Joanne Marcotte et son Réseau Libâââârté-Québec
21 octobre 2010

C’est en fin de semaine qu’aura lieu le lancement du « Réseau-Liberté Québec », un regroupement de la droite économique rassemblant une belle brochette d’idéologues, d’opportunistes, de carriéristes et de gens ayant l’apparence d’une santé mentale fragile. À RDI ce soir, on pouvait entendre Joanne Marcotte, la réalisatrice d’un torchon cinématographique intitulé « L’illusion tranquille » et qui dénonçait le « modèle québécois », prédire que ce mouvement marquerait la fin pour les « socialistes et les syndicats qui gouvernent le Québec ».

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Bon, je ne sais pas trop pour vous, mais du côté sain de la pensée politique des trente dernières années, il n’y a pas eu grands socialistes qui ont gouverné le Québec ou le Canada. En fait, c’est exactement le contraire: depuis les premières désassurances dentaires péquistes de 1982, tous les gouvernements québécois ou canadiens ont été du côté droit du spectre politique. On a simplement à penser aux tentatives de privatisations du milieu des années 80, à l’enrichissement éhonté consenti aux entreprises du Québec Inc. (dont Vidéotron, qui était une « binerie sur la rive-sud », dixit Léo-Paul Lauzon, avant que l’État québécois ne l’engraisse), au déficit zéro de Lucien Bouchard, aux hausses de frais de scolarité, à la réduction des prestations de l’assurance-emploi, aux incroyables baisses d’impôts consenties aux mieux-nantis depuis une décennie et qui font que le Canada est un des pays développé ayant aujourd’hui les impôts les plus bas pour cette classe de citoyens.

On aurait envie d’être tendre avec les individus comme Joanne Marcotte. On voudrait les prendre dans nos bras et leur susurrer à l’oreille: « ne pleure pas, les méchants syndicats ne sortiront pas de dessous ton lit pour venir te manger pendant la nuit! ». Mais rien n’y fait. Qu’une personne déconnectée de la réalité comme cette Marcotte puisse s’exprimer publiquement, voilà qui est normal; ce qui l’est moins, c’est qu’il se trouve sérieusement des individus pour l’écouter et participer à son délire. Le Québec est autant dirigé par des socialistes que la Corée du Nord est un modèle de libre-entreprise. C’est du gros n’importe quoi.

D’un point de vue global, les pays qui ont le mieux réussi sont ceux qui sont équilibrés et qui dosent bien leurs mesures économiques. Ce ne sont pas – contrairement aux lubies de cette dangereuse ignorante – des pays qui ont un taux de syndicalisation plus faible ou qui ont effectué des coupes sauvages dans leur budget ou effectué des privatisations à outrance. Nous avons comme preuve l’Islande, techniquement en faillite après avoir suivi à la lettre les recettes de l’extrême-droite économique et que Miltron Friedman, un des gourous de la droite économique, qualifiait d’utopie réalisée. Nous avons également l’Irlande, qui ne s’en sort qu’à peine mieux, elle qui avait pourtant vu son taux de syndicalisation baisser de près de 10% en une décennie.

J’ai déjà écrit:

Si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark.

La vérité, c’est que les pays les plus évolués ont souvent un taux de syndicalisation plus élevé. On peut notamment parler de la Suède (près de 90%) et de la Finlande (près de 80%). En comparaison, le Québec, à quarante pourcent, fait piètre figure. Il faut le dire et le redire: syndicalisme et progression sociale vont main dans la main. Le Québec, un des territoires où la population était la plus pauvre pendant une grande partie du dernier siècle, s’est inscrit dans la modernité et s’est enrichi grâce à l’union de ses travailleurs. Les syndicats permettent cette union et ils incitent à une meilleure redistribution de la richesse permettant à l’ensemble de la société de devenir plus égalitaire, plus juste, plus prospère. Ce sont des outils démocratiques à l’origine de l’amélioration de la société. Ils nous enrichissent collectivement.

Or, le problème avec les Marcotte et autres extrémistes de droite de ce monde, c’est qu’ils croient pouvoir améliorer le Québec en s’attaquant précisément à sa classe moyenne syndiquée. On veut couper dans les services, s’attaquer aux travailleurs, couper dans une fonction publique déjà passablement amochée parce qu’on ne réengage qu’une personne à toutes les deux retraites, hausser les tarifs, mais jamais JAMAIS JAMAIS on n’ose proposer d’aller chercher l’argent là où elle est, c’est-à-dire dans les poches des mieux-nantis. Ce qu’on propose, dans les faits, c’est simplement une réorganisation dans la gestion des miettes d’une tarte rétrécissant d’année en année parce que nos gouvernements n’ont pas le courage de mieux imposer les entreprises et les plus riches.

Ainsi, pendant que les Péladeau et les Desmarais de ce monde déclarent des bénéfices de plusieurs milliards de dollars, on fait une syncope parce qu’un col bleu s’est endormi sur son lieu de travail ou qu’un fonctionnaire a pris congé le vendredi après-midi. C’est cela, la vision Marcotte et la vision Libâââârté-Québec. Le Québec est incroyablement riche, mais cette richesse qui se promène au-dessus de nos têtes ne doit pas nous appartenir. Non. Nous, on préfère taper sur la tête du travailleur qui allonge sa pause du matin.

Dans les années 50, les entreprises fournissaient près de 50% de la richesse de l’État, alors que ce n’est plus que près de 10% aujourd’hui (les contribuables devant participer pour le reste). Plutôt que d’avoir le courage de mieux imposer les entreprises et de lutter contre un libre-échange encourageant notre appauvrissement collectif par les délocalisations qu’il impose, on s’écrase et on se laisse piller. Alors que nous sommes ultra-riches, peut-être davantage que nous ne l’avons jamais été, on se la joue au profil bas et on veut couper « dans le gras » (des vies, des humains, des rêves brisés, voilà le gras!) plutôt que d’avoir le courage d’aller chercher la richesse là où elle se trouve.

Ce n’est donc pas le modèle québécois qui doit être jeté aux ordures, mais plutôt les idées arriérées de ces pleutres du Réseau Libââââtré-Québec qui, faute d’avoir les couilles de se battre pour une meilleure société pour l’ensemble des Québécois, légitiment des solutions économiques draconiennes ayant prouvé leur échec un peu partout dans le monde.

Le client n'a pas toujours raison
28 juin 2010

« Le client a toujours raison! » vociférait la femme d’un ton qui se voulait sans appel, argument final, fin de la discussion, un à zéro. Hé bien non, que je lui répondis: quand votre mari jette ses déchets dans le stationnement par la fenêtre de votre voiture et qu’il m’invective et veut porter plainte parce que je lui ai demandé poliment de se ramasser, non, le client n’a pas raison. Elle est restée l’air béat, me fixant avec des yeux arrondis, la bouche en cul de poule, stupéfaite qu’un employé – un serviteur, que dis-je! – puisse insinuer que le client ait autre chose que des droits.

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Pourtant, on l’oublie souvent, mais avant d’être des clients ou des employés, nous sommes des citoyens, des gens de la cité. Nous avons des droits, mais aussi des responsabilités. Notre emploi ne constitue qu’une facette de notre identité, une simple transformation de notre temps en argent nous permettant de (sur)vivre. Le caissier chez Wal-Mart ou la pompiste chez Esso ne cessent pas d’être des membres de la communauté parce qu’ils sont au travail; leurs employeurs peuvent exiger certains codes, certaines manières, mais on ne devrait en aucun cas permettre que ces règles outrepassent les valeurs citoyennes.

Or, le problème découle précisément du fait que de nombreux emplois sont tellement précaires – sans aucune protection syndicale – que les patrons peuvent exiger n’importe quoi de leurs employés, y compris de devoir tolérer l’inacceptable: des clients qui insultent, des clients qui menacent, des clients qui intimident… et des clients qui jettent leurs ordures à terre. L’employé est ainsi dépossédé de son statut de citoyen et devient une sorte d’esclave des temps modernes, un sans-voix devant accepter de servir de défouloir pour n’importe quels frustrés se cherchant une cible facile.

Quand un de ces consommateurs-roi n’ayant jamais été éduqué socialement, à qui on n’a jamais expliqué que l’employé devant lui est un humain méritant le respect, que ce n’est pas parce qu’il gagne moins d’argent qu’il vaut moins, que la rue ou le stationnement ne sont pas un dépotoir à ciel ouvert, quand un de ces abonnés du je-me-moi fait face à un citoyen au travail, un vrai, jouissant d’une certaine forme de protection d’emploi, il frappe un noeud, un vrai. Il ne comprend pas, il s’insurge, il élève la voix; un peu plus et il ferait sa crise de l’enfant gâté à qui on enlève une sucette. « Vous n’avez pas le droit de me dire de ramasser mon papier! Vous êtes un employé, je suis le client et le client a toujours raison! » Non, monsieur. Vous êtes client et vous avez tort. Ramassez vos déchets, excusez-vous de vous être emporté, merci pour votre achat et revenez nous voir.

Mais le client ne reviendra pas. Il ira ailleurs. Il se cherchera un autre employé à mépriser, un autre stationnement où jeter ses ordures, un autre commerce où il pourra se croire important pour quelques minutes.

Un autre avantage du syndicalisme

Et si, au-delà de la protection d’emploi et de conditions de travail moins dégradantes, il s’agissait d’un autre bienfait du syndicalisme? Être syndiqué et travailler dans le public, c’est avoir la chance de continuer à être un citoyen. C’est avoir le privilège de ne pas laisser sa conscience à la maison le matin en partant pour la retrouver, usée et poussiéreuse, le soir en rentrant à la maison.

S’il y avait davantage d’employés syndiqués ne se laissant pas écraser par le premier malotru venu, de telles personnes n’auraient pas le choix de modifier leurs méthodes. Si, à quarante ans, on en est encore au stade de jeter ses cochonneries par la fenêtre de sa voiture, on peut parier que c’est parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de citoyens pour remettre les pendules à l’heure et expliquer que la propreté est l’affaire de tous. Si à chaque fois qu’un client agissait d’une manière contraire aux valeurs sociales il se faisait reprendre poliment par un employé-citoyen, gagez-vous que la société fonctionnerait mieux et serait un peu plus cohérente?

Un collègue de travail m’a conté comment il a été sensibilisé au fait de ne pas jeter ses papiers dans la rue. Il y a quelques décennies de cela, il était au Maroc, et dans un quartier relativement sale, il s’est senti justifié de se délaisser d’un emballage quelconque. Quelques secondes après, il a senti un objet dur derrière un de ses genoux, s’est retourné et a vu un soldat avec une mitraillette le pointer de son arme et pointer le déchet ensuite. Apprentissage à la dure, mais ce collègue n’a plus jamais jeté quoi que ce soit ailleurs que dans une poubelle et il se fait un devoir, lui aussi, d’inciter les gens à avoir une meilleure conscience citoyenne et à ne pas polluer notre environnement commun.

Évidemment, on peut faire les choses autrement. Avec fermeté, politesse, voire avec empathie, on fait comprendre au client que s’il a le droit d’être bien servi, il a la responsabilité de ne pas agir d’une manière contraire aux valeurs citoyennes et qu’il n’est pas justifié de se prendre pour le nombril du monde. On appelle cela l’éducation citoyenne. La société qui complète l’apprentissage d’individus manquant cruellement de valeurs sociales.

Cet enseignement, il est la responsabilité de chaque citoyen, qui doit pouvoir le faire, dans le respect, dans toutes les sphères de sa vie.

J’ai été poli, mais j’ai été chanceux: je suis syndiqué et une cliente a laissé son numéro de téléphone pour plaider en ma faveur. Qui peut se targuer d’avoir cette veine? Combien d’employés doivent se faire violence au quotidien, endurer, souffrir, nuire à leur propre santé pour endurer les insanités d’individus désolidarisés habitant ici mais ne faisant partie d’aucune communauté sinon celle de leur propre nombril?

Citoyens, syndiquez-vous, car le client n’a pas toujours raison!

Le client n’a pas toujours raison
28 juin 2010

« Le client a toujours raison! » vociférait la femme d’un ton qui se voulait sans appel, argument final, fin de la discussion, un à zéro. Hé bien non, que je lui répondis: quand votre mari jette ses déchets dans le stationnement par la fenêtre de votre voiture et qu’il m’invective et veut porter plainte parce que je lui ai demandé poliment de se ramasser, non, le client n’a pas raison. Elle est restée l’air béat, me fixant avec des yeux arrondis, la bouche en cul de poule, stupéfaite qu’un employé – un serviteur, que dis-je! – puisse insinuer que le client ait autre chose que des droits.

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Pourtant, on l’oublie souvent, mais avant d’être des clients ou des employés, nous sommes des citoyens, des gens de la cité. Nous avons des droits, mais aussi des responsabilités. Notre emploi ne constitue qu’une facette de notre identité, une simple transformation de notre temps en argent nous permettant de (sur)vivre. Le caissier chez Wal-Mart ou la pompiste chez Esso ne cessent pas d’être des membres de la communauté parce qu’ils sont au travail; leurs employeurs peuvent exiger certains codes, certaines manières, mais on ne devrait en aucun cas permettre que ces règles outrepassent les valeurs citoyennes.
Or, le problème découle précisément du fait que de nombreux emplois sont tellement précaires – sans aucune protection syndicale – que les patrons peuvent exiger n’importe quoi de leurs employés, y compris de devoir tolérer l’inacceptable: des clients qui insultent, des clients qui menacent, des clients qui intimident… et des clients qui jettent leurs ordures à terre. L’employé est ainsi dépossédé de son statut de citoyen et devient une sorte d’esclave des temps modernes, un sans-voix devant accepter de servir de défouloir pour n’importe quels frustrés se cherchant une cible facile.
Quand un de ces consommateurs-roi n’ayant jamais été éduqué socialement, à qui on n’a jamais expliqué que l’employé devant lui est un humain méritant le respect, que ce n’est pas parce qu’il gagne moins d’argent qu’il vaut moins, que la rue ou le stationnement ne sont pas un dépotoir à ciel ouvert, quand un de ces abonnés du je-me-moi fait face à un citoyen au travail, un vrai, jouissant d’une certaine forme de protection d’emploi, il frappe un noeud, un vrai. Il ne comprend pas, il s’insurge, il élève la voix; un peu plus et il ferait sa crise de l’enfant gâté à qui on enlève une sucette. « Vous n’avez pas le droit de me dire de ramasser mon papier! Vous êtes un employé, je suis le client et le client a toujours raison! » Non, monsieur. Vous êtes client et vous avez tort. Ramassez vos déchets, excusez-vous de vous être emporté, merci pour votre achat et revenez nous voir.
Mais le client ne reviendra pas. Il ira ailleurs. Il se cherchera un autre employé à mépriser, un autre stationnement où jeter ses ordures, un autre commerce où il pourra se croire important pour quelques minutes.
Un autre avantage du syndicalisme
Et si, au-delà de la protection d’emploi et de conditions de travail moins dégradantes, il s’agissait d’un autre bienfait du syndicalisme? Être syndiqué et travailler dans le public, c’est avoir la chance de continuer à être un citoyen. C’est avoir le privilège de ne pas laisser sa conscience à la maison le matin en partant pour la retrouver, usée et poussiéreuse, le soir en rentrant à la maison.
S’il y avait davantage d’employés syndiqués ne se laissant pas écraser par le premier malotru venu, de telles personnes n’auraient pas le choix de modifier leurs méthodes. Si, à quarante ans, on en est encore au stade de jeter ses cochonneries par la fenêtre de sa voiture, on peut parier que c’est parce qu’il n’y a pas eu beaucoup de citoyens pour remettre les pendules à l’heure et expliquer que la propreté est l’affaire de tous. Si à chaque fois qu’un client agissait d’une manière contraire aux valeurs sociales il se faisait reprendre poliment par un employé-citoyen, gagez-vous que la société fonctionnerait mieux et serait un peu plus cohérente?
Un collègue de travail m’a conté comment il a été sensibilisé au fait de ne pas jeter ses papiers dans la rue. Il y a quelques décennies de cela, il était au Maroc, et dans un quartier relativement sale, il s’est senti justifié de se délaisser d’un emballage quelconque. Quelques secondes après, il a senti un objet dur derrière un de ses genoux, s’est retourné et a vu un soldat avec une mitraillette le pointer de son arme et pointer le déchet ensuite. Apprentissage à la dure, mais ce collègue n’a plus jamais jeté quoi que ce soit ailleurs que dans une poubelle et il se fait un devoir, lui aussi, d’inciter les gens à avoir une meilleure conscience citoyenne et à ne pas polluer notre environnement commun.
Évidemment, on peut faire les choses autrement. Avec fermeté, politesse, voire avec empathie, on fait comprendre au client que s’il a le droit d’être bien servi, il a la responsabilité de ne pas agir d’une manière contraire aux valeurs citoyennes et qu’il n’est pas justifié de se prendre pour le nombril du monde. On appelle cela l’éducation citoyenne. La société qui complète l’apprentissage d’individus manquant cruellement de valeurs sociales.
Cet enseignement, il est la responsabilité de chaque citoyen, qui doit pouvoir le faire, dans le respect, dans toutes les sphères de sa vie.
J’ai été poli, mais j’ai été chanceux: je suis syndiqué et une cliente a laissé son numéro de téléphone pour plaider en ma faveur. Qui peut se targuer d’avoir cette veine? Combien d’employés doivent se faire violence au quotidien, endurer, souffrir, nuire à leur propre santé pour endurer les insanités d’individus désolidarisés habitant ici mais ne faisant partie d’aucune communauté sinon celle de leur propre nombril?
Citoyens, syndiquez-vous, car le client n’a pas toujours raison!

Décès de Michel Chartand: un canyon dans nos vies
13 avril 2010

Le décès de Michel Chartrand ne constitue pas seulement la fin d’une époque; c’est tout un monde qui s’écroule avec lui. Un monde de luttes, de rapports de force, de gains arrachés à coups de grèves et de batailles héroïques, d’amour fraternel entre des travailleurs partageant la même condition sociale et ayant la conviction que c’est de leur union que jaillira de meilleures conditions pour tous. Le départ de Chartrand ne signe pas seulement la fin de la vie d’un homme, mais peut-être aussi celle d’une certaine trempe d’hommes, ce ceux qui sont incorruptibles, qui ne se prostituent pas pour une parcelle de pouvoir et qui ne laissent jamais la realpolitik ou les petits calculs partisans assombrir la lumière de leurs idéaux.

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Seulement quelques personnes ont changé ma vie et ma conception de la politique; Michel Chartrand fut l’une d’elle. Les Misérables, de Hugo, m’ont appris la valeur réelle d’une société où les hommes ne sont que des outils au service d’une économie capitaliste sans contrôle. Germinal, de Zola, m’a expliqué la valeur réelle de la révolte. Olivar Asselin m’a animé de sa fureur de franc-tireur qui ne renie jamais ses idéaux. Et Chartrand, finalement m’a illuminé avec la pureté de ses convictions et ses actions vaillantes – comme en 1949, à Asbestos, quand il a lancé « arrête de shaker, tu vas me manquer, crisse » à un policier qui le tenait dans sa mire de fusil – m’a convaincu de la nécessité de ne jamais édulcorer ses valeurs, de ne jamais baisser la tête quand on est convaincu de faire le bien et de le faire conformément à ses tripes. Il m’a aussi appris la valeur d’une saine colère, bien canalisée.

Chatrand, je l’ai rencontré deux fois, mais j’avais déjà lu sur lui, fait des travaux scolaires sur sa vie, et je connaissais et admirais ses combats.

La première fois où nos chemins se sont croisés, c’était en 2000, à la librairie Garneau, rue Fleury, où je travaillais alors. Il était venu à une séance de signature d’autographes, pour la parution d’un nouveau tome de sa biographie, et, à peine entré dans le magasin, il m’avait déclaré, d’une voix tonitruante, alors que je l’accueillais: « Êtes-vous syndiqués icitte? » J’avais envie de lui dire « chuuuuut », de lui demander de ne pas me nuire, de ne pas risquer ainsi mon gagne-pain. Puis, je me suis rappelé qui j’avais en face de moi, ses combats, son courage, ses profondes valeurs chrétiennes. Non, ce n’était pas à Chartrand de parler moins fort, mais peut-être à moi de le faire un peu plus. Ce n’était pas à lui de se conformer à mon statut de gagne-petit, mais à moi de relever la tête et d’exiger davantage. Telle était la force de cet homme!

La seconde fois, c’était lors d’une cérémonie funèbre, en 2001, alors qu’on se souvenait de Jacques Larue-Langlois, un de mes collègues à L’aut’journal, où j’écrivais alors. Je discutais politique, je ne me souviens plus avec qui, et Chartrand, s’étant retrouvé devant le jeune homme d’à peine vingt-un ans que j’étais alors, m’avait dit quelque chose du genre: « C’est bien intéressant ce que tu dis, jeune homme, mais que fais-tu concrètement pour changer les choses? » Et moi, je lui avais répondu, du tac au tac: « Monsieur Chartrand, j’étais candidat aux dernières élections provinciales et j’essaie de changer le monde à chacun de mes textes dans L’aut’journal. » Manifestement surpris, il s’était repris: « C’est bien ça, mon gars, c’est bien, continue! » C’était aussi ça, Chartrand, un homme qui sait reconnaître la valeur de l’action et qui, s’il se désespérait de voir que les jeunes d’aujourd’hui semblaient moins impliqués qu’auparavant, ne se résignait pas pour autant à espérer le changement.

Je voulais qu’on l’invite au rassemblement Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix! de dimanche dernier. Je m’étais dit, naïvement: ce serait peut-être une de ses dernières apparitions publiques, peut-être aimerait-il lancer un cri du coeur à la nouvelle génération. J’ignorais qu’il était à ce point malade; il est mort le lendemain de l’événement. Peut-être – et permettez-moi d’être candide – avons-nous pris le relai de son combat, peut-être a-t-il été, jusque dans ses dernières heures, fier de voir qu’après plusieurs décennies de morosité, une nouvelle génération tente de se lever, qu’elle désire se battre pour la langue, cet autre combat qui fut le sien, et qui lui valut l’opprobre des forcées armées alors qu’il avait refusé, en son jeune temps, de remplir un formulaire unilingue anglais. « Si on n’a pas le courage de prendre les moyens nécessaires pour sauver la langue française, il faut avoir le courage de dire aux générations qui s’en viennent qu’on s’en va vers une assimilation nécessaire à brève échéance », avait-il déclamé, en 1971.

Ce n’est pas un trou qui s’ouvre derrière nos dos avec le décès de Michel Chartrand; c’est un cratère. Un canyon qui se creuse de plus en plus rapidement sous nos pieds au fur à et mesure que nos géants nous quittent. Nous ne pouvons nous retourner sans risquer de tomber; il nous faut aller de l’avant et nous servir de l’expérience absolument fascinante d’une vie d’intégrité, de courage, de valeurs chrétiennes et sociales d’un homme qui, s’il était grand, nous est apparu comme un géant parce que nous étions petits ou courbés.

Repose en paix, Michel Chartrand. Tu as changé ma vie; tu as changé nos vies. Merci. Et oublie pas de syndiquer les travailleurs du paradis!


« Tout le monde devrait faire de la politique. En démocratie, c’est un devoir. Assumer des responsabilités à son niveau; voir à ce que le monde s’épanouisse. On est nés pour le bonheur, quel que soit notre handicap physique ou mental, quels que soient nos parents ou nos gênes. Et pour le bonheur, il faut un minimum: manger, se faire soigner, s’éduquer. Pis travailler. On s’épanouit par le travail! » -Michel Chartrand

Je, me, moi (NOUS!)
6 décembre 2009

Je déteste l’individualisme. J’ai toujours trouvé que l’idée vieillotte d’une main invisible du marché où la somme des intérêts personnels donnerait l’intérêt collectif était aberrante. Combien de fois faudra-t-il détruire jusqu’à la racine de cette idée débile avant que le concept ne meurt définitivement? Le bonheur collectif dépasse de loin, de très loin la somme des intérêts personnels. Baie-des-Sables ne nous fournit qu’un exemple supplémentaire.

asbestos

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Vous aviez sûrement lu cette nouvelle. Une municipalité du Québec profond refuse, suite à un référendum, une subvention de 245 000$ pour construire une bibliothèque municipale car l’entretien de celle-ci aurait occasionné une augmentation de quelques dollars de l’impôt foncier.

Individuellement, n’était-ce pas la bonne solution à suivre? La plupart des habitants n’ayant probablement pas d’enfants et ne démontrant peut-être pas grand intérêt pour la lecture, pourquoi faudrait-il que chacun paie ne serait-ce que quelques dollars par année pour que d’autres puissent lire? Plus alléchant de sauver un petit vingt dollars et de s’acheter de la bière ou du gin.

Or, quelle conséquence ce choix égoïste a-t-elle sur la municipalité elle-même, et sur ses propres habitants? Extrapolons. En privant leur ville d’une bibliothèque, on encourage encore davantage l’exode des jeunes vers les grands centres, plus vivants d’un point de vue culturel. On se prive donc de jeunes qui auraient pu constituer une relève intellectuelle, qui auraient pu créer des projets dans la localité, qui auraient pu ouvrir un commerce ou créer quelque chose d’utile à la communauté. Bref, on se prive de revenus potentiels et on nuit à la croissance de la ville elle-même, qui risque d’avoir besoin par la suite d’augmenter ses taxes pour combler le départ de ses forces productives. On se tire dans le pied.

Ainsi, en pensant juste à soi-même, à sa petite personne, à qui nuit-on le plus? À soi. Et en pensant aux autres, en ayant la volonté de vouloir qu’un enfant de six ans puisse s’intéresser aux livres ou qu’un étudiant du secondaire n’ait pas à s’expatrier pour trouver de la documentation pour ses cours, tout le monde y gagne.

Dernièrement, on votait sur le renouvellement de la convention collective, à mon emploi. À la place de voir des travailleurs solidaires, conscients de la nécessité de s’entre-protéger et de défendre ensemble nos conditions de travail, qu’ai-je vu? J’ai observé une majorité d’individus ne pensant qu’à leur petit bien-être personnel et négligeant le bonheur collectif. Des personnes avec beaucoup d’ancienneté plus intéressées par leur gain potentiel de vacances que par le fait que les plus nouveaux risquent de voir leurs heures coupées de moitiés. Des temps partiels réfléchissant à leur propre possibilité d’être nommés temps plein plutôt que de réfléchir à ce que signifiait ce statut lorsqu’on doit travailler toutes les fins de semaine, qu’on ne garantie qu’une trentaine d’heures et que le poste peut être coupé n’importe quand. Oh oui, j’en ai entendu des « moi je » et des « dans mon cas » et des « dans ma situation ». Chacun pour soi.

J’étais assis dans cette salle bondée et, juste avant de prendre le micro pour réclamer davantage de solidarité, je repensais à la grève d’Asbestos, en 1949. Des familles entières de gens déjà dans la pauvreté, partout au Québec, et qui envoyaient une partie de leur maigre pitance aux grévistes dans le besoin. Des dizaines, des centaines, des milliers de Québécois qui s’étaient levés debout et avaient décidé de dire « NON! » à un ordre des choses où le travailleur n’avait alors le choix qu’entre accepter de mauvaises conditions de travail ou quitter son emploi. De la solidarité, de la vraie.

Où est-elle, cette solidarité aujourd’hui? Où est la compréhension du fait que nous formons une chaîne humaine et que de la force du maillon le plus faible dépend la solidité de toute notre organisation humaine?

Certains diront qu’il est plus facile de s’unir lorsqu’on n’a rien à perdre. D’autres que c’est la nature humaine. Certains encore diront qu’une certaine idéologie a réussi à convaincre les plus déshérités de jalouser leurs semblables et de vouloir les voir régresser plutôt que de s’organiser eux-mêmes.

Pourtant, à mes yeux, une bonne recette continue d’être bonne même plusieurs années après. La solidarité, ça ne se démode pas. Si le Québec a pu se lever d’un bond, a pu en finir avec la Grande Noirceur, ce n’est pas parce que chacun a pensé à son petit cul. C’est parce que chaque Québécois a pris conscience, en son for intérieur, qu’il faisait partie d’un tout plus grand que lui et que du bonheur de son prochain dépendait le sien.

Et aujourd’hui, c’est à cette solidarité qu’on s’en prend, et c’est cette union qu’on détruit, morceau par morceau, livre par livres, vote par vote.

Et lorsqu’on ouvre la porte au règne définitif du « je, me, moi », on laisse entrer toute une idéologie qui, ayant déjà contribué à faire du Québec un des endroits les plus pauvres d’Occident avant la Révolution Tranquille, se présente maintenant masquée.

Sauf que, parfois, dans quelque municipalité lointaine, les masques tombent. C’est ce qui est arrivé à Baie-des-Sables et c’est le résultat de l’égoïsme de chacun de ses habitants qui prive non seulement la collectivité d’une bibliothèque dont tous auraient profité, mais qui nous montre ce que nous avons vraiment à attendre du chacun pour soi: la désintégration sociale.

Car si aujourd’hui c’était une bibliothèque, qu’est-ce que ce sera demain? Organisera-t-on un référendum contre la construction d’une école? Décidera-t-on de fermer le poste de police parce qu’il coûte trop cher? Cesserons-nous de financer les transports en commun, les universités, les cégeps? La construction des rues où les propres habitants ne peuvent se les permettre? Et l’eau courante, pourquoi payer pour de l’eau courante qu’on n’utilise pas personnellement?

L’égoïsme, et son corollaire, le concept de l’utilisateur-payeur, ne mèneront qu’à davantage d’égoïsme et à une minorité de riches utilisateurs pour une majorité de laissés-pour-compte.

La nécessaire hypocrisie
21 novembre 2009

Récemment, un ami me conta cette savoureuse anecdote. À son travail, un collègue le regarda droit dans les yeux et lui dit: « Tu n’es rien qu’un hypocrite! Tu parles de tes droits, de nos droits, mais tu liches le cul du boss par la suite! » Étant dans un milieu syndiqué, le collègue en question confrontait constamment les patrons directement, la face dans la face en disant des paroles du genre: « Non je ferai pas ça! Pis ça non plus! Je sais ce que j’ai à faire! » Lourde ambiance de travail. Si mon ami lui a répondu qu’il n’était pas hypocrite, s’il s’est défendu, s’il s’est presque excusé pour son incapacité à faire face, moi je lui aurais rétorqué autre chose: oui, je peux être hypocrite, et tant mieux! L’hypocrisie est un mal nécessaire.

hypocrisie

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En effet, de quoi aurait l’air une société sans hypocrisie? L’anarchie, le chaos. Tu te promènes dans la rue, tu n’aimes pas le visage de quelqu’un, tu lui dis, et c’est la bataille. Ayant connu des gens ayant été reliés aux milieux criminels ou ayant fait de la prison, je peux écrire sans me tromper que ce sont les gens les moins hypocrites qui soit dans leurs relations avec les autres. Et c’est précisément à cause de leur manque d’hypocrisie que, bien souvent, ils finissent la nuit en prison ou à l’hôpital. Ils ne sont pas capables de piler sur leur vanité, sur leur orgueil. C’est le culte du « dans ta face » qui prime. Ce sont des gens bien souvent instables, qui ont de la difficulté à conserver un emploi et qui éprouvent toutes sortes de problèmes relationnels.

Or, je crois qu’il est sain, dans la vie, de conserver un minimum d’hypocrisie. Non pas celle qui est méchante, comme un mortel poison qui suinte des fentes de notre orgueil et qu’on garde le plus loin possible de soi. Pas plus que celle qui consiste à parler dans le dos d’autrui ou à comploter contre quelqu’un. Non, la petite hypocrisie nécessaire, celle qui nous permet de vivre ensemble. Celle qui dit: « Je n’aime pas tes positions, je n’aime pas tes idées, mais nous devons cohabiter alors entendons-nous ». Celle qui permet de respecter les règles du jeu, de s’y adapter, et de respecter autant ses adversaires que ses alliés. L’hypocrisie comprise, partagée, acceptée, celle qui agit comme pare-chocs des susceptibilités de chacun.

Par exemple, quand mon ami, qui n’aimait pas certaines politiques de ses patrons, sensibilisait d’autres individus à sa cause, il ne le faisait pas contre un patron en particulier. Comprenons. Dans un milieu syndiqué, tout est question de rapport de force. Le gérant n’est qu’un pion comme un autre aux mains du patronat et il serait contre-productif, inutile, de s’en prendre à sa personne. Il fait juste son travail; il n’a pas à subir invectives ou calomnies. Il gagne sa vie, rêve de vacances, a hâte de faire son sapin de Noël. Un humain. C’est sa fonction – ou plutôt ce qu’elle représente – qu’on peut ne pas aimer, mais il faut quand même respecter cela.

De la même manière, lors de la manifestation contre le prince Charles, j’ai demandé, à de nombreuses reprises, aux autres manifestants de ne pas insulter les policiers. Ça ne donnait strictement rien. Ces représentants de l’État ne sont que des employés comme d’autres; on peut être en désaccord avec le fait qu’ils ont chargé, qu’ils ont provoqué, mais ils l’ont fait parce qu’on leur en a donné l’ordre. J’ai discuté avec certains policiers, et malgré une certaine hypocrisie réciproque – « je n’aime pas que tu bloques la rue » contre « je n’aime pas que tu me prives de mon droit de manifester pacifiquement » – elle était là aussi comprise, empreinte de respect. Après tout, ce ne sont que des humains qui font un travail pour assurer leur existence en ce bas-monde. Ce sont ceux en haut qu’il faut viser.

Ou encore, lors d’une manifestation contre le jugement de la Cour suprême sur la loi 104, alors qu’un orateur s’est fait tirer par la jambe, sans avertissement, par un policier et qu’il aurait pu se casser le cou en tombant. Des membres du Réseau de résistance du Québécois (RRQ) s’en sont pris aux policiers en les traitant de tous les noms. Lorsque certains – dont l’auteur de ces lignes – leur ont suggéré de faire une plainte en déontologie et d’utiliser les moyens légaux pour faire valoir leurs droits, ils se sont défilés comme un voleur pris en flagrant délit. Plus facile de crier des noms aux policiers, non?

La vraie hypocrisie, la malsaine, selon moi, se trouve dans les gestes plutôt que dans les paroles. L’hypocrisie, c’est de chialer contre le résultat d’une élection quand on est resté à la maison le jour du vote. C’est se plaindre d’une politique en particulier quand on n’a même pas daigné se présenter au jour du vote. C’est blâmer un collègue qui s’exprime lors d’une assemblée syndicale quand, soi-même, on a préféré se taire. C’est accuser l’autre d’hypocrisie parce qu’il prône la bonne entente quand, au moment où il était possible de se faire entendre selon les règles, on a préféré écouter la télévision chez soi. C’est accuser les autres de corruption ou de collusion quand, soi-même, on essaie de contourner les règles dès que c’est possible. C’est insulter un policier au lieu de porter plainte en déontologie.

D’un côté, l’hypocrisie nécessaire, assurant la stabilité et la paix. De l’autre, la vulgaire, la méchante, celle qui sent mauvais et qui camoufle ses incapacités derrière ceux qui utilisent les moyens légaux et démocratiques pour faire valoir leurs points de vue.

Entre les deux, j’ai choisi: je vais voter (même s’il m’arrive d’annuler mon vote), j’essaie d’assumer mes prises de position, et je me bats, au quotidien, non seulement pour améliorer mes conditions de vie, mais aussi pour respecter mes adversaires. Car le jour où on enlève le droit à ceux-ci d’exister en tant qu’humains, on leur donne aussi l’occasion de considérer la même chose pour moi.

Tout est question de rapport de force. Il faudrait être hypocrite pour ne pas le voir! 😛

Irlande, le Waterloo d’André Pratte?
6 août 2009

Si André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, affirme quelque chose, cela doit forcément suivre une certaine logique. Ou à tout le moins, son propos doit être cohérent. On s’attend à naviguer sur le flot de ses éditoriaux comme sur un long fleuve tranquille, coulant inlassablement vers la mer de ses croyances. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’on le prend en flagrant délit de contradiction?

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Dans son éditorial d’hier, sur Cyberpresse, Pratte s’en prend violemment à l’Irlande, avec son taux de chômage de 11,9%, en route vers les 16% selon une étude de l’Economic and Social Research Institute. Selon sa nouvelle lecture des choses, cela constituerait la preuve de l’impossibilité pour un petit pays comme un Québec indépendant de s’épanouir économiquement. Il termine même son texte en lançant cette phrase incroyable: « Et avec l’effondrement de l’économie irlandaise s’écroule un des fragiles fondements de [l’]argumentaire économique [souverainiste]. »

Pourtant, le 8 décembre 2003, André Pratte écrivait un autre éditorial, enjoignant les élites québécoises à suivre la voie de la « réussite » irlandaise. Il s’appuyait alors sur la publication d’un rapport de l’Institut Fraser intitulé « La prospérité ou la stagnation » qui recommandait au Québec de s’inspirer du « modèle » irlandais. La recette? On la connait: déréglementer, privatiser, s’attaquer aux syndicats, baisser les impôts. Pratte parlait d’une « grande corvée ».

Étonnement, son discours a été repris par les élites souverainistes, tant à Québec qu’à Ottawa. Pierre Paquette, porte-parole du Bloc québécois en matière de finances, a répondu à l’éditorialiste en lui disant qu’il était tout à fait d’accord avec la nécessité de cette corvée, mais qu’à ses yeux le Québec pouvait très bien la faire en étant indépendant. ((La Presse, Forum, mercredi, 17 décembre 2003, p. A19, Un portrait trop noir, Le Québec s’en tire assez bien, malgré le frein au développement que constitue le fédéralisme canadien, Pierre Paquette)) Même François Legault, du Parti Québécois, a surfé sur cette vague pendant des années, allant même jusqu’à affirmer que les impôts ridiculement bas de 12% payés en Irlande seraient une voie à suivre pour le Québec!

Qu’on se comprenne bien: ni le Bloc Québécois ni le Parti Québécois n’ont rejeté les arguments de Pratte selon lesquels la meilleure façon de croître serait d’instaurer un État minimal et autres réformes de droite. Leur seule particularité a été de dire qu’on pourrait mieux le faire en étant indépendant.

Or, aujourd’hui, après avoir recommandé au Québec de suivre la voie de l’Irlande, après avoir été entendu jusque dans les officines de partis souverainistes pressés de mettre en place ses réformes dès l’indépendance achevée, voilà qu’André Pratte fait marche arrière et reproche à celles-ci d’avoir accepté ses préceptes! « Il y a quelque chose dans la recette canadienne qui, de façon générale, assure aux Canadiens une prospérité enviable » soutient le scribe de la rue Saint-Jacques. Cette recette, il ose à peine la nommer: classe moyenne syndiquée à l’abri des aléas de la crise (de 1999 à 2007, le taux de syndicalisation chutait de 0,8% au Canada, contre 9,7% en Irlande (( Données de l’OCDE sur le taux de syndicalisation )) ) , réglementation adéquate des banques, taux d’imposition assurant une redistribution de la richesse. Bref, toutes ces choses auxquelles il s’était opposé en 2003 et dont il avait empressé le Québec de se débarrasser.

Cruelle ironie, n’est-ce pas? L’homme se plaint d’un problème, incite d’autres à adopter ses idées, ceux-ci le font, et ensuite il leur reproche de l’avoir fait en démontrant, chiffres à l’appui, que sa première idée était mauvaise!  Sans l’admettre ouvertement, bien sûr.

Ce ne sont donc pas les « fragiles fondements » de l’argumentaire économique souverainiste qui s’écroulent, mais la crédibilité d’André Pratte et sa capacité à influer sur les décisions politiques du futur. La prochaine fois qu’il exigera des réformes mettant en danger notre société, un seul mot suffira à le faire taire: « Irlande ».

Les éditorialistes contre la classe moyenne
13 mai 2009

Le front commun syndical fait beaucoup jaser la droite. On a encore une fois droit à toute la litanie de préjugés qui animent une partie du discours social face au syndicalisme depuis deux décennies. De nombreux éditorialistes, si enclins à se réclamer du vrai monde malgré leurs mirobolants salaires, deviennent soudainement d’intrépides propagandistes acharnés pourfendeurs du syndicalisme et de la classe moyenne qu’il représente.

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Préjugé 1: Les syndicats font de la démagogie

Cette opinion est véhiculée notamment par Luc Lavoie. L’ancien porte-parole de Quebecor et attaché politique de Brian Mulroney a écrit:

Il est à peu près temps que le gouvernement retire le droit de grève dans les secteurs publics et d’ici là, il serait grand temps que les chefs syndicaux cessent leur démagogie. Le mélodrame qu’ils sont en train d’enclencher aura encore une fois pour victimes, les citoyens du Québec.

Qu’est-ce que la démagogie? Selon Wikipedia, il s’agit de « l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment en utilisant un discours simpliste, occultant les nuances, utilisant son charisme et dénaturant la vérité ». Concernant le Front Commun, le discours des dirigeants est clair et sans ambiguïté. Je dirais même honnête: le but est de simplifier la négociation et de pouvoir obtenir un meilleur rapport de force pour aller chercher un rattrapage salarial. Démagogie? Pas du tout.

Par contre, le texte de M. Lavoie est lui-même démagogique. En réclamant l’interdiction du droit de grève dans les secteurs publics (pourquoi pas le retour du fouet tant qu’à y être?), c’est précisément lui qui crée le mélodrame qu’il essaie maladroitement de dénoncer. C’est son discours qui cherche à s’attirer les faveurs du petit peuple en opposant ce dernier aux salariés qui profiteront de ce Front Commun. C’est lui, le démagogue.

Préjugé 2: Leurs demandes sont irresponsables à cause de la crise

Cette opinion est appuyée notamment par André Pratte dans son énième texte antisyndical.

On sait déjà que les finances du gouvernement du Québec seront dans le rouge pour au moins quatre ans. Comment les syndiqués du secteur public peuvent-ils espérer convaincre les contribuables d’augmenter le déficit (et la dette) de l’État québécois dans le seul but d’améliorer leurs conditions de vie? La revendication me paraît irresponsable.

Nous sommes dans une profonde récession, personne ne peut le nier. Et c’est précisément pour cette raison qu’il importe que l’État relance la demande en augmentant ses dépenses. Il ne s’agit pas de générosité ou d’altruisme, mais simplement d’une nécessité afin de permettre de se sortir de ce marasme. C’est en dépensant que les États-Unis se sont sortis de la grande crise des années 30, et la recette n’a pas changé depuis.

En effet, quand on augmente le salaire de quelqu’un, on l’incite à consommer davantage. Cette personne fait rouler l’économie et paie davantage d’impôts. Pourquoi accepte-t-on que nos gouvernements donnent des millions, voire des milliards de nos impôts à de grosses corporations alors qu’on pourrait contribuer à relancer l’économie sur le plan local?

Le Québec fait partie des régions les moins touchées par la crise en Amérique du Nord. C’est précisément grâce à son fort secteur public assurant une stabilité de la demande à un moment où beaucoup perdent leurs emplois. Augmenter le salaire de ces employés n’est donc qu’un moyen supplémentaire de contribuer à la relance de notre économie.

Préjugé 3: 11,25%, c’est trop

Il s’agit d’un autre préjugé assez répandu. Pourtant, ces demandes sont très raisonnables. Avec une inflation de 2% par année pendant trois ans, la véritable augmentation est plutôt de 5,25%. La dernière enquête sur la rémunération des salariés de l’Institut de la statistique du Québec montre que les salaires des employés représentés par le Front Commun sont de 15,6% inférieurs à leurs homologues syndiqués du privé. Si on désirait un vrai rattrapage, il faudrait plutôt exiger 21,4% d’augmentation. En ce sens, les demandes sont plus que raisonnables!

Les préjugés ont la peau dure. À lire certains chroniqueurs (Richard Martineau, Luc Lavoie, etc.) on a l’impression que ceux-ci sont restés figés dans les années 1980. S’il y a eu quelques abus par le passé de la part du mouvement syndical, les présentes revendications sont très honnêtes et permettraient non seulement de consolider notre classe moyenne mais également de relancer la demande, et donc notre économie.

La classe moyenne représente le coeur et l’âme d’une nation développée. Va-t-on laisser quelques éditorialistes grassement payés nous diviser et s’attaquer ainsi à ce que nous avons de plus précieux?

Classe moyenne et syndicalisme vont main dans la main. S’attaquer à un c’est s’en prendre à l’autre. Je l’avais déjà écrit dans mon texte Au sujet de la classe moyenne:

Aux États-Unis, par exemple, le taux de syndicalisation est passé de près de 35% il y a quelques décennies à seulement 13% aujourd’hui. Logiquement, si on suivait les arguments de la « drouate », on observerait une augmentation de la richesse de la classe moyenne et du pouvoir d’achat en général. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit.

En effet, les revenus réels nets du cinquième des foyers les plus pauvres a crû de seulement 5% entre 1979 et 2002, ceux de 20% des foyers a augmenté de 15% en moyenne sur la même période. Au contraire, pour le cinquième le plus riche, la croissance a été de 48% et pour le 1% des foyers les plus riches, l’augmentation moyenne des revenus a été de près 111%. Tout ceci au même moment où la productivité augmentait de près de 53% et que le salaire moyen global, en dollars constants de 2004, stagnait de 15,24$ en 1973 à 15,23$ en 2004.

Bref, on le constate, la baisse du niveau de la syndicalisation n’a pas profité à la classe moyenne, loin de là. Les écarts entre les riches et les pauvres – donc la dislocation de cette classe moyenne – se sont accentués et la hausse de la productivité n’a pas le moindrement profité aux travailleurs. On a plutôt assisté à une désintégration sociale caractérisée par un appauvrissement marqué des plus pauvres et un enrichissement très important des plus riches. Entre les deux, ce qui reste de la classe moyenne s’est déchiré entre la majorité vers le bas et une minorité vers le haut.

Il serait peut-être temps de comprendre et d’accepter que si les syndicats représentent avant tout leurs membres, c’est toute la société qui profite de chacune des avancées du mouvement syndical. C’est précisément parce que nous sommes en pleine crise économique qu’il s’agit de s’assurer d’une redistribution optimale de la richesse. Et le Front Commun et les 475 000 membres qu’ils représentent en constituent le parfait véhicule.

* * *

En complément de lecture, j’aimerais suggérer l’excellent texte de Noisette Sociale sur le même sujet.

Les temps sont durs
10 octobre 2008

Cette toute petite phrase, lâchée inopinément par cette dame d’un certain âge, comme un secret qu’on a assez remué pour finalement le partager: « les temps sont durs ». Combien d’années se sont-elles écoulées depuis la dernière fois où elle a lancé ce trente sous de la misère dans la fontaine de tous les espoirs déçus? L’expression l’attendait silencieusement au fond du bas de laine qu’elle a peut-être redécouvert, craintive de la suite des choses.

« Les temps sont durs ». Ont-ils seulement déjà été autre chose? Les temps mous, liquide, gazeux ou avachis, ça n’existe pas. Les temps sont toujours durs car la seule fois où nous nous attardons à les qualifier, cette période à la durée indéterminée qui soudainement fait sens se dévoile toujours impitoyable, cruelle, et on-ne-peut plus dure.

Quand tout va bien, on ne parle pas des « temps ». L’argent circule, la bourse monte. Des travailleurs perdent leur emploi, d’autres voient leurs conditions de vie se dégrader, mais les temps ne sont pas durs pour eux; ce sont des victimes collatérales d’un nouvel état de fait qu’on annonce définitif. Étrange comme les puissants, une fois au pouvoir, annoncent pompeusement la fin de l’Histoire. La productivité, la concurrence, la sous-traitance, les privatisations; vous vous appauvrissez mais vous n’avez pas droit au réconfort que procure la sensation de vivre des « temps durs ». On vous laisse déprimer sur votre condition de chômeur ou d’assisté et on vous qualifie de relique d’un passé socialisant qu’on aimerait voir aplati sous le rouleau-compresseur du laisser-faire économique.

Ah oui, on y a cru au libre-marché! On s’est lancé corps (violentés) et âmes (mutilées) dans le grand bazar capitaliste néo-définitif. Et maintenant que tout s’écroule, que ces apprentis-sorciers qui ont joué nos vies à la roulette russe du profit perpétuel, que nous reste-t-il?

Nous sommes coupables, nous tous, qui avons cru plus à propos de nous attaquer au travailleur syndiqué, au pauvre, à l’assisté social, à son voisin, à ses amis, à sa famille pendant que nous laissions des corporations s’enrichir jusqu’aux limites de l’imaginaire. Nous avons écouté leurs discours réclamant moins d’État, clamant haut et fort que le marché pouvait s’auto-réguler, que nous devions simplement laisser la loi de l’offre et de la demande tout réguler.

Et ils ont eu tort, aujourd’hui comme en 1929, et nous en payons le prix. Et c’était notre faiblesse de les appuyer, de les écouter, et même de penser que le bien-être collectif pouvait passer par la réduction du niveau de vie de centaines de milliers d’entre nous. Nous avons été durs envers notre prochain; faut-il se surprendre que les temps le soient à notre égard?

Aujourd’hui, nous contemplons notre égoïsme et notre individualisme dans un miroir qui soudainement, dans la violente lumière des conséquences des déréglementations et de politiques économiques de droite, a cessé de nous embellir. Nous nous retrouvons nus, dépouillés de nos artifices, attendant le jugement d’un système économique déficient que nous avons adoré jusqu’à perdre ce qui nous était le plus cher: nos vies.

Ce qu’il reste de ce qu’elles devaient être.

Avant.

Pourquoi je vais voter NPD
14 septembre 2008

J’ai fait mon choix. Ça n’a pas été long cette fois-ci; alors qu’il y a une semaine à peine j’hésitais encore entre donner mon vote au Bloc Québécois ou au Nouveau Parti Démocratique, c’est finalement ce dernier que je désire appuyer. Pourquoi? Pour deux raisons principales.

La première, c’est que Jack Layton mène une campagne exceptionnelle, donnant l’impression que Stéphane Dion et Gilles Duceppe ne sont que de simples figurants. Je crois de plus en plus que le NPD va former l’opposition officielle aux prochaines élections si rien ne change et j’estime que la meilleure façon de contrer le gouvernement de droite de Stephen Harper est de se rallier au parti de Jack Layton, le seul qui, grâce à sa position de centre-gauche, sait s’opposer à Stephen Harper tout en ratissant assez large pour espérer obtenir le vote des Libéraux déçus.

En outre, le programme électoral du NPD me rejoint: investissements dans la petite enfance (tout en respectant les CPE québécois), écologisme (on a tendance à oublier que c’est grâce à M. Layton que le centre-ville de Toronto est climatisé avec l’eau des Grands Lacs), éducation, amélioration des soins de santé publique, lutte contre la pauvreté, lutte contre les escroqueries des grandes entreprises telles que les pétrolières.

Layton a compris ce que beaucoup de politiciens et de citoyens ont oublié: le problème n’est pas la richesse du pays, mais plutôt comment on redistribue cette richesse. Il ne faut surtout pas oublier que Stephen Harper a donné des réductions d’impôts de plusieurs dizaines de milliards $ à de grandes entreprises comme les pétrolières ou les compagnies de téléphonie cellulaire. Ni qu’il a prolongé de trois ans les droits de monopole sur les médicaments de marque, ce qui rend l’accès aux médicaments génériques moins chers beaucoup plus difficile à obtenir. La richesse existe, mais le présent gouvernement a décidé que celle-ci devait aller dans les poches d’actionnaires anonymes ou pour défendre les intérêts américains en Afghanistan (en faisant de nos soldats des tueurs) au lieu de profiter à l’ensemble des citoyens du pays.

Ça doit changer. Et le NPD constitue le meilleur parti pour changer les choses. Il est le seul qui permettra de redonner vie à une classe moyenne dont la condition stagne depuis des décennies.

La seconde raison pour laquelle je vais voter NPD, et non pas Bloc Québécois, est la piètre performance de Gilles Duceppe et du parti en général. Duceppe a le mot « perdant » écrit sur le front avec le même marqueur que Stéphane Dion. Il a perdu ses marques; il a l’air de quelqu’un ne voulant pas être là, ayant simplement hâte de constater l’étendue de son échec pour annoncer son retrait de la vie politique.

Évidemment, ce n’est pas de sa faute. En jetant aux oubliettes le projet souverainiste, Pauline Marois a enlevé toutes les munitions du camp bloquiste, si bien que le parti se retrouve à faire la guerre à poings nus devant l’armada conservatrice. Il ne fait pas le poids, malheureusement, car il ne peut plus rallier les souverainistes (quand même 40 à 50% des citoyens!) derrière lui, si bien que ceux-ci préfèrent maintenant voter pour leurs allégeances sur l’échelle gauche-droite au lieu de voter pour un parti se disant « présent » sans expliquer en quoi sa présence constituerait un plus pour l’indépendance ou, à défaut, pour la vie des citoyens en général.

Si j’étais Gilles Duceppe, j’appellerais Pauline Marois et je la remercierais chaudement d’avoir contribué à une défaite qui s’annonce majeure pour le Bloc en éliminant le seul facteur de cohérence pouvant inciter des gens aux opinions politiques diverses à se rallier derrière la souveraineté.

Ceci dit, je peux encore changer d’idée. Je suis également ouvert aux arguments du Parti Libéral, qui me semble un peu moins à droite que par le passé, de même qu’au parti Vert, même si à mes yeux ce parti n’a pas sa raison d’exister puisque ses politiques environnementales sont déjà inclues au sein du NPD.

Et ne me parlez pas de vote stratégique, SVP. Je vote avec mon coeur, avec ma tête, et selon mes convictions. À mes yeux, s’empêcher de voter pour un parti parce qu’il ne risque pas de gagner dès la prochaine élection constitue une forme particulièrement abrutissante de tautologie; il ne gagnera jamais si tout le monde se dit qu’il ne gagnera pas. À mon avis, il faut voter pour le parti qu’on croit être en mesure de faire le meilleur travail pour améliorer non seulement sa situation personnelle, mais celle de la majorité de la population.

Et ce parti, j’en suis maintenant convaincu, c’est le Nouveau Parti Démocratique.

Je peux encore changer d’idée, mais ça prendrait un gros revirement pour le Bloc et une contre-performance majeure du NPD. Et je ne crois pas que ça va se produire, malheureusement pour mes amis bloquistes.


AJOUT:

Même si je critique durement le Bloc dans ce billet, je ne souscris pas du tout à l’analyse bâclée de l’ancienne aile-droite du parti qui, maintenant que le projet souverainiste est sur la glace, ne se sent plus rejoint par les politiques sociales-démocrates du parti.

On peut évidemment se questionner sur la crédibilité de cette « nouvelle » de La Presse, quand on connaît le penchant fédéraliste de ce journal, de même que sur la crédibilité des auteurs de cette « dénonciation », dont fait partie Richard Délisle, qui a été candidat pour la Canadian Alliance (ex-Reform Party) en 2000 (ça dit tout).

Ceci dit, il faut quand même prendre le temps de réfuter l’argument selon lequel la prétendue proximité du Bloc vis-à-vis des syndicats serait un problème.

En effet, ils ne sont que quatre au Bloc à venir de la CSN. Mais oublie-t-on qu’ils sont des dizaines du Parti Conservateur à venir du milieu des affaires ou de professions libérales? Entre un parti qui est relié aux syndicats, des organisations démocratiques qui défendent les intérêts de la classe moyenne (puisque celle-ci est majoritairement syndiquée), et un autre qui s’acoquine à des intérêts privés sur lesquels les citoyens n’ont pas le moindre contrôle, je préfère – et de loin! – la première option.

La vérité, c’est que sans échéancier référendaire, même à long terme, la droite n’a plus envie de se boucher le nez et de rester au Bloc, avec tous ses députés et militants intéressés par des choses aussi inutiles (à ses yeux) que la redistribution de la richesse. Elle entend faire valoir ses opinions et préfère s’acoquiner avec le gouvernement Harper, « gérant de la franchise du Parti républicain » selon l’analyse très imagée mais tout à fait réelle de Denis Coderre.

C’est Pauline Marois qui est la source de tous ces problèmes. Si elle n’avait pas relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, on n’en serait pas là aujourd’hui. Le Bloc n’aurait pas à choisir entre la droite et la gauche et il pourrait continuer d’être la coalition arc-en-ciel qu’il était à l’origine. Les indépendantistes pourraient mettre de côté leurs différences et se coordonner dans le but de réaliser le projet inachevé.

La sortie publique de ces vieux épouvantails ne doit surtout pas nous faire oublier la cause réelle de l’actuelle apathie bloquiste.


Bonne journée à tous. Je serai de retour demain, mercredi, ou jeudi. J’ai écrit ce petit ajout ce matin car j’ai eu beaucoup de temps pour penser cette nuit. Imaginez-vous que la Ville de Montréal a eu la merveilleuse (que dis-je, splendide, grandiose!) idée de faire des tests de sirène d’urgence de 4h30 à 6h30 (!) ce matin. Juste pour vous donner une idée, fallait élever légèrement la voix à l’intérieur de l’appartement pour bien se comprendre… Y a des coups de pied au cul qui se perdent des fois. Ils ne peuvent pas avertir les gens, ou bien tester leurs machins le jour? Non, la nuit, quand tout le monde a chaud et a les fenêtres ouvertes et qu’on a rangé le climatiseur (qui aurait pu couvrir l’affreuse sirène). (*Soupir*)