Apartheid universitaire : mettons fin au sur-financement
30 avril 2012

Il ne reste plus que quelques jours avant la sortie de mon livre. Voici une vidéo où je parle de quelques-uns des nombreux sujets traités dans cet essai, notamment :

1) Les institutions universitaires de la minorité de langue anglaise du Québec sont sur-financées par rapport à son poids démographique ;

2) Les étudiants étrangers ne paient pas le plein prix et on pourrait facilement aller chercher ces sommes avant de hausser les frais de scolarité ;

3) Le Québec constitue une anomalie : aucune nation sur cette planète, qu’elle soit souveraine ou dans un cadre fédératif, ne finance davantage les services à sa minorité que le Québec.

APARTHEID UNIVERSITAIRE, en vente dans toutes les bonnes librairies le 9 mai prochain.

APARTHEID UNIVERSITAIRE en librairie le 9 mai 2012
13 avril 2012

La date est tombée : mon essai, APARTHEID UNIVERSITAIRE, sera en librairie le 9 mai prochain.

Si vous aimez l’intensité de mes textes sur ce blogue, vous allez adorer cet essai. Si vous appréciez la rigueur des statistiques que je propose, vous allez vous régaler de quantité de données précises. Si vous préférez l’aspect graphique, ce livre contient des dizaines de tableaux et de graphiques pertinents.

Cet essai, avant tout, constitue un puissant coup de poing à la face de plusieurs de nos croyances. C’est un livre que devrait posséder tout francophile et tout indépendantiste.

Si vous voulez participer à faire connaître l’enjeu du sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec (et le sous-financement des institutions dans la langue nationale, le corollaire), voici ce que vous pouvez faire :

1) Pré-commandez le livre chez votre libraire habituel. Les librairies commandent généralement un ou deux exemplaires d’un livre dont l’auteur est moins connu. Vous pouvez dès maintenant téléphoner et réserver votre copie du livre pour le 9 mai, augmentant les chances de commandes plus nombreuses et d’une meilleure visibilité pour la cause. En outre, vous serez parmi les premiers à posséder votre exemplaire.

2) Partagez l’information sur vos réseaux sociaux. Partagez cette page sur Facebook, invitez vos amis à acheter le livre, en version papier ou numérique. Joignez-vous à la page Facebook du livre !

3) Demandez que votre bibliothèque municipale ou scolaire se procure cet ouvrage.

4) Toute autre action susceptible de faire connaître le livre et de sensibiliser la population quant au sur-financement des institutions de langue anglaise au Québec.

Merci beaucoup de votre appui. Je crois que cet essai est bon, et je crois que vous ne serez pas déçu de vous le procurer. Sans prétention, je crois qu’il serait juste de dire que je ne crois pas avoir lu un livre contenant une telle quantité et qualité de recherche pour moins cher.

Au plaisir de vous partager le fruit d’un an et demi de travail le 9 mai prochain ! 🙂

Fucking Quebeckers et moumouverainistes
12 avril 2012

Un fait divers peu banal : une dame se présente au cinéma Banque Scotia Parc et demande qu’on s’adresse à elle dans la langue nationale. Elle se fait répondre qu’elle est une « Fucking Quebecker » (Tabarnak de Québécoise). En sommes-nous vraiment rendus là ?

Le mépris dont peuvent faire preuve ces anglophones, qui vivent ici autour d’institutions d’éducation et de santé sur-financées, semble sans limite. On aurait peine à imaginer une situation semblable n’importe où sur cette planète. Seulement au Québec peut-on accepter que des gens nous insultent de cette manière en pleine face. Jamais un habitant de New York n’irait traiter une cliente de « Fucking American ». Jamais un habitant de Berling n’irait traiter une cliente de « Fucking Deutsch ». Jamais un habitant de Rome n’irait traiter une cliente de « Cazzo Italiano ». Jamais. Il y a un respect fondamental. Un respect de base qui signifie à tout le moins qu’on reconnaît habiter à un endroit et qu’on éprouve un certain sentiment d’appartenance à la communauté qui y vit.

Ce simple fait divers détruit allègrement les mythes propagés par une certaine classe de « moumouverainistes », qui considèrent les anglophones vivant au Québec comme des Québécois. Cet anglophone, lui, ne semblait pas se considérer comme tel : ce sont les Québécois qu’il a insultés, et à ses yeux – et aux miens – un Québécois parle français. Sentiment d’appartenance au Québec : moins mille !

Ces moumouverainistes ne comprennent et ne comprendront peut-être jamais qu’il n’y a rien à attendre de la plupart des anglophones. Ce n’est pas en reconnaissant la langue anglaise au Québec, en considérant qu’elle fait partie de notre identité, en la célébrant, qu’on contribue à se faire respecter. Cette manière de fonctionner qui est la nôtre depuis une vingtaine d’années n’a réussi qu’à nous rendre encore plus méprisables aux yeux d’anglophones ayant renoué avec leur vieux complexe de supériorité. On ne peut pas davantage célébrer l’apport de la langue anglaise au Québec qu’un enfant ne peut commémorer une inceste subie pendant toute sa jeunesse. L’anglais n’a été pour nous qu’une langue impériale qu’on nous impose de force depuis un quart de millénaire. Plus on la met sur un piédestal, moins les anglophones ressentent le besoin de nous respecter.

Il est temps d’arrêter de tendre l’autre joue. La dame en question a parlé avec le gérant, qui semblait « compréhensif » selon ses mots. N’exigeons plus la « compréhension ». N’exigeons plus le dialogue. N’exigeons plus des pinottes pendant qu’on arrache notre langue jusqu’au cœur de nos villes.

C’est une guerre linguistique. Il y a deux langues ; une est de trop. Il y a deux cultures ; une est de trop. On ne peut pas davantage faire coexister deux langues et deux cultures de manière équilibrée à long terme qu’on peut trouver le confort assis entre deux chaises. Le plurilinguisme sur un même territoire est et sera toujours temporaire parce que la langue la plus forte finit toujours par écraser la plus faible.

Les anglophones ont compris cela et ils travaillent à l’anglicisation de Montréal, quartier par quartier, hôpital par hôpital, université par université. Pendant qu’ils prennent racine chez nous et foulent de leurs pieds notre histoire et nos valeurs, ils nous regardent nous angliciser bêtement, imposant l’anglais intensif jusqu’à nos enfants, et ils ne peuvent que rire de cette race de ti-counes qui a l’outrecuidance d’exiger qu’on s’adresse à elle dans sa langue.

Le temps des petites tapes dans le dos et de la main tendue aux anglophones est révolu.

Nos moumouverainistes devraient arrêter de servir de paillassons sur lesquels s’essuie la minorité la plus choyée au monde et commencer à s’attaquer aux privilèges indus lui permettant de continuer à se foutre de notre gueule.

Le chemin de croix
4 avril 2012

Défendre le français au Québec – et donc la pluralité linguistique dans le monde – ressemble de plus en plus à un chemin de croix. À chaque jour ou presque, on lacère encore davantage notre langue. Il y a quelques semaines, c’était Stéphane Gendron qui se moquait de notre aménagement linguistique. La semaine dernière, on découvrait que les jeunes anglophones méprisent notre langue. Il y a quelques jours, on apprenait que Québec finance les cours d’anglais des immigrants. Aujourd’hui, on découvre que les séances d’accueil aux immigrants se feront désormais en anglais. Encore aujourd’hui, on apprend que l’anglais est largement sur-représenté dans les emplois du secteur public. Il ne manque que la crucifixion et on peut fermer les livres.



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Chacune de ces attaques contre la langue nationale des Québécois est assez grave en soi, mais c’est le nombre et l’intensité de celles-ci qui a de quoi surprendre. On dirait qu’il n’y a plus rien pour nous sortir de notre torpeur. Un peu comme si, intérieurement, nous avions déjà capitulé. Un peu comme si nous avions décidé, après des années d’auto-dénigrement, de dévalorisation, de haine de nous-mêmes, que nous n’avions plus le droit d’aspirer à assurer notre futur collectif. Nous avons cessé de rêver.

Cette incapacité à concevoir un futur dont nous serions les maîtres nous a transformés en champions de la servitude. Face à une idée originale ou insolite, nous n’avons plus la moindre curiosité ; nous sommes sceptiques. Nous ne souhaitons plus « briller parmi les meilleurs », mais nous conformer à ce qui se fait ailleurs. Nous ne souhaitons plus avoir une éducation accessible parce que cela rejoint nos valeurs ; nous voulons nous adapter à la moyenne canadienne. Nous ne voulons plus nous donner les moyens d’exister ; nous voulons nous « adapter » à la réalité nord-américaine. Nous ne désirons plus avoir une société plus juste ; nous souhaitons suivre les recettes économiques états-uniennes ayant échouées. Nous n’aspirons plus à la vie ; nous désirons passer inaperçu. Nous sommes des prostitués longeant les murs.

Notre problème n’est pas seulement linguistique, mais onirique. Nous ne rêvons plus, ou bien nous rêvons de manière sectorisée. Nous pouvons imaginer quelques petites originalité éparses, que ce soit une éducation accessible, une langue française qui nous regroupe tous, une politique économique différente, mais peu de gens sont en mesure de rêver à grande échelle. Chacun vit enfermé dans son propre petit monde. Chacun fait ses propres petits combats. Pas question pour les étudiants de se battre pour la langue nationale. Pas question pour les francophiles de lutter contre l’enfoncement à droite de la société québécoise. Chacun vit pour soi.

Ces attaques contre la langue française sont donc d’autant plus faciles qu’aucun mouvement de masse ne peut s’y opposer. Nous regardons, l’air béat, notre langue et nos valeurs reculer et nous saluons de la main, capitaines sur le bateau de nos rêves, le naufrage de nos idéaux.

Nous contemplons notre chute en silence.

Prioriser

Au cœur de toutes les vicissitudes de notre quotidien, nous devrions pourtant reconnaître une nécessité : protéger l’avenir. Mettre les graines qui pourront un jour germer à l’abri et préparer la relève. Reconnaître que si de nombreux débats ont leur importance au Québec, un seul est incontournable : celui de notre langue. Car si notre langue disparaît, nous disparaissons. Le cœur, l’âme de notre identité, surtout depuis la Révolution tranquille et la chute de notre foi, c’est notre langue. Si nous la perdons, nous avons tout perdu.

Il nous faut donc prioriser, choisir nos luttes. On peut appuyer les étudiants, on peut lutter pour une société plus juste, on peut se battre pour l’environnement, on peut œuvrer à une foule d’enjeux locaux, nationaux ou mondiaux, mais la jonction de toutes ces causes doit être la langue française ; une éducation plus accessible ne nous servirait à rien si nous n’étions plus là ; une planète plus propre ne nous serait d’aucune utilité si nous n’existions plus. La langue doit être le combustible qui enflamme toutes les autres causes.

À la face de l’ethnocide du français en Amérique du Nord, et parce que nous constatons que l’anglomanie et le sur-financement des institutions des anglophones au Québec atteignent des sommets, il nous faut mettre le français au centre de toutes nos luttes et refuser le moindre compromis sur cette question.

Le peuples accommodants ne représentent qu’une astérisque dans un livre d’histoire.

Multiplions les luttes et les solidarités, mais exigeons le français, et uniquement le français, en toutes circonstances et pour toute occasion.

Accepter le contraire, c’est légitimer le dénigrement de ce que nous sommes et c’est porter nous-mêmes la croix sur laquelle on nous crucifie jour après jour dans tous les médias.

Un racisme ordinaire
4 mars 2012

À l’origine d’une manifestation hostile au français de la part de suprématistes anglophones ontariens, la fille du maire, qui ne peut se faire engager à l’hôpital parce qu’elle ne maîtrise pas le français. Plutôt que de simplement l’inciter à apprendre la langue de 28% de ses concitoyens, on en a fait une bataille rangée contre le bilinguisme et la « discrimination » (sic) faite aux anglophones unilingues. Encore une fois, le racisme anglophone dans toute sa splendeur !

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Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des ces anglophones. Plutôt que de reconnaître qu’une grande partie de la population parle français et d’accepter de s’ouvrir à cette réalité en offrant des services à cette minorité, on organise une manifestation, on veut couper les subventions à l’hôpital, on prend d’assaut l’hôtel de ville pour éliminer les droits des francophones.

Pour le plaisir de la chose, j’ai compilé certaines données comparant Cornwall, la ville de Montréal et la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.

Proportion des populations de langue maternelle anglaise et française, et taux de bilinguisme de celles-ci, Cornwall et Montréal, 2006
Cornwall Montréal (ville)* Montréal (RMR)
Langue maternelle anglaise 65% 13% 12%
Langue maternelle française 28% 53% 65%
Taux de bilinguisme des anglophones 27% 70%
Taux de bilinguisme des francophones 92% 48%
Source : Statistique Canada

*Je n’ai pas trouvé les données sur le taux de bilinguisme de chaque communauté linguistique dans la ville de Montréal ; celles-ci devraient être semblables à celles de la RMR, avec un bilinguisme probablement légèrement supérieur pour les francophones.

Qu’est-ce que nous apprend le tableau ci-haut ? Il nous apprend ceci : la minorité francophone de Cornwall est plus de deux fois plus importante que la minorité anglophone à la fois de Montréal et de la RMR de Montréal. Un peu moins d’un citoyen de Cornwall sur trois a le français comme langue maternelle. Malgré cela, seulement un anglophone sur quatre est bilingue. À l’inverse, dans la RMR de Montréal, seulement un citoyen sur sept a l’anglais comme langue maternelle, mais un francophone sur deux est bilingue.

Voyez-vous la différence ?

En clair, la majorité anglophone de Cornwall ne veut rien savoir du français. Elle n’a aucun intérêt à apprendre la langue d’un tiers de ses concitoyens. Et pourtant, alors que Cornwall n’offre presque aucun service en français – sinon ceux de son hôpital et quelques services municipaux – pour son 28% de population francophone, Montréal a bilinguisé l’ensemble de ses services et on demande le bilinguisme a n’importe quel commis de dépanneur, tout ceci pour une minorité de 12% de la population.

C’est le deux poids, deux mesures.

Cette manifestation des anglophones contre le bilinguisme ne devrait-elle pas nous forcer à nous questionner sur notre propre attitude ? Pourquoi nous, Québécois, devrions-nous servir notre minorité de 12% de la population en anglais quand des francophones, comme nous, sont systématiquement dénigrés même s’ils forment 28% de la population ? Pourquoi nous, Québécois, barbouillons-nous systématiquement d’anglais nos institutions, nos villes, nos commerces, pendant que les anglophones d’à côté méprisent les droits de leur minorité francophone ?

On aurait tort de croire qu’il s’agit bêtement d’un fait divers. Nous sommes plutôt témoins de l’expression de la fermeture et du racisme ordinaire qui anime la majorité anglophone canadienne. Cette majorité qui, de tout temps, a tout fait pour éradiquer le français, que ce soit au moyen de lois interdisant son apprentissage à l’école, de lois anti-bilinguisme ou de jeux de coulisse éliminant le pouvoir d’attraction de notre langue.

Alors que le français ne constitue pas la moindre menace pour la langue anglaise en Ontario, on veut quand même le réduire à une peau de chagrin, l’éliminer en douceur. Ici, au Québec, alors que notre langue recule, que le tout-anglais s’impose de plus en plus, on anglicise jusqu’à nos enfants de sixième année et on refuse de faire du français la langue normale et commune de notre nation.

Retour aux origines

Il serait bon de revenir à nos origines. Nous sommes devenus des Québécois, laissant tomber notre nationalité canadienne-française, parce que nous avons compris que la seule façon de survivre face au racisme canadien était de devenir majoritaires sur un territoire pour faire du français la seule langue normale de fonctionnement, comme l’anglais l’était partout ailleurs dans le pays.

Pendant plusieurs décennies, un équilibre précaire s’est établi, alors que les attaques répétées contre le français en-dehors du Québec ont été contre-balancées par l’affirmation de plus en plus forte du français en tant que seule langue commune et nationale des Québécois.

Aujourd’hui, cet équilibre n’existe plus. Les attaques contre les francophones hors-Québec sont devenues tellement quotidiennes et normales que ceux-ci ont de la difficulté à maintenir des services minimaux. Parallèlement, le Québec s’anglicise tellement rapidement qu’il devient possible de vivre une vie entière en anglais chez nous.

Voilà pourquoi je remercie ces manifestants racistes. Je les remercie chaleureusement. Leur haine et leur mépris des francophones contribue à nous rappeler ce que nous avons à attendre du Canada et ce qui arrive au bilinguisme dès que la langue minoritaire devient assez faible pour qu’on passe outre celle-ci.

Je leur dis également merci parce qu’ils nous rappellent que le combat pour assurer la primauté de notre langue au Québec est juste, et que si le 28% de francophones de Cornwall n’a droit qu’à des pinottes en matière de services, il serait grand temps pour nous de réviser à la baisse ceux de notre 12% d’anglophones de la région de Montréal.

Tiens, on pourrait commencer par mettre la hache dans McGill et Concordia, qui se partagent 42% du financement universitaire de la RMR, pour une population anglophone de 12% et une population anglophone historique (née au Québec) de moins de 9%.

Ah, mais non… Nous aurions tous les anglophones et anglomanes de service sur notre dos à crier à la discrimination. Comprenez bien : quand on élimine les services en français de la minorité francophone canadienne, c’est bien. Quand on veut mettre fin au sur-financement des services en anglais de la minorité anglophone québécoise, c’est mal.

Il serait peut-être temps de relever la tête, ne croyez-vous pas ?

Le racisme ordinaire, ça commence également dans nos têtes, à croire que l’anglais nous est obligatoire pendant que le français ne l’est pas pour nos voisins canadiens.

Citoyens 2 – Extrémistes anglophones 0
16 octobre 2011

Nous étions plus d’une trentaine au meilleur de la manifestation. Eux, trois. Je ne croyais pas que les suprématistes anglophones pouvaient davantage se faire ridiculiser qu’ils l’avaient été à la dernière manifestation de leur groupuscule haineux, mais c’est pourtant ce qui s’est produit. Plus humiliant encore pour eux, la police les a forcés à changer de côté de rue afin de ne pas nuire à notre manifestation et de nombreux citoyens les ont engueulés. Et nous, on a fait la promotion de nos idées. Ce qui était EXACTEMENT le but recherché.

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Ce qui avait commencé, il y a quelques mois, comme un regroupement informel de citoyens opposés à l’intolérance d’une minorité d’extrémistes dirigés par Hugo Shebbeare, se transforme inlassablement en force citoyenne pour le français. Nous avons un seul point commun, pour beaucoup: le désir de protéger notre langue. Nous ne faisons pas de politique, nous ne voulons rien savoir des chicanes entre mouvements ou groupuscules. Nous ne sommes pas nécessairement des mêmes horizons, mais nous sommes unis pour une cause: la promotion et la valorisation de la langue commune des Québécois.

Certains se sont moqués de nos projets. Au début, gentiment. Puis, après notre succès du mois d’août, un peu plus agressivement. Des membres très en vue du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), dont Carl Contant, chef du RRQ-Lanaudière, nous ont insultés, nous ont traîné dans la boue et ont même menacé une des personnes ayant participé à l’organisation de la manifestation. Ils ont fait des pressions pour empêcher qu’une organisation très connue pour son implication dans le mouvement ne se joigne à nous, alors qu’elle avait démontré son intérêt. Leur argument était que nous nuisions au « mouvement » en donnant de la visibilité à aux extrémistes anglophones, mais la seule organisation qui a réussi à perdre de la crédibilité dans cette histoire, c’est le RRQ.

Nous avons prouvé l’utilité de notre action. Non seulement des membres du RRQ étaient-ils parmi nous, mais c’est notre discours, nos arguments, notre point de vue qui ont volé la vedette. Nous avions des pancartes dénonçant le sur-financement des institutions de langue anglaise, nous avions des dépliants faisant état de nos revendications et nous avons fait remplir près de cinq pages de signatures pour la pétition en faveur d’une Loi 101 plus forte. Nous avons même convaincu des anglophones non seulement de reconnaître l’importance de la Loi 101, mais également de signer la pétition pour son renforcement! Toute l’attention était sur nous, un groupe de citoyens de tous les âges et des deux sexes, pendant que les trois extrémistes anglophones – tous blancs et tous à peu près du même âge – n’ont réussit qu’à rendre nos idées encore plus désirables aux yeux des passants.

Avec notre mégaphone, nous avons crié, bien fort: « Nous demandons la fin du sur-financement des institutions de langue anglaise. Les anglophones de souche forment 6% de la population et il est injuste qu’ils reçoivent près de 30% du financement pour leurs universités! » Plusieurs citoyens se sont arrêtés, ont lu nos pancartes, et nous ont questionnés à propos de ce déséquilibre du financement. Le fait d’avoir tenu cette manifestation en face d’un des pavillons les plus luxueux de la Concordia University rendait notre argumentaire encore plus convaincant, alors que nous avions simplement à parler du désastre de l’Îlot Voyageur à l’UQÀM pour illustrer notre propos.

D’un point de vue plus personnel, j’ai eu l’occasion de discuter avec un policier qui m’a expliqué que le fait que Hugo Shebbeare m’ait crié directement dans le visage avec son mégaphone le 26 août dernier pouvait constituer une voie de faits. Nous avons donc évité de lui faire la même chose et le policier lui a demandé de changer de coin de rue et de mettre fin à son harcèlement contre nous. Il va sans dire que j’étudie mes options d’un point de vue légal. Je ne cherche pas à suivre cette voie, mais si Shebbeare continue de me harceler ou de harceler mes compatriotes avec ses plaintes abusives, il est possible que je dépose une plainte contre lui; j’ai de nombreux témoins. Je lui suggère de se tenir tranquille et de faire valoir ses idées dans le respect de la loi.

Cette manifestation fut une grande réussite. Nous avons prouvé, encore une fois, que les Québécois rejettent les suprématistes et ceux qui veulent détruire notre paix sociale en abolissant notre loi la plus chère. Nous avons agi comme des citoyens, sans logo d’organisation, sans support logistique, mais avec la gracieuse offre de sécurité de la MPQ. Nous avons également prouvé que nous étions au-dessus des bas jeux politiques d’organisations ne pouvant accepter qu’une initiative citoyenne s’organise en-dehors de ses rangs.

Nous étions présents pour la cause du français, simplement, en notre nom.

Des Québécois DEBOUT!

Si la tendance se maintient, il devrait s’agir de la dernière manifestation de ce groupuscule haineux. Le 17 avril, ils étaient 13 manifestants, le 26 août, ils étaient 7, et aujourd’hui ils étaient 3. Un individu normal, à ce stade, comprendrait que personne ne partage ses folles idées.

Ceci dit, nous serons prêts pour une prochaine ronde et nous remercions chaleureusement Hugo Shebbeare de nous donner l’occasion de conscientiser les Québécois et de leur rappeler que, près de trente-cinq ans après l’adoption de la Loi 101, existe toujours une minorité de Rhodésiens incapable d’accepter notre existence et dont le rêve le plus fou est de nous voir disparaître.

À la prochaine fois!

Le complexe de la victime des anglophones du Québec (vidéo)
1 octobre 2011

Ça faisait déjà un moment que je voulais faire un court vidéo pour répondre à toute la désinformation et la manipulation proposées par une minorité de radicaux orangistes qui, parce qu’ils sont trop ignorants ou parce qu’ils nous haïssent volontairement, ignorent le fait que la Loi 101 leur offre davantage de privilèges qu’aucune autre loi ou aménagement dans le monde.

Oui, je sais, la vidéo n’est pas fameuse au niveau technique. Ce qui compte, c’est le propos. J’espère que ça vous plaît.

La FEUQ: une nuisance pour le Québec
13 septembre 2011

Dans un récent billet, je dénonçais l’anglicisation de la campagne Facebook de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). La FEUQ va encore plus loin maintenant avec un site internet entièrement en anglais, copie conforme de son site dans la langue nationale. Dans une véritable fuite vers l’avant, la FEUQ continue son approche clientéliste et assure ainsi l’échec de toute tentative de bloquer la hausse des frais de scolarité. Pire: si on adopte la mentalité et le discours de la FEUQ, on doit logiquement accepter une telle hausse. Je m’explique.

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En anglicisant sa campagne et son site web d’opposition à la hausse des frais de scolarité, la FÉUQ adopte une attitude de type « service à la clientèle », c’est-à-dire qu’elle considère l’étudiant non pas comme faisant partie d’une classe sociale étudiante elle-même faisant partie de la collectivité qu’est le Québec, mais plutôt comme un individu désolidarisé, isolé, auquel on doit offrir des « services » corporatifs. Dans le cas présent, ces services sont la langue anglaise, mais également la (tentative de) protection contre la hausse des frais de scolarité.

Ainsi, plutôt que de rappeler à l’étudiant de langue anglaise qu’il fait partie d’une collectivité québécoise ayant la langue française comme langue commune et que son sort individuel ne peut être détaché du désir COLLECTIF d’avoir une éducation aussi accessible que possible dans l’optique d’un enrichissement collectif de la nation québécoise, on le traite comme un client. Tu paies pour des services, tu obtiens des services. Et tant pis si ton anglicisation comporte un coût pour la collectivité.

Parallèlement, même l’argumentaire de la FEUQ est basé sur ce concept de clientélisme et de marchandisation de l’éducation. Dans sa conclusion, après quelques entourloupettes à la sauce « société du savoir » et autres charesteries, la FEUQ met clairement l’accent sur l’étudiant, sur son endettement, sur l’endettement de sa famille, sur son accès, etc. On effleure à peine le sujet des gains COLLECTIFS issus de l’éducation sinon pour parler du contribuable et de l’impôt qu’il peut payer. Quant à l’idée même qu’il puisse exister une nation dont l’éducation permettrait d’améliorer le bien-être intellectuel, on n’en souffle pas mot. Pour la FEUQ, la nation québécoise n’existe pas; seuls les étudiants – ses étudiants, ses clients – ont leur importance.

Les lecteurs de ce blogue savent que je suis en faveur de la gratuité scolaire. Ce désir qui est le mien d’assurer une éducation gratuite est basé sur la compréhension de l’enrichissement COLLECTIF issu d’une telle gratuité. Si je suivais la logique individualiste de la FEUQ, je ne pourrais pas m’opposer à la hausse des frais de scolarité. À partir du moment où on considère l’étudiant comme un client, à qui on s’adresse en anglais (et tant pis si les francophones seront minoritaires sur l’île de Montréal dans vingt ans, comme nous l’apprenait l’OQLF cette semaine), et pour lequel on se soucie strictement de « ses » frais, de « son » endettement, de « son » accessibilité, on légitime de facto le même genre de raisonnement clientéliste et individualiste chez n’importe qui d’autre au sein de la société.

Ainsi, moi, par exemple, payeur de taxes et d’impôts, je pourrais affirmer que je ne veux pas qu’on prenne « mon » argent et qu’on augmente ainsi « mon » endettement pour payer l’éducation des étudiants. Vous comprenez la logique? C’est simple: si les étudiants deviennent des clients devant jouir de services individualisés, moi, toi, vous, n’importe qui peut exiger le même traitement. Si on considère comme normal de mettre en danger la langue française au Québec en anglicisant les communications avec les étudiants du Québec, ou si on considère comme acceptable de considérer avant tout le problème de la hausse des frais de scolarité comme étant celui des étudiants eux-mêmes, pourquoi devrait-on éprouver la moindre solidarité pour cette cause? À la limite: « Qu’ils paient, ces étudiants! »

L’éducation et la langue sont des enjeux COLLECTIFS

En vérité, l’éducation et la langue sont des enjeux collectifs. On ne peut pas davantage adopter une approche individualiste pour l’un que pour l’autre. Ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante et ce sont des mesures collectives qui ont permis d’améliorer la situation du français dans les années soixante-dix.

Or, il n’y a pas de mesure collective sans limitation, même marginale, des libertés individuelles. Pour améliorer l’accessibilité aux études dans les années soixante, on a limité la liberté individuelle des collèges de charger le prix qu’ils voulaient. Pour améliorer la situation du français, on a limité la liberté individuelle d’avoir accès aux études en anglais au primaire et au secondaire. Il en est de même pour quantité d’autres aspects de notre vivre-ensemble: nommez-moi un gain collectif issu d’une loi ou d’une règle et je vous parlerai d’une liberté individuelle bafouée. Même quand on m’oblige à arrêter au feu rouge on limite ma liberté individuelle de ne pas le faire.

C’est ainsi que fonctionne une société. On limite légèrement et équitablement la liberté des individus pour augmenter la liberté de la collectivité. On paie des impôts élevés pour payer les frais de scolarité des étudiants et en échange on s’enrichit collectivement. On s’adresse aux étudiants en français et en échange on favorise leur intégration dans la langue commune et officielle du Québec.

La FEUQ, en tournant le dos aux enjeux collectifs et en transformant son discours en verbiage de spécialistes du service à la clientèle, nuit ainsi non seulement à la cause des frais de scolarité des étudiants, mais également à notre capacité collective à assurer la survie de notre langue nationale à Montréal et au Québec. Plutôt que de se mettre à genoux devant une minorité anglophone historique formant 5,6% de la population du Québec, la FEUQ ferait mieux de se battre pour que cette minorité cesse de recevoir 29,3% du financement pour ses institutions universitaires et que l’argent soit réinvesti pour les institutions profitant à l’ensemble de la société québécoise et ne servant pas principalement de tremplin vers les États-Unis ou le Canada.

En se désolidarisant des enjeux collectifs nécessaires à notre mieux-être, la FEUQ perd toute crédibilité pour parler au nom des étudiants et elle façonne elle-même le retentissant échec qu’aura sa campagne à faire reculer le gouvernement.

Quand on s’adresse aux individus plutôt qu’à la collectivité, on obtient des réponses individuelles plutôt que collectives.

La FEUQ veut aider les étudiants-individus; elle est devenue une nuisance pour le Québec-nation.

Le poids réel de la « minorité » historique anglaise
12 août 2010

Nous ne sommes pas des sauvages. Les anglophones font leur possible pour éliminer la présence française en Amérique du Nord, eux qui ont interdit tout enseignement français dans la plupart des provinces canadiennes pendant près d’un siècle, mais nous confirmons des droits à la « minorité anglaise historique » du Québec. Que ce soit en santé ou en éducation, nous sommes fiers – peut-être trop fiers – de leur offrir de généreux services dans leur langue. Mais quel est le poids réel de cette minorité historique? À quelle hauteur devrions-nous financer leurs institutions?

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J’ai souvent parlé, dans de nombreux billets, du fait que nous sur-financions les institutions anglophones. Me basant sur la simple observation qu’il y a 8,2% d’anglophones de langue maternelle au Québec, j’en concluais que les institutions anglophones étaient sur-financées. La situation est pire que cela.

En fait, c’est Pierre Serré qui m’a mis la puce à l’oreille, alors que je lui demandais une analyse critique d’un mémoire que je rédigeais pour la prochaine consultation sur la loi 103. Le chiffre 8,2% ne représente PAS la minorité historique anglophone du Québec; il s’agit simplement de ceux qui ont la langue anglaise comme langue maternelle, que ce soit des immigrants, des gens nés dans d’autres provinces canadiennes ou des résidants permanents. Les anglophones « de souche » sont encore moins nombreux.

J’ai fait les calculs. Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. En répartissant au prorata les réponses multiples, et selon le recensement de 2006 – ce qui ne serait sûrement plus possible si Harper allait de l’avant avec ses attaques contre le questionnaire long – ils ne sont que 401 526 personnes sur une population totale de 7 435 902 citoyens. Un gros 5,4%, le voilà le poids de la minorité historique anglaise. (( Les données brutes sont ici.))

Or, cette minorité jouit d’un réseau anglais de cégeps et d’universités publics engouffrant respectivement 19% et 27% du financement total et d’un méga-hôpital engloutissant 45,4% (1,5 milliards de dollars contre 1,8 milliards pour l’hôpital francophone) des ressources consacrées aux méga-hôpitaux. Tout ça, oui, pour 5,4% de la population.  Le colonialisme continue.

Soyons cohérents!

Le Québec est français. Article premier de la Charte de la langue française. Nous consentons des accommodements à la minorité historique anglophone. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que nous leur donnons un financement juste et équitable en fonction de leur poids démographique mais que nous intégrons l’ensemble des autres citoyens à la société française constituant le cœur de cette nation. Si les anglophones « de souche » forment 5,4% de la population, cela signifie que 94,6% des citoyens doivent s’intégrer en français et que l’État doit faire tout son possible pour les y intégrer. Cela signifie que nous désirons intégrer les immigrants à l’école française et que tout citoyen n’appartenant pas à la minorité anglaise historique devra fréquenter des institutions lui permettant de s’intégrer en français.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Comment peut-on espérer intégrer près de 95% des citoyens du Québec en français alors que nos cégeps ne sont financés qu’à 81%, que nos universités ne le sont qu’à 73%, que notre méga-hôpital – dont la construction n’est même pas commencée – obtiendra à peine 54,5% du budget alloué pour les deux méga-hôpitaux? Ce sous-financement des institutions francophones ne peut qu’inciter davantage de citoyens à s’intégrer en anglais.

En fait, nous ne finançons plus seulement les institutions de la minorité anglophone historique, mais nous aidons l’intégration en anglais de tous les nouveaux arrivants, y compris ceux venant d’autres provinces, dont le nombre ne peut être sous-estimé. Sur un total de 291 040 citoyens étant nés dans une autre province canadienne, 37,4%, soit 108 992, ont l’anglais comme langue maternelle. Ces gens-là, plutôt que de les intégrer en français, nous leur donnons des services en anglais, dans leur langue maternelle. Nous sommes donc très loin de financer les institutions de la minorité historique; nous finançons plutôt les institutions de la majorité canadienne sur notre territoire; nous nous privons de ressources qui auraient pu servir à assurer une meilleur intégration à la langue commune et nationale du Québec.

Le déséquilibre du financement des institutions doit être au cœur des enjeux

Le problème du déséquilibre du financement – le sur-financement des institutions anglophones et le sous-financement des institutions francophones – ne peut plus être ignoré. À un moment aussi critique que le nôtre, alors que le pourcentage de citoyens de langue maternelle française a glissé sous 80% au Québec et sous 50% à Montréal pour la première fois depuis qu’on tient de telles statistiques, nos descendants nous jugeront cruellement si nous n’avons pas le courage d’agir.

Affirmer que le Québec est français, que la langue française constitue la langue d’inclusion et d’intégration des nouveaux arrivants, c’est bien. Cesser de sur-financer des institutions anglophones pour 5,4% de la population, c’est beaucoup mieux.

Le jour où nous financerons équitablement, en fonction de leur poids démographique, les institutions anglophones, sera le jour où le français deviendra réellement la langue commune et d’inclusion des Québécois.

En attendant, on pourra quantifier notre recul en silence. Jusqu’à ce qu’un gouvernement borné nous enlève ce dernier droit et nous empêche d’avoir accès jusqu’aux statistiques faisant état de notre déclin.

De toute façon, ces gens-là, ils n’ont pas été à l’UQAM ou à l’UdM, n’est-ce pas?

Le colonialisme continue
4 juillet 2010

« Dès son tout jeune âge, le Québécois apprend, souvent de ses parents mêmes, que sa langue maternelle est une langue déjà seconde, sans avenir, handicapée et même handicapante, et qu’il lui faudra coûte que coûte se mettre à l’anglais s’il veut se tailler une place sous le soleil boréal nord-américain. » C’est ce triste constat que dresse le professeur et chercheur Marc Chevrier à partir du film Les amours imaginaires du réalisateur Xavier Dolan. L’auteur, qui a également déjà publié une étude sur le sur-financement des universités anglophones du Québec, n’y va pas par quatre chemins: la domination séculaire des anglophones sur le Québec a entraîné la déréalisation du français et a permis à l’anglais de devenir, dans les faits, la seule langue normative au Québec.

Source de l’image

Pour appuyer sa thèse, Chevrier analyse des scènes courantes du film de Dolan. Pourquoi ce film? Parce qu’il est candide, qu’il représente librement la société québécoise. Parce qu’on y voit une photographie en temps réel du Québec d’aujourd’hui. Et ce Québec, c’est celui d’une population qui enfile le français comme une seconde paire de bas et qui conçoit déjà le monde qui l’entoure dans une langue étrangère.

Voici quelques-uns des exemples de déréalisation notés par Chevrier:

1- Le vocatif : « Eh Gang ! » (dans le parler adolescent) ou « man », on sollicite l’attention de ses amis par un appel en anglais, plus marquant, plus viscéral que le français. On entend aussi souvent entre hommes : « Eh! Les boys! »; au Québec, la virilité ne parle pas français.

2- L’apostrophe d’étonnement : « Oh boy! », placé en début d’une phrase, pour indiquer l’imprévu, le choc avec le réel, le retour dans la réalité après avoir séjourné en français dans l’idéal ou la naïveté. C’est devenu une interjection courante dont usent animateurs de radio, journalistes et même les universitaires dans leurs communications officielles avec le pouvoir…. Nouvelle expression exclamative à la mode chez les jeunes : « Oh my God!» .

3- Le transfert de plan : comme les « by the way », « anyway » (d’après La Presse, le prochain film de Dolan s’appellera Lawrence anyways), « never mind » qui entrecoupent une phrase pour signifier le changement de plan dans le rapport au réel, pour passer à autre chose, orienter la conversation vers son point central ou la conclure.

4- L’emphase itérative: après avoir dit quelque chose en français, le Québécois redit exactement la même chose en anglais, pour se faire comprendre, insister sur son message et sa bonne réception ; « You know what I mean ? ».

5- L’attache affective, sexuelle ou filiale : comme le fameux « chum » ou le « fuck friend » mieux à même de dire la « chose » que le français ; les jeunes parents Québécois se plaisent maintenant à nommer leurs enfants « kids » : j’ai trois kids. Les prénoms anglais sont aussi monnaie courante, surtout chez les garçons : William (prénom le plus populaire en 2007), Anthony, Jeremy, Dylan, Kevin, Steve….

6- L’expression de la colère ou de la frustration: les gros mots empruntés à l’anglais (fuck, shit) ont souvent plus d’effets que les anciens jurons blasphématoires (tabarnak, chriss) utilisés par les Québécois, en réaction contre l’emprise de l’église catholique.

7- L’expression du plaisir vrai : c’est « l’fun » ou c’est « cool » dit-on pour exprimer le plaisir que l’on trouve dans une occasion ou une activité.

8- L’accord phatique : le Québécois n’emploie pas le français pour exprimer son accord ou signifier qu’il écoute le propos de son interlocuteur. Il dit « o.k. » et plutôt que « d’accord » ou « entendu ».

9- Le renchérissement positif : dans certaines circonstances, souvent après une victoire, l’exaucement d’un souhait, le Québécois dit « Yes ! » ou « Yes Sir ! » en haussant la voix. L’anglais a plus de résonance pour annoncer un triomphe, la joie ou une grande satisfaction.

10- Le superlatif : l’anglais peut exprimer à lui seul le superlatif, comme dans l’expression « être en shape », qui fait plu s convaincant qu’être simplement en forme…

Les expressions peuvent varier dans le temps; quand j’étais jeune, on disait « hey man », mais aujourd’hui le « hey dude » semble avoir la cote. On disait également qu’une situation était « cool », alors que les jeunes d’aujourd’hui parleraient sûrement de « chill ». Les expressions changent, évoluent, mais une tendance demeure: elles sont toujours en anglais.

Pourquoi? Chevrier le dit dans son premier exemple: au Québec, la virilité ne parle pas français. Des siècles de colonialisme ont transformé la langue des Québécois en une sous-langue, qu’on parle en cachette, entre nous, pendant que la langue dominante était associée à la réussite sociale, au pouvoir, à la liberté individuelle. Parler français, d’accord, mais pas question de réellement « vivre » la langue; quand on vit une émotion extrême, quand on manifeste sa joie, quand on partage une franche camaraderie, c’est en anglais que ça se passe. On a intériorisé cette domination et il s’agit peut-être de la pire des violences qu’on a pu nous faire.

Une Loi 101 insuffisante

Le problème fondamental avec cette infériorisation acquise des francophones, c’est qu’elle ne peut se réparer par une seule loi. Personne ne peut contester les bienfaits de la Loi 101; sans la Charte de la langue française, et malgré ses nombreuses modifications qui l’ont affaiblie, il ne fait aucun doute que la situation du français serait pire qu’elle l’est présentement. Ceci dit, à de nombreux niveaux, la Loi 101 n’a fait qu’ajouter une couche de vernis sur du bois pourri depuis l’intérieur. On se donne une apparence française, on affiche en français, on parle français, mais on pense toujours en anglais, on se considère toujours d’une manière anglaise et on demeure résolument déconnecté de nos racines françaises.

Demandez à nos jeunes ce qu’ils savent de leur propre langue, de leur propre culture. Connaissent-ils les grands auteurs français? Ont-ils lu les classiques? Sont-ils seulement en mesure d’écrire correctement, sans faire une faute à tous les trois mots? Poser la question, c’est déjà souffrir de la réponse. Nos jeunes ne savent rien non pas parce qu’ils sont idiots, mais parce que même le système d’éducation a transformé le français en une langue utilitaire, facultative, qu’on peut massacrer à souhait. Ils ne savent pas bien écrire le français parce qu’ils ont compris, intérieurement, que la maîtrise de cette langue n’était pas nécessaire dans leur vie. Ils acceptent intuitivement l’idée que le français ne constitue qu’un voeu pieux qu’on agite au vent comme un drapeau avant de le laisser s’envoler à la moindre bourrasque de vent. Ils se résignent à la perception d’une langue inférieure et l’éducation publique renforce cette démission d’eux-mêmes.

Renforcer la Loi 101 en l’appliquant au cégep est inévitable. C’est une question de vie ou de mort. Ceci dit, il ne s’agit que d’une solution parmi d’autres. Il s’agit peut-être, en fait, de la solution la plus facile et la moins efficace. Un enduit supplémentaire sur la poutre qui nous soutient de plus en plus difficilement.

Ce qu’il faut, la seule façon de réellement protéger le français au Québec, consiste à s’attaquer jusqu’à la source de ce sentiment d’infériorité linguistique qui accable notre population et la rend si sensible aux sirènes d’une langue anglaise qu’elle a appris, intérieurement, à considérer comme la seule langue valable.

Cela passe non seulement par la fin du sur-financement des institutions anglophones – un sur-financement qui lance le message selon lequel l’anglais constituerait une langue supérieure au Québec – mais également par la création, à terme, d’un seul réseau d’éducation publique, entièrement en français (comme cela se fait dans les autres pays) de la maternelle à l’université. Il faut oser s’attaquer aux avantages indus d’une minorité anglophone qui, assis sur le poids de sa domination historique et actuelle, jouit d’écoles, d’hôpitaux et d’institutions sur-financées lui permettant de s’enraciner au sein de notre collectivité et d’angliciser nos jeunes.

Il est impératif, également, d’augmenter la sévérité des cours de français, d’histoire, et d’apprendre aux Québécois qu’ils ont un passé, un présent et un avenir collectifs et que leur langue, loin d’être une béquille devant se superposer à la pureté d’émotions se vivant en anglais, a le droit de s’exprimer partout, sur toutes les tribunes, et de permettre l’expression, en français, de toutes la gamme des sensations humaines.

Finalement, il faut permettre, plus que jamais, aux francophones d’avoir accès aux plus hautes sphères de la société. Ce n’est pas parce que les échanges commerciaux internationaux se passent souvent en anglais (quoi que d’autres langues y sont également présentes) qu’on doit imposer la connaissance de cette langue pour tous les emplois. Des traducteurs existent, et il n’est pas normal qu’un individu qui n’est pas directement en contact avec des personnes d’un pays anglophone (ou utilisant l’anglais dans ses communications) doive parler anglais. La langue commune et nationale, au Québec, est et doit demeurer le français.

Nous sommes en 2010, mais le colonialisme continue. Plus insidieux, mais tout aussi mortel.

Le jour où notre jeunesse exprimera ses plus vives passions en français, nous aurons peut-être gagné le droit de survivre encore quelques siècles. Le jour où nous aurons compris que nous ne serons jamais assez anglicisés pour ceux qui ne désirent que notre disparition, nous aurons peut-être mérité d’assurer notre survie définitive en Amérique du Nord.

En attendant, continuons le combat. Plantons fermement nos doigts dans cette terre d’Amérique et réclamons le droit d’exister.