Marois doit partir
1 novembre 2010

Quand le malade vivote sur le respirateur artificiel et que tout espoir de guérison a été écarté, il faut parfois agir d’une manière humaine et le débrancher. C’est ce à quoi aspirent réellement le groupe des cinquante ayant signé une lettre pour mettre au rancart (l’étapisme de) Pauline Marois. Ces jeunes péquistes ne devraient pas être ostracisés ou traités de « no-name » (sans-noms) comme l’a fait avec si peu de classe et de fierté francophone l’ancien président de l’aile-jeunesse du parti, Alexandre Thériault-Marois. Il faudrait plutôt les féliciter, voire les récompenser pour leur tentative de sauver ce qui reste du parti de René Lévesque.

Source de l’image

En effet, Pauline Marois est devenu un boulet pour le Parti Québécois. Alors que le gouvernement Charest atteint un niveau d’insatisfaction stratosphérique dans les sondages, Marois n’arrive qu’à égalité avec le premier ministre au niveau des intentions de vote. Pire: un hypothétique parti n’existant même pas encore sur papier et dirigé par deux anciens péquistes prendrait le pouvoir si des élections étaient déclenchées demain matin!

On peut chercher des solutions de midi à quatorze heures, on peut vouloir mieux « vendre » Marois, on peut travailler sur ses manières, on peut dépenser des dizaines de milliers de dollars pour améliorer son image médiatique: rien n’y fait. Le courant ne passe pas. La population ne fait pas confiance à Pauline Marois. Elle est compétente, probablement très intègre, sûrement une excellente politicienne, mais les gens ne veulent pas d’elle, peu importe les raisons. Nous aimerions tous nous identifier au légitime rêve de Marois de devenir première ministre et de diriger un gouvernement du Parti Québécois, mais la particularité du rêve consiste à s’estomper quand sonne le réveil du matin.

Or, ce réveil a sonné depuis bien assez longtemps. Quand ce sont des députés libéraux qui rigolent du leadership de Marois, c’est qu’il est temps d’agir. La récente sortie de Jacques Parizeau doit sonner le réveil des troupes. Ce n’est plus le temps d’appuyer sur « snooze » et d’oublier la réalité. Si le Parti Québécois aspire à prendre le pouvoir et à réaliser l’indépendance, il lui faudra trouver des solutions à la fois au problème Marois et améliorer son plan de match en faveur de l’indépendance.

Gilles Duceppe doit prendre la tête du Parti Québécois

Gilles Duceppe n’est ni René Lévesque ni même Jacques Parizeau. Sur plusieurs points, on pourrait même affirmer qu’il fait partie de ces politiciens qu’on trouve un peu trop « langue de bois ». Ceci dit, ses convictions sont claires, nettes et précises. Il ne manque pas une occasion de parler de souveraineté. Il ne le fait pas du bout des lèvres comme Marois, presque comme une éruction involontaire; il le dit haut et fort et il semble davantage prêt à agir en faveur de celle-ci.

De plus, la population l’aime. Oui, il est imparfait. On se rappelle tous l’avoir vu avec un bonnet sur la tête ou s’être mêlé dans ses mots alors qu’il faisait une entrevue télévisée. Peu importe: il est imparfait et il nous ressemble. N’importe quel citoyen du fond d’une ruelle de Montréal ou d’un rang de la région peut s’identifier à Gilles Duceppe.

Or, au-delà du discours, des idées, de la rhétorique, à la fin, dans l’isoloir, la question se résume souvent à celle-ci: « est-ce que je fais confiance à cette personne? » Et Duceppe, dominant outrageusement les élections fédérales au Québec depuis plus d’une décennie, inspire confiance.

Le Parti Québécois doit refuser tout projet de gouvernance et bâtir l’indépendance dès maintenant

Outre la question du chef, celle du discours reste importante. La « gouvernance souverainiste » de Pauline Marois est vouée à l’échec. Le concept-même de gouverner une province – et peu importe les fantasmes de bizarreries du genre « indépendance sectorielle » – implique de faire des choix selon l’axe gauche-droite et non plus selon celui indépendantisme-fédéralisme. Une gouvernance provinciale du PQ ne peut qu’entraîner des déchirures à ce niveau; l’aile-gauche (ou ce qui en reste) et l’aile-droite ne pourraient jamais être satisfaits. Le parti serait constamment écartelé entre sa gauche et sa droite. On l’a vu sous les règnes de Bouchard et Landry. Ne dit-on pas que la folie consiste à agir d’une même manière en espérant des résultats différents?

L’indépendance constitue un geste de rupture. Par essence, il s’agit d’une position radicale. On ne peut pas constamment agir sur la pointe des pieds en ayant peur des sondages. Les plus grandes réalisations du Québec moderne ont constitué autant de gestes de rupture. Croyez-vous qu’on aurait nationalisé l’hydro-électricité en parlant de « nationalisation sectorielle » ou qu’on aurait appliqué la Loi 101 en revendiquant des gains linguistiques circonscrits? Il arrive un moment pour un peuple où celui-ci doit rompre avec un passé le sclérosant et lui faire mordre la poussière.

Le Québec stagne ou recule depuis des années précisément parce qu’on n’a pas définitivement réglé la question nationale et qu’on a préféré avancer sur la pointe des pieds en se contentant des miettes lâchées par le gouvernement de l’autre nation. L’indépendance ne tombe pas du ciel comme un fruit mûr, malgré ce qu’affirment certains rêveurs. Ce n’est pas parce que l’identité québécoise s’avère de plus en plus forte – qui se définit encore principalement comme Canadien aujourd’hui? – que l’indépendance approche; au contraire, c’est peut-être parce que nous avons de moins en moins l’impression de voir les chaînes qui nous limitent que nous avons peur des gestes de rupture.

Autrement dit: l’idée d’indépendance s’est bâtie sur une opposition entre un Québec français et un Canada anglicisant. Or, nous assistons à la naissance du concept de Québécois francophone – et à la légitimation de l’oxymore « Québécois anglophone » – laissant entrevoir non pas un rapprochement vers la réalisation de l’indépendance, mais plutôt vers la bilinguisation puis l’anglicisation du Québec. Loin de constituer une amélioration vis-à-vis du statu quo, la stratégie des petits pas et de la création d’une identité québécoise à l’intérieur du Canada nous rapproche plutôt du précipice.

Voilà précisément pourquoi il est d’une importance capitale de rejeter la stratégie de l’étapisme prônée depuis des décennies par les bonzes péquistes. Elle a échoué. Et elle échouera encore. Les peuples qui sont devenus libres ont d’abord planifié leur libération, l’ont exécuté, puis sont passé à d’autres enjeux.

Si l’article premier du Parti Québécois affirme que le but du parti est de réaliser l’indépendance du Québec, il doit s’y atteler dès maintenant en se débarrassant à la fois du boulet Marois et de son plan d’étapisme ne constituant qu’un énième recul pour la cause. S’il faut une élection référendaire, qu’à cela ne tienne. Le but, le seul, doit être d’utiliser tous les moyens possibles pour libérer définitivement le peuple québécois de l’État canadien.

Sinon, qu’il change son article premier et qu’il devienne un simple parti provincial.

Et nous disparaîtrons en silence à grands renforts de bilinguisme et de « In English Please » (en anglais SVP) éructé de la bouche pointue d’un individu faisant partie d’une nation qui, elle, se respecte.

Publicités

Trop pressés
18 mars 2010

« On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu’elle soit, qui nous sépare de la vertu. »
– Confucius

La décision du SPQ-Libre de continuer à militer au sein du Parti Québécois constitue une autre déception pour ceux qui, comme moi, espéraient voir ce qui reste de l’aile social-démocrate du Parti Québécois s’organiser au sein d’un autre parti. Il s’agit, encore une fois, de l’erreur classique de gens qui, trop pressés d’obtenir des résultats, négligent de réfléchir à leurs possibilités réelles et qui, sous prétexte de se rapprocher d’un idéal aussi usé que le parti qu’ils défendent malgré leur rejet, pilent sur leurs principes et gaspillent leurs énergies dans une cause perdue.

Source de l’image

Ces pressés affirment à qui veut encore les entendre qu’il vaut mieux militer au sein d’un parti qui a « une chance » de prendre le pouvoir, plutôt que de rejoindre un parti plus marginal ou de créer son propre parti. Or, qu’est-ce que l’histoire du PQ elle-même nous apprend? Exactement le contraire! Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral de Jean Lesage, en 1967, il a sacrifié toute emprise sur le pouvoir pour se lancer dans le vide. Il a décidé que ses principes n’étaient pas à vendre et qu’il valait mieux manger son pain noir durant quelques années que de vivre avec la honte de voir chacun de ses idées battues à chaque fois. Neuf ans plus tard, il était premier ministre. Voilà la force d’une conviction.

En fait, en continuant à oeuvrer au sein d’un parti qui a rejeté à la fois les idéaux sociaux-démocrates avec son nouveau programme économique calqué sur les Libéraux et ses idéaux indépendantistes lorsqu’il a rejeté l’idée d’un référendum rapide, le SPQ-Libre lance le message que ces idéaux n’étaient, sommes toutes, pas si importants. Si vraiment ceux-ci représentaient la population, étaient la solution, on se sort tout simplement de l’Histoire en refusant de leur donner le respect qu’ils méritent. Si René Lévesque avait agi ainsi, il aurait probablement affirmé, en 1967, que le Parti Libéral constituait le « meilleur véhicule », car il était le plus à même de gagner les élections. C’est de courage qu’il faut. Et le SPQ-Libre – tout comme les autres sociaux-démocrates qui demeurent au parti en se pinçant le nez – se sont mis à genoux devant le PQ. On a fait passer le véhicule avant les valeurs qu’il défend.

Or, ces valeurs doivent être la raison d’être de n’importe quel parti politique. On ne peut pas parasiter une organisation sous le prétexte qu’elle risque de nous amener quelque part. On ne peut pas, après un Lucien Bouchard et ses « conditions gagnantes », un Bernard Landry et son « assurance morale de gagner » et une Marois qui ne veut rien savoir d’un référendum sur la souveraineté, continuer à croire que les valeurs défendues par le Parti Québécois sont celles du SPQ-Libre et des sociaux-démocrates. On ne peut pas non plus croire qu’il est possible de s’attacher à un bazou rouillé qui, à défaut d’être capable de proposer une alternative au libéralisme économique actuel, suit le courant et fait de la petite politique à la semaine en espérant atteindre le pouvoir. On ne peut pas faire cela sans devenir soi-même des prostitués du pouvoir, des individus qui renient leurs convictions profondes, leurs idéaux, pour devenir exactement ceux qu’ils dénoncent: des carriéristes prêts à vendre leur mère pour continuer à s’abreuver aux mamelles du pouvoir.

Andrée Ferretti, auteure et militante indépendantiste de la première heure, l’a pourtant bien expliqué: « qui ne fait pas l’indépendance, la combat » (( Ferretti, Andrée (1996). Le Parti québécois : pour ou contre l’indépendance. Lanctôt Éditeur. Montréal. 109 p. )). En réaction à la mise à la porte du SPQ-Libre par le PQ en fin de semaine dernière, elle n’a pas mâché ses mots:

[L’objectif du PQ] n’a jamais été de réaliser l’indépendance nationale, mais celui d’exercer le pouvoir provincial. Avant-hier et hier, dans une véritable intention d’améliorer le sort du peuple québécois. Aujourd’hui, dans le seul but de prendre le pouvoir et, à l’instar du Parti libéral, de l’exercer au profit de la classe dominante.

Cette critique rejoint celle de Jacques Parizeau qui, dans son dernier livre, parlait de tous ces « déclinologues » (les Lucides) que le PQ écoute aujourd’hui avec tant de soins et de la nécessité de ne pas attendre pour agir lorsqu’on atteint le pouvoir et de préparer le référendum bien avant. Véritable fuite en avant, le PQ n’écoute plus ces sages conseils, tout comme le Parti Libéral, en 1967, n’a jamais voulu entendre les plaintes de ceux qui voulaient se doter d’un pays.

Combien d’énergie, combien de talents, combien d’années utiles gaspille-t-on ainsi dans un parti pour qui le pouvoir semble devenu la seule raison d’être? Pensons à tous ces honnêtes militants, ces citoyens qui achètent leur carte de membre, qui s’illusionnent sur les principes sociaux-démocrates et indépendantistes du PQ, qui croient vainement qu’en participant à des colloques et à des tables rondes ils arriveront à faire monter leurs chaudes idées dans l’air gelé du statu quo péquiste? Tous ces gens, ne seraient-ils pas beaucoup plus utiles ailleurs?

Robert Laplante, véritable expert de la question politique, expliquait que le cycle de la Révolution tranquille avait pris fin avec la loi de la clarté, après le dernier référendum, qui mettait, aux yeux du Canada anglais, un point final aux revendications politiques et identitaires québécoises:

Le Parti québécois, s’il a paru s’en affranchir un moment, a fini par retomber lui, aussi, dans les ornières de cette vieille culture politique façonnée par l’Indirect rule. C’est celle qu’imposent les catégories mentales sous-jacentes à la gestion provinciale et qui consiste à gouverner en se convainquant soi-même de la nécessité de prévenir les débordements d’un peuple qui, laissé à lui-même, pourrait se laisser aller à des gestes estimés radicaux. C’est la politique de la moindre audace qui confond la fermeté et le radicalisme, la détermination et l’entêtement.

Ce parti politique, c’était le Parti Québécois de Lucien Bouchard, celui de Bernard Landry, d’André Boisclair, et de Pauline Marois aujourd’hui. On ne parle plus d’échéancier pour l’indépendance (trop radical) ou de redistribution de la richesse (trop radical). On se contente de laisser voguer la bateau en espérant que l’usure du pouvoir battra, à elle seule, le gouvernement Charest. On n’a jamais voulu comprendre que la fin du dialogue canadien, avec la loi sur la clarté, ne devait pas signifier la fin de l’idée d’indépendance, mais plutôt sa radicalisation et sa redéfinition, devant le refus canadien d’assumer son rôle d’interlocuteur.

On peut comprendre le SPQ-Libre et de nombreux militants sociaux-démocrates et indépendantistes d’être pressés. Malheureusement, quand on veut faire les choses trop vites, on les fait souvent mal. Quand on fait passer le véhicule avant les idées, quand on se convainc soi-même de se pincer le nez et de voter pour un parti qui ne représente plus du tout nos idées, on se condamne à oeuvrer à son propre abrutissement, à travailler à sa propre disparition, et à donner crédibilité aux forces qui souhaitent notre propre disparition.

Créer un nouveau parti ou tenter d’en modifier un, comme Québec Solidaire, dont les valeurs au niveau économique peuvent éventuellement se rapprocher de celles du SPQ-Libre, c’est difficile. Ça peut prendre du temps. Mais l’action est essentielle, que ce soit QS ou un autre parti. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, et si l’urgence de nos vies fuyantes nous pousse à nous presser, il peut être bon de se rappeler qu’à l’échelle d’un peuple, quelques années, voire quelques décennies supplémentaires, ne sauraient nous couler.

Le mouvement nationaliste a pris près de soixante ans à se développer avant d’atteindre le pouvoir. Il ne faut pas espérer, face à un monde en mutation où les identités nationales sont soumises à une énorme pression anglicisante et multiculturelle, sauver le Québec dès demain matin. Il faudra rebâtir le discours, accepter quelques échecs électoraux, et lutter, au corps à corps, et sans compromis, pour la défense de nos valeurs sociales et identitaires. Il faudra accepter l’idée de concentrer nos forces non pas à infiltrer un vieux rafiot rouillé comme le Parti Québécois, mais à se construire, idée par idée, le navire qui portera la prochaine génération vers ses rêves.

L’Histoire nous regarde, et c’est à nous que revient la nécessaire tâche d’être courageux et de laisser à ses soins un parti qui a été important dans l’histoire de l’affirmation identitaire et sociale du Québec, mais qui ne peut plus rien faire pour nous aujourd’hui.

Ce courage, les pressés du SPQ-Libre et tous les militants péquistes croyant à l’indépendance et à la social-démocratie, en ont manqué.

Cruellement.

Bouchard ne pourra éteindre le flambeau de l’indépendance
3 mars 2010

Les récentes critiques de Lucien Bouchard sur le soi-disant radicalisme identitaire du Parti Québécois et à l’effet qu’il ne croit plus l’indépendance réalisable ne devraient pas surprendre. Tout au long de son mandat de premier ministre, Bouchard a été un véritable éteignoir pour le mouvement souverainiste. Si ses déclarations sur l’indépendance ont depuis été éclipsées par d’autres événements, il importe tout de même de ne pas oublier de conférer à ce triste individu la sombre place qu’il mérite dans notre histoire.

Source de l’image

En 1996, devant le gratin anglophone du théâtre Centaur, et faisant fi de tout rapport de force historique, il prophétisait, comme d’autres ont annoncé la fin de l’Histoire, l’échéance de « l’ère des bouleversements [linguistiques] pour entrer dans une période d’intérêt mutuel ». Désormais, anglophones et francophones marcheraient, main dans la main, pour l’avènement magique d’une société multiculturelle à la canadienne permettant de devenir « l’un des carrefours les plus originaux de la planète ». Le ver était dans la pomme; on ne prônerait plus l’indépendance comme un moyen d’assurer la survie du peuple québécois, mais comme une simple marque de commerce permettant de répliquer les travers de la société canadienne, mais au Québec.

Toutes les décisions subséquentes furent assujetties à ce même état d’esprit pusillanime où il convenait de se plier aux diktats de la minorité anglophone avec l’espoir – incertain – d’en convaincre une minorité de voter pour l’indépendance.

Ainsi, huit mois après le discours du Centaur, Bouchard affirmait qu’il ne pourrait plus « se regarder dans le miroir » si les membres adoptaient une résolution pour invalider la loi 86, qui ouvrait des brèches béantes dans la loi 101. Plutôt que de s’arrimer aux revendications identitaires des Québécois, le premier ministre se faisait un devoir de rejeter toute mesure qui aurait pu permettre d’assurer la survie du français au Québec. Il rejeta également le projet, pourtant dans la plate-forme électorale du PQ aux élections précédentes, d’appliquer la loi 101 au cégep.

De la même façon, il resta de marbre, sourd aux pressants appels de ses propres militants, de son propre parti, alors que divers groupes menaçaient de partitionner le Québec et que le fédéral imposait sa loi sur la clarté.

En 2001, il blâmait publiquement à l’Assemblée nationale le citoyen Yves Michaud, un des plus grands défenseurs de notre langue, à propos d’une citation qu’il n’avait même pas entendue. Il démissionnait quelques mois plus tard en blâmant le peu de réactions des Québécois face aux tactiques fédérales et en sous-entendant la présence d’éléments extrémistes au sein du mouvement indépendantiste.

Or, n’est-ce pas précisément Lucien Bouchard lui-même qui a tout fait, de par son refus d’adhérer aux saines revendications identitaires de son parti, pour provoquer l’apathie généralisée de la population et les crises internes au Parti Québécois? Il a répudié les grandes revendications linguistiques traditionnelles du PQ et a contribué à la ré-anglicisation du Québec. Et il avait le culot de blâmer les Québécois pour sa propre incompétence à la tête d’un parti qui se proclamait indépendantiste!

Une décennie plus tard, c’est ce même Lucien Bouchard qui blâme les modestes revendications identitaires prônées par un parti qu’il a contribué à affaiblir avec ses atermoiements et son incapacité à se faire le porte-voix de la moitié de la population qui croit que le destin d’un peuple consiste à devenir souverain.

Malgré le travail de sape ponctuel d’un Lucien Bouchard plus occupé à jouer les gérants d’estrade qu’à se battre pour une cause qu’il a prétendu avoir à cœur, tous les sondages démontrent que plus de 40% des Québécois souhaitent notre libération collective. Ces citoyens, ces millions de Québécois qui veulent d’une indépendance permettant à leurs valeurs, leur langue et leurs croyances de se perpétuer dans le temps, nul n’a le droit de les décevoir en donnant la moindre crédibilité aux divagations d’un homme dont les meilleures années sont maintenant loin derrière et qui semble plus intéressé à s’attirer les bonnes grâces des grandes entreprises et de ses amis chez Power Corporation.

L’indépendance, dans un contexte de mondialisation où chaque peuple cherche à protéger ses valeurs, ne constitue pas le projet pusillanime et détaché de l’identité tel qu’il fut prôné par Bouchard. L’indépendance constitue un projet du futur, vivant, ouvert à tous, et qui assure la diversité mondiale en assurant la survie de tous les peuples minoritaires. Cette indépendance est plus nécessaire que jamais, et le sain débat identitaire que veut étouffer Bouchard ne pourra que gagner en force et allumer le flambeau de nos convictions.

Pour en finir avec les référendums
12 juin 2009

« Deux référendums. Perdus. Il est temps de passer à autre chose. » Je partage cet avis. Suis-je soudainement devenu un fervent fédéraliste? Ou pire: un je-m’en-foutiste qui croit qu’en occultant la question nationale celle-ci disparaîtra? Pas du tout. Ce n’est pas parce que deux référendums ont échoué qu’il faut remettre en question l’idée d’indépendance. C’est le référendum avant les négociations d’indépendance qui doit être relégué aux oubliettes.

referendum

Source de l’image

Comme l’a si bien dit l’ex-premier ministre Parizeau il y a quelques jours, il y a trois façons de devenir indépendant: par les armes, par un référendum ou par un vote du parlement. À partir du moment où nous rejetons la première option et que la deuxième a échoué deux fois, il serait peut-être pertinent de considérer la troisième et non pas de rejeter l’idée même d’indépendance comme le voudraient certains fédéralistes. Je l’écrivais dans mon dernier texte:

La crise, elle est permanente. Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre. Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Puisque la crise est permanente, il faut des solutions permanentes. Nous sommes donc forcés de considérer d’autres options que le classique référendum péquiste.

En effet – on a tendance à l’oublier – le référendum, tel que conçu par le Parti Québécois, n’est que le point de départ des négociations d’indépendance du Québec. Au lendemain d’un OUI, tout le travail reste à faire. L’instabilité politique est APRÈS l’événement, ce qui rend les gens plus frileux.

Par contre, si le parlement, qui détient le pouvoir démocratique entre ses mains, déclare unilatéralement son indépendance (comme cela s’est fait avec succès dans de nombreux pays), le fardeau est inversé: ce sont maintenant les fédéralistes qui doivent gagner leur référendum pour relancer le pays dans l’instabilité d’un retour dans le giron canadien. Devant la réalité d’un nouveau pays créé démocratiquement par le vote des représentants du peuple, et devant la non-concrétisation des fables apocalyptiques post-indépendance propagées par certains fédéralistes, la population, débarrassée de la peur du changement, sera libre d’entériner le vote de ses représentants.

Par ailleurs, en organisant un référendum alors que le Québec fait toujours partie du Canada, on ouvre la porte aux pires fraudes, comme cela s’est produit en 1995, quand des villes comme Westmount ont soudainement connu un accroissement de population majeur en quelques mois ou lorsque de 100 000 nouveaux électeurs ne disposant pas de carte d’assurance-maladie ont pu voter. En clair: tant que le Québec n’est pas indépendant, on ne peut pas espérer que le Canada joue franc-jeu et participe honnêtement au référendum: le pays fera tout pour sauver son unité et court-circuiter le processus démocratique québécois. Un ami, ancien attaché politique d’une influente ministre péquiste, me disait hier: « Avec un référendum avant l’indépendance, on donne deux chances à nos ennemis de nous battre: à l’élection et au référendum. » Il a raison.

Dans les faits, il faut se poser une question: sommes-nous en démocratie? Quand nous votons pour un gouvernement, nous voulons qu’il prenne des décisions, oui ou non? L’erreur de Lévesque (répétée par Parizeau) a été de vouloir ajouter un deuxième verrou de sûreté au processus démocratique. Par peur que le parachute principal ne se déploie pas, il s’est doté d’un parachute de secours qui s’est emmêlé et a précipité la chute. Il n’a pas eu confiance dans la suprématie du parlement, et ce fut une erreur fatale: à partir du moment où on rejette la violence, le parlement devient le haut-lieu démocratique et c’est à lui de prendre les décisions; c’est le parlement qui représente le peuple.

Voilà pourquoi la stratagème des référendums sectoriels de Pauline Marois est insuffisant. Par peur de se lancer dans le vide avec le même équipement déficient que ses prédecesseurs, elle espère rafistoler les vieux parachutes et se lancer d’un peu moins haut en espérant que la population se lasse et exige le vrai saut. Comme processus d’habituation aux chutes libres, ça peut aller, mais quand on se veut chef d’un parti se réclamant indépendantiste, ça sent la lâcheté à plein nez.

Le projet Lévesque a fait long feu. Il faut faire les choses différemment. Avant que nous ne soyons complètement assimilés par une immigration que nous ne contrôlons pas complètement et à cause de notre applatventrisme face à la langue anglaise, il est plus que temps d’agir. Donnons-nous les moyens de réaliser l’indépendance au parlement, haut-lieu de notre futur État, et laissons aux fédéralistes le loisir de s’obstiner entre eux quand la catastrophe annoncée n’aura pas eu lieu.

La crise
10 juin 2009

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

crise

Source de l’image

En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

Affaire Patrick Bourgeois: jusqu’où ira le PQ pour cacher ses militants?
22 février 2009

La décision du Parti Québécois de continuer à afficher des publicités dans le journal Le Québécois est une excellente nouvelle. Ceci dit, on ne doit pas oublier qu’elle est assortie d’une demande de rétractation et d’excuses à Patrick Bourgeois pour ses propos soi-disant violents en relation avec la reconstitution annulée de la bataille des plaines d’Abraham. Le parti de Marois a évité les écueils d’une condamnation sans appel d’un des plus fidèles alliés de la souveraineté. On se demande pourtant jusqu’où ce parti est prêt à aller pour reconquérir la clientèle plus conservatrice de la région de Québec.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le PQ stigmatise un de ses plus fidèles alliés : bien avant M. Bourgeois, qui se souvient de Yves Michaud?

patrick-bourgeois-pq-le-quebecois1

Lire la suite de cet article ->

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Laissez-moi hiberner!
11 novembre 2008

Dumont, Marois, Charest, que vous êtes endormants!

Ah merde, je ne voulais pas écrire ce soir.  J’essaie toujours d’en rester à mon engagement vis-à-vis de moi-même consistant à n’écrire pas plus de 2-3 textes par semaine. Mais bon, faut que ça sorte: cette campagne électorale m’emmerde royalement.

Évidemment, ce n’est un secret pour personne, j’appuie le Parti Indépendantiste pour ces élections.  Mais suis-je motivé?  Un peu, certes, mais pas tant que ça.  Je vote Parti Indépendantiste parce que je suis indépendantiste et que ce parti est le seul qui le soit également.  Avouons cependant que c’est toujours un peu difficile une première élection pour un nouveau parti.  Alors je regarde ailleurs, je magasine, même si mon choix est déjà fait.

Aujourd’hui, y avait Marois qui parlait d’un gouvernement Marois et ça m’a écoeuré du Parti Québécois pour longtemps. Sérieusement, est-ce qu’il y a des gens qui ont envie d’un « gouvernement Marois »? Je ne sais pas; un gouvernement du Parti Québécois où on endure Marois, ça va, mais un gouvernement dirigé d’une poigne de fer par cette femme intransigeante et méprisante pour son propre parti? Ça ne me tente pas.

Et Dumont, Dumont, Dumont. « Mario » comme on voit sur ses pancartes. L’ADQ est tellement mal foutue qu’elle n’a même pas pu se payer un conseiller en communications assez compétent pour leur expliquer que le problème découle justement du fait qu’on a l’impression que tout ce qu’a à offrir l’ADQ c’est le « Ti-Mario ». Quand ton image de parti c’est celle d’un « one man show », tu présentes ton équipe, ou si ton équipe fait trop pitié, tu prends n’importe quel clown, genre Simon-Pierre Diamond, et tu lui fait apprendre un texte par coeur et tu le mets en vedette. Tu te diversifies. En ce moment, Dumont a l’air d’un général qui se lance dans une mission kamikaze dont il connaît le résultat à l’avance.

Et Charest, n’est-il pas assez arrogant, celui-là? Je déteste Pauline Marois et la manière dont celle-ci détruit son parti, mais quand Charest affirme que Marois veut « hausser les taxes, couper les services et faire un déficit », il me semble que c’est un peu n’importe quoi. Si tu hausses les taxes et coupe les services, comment veux-tu être en déficit? C’était le petit clip de douze secondes pour la télévision. Cette satanée télévision.

Oh, et ceux qui n’y sont pas souvent, Québec Solidaire. Un programme qui me plaît bien, mais SVP qu’attendent-ils pour donner son 4% à Françoise David? Quand j’écoute cette femme parler, j’imagine une vieille féministe frustrée figée dans les années soixante-dix et incapable de constater les avancées incroyables accomplies par les femmes depuis ce temps.

Vraiment, cette campagne est plate. On l’avait annoncée, mais si j’avais su qu’elle le serait à ce point, j’aurais programmé une petite hibernation jusqu’au 9 décembre.

Ah, et puis merde, jusqu’au 21 mars.

Le pire texte de Patrick Lagacé
10 novembre 2008

patrick_lagacePatrick Lagacé est un de mes blogueurs/journalistes préféré. Généralement, j’aime ce qu’il écrit. Mais son dernier texte est un des pires ramassis d’idioties et d’idées pré-digérées que je n’ai jamais lu de sa part.

D’abord, Lagacé qualifie Jean-Claude St-André de « pur et dur » parce que celui-ci veut un référendum sur la souveraineté. Mais… Pourquoi voterait-on pour le PQ s’il n’y a pas de référendum sur la souveraineté? L’indépendance devrait être la raison d’exister du Parti Québécois, le ciment qui doit unir les différentes factions du parti. Pas d’indépendance, pas de parti. Comment peut-on blâmer un individu, qui a été un fidèle député pendant onze ans de surcroît, de « pur et dur » comme on dirait radical ou extrémiste?

Par ailleurs, l’argument massu de M. Lagacé pour s’en prendre à Jean-Claude St-André est le suivant: celui-ci n’a obtenu que 0,9% des voix lorsqu’il s’est présenté à la tête du PQ en 2005, ce qui le rendrait suspect. Ce que Lagacé ne dit pas, c’est que c’est André Boisclair qui a gagné la course… en promettant un référendum rapide sur la souveraineté! Bref, d’un côté Lagacé reproche à St-André d’exiger un référendum rapide, mais d’un autre il le ridiculise en escamotant le fait que c’est un autre qui a gagné l’investiture justement avec cette promesse. Rarement a-t-on lu Lagacé faire preuve d’autant de mauvaise foi.

Voici un extrait de ce texte, publié dans la feuille de chou habituelle:

Ces souverainistes veulent un pays. Or, en multipliant les singeries, ils nuisent objectivement à la campagne du PQ. Ils embarrassent Pauline Marois. Ils attachent à son soulier Prada ce boulet qu’est le martyr St-André.

C’est ici que la logique des purs et durs ébahit l’observateur extérieur par sa complexité, mesdames et messieurs.

Car nuire à Mme Marois, c’est nuire au PQ. Nuire au PQ, c’est aider l’ADQ et le PLQ. Aider l’ADQ et le PLQ ne fait rien pour aider le PQ à gagner ces élections.

Vous me suivez?

On continue: au risque de passer pour un exalté, si les souverainistes veulent un pays, il faut nécessairement que le PQ forme le gouvernement. Parce que les chances que le PLQ ou l’ADQ organisent un référendum sont pour ainsi dire nulles.

Vous me suivez toujours?

O.K. Donc, en toute logique, les purs et durs devraient se rallier, poser des pancartes, espérer que le PQ gagne et, accessoirement, éviter de se faire hara-kiri pour un obscur ex-député.

Mais non. Les purs et durs, ce week-end, pour faire avancer l’idée de pays, ont choisi de… faire la guerre à Pauline Marois.

Bref, ils veulent gagner en scorant dans leur but.

Non, M. Lagacé, les indépendantistes ne compteront pas dans leur but. Ce que vous ne comprenez pas, c’est que ce ne sera JAMAIS le PQ qui réalisera l’indépendance. Le Parti Québécois ne croit plus au projet souverainiste, a envoyé aux calendes grecques l’idée d’un référendum et se contente d’en agiter le spectre comme on agite un os devant un petit chien-chien pour obtenir son attention à la veille des élections.

Je suis un indépendantiste, un « pur et dur » selon la définition de Lagacé, c’est-à-dire que je crois encore qu’il faut faire l’indépendance… pour faire l’indépendance. (N’est-ce pas ironique? On devient automatiquement un « pur et dur » dès qu’on souhaite des actions concrètes pour la souveraineté dans la logique de Lagacé) Mais je ne suis pas un péquiste. J’oserais: je ne suis pas un péquiste PARCE QUE je suis un indépendantiste. Le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis treize ans, et je suis convaincu qu’il ne fera rien d’ici treize ans: le parti a transformé l’idée d’indépendance en marque de commerce assurant sa réélection chez des gens un peu naïfs qu’on exploite depuis des années.

Quand M. Lagacé aura compris que le Parti Québécois n’est plus le véhicule de l’indépendance, son analyse s’en portera beaucoup mieux. D’ici là, il est probable que nous lirons d’autres textes aberrants comme son dernier où il reproche à un fidèle militant de la première heure de vouloir appliquer l’article premier du parti. Le plus triste dans tout ceci, malheureusement, c’est que M. Lagacé contribue à la supercherie en laissant croire aux gens que de nuire au PQ c’est de nuire à l’indépendance. Car ce que ce dernier n’a pas compris, c’est qu’au-delà de l’homme, le rejet de Jean-Claude St-André constitue un puissant symbole: l’évacuation des meilleurs éléments indépendantistes du parti.

Voilà notre tâche à tous, indépendantistes, d’ici le 8 décembre: répéter ad nauseam que le Parti Québécois n’est plus un parti indépendantiste et que l’indépendance se fera sans lui, et si j’ose dire, contre lui. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui, comme le SPQ-Libre, tentent de ramener le PQ sur le chemin de la social-démocratie et de l ‘indépendance, mais je ne crois plus que le Parti Québécois soit réformable. Son élite a décidé qu’il valait désormais mieux obtenir l’aval de Power Corporation et de ses sbires que d’être au diapason avec ses membres et la population.

Pourquoi je vais voter NPD
14 septembre 2008

J’ai fait mon choix. Ça n’a pas été long cette fois-ci; alors qu’il y a une semaine à peine j’hésitais encore entre donner mon vote au Bloc Québécois ou au Nouveau Parti Démocratique, c’est finalement ce dernier que je désire appuyer. Pourquoi? Pour deux raisons principales.

La première, c’est que Jack Layton mène une campagne exceptionnelle, donnant l’impression que Stéphane Dion et Gilles Duceppe ne sont que de simples figurants. Je crois de plus en plus que le NPD va former l’opposition officielle aux prochaines élections si rien ne change et j’estime que la meilleure façon de contrer le gouvernement de droite de Stephen Harper est de se rallier au parti de Jack Layton, le seul qui, grâce à sa position de centre-gauche, sait s’opposer à Stephen Harper tout en ratissant assez large pour espérer obtenir le vote des Libéraux déçus.

En outre, le programme électoral du NPD me rejoint: investissements dans la petite enfance (tout en respectant les CPE québécois), écologisme (on a tendance à oublier que c’est grâce à M. Layton que le centre-ville de Toronto est climatisé avec l’eau des Grands Lacs), éducation, amélioration des soins de santé publique, lutte contre la pauvreté, lutte contre les escroqueries des grandes entreprises telles que les pétrolières.

Layton a compris ce que beaucoup de politiciens et de citoyens ont oublié: le problème n’est pas la richesse du pays, mais plutôt comment on redistribue cette richesse. Il ne faut surtout pas oublier que Stephen Harper a donné des réductions d’impôts de plusieurs dizaines de milliards $ à de grandes entreprises comme les pétrolières ou les compagnies de téléphonie cellulaire. Ni qu’il a prolongé de trois ans les droits de monopole sur les médicaments de marque, ce qui rend l’accès aux médicaments génériques moins chers beaucoup plus difficile à obtenir. La richesse existe, mais le présent gouvernement a décidé que celle-ci devait aller dans les poches d’actionnaires anonymes ou pour défendre les intérêts américains en Afghanistan (en faisant de nos soldats des tueurs) au lieu de profiter à l’ensemble des citoyens du pays.

Ça doit changer. Et le NPD constitue le meilleur parti pour changer les choses. Il est le seul qui permettra de redonner vie à une classe moyenne dont la condition stagne depuis des décennies.

La seconde raison pour laquelle je vais voter NPD, et non pas Bloc Québécois, est la piètre performance de Gilles Duceppe et du parti en général. Duceppe a le mot « perdant » écrit sur le front avec le même marqueur que Stéphane Dion. Il a perdu ses marques; il a l’air de quelqu’un ne voulant pas être là, ayant simplement hâte de constater l’étendue de son échec pour annoncer son retrait de la vie politique.

Évidemment, ce n’est pas de sa faute. En jetant aux oubliettes le projet souverainiste, Pauline Marois a enlevé toutes les munitions du camp bloquiste, si bien que le parti se retrouve à faire la guerre à poings nus devant l’armada conservatrice. Il ne fait pas le poids, malheureusement, car il ne peut plus rallier les souverainistes (quand même 40 à 50% des citoyens!) derrière lui, si bien que ceux-ci préfèrent maintenant voter pour leurs allégeances sur l’échelle gauche-droite au lieu de voter pour un parti se disant « présent » sans expliquer en quoi sa présence constituerait un plus pour l’indépendance ou, à défaut, pour la vie des citoyens en général.

Si j’étais Gilles Duceppe, j’appellerais Pauline Marois et je la remercierais chaudement d’avoir contribué à une défaite qui s’annonce majeure pour le Bloc en éliminant le seul facteur de cohérence pouvant inciter des gens aux opinions politiques diverses à se rallier derrière la souveraineté.

Ceci dit, je peux encore changer d’idée. Je suis également ouvert aux arguments du Parti Libéral, qui me semble un peu moins à droite que par le passé, de même qu’au parti Vert, même si à mes yeux ce parti n’a pas sa raison d’exister puisque ses politiques environnementales sont déjà inclues au sein du NPD.

Et ne me parlez pas de vote stratégique, SVP. Je vote avec mon coeur, avec ma tête, et selon mes convictions. À mes yeux, s’empêcher de voter pour un parti parce qu’il ne risque pas de gagner dès la prochaine élection constitue une forme particulièrement abrutissante de tautologie; il ne gagnera jamais si tout le monde se dit qu’il ne gagnera pas. À mon avis, il faut voter pour le parti qu’on croit être en mesure de faire le meilleur travail pour améliorer non seulement sa situation personnelle, mais celle de la majorité de la population.

Et ce parti, j’en suis maintenant convaincu, c’est le Nouveau Parti Démocratique.

Je peux encore changer d’idée, mais ça prendrait un gros revirement pour le Bloc et une contre-performance majeure du NPD. Et je ne crois pas que ça va se produire, malheureusement pour mes amis bloquistes.


AJOUT:

Même si je critique durement le Bloc dans ce billet, je ne souscris pas du tout à l’analyse bâclée de l’ancienne aile-droite du parti qui, maintenant que le projet souverainiste est sur la glace, ne se sent plus rejoint par les politiques sociales-démocrates du parti.

On peut évidemment se questionner sur la crédibilité de cette « nouvelle » de La Presse, quand on connaît le penchant fédéraliste de ce journal, de même que sur la crédibilité des auteurs de cette « dénonciation », dont fait partie Richard Délisle, qui a été candidat pour la Canadian Alliance (ex-Reform Party) en 2000 (ça dit tout).

Ceci dit, il faut quand même prendre le temps de réfuter l’argument selon lequel la prétendue proximité du Bloc vis-à-vis des syndicats serait un problème.

En effet, ils ne sont que quatre au Bloc à venir de la CSN. Mais oublie-t-on qu’ils sont des dizaines du Parti Conservateur à venir du milieu des affaires ou de professions libérales? Entre un parti qui est relié aux syndicats, des organisations démocratiques qui défendent les intérêts de la classe moyenne (puisque celle-ci est majoritairement syndiquée), et un autre qui s’acoquine à des intérêts privés sur lesquels les citoyens n’ont pas le moindre contrôle, je préfère – et de loin! – la première option.

La vérité, c’est que sans échéancier référendaire, même à long terme, la droite n’a plus envie de se boucher le nez et de rester au Bloc, avec tous ses députés et militants intéressés par des choses aussi inutiles (à ses yeux) que la redistribution de la richesse. Elle entend faire valoir ses opinions et préfère s’acoquiner avec le gouvernement Harper, « gérant de la franchise du Parti républicain » selon l’analyse très imagée mais tout à fait réelle de Denis Coderre.

C’est Pauline Marois qui est la source de tous ces problèmes. Si elle n’avait pas relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, on n’en serait pas là aujourd’hui. Le Bloc n’aurait pas à choisir entre la droite et la gauche et il pourrait continuer d’être la coalition arc-en-ciel qu’il était à l’origine. Les indépendantistes pourraient mettre de côté leurs différences et se coordonner dans le but de réaliser le projet inachevé.

La sortie publique de ces vieux épouvantails ne doit surtout pas nous faire oublier la cause réelle de l’actuelle apathie bloquiste.


Bonne journée à tous. Je serai de retour demain, mercredi, ou jeudi. J’ai écrit ce petit ajout ce matin car j’ai eu beaucoup de temps pour penser cette nuit. Imaginez-vous que la Ville de Montréal a eu la merveilleuse (que dis-je, splendide, grandiose!) idée de faire des tests de sirène d’urgence de 4h30 à 6h30 (!) ce matin. Juste pour vous donner une idée, fallait élever légèrement la voix à l’intérieur de l’appartement pour bien se comprendre… Y a des coups de pied au cul qui se perdent des fois. Ils ne peuvent pas avertir les gens, ou bien tester leurs machins le jour? Non, la nuit, quand tout le monde a chaud et a les fenêtres ouvertes et qu’on a rangé le climatiseur (qui aurait pu couvrir l’affreuse sirène). (*Soupir*)