Ignatieff n’a rien compris
22 décembre 2009

Michael Ignatieff affirme avoir compris le message. Après avoir promis, il y a quelques mois à peine, de défaire le gouvernement Harper à la première occasion, voilà qu’il promet aux Canadiens de ne pas défaire le gouvernement Harper en 2010. Il n’a vraiment rien compris.

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La politique, c’est un peu comme un mariage; on ne peut pas faire vœux d’éternité en pensant que la majorité des mariages se terminent par un divorce – même si c’est le cas. Il faut faire semblant d’y croire; il faut à tout le moins essayer de faire fonctionner le couple pour le mieux-être de chacun. Le parlement constitue cet espèce de mariage bizarre à plusieurs qu’ont choisi les Canadiens. On peut ne pas être d’accord, on peut considérer que ses adversaires politiques ne sont pas dignes – et Stephen Harper le prouve au quotidien – mais la population a demandé au mariage forcé de fonctionner. Le couple ne se sépare qu’après avoir tout essayé, et non pas parce qu’un des protagonistes croit pouvoir tirer un avantage matériel d’un divorce bien planifié. Voilà pourquoi la cote de popularité de Ignatieff a dramatiquement chuté lorsqu’il a annoncé son intention de défaire les Conservateurs: il n’a pas suivi le rythme normale de la cohabitation imposée par le vote des Canadiens.

Or, en affirmant qu’il allait ne pas les défaire au cours de l’année 2010, il commet exactement la même erreur, mais à l’inverse. Il tente encore une fois d’imposer un rythme non-naturel à la relation parlementaire. Il agit un peu comme agirait un homme ou une femme qui, dans un couple, affirmerait à l’autre que le couple pourrait être victime de la pire violence, des plus tragiques trahisons, des pires manigances, mais qu’il ne pourrait jamais se scinder. En d’autres mots: on donne carte blanche à ses adversaires et on déclare solennellement son incapacité à agir sur le réel en s’emprisonnant dans une relation pouvant se détériorer à chaque instant.

En fait, en agissant de la sorte, Ignatieff démontre non seulement son manque de flair politique, mais également son incapacité à suivre le rythme de la population. Obnubilé par ses propres intérêts quant à la possibilité de défaire ou non le gouvernement en fonction des sondages, il oublie l’intérêt des Canadiens qui ont voté pour lui. Bref, il se croit si clairvoyant, si intelligent, si supérieurement intellectuellement génial qu’il donne l’impression du marié planifiant son divorce en pleine lune de miel. Ses critiques le disent froid, cérébral, calculateur, mais en tentant de décider froidement du meilleur moment de déclencher ou non des élections, il le prouve.

Renverser un gouvernement – ou divorcer – implique d’avoir tout essayé pour éviter d’en arriver là et de conclure à l’existence de profondes divergences ne pouvant trouver de solution dans la cohabitation actuelle. Si Ignatieff passait un peu plus de temps à critiquer le bouffon qui nous sert de premier ministre et à expliquer en quoi un gouvernement libéral agirait différemment, bref s’il donnait l’impression que son parti et celui de Harper étaient réellement différents tant sur le fond que sur la forme, le moment de déclencher des élections viendrait par lui-même.

En s’improvisant grand alchimiste des désirs des Canadiens et en faisant passer les intérêts de son parti avant ceux des idées qu’il doit au moins faire semblant de défendre, il a réussi là où peu auraient cru le voir réussir il y a peu: faire pire que Stéphane Dion.

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Jacques Demers, sénateur ou homme de paille?
28 août 2009

Renversant. Je n’ai pas d’autres mots en tête pour qualifier la nouvelle de la nomination de Jacques Demers comme sénateur. Stephen Harper rit-il de nous?

Qu’on se comprenne bien: Jacques Demers est un individu d’une ténacité exceptionnelle, ayant atteint les plus hauts échelons du sport professionnel tout en étant analphabète. C’est également un homme très sympathique, que j’ai eu l’occasion de rencontrer en personne il y a quelques années et qui n’a pas hésité à me faire la conversation, moi qui n’était qu’un adolescent à cet âge. Un homme de coeur, un bon vivant, un exemple de persévérance. Un homme que j’admire.

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Or, être sénateur, il me semble, c’est bien plus que cela. Les sénateurs doivent approuver toutes les lois – et donc les lire. Ils améliorent ou amendent les projets de lois votés par les députés. Ils peuvent présenter des projets de lois. Ils peuvent organiser des enquêtes. Malgré le fait que leur rôle a été grandement amputé au fil des ans, celui-ci demeure bien réel et tangible: un sénateur, c’est bien autre chose qu’un vieil homme assis à ne rien faire sur un salaire de 135 000$ par année.

La question doit donc se poser de la manière la plus honnête possible: Jacques Demers peut-il être un bon sénateur s’il a de la difficulté à lire les manchettes du journal? Cruel questionnement, d’accord, mais tout à fait nécessaire. Et malgré les qualités de coeur de l’homme, la réponse saute tout de même aux yeux.

Par ailleurs, Stephen Harper ne manque pas de front avec cette nomination. Lui, qui en 2006 jurait qu’il allait rendre les sénateurs redevables devant les citoyens, n’a cessé de faire marche arrière depuis. À la veille de Noël, l’an dernier, il a nommé dix-huit nouveaux sénateurs. Dix-huit sénateurs redevables à Stephen Harper. Dix-huit individus ayant décroché le gros lot grâce à Stephen Harper. Tout comme Jacques Demers. Croyez-vous vraiment que ce dernier va dénoncer les Conservateurs si ceux-ci refont des coupures dans l’alphabétisation, comme en 2006? Il affirme vouloir défendre les plus démunis. Parions que cela se fera dans un cadre bien précis où il refusera de mordre la main de celui qui l’a nourri.

En fait, la véritable question devrait être la suivante: à quel jeu Harper joue-t-il? Essaie-t-il de démontrer par l’absurde l’inutilité du sénat, ou bien espère-t-il maladroitement de s’attirer les faveurs du petit peuple québécois à l’approche des élections en nommant un véritable homme de paille qui lui sera redevable? Une seule certitude: cette nomination dévalorise la fonction de sénateur et ridiculise un peu plus nos institutions. Elle nous rappelle également à quel point il est facile pour un politicien de renier ses promesses lorsque ses intérêts personnels sont en jeu.

Une éclatante victoire pour Jacques Demers, mais une défaite pour la légitimité de notre système démocratique. Ce n’est pas un nouveau sénateur avec des dents qui se présente aujourd’hui à la population, mais un sympathique homme de paille trop heureux de sa nouvelle situation et insuffisamment articulé pour s’opposer au gouvernement. Un homme admirable et près du peuple, peut-être, mais qui ne lui est aucunement redevable, merci à Stephen Harper.

Financement des partis: le (très) petit jeu de Stephen Harper
11 août 2009

Dans une dictature, on interdit simplement les partis politiques risquant de faire ombrage au pouvoir ou on assigne à résidence les opposants politiques. Nous – évidemment – sommes civilisés. C’est donc en coupant les subventions aux partis politiques que le Parti Conservateur espère affaiblir ses opposants. Steven Fletcher, ministre responsable de la Réforme démocratique, est catégorique: le Bloc québécois ne mérite pas d’argent. Cette affirmation surprenante suit celle non moins étonnante d’Andrew Stark, ancien conseiller de Brian Mulroney, qui affirmait la semaine dernière qu’il serait légitime de couper les vivres au Bloc afin d’en finir avec les gouvernements minoritaires.

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Or, que signifie le penchant des Canadiens pour des gouvernements minoritaires? Que le pays est divisé. L’Ouest à la morale grandiloquente et de droite, le Centre et les Maritimes un peu plus libéraux et centristes, le Québec franchement nationaliste et plus ou moins de centre-gauche. Divisé. Personne n’arrive à rallier tout le monde. Harper est incapable de satisfaire à la fois les intérêts du Québec et sa base militante. Ignatieff n’arrive pas à rallier l’ouest. Le Bloc tient sa forteresse et n’a d’autres ambitions que de la maintenir. Le pays est divisé parce que c’est ce qu’il est.

Les choses n’ont pas toujours été ainsi. Avant que Jean Chrétien, dans un ultime effort de laisser un héritage politique digne de ce nom, a décidé en 2002 de limiter à 5000$ le financement des individus et à 1000$ celui des personnes morales tout en allouant 1,75$ par vote (indexé à l’inflation), il a mis fin à une situation de fausse stabilité où les gouvernements majoritaires se succédaient sans pour autant satisfaire les électeurs. À l’époque, le Parti Libéral recevait plusieurs centaines de milliers de dollars à chaque élection de la part de grandes banques ou d’entreprises, alors que l’Alliance Canadienne, qui allait fusionner avec le Parti Progressiste-Conservateur, jouissait d’un large appui populaire et d’une base très militante. Chrétien a peut-être fait le plus grand coup de cochon politique de tous les temps à son successeur et ennemi de toujours, Paul Martin, en lui imposant une réforme pénalisant principalement le Parti Libéral du Canada (PLC). Le résultat? Sans l’argent des grandes entreprises et d’individus aux desseins douteux, il n’a plus été possible de camoufler la division idéologique profonde de ce pays.

Harper, trop content de jouir d’un avantage semblable, n’a pas hésité à renforcer la réforme en imposant un plafond généralisé à 1000$. Et pourquoi pas? Il profite d’une base militante de 50 000 à 100 000 personnes (contre à peine 25 000 pour le PLC). (( Le Droit, Actualités, mardi, 3 février 2009, p. 15, Financement des partis politiques, Les conservateurs établissent un record, De Grandpré, Hugo)) De plus, il jouit d’un système complexe de sollicitation téléphonique ciblant les intérêts de millions de Canadiens en fonction des enjeux du jour. « M. Harper, nous avons établi que telle région est sensible à tel sujet, donc si vous pouviez aborder ce sujet dans votre discours, nous allons leur téléphoner la semaine prochaine ». De l’étude de marché à la puissance dix.

Représenter l’ensemble de la population

Le problème, c’est qu’à trop considérer la politique comme un marché de valeurs et d’idées qu’on sectorise en fonction des comtés à prendre, on finit par perdre de vue sa finalité: représenter les intérêts de l’ensemble de la population. Et dans ce domaine (tout comme d’autres) le tout est plus grand que la somme des parties. Et ce tout, c’est le financement public des partis politiques qui le représente le mieux. Pas le financement obtenu par le découpage des intérêts d’une minorité susceptible de contribuer au parti.

En effet, dans un contexte de système parlementaire britannique où un parti comme le Parti Vert peut obtenir 940 297 votes aux élections fédérales de 2008 (6,8%) sans obtenir le moindre siège, seul le financement public par vote – 1,95$ aujourd’hui – permet de justifier de voter pour celui-ci. Pensez-y. Quel intérêt y aurait-il à voter pour un parti qui n’a aucune chance de gagner? Grâce à ce 1,95$, au moins vous l’encouragez. C’est un peu moins de 2 millions $ que le Parti Vert a pu obtenir grâce à ce financement. Deux millions $ qui serviront à promouvoir les politiques et les valeurs représentant ces 940 297 citoyens ayant fait confiance au parti. Couper cet apport, c’est inciter nombre de votants potentiels à rester à la maison le jour du vote, certains que leurs valeurs ne seront pas représentées de toute façon.

Si Harper réussit dans son projet d’éliminer ce financement public, nous serons le seul pays occidental à laisser les intérêts privés dicter le financement des partis politiques. En Angleterre, les partis d’opposition ayant fait élire au moins 2 députés ou un député avec 125 000 voix obtiennent un financement public. En Allemagne, le financement public s’élève à 1,3 Euro par voix jusqu’à cinq millions de votes et à 1 Euro par la suite. L’Espagne accorde un financement plafonné par circonscription dès qu’un parti obtient 4% des votes et chaque citoyen peut décider de consacrer 0,4% de ses impôts payés à cet effort. La France finance également les partis politiques et va encore plus loin en réglementant la déclaration du patrimoine des élus. (( Source )) En voulant couper les vivres aux partis politiques ne jouissant pas d’une armée de contributeurs « enmoralisés », le Parti Conservateur va à l’encontre de toutes les tendances actuelles.

À l’origine, la véritable cible constituait le PLC de Stéphane Dion. Endetté, criblé de dettes, le parti n’allait nulle part. Il n’aurait pas pu se permettre une campagne électorale et si la loi avait été adoptée, le parti se serait encore davantage appauvri. Calcul politique. Sauf que Harper n’avait pas prévu l’alliance avec le NPD et le Bloc et il s’en est fallu de peu pour que son gouvernement soit renversé, fin 2008.

Aujourd’hui, par contre, la situation a changé. Ignatieff renfloue les coffres du PLC et la véritable bataille se livrera contre le Bloc. Non pas que le PC fonde de grands espoirs sur le Québec en tant que tel, mais il espère qu’en étant celui qui serait arrivé à maîtriser le Bloc et à lui couper les vivres il pourrait jouir d’un appui renouvelé au sein de l’Ontario rurale, plus réfractaire au Québec. Un autre calcul politique. En réduisant le pouvoir d’influence du Bloc, il espère reprendre le contrôle de quelques comtés dans la belle province et pousser le PLC à se commettre en Ontario.

Harper, on le constate, est un fin stratège. En fait, il est peut-être trop bon pour son jeu. Tel un enfant si compétitif qu’il se retrouve seul sans personne pour jouer avec lui après avoir cassé la figure à tous ceux qui s’étaient opposés à son pouvoir, il se bombe le torse, seul, en haut de la butte de ses idéaux. Le roi de la montagne. Tellement obnubilé par le très petit jeu politique qu’il oublie qu’il joue avec nos espoirs, nos valeurs et notre futur.

En sacrifiant le financement public des partis politiques à son désir d’éliminer ses adversaires politiques, Harper espère gagner à un jeu où il n’y aura qu’une seule grande perdante: la démocratie.

Afghanistan: le désaveu de Harper
3 mars 2009

Sacré Harper! Juste comme on a l’impression qu’il ne peut pas se mettre davantage les pieds dans la bouche, il récidive en affirmant que « nous ne vaincrons jamais l’insurrection » en Afghanistan. Ces propos lucides, mais ô combien surprenants de sa part, tenus dans une émission de télévision aux États-Unis, ne devraient pas nous inquiéter. Ce qui préoccupe, par contre, c’est qu’ils soient tenus après plus de sept ans d’efforts militaires, une centaines de soldats tués et 18 milliards $ de notre argent gaspillé dans ce gouffre de la bêtise humaine.

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(suite…)

Le capitaine Harper coule avec son bateau
8 octobre 2008

Je ne me souviens pas d’avoir assisté à une fin de campagne électorale aussi excitante. Alors qu’il y a quelques semaines à peine on annonçait la victoire facile de Stephen Harper et de « son » Parti Conservateur, on entrevoit aujourd’hui la possibilité d’un gouvernement libéral minoritaire! Que s’est-il donc passé pour que M. Harper chute à ce point dans les sondages?

On pourrait parler de culture, de subventions coupées de la part de ministres incompétents ou même du réveil de la région de Québec qui semble (enfin) réaliser que d’envoyer des plantes vertes comme Josée Verner à un conseil des ministres ne garantit pas que soient adoptées des mesures en faveur de la région. Non. La vraie raison de la chute de Harper tient simplement au choix de sa stratégie de campagne.

En effet, celui-ci a pris tout un pari en lançant des élections dans un contexte économique mondial aussi instable. Il a misé, puis il est en train de tout perdre. Sa stratégie était d’avoir l’air d’un bon gouvernement, d’incarner la stabilité, de jouer le bon père de famille au-dessus de la mêlée. Il n’a même pas jugé bon imprimer un programme électoral, se contentant de rendre publique une ridicule brochure avec vingt-deux photos de lui-même une semaine avant le vote.

Mais ça aurait pu marché.

Sauf que la crise financière lui a fait perdre tout espoir d’un gouvernement majoritaire, et si la tendance se poursuit, il se retrouvera dans l’opposition. Car les gens ne veulent pas se faire dire d’acheter des actions pour faire des « aubaines » ni même que le Canada n’est pas menacé. Les Conservateurs ont pris l’habitude de prendre leurs électeurs pour des imbéciles, mais ceux-ci ne sont pas dupes: ils prennent actes des conséquences destructrices du laisser-faire économique et ils souhaitent un État qui agit, mais ce n’est pas la philosophie de Harper.

En fait, le courant ne passe plus entre Harper et la population. On assiste peut-être à une étrangeté politique, où un chef politique charismatique est en train de perdre ses moyens au profit d’un leader sans magnétisme mais qui utilise les mots que le peuple désire entendre. Dion a eu l’air de prêcher dans le désert pendant des semaines, se cherchant un nouveau thème à chaque semaine, mais il a ajusté son discours rapidement pour prendre en considération la détérioration de la situation.

Harper, au contraire, est demeuré stoïque devant l’écrasement des bourses et l’effondrement du système financier états-unien, et si sa fermeté a toujours été perçue comme une force face aux tergiversations des autres partis, il apparaît maintenant qu’il n’a pas les outils nécessaires pour réagir à cette situation externe.

Désormais, Harper est tout à fait cuit. S’il continue à ne rien faire, il perdra simplement ses élections au profit d’une opposition beaucoup plus rapide et intelligente dans ses réactions. Et s’il réagit, il aura l’air désespéré et il devra dire adieu à son aura d’immuabilité qui était à la base d’une grande partie de son capital de sympathie. Et il ne pourra jamais expliquer son absence de programme et de solutions pendant 30 jours de campagne électorale. Agir, ce serait admettre qu’il est en perte de vitesse et que ces vieilles bagnoles vertes dont il se moquait sont en train de le doubler. Proposer quelque chose (n’importe quoi) ébranlerait son image d’invulnérabilité qu’il s’est efforcé de bâtir au fil des ans, et ça ne ferait que renforcer l’impression de souplesse, de flexibilité et de prévoyance de ses adversaires.

En conséquence, je crois que Harper risque de finir comme le capitaine du Titanic: inébranlable, au garde-à-vous pendant que la mer agitée avale le bâtiment qui s’était cru trop rapide et trop puissant pour même prendre note de ce qui pouvait s’agiter sous la surface des flots. Quand la nuit se souille d’encre et que de dangereux icebergs percent la plaine liquide, a-t-on réellement besoin d’un commandant qui pousse les machines à fond en répétant que tout va bien?

Villes et régions, même combat!
4 octobre 2008

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

Au chevet de l’idéologie du mérite
30 septembre 2008

Le rejet par les deux partis (de droite) de la chambre des représentants étatsunienne du plan de sauvetage de 700 milliards $ m’inspire une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie. Peut-on réellement s’en passer? Et doit-on seulement aider les plus méritants?

En effet, ça fait (faisait?) des années qu’on nous servait le même discours néolibéral clamant qu’on devait laisser les forces du marché agir et que tout s’équilibrerait en douceur. Cette vieille idée de la main invisible du marché où l’addition des besoins de chacun donnerait un mieux-être collectif. Sauf qu’on le constate, sans modération le capitalisme à l’extrême s’auto-détruit.

À mes yeux, il y a un parallèle entre l’aide proposée aux grandes entreprises menacées de faillite et les subventions aux artistes abolies par Stephen Harper, de même qu’avec l’aide sociale consentie aux plus démunis. Dans tous ces cas, s’il y a consensus sur le fait que théoriquement on ne devrait pas aider quelqu’un qui n’a pas « mérité » l’aide, on réalise que les conséquences d’une absence d’aide seraient bien pire.

  1. Si on n’aide pas les entreprises menacées de faillite. Celles-ci feront faillite, entraînant vers le bas toute la confiance de consommateurs délaissant le marché, retirant leurs avoirs, et plongeant le pays, voire l’économie mondiale, en récession, ou en crise.
  2. Si on coupe les subventions aux artistes. Nous perdrons notre capacité à nous projeter dans le monde; nous nous ferons avaler tout rond par la culture étatsunienne, et nous perdrons les milliards $ découlant de l’industrie culturelle.
  3. Si on coupe l’aide sociale. Les gens devront voler pour se nourrir (puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous), l’insécurité augmentera, la violence aussi, l’itinérance, et même les plus riches y perdront au change, devant s’isoler derrière de coûteux systèmes de surveillance et de sécurité pour se protéger des plus pauvres.

Aujourd’hui, quand je regardais ce vote, où ce sont principalement les Républicains qui se sont opposés, je me suis rendu compte à quel point cette idéologie du mérite est pernicieuse. On oublie que tout est inter-relié. On oublie que ce ne sont pas les riches banquiers de Wall Street qui ont fait des milliards, mais que c’est nous (ou le citoyen américain) qui avons accepté que de telles personnes puissent s’enrichir d’une manière aussi honteuse. Nous sommes à blâmer pour avoir élu des gouvernements de droite depuis plus de vingt ans et qui ne font pas de la nécessaire redistribution de la richesse une priorité. Et nous sommes aussi à blâmer quand nous lisons des journaux qui font de la propagande contre toute forme de redistribution de la richesse et contre n’importe quel parti osant proposer des solutions concrètes aux problèmes actuels.

Au cours des derniers dix ans, nous avons fait la sourde oreille à tous ceux qui ont signifié l’importance du rôle de l’État dans l’économie. Nous avons préféré lire les Pratte, Roy, Dubuc et autres pantins du néolibéralisme travaillant pour le compte de Power Corporation nous vanter les mérites du libre-marché et qualifier n’importe quelle alternative de « passéiste ».

Et bien, nous y voici au résultat. C’est l’heure des comptes. Et encore une fois, on a la preuve irréfutable que le marché n’est pas omnipotent, qu’il ne peut pas tout régler, et que la redistribution de la richesse par l’État et l’aide aux moins fortunés est un mal nécessaire, indispensable.

Les Représentants ont refusé de sauver leur système financier. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient dû admettre que l’État a un rôle à jouer et qu’il faut aussi prendre du riche pour donner au pauvre ou au nécessiteux. Il aurait fullu accepter d’imposer davantage la richesse et augmenter les impôts de ceux qui gagnent beaucoup plus que ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Et ça, au pays de l’Oncle Sam, c’est impensable.

Ici, heureusement, il y a de l’espoir. Nous sommes moins radicaux, et il existe un parti social-démocrate, le NPD, qui propose justement cela: modérer le capitalisme, dompter ce cheval sauvage qui, si puissant peut-il être, a tout de même la capacité de plonger dans le ravin sans l’organisation et la structuration de l’État.

Au-delà du mérite, il y a la nécessité d’organiser une société qui fonctionne. Et le capitalisme sans garde-fous n’a jamais fonctionné. Et cette idéologie d’un État minimal réfractaire au partage de la richesse, telle que proposée par les Conservateurs, a été un échec, est un échec, et sera encore un échec demain.

Il est temps de penser au futur et de comprendre que la société est un tout, et qu’on ne peut pas plus ignorer la douleur d’une de ses parties qu’on peut s’arracher un bras et croire que la force des autres membres pourra compenser cette perte.

Harper à la défense du « consumateur »
28 septembre 2008

C’est la blague de la semaine: Stephen Harper qui prétend vouloir jouer le rôle de défenseur du consommateur. Mais où était-il depuis deux ans, alors que les prix de l’essence à la pompe augmentaient drastiquement pendant que les compagnies pétrolières canadiennes faisaient des profits records, quasi-indécents?

Voici le bénéfice net des principales compagnies pétrolières canadiennes pour 2007 (en millions de dollars).

EnCana Corp 4251
Husky Energy Inc 3214
Imperial Oil Ltd 3188
Suncor Energy Inc 2832
Petro-Canada 2733
Canadian Natural Resources Ltd 2608
Talisman Energy Inc 2078
TransCanada Corp 1223
Nexen Inc 1086
Enbridge Inc 707

Mais qu’a donc fait M. Harper, cet ex-employé de la Imperial Oil, pour soulager le consommateur et empêcher qu’une telle appropriation de la richesse collective par une minorité ne mine notre croissance économique et appauvrisse la classe moyenne? Rien. En fait, pire que rien.

En effet, lors de l’énoncé budgétaire de Jim Flaherty, le 31 octobre 2007, le Parti Conservateur a fait baisser le taux d’imposition des plus grosses compagnies de 22% à 15%, privant ainsi le gouvernement de plusieurs dizaines de milliards $ (jusqu’à 50 milliards, selon le NPD). Et ça, c’était moins d’un an et demi après avoir tenté de nommer Gwyn Morgan, ancien président de la société EnCana, à la tête de sa nouvelle commission des nominations (heureusement, cette nomination a été bloquée par les partis d’opposition… aurions-nous eu cette chance avec un gouvernement conservateur majoritaire?) Un mois et demi plus tard, Harper remettait ça, en faisant un cadeau de 150 millions $ à Encana, en lui remettant les frais de douanes pour sa nouvelle plate-forme pétrolière.

Il faudrait peut-être inventer un néologisme pour qualifier l’attitude de M. Harper. Pourquoi ne pas le qualifier de protecteur du « consumateur »? Les citoyens voient leur paie se consumer, partir en fumée à chaque visite à la pompe, mais heureusement, M. Harper est là pour protéger ceux qui sont responsables de cette escroquerie. Un peu comme si on appelait la police pour se plaindre d’un vol et que celle-ci se contentait de superviser les voleurs tout en leur disant « vous êtes méchants » au même moment où elle encaisse un petit brun dès qu’on a le dos tourné. La belle affaire…

En fait, au Parti Conservateur, on aime s’attaquer aux dangereux voleurs. Tiens, par exemple, ces artistes, dont le salaire moyen est de 23 500$ par année et qui osent réclamer des subventions pour contribuer à la vivacité culturelle et économique du pays. Ce sont eux les voleurs selon Harper. Pas Randall K. Eresman, président de Encana, qui gagne 3,8 millions par année. Ni même C. S. Lau, président de Husky Energy, qui se tape un 5,5 millions annuellement. Et encore moins Richard L. George, de Suncor Energy, qui reçoit 2,9 millions par an. Surtout pas Tim Hearn (Imperial Oil; 2,2 M), Ron A. Brenneman (Petro-Canada; 2,8 M), Steve W. Laut (Canadian Natural Resources; 1,1 M), Harold N. Kvisle (TransCanada Corp.; 2,7 M), Charlie Fischer (Nexen Inc.; 1,3 M) ou Patrick D. Daniel (Enbridge; 2,7 M). Non, non, non. Eux, ce sont des entrepreneurs. C’est à dire qu’ils crossent le monde mais qu’on doit récompenser leur ingéniosité à crosser le monde. On doit admirer leur talent à s’offrir un premier ministre clef-en-main qui les aide à augmenter leurs profits tout en s’assurant qu’ils pourront continuer à voler la population.

Pourtant, eux aussi ont reçu des subventions par le passé. Même si le Parti Conservateur est le pire, les précédents gouvernements (dont ceux du Parti Libéral, à peine moins à droite que le Parti Conservateur sur le plan économique) n’ont pas été en reste. En fait, c’est près de 66 milliards de dollars en aide directe que le gouvernement fédéral a donné en subventions à l’industrie pétrolière albertaine depuis une trentaine d’années.

Excusez ma naïveté, mais normalement, une subvention doit rapporter, à quelque part. Ça n’a pas besoin d’être immédiat ou facilement calculable, mais on doit en avoir pour son argent. Et ce n’est pas le cas. On a financé l’industrie des sables bitumineux avec nos impôts, et aujourd’hui celle-ci s’en met plein les poches et le gouvernement albertain en tire une des redevances les plus faibles du monde. Et quel rabais à la pompe? Zéro. Niet. Que le pétrole vienne du bout du monde ou de Saskatchewan, on n’y voit absolument aucune différence.

Mais pendant ce temps, on s’en prend aux artistes, eux qui créent quelque chose dont nous sommes fiers, ces hérauts modernes de notre culture et de notre langue. On s’en prend aux syndiqués, à la classe moyenne, aux plus pauvres, aux jeunes, aux homosexuels… C’est tellement plus facile de s’en prendre aux plus faibles, ceux qui n’ont pas de puissantes compagnies pour les protéger et qui n’ont pas les moyens « d’oublier » des enveloppes dans le bureau de responsables du Parti Conservateur…

Et vous voulez ce gouvernement-là majoritaire pour les prochains quatre ans?

Que j’en vois pas un se plaindre du prix de l’essence. Pas un!

Criminalité: et pourquoi pas la peine de mort?
26 septembre 2008

Les Conservateurs manquent de cohérence. Ils prétendent vouloir diminuer le crime en utilisant la vieille recette de la répression, c’est-à-dire, tout simplement, en emprisonnant les criminels plus longtemps. Et peu importe si ce criminel a quatorze ans, vient d’une famille dysfonctionnelle et aurait davantage besoin de réhabilitation que de punition. Le problème, c’est qu’un jour le jeune adolescent ressortira de prison, plus fucké que jamais, plus dangereux, plus mêlé, plus violent, et fort de tous ses grades gagnés à l’université du crime.

Or, il me semble, les Conservateurs devraient tenir compte de cette sortie éventuelle de prison s’ils ne veulent pas simplement repousser de quelques dizaines d’années la violence étouffée d’une jeunesse qui a peut-être un peu trop reçu de coups de pied au cul et pas assez de câlins.

Ainsi, pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout? Si vraiment on veut empêcher qu’un tel individu se retrouve un jour en société et puisse être encore pire qu’à son entrée au pénitencier, il faut absolument imposer la peine de mort. Si vraiment on espère réduire la criminalité en emprisonnant les criminels (prochaine étape: réduire la pauvreté en emprisonnant les pauvres?) il faut s’assurer que ceux-ci ne causeront plus jamais de problème à quiconque et les exécuter. Et pas de n’importe quelle manière.

Non, non non. Car au Parti Conservateur on veut réduire la taille de l’État. Pas de niaisage, pas de fonctionnaires; on prend le jeune coupable de meurtre, et on l’attache à un mur et on laisse la population le lyncher à mort le soir-même. Ça ne coûte presque rien, c’est rapide, et le jeune ne reviendra jamais pour se venger. Efficace, propre.

Mais est-ce assez? On le sait, la justice est un peu trop molle, avec ses « sentences bonbons » que des juges un peu trop attendris donnent parfois. On devrait pouvoir court-circuiter la justice et se débarrasser du jeune criminel sans procès, dès qu’on a des doutes suffisants sur sa culpabilité. La police va le chercher, on le garde une nuit en prison, et on annonce son lynchage ou sa pendaison pour le lendemain. Et avant de le tuer, on lui offre la possibilité de s’excuser et de demander pardon à Dieu pour ses crimes.

(Ensuite, on ouvre les portes du château-fort et on laisse son corps aux chacals qui rôdent et qui font peur aux gueux et aux gueuses soumises au servage du Seigneur… Allo le Moyen-Âge!)

Sérieusement, qu’espère-t-on régler en envoyant des jeunes de quatorze ans en prison?

J’en connais une qui a commis un meurtre à cet âge. En fait, elle venait d’avoir quinze ans si ma mémoire est bonne. Elle était étrange, froide, distante. Sa mère venait d’avoir cinquante ans et celle-ci affirmait qu’elle était heureuse et qu’elle voulait mourir heureuse. Alors, la jeune adolescente est allée chercher la carabine familiale (allo le registre des armes à feu, en passant!) et a tiré sa mère à bout portant en pleine nuit.

Et bien, j’ai su ce qui était advenu d’elle par la suite. Je l’ai su parce que quelqu’un dans ma famille lui a donné un cours d’art quelques années plus tard. Elle a subi des thérapies, on l’a aidé, et par la suite elle a appris à mieux gérer ses émotions et à se servir notamment de l’art pour s’exprimer (cette maudite culture qui n’intéresse pas le monde ordinaire, selon M. Harper).

C’est ça, la réhabilitation. C’est le constat que le crime ne peut être réparé, le passé ne peut être changé, mais le futur peut l’être. Et qu’il vaut mieux donner tous les outils au criminel pour qu’il puisse obtenir une rédemption non pas par l’apprentissage à l’université du crime que sont les prisons, mais plutôt en devenant une meilleure personne, qui ne sera plus un danger pour la société.

Stephen Harper va frapper un mur avec ses mesures extrémistes. Plusieurs personnes qui, jusqu’ici, lui étaient fort sympathiques, semblent réaliser quelles seraient les conséquences d’un chèque en blanc aux Conservateurs.

Heureusement pour lui, celui-ci pourra toujours compter sur quelques châteaux-forts, surtout en Alberta, là où on espère toujours punir, réprimer, venger, et où on s’imagine le monde comme un lieu dangereux, hostile, mais où on n’a pas le courage politique de mener ses idées à leur terme et de demander l’application de la vieille loi du Talion. Oeil pour oeil, et tuons la jeunesse.

Faut que le sang coule. Faut se venger. Faut punir. Comme si ça allait changer quelque chose.

Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.