Le spin des pointeurs de doigt
2 avril 2012

« C’est à notre existence même qu’on en veut et nous serons d’autant plus attaqués que nous serons plus dignes de vivre »

-Olivar Asselin

La règle cardinale pour tout peuple colonisé est de ne jamais questionner ou attaquer ses colonisateurs. Cette directive non écrite est violée par le dernier sondage L’Actualité, qui fait état de l’hostilité de plus en plus manifeste de la minorité de langue anglaise du Québec à l’égard de la langue nationale des Québécois. Le sondage est d’une telle éloquence et il pointe avec une telle précision les plus grands coupables de l’anglicisation de Montréal et du Québec, que les larbins de service n’ont pas tardé à imaginer toutes sortes de répliques pour tenter de nier l’indéniable.

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Ainsi, François Cardinal, dans La Presse, questionne les points d’exclamation et les tournures de phrases dans le sondage. Il affirme notamment que de parler de pouvoir d’attraction de l’anglais ou de la mondialisation serait tendancieux (!). Puisqu’il ne peut pas attaquer le résultat du sondage lui-même, il utilise la vieille tactique consistant à attaquer la forme pour discréditer l’essence. Pas subtil.

De la même manière, l’extrémiste de la droite économique Joanne Marcotte a publié une série de quatre (!) textes sur le sujet dans la feuille de chou de Péladeau. En clair, elle tente de tailler le sondage en pièces sous prétexte qu’il ne serait basé que sur 504 répondants (ce qui, statistiquement, est pourtant bien suffisant pour établir une tendance), qu’il encourage la division, ou – quelle horreur ! – que Jean-François Lisée, cet ancien péquiste, y est relié. Encore une fois, on s’attaque à la forme parce que l’essence est inattaquable : les anglophones rejettent massivement la langue nationale. Marcotte termine sa (trop longue) série en affirmant qu’il faudrait mieux commencer par cibler notre « communauté linguistique » (depuis quand la langue nationale est-elle une simple « communauté linguistique » ?) que de nous attaquer aux anglophones.

La palme du déni de soi-même et de la manipulation revient à Lysiane Gagnon qui, dans un torchon de langue anglaise, a ressassé une litanie de mensonges. Parmi ceux-ci, elle affirme que le sondage reproche aux anglophones de ne pas écouter Marie-Mai. En fait, le sondage demande plutôt aux anglophones s’ils CONNAISSENT Marie-Mai, et la réponse est la même que pour Régis Labeaume : non ! Autre mensonge : elle termine son texte en blâmant le soi-disant exil des francophones de l’île de Montréal pour expliquer le recul du français. Cet argument-bidon a pourtant maintes fois été invalidé par de nombreux chercheurs. À cet effet, mon essai APARTHEID UNIVERSITAIRE fait d’ailleurs état d’une anglicisation plus rapide pour les banlieues que pour Montréal : entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage anglaise a augmenté de 4,9% à Montréal, contre 7,9% pour les banlieues, ce qui signifie que les banlieues s’anglicisent plus rapidement que Montréal ! Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose…

Le but : intimider

Cette charge coordonnée contre le sondage L’Actualité vise avant toute chose à décourager toute initiative semblable dans le futur. En tentant de discréditer le magazine, on incite tout autre média à y penser à deux fois avant de penser cibler les anglophones du Québec.

Cette attitude est hautement anti-scientifique, voire obscurantiste. Il s’agit d’une tentative DÉLIBÉRÉE de camoufler la vérité aux Québécois et de ranimer en eux les vieux réflexes d’auto-flagellation à la sauce « c’est de notre faute si nous disparaissons ». On tente de décourager toute forme de réflexion critique quant au rôle des anglophones dans l’anglicisation de Montréal.

Ces anglophones méprisent notre loi fondamentale, ignorent tout de notre culture, souhaitent la disparition de notre langue, ne ressentent pas la moindre identification au français, mais ce serait de notre faute si nous nous anglicisons. Que dis-je, ce serait même une idée à la limite du racisme que d’imaginer que ces anglophones puissent constituer une des causes de notre anglicisation.

Tout peuple vaincu porte en lui le poids de la défaite comme une tache qu’il faudrait laver pour l’éternité. Nous, Québécois, en sommes tellement venus à croire nous-mêmes en notre propre infériorité que nous acceptons bêtement le mépris d’autrui comme le miroir de nos propres défauts. Nous ne nous croyons pas dignes d’exister, alors nous devons inventer toutes sortes de schémas paranoïdes pour tenter d’invalider la réalité qui devrait pourtant nous sauter en plein visage : ces anglophones nous ont toujours méprisé et ils nous mépriserons toujours tant que nous oserons tenter de vivre comme un peuple normal, dans notre langue et selon nos valeurs.

Les François Cardinal, Joanne Marcotte et Lysiane Gagnon de ce monde ne sont que l’expression de cette haine de soi qui nous incite encore et toujours à pointer le doigt vers nous quand il faudrait impérativement le faire à la face d’une minorité anglophone québécoise se croyant majorité canadienne et qui agit comme si nous n’avions aucunement le droit à l’existence.

Ça fait un quart de millénaire qu’on pointe le doigt sur nous-mêmes ; ne pourrait-on pas parfois le pointer sur autrui, surtout quand les faits le justifient ?


Vous venez de lire mon millième billet.

Frais de scolarité : propagande de Quebecor
26 février 2012

Les grands manipulateurs l’ont toujours dit : pour contrôler la réponse à une question, il suffit avant tout de contrôler la question. C’est exactement ce que fait Quebecor avec son sondage demandant aux gens s’ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer l’éducation. Alors que les sommes permettant un financement adéquat des études universitaires peuvent venir d’une foule de secteurs, Quebecor fait fi de cette réalité en rétrécissant le débat : ou bien on fait payer les étudiants, ou bien on hausse les impôts.

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Même s’il a maintes fois été démontré que l’éducation est très rentable, et que tout investissement public dans celle-ci entraîne une plus-value pour la société, partons du principe qu’il manquerait 265 millions de dollars au système actuel, soit la somme qu’on veut chercher dans les poches des étudiants, pour atteindre l’éden universitaire, version Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party.

Donc, s’il manque 265 millions de dollars, n’y aurait-il pas moyen d’aller chercher cette somme sans s’attaquer aux étudiants ou augmenter les impôts ? Bien sûr !

1) Une augmentation du nombre de paliers d’imposition. Entre 1988 et aujourd’hui, le nombre de paliers d’imposition est passé de 16 à 3. Cette situation réduit amplement le caractère progressif de l’impôt. Une étude de l’IRIS a démontré qu’un retour à dix paliers permettrait d’assurer une baisse des impôts pour 87% des contribuables tout en engrangeant des revenus supplémentaires de 1,2 milliard de dollars.

2) Une augmentation des redevances minières. Le Québec donne littéralement ses ressources à l’industrie. Son taux de redevance est parmi les plus bas en Amérique du Nord, ce qui n’est pas sans nous rappeler l’époque où Duplessis vendait la tonne de fer « une cenne ». Selon la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, l’État pourrait augmenter ses revenus entre 1 milliard et 4 milliards de dollars si le Québec rejoignait le peloton de tête en augmentant substantiellement ses redevances.

3) Faire payer le plein prix aux étudiants étrangers. Comme je le notais dans un billet précédent, le simple fait de faire payer le plein prix aux étudiants ne venant pas du Québec permettrait d’aller chercher un minimum de 444 millions de dollars par année. Accessoirement, cela permettrait d’améliorer la situation du français, surtout dans la région métropolitaine.

4) Réintroduire la taxe sur le capital. L’élimination progressive de cette taxe par le Parti Libéral du Québec / Liberal Party of Quebec entraîne un manque à gagner récurrent de près de 950 millions de dollars.

On pourrait ajouter d’autres idées, telles qu’exprimées par la coalition Non aux hausses : diminuer le plafond des RÉER (300 millions), moduler la taxe à la consommation en fonction des biens achetés (745 millions), lutter contre l’évitement et l’évasion fiscaux (800 millions), adopter des mesures de contrôle du prix des médicaments (1 milliard), abolir la règle de protection des brevets de 15 ans (200 millions), etc.

En clair, le choix ne se limite pas entre faire payer les étudiants ou hausser les impôts. Une foule de solutions existent et permettraient non seulement de maintenir le gel des frais de scolarité, mais également d’assurer la gratuité scolaire, qui coûterait entre 176 et 405 millions de dollars.

Quand Quebecor (ou le Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party) nous propose ce faux choix, il n’est donc pas question de faits, mais d’idéologie. Il n’est pas question de bien commun, mais de propagande. Il n’est pas question d’information, mais d’une vile désinformation de la part d’un média ayant décidé de limiter le débat à une guerre entre classe moyenne et moins nantis, pendant que son patron continue de compter ses millions, dont une grande partie ont été gagnés grâce au corporatisme des subventions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

À nous de rappeler que si l’État est à court d’argent, ce n’est pas à cause de généreux programmes sociaux ou de l’éducation, mais bien parce qu’on fait le choix, collectivement, de baisser la tête pour juger ceux d’en bas, plutôt que d’avoir le courage de la garder bien droite et de questionner ceux d’en haut.

La mort du bilinguisme
15 février 2011

Le bilinguisme à la canadienne est mort. Pierre Elliot Trudeau avait bien tenté de faire revivre, dans les années soixante-dix, l’idée d’un pacte entre anglophones et francophones offrant respectivement des privilèges à leurs minorités nationales – anglophone au Québec, francophone dans les autres provinces – mais un sondage publié il y a quelques jours a démontré la fin de cette utopie: le français est devenu inutile pour les Canadiens. Seuls les Québécois, bons joueurs jusqu’à en disparaître, croient encore aux vertus de l’apprentissage de la seconde langue officielle fédérale.



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Ainsi, alors que 84% des Québécois jugent important l’apprentissage de l’anglais – même si cette langue n’est aucunement officielle au Québec – ils ne sont que 32% dans les Maritimes, 29% en Ontario, 25% en Colombie-Britannique, 10% en Alberta et 8% en Saskatchewan et au Manitoba à le croire pour le français. Plus de 72% des anglophones, dans l’ensemble du pays, croient que l’apprentissage du français n’a pas la moindre importance, contre seulement 17% des francophones pour l’anglais. L’attrait du bilinguisme, on le constate, constitue une vertu – ou un vice – typiquement francophone. Les anglophones semblent immunisés contre toute francophilie.

Paradoxalement, il semble que plus on trouve inutile l’apprentissage de l’autre langue canadienne, plus on croit vivre dans un pays bilingue. Ainsi, 67% des anglophones ont l’impression de vivre dans un pays bilingue, contre seulement 45% – une minorité – pour les francophones.

Ce paradoxe peut être résolu d’une seule manière: les anglophones comprennent l’inutilité du bilinguisme mais en apprécient les vertus, soit la disparition progressive et inéluctable du fait français en Amérique et le bilinguisme croissant des francophones du Québec, prélude à notre assimilation définitive.

Il faut mettre fin au bilinguisme à sens unique

Puisque le culte du bilinguisme constitue une religion ne s’opérant plus qu’à sens unique – le plus souvent à genoux – et que les anglophones n’ont même plus l’intérêt d’y participer, il est grand temps d’y mettre un terme.

Cette vérité, déjà expliquée par le linguiste Albert Dauzat, qui qualifiait le bilinguisme de passage transitoire d’une langue faible vers une langue forte, est de plus en plus relayée par une génération montante de Québécois lucides face à une anglicisation de Montréal et du Québec s’appuyant sur des services institutionnels bilingues permettant aux nouveaux arrivants de vivre en ignorant la langue commune.

Alexis Cossette-Trudel, doctorant en science des religions et détenant une maîtrise en science politique, est l’un de ceux-ci. Il écrivait, dans une lettre ouverte publiée cette semaine dans Le Devoir:

Sous les nombreux appels à l’adoption du bilinguisme comme mode de vie couve l’idée fallacieuse selon laquelle le français, langue de l’universel s’il en est une, ne suffirait plus à assurer à lui seul le plein épanouissement sociocognitif des Québécois. Le français manquerait de coffre, de profondeur. On voudrait faire croire que l’unilinguisme serait au mieux un handicap, au pire une tare sociale.

Le français disparaît des autres provinces canadiennes précisément parce qu’on le considère comme un handicap n’étant plus suffisant par lui-même pour fonctionner au sein de la société. Évidemment, les anglophones ont donné un bon coup de pouce à cette croyance en éliminant l’enseignement français en Ontario, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba et en Saskatchewan pendant plusieurs décennies, créant ce que la Fédération des francophones de Saskatoon qualifiait, en 1974, « d’ethnocide du fait français ».

Individuellement, les francophones conservent, en partie, leur langue à la maison, mais, fidèles à la vieille maxime selon laquelle une langue parlée après cinq heures de l’après-midi est déjà une langue morte, ils finissent par la troquer pour une langue réellement utile, autre chose qu’un bibelot ancestral posé sur quelque étagère poussiéreuse.

Il faut l’affirmer avec force: la langue constitue un bien collectif et elle joue un important rôle de cohésion sociale. À partir du moment où le bilinguisme est généralisé et que les langues sont mises en libre concurrence, il est inévitable que la langue la plus faible va périr face aux possibilités sociales offertes par la langue dominante. Le choix, collectivement, pour les locuteurs de la langue dominée, se résume à ceci: garder, chérir leur langue comme héritage à offrir à leurs enfants et voir les possibilités individuelles limitées, ou s’assimiler à la langue dominante et pouvoir, individuellement, gravir les échelons sociaux.

Lionel Groulx a bien résumé cette conception:

Nous avons méprisé l’expérience universelle, oubliant que le bilinguisme généralisé, c’est d’ordinaire, à sa première phase, l’agonie d’une nationalité. On nous a entraînés à ces imprudences, au nom de la libération économique et de l’unité nationale. Cependant, je n’ai pas grand mérite à constater que le bilinguisme ne nous a pas empêchés de devenir plus que jamais les domestiques de la minorité dans notre province.

Il y a une seule façon de mettre fin à ce drame: il faut faire cesser la libre concurrence entre la langue forte et la langue faible; il faut séparer le loup et le mouton, non pas pour faire violence au premier, mais plutôt pour protéger le second. Et la seule façon de le faire, c’est par une intervention musclée de l’État – cet appareil collectif – permettant, par des lois, de rendre la langue faible plus attrayante et nécessaire que la langue forte.

Pour ce faire, il faut mettre fin, définitivement, à toute forme de cohabitation entre le français et l’anglais au sein des services gouvernementaux et en finir avec toute forme d’exigence du bilinguisme, cette brèche ouverte permettant la compétition inégale entre les deux langues. Les gens qui ont des aptitudes pour l’apprentissage de langues étrangères peuvent les apprendre, mais cet apprentissage doit être un choix personnel et ne doit pas être encouragée par l’État, étant donné son caractère nuisible pour la survie du français, langue commune des Québécois.

Les anglophones ont beau jeu de hurler que la Loi 101 viole les droits individuels. Ils n’ont tout simplement pas compris que la langue est un bien collectif et que dans un jeu où une langue aussi forte que l’anglais veut jouer d’égale à égale avec un peuple québécois ne représentant que 2% de l’Amérique du Nord, il ne peut y avoir qu’un seul gagnant.

En fait, les anglophones tiennent ce discours sur les droits individuels spécifiquement parce que la libre compétition entre le français et l’anglais constitue le moyen le plus simple pour eux d’assurer la disparition du français. Comme nous l’avons écrit plus haut, alors que la domination anglaise n’était pas encore assurée dans les provinces canadiennes, ils n’ont pas hésité à utiliser les moyens légaux pour rendre le français hors-la-loi. Cette hypocrisie où on tente de refuser au Québec le droit d’utiliser des moyens qui ont déjà été éprouvés et qui ont permis, alors, de limiter l’expansion française hors-Québec, ne peut que renforcer notre conviction quant à la nocivité de la présence québécoise au sein de la fédération canadienne.

Ce nouveau sondage ne fait que révéler au grand jour cette hypocrisie de mauvais joueurs anglophones qui, plutôt que d’assumer leurs convictions d’un Canada bilingue en tant qu’outil permettant à la langue minoritaire de survivre et de s’émanciper, voient dans le bilinguisme généralisé le fardeau devant être porté sur les seules épaules des francophones comme le lourd tribut d’un peuple vaincu qui, maintenant qu’il ne constitue plus une menace numérique, a droit à toutes les douceurs du condamné à mort.

Aux Québécois d’être plus intelligents et de réclamer, face à l’unilinguisme anglophone canadien, un unilinguisme francophone québécois permettant d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans notre langue collective, ce bien le plus précieux, le seul que les Anglais n’ont jamais réussi, après plus de 250 ans d’occupation, à nous enlever complètement.

Oser la pluralité linguistique mondiale

Le monde d’aujourd’hui, contrairement à ce qu’affirment les anglomanes, ne se limite pas à l’anglais. Cette langue n’est ni la première, ni la seconde langue la plus parlée sur cette planète. C’est la langue des lieux communs et des affaires simplement parce que les États-Unis constituent encore – et ce règne achève – la première économie mondiale.

Hier, c’était l’empire britannique; aujourd’hui, l’empire globalisé d’une monoculture avilissante et irrespectueuse des peuples. Pour ceux qui méprisent les identités nationales, hier comme aujourd’hui, la survivance d’un peuple unique et authentique au nord de l’Amérique constituera toujours la pire des hérésies, et encore davantage s’il refuse la soi-disant suprématie de la langue anglaise. Nous avons su nous libérer, même partiellement, de Britanniques qui possédaient presque la moitié du monde. Ne croyons pas qu’il serait impossible, pour nous, de faire la même chose dans le contexte global actuel où les peuples ont plus besoin que jamais d’affirmer leurs identités respectives.

Le monde de demain, ne serait-ce qu’avec la montée de la Chine, de l’Inde et d’autres pays, sera pluriel, et un Québec résolument français sera le témoin de la capacité pour des langues plus faibles à fleurir dans un monde de diversité culturelle et de pluralité linguistique.

Un monde où, l’identité collective de chaque peuple étant bien assurée grâce au pouvoir d’un fort État démocratique assurant la cohésion linguistique, il sera possible de s’ouvrir réellement aux autres peuples, à leurs langues, à leurs cultures, à leurs identités propres, où ceux-ci, ne constituant plus une menace, enrichiront effectivement l’identité de chacun.

En attendant, si on commençait par mettre fin aux privilèges injustifiés des anglophones habitant sur notre territoire, à commencer par le sur-financement de leurs institutions ou le bilinguisme des services gouvernementaux?

Nous sommes à l’avant-garde de la défense des langues nationales.

En 1977 comme aujourd’hui, le monde nous regarde. À nous d’agir et de rendre le français aussi indispensable, incontournable au Québec que l’est l’anglais dans le reste du Canada.

Au nom de la survie du français et de l’espoir que celui-ci peut inspirer aux autres langues dominées, osons un Québec unilingue français!

Mario Dumont veut vous séduire
14 novembre 2008

Que fera Mario Dumont pour nous séduire la prochaine fois?

Mario Dumont est prêt à tout pour nous séduire. C’est le roi du contenant vide, de la pizza indigeste qu’on nous fait passer pour de la haute gastronomie et des clips de douze secondes qui semblent avoir été montés pour séduire un électorat pré-pubère. Tantôt il propose de couper les commissions scolaires, tantôt il fait rire la gallerie en proposant de couper 2 milliards $ dans nos services en pleine crise financière (alors que tout le monde sait qu’il faut au contraire davantage dépenser en période de crise, afin de stimuler la consommation), tantôt il désire mettre fin aux programmes des régions ressources, et maintenant il désire américaniser notre système de santé en permettant une saignée des professionnels du public vers le privé et en refilant la facture aux usagés les moins bien nantis, alors qu’il a été démontré et redémontré qu’un tel système est plus coûteux et moins efficace pour soigner un maximum de gens.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Mario Dumont gagne sa croute en manipulant les gens, en les faisant vibrer grâce à leurs préjugés de droite et en simplifiant à l’excès des problématiques complexes pour essayer de gagner des votes.  Quinze ans qu’il change ses politiques à la petite semaine, s’entourant de gens les plus médiocres et les moins compétents. Quinze ans qu’il propose déréglementations, privatisations et dépeçage de l’État alors qu’on constate maintenant que de telles politiques ont conduit l’économie américaine – et mondiale – au bord du gouffre. Quinze ans qu’il bloque notre parlement et qu’on le fait vivre grassement pour atteindre son seul but: prendre le pouvoir et démolir ce que nous avons mis des décennies à construire.

Mario Dumont est dangereux. Non seulement est-il d’une incompétence légendaire dès qu’il est question d’autre chose que de clips de douze secondes, mais son amateurisme et ses politiques de girouette mèneraient le Québec vers une instabilité encore plus grande que maintenant. Il est en chute libre dans les sondages, et j’ose croire que les gens un peu partout en régions se sont réveillés et on constaté que la seule place d’où M. Dumont ne changera jamais d’idée et où il sera à son aise, ce sera dans les poubelles de l’Histoire, aux côtés d’autres politiciens et mouvements passéistes dont on a heureusement réussi à se débarrasser par le passé.

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?

Une coalition Bloc-NPD?
25 septembre 2008

Le dernier sondage Ekos se révèle plus qu’intéressant: il démontre un glissement vers l’est des appuis au NPD et une érosion subtile mais indéniable de l’attrait des Conservateurs au Québec.

D’abord, le NPD. Le 3 septembre dernier, le parti recueillait à peine 9% des intentions de vote au Québec (21% pour le PLC), mais maintenant il chauffe le parti de Stéphane Dion avec 15% des votes (18% – PLC). Même en Ontario et dans les provinces atlantiques, la vague orange semble vouloir déferler: +7% d’intentions de vote en Ontario et +8% dans les provinces atlantiques! Par contre, le NPD perd des appuis au Manitoba et en Saskatchewan. Tout ceci est très compréhensible.

En effet, Jack Layton a décidé d’offrir un discours résolument urbain et clairement progressiste. Délaissant un peu ses appuis traditionnels dans les Prairies, il a décidé de jouer son va-tout au Québec et en Ontario, confiant qu’il pourra y faire d’importants gains. Même s’il perd des votes dans l’ouest, il fait le pari qu’il pourra causer une surprise en Ontario et aller chercher au moins un comté au Québec, y installant au passage une organisation solide pour les prochaines élections.

Les Conservateurs, eux, perdent du terrain au Québec. Le 3 septembre, ils récoltaient 27% d’appuis (35% pour le Bloc) alors qu’ils végètent présentement à 22% (37% – Bloc). Fait intéressant, ils ont perdu 3% au cours des cinq derniers jours, un signe probable de la prise de conscience de nombreux québécois du radicalisme et de la dangerosité potentielle de leurs positions.

Si la tendance actuelle se poursuit, les Conservateurs pourraient se voir rejoints en terme de pourcentage de vote soit par les Libéraux, soit par les Néo-démocrates. Ceci dit, la distribution des votes les favorise: le vote néo-démocrate est principalement montréalais et dans des comtés perdants alors que les Conservateurs vont aller chercher de nombreux sièges en région, surtout en Beauce et à Québec.

Conséquemment, la stratégie s’avère évidente pour Stephen Harper: continuer de polariser le débat en ostracisant notamment les artistes et en jouant sur les préjugés d’une certaine partie de la population , surtout en région. Il doit aller chercher un maximum de comtés au Québec s’il espère former un gouvernement majoritaire.

Dans le cas du NPD, celui-ci devrait continuer de concentrer ses efforts en Ontario, dans les provinces atlantiques et… à Montréal. La formation d’un gouvernement sera visiblement pour une prochaine fois, mais il est impératif que le NPD s’impose comme la seule alternative pan-nationale face aux Conservateurs et organise ses militants à la grandeur du Québec.

En ce qui concerne le Bloc, il doit continuer de marteler son message selon lequel Harper est une menace pour le Québec, tout en étant très présent à Québec, cette région si chatouilleuse et qui doit être flattée dans le bon sens du poil.

Et les Libéraux? Je propose une montée des marches à genoux de l’Oratoire Saint-Joseph, un petit chapelet et une mission sur Mars pour leur chef. Si rien ne change, tout indique que le parti risque de devenir un parti mineur d’ici les prochaines élections, malgré la stabilisation (très précaire) des intentions de vote au Québec. Pas facile d’être coincé entre deux partis qui ont le vent dans les voiles.

Cette campagne est vraiment de plus en plus intéressante. Tout risque de se jouer au débat des chefs, mais d’ici là beaucoup de choses peuvent se produire. Et il ne faut pas oublier les Verts, ces trouble-fêtes un peu mêlés politiquement et qui viennent enlever des votes au NPD et au PLC, deux partis qui outre d’avoir à peu près la même sensibilité environnementale, sont beaucoup plus crédibles et cohérents…

Par ailleurs, je suis toujours décidé à voter NPD, mais je trouve que le Bloc a connu une bonne semaine et j’aime la vigueur retrouvée de Gilles Duceppe. Il serait intéressant de considérer une union Bloc-NPD, même si celle-ci forcerait le Bloc à confronter la triste réalité de son rejet (quasi-forcé, merci madame Marois) de sa mission souverainiste et les néodémocrates à s’allier avec l’ancien grand Satan « séparatiste ». Idéologiquement, les deux partis de centre-gauche ont beaucoup en commun. Ça pourrait être l’occasion de voler quelques sièges à Harper et Dion en échange de nouveaux pouvoirs pour le Québec.

Ainsi, non seulement le Bloc prouverait à tous ses détracteurs son utilité à Ottawa mais en plus il permettrait à un parti qui se situe à peu près au même endroit sur le continuum gauche-droite de s’approcher encore davantage du pouvoir. On pourrait même imaginer un poste de ministre pour Gilles Duceppe dans un gouvernement Layton, par exemple celui de responsable des langues officielles, ou de la francophonie. Il suffit d’être imaginatif pour considérer toutes les possibilités qu’offrirait une coalition entre les deux partis.

Car à un moment donné, il faut être logique: on ne peut pas dénoncer Harper et le qualifier de grand danger pour le pays et ensuite rester chacun isolés dans son coin sans agir. Si vraiment Harper est un danger pour le Québec et le Canada, alors ses opposants doivent s’unir et constituer une sorte de Front uni comme cela s’est déjà vu dans le passé lors de guerres ou de situations exceptionnelles. Si vraiment les Conservateurs risquent d’endommager irrémédiablement notre qualité de vie, notre réputation, notre économie et nos services publics, il devient plus qu’important de mettre les divergences de côté et de s’unir.

Or, Dion a dit non. Voilà pourquoi il faut considérer une alliance entre le Bloc et le NPD, et tant pis si celle-ci serait quasi-fatale pour les Libéraux. Ou ce qui reste des Libéraux, eux qui ont préféré faire cavalier seul, égoïstes et isolés. Le NPD et le Bloc pourraient ensuite se partager les restes encore chauds du PLC et on aurait peut-être (enfin!) la chance d’assister à une réelle coopération entre deux partis semblables idéologiquement mais ayant la particularité de représenter deux peuples dans une même Assemblée. Au lieu des éternelles chicanes, une ère de coopération pourrait s’ouvrir et déboucher sur un gouvernement canadien plus respectueux de l’environnement, de la classe moyenne, des plus démunis, et de l’importance pour le Québec de défendre sa culture et sa langue.

Je rêve peut-être. Mais c’est mieux que le cauchemar qui risque de nous frapper le 15 octobre au matin si rien n’est fait.

Le blâme du petit boy-scout
6 novembre 2007

Mario Dumont aime faire le clown et se faire remarquer, avec ses gesticulations et ses phrases-choc, autant de mise en valeur sur le paraître pour cacher l’être. Et il ne manque pas une occasion de surfer sur l’actualité: c’était bien lui qui avait lancé le débat sur les accomodements raisonnables, avant de se rétracter de façon honteuse en discréditant le projet Marois, qui lui cherchait de vraies solutions au problème. Mais voici que Dumont relance le même cirque.

En effet, en proposant une motion de blâme contre le gouvernement Charest, sur la « question des commissions scolaires », Dumont démontre encore une fois la petitesse de sa pensée politique et son attitude irrémédiable de perdant habitué de japper fort de son arrière-banc mais incapable de prendre ses responsabilités en tant que co-participant au pouvoir.

Car on les connaît les positions de Dumont. Il avait bien fait rire de lui lors de la dernière campagne électorale, en proposant l’abolition des commissions scolaires. Mais si le taux de vote à ces élections fut faible dimanche dernier, il ne fut pas anormalement faible, c’est-à-dire qu’il est toujours faible et qu’il ne s’agit donc pas d’un fait nouveau. Cette sortie de Dumont était donc pré-programmée, tel un vieux spectacle d’humour maintes fois présenté qui ne fait plus rire personne, et il ne s’agit pour le chef de l’ADQ que d’une manière de faire encore parler de lui. Et tant pis pour ses responsabilités.

Pourtant, il aurait pu proposer des solutions pour revitaliser la démocratie scolaire. Ça fait huit mois qu’il est au parlement; qu’a-t-il fait en ce sens? Il aurait pu proposer une plus grande latitude des commissions scolaires, davantage de pouvoir pour celles-ci, ou même un système de votation quant aux responsables du ministère de l’éducation. Tout ceci aurait cependant demandé deux choses: de l’imagination et le désir de régler les choses. Dans un premier cas, l’ADQ en est totalement dépourvue, se contenant de marcher le vent dans le dos quand il souffle, et deuxièmement elle avait déjà annoncé son désir d’éliminer ces commissions scolaires au lieu de les aider.

Au fond, on peut se demander: Mario Dumont prônera-t-il l’élimination de la démocratie si le taux de participation aux élections législatives chute? La mission du chef de l’ADQ est-elle d’achever le patient malade au lieu de le soigner? Excusez-moi M. le « cheuf », mais avec des médecins comme ça on n’a plus besoin de bouchers. Ce n’est pas en agissant en boy-scout qu’on participe constructivement à la politique québécoise.

Et le pire, dans toute cette histoire, c’est qu’après avoir crié sur tous les toits que l’Assemblée nationale n’est pas un lieu approprié pour débattre du projet péquiste sur la citoyenneté québécoise, il utilise maintenant notre parlement pour émettre un blâme… parce qu’il « trouve trop évasives les réponses du gouvernement sur les élections scolaires ». Wow, la belle leçon de démocratie. « Tu ne t’intéresses pas à ce que je propose, alors je t’envois une motion de blâme ». Les mains en l’air, fais ce que je dis sinon bang bang t’es mort. À ce compte, chaque parti dont les propositions ne sont pas acceptées blâmerait un autre parti et le parlement deviendrait rapidement une foire. Une chance que l’incohérence ne tue pas, car Dumont serait bien mort huit ou neuf fois!

Pendant que M. Dumont joue sa petite joute de l’égo en mal de publicité, le Québec est en train de définir son futur et d’imaginer comment intégrer les immigrants sans y perdre son identité. Pendant que M. Dumont gesticule devant les médias et fait un fou de lui-même, le PQ et le PLQ assument la gouvernance de cette nation et agissent comme seuls des partis politiques sérieux doivent agir.

Si j’étais Pauline Marois ou Jean Charest, je crois que je me contenterais d’un petit sourire en coin, ou d’un soupir rempli de sous-entendus, du genre « vous connaissez Dumont, n’importe quoi pour attirer l’attention ». Ça vaudra mieux que n’importe quel blâme du petit boy-scout blessé dans son égo de voir « son » parti chuter dans les sondages et être relégué à sa juste place dans la politique québécoise: celle d’un tiers-parti structuré entièrement autour de la personnalité de son chef, et n’ayant aucune existence positive en-dehors de lui.

Les incohérences de Dumont face au projet Marois
23 octobre 2007

J’écoutais Mario Dumont ce midi en direct à RDI, lors d’une conférence de presse dénonçant le nouveau projet identitaire du Parti Québécois. En gros, le discours de Dumont se résumait en quelques points.

1) Le projet proposé par Marois est encore une ébauche et l’Assemblée nationale n’est pas un endroit où présenter des projets de lois qui n’ont pas été bien structurés;

2) Le projet est douteux d’un point de vue constitutionnel;

3) Le projet crée un malaise même chez les péquistes.

Tout d’abord, M. Dumont peut-il nous expliquer quel est le meilleur endroit où discuter des politiques d’immigration et d’intégration visant l’ensemble de notre nation, sinon à l’Assemblée nationale? Ce n’est sûrement pas à la taverne Chez Maurice, aux danseuses du Vegas ou dans le sous-sol de l’oncle Robert. C’est à l’Assemblée nationale qu’on doit en discuter. En disant qu’un projet doit être finalisé avant d’être débattu à l’Assemblée, Dumont explique de quelle façon l’ADQ fonctionne: tout est préparé dans le noir, loin des caméras, et les débats de la chambre ne sont qu’un gros show pour les nouvelles de 18 heures. C’est une insulte non seulement pour les citoyens, qui ont élu des représentants devant discuter des sujets les préoccupants, mais également pour l’institution qu’est l’Assemblée nationale.

Ensuite, quelqu’un peut-il demander à Mario Dumont de ne pas parler de constitutionnalité? De quel droit peut-il le faire, lui qui a décrété au milieu des années 90 un moratoire constitutionnel, affirmant que la question était sans importance et qu’il y avait d’autres priorités? Étrange comme les temps changent. Les priorités de Dumont, on les connaît: suivre le courant et surfer sur la vague des sondages. Sauf que quand vient le temps de se mouiller, il a peur le petit! C’est lui qui a le premier repris le débat des accomodements raisonnables, et quand vient le temps d’agir, il s’enfuie comme un lâche! Mais il a raison: si vraiment le projet est inconstitutionnel, alors les Québécois devront rejeter la constitution et voter l’indépendance. Pas facile pour un chef de parti soi-disant autonomiste qui vivote entre deux chaises depuis quinze ans.

Finalement, le malaise, il n’est pas chez les péquistes, mais chez ceux qui ont peur de prendre les moyens pour réaliser leurs objectifs. C’est facile de créer des commissions, d’appeler à l’intégration des immigrants, de se plaindre du recul du français à Montréal. Très facile. Mais beaucoup plus difficile de prendre le taureau par les cornes et de voter les nécessaires lois pour effectuer les changements souhaités. Dumont, comme à son habitude, préfère crier haut et fort et faire de grands gestes devant les caméras, mais quand vient le temps d’agir, c’est le silence radio.

Le projet de test sur les connaissances du français est une excellente idée, déjà en vigueur dans de nombreux pays, tels les États-Unis, la Suisse ou la Finlande. Grâce à un tel test, on permet d’améliorer la cohésion sociale en permettant aux immigrants de mieux comprendre leur société d’accueil et aux natifs de moins se sentir menacés par des gens qui ne s’intègrent pas toujours facilement.

D’un point de vue politique, Marois a véritablement eu un éclair de génie. J’ignore qui sont les politologues dans son équipe, mais je leur lève mon chapeau: en opposant les intérêts identitaires québécois à la constitution canadienne, on peut – enfin! – prouver que le meilleur intérêt des Québécois est l’indépendance, puisque la constitution empêche le Québec de se doter de ses propres politiques d’immigration.

Et on force également Mario Dumont à faire face à ses incohérences et à choisir sa chaise: fédéraliste et respectueux d’une constitution empêchant le Québec de protéger son identité, ou indépendantiste et désireux de sortir du cadre constitutionnel canadien contraignant.

Et puis, si le PQ bat de l’aile depuis qu’il a relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, il peut tout de même espérer recoller les morceaux entre ses diverses factions (purs et durs, aile-gauche, aile-droite) car le ciment identitaire est tout aussi solide et important que celui de l’indépendance.

Voilà qui devrait ramener à la raison ceux qui ont entendu les sirènes adéquistes et qui ont voté pour une girouette incapable d’avoir le courage de ses ambitions.

Le vote émotionnel
26 septembre 2007

Le dernier sondage CROP – La Presse est assez troublant. D’un côté, l’ADQ prend la tête des intentions de vote avec 34%, mais parallèlement on constate que la majorité des électeurs croient que la meilleure personne pour occuper le poste de premier ministre est Pauline Marois, cheffe du Parti Québécois.

Cette contradiction pourrait s’expliquer aisément si le parti de l’ADQ était plus populaire que son chef. Dans ce cas, les gens voteraient pour l’ADQ malgré le chef. Mais ce n’est pas possible ici, car l’ADQ est avant tout le parti de Mario Dumont; il est à peu près la seule personnalité connue de ce parti et tout, absolument tout dans ce parti découle de ses décisions. C’est le parti de Mario Dumont, et de personne d’autre.

Alors, comment expliquer qu’une partie des voteurs adéquistes croient que Pauline Marois ferait une meilleure première ministre? Je crois qu’il faut parler de la composante émotionnelle du choix.

En effet, l’appui à l’ADQ semble avant tout en être un relié à l’émotion, à la passion, et non pas un choix rationnel et réfléchi. On vote pour l’ADQ parce qu’on suit la vague, parce qu’on veut faire partie de la masse des gens, tels ces bisons qui courent vers la falaise. On suit le courant, et on aime cela; on se sent réconforté par le fait que beaucoup de gens pensent comme soi, et on a confiance dans Mario Dumont et dans son image de bon père de famille réconfortant. On recherche une figure paternelle et Mario Dumont est ce petit père politique qu’on aimerait tant avoir.

Mais quand vient le temps de se questionner sur la question théorique consistant à se demander qui ferait le meilleur premier ministre dans le monde concret, le choix devient immédiatement rationnel. Car même si on se sent émotionnellement attiré par Mario Dumont, on sait que Pauline Marois a davantage d’expérience, est plus capable de travailler en équipe et a davantage la stature d’un chef d’État. Puisque la question est théorique (on ne demande pas « qui souhaitez-vous avoir comme premier ministre ») et ne nous engage pas personnellement, on répond selon sa tête, et la tête nous confirme que Marois a davantage de qualités que Dumont pour occuper le poste.

Ce phénomène du vote (émotionnel) de groupe à l’ADQ trouve son appui dans le concept de la pensée de groupe, tel que développé par Irving Janis en 1972. Selon ce concept, des individus, qui autrement sont tout à fait logiques et rationnels, ont tendance à rechercher un consensus plutôt que d’appréhender rationnellement une situation.

« Le danger d’un tel phénomène est que le groupe peut prendre de mauvaises décisions ou des décisions irrationnelles, même si les individus du groupe auraient personnellement pris une autre décision. Dans une telle situation de pensée de groupe, chaque membre du groupe essaye de conformer son opinion à ce qu’il croit être le consensus du groupe sans se poser la question de ce qui est réaliste. La conséquence est une situation dans laquelle le groupe finit par se mettre d’accord sur une action que chaque membre du groupe croit peu sage. » ((Source))

Ainsi, même si individuellement les gens savent que Pauline Marois ferait une meilleure dirigeante que Mario Dumont, ils votent tout de même pour le parti de Mario Dumont parce qu’ils se conforment et s’identifient à cette nouvelle vague adéquiste. Ils ont soumis leur bon sens rationnel au sentiment sécurisant et émotionnellement gratifiant de la pensée de groupe.

Il y a deux problèmes soulevés par cette constatation de l’aspect intrinsèquement émotionnel de l’appui à l’ADQ.

D’abord, peut-on se fier à un gouvernement élu par des gens ne l’appuyant pas pour ses promesses ou ses politiques, mais parce qu’ils s’identifient à son chef ou à l’image incarné par le parti? N’y a-t-il pas un profond risque de dérapage comme on l’a vu très souvent au cours du siècle lorsque des partis populistes de droite ont pris le pouvoir et on pu agir à leur tête sans craindre le jugement des électeurs, subjugués par le charisme du chef (on pense immédiatement à Hitler, ou plus modérément à Reagan, Thatcher ou Mulroney à ses débuts)?

Ensuite, comment le Parti Québécois pourrait-il exploiter ce vote émotionnel et lui aussi faire vibrer le coeur des gens pour aller chercher des appuis? Car c’est bien là un problème profond: le PQ ne peut pas renier ses idées réfléchies et rationnelles, appuyées par ses militants de longue date, pour espérer conquérir les coeurs. Le parti doit trouver un moyen de contrecarrer l’influence négative de l’ADQ sur le débat des idées et ramener les citoyens à la réalité: on n’élit pas des gens qu’on aime, mais plutôt des gens qu’on croit capable de bien gouverner. Mais comment faire passer le message?

Dans le fond, ce que ce sondage démontre surtout, c’est que les électeurs sont encore un territoire vierge à conquérir. Si pour le moment leur coeur va à Mario Dumont, il ne suffirait peut-être de pas grand chose pour mettre l’accent sur le côté rationnel de la politique et miser sur leur préférence rationnelle envers Pauline Marois.

Car c’est bien beau aimer un parti aveuglément, mais encore faut-il qu’il puisse gouverner rationnellement. Ce qui est loin d’être acquis pour un parti immature et aux politiques irréfléchies comme l’ADQ.

Budget: que fera Dumont du sondage?
4 juin 2007

Le tout dernier sondage CROP l’affirme sans détour: la position de l’ADQ lors des tribulations sur l’adoption du budget a été la moins appréciée des Québécois. Mais que fera Mario Dumont de ces résultats?

En effet, le chef adéquiste a toujours été très près des résultats de sondage, changeant souvent ses politiques à la petite semaine, navigant tantôt sur l’insatisfaction vis à vis du système judiciaire, ou sur le débat des accomodements raisonnables ou concernant le Mont-Orford. L’ADQ donne souvent l’impression d’un parti à la dérive, sans direction, à la remorque de la pensée magique du jour, du consensus du soi-disant « gros bon sens ». Le parti n’a que très rarement pris une position qu’il a respecté dans le temps. Et quand il l’a fait, ça lui a pété à la figure, comme cette fois-ci.

Les Québécois ne sont pas des idiots. On élit des gens pour gouverner, pas pour se cacher. Oui, le PQ a eu tort de ne présenter que trois députés lors du vote du budget, mais la position de l’ADQ était-elle plus congruente? Le parti n’a jamais attendu de voir le budget et a décidé de voter contre « par principe » alors qu’une négociation permettant entre autres des modifications et l’élimination des baisses d’impôts consenties aux plus nantis aurait été beaucoup plus constructive.

On dit que dans la vie il faut savoir choisir ses batailles. Pour une fois – peut-être une première fois – l’ADQ a décidé de tenir son bout et de ne pas changer sa position ou revenir sur ses politiques. Et c’est une bataille qu’elle a perdu et qui discrédite durablement le parti et sa capacité à vouloir coopérer dans un gouvernement minoritaire.