Sixième année bilingue: la SSJB doit agir!
1 mars 2011

Suite à la décision du gouvernement Charest d’angliciser la moitié de la sixième année du primaire, plusieurs, dont moi-même, attendaient impatiemment la réaction de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB). Quelle forme prendrait la dénonciation de cette mesure anglicisante? Un communiqué de presse? Un texte de Mario Beaulieu, président de l’organisme, sur le site de la SSJB? Une conférence de presse avec des linguistes, des professeurs, des spécialistes faisant état des dangers d’un bilinguisme généralisé et des risques d’assimilation dans un contexte d’extrême fragilité de la langue française? Rien de tout ça. La réaction se limita à une maigre remise en question du caractère obligatoire de la mesure, le tout accompagné d’un appui à l’enseignement de l’anglais intensif. La SSJB est-elle tombée sur la tête?

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Deux raisons expliquent la bizarrerie de cette réaction: la capitulation de l’organisme face au culte du bilinguisme et la peur de mener une lutte dont on ne peut espérer de gain à court terme.

La capitulation de la SSJB face au bilinguisme

Cette capitulation n’est pas nouvelle, mais elle n’a jamais été aussi clairement exprimée qu’en ce moment. Comme je l’écrivais l’automne dernier, Denis Trudel, le porte-parole du Mouvement Montréal français (MMF), une créature contrôlée directement du bureau du président de la SSJB, parlait du bilinguisme comme représentant le « mieux pour nos enfants », indiquait que l’anglais représentait « l’ouverture sur le monde » et que la lutte pour le français au Québec ne pourrait se faire au détriment de l’anglais. Un discours en tout point semblable à celui tenu par les détracteurs de la Loi 101 et du Québec français. Évidemment, on ne peut pas accuser Trudel d’être un adversaire du français – j’ai trop de respect pour lui pour même imaginer cela – mais en adoptant le discours de nos ennemis il donne du poids à ceux qui perçoivent l’unilinguisme français au Québec – à la base de tout notre aménagement linguistique et de tous les gains du français depuis les années soixante-dix – comme étant une tare qu’il conviendrait d’éliminer et les privilèges indus de la minorité anglophone comme un « patrimoine » à chérir.

Elle est loin l’époque où, en 1962, la SSJB déposait un mémoire à la Commission Parent réclamant l’unilinguisme français dans toutes les écoles publiques du Québec, à l’exception de celles de la minorité anglophone. La majeure partie des années soixante et soixante-dix fut d’ailleurs consacrée à la lutte contre les écoles bilingues, notamment lors de la crise des écoles de Saint-Léonard, et la SSJB a toujours participé activement à cette lutte contre un bilinguisme dont nous savions déjà qu’il ne pouvait conduire, s’il était généralisé, qu’à notre assimilation progressive, à l’image du destin des Canadiens-français.

La plate-forme de la SSJB et du MMF a beau faire une distinction entre « bilinguisme individuel » et « bilinguisme institutionnel », arguant que la Loi 101 ne s’opposait pas au premier, mais seulement au second, on se doit de poser la question quant à savoir si un trop fort bilinguisme personnel ne risque pas d’entraîner, à terme, un bilinguisme institutionnel. S’il est vrai que la Loi 101 ne s’opposait pas au bilinguisme individuel, on doit reconnaître que dans son esprit elle prônait la possibilité, pour les Québécois, de pouvoir réussir leur vie uniquement en français. Elle faisait la promotion d’une langue française suffisant à atteindre les plus hauts échelons sociaux, laissant à l’anglais le statut de langue étrangère comme d’autres, utile pour les voyages ou les échanges avec des pays anglo-saxons, mais ne devant aucunement être mise sur un pied d’égalité avec le français puisque, comme l’écrivait Joseph Hanse: « mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue ».

Or, à trop faire la promotion du bilinguisme individuel sous de faux prétextes, notamment celui de la forte présence anglophone sur ce continent – n’était-ce pas le cas en 1977? – nous sommes en train de creuser sous les fondations de l’édifice que nous avons construit. À terme, il risque d’y avoir un point de bascule où des Québécois, unanimement bilingues, deviendraient incapables d’inciter les immigrants à s’intégrer à la langue commune puisque ceux-ci, se faisant comprendre partout au Québec dans la langue de Shakespeare, ne verraient plus d’intérêt à apprendre une langue devenue non seulement locale, mais également facultative. Insidieusement, puisque le bilinguisme individuel se généraliserait et permettrait à l’unilinguisme anglophone de vivre et de prospérer sur notre territoire, on exigerait de plus en plus le bilinguisme institutionnel pour reconnaître une population anglophone en constante progression. Dit autrement: la différenciation « bilinguisme individiuel » et « bilinguisme institutionnel » tient, à terme, d’une schizophrénie.

Ceux qui ont un talent pour les langues devraient pouvoir apprendre les langues de leur choix, mais imposer l’anglais à tous, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.

L’impossibilité d’un gain immédiat

Par ailleurs, une autre raison explique la position de la SSJB et il s’agit de l’envers de la médaille d’une grande qualité de Mario Beaulieu: son pragmatisme. Beaulieu n’est pas un des plus grands présidents de la SSJB depuis des décennies pour rien: fort d’une grande expérience au PQ de Montréal-centre, il a su rallier des militants de diverses origines dans des luttes et des actions concrètes. Il n’est pas rare qu’il rassemble autour d’une même table des dizaines de personnes représentant autant d’organismes de la société civile.

Or, ce pragmatisme, cette capacité à se maintenir dans l’action, a forcément le défaut de négliger les combats qui sont plus dans le long terme, c’est-à-dire ceux dont on ne peut attendre un gain dans un avenir prévisible. Il s’agissait d’ailleurs d’un objet de discorde entre lui et moi lorsque je travaillais sous ses ordres: devant mon insistance pour qu’il agisse contre le culte du bilinguisme, il me répétait inlassablement qu’un combat qui ne peut être gagné fait reculer la cause. Il me racontait invariablement quelque anecdote de militants allant au micro dans quelque assemblée politique pour proposer quelque mesure et, une fois la bonne foi étouffée par la majorité, de quelle façon l’idée en tant que telle reculait et perdait de son potentiel de ralliement. Beaulieu, c’est cela: un tacticien hors-pair. Aux échecs, ce serait Mikhail Tal, ou Garry Kasparov. Toujours à la recherche d’une combinaison permettant un gain rapide et sûr. Le corollaire, c’est qu’il néglige les combats à long terme. Pour poursuivre l’analogie échiquéenne, il mésestime l’importance du jeu positionnel à la Karpov, ces coups tranquilles en apparence, mais préparant une action future. Ces replis qui constituent autant de façons de préparer une contre-attaque ou de bonifier une position dont les possibilités tactiques ont été épuisées.

Pourtant, il faut parfois penser à long terme. Il faut se sortir de l’immédiateté d’une situation où le gain à court terme est impossible. Il faut redevenir semeurs et permettre à ceux qui suivent, dans dix ans, vingt ans ou cinquante ans, de jouir d’une position plus solide leur permettant alors, eux aussi, de devenir des tacticiens et de récolter les fruits d’un cheminement intellectuel assumé. Par exemple, quand Olivar Asselin, alors président de la SSJB, a lancé sa campagne du « Sou de la pensée française », suite au Règlement 17 ontarien de 1912 interdisant l’école française, alors que la SSJB a coordonné l’envoi de manuels et de livres en français aux Franco-Ontariens, il n’y avait pas de gain politique ou tactique immédiat à obtenir. D’un point de vue pragmatique, l’opération fut un échec. Mais à long terme, elle jeta les bases d’une solidarité typiquement francophone et permit, en relayant l’injustice dont étaient victimes les Franco-Ontariens, de conscientiser les Canadiens-français du Québec quant à leur statut distinct au sein du Canada, précurseur d’une conception typiquement québécoise de la nation, qui éclora lors de la Révolution tranquille.

C’est la même chose pour la lutte contre le dogme du bilinguisme. À court terme, il n’y a rien à obtenir. Les médias, les journalistes, et la population en général, chez laquelle on martèle depuis vingt ans au moins l’absolue nécessité d’être bilingue avec autant de force qu’on s’y était opposé quelques années plus tôt, sont unanimes dans leur croyance dans les vertus du tout-anglais, drapés qu’ils sont du linceul d’un néo-individualisme allant de pair avec la montée de la droite économique et de cette croyance que la réussite individuelle, maintenant déconnectée de la réussite collective, passe par l’apprentissage de l’anglais.

Si le terrain est stérile en ce moment, la SSJB n’a pourtant pas le droit de refuser de semer pour les générations futures. Elle doit dès maintenant bâtir un argumentaire faisant réellement du français la seule langue nécessaire pour réussir au Québec: elle doit s’opposer à toute mesure imposant l’anglais intensif à l’école ou le bilinguisme à tous les enfants. Ce discours, loin de faire reculer la cause, comme le croit Mario Beaulieu, permettrait plutôt de préparer un futur dont on ne connaît pas encore la finalité. Par exemple, il est possible que la fin annoncée du pétrole à bas prix ou la montée de la Chine provoquent, d’ici quelques années, le recul de l’intégration économique, le retour du local ou l’adoption du mandarin comme linga franca internationale…

Bref, il faut être prêt: il ne faut plus se contenter d’être des cueilleurs du travail d’autrui, mais redevenir des bâtisseurs pour le futur. Un futur qui ne sera peut-être plus fait de reculs linguistiques de peuples intégrés dans un grand-tout anglomane et destructeur d’identités, mais au contraire de peuples véritablement maîtres chez eux et coexistant pacifiquement dans un monde réellement pluriel où le français, en Amérique du Nord, a le droit d’exister.

Pour le bien-être des générations futures et dans l’espoir de meilleurs lendemains pour les peuples, la Société Saint-Jean-Baptiste de Mario Beaulieu doit accepter de combattre le dogme du bilinguisme. Si elle ne se décide pas à le faire, toutes les lois 101 au monde ne pourront rien faire contre un peuple ayant abdiqué de sa francité et ayant adopté l’anglais comme ultime valeur.

Pourquoi j’ai décidé de joindre le RRQ
3 décembre 2010

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.

Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.

Ce peuple a changé.

Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

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Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.

Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.

Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.

D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.

De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.

Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?

Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.

* * *

L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.

D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.

Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.

J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.

Pas encore.

Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.

C’était con. C’était foutrement con.

Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.

Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.

En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.

Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.

Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.

Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.

Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.

Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.

L’heure n’est plus aux divisions.

Salle comble pour le rassemblement pour la loi 101!
11 avril 2010

La ministre Christine St-Pierre avait affirmé qu’elle voulait attendre de voir l’ampleur du rassemblement de cet après-midi, au Monument National, avant de décider s’il témoignait de l’humeur de la population quant à la nécessité d’agir pour imposer la loi 101 aux écoles non-subventionnées. Manifestement – selon ses propres règles – le Québec lui demande de bouger: c’est dans une salle comble qu’ont défilé artistes, représentants, politiciens et citoyens. Pire: il a fallu refuser l’accès à plus deux cents personnes tellement la salle débordait; en tout, on parle de plus de 1000 personnes qui se sont déplacées pour cette lecture de textes sur la loi 101.

Dès le point de presse, quelques minutes avant le début du spectacle, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, Mario Beaulieu, a donné le ton: « Nous ne reculerons plus; c’est assez! » Faisant écho à ces paroles, il a enflammé la foule dès le début du rassemblement, avec un discours percutant: « Ce n’est pas seulement à la loi 101 qu’on s’attaque aujourd’hui; c’est à notre existence, à notre désir de survivre dans un monde qui a besoin de la diversité de notre présence plus que jamais ». À l’image de plusieurs des invités de la journée, M. Beaulieu a demandé au gouvernement Charest d’appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées et d’en finir avec les passe-droits aux anglophones.

Le spectacle, lui-même, fut à la hauteur. Les textes, soigneusement choisis par votre humble serviteur, ont été énoncés avec une énergie que décuplait la présence de la foule, alerte, prête à scander, à crier, à applaudir chaque tirade. Entrecoupées d’interventions toutes aussi pertinentes que professionnelles d’un Denis Trudel en grande forme, c’est une véritable ode au Québec français qu’ont offert Patrice Coquereau, Danielle Proulx, Dominique Pétin, Jean-Claude Germain et plusieurs autres artistes.

Le moment fort de l’événement fut sans aucun doute le discours du député péquiste Pierre Curzi, qui a littéralement soulevé la foule avec sa verve et son appel à l’action. S’il restait une dizaine de personnes assises après sa performance éblouissante, c’était beaucoup. M. Curzi, même s’il n’a pas encore explicité sur les moyens qu’il préconise pour sauver notre langue, a vertement dénoncé le recul du français et a exigé un engagement plus ferme pour défendre la langue commune des Québécois.

Biz, du groupe Loco Locass, a délivré un vibrant plaidoyer contre La Presse et ses éditorialistes mollassons, qui tentent de nous convaincre que tout va bien Madame la marquise pendant que tous les signaux de l’usine nucléaire de notre identité sont virés au rouge. « Levez la main ceux qui sont abonnés à La Presse, a-t-il demandé. Quelques mains se sont levées. Demain matin, vous allez vous désabonner. Nous ne devons pas financer nos ennemis! » Étrange tout de même comment l’histoire se répète, alors qu’Olivar Asselin, dont plusieurs citations ont été utilisées pendant le spectacle, traitait déjà La Presse de « putain de la rue Saint-Jacques » il y a déjà un siècle. « Vous voulez lire le journal, achetez Le Devoir » a ajouté Biz, devant la foule en délire.

Seules ombres au tableau, quelques radicaux ont hué Françoise David, de Québec Solidaire, alors que celle-ci a pourtant été la seule politicienne à parler clairement d’indépendance, ce que n’ont fait ni Curzi, ni Gilles Duceppe, qui a livré, lui, un discours correct, mais sans plus. Denis Trudel a rapidement calmé le jeu: « Nous sommes tous du même côté ici ». Voilà qui avait le mérite d’être clair, ce qu’ont confirmé les applaudissements nourris des spectateurs et l’ovation qu’ils ont réservé à Mme. David à la fin de son discours. Ce sont les mêmes individus qui avaient conspué David qui ont ensuite applaudi chaudement un certain orateur qui, nonchalamment, a lu ses textes avec les mains dans les poches.

Ceci dit, ce serait manquer de respect à l’événement que de se concentrer sur la poussière dans les coins. Ce fut un rassemblement majeur, poétique, lyrique, avec l’appui d’extraits visuels percutants et une déclaration commune, lue par une Danielle Proulx devant une cinquantaine de représentants de la société civile, à la fin, qui saura coucher les barrières et réunir l’ensemble des citoyens pour une cause qui leur est chère: la défense de notre langue commune.

Dans l’histoire des grands événements du Québec français du début du vingt-unième siècle, celui-ci s’imposera comme un tournant, peut-être comme le moment où les Québécois ont cessé d’avoir peur et de se sentir coupables et où ils ont réalisé que c’est en s’unissant, malgré nos différends quant aux moyens, qu’on pourra atteindre l’objectif de protéger notre langue et d’assurer, ainsi, la continuité de l’existence du peuple québécois et sa contribution à l’enrichissement de la diversité humaine.

La balle est maintenant dans le camp de la ministre St-Pierre. Elle doit la frapper avec force, et sans hésitation.

C’est ce que le peuple québécois demande. C’est elle qui l’a affirmé.


Voir quelques photos de l’événement.
Lire certains des textes utilisés.

Les indépendantristes
26 janvier 2010

Ils sont convaincus. Ils portent, comme les vrais indépendantistes, leurs chandails des Patriotes, du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), de Bourgault, de Lévesque. Ils agitent bien haut le drapeau fleurdelisé, portent des pancartes avec un symbole nazi à la place d’une feuille d’érable. Ils sont en première ligne de toutes les manifestations, levant tel doigt d’honneur à l’autre Saint-Jean ou se battant avec les policiers lors d’une manifestation contre la visite du prince Charles l’automne dernier. Ils sont convaincus. Mais ne convainquent personne. Ce sont les indépendantristes, cette infime minorité, à ne pas confondre avec les indépendantistes.

Les indépendantristes, ce sont eux, cette infime minorité de militants qui vivent sclérosés dans un présent immobile où la pensée et la remise en question ont fait place à l’action irréfléchie et inconséquente. La peinture, la poésie, le cinéma? C’est des affaires de tapettes. Les colloques, les discussions politiques, les joutes oratoires avec quelqu’un qui ne pense pas comme soi? Du niaisage, une perte de temps. Réinventer le discours, reconstruire les idées dans un monde en perpétuel mouvement? Veux pas savoir! Tout ce qui compte, c’est d’être dans la rue, d’avoir un bâton entre les mains et de vouloir taper du méchant anglais. Prenez un poulet, coupez-lui la tête, et vous obtenez sensiblement le même résultat.

Parfois, on peut tenter une discussion avec eux. Je dis bien tenter, car il suffit de peu de temps pour atteindre les tristes limites de leur (in)capacité à argumenter. Un tel ne jure que par l’établissement d’une milice ou d’une armée, et peu importe si les nouveaux pays ne sont pas devenus indépendants par les armes. Un autre veut s’en prendre aux organisation syndicales, et peu importe si celles-ci sont responsables de l’enrichissement collectif et représentent démocratiquement la classe moyenne. Un autre encore veut faire d’un Québec indépendant un paradis fiscal, sans même se soucier ce ce que signifie le fait d’être indépendant pour aller s’attacher poignets et chevilles sur l’autel du libre-marché. Oh, ils ont des idées. Mais ils sont incapables de les défendre. Et ils ne veulent même plus les défendre; ils préfèrent l’action pour l’action.

Or, l’idée d’indépendance présuppose une réflexion, une prise de conscience de notre servitude actuelle. Il ne suffit pas de faire un simple copier-coller des arguments de nos parents ou grands-parents en espérant convaincre les autres en criant plus fort qu’eux. Les temps ont beaucoup changé depuis les années soixante. Aujourd’hui, on peut même se questionner sur l’indépendance de nombreux pays, dont le Canada, face à une mondialisation néolibérale permettant à des entreprises de poursuivre des États. En 2010, l’idée d’indépendance est plus révolutionnaire que jamais. Il s’agit de l’indépendance du peuple, des gens ordinaires, et non pas d’une quelconque lubie de radicaux en quête de bastonnade.

L’indépendance, c’est bien autre chose qu’un projet politique se jouant dans la rue. Artistique, elle est la représentation des limites que l’artiste tente de transgresser. Culturelle, elle représente la volonté de se représenter soi-même dans le monde et dans le temps. Musicale, elle développe les rythmes et les paroles qui font vibrer le peuple. Sociale, elle s’insère dans le combat collectif des millions de travailleurs qui espèrent améliorer leur sort. Sportive, elle canalise les espoirs de tout un peuple dans les exploits de ses héros. Intellectuelle, elle développe les combats d’idées permettant d’assurer une cohérence au mouvement. Littéraire, elle permet la compréhension d’un monde qui nous est propre et qui nous représente. L’indépendance, c’est la somme de tout ce que nous sommes et notre quête collective de la libération des limites qui nous entravent. Faire abstraction de cela, c’est s’enfermer dans une logique de sourds où les idées ont peu de chance de toucher leur cible, où le projet politique de l’un n’a aucune chance de s’inscrire dans le réel artistique, culturel, musical, social, sportif, intellectuel ou littéraire de l’autre.

Les indépendantristes méprisent le débat d’idées. Ils ridiculisent ceux qui font progresser l’indépendance – la vraie – sur d’autres fronts que celui de la manifestation politique. Ils regardent de haut la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) qui, grâce à ses Jeudis de la langue, son appui à la Coalition pour l’Histoire et au Mouvement Montréal français, grâce à ses nombreux prix attribués à des gens de tous les domaines de la société et à son implication dans la création d’une résistance idéologique contre toutes les servitudes, participe à l’émancipation du peuple en entier. Ils se moquent des intellectuels, ces « pelleteux de nuages », ridiculisent ceux qui conçoivent le combat autrement que dans une logique d’affrontement direct et violent.

Dans cette lutte, nous devons tous être unis: le RRQ (qui fait un travail de terrain essentiel), la SSJB (qui bâtit le discours et s’attaque au travail intellectuel) et les autres mouvances. Nous devons surtout être ouverts aux arguments d’autrui et en mesure d’adapter notre discours aux nouvelles réalités. Si nous laissons les indépendantristes et leur fermeture d’esprit gagner, nous aurons tous perdus. Si nous laissons parler la violence et le combat de rue, qui a parfois son utilité mais qui ne peut en aucun cas être exclusif, nous ne pourrons plus parler pour l’ensemble des Québécois.

Ces indépendantristes, non, ne sont pas indépendantistes. Sous prétexte de nous libérer de carcans qu’ils ont eux-mêmes définis et choisis, ils nous enferment dans leur propre logique haineuse et méprisante pour quiconque a choisi d’ouvrir d’autres fronts dans la lutte pour notre libération. L’indépendance, au-delà du « pays sur la mappe », présuppose notre libération collective et l’atteinte d’un mieux-être pour l’ensemble des individus formant notre société. Dans leur obstination à se croire les seuls dignes représentants de la lutte du peuple québécois et à refuser de considérer l’incroyable apport d’autres institutions souverainistes, d’autres gens ayant d’autres méthodes, ils ne condamnent pas seulement leur pensée atrophiée à une mort certaine, mais ils contribuent à la stagnation d’un discours politique ayant plus que jamais besoin d’être reconstruit.

Vive un discours indépendantiste ouvert et cohérent!

Quand The Brick achète notre fierté pour 25$
6 janvier 2010

Combien vaut notre fierté linguistique? L’entreprise The Brick a réussi à répondre à cette question: vingt-cinq piastres! C’est ce qu’elle a offert à un client offusqué d’avoir reçu une circulaire publiée entièrement en anglais et distribuée dans le temps des Fêtes un peu partout dans la région de Montréal. Pas d’excuses officielles dans les journaux, pas de mea culpa sur la place publique pour avoir violé la loi fondamentale des Québécois, pas d’explications alambiquées; chez The Brick, on sort une poignée de pinottes et on les garoche au premier venu.

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Quand Claude Dumoulin est arrivé aux bureaux de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal pour se plaindre, lundi, il n’était vraiment pas de bonne humeur. Qu’importe, l’individu habitant Laval-des-Rapides a opéré un large détour pour dénoncer cette situation. « C’est très fâchant, c’est une insulte », a-t-il expliqué à Mario Beaulieu, président de la SSJB. « Ils m’ont donné vingt-cinq dollars pour me faire taire ».

Déjà, le 21 décembre, des lecteurs de ce blogue m’avaient averti de la situation, et quelques jours plus tard, Impératif français avait dénoncé la dite circulaire, envoyée à Saint-Léonard cette fois. Il semble donc que l’envoi ait eu lieu à plusieurs endroits et qu’il ne s’agit pas d’une erreur isolée. Ce sont des milliers de foyers qui ont reçu ce « cadeau » de Noël.

En outre, il était possible de lire, dans les petits caractères, que certaines des promotions affichaient des prix différents au Québec, que la livraison était disponible à Montréal, que les heures d’ouvertures variaient pour la province. Bref, quoi qu’on en dise, cette circulaire s’adressait effectivement aux citoyens du Québec, et on n’avait pas envoyé par méprise celle de Winnipeg ou de Vancouver. Pour The Brick, le Québec n’existe pas; le Canada forme une même et unique nation anglophone d’un océan à l’autre. Et si vous osez vous plaindre, on vous enfoncera la face de la reine et du « Siré » Wilfrid Laurier dans la gorge.

Quel est le prix de la fierté?

The Brick a peut-être considéré qu’il était plus rentable d’envoyer une circulaire entièrement anglophone au Québec et de payer vingt-cinq dollars aux aborigènes qui osaient se plaindre que d’en imprimer une dans la langue nationale. Simple question de ratio coûts/bénéfice: quand la population est apathique, quand elle n’ose plus exiger qu’on la respecte, quand la priorité numéro un de la cheffe du Parti Québécois est l’apprentissage d’une langue étrangère, et quand notre loi 101 ressemble de plus en plus à un chihuahua qui jappe mais qui ne mort pas, c’est ce genre de situations qui risque de se produire. On regarde le pitou aboyer, et on part avec le téléviseur.

En fait, cet épisode en dit plus long sur nous, Québécois, que sur The Brick elle-même. Que The Brick nous insulte en refusant de s’adresser à nous en français ou qu’elle tourne le fer dans la plaie en cherchant à acheter le silence des plaignants ne devrait même plus nous surprendre. Nous avons peur d’exiger le français, nous nous contentons de peu; un français de qualité médiocre, des publicités bilingues, puis éventuellement le remplacement de notre langue par l’anglais. Nous sommes des moutons avec un néon lumineux accroché sur les fesses où est écrit « Tondez-moi » et nous feignons la surprise lorsqu’on se retrouve dénudé l’hiver venu.

The Brick a fixé le prix de notre fierté parce que nous avons refusé de le faire. Nous préférons l’accommodement, la bonne entente, la ronde où tout-le-monde-il-est-gentil, où tout-le-monde-il-est-fin, où tout-le-monde-il-se-tient-par-la-main-et-danse. Nous acceptons de travailler dans une langue étrangère pour des salaires médiocres, nous décidons de faire fi de nos valeurs quand nous acceptons de nous faire servir en anglais dans des commerces, nous refusons de donner la moindre valeur à notre spécificité humaine. Nous sommes uniques, nous sommes riches, nous avons une culture merveilleuse, mais nous la méprisons en refusant de la protéger. Nous nous traitons comme de la merde, et The Brick a simplement donné un prix à ces excréments culturels.

Que des gens un peu partout se soient sentis offensés constitue une bonne chose. Que des citoyens bien ordinaires, des travailleurs, des hommes d’affaires, des Québécois comme Claude Dumoulin, ait décidé de réagir montre qu’il y a de l’espoir. Mais pour chacun d’eux, combien se sont simplement contentés de hocher la tête et d’accepter qu’on les traite comme des citoyens de seconde classe? Pour quoi, au fait: un téléviseur à écran plat, un divan, une laveuse frontale?

Le jour où nous serons réellement fiers de notre héritage, de telles situations ne pourront plus se produire. La personne qui aura pris la décision d’envoyer ces circulaires ou d’offrir le vingt-cinq dollars sera déjà à attendre dans une file de chômage et une juteuse amende pénalisera la compagnie. Et on n’aura plus à se demander si la loi 101 doit couvrir telle entreprise, telle publicité, tel pourcentage de prédominance du français; il sera simplement normal qu’au Québec, au sein de cette grande nation francophone, tout se fait en français car c’est la seule et unique langue commune.

Et ça, ça n’a pas de prix.

Grand-papa Landry
19 octobre 2009

Je l’aime bien, Bernard Landry. Dans le style grand-papa sympathique, qui raconte des histoires agrémentées de citations latines, un bon verre de vin à la main au coin du feu. Ouais, un bon jack, dirait-on. Parfois, pourtant, je le trouve d’une mollesse, d’une pusillanimité à faire peur. Tiens, aujourd’hui, par exemple, à une conférence de presse de la Société Saint-Jean-Baptiste pour annoncer une activité favorisant la mise en application de la loi 101 au Cégep et un plus juste financement des universités francophones.

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Donc, un journaliste a posé « la question qui tue » à M. Landry, c’est-à-dire la question la plus prévisible qui aurait pu lui être posée, et dont il aurait dû être prêt à répondre depuis des semaines. « Désirez-vous appliquer la loi 101 aux universités? » Interrogation légitime, et la réplique aurait pu être courte et efficace: Landry aurait pu répondre: « Non, nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui ». Fin du débat. Mais non. M. Landry s’est lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de McGill, ce « fleuron » québécois, et a réassuré les anglophones qu’ils n’avaient rien à craindre, et ainsi de suite. Plus colonisé que cela, tu te mets ta ceinture fléchée, tu t’agenouilles et tu dis « missié oui, boss » à tous les passants aux chapeaux haut-de-forme que tu croises sur Beaver Hall.

Évidemment que personne ne propose d’appliquer la loi 101 aux universités! La situation du français à Montréal est catastrophique, mais pas désespérée. La loi 101 au Cégep constitue une réplique proportionnée à la perte d’influence du français à Montréal. Si jamais on doit imposer la loi 101 à l’université, ce sera parce que nous aurons épuisé toutes les autres solutions. Dans dix ans, dans vingt ans, qui sait? J’espère bien qu’on n’y arrivera jamais.

Or, entre affirmer qu’on ne va pas s’en prendre aux institutions anglophones et célébrer le « fleuron » de McGill, il y a une marche que M. Landry gravit beaucoup trop facilement. Si n’importe quelle autre université québécoise recevait le financement des universités anglophones, on en ferait un fleuron. Doit-on rappeler que les trois universités anglophones québécoises reçoivent près de 27% du financement alors que les anglophones de langue maternelle ne composent que 8,2% de la population? Faut-il parler du fait qu’entre 2000 et 2005, McGill a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées dans tout le Canada, coast to coast? Que 52% des médecins formés à McGill ont quitté le Québec après leurs deux années de résidence? Que le taux de diplomation des francophones est près de 35% plus faible que celui des anglophones? Que les anglophones de 30 à 39 ans sont deux fois plus nombreux à détenir une maîtrise ou un doctorat que les francophones?

Le voilà, le beau « fleuron » québécois que sont les universités anglophones. Des institutions hyper-choyées qui permettent aux anglophones de s’éduquer et de s’émanciper en anglais. Des universités qui agissent comme autant de pôles d’attractions anglophones pour les Québécois: près de 54% des bacheliers originaires de Montréal, en 2003, avaient étudié à une université anglophone. Des usines à anglicisation. Tu rentres puncher au matin de tes vingt ans et tu en ressors dix ans plus tard à chercher tes mots à chaque deux phrases en français. C’est ça, la réalité de McGill et des autres « fleurons » du monde de l’éducation anglophone au Québec.

Nous n’avons pourtant pas besoin d’imposer la loi 101 à l’université. On peut s’inspirer des propositions des jeunes péquistes, qui désirent réduire les subventions pour les allophones choisissant le réseau collégial anglais. À l’université – le nerf de la guerre – on n’aurait même pas besoin d’aller aussi loin. Il suffirait seulement d’établir un équilibre et de financer les universités anglophones à hauteur de la population de langue maternelle anglaise, soit à plus ou moins 8% plutôt que les 27% actuels. En remettant l’argent économisé dans les universités francophones, on en créera, nous aussi, des fleurons.

Oui, c’est un bon grand-papa, M. Landry. Mais tout comme le moment vraiment intéressant des histoires au coin du feu est la discussion qui les suivent, le vrai mérite de cet homme ne constitue peut-être pas ce qu’il dit, mais plutôt les débats qu’il lance. Car soyons honnêtes: on a devant soi un homme se réclamant indépendantiste mais qui grelotte et réclame qu’on ferme la fenêtre par laquelle espèrent s’échapper ses codétenus. Par respect pour les geôliers, peut-être. Ces fleurons de la profession.

Et si on osait prendre le problème du sur-financement des universités anglophones à bras-le-corps?

Le tourbillon médiatique
30 septembre 2009

J’aimerais écrire sur une foule de sujets cet après-midi. Ça pullule, comme toujours. Je m’installe devant mon clavier, toujours debout, et mes doigts se mettent à écrire. Et si je les laissais faire, ils pondraient probablement un billet dénonçant les hausses de tarif d’électricité qui, n’en déplaise aux bien-pensants d’une certaine droite, pénaliseraient principalement la classe moyenne et les plus démunis, alors que simplement en annulant les baisses d’impôts des partis péquistes et libéraux, on pourrait aller chercher une dizaine de milliards de dollars… Mais je ne peux pas écrire un billet comme je le fais habituellement. Non. J’aime mieux vous parler du tourbillon médiatique dans lequel je suis présentement.

tourbillon

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À l’origine, une simple initiative: remplacer la rue Amherst par la rue Pierre-Falardeau. Un groupe Facebook que j’ai créé par pragmatisme, me disant que si le débat avait beaucoup porté, dernièrement, sur la nécessité de remplacer le nom de la rue Amherst, on n’avait toujours pas trouvé précisément par quoi. Le résultat fut spectaculaire, inespéré. En quelques jours, le groupe a dépassé le cap des 4400 membres, et je suis convaincu que nous serons 5000 d’ici ce soir. Tellement époustouflant, que je me suis demandé si ce n’était pas là l’expression d’un désir refoulé des Québécois de se réapproprier une ville qu’on semble avoir abdiqué aux mains des anglophones. À ce point impressionnant que je me suis réellement rendu compte de ce que signifiait réellement Falardeau pour nous.

Le cirque médiatique

Puis vint le cirque médiatique. Un cirque ambulant, qu’on entend arriver de loin, qui nous éblouit de par ses lumières, ses costumes, ses acteurs, et qui repart ensuite. Si tu dors, tu le manques. C’est d’ailleurs ce qui m’est arrivé ce matin. Après avoir réussi mes entrevues avec Benoît Dutrizac lundi et à Dumont 360 hier (lorsque Renart m’a laissé sa place), j’ai manqué la chance d’aller confronter Richard Martineau sur le sujet. En fait, pas réellement sur le changement de nom rue, mais sur la réelle importance de Pierre Falardeau sur la société québécoise. Le cirque est passé, et je dormais. Simple concours de circonstances: anniversaire de ma conjointe et beaucoup d’alcool. Déception.

En fait, ce qui me déçoit le plus, c’est de ne pas avoir été en mesure de réellement développer mon discours à la télévision. Dans un bloc de six minutes avec trois invités, il est difficile de bien expliquer ses idées. Malgré tout, j’ai reçu à peu près 200 messages privés sur Facebook et courriels de gens me félicitant et m’expliquant, en quelque sorte, que je parlais pour eux. Soudainement, je me suis senti le représentant d’une partie importante de la population qui se trouve souvent orpheline. Lourde responsabilité. Et c’était pour ces gens, pour ces 200 personnes qui ont pris la peine de m’écrire et à qui je ne peux pas tous répondre personnellement, c’était pour eux que je voulais confronter Martineau. C’était pour eux et pour tous ceux qui ne me connaissent pas encore que je désirais prouver que j’ai ce qu’il faut pour devenir, peut-être un jour, un nouveau Martineau, mais différent.

Mégalomanie? Cabotinage, pour paraphraser Esther Delisle? Peut-être. N’empêche que c’est mon but. Donner mon opinion, et le faire d’une manière imagée, directe, percutante, avec des arguments, c’est tout ce que je sais faire. Je me réveille la nuit en pensant à des arguments. J’allume la lumière en réfléchissant à ce qu’on pourrait me répondre. Je me rendors en imaginant la différence que je pourrais faire dépendant du choix des mots.

C’est tout ce que je sais faire.

Dumont 360

Plusieurs personnes m’ont dit avoir détesté Esther Delisle. Je dois vous révéler qu’en privé elle a été très courtoise et aimable avec moi, m’abordant en me disant que son instinct maternel lui défendait d’être méchante avec moi. J’ai bien rigolé. Dans le petit salon des invités, on a jasé pendant une vingtaine de minutes avant d’entrer en ondes. J’en ai profité pour sonder le terrain sur ses arguments (et j’étais satisfait de voir que son seul argument de choc était les commentaires de Falardeau à la suite du 11 septembre 2001) et pour écouter quelques anecdotes, notamment sur son voyage en Israël.

Qu’on me comprenne bien: mes idées sont à l’opposé de celles de cette femme qui a déjà publié une thèse sur le soi-disant antisémitisme des Canadiens-français dans les années 1930, mais j’ai apprécié le choc des idées et j’ai le plus grand plaisir à confronter des adversaires qui ne se défilent pas au moindre argument contraignant.

Pour le reste, Delisle est un personnage, et je crois que ses propos décousus sur Falardeau, les analphabètes et Pauline Marois en disent plus long que n’importe quoi que je pourrais ajouter. J’ai tout de même apprécié sa critique, après l’entrevue, où elle me conseillait de moins m’éparpiller et de mieux concentrer mes proppos. Après tout, je suis nouveau dans le métier, alors je prends toutes les critiques.

Toute l’équipe de production de Dumont 360 a été extrêmement aimable. Il est stupéfiant de voir tous ces passionnés travailler, semblant réellement prendre leur pied dans ce métier. Même Dumont semblait apprécier de pouvoir simplement être en ondes sans devoir constamment vendre sa salade adéquiste. Si j’avais besoin d’une expérience me donnant le goût de la télévision, la voilà.

Et ça ne fait que renforcer ma déception d’avoir manqué Martineau ce matin.

Le tourbillon médiatique

Tout ce tourbillon médiatique m’est étrange. Ce matin, en faisant mes courses, je me demandais si la dame qui me fixait incessamment avait vu l’émission hier soir où si c’était simplement mon imagination. Peut-être pensait-elle me reconnaître. Ou peut-être était-elle simplement dans la lune. Comment faire la différence? Comment décrypter le regard quand tout le monde autour jouit d’un avantage que je n’ai pas : ils ont la capacité de savoir qui je suis, de connaître mes idées et mes opinions, et je n’ai absolument aucune idée des leurs.

Peut-être est-ce pour cela qu’avant la télévision, avant la radio, j’ai surtout choisi l’écriture? Et si j’avais envie que ça change?

Contrat avec la SSJB

J’aurais voulu en parler plus tôt, mais avec la mort de Pierre Falardeau je trouvais un peu indécent de me réjouir publiquement. J’ai signé un contrat avec la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, après quelques mois de discussions. Je m’occupe d’une partie de leurs communications, d’un concours de plaintes à l’Office de la langue française qui verra le jour sous peu et d’ici une semaine ou deux une bannière en haut de mon blogue conduira aux sites de la SSJB et du Mouvement Montréal français.

Ce contrat me permet de travailler une journée de moins par semaine dans mon emploi régulier et d’avoir ainsi davantage de temps pour écrire. Je me rapproche ainsi de mon but, qui est de pouvoir vivre en faisant ce que j’aime.

Au fond, la véritable leçon que je retiens de toutes mes aventures est d’une simplicité affolante: il faut suivre ses passions et ne pas s’inquiéter pour l’argent. Quand on aime vraiment quelque chose, qu’on s’y donne à fond, qu’on y rêve la nuit, l’aspect monétaire suit irrémédiablement. Il faut avoir le courage de persévérer et de ne pas céder aux douces sirènes de l’argent facile qui ne font qu’éloigner la vraie réalisation de soi.

Je sais que ce billet peut paraître prétentieux aux yeux de certains et qu’on n’hésitera pas à me le souligner. C’est correct; je peux vivre avec cela. J’avance, ce blogue est mon tremplin, et qui sait ce que je pourrai ensuite réaliser.

Merci à vous tous, chers lecteurs. Vous êtes entre 500 et 800 à me lire quotidiennement, plus de 10 000 visiteurs différents par moi, et près de 200 qui sont abonnés à mes flux RSS. À vous tous, et à tous ceux qui croient aux causes que je défends, merci. Merci de faire un pas de plus vers la réalisation de mes rêves.

Et peut-être, j’ose espérer, de nos rêves.