Du coquelicot à la fleur de pavot?
12 novembre 2007

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.

Héroïne à bas prix; l’armée responsable?
13 septembre 2007

Voici un graphique qui superpose le nombre de soldats canadiens en Afghanistan et la croissance de la récolte du pavot.

Sources: Chiffres de la FIAS et des médias canadiens pour le nombre de soldats et de l’ONUDC pour la culture du pavot.

Comme on peut le constater, l’augmentation du nombre de soldats n’aide en rien à diminuer la production de drogue dans ce pays. Au contraire, on peut même constater que plus il y a de soldats canadiens en Afghanistan, plus le pavot semble bien se porter!

La théorie officielle, relayée par les principaux médias et de nombreux blogueurs militaristes, affirme que le pavot serait principalement cultivé par les Talibans, qui se serviraient ensuite des profits pour acheter du matériel pour lutter contre les forces d’occupation occidentale. Le gros problème avec cette théorie – outre qu’elle fasse abstraction du fait que les Talibans ont eux-même éradiqué le pavot en 2000 – est justement son incapacité à expliquer la croissance de la culture du pavot compte tenu de la présence des troupes étrangères.

Car si vraiment les Talibans tiraient leurs forces de cette culture, il suffirait donc de s’y attaquer pour leur asséner un très sérieux coup. Mais non seulement la culture du pavot ne régresse pas, mais elle explose, comme on le voit sur le graphique! Ce n’est pas comme si les champs de pavot se cachaient la nuit dans des grottes ou se mêlaient à la population civile. Ils sont là, et il suffit d’épandre des herbicides du haut des airs ou d’aller couper les plantes et on a plusieurs mois pour le faire. Mais en a-t-on la volonté?

Rien n’est moins certain. Surtout quand on connaît l’historique des États-Unis et de la CIA, qui n’a jamais hésité à faire alliance avec des trafiquants de drogue pour atteindre ses objectifs politiques. Selon James Risen, dans son livre « État de guerre », il ne serait pas impossible que la CIA ait fait un pacte avec des seigneurs de guerre, leur assurant de ne pas nuire à leur trafic de drogues en échange d’un soutien contre les Talibans ou à tout le moins d’une neutralité. Cette version des faits a au moins l’avantage d’expliquer la hausse de la production de pavot et l’incapacité (ou plutôt le manque de volonté) des soldats d’y mettre un terme.

Quoi qu’il en soit, qu’on croit à la théorie officielle ou à celle impliquant une collaboration (ou un laisser-aller) entre les troupes d’occupation et les producteurs de pavot, une conclusion s’impose: les soldats canadiens ne font rien d’utile dans ce pays en relation à la culture du pavot et s’il s’avérait que le prix de l’héroïne devait chuter, conséquence de cette hausse de production, ils seront à blâmer quand on constatera une hausse de la dépendance à cette drogue dans les rues de Montréal.

La prochaine fois que vous croiserez un Héroïnomane dans une ruelle ou sur la rue, n’oubliez pas qu’il y a 92% des chances que sa drogue vienne d’Afghanistan, un pays où nous envoyons nos taxes et nos impôts dans une guerre qui ne mène nulle part et où nos soldats donnent davantage l’impression d’une complicité avec les producteurs de drogue qu’un réel désir d’y mettre un terme.

Et si ça se trouve, l’Héroïnomane en question pourrait bien être soldat. À certains moments de la guerre du Viet Nam, près de 20% des soldats américains étaient dépendants de l’héroïne et selon un rapport remis au président Nixon ils avaient davantage de chance de le devenir que de mourir au combat. ((Whiteout: The CIA, Drugs and the Press, A. Cockburn et J. St. Clair, Verso, 1998, p. 238)) Cela démontre déjà le haut niveau de complicité et d’acceptance de l’héroïne et du pavot dans la culture de l’armée américaine des années 60, et ce dans un pays qui ne produisait pas le dixième de ce que produit l’Afghanistan aujourd’hui.

Ramener les soldats canadiens au pays le plus vite possible, d’accord. Mais n’oublions pas d’abord de faire subir une cure de désintoxication à ceux qui auraient vu le pavot d’un peu trop près et de dédommager les utilisateurs d’héroïne au pays qui auront été victimes de la baisse des prix engendrée par la complicité (ou l’incompétence, selon la version des faits qu’on choisit) des troupes canadiennes en Afghanistan.

Dans un quartier près de chez vous, dès le printremps 2009, des Héroïnomanes en uniforme?

À lire: L’empire de la drogue