, à quand l’imposition zéro?

Illustrons en exagérant: pourquoi se contenter de baisser un peu les impôts, d’attendre qu’une autre nation les baissent davantage, puis les rebaisser de nouveau? Pourquoi ne pas simplement abolir les impôts des entreprises? On pourrait même imaginer leur offrir de l’argent, des bâtiments neufs, des subventions. Et pourquoi pas des toilettes en or? Puisque l’État est incapable, selon les tenants de la droite économique, de la moindre efficacité, il faut jouer le jeu de la compétition et assurer aux entreprises un cadre financier leur permettant de faire des milliards de dollars sans jamais redonner le moindre sou à la collectivité. Et on appelle cela le progrès? Et on appelle cela « compétitivité »?

En fait, ce n’est pas seulement au niveau des impôts aux corporations que l’État se délaisse de son rôle de redistribution de la richesse. Comme je l’écrivais ici, le Canada a également un des taux d’imposition des particuliers aisés parmi les plus faibles au monde. Seulement 27% d’imposition pour un individu seul gagnant 167% du revenu moyen; des pays comme le Danemark, la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas imposent à plus de 40% ces individus qui ont les moyens de payer. Et – surprise, surprise – ce sont également des pays parmi ceux-ci qui ont le plus faible taux de pauvreté des personnes en âge de travailler. Le lien doit être répété: l’impôt permet la redistribution de la richesse; les pays qui imposent moins leur population sont également ceux où il y davantage de pauvreté.

Un génocide des moins-nantis

Avec la pauvreté issue d’un manque de redistribution de la richesse vient, immanquablement, la mort. On savait déjà que le système de santé états-unien, par exemple, qui n’offre pas la moindre protection à plus de 47 millions de personne, entraîne la mort de plus de 101 000 personnes par an. On apprend, aujourd’hui, sur le blogue de Jean-François Lisée, qui cite une étude du British Medical Journal, que c’est plus de 1,4 millions de personnes qui meurent, ANNUELLEMENT, à cause des inégalités sociales, dans les trente pays les plus développés.

Dès que le coefficient de Gini, qui calcule ces écarts, dépasse 0.30, le nombre de morts augmente en flèche. Si 103 personnes meurent de l’inégalité au Canada (Gini 0.301), c’est plus de 11 000 en Angleterre (Gini 0.326), 16 000 en Italie (Gini 0.347), 883 000 aux États-Unis (Gini 0.357) et 425 000 au Mexique (Gini 0.480)! Soyons clair: l’inégalité tue. Tout ce qui permet au coefficient de Gini d’augmenter, que ce soient les baisses d’impôts aux mieux-nantis ou les hausses de tarifs pour la classe moyenne et les plus pauvres, résulte en la mort d’individus.

Or, il n’est que trop facile de se déresponsabiliser du fait que ces morts ne sont pas nécessairement visibles. Si on prenait 1,4 millions d’individus, qu’on les entassait dans des camps de concentration avant de les enfermer dans des chambres à gaz, tout ceci sous la direction d’un seul homme, on descendrait dans la rue, avec justesse, et on exigerait la tête du dictateur. Ce crime-là est inhumain. Tuer 1,4 millions d’individus de cette façon, c’est impensable.

Mais si on tue 1,4 millions de personnes par les milliers de mains d’un système économique bien huilé, personne ne bronche. Quand un homme meurt du cancer des poumons parce qu’il a travaillé dans des mines insalubres pour survivre, personne ne réagit. Quand une femme se prostitue pour payer les comptes, attrape le SIDA ou se fait battre à mort, ce n’est qu’un fait divers. Quand un enfant de douze ans sniffe de la colle pour oublier la tragédie de son quotidien, ce n’est qu’une histoire pathétique de plus, au mieux de la matière première pour journalistes en mal de pipole.

Les mêmes morts; seule la manière de les tuer qui diffère. D’un côté, la mort est organisée, planifiée, voulue, souhaitée, de l’autre elle est le résultat de la soi-disant faiblesse de personnes qu’on a laissé seules à elles-mêmes, des dommages collatéraux dans une société qui, au nom de la compétitivité, a fait de la loi de la jungle sa raison d’être. D’un côté, les morts justes, les victimes d’Holocaustes qu’on célèbre à chaque année avec des fleurs et des minutes de silence; de l’autre, des inconnus, des « faibles » qu’on lance dans la fosse commune de l’oubli.

Pourtant, une mort, une seule mort d’une personne qui a été privée de la chance de voir le soleil se lever un autre matin, est une mort de trop. Qu’on tue avec une machette, dans des chambres à gaz, sur une chaise électrique, avec une cuillère à crème glacée dans l’oeil ou en laissant les inégalités transformer notre société en tombeau des plus démunis, le résultat est le même: on se prive du talent d’un individu, et on laisse les plus faibles crever, comme dans la nature, comme chez les animaux. On commet l’indéfendable; d’un eugénisme à la Hitler ou d’un génocide mécanique des plus démunis, le résultat est le même: l’homme redevient animal, il se saborde, il détruit son âme et sa conscience.

Non, ce refus d’imposer les mieux-nantis, entreprises ou individus, ne constitue pas un fait divers. C’est la prémisse d’un changement de l’ordre social, d’une attaque non seulement contre l’État-providence, mais également contre la civilisation, contre nos valeurs humaines, contre cette conception que la vie est sacrée et que chaque humain a le droit de la vivre pleinement.

Peu importe les discours, peu importe les arguments économiques fallacieux d’économistes à la solde de leurs propres intérêts, et peu importe les manigances et les sermons quant à l’importance du serrage de – notre – ceinture, toute cette mécanique génocidaire et violente débute d’un système qui utilise les humains comme autant de boulons d’une complexe machine alors que ceux-ci devraient constituer, précisément, la finalité de toute entreprise.

Qu’on nous demande, aujourd’hui, d’accepter ces morts, de consentir à la diminution de notre niveau de vie pendant qu’on laisse les entreprises et les mieux-nantis continuer leur party, n’est pas seulement indécent: c’est criminel.

S’il y avait un semblant de justice sur la Terre, ceux qui votent de tels budgets, qui façonnent de telles politiques, et ceux qui en font la promotion, seraient jugés pour crimes contre l’humanité et collaboration à commettre ces crimes.

La pauvreté n’est pas innée ni volontaire; elle est la résultante de choix politiques. Notamment celui de ne pas imposer plus équitablement les entreprises et les mieux-nantis.

Force Jeunesse: en attendant le chèque
20 janvier 2010

« L’imagination et le courage sont les seules limites de notre capacité à lutter contre la situation budgétaire alarmante » affirme Jonathan Plamondon, président de l’organisme Force Jeunesse. De l’imagination! Du courage! Quoi, vous rêvez? Ce sont les mêmes vieilles « solutions » libérales de hausses de la taxe de vente du Québec (TVQ) et des tarifs d’électricité. Faut-il s’en surprendre, puisque Force jeunesse est financé par le Secrétariat à l’action communautaire autonome (SACA) et se trouve donc directement tributaire des décisions du gouvernement en place? S’il fallait seulement que Jean Charest coupe dans le gras plutôt que hausser les tarifs…

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Je suis peut-être vieux-jeu, ou même carrément vieux. De nos jours, on ne sait jamais. Trente ans, c’est vieux lorsqu’on pense au bien-commun, mais jeune lorsqu’on se veut dans la vent et qu’on propose des solutions « courageuses » pour lécher les bottes du gouvernement et s’assurer qu’elles seront bien luisantes lorsqu’on recevra un coup de pied dans l’arrière-train. Je suis peut-être vieux, donc, mais dans mon petit carré de sable de sagesse, il me semble que le courage et l’imagination, ça ne se résume pas à suivre l’idéologie dominante qui nous a foutu dans le pétrin et qui aujourd’hui nous propose davantage de ce qui nous a foutu dans le pétrin pour nous sortir du pétrin.

Le courage, ce n’est certainement pas d’augmenter la TVQ. La taxe est une mesure foncièrement régressive, c’est-à-dire qu’elle ne joue pas le moindre rôle dans la nécessaire redistribution de la richesse. Cinq pour-cent, c’est cinq pour-cent, que tu sois dans la rue en train de vendre ton corps ou que tu sois le PDG d’une multinationale. Pour la personne qui dépense 20 000$ par année, c’est peut-être le 1000$ qui l’empêche de payer ses comptes; pour celle qui se déleste de 200 000$, c’est bel et bien 10 000$, soit dix fois plus, mais il lui reste tout de même 190 000$, ce qui est bien suffisant pour vivre. Non, ce n’est pas du courage que de préconiser une hausse de la TVQ; c’est bel et bien le déni du rôle égalisateur de l’État et de son devoir de ne pas seulement penser en fonction des possibilités de revenus, mais aussi et surtout en fonction de la capacité de payer des gens.

Pareillement, l’imagination, ce n’est pas non plus d’augmenter les tarifs du bloc patrimonial d’Hydro-Québec, comme le suggère Force Jeunesse. L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a démontré d’une manière magistrale de quelle façon une telle hausse pénaliserait principalement les moins-nantis tout en épargnant ceux qui ont les moyens de sur-consommer. Ce sont à ces derniers qu’il faut s’attaquer, pas à la classe moyenne et aux plus démunis qui peinent déjà à joindre les deux bouts. L’élasticité-prix de l’électricité est très faible pour les moins-favorisés: 39,2%, contre 88,1% pour les plus riches. Concrètement, cela veut dire qu’une hausse des tarifs ne résulterait pas en une baisse marquée de la consommation pour les premiers, mais plus certainement pour les seconds; en haussant le tarif patrimonial, on n’incite donc pas la classe moyenne et les moins-nantis à réduire leur consommation, mais on permet simplement aux mieux-nantis de continuer leur party!

Non, le courage, l’imagination, c’est oser s’attaquer au dogme des baisses d’impôts qui gangrènent nos capacités depuis une dizaine d’années. Des baisses, encouragées par nos gouvernements de droite au pouvoir depuis des décennies et qui se sont traduites, dans la décennie 1998-2007, par une réduction marquée de la contribution des mieux-nantis et par une hausse tout aussi remarquable du coefficient de Gini, qui calcule les inégalités sociales. De trop généreuses baisses qui privent, comme le souligne Josée Legault, l’État québécois de près de 10 milliards de dollars par année, soit davantage que le déficit actuel!

Peut-être que si les grands penseurs de Force Jeunesse passaient un peu moins de temps à fixer les akènes dans les arbres qui font face à leur binerie de la rue Laverdure en attendant leur chèque du SACA et un peu plus à penser à défendre leur article premier, qui est de « défendre et promouvoir les intérêts des jeunes en emploi », ils réaliseraient peut-être – magie, magie! – que ce sont effectivement les jeunes qui seraient les premiers touchés par leurs mesures régressives; ce sont eux qui vivent le plus de précarité; ce sont eux qui tournent des boulettes chez McDo pour un salaire ridicule; ce sont eux qui doivent manger du Kraft Dinner le mercredi en attendant les maigres émoluments du lendemain.

Non, décidément, je ne veux plus être jeune si c’est pour être représenté par des gens comme cela. Appelez-moi le jeune-vieux ou le vieux-jeune si ça vous chante, mais je préfère encore m’arrimer à des générations qui ont eu les couilles de se battre pour des changements permettant d’améliorer réellement la société et qui ne se sont pas contentés de chanter en chœur les refrains usés du parti au pouvoir en gardant un œil sur la boîte aux lettres d’où ils recevront leur prochain chèque.

Hausse des tarifs: dislocation sociale 101
19 décembre 2009

La Presse travaille fort pour nous convaincre de la nécessité de hausser les tarifs d’électricité. L’organe de presse de Power Corporation, sous la plume de son nouveau caniche des pages éditoriales, utilise l’exemple du Vénézuela, où l’essence est peu coûteuse, pour parler du gaspillage systématique d’une ressource lorsque son prix n’est pas fixé par le marché. Derrière cette logique apparente se cache une idéologie beaucoup plus pernicieuse: mettre fin aux services publics et forcer les citoyens à payer le coût réel pour chaque service.

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Ainsi, même s’il a été démontré par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) que les hausses de tarifs d’électricité n’empêchent pas le gaspillage car l’électricité possède une très faible élasticité-prix – elle est à ce point nécessaire dans notre climat froid qu’on ne peut qu’appauvrir la majorité de la population en augmentant son prix – et que ces hausses toucheraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, les idéologues de La Presse n’en démordent pas: il faut faire payer le « vrai » prix aux citoyens.

Or, à quoi ressemblerait une société où le principe de l’utilisateur-payeur serait érigé en dogme absolu? Autrement dit: pourquoi s’arrêter à l’électricité si la recette est si efficace?  Si tout ce qui est fourni au citoyen en-dessous de la valeur marchande est gaspillé, pourquoi ne pas s’attaquer aux autres forme de gaspillage?

  • Santé. Les citoyens devraient payer le coût réel de chaque hospitalisation, de chaque opération, de chaque visite chez le médecin.  « Monsieur, vous opérer coûterait 10 000$, avez-vous l’argent? »  Un tel système ressemblerait à ce qui se fait aux États-Unis, qui possède un réseau de la santé presque deux fois plus coûteux qu’au Canada et qui est responsable de la mort de plus de 100 000 personnes par année, conséquence d’une trop grande place faite au privé.
  • Éducation. Pourquoi l’État devrait-il fournir l’éducation à ses citoyens en-dessous du prix du marché?  Il faudrait démanteler le réseau public et facturer directement les parents.  Au Canada, on estime le coût d’une année d’étude à plus de 3500$ au primaire et 4700$ au secondaire.  C’est donc dire que le coût moyen assumé par chaque parent pour assurer une éducation de base à ses enfants serait de 45 000$.  Croyez-vous que beaucoup d’enfants d’Hochelaga-Maisonneuve ou de Montréal-Nord iraient à l’école?
  • Transport. L’entièreté du coût des transports en commun devrait être assuré par les citoyens.  Oubliez la CAM à 70$; s’il faut faire payer le coût réel du service, il faudrait probablement doubler le coût de la passe mensuelle à Montréal.  En outre, assurerait-on des services dans les quartiers pauvres, moins rentables?  Ou la nuit?  Oubliez-ça: comme à Detroit, un service pourri, sur les grandes artères seulement, hors-de-prix, et très irrégulier.   Dans un tel contexte, nombreux sont ceux qui préféreraient utiliser leur voiture!
  • Garderies. Sept dollars par jour, êtes-vous fou?  Qu’importe si les Centres de la petite enfance (CPE) ont contribué à la hausse du taux de natalité.  Non, non, payez mes amis.  Oubliez ça, 35$ par semaine pour faire garder vos enfants; pensez plutôt à 35$ par jour, 175$ par semaine! Il ne faudrait quand même pas gaspiller un tel service en y envoyant « trop » vos enfants!
  • Aide sociale. Quelle est la valeur réelle du B.S.?  Nulle, diraient certains.    Si on doit faire payer le « vrai » prix aux citoyens, il faut être conséquent et éliminer le B.S.  Et ces gens, sans emploi, sans B.S., qui ne peuvent ni se faire soigner gratuitement, ni se faire éduquer, ni se déplacer, ni faire garder leurs enfants, que leur resterait-il?   Le nombre de vols, de meurtres et de délits divers exploserait (les gens doivent se nourrir et on ne peut pas inventer 500 000 emplois demain matin).

Le beau programme. On rêve déjà, n’est-ce pas? Des quartiers entiers poussés dans la pauvreté, la précarité, des gens qui meurent faute de soins, le taux d’analphabétisme qui explose, une mobilité quasi-absente, des vols, de la misère, des riches qui s’isolent derrière des grilles pour se protéger de la rapace…

Mon grand-père, de son vivant, me parlait parfois de Ville Jacques-Cartier, sur la rive-sud, une bourgade dont le territoire compose le gros de l’actuelle ville de Longueuil.  J’habitais à Longueuil, à l’époque, et il m’avait expliqué pourquoi à un certain endroit les rues n’arrivent pas les unes face aux autres: « À l’époque, qu’il me racontait, il y avait une palissade entre Longueuil, son électricité, ses rues asphaltées, son réseau d’égout et ses riches citoyens, et Ville Jacques-Cartier, avec ses rues de boues, ses bécosses, ses maisons délabrées. Ville Jacques-Cartier, c’était la misère noire. »

Ne voilà-t-il pas le comble du comble du paiement du coût « réel » de chaque service? Des quartiers trop pauvres pour avoir l’eau courante, des rues asphaltées… Et on ne parle pas ici des conditions épouvantables de santé ou d’éducation. Voilà ce vers quoi veulent nous amener les gentils idéologues de La Presse de Power Corporation. Tout pour les riches, qui peuvent se payer le coût réel, et rien pour les autres. Dislocation sociale 101.

Payer moins cher que le prix du marché, c’est aussi déclarer qu’un service est trop important pour laisser le jeu de l’offre et de la demande en dicter le prix. Ce n’est pas du gaspillage, mais une juste appréciation de la nécessité de protéger la classe moyenne et les plus démunis. Car à partir du moment où on accepte de hausser les tarifs d’un service aussi essentiel que l’électricité, on ouvre la porte aux pires excès et on redécouvre les plus grandes noirceurs d’un passé qu’on croyait loin derrière soi.

Les fables de Clément Gignac
1 octobre 2009

« Ce sont les plus riches qui profitent du gel des tarifs d’électricité », affirme Clément Gignac, ex-banquier récemment converti en robin des bois modernes. Un peu plus et il fait de la lutte des classes et de l’émancipation des prolétaires sa plus grande priorité! Vous y croyez, vous, à un parachuté du monde des affaires qui prendrait le parti de la classe moyenne et des plus démunis en augmentant leur facture d’électricité? Moi, je n’y crois pas du tout.

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En effet, la logique derrière cette affirmation est très faible: les plus fortunés subiraient plus durement la hausse des tarifs parce qu’ils consomment davantage d’électricité. Ils possèdent une grosse maison, un garage chauffé, un spa, ont des lumières partout, des planchers chauffants; l’augmentation des tarifs leur coûterait donc plus cher qu’à des gens ayant un revenu moins important. Fable attrayante, mais fausse. La donnée véritablement importante n’est pas l’augmentation des coûts d’électricité à un niveau brut, absolu, mais plutôt la hausse en fonction de la capacité de payer du citoyen.

Ainsi, prenons pour exemple deux citoyens. Pierre, habitant un 4 1/2 non-chauffé et ayant un salaire de 30 000$ et Michel, possédant une maison en banlieue et gagnant 75 000$ par année. Pierre paie 100$ d’électricité par mois, et Michel 150$. La clef pour bien comprendre cette situation est dans cette différence: la maison de Michel peut être deux fois plus grande que l’appartement de Pierre, mais sa facture d’électricité ne constitue pas le double pour autant. C’est simple à comprendre: Michel ne prend pas deux fois plus de douches que Pierre, ne mange pas deux fois plus de nourriture cuite, n’a pas deux fois plus de réfrigérateurs, etc.

Maintenant, si on augmente les frais d’électricité de 20%, Pierre voit sa facture passer de 100$ à 120$, tandis que Michel la voit passer de 150$ à 180$. En apparence, Michel est davantage pénalisé que Pierre par cette hausse de tarifs, ce qui confirmerait l’hypothèse de Clément Gignac.

Or, la vérité est toute autre. La hausse de 20$ par mois de Pierre représente, sur son salaire mensuel de 2500$ (30 000$ / 12 mois), une charge de 0,8%. Le 30$ de Michel, lui, sur un salaire mensuel total de 6250$ (75 000$ / 12 mois), représente une augmentation de la charge réelle de 0,48%. En clair, le fardeau imposé à Pierre est légèrement inférieur au double de celui de Michel. La taxe – car c’en est une – le touche ainsi bien davantage que pour Michel. Pour Pierre dans son 4 1/2, le 20$ constitue peut-être l’argent d’une sortie bien méritée à la fin de la semaine; pour Michel dans sa maison, ce 30$ ne constitue peut-être que de l’argent de poche. Notons que dans la vraie vie, l’impôt progressif contribuerait à réduire un peu cette inéquité, mais le fait demeure: la personne ayant un revenu inférieur subit plus fortement les hausses que la personne jouissant d’un revenu plus élevé.

On le constate, l’argument voulant que ce soient les plus fortunés qui fassent les frais de ces hausses de tarifs ne tient pas la route. En haussant les tarifs d’électricité, ce sont les moins bien nantis qui écopent, car ce sont eux qui ont à subir la charge la plus élevée en fonction de leurs revenus. Ces hausses constituent une flat tax, c’est-à-dire qu’elles annihilent le pouvoir redistributeur de l’État; elles imposent le même poids financier à deux catégories de citoyens n’ayant pas la même capacité de payer.

Bref, plutôt que d’avoir le courage politique d’annuler les baisses d’impôts de la dernière décennie ayant surtout profité aux mieux nantis et privant l’État québécois de près de 10 milliards de dollars par année, Gignac propose la facilité: faire payer tout le monde, indépendamment de la capacité de payer, pour le gros party que se sont octroyés les plus fortunés.

Si on désire réellement utiliser les tarifs d’électricité pour renflouer les coffres de l’État, qu’on fasse comme pour l’impôt et qu’on impose des tarifs différents en fonction du revenu. On pourrait créer trois ou quatre classes de tarifs, s’assurant ainsi que chaque personne, peu importe son revenu, supporte sensiblement le même fardeau. En faisant cela, non seulement s’assurerait-on de respecter la capacité de payer des citoyens, mais on inciterait les mieux nantis à y penser un peu avant de gaspiller l’énergie. Car le projet de hausse actuel, quoi qu’en disent les Alain Dubuc de ce monde, réduit le niveau de vie de la classe moyenne et des plus démunis tout en assurant la continuité de l’orgie de kilowatts des mieux nantis – dont font évidemment partie les éditorialistes du réseau Gesca.

Nous avons la chance, au Québec, de payer des tarifs d’électricité beaucoup moins élevés qu’ailleurs. Il ne s’agit pas d’un déshonneur, mais d’une véritable fierté, attachant le citoyen du Québec au puissant symbole que représente Hydro-Québec et constituant un important rempart contre tous les vautours du privé qui aimeraient démanteler la société d’État. On ne doit pas tout mêler: si le problème est le gaspillage, qu’on fasse payer le kilowatt/heure plus cher à ceux qui en ont les moyens. Et si le problème est financier, qu’on augmente les impôts de ceux qui ont profité de baisses trop généreuses. Ce n’est pas en faisant croire que le fait de jouir de tarifs avantageux devrait constituer une tare à éliminer sur l’autel du déficit zéro qu’on participe constructivement à la recherche des réelle solutions.

Profiter de difficultés financières pour s’attaquer encore une fois à la classe moyenne et aux plus démunis, c’est moche. Mais de devoir prendre jusqu’à l’argent de l’épicerie pour payer l’électricité et se faire dire que ce sont ceux qui sont les plus fortunés qui sont les plus pénalisés, c’est carrément indécent.

Clément Gignac aurait peut-être dû rester dans le privé. Il ne semble pas avoir compris qu’on ne gère pas une société comme une entreprise. Quand l’État est dans le rouge, on ne peut pas simplement donner son 4% aux employés du bas et refiler le problème à quelqu’un d’autre. Il faut tenir compte des moins bien nantis et d’une classe moyenne de plus en plus écartelée, fruit de politiques créatrices non pas de richesse, mais d’inégalités sociales.

Haro sur les hausses de tarifs!
25 septembre 2009

La volonté du gouvernement Charest d’augmenter les tarifs de nombreux services publics plutôt que d’éliminer les généreuses baisses d’impôts accordées aux plus fortunés depuis une décennie ne peut avoir qu’une seule conséquence: l’augmentation des inégalités sociales et l’appauvrissement d’une franche toujours plus grande de la population.

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En effet, l’impôt progressif constitue la meilleure façon de redistribuer la richesse. Comme je l’écrivais ici, les pays imposant un impôt plus lourd aux personnes les plus privilégiés sont moins inégalitaires que les autres. Les deux pays de l’OCDE dont le niveau d’inégalité a le plus augmenté depuis les années 80 sont la Finlande et la Nouvelle-Zélande, et ces deux nations se sont attaquées à la progressivité de l’impôt. (( SOCIETY AT A GLANCE 2009: OECD SOCIAL INDICATORS )) En Finlande, on a établi un impôt unique pour les corporations et les non-résidents; en Nouvelle-Zélande, on a réduit le niveau de taxation des plus fortunés de moitié.

Or, que représentent les tarifs, sinon une forme d’impôt unique, la célèbre flat tax? L’an dernier, j’écrivais, au sujet des hausses appréhendées des tarifs d’électricité:

Puisque l’électricité se vend au même coût indépendamment du revenu, c’est une sorte de taxe régressive, c’est-à-dire que proportionnellement au revenu toute hausse fait plus mal au pauvre qu’au riche. C’est la logique-même: un individu gagnant 20 000$ par année voyant son compte d’électricité passer de 1200 à 2000$ par année a perdu 4% de son pouvoir d’achat, alors qu’un plus riche gagnant 100 000$ – même s’il consomme davantage – dont le compte passe de 2400 à 4000$, ne perd que 1,6% de son pouvoir d’achat. Proportionnellement, on pénalise les pauvres en augmentant les coûts de l’électricité, surtout qu’il y a toujours un minimum en-dessous duquel on ne peut plus économiser.

Et l’année précédente, concernant les péages à tarif fixe:

Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Je proposais également un péage progressif, établi électroniquement en fonction du revenu plutôt que par essieu ou par voiture, un peu à l’image des contraventions de certains pays scandinaves.

Ces hausses de tarifs sont régressives; il s’agit d’une flat tax à petite échelle. En glorifiant le concept d’utilisateur-payeur, on fait porter le même poids du financement d’un service à une personne vivant dans la précarité et à une autre dans l’opulence. Bref, on annihile le pouvoir de redistribution de l’impôt et on augmente le fardeau des moins bien nantis. Généralisées, ces hausses de tarifs viendraient remplacer le manque à gagner causé par les baisses d’impôts accordées aux mieux nantis par les gouvernements péquistes et libéraux.

En fait, il faut voir la situation d’un point de vue global. Pendant que l’économie progressait, on a coupé les impôts des mieux nantis, et aujourd’hui, ce seraient aux plus pauvres de payer. Au lieu de reconnaître son erreur, le gouvernement Charest s’engage dans une fuite idéologique vers l’avant et met en péril la situation financière de la classe moyenne et des plus démunis.

La véritable question est de savoir quelle genre de société nous souhaitons. Désirons-nous un Québec où les plus riches ont tous les droits? Le droit de se stationner n’importe où, par exemple, car 42$ pour un individu en gagnant 100 000$ par année, ce n’est pas comme 42$ pour celui qui en fait 30 000$? Le droit d’habiter en banlieue et d’aller travailler à Montréal en voiture, car un péage fixe de 3,50$ matin et soir (35$ par semaine) ne constitue pas le même poids pour le riche et pour le pauvre? Le droit de gaspiller l’électricité pendant que les moins fortunés ont froid? Le droit de se payer des études de grande qualité pendant que les autres s’endettent?

Comme je l’écrivais ici, il s’agit d’une forte dérive du concept d’utilisateur-payeur:

La vérité, c’est qu’une société ne se bâtie pas sur le concept de l’utilisateur-payeur. Elle se construit avec l’idée que tous, à un moment ou un autre de leur vie, auront besoin des services de la collectivité. Même le plus riche aura besoin des services sociaux qui assurent un minimum de stabilité sociale et empêchent les plus déshérités de la société de le voler ou le tuer dès qu’il met les pieds dans la rue.

Ne devrions-nous pas viser un équilibre? La personne plus fortunée a le droit de jouir de son argent, mais cela ne lui donne pas tous les droits. Elle a largement bénéficié des richesse de la société pour s’enrichir et il est normal qu’elle doive porter un poids plus lourd sur ses épaules. Les services, nous en avons tous besoin, et la vraie, la seule véritable façon de les financer adéquatement et dans le respect de la mission sociale de l’État, c’est encore grâce à l’impôt.

Le gouvernement Charest aura-t-il le courage d’annuler les baisses d’impôts accordées aux privilégiés ou se contentera-t-il bêtement d’augmenter encore davantage le fardeau de la classe moyenne et des moins nantis en haussant les tarifs? Face à une opposition aussi faible que celle d’un Parti Québécois obnubilé par le respect d’un déficit zéro ayant marqué une de ses périodes les plus sombres, on peut en douter.

Déficit: et si on haussait les impôts des plus fortunés?
19 septembre 2009

L’utilisation du bâillon pour forcer l’adoption d’une loi permettant les déficits, hier, n’était certes pas élégante, mais le Parti Libéral n’avait pas le choix: l’opposition péquiste obstruait systématiquement le projet de loi. Dans une scène digne des meilleures tragico-comédies, on a assisté à la confrontation entre un parti soi-disant social-démocrate demandant l’équilibre budgétaire alors que le parti soi-disant davantage à droite arguait au sujet de l’importance de protéger nos services. Le monde à l’envers, ou une énième preuve de l’interchangeabilité des deux principaux partis?

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En fait, la théorie économique donne raison au Parti Libéral: en période de récession, il faut permettre les déficits afin d’utiliser l’État comme levier pour stimuler la demande et relancer l’économie. Le problème – et là où tant le PLQ et que le PQ ont failli – c’est qu’alors que l’économie prenait du mieux, on a préféré financer de généreuses réductions d’impôts pour les plus riches plutôt que de s’attaquer au fardeau de la dette, pourtant le troisième poste financier dans le budget. Dans la décennie 1998-2007, par exemple, sous deux gouvernements différents, le taux implicite d’imposition du quintile supérieur est passé de 27,3% à 22,9%. ((Statistique Canada, Tableau 202-05011, Impôt sur le revenu, selon le type de famille économique et les quintiles de revenu après impôt, dollars constants de 2007, annuel )) Cette réduction de la contribution des plus fortunés s’est faite en douceur, d’une manière constante, et lorsque le Parti Libéral a succédé au Parti Québécois en 2003, il n’a fait que poursuivre le même travail.

Or, à un moment où on parle encore une fois de hausser les tarifs et de s’attaquer ainsi aux plus fragiles d’entre nous, ces (trop) généreuses baisses d’impôts font office de véritable gifle au visage à ceux qui aspirent seulement à joindre les deux bouts et à qui on demande payer pour les folies des plus fortunés. Osons le dire franchement: nous ne serions pas dans un tel déficit sans ces baisses d’impôts.

Le Parti Québécois, en se contentant de répéter le même vieux discours usé de la droite bonne gestionnaire, s’attache à un passé très peu reluisant. Les blessures de l’ère Bouchard sont encore vives, et ce n’est pas en les réactivant que le parti gagnera beaucoup d’appuis. Entre 1995 et 1998, durant les trois années du très conservateur premier mandat de Lucien Bouchard, les écarts sociaux ont littéralement explosé. Le coefficient de Gini sur le revenu total, qui permet de mesurer ces écarts, est passé de 0,401 en 1995 à 0,421 en 1998, soit une hausse de deux points en quelques années! (( Statistique Canada, Tableau 202-07051,2,7
Coefficients de Gini du revenu du marché, total et après impôt, selon le type de famille économique, annuel (nombre) )) Il s’agissait de la hausse la plus spectaculaire des inégalités sociales depuis que Statistique Canada a commencé à compiler ces statistiques en 1976. Pour donner un ordre de grandeur, ce coefficient n’a varié que de cinq points en trente ans; 40% de cet écart a eut lieu durant les années du déficit zéro de Lucien Bouchard. Se réclamer de cet héritage, comme le fait le PQ, c’est un peu comme se préparer à faire le marathon en béquilles.

Nous avons vécu une formidable période de prospérité, mais le party est fini. Ce sont ceux qui ont le plus profité de la générosité de gouvernements très sensibles au sort des plus fortunés qui devraient contribuer aujourd’hui. Ce n’est ni à la classe moyenne ni aux moins fortunés de réparer les pots cassés en subissant des hausses de la TVQ ou des tarifs.

Le gouvernement actuel fait le bon choix en acceptant le déficit; il doit maintenant faire un meilleur choix encore en annulant les baisses d’impôts accordées aux plus favorisés.

En aura-t-il le courage ou la faiblesse d’une opposition tout aussi acquise que lui aux privilèges de cette minorité lui permettra-t-il d’esquiver cette tâche plus qu’essentielle?

Les jeunes libéraux: reliques du passé?
10 août 2009

L’argent, ça se prend quelque part. Les baisses d’impôts successives des gouvernements du Parti Québécois et du Parti Libéral ont privé l’État québécois des milliards nécessaires pour équilibrer son budget. Et aujourd’hui, maintenant que le rouge s’affiche sur tous les tableaux de bord, propose-t-on de corriger cette erreur? Non, évidemment. Les jeunes libéraux, ces jeunes-vieux ayant un intérêt poussé pour le pouvoir et les idées de droite, sévissent de nouveau en exigeant des hausses de tarifs.

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C’est presque devenu un rituel. Le Parti Libéral se sert des jeunes Libéraux, année après années, pour tester la réaction de la population à diverses mesures controversées. Baisses d’impôts, hausses des frais de scolarité, péages routiers… Autrefois, on envoyait les jeunes hommes se faire massacrer dans les tranchées; désormais on se sert de leur jeunesse pour donner l’impression d’avoir des idées originales même si celles-ci sont vieilles comme Reagan et ont déjà prouvé leurs échecs à de nombreuses reprises.

Hausser les tarifs, vous êtes sérieux? Je ne vais pas me répéter: le concept de l’utilisateur-payeur profite à la minorité qui possède le luxe de tout utiliser pendant que la majorité en subit les frais. Un petit quatre ou cinq dollars par ci ou par là, c’est du petit change pour celui qui gagne 75 000$ par année, mais c’est le repas du midi pour l’autre qui peine à joindre les deux bouts. Si vraiment on désire imposer le concept de l’utilisateur-payeur, qu’on le fasse en fonction des revenus, comme je le proposais dans ce texte. Tout le monde possède une carte électronique, et le coût d’un service « X » n’est pas en dollars, mais en pourcentage du revenu; ainsi le fardeau pour chaque citoyen est le même. Mais là, attendez, je parle du vingt-unième siècle ici. Les jeunes libéraux en sont encore au dix-neuvième.

Oh, heureusement, ceux-ci jouissent de l’aide de leur grand ami André Pratte, qui nous rappelle à quel point la minorité d’entre nous fut chanceuse d’avoir profité de généreuses baisses d’impôts ayant placé les comptes publics dans l’état précaire actuel. Et Pratte, au fait, reconnaît-il que ces baisses d’impôts furent une erreur? « Augmenter les impôts? C’est la mesure la plus néfaste qui soit pour la croissance économique. » Merci André. Toujours utile d’avoir ton opinion. Je n’aurais jamais deviné que tu allais dire cela.

Et puis, au fait, est-ce qu’un pays comme le Danemark constitue le cancre des pays européens au niveau de sa croissance économique? Il est le pays imposant le plus adéquatement ses citoyens, avec un taux d’imposition de 30,3% pour le salaire moyen d’un célibataire sans enfant et 40% pour ceux gagnant plus de 67% de plus que le niveau moyen. Et la Suède, patauge-t-elle dans la médiocrité, elle qui est souvent citée comme un exemple à suivre? Elle impose à 19,7% son salaire moyen et 32,5% ses plus riches. Le Canada, lui, se contente de 16,2% et 22,3%. (( Statistiques OCDE, Les impôts sur les salaires, 2007-2008, ÉTUDE SPÉCIALE :LES IMPÔTS SUR LA CONSOMMATION,
CHARGE ADDITIONNELLE SUR LES REVENUS DU TRAVAIL )) Il ne faut surtout pas choquer les plus favorisés de notre société, surtout s’ils travaillent sur la rue Saint-Jacques à Montréal…

Or, est-ce que la croissance économique est le seul facteur d’importance? Et si on parlait d’inégalité des revenus? Le tableau ci-bas expose le coefficient de Gini, probablement la meilleure mesure de l’inégalité d’une société, en fonction des pays. Et oh, surprise, le Danemark et la Suède arrivent bon premiers! On le constate, des impôts élevés favorisent une meilleure redistribution de la richesse et assurent une meilleure cohésion sociale en réduisant les inégalités. À l’opposé, serez-vous surpris si je vous dis que le Mexique est le pays de l’OCDE où les impôts sont les moins élevés? 3,7% pour le salaire moyen et 11% pour les plus riches. André Pratte et les jeunes libéraux auraient-ils le courage d’annoncer publiquement que le Mexique constitue leur exemple?

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Je ne sais pas pour vous, mais je ne veux pas d’une société se gargarisant d’une supposée croissance économique pendant que la majorité de sa population vit dans la misère. Les jeunes libéraux, en prenant la décision d’encourager les hausses de tarifs, participent à la dislocation du tissu social et à l’élargissement de la fracture séparant ceux qui ont les moyens de ceux qui aimeraient les avoir. L’air, l’eau, la santé, l’éducation, les routes, les parcs, l’électricité, ce sont tous des ressources indispensables profitant à l’ensemble de la société. En imposant des tarifs, on pénalise les plus pauvres d’entre nous et on favorise le renflouement des coffres de l’État sur le dos de ceux-ci, augmentant les inégalités.

Je rêve du jour où les jeunes libéraux oseront vraiment donner un bon coup de pied dans les dogmes de leurs aînés et remettre en question leurs vieilles idées économiques créatrices de misère et de désespoir.

Nous sommes au vingt-unième siècle. Quelqu’un peut-il en aviser les jeunes libéraux?

Immatriculation: la SAAQ s’attaque injustement aux motocyclistes
18 mai 2009

Les automobilistes ont du se limiter à 60 km/h sur l’autoroute derrière une interminable file de motos. Une manifestation contre les hausses de tarifs de la Société d’assurance-automobile du Québec (SAAQ). Encore. Et vous savez quoi? Ils ont foutrement raison de manifester.

En effet, la surprime exigée n’a pas sa raison d’être. Pour plusieurs motocyclistes, la facture passera de 320$ par année à plus de 1410$. Pour les plus petites cylindrées, on parle d’une «maigre » augmentation de 100%, de 320$ à près de 630$.

Le but? Renflouer les coffres de la SAAQ en s’attaquant principalement aux motos les plus puissantes, qui seraient responsables de plus d’accidents et coûteraient plus cher à la société. Le problème, c’est que cette approche n’est basée sur aucun fait.

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Puissance, vitesse et accidents : aucun lien

Il s’agit d’un mythe tenace voulant que les motos très puissantes causent davantage d’accidents. C’est tout à fait faux. Et plusieurs études le prouvent.

Au début des années 80, le « Motorcycle Accident Cause Factors and Identification of Countermeasures »(ou Hurt Report) a démontré que la vitesse médiane d’un accident de moto était de 48 km/h et que les deux principaux facteurs lors de celui-ci étaient l’inexpérience du conducteur et son âge, et non pas la puissance de la moto.

Vingt ans plus tard, une vaste étude semblable a été effectuée en Europe. La « Motorcycle Accidents In Depth Study » (MAIDS) a confirmé la précédente étude : la vitesse médiane d’un accident de moto était de 49 km/h et encore une fois il n’y avait pas de lien entre la puissance d’un véhicule et sa représentation dans les accidents. L’âge et l’inexpérience constituaient là aussi les principaux facteurs. Seulement 1,5% des accidentés avaient dépassé le 120 km/h et à peine 0,5% le 140 km/h.

Jean-Pierre Belmonte, un ex-membre du conseil d’administration de la SAAQ et qui a d’ailleurs été le seul à démissionner quand le gouvernement a pigé dans les coffres de la société, explique : « L’âge est le principal facteur d’accidents. Autrement dit, les jeunes conducteurs sont plus à risque, point final. Mettez-leur une sportive de 600 cc entre les mains, une voiture ou un frigo sur roues, et le risque sera le même: élevé. »

Une politique dangereuse

En fait, la politique de la SAAQ consistant à faire payer les utilisateurs en fonction de la grosseur de leur cylindrée pourrait avoir de graves conséquences. Ce que les deux études précitées ont également démontré, c’est qu’une seule catégorie de motocyclettes est sur-représentée en terme d’accidents : les motos modifiées.

Ainsi, en obligeant les motocyclistes à payer plus de 1400$ pour leur grosse cylindrée, cela risque d’inciter de nombreux jeunes amateurs de sensations fortes à modifier leur véhicule. Le calcul est simple : en 2010, il en coûtera 743$ de plus pour une cylindrée plus imposante. S’il en coûte 1500$ pour modifier une moto, dès la troisième année on rentre dans son argent. Et le résultat? Des dangers à deux roues sur nos routes.

Parallèlement, une frénésie incroyable s’est emparé d’un autre marché : celui des motos dites classiques, qui ont plus de 25 ans et qui peuvent être immatriculées à rabais sous la simple restriction de ne pouvoir circuler sur les routes où la vitesse maximale est supérieure à 70 km/h. Un mécanicien de Laval, spécialisé dans la remise à neuf de ce type de motos, m’a confirmé que les prix ont plus que doublé pour des véhicules datant parfois d’avant les années 80.

La combine est simple : on modifie la moto pour en faire une bombe. On circule sur les routes où c’est permis et on clenche quand aucun véhicule de police est en vue. Le résultat? Au lieu d’avoir des motos sportives de l’année qui brûlent le pavé sur des autoroutes conçues pour la vitesse, on a des vieilles motos d’un quart de siècle modifiées sur les routes de campagnes. A-t-on besoin de plus amples explications quant à savoir ce qui est le plus dangereux?

Une politique inutile

Le but affirmé de la politique de la SAAQ est de renflouer ses coffres tout en limitant le nombre de morts sur les routes.

Pourtant, les coffres de la société étaient pleins il y a quinze ans à peine. C’est sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et à cause de son obsession maladive pour le déficit zéro qu’on a décidé de piger massivement dans les surplus devant servir à indemniser les accidentés de la route.

Ainsi, en demandant aux motocyclistes de remettre à flot la SAAQ, c’est un peu comme si on faisait porter sur leurs épaules le poids de réparer ce que toute la société a cautionné avec le sacro-saint déficit zéro. Théoriquement, tout le monde a profité du déficit zéro, mais ce sont les motocyclistes qui doivent, presque seuls, réparer les pots cassés. Équitable? Pas vraiment!

Et puis, au fait, est-ce que la SAAQ arrivera vraiment à se renflouer en ponctionnant les motocyclistes? Rien n’est moins sûr, surtout en considération du fait que seulement 10% des motos sont des motos sports à forte cylindrée et que ce nombre risque de diminuer passablement avec les nouveaux tarifs. C’est un peu comme pour les cigarettes. L’État a du réduire drastiquement les taxes en 1994 car la contrebande lui faisait perdre des revenus. Quand on taxe trop violemment des gens qui ont une solution de rechange (voiture sport, moto modifiée, etc.), à terme, on réduit les revenus.

Et pendant ce temps, la SAAQ agrandit son siège social pour la somme de 40 million $… Allo les priorités.

Par ailleurs, il importe de noter que la proportion de morts en relation au nombre d’immatriculations a diminué dans les années ayant précédé la décision de la SAAQ de hausser les frais des motocyclistes. En 1998, il y a eu 56 morts sur 76 506 immatriculations (rapport de 0,00073) contre 50 morts sur 111 351 immatriculations en 2003 (rapport de 0,00045). Puisque la SAAQ a élaboré son projet en 2005 (pour le présenter en 2006), elle devait être très au fait de ces statistiques. En fait, le bilan routier des motocyclistes ne cesse de s’améliorer depuis vingt ans. Ce qui n’est guère surprenant, il faut le dire, avec le vieillissement de la population et l’expérience qu’elle confère aux conducteurs.

La question demeure : pourquoi, alors, s’en prendre ainsi aux motocyclistes?

Le véritable but

Le véritable but de ces hausses, selon Jean-Pierre Belmonte, est plutôt de préparer les automobilistes à cette nouvelle forme de tarification, en fonction de la cylindrée ou du type de véhicules. Même s’il est indéniable qu’on pourrait penser à facturer différemment un conducteur de voiture hybride de celui qui conduit un Hummer, avait-on besoin pour autant de s’attaquer ainsi à tous les motocyclistes? On tue une mouche sous une tonne de béton. N’aurait-on pas pu tenir compte, par exemple, du très bon bilan environnemental des motocyclettes?

À contre-sens du développement durable

Les motocyclettes les plus modernes sont des chef-d’œuvre de la consommation d’essence. Certaines peuvent faire plus de 120 km. avec un seul litre! Elles dégagent également moins de dioxyde de carbone qu’une voiture, permettent de réduire la congestion urbaine, sont moins encombrantes et n’endommagent pratiquement pas les routes. Ce n’est pas un hasard si le Comité d’action politique motocycliste (CAPM) réclame le droit pour les motocyclistes d’utiliser les voies réservées aux autobus, taxis et au covoiturage; les motos sont des véhicules beaucoup plus écologiques que les voitures!

Malheureusement, avec ces hausses de tarifs, on incite davantage de personnes à troquer leur motocyclette contre une voiture ou à modifier de vieilles motos (plus polluantes) pour payer moins cher en immatriculation. Et puisque les ventes de motos neuves ont chuté de près de 30% depuis 2006, on n’incite pas les constructeurs à développer des technologies écologiques qui nous sont adaptées, notamment la moto électrique, qui serait promise à un bel avenir dans notre pays d’hydro-électricité.

Et question technologie, il n’y a pas qu’au niveau du groupe-moteur et de la performance écologique que les efforts peuvent s’avérer payant. De nombreux constructeurs implantent progressivement des freins ABS, des coussins gonflables, des dispositifs antipatinage. Encore faut-il que les motos neuves se vendent…

Des pistes de solution

En premier lieu, il faudrait peut-être facturer motocyclistes et automobilistes en fonction d’un facteur de risque basé sur l’âge et l’expérience du conducteur plutôt que sur le type de véhicule conduit. Il serait d’une simplicité quasi-juvénile d’établir une formule mathématique mettant en relation le potentiel de risque pour chaque classe d’âge. Les compagnies d’assurances privées le font déjà; pourquoi pas la SAAQ?

En second lieu, il serait pertinent d’offrir des rabais substantiels à ceux qui choisissent des motos économiques, moins bruyantes, plus écologiques.

Finalement, il y aurait un intérêt certain à offrir une meilleure place aux véhicules à deux roues en ville, surtout s’ils sont moins bruyants et plus sécuritaires. Des stationnements gratuits, des voies réservées, des exemptions de parcomètres seraient des solutions à envisager. Il faudrait également revoir la loi qui force toute personne désirant conduire un scooter de plus de 50cc à obtenir un permis de moto.

Dans tous les cas, les motocyclistes ont raison de se sentir floués. On les traite comme des parias de la société alors qu’ils pourraient contribuer à désengorger villes et autoroutes tout en polluant moins qu’une voiture.

Pour des raisons politiques et à cause d’une aberrante étourderie, on a fait d’eux des exemples en espérant que leur manque d’homogénéité politique en ferait une cible docile. En s’organisant comme ils le font depuis quelques semaines, ils sont en train de montrer une fois de plus qu’il n’y a rien comme une injustice pour unir un groupe en apparence disparate.

Au-delà de leurs intérêts propres, c’est la survie de tous les modes de transport alternatifs et de leur abordabilité qu’ils défendent. Et c’est aussi un peu de notre air et de la décongestion de nos rues que leur combat dépend.

Que ce soit le transport en commun, le vélo, ou la moto, toutes les alternatives moins polluantes et sécuritaires à la voiture ne devraient-elles pas être offertes à tous, et pas seulement aux plus fortunés d’entre nous?