Sixième année bilingue: la SSJB doit agir!
1 mars 2011

Suite à la décision du gouvernement Charest d’angliciser la moitié de la sixième année du primaire, plusieurs, dont moi-même, attendaient impatiemment la réaction de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB). Quelle forme prendrait la dénonciation de cette mesure anglicisante? Un communiqué de presse? Un texte de Mario Beaulieu, président de l’organisme, sur le site de la SSJB? Une conférence de presse avec des linguistes, des professeurs, des spécialistes faisant état des dangers d’un bilinguisme généralisé et des risques d’assimilation dans un contexte d’extrême fragilité de la langue française? Rien de tout ça. La réaction se limita à une maigre remise en question du caractère obligatoire de la mesure, le tout accompagné d’un appui à l’enseignement de l’anglais intensif. La SSJB est-elle tombée sur la tête?

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Deux raisons expliquent la bizarrerie de cette réaction: la capitulation de l’organisme face au culte du bilinguisme et la peur de mener une lutte dont on ne peut espérer de gain à court terme.

La capitulation de la SSJB face au bilinguisme

Cette capitulation n’est pas nouvelle, mais elle n’a jamais été aussi clairement exprimée qu’en ce moment. Comme je l’écrivais l’automne dernier, Denis Trudel, le porte-parole du Mouvement Montréal français (MMF), une créature contrôlée directement du bureau du président de la SSJB, parlait du bilinguisme comme représentant le « mieux pour nos enfants », indiquait que l’anglais représentait « l’ouverture sur le monde » et que la lutte pour le français au Québec ne pourrait se faire au détriment de l’anglais. Un discours en tout point semblable à celui tenu par les détracteurs de la Loi 101 et du Québec français. Évidemment, on ne peut pas accuser Trudel d’être un adversaire du français – j’ai trop de respect pour lui pour même imaginer cela – mais en adoptant le discours de nos ennemis il donne du poids à ceux qui perçoivent l’unilinguisme français au Québec – à la base de tout notre aménagement linguistique et de tous les gains du français depuis les années soixante-dix – comme étant une tare qu’il conviendrait d’éliminer et les privilèges indus de la minorité anglophone comme un « patrimoine » à chérir.

Elle est loin l’époque où, en 1962, la SSJB déposait un mémoire à la Commission Parent réclamant l’unilinguisme français dans toutes les écoles publiques du Québec, à l’exception de celles de la minorité anglophone. La majeure partie des années soixante et soixante-dix fut d’ailleurs consacrée à la lutte contre les écoles bilingues, notamment lors de la crise des écoles de Saint-Léonard, et la SSJB a toujours participé activement à cette lutte contre un bilinguisme dont nous savions déjà qu’il ne pouvait conduire, s’il était généralisé, qu’à notre assimilation progressive, à l’image du destin des Canadiens-français.

La plate-forme de la SSJB et du MMF a beau faire une distinction entre « bilinguisme individuel » et « bilinguisme institutionnel », arguant que la Loi 101 ne s’opposait pas au premier, mais seulement au second, on se doit de poser la question quant à savoir si un trop fort bilinguisme personnel ne risque pas d’entraîner, à terme, un bilinguisme institutionnel. S’il est vrai que la Loi 101 ne s’opposait pas au bilinguisme individuel, on doit reconnaître que dans son esprit elle prônait la possibilité, pour les Québécois, de pouvoir réussir leur vie uniquement en français. Elle faisait la promotion d’une langue française suffisant à atteindre les plus hauts échelons sociaux, laissant à l’anglais le statut de langue étrangère comme d’autres, utile pour les voyages ou les échanges avec des pays anglo-saxons, mais ne devant aucunement être mise sur un pied d’égalité avec le français puisque, comme l’écrivait Joseph Hanse: « mettre les deux langues sur le même pied équivaut à mettre les deux pieds sur la même langue ».

Or, à trop faire la promotion du bilinguisme individuel sous de faux prétextes, notamment celui de la forte présence anglophone sur ce continent – n’était-ce pas le cas en 1977? – nous sommes en train de creuser sous les fondations de l’édifice que nous avons construit. À terme, il risque d’y avoir un point de bascule où des Québécois, unanimement bilingues, deviendraient incapables d’inciter les immigrants à s’intégrer à la langue commune puisque ceux-ci, se faisant comprendre partout au Québec dans la langue de Shakespeare, ne verraient plus d’intérêt à apprendre une langue devenue non seulement locale, mais également facultative. Insidieusement, puisque le bilinguisme individuel se généraliserait et permettrait à l’unilinguisme anglophone de vivre et de prospérer sur notre territoire, on exigerait de plus en plus le bilinguisme institutionnel pour reconnaître une population anglophone en constante progression. Dit autrement: la différenciation « bilinguisme individiuel » et « bilinguisme institutionnel » tient, à terme, d’une schizophrénie.

Ceux qui ont un talent pour les langues devraient pouvoir apprendre les langues de leur choix, mais imposer l’anglais à tous, c’est déjà mettre un pied dans la tombe.

L’impossibilité d’un gain immédiat

Par ailleurs, une autre raison explique la position de la SSJB et il s’agit de l’envers de la médaille d’une grande qualité de Mario Beaulieu: son pragmatisme. Beaulieu n’est pas un des plus grands présidents de la SSJB depuis des décennies pour rien: fort d’une grande expérience au PQ de Montréal-centre, il a su rallier des militants de diverses origines dans des luttes et des actions concrètes. Il n’est pas rare qu’il rassemble autour d’une même table des dizaines de personnes représentant autant d’organismes de la société civile.

Or, ce pragmatisme, cette capacité à se maintenir dans l’action, a forcément le défaut de négliger les combats qui sont plus dans le long terme, c’est-à-dire ceux dont on ne peut attendre un gain dans un avenir prévisible. Il s’agissait d’ailleurs d’un objet de discorde entre lui et moi lorsque je travaillais sous ses ordres: devant mon insistance pour qu’il agisse contre le culte du bilinguisme, il me répétait inlassablement qu’un combat qui ne peut être gagné fait reculer la cause. Il me racontait invariablement quelque anecdote de militants allant au micro dans quelque assemblée politique pour proposer quelque mesure et, une fois la bonne foi étouffée par la majorité, de quelle façon l’idée en tant que telle reculait et perdait de son potentiel de ralliement. Beaulieu, c’est cela: un tacticien hors-pair. Aux échecs, ce serait Mikhail Tal, ou Garry Kasparov. Toujours à la recherche d’une combinaison permettant un gain rapide et sûr. Le corollaire, c’est qu’il néglige les combats à long terme. Pour poursuivre l’analogie échiquéenne, il mésestime l’importance du jeu positionnel à la Karpov, ces coups tranquilles en apparence, mais préparant une action future. Ces replis qui constituent autant de façons de préparer une contre-attaque ou de bonifier une position dont les possibilités tactiques ont été épuisées.

Pourtant, il faut parfois penser à long terme. Il faut se sortir de l’immédiateté d’une situation où le gain à court terme est impossible. Il faut redevenir semeurs et permettre à ceux qui suivent, dans dix ans, vingt ans ou cinquante ans, de jouir d’une position plus solide leur permettant alors, eux aussi, de devenir des tacticiens et de récolter les fruits d’un cheminement intellectuel assumé. Par exemple, quand Olivar Asselin, alors président de la SSJB, a lancé sa campagne du « Sou de la pensée française », suite au Règlement 17 ontarien de 1912 interdisant l’école française, alors que la SSJB a coordonné l’envoi de manuels et de livres en français aux Franco-Ontariens, il n’y avait pas de gain politique ou tactique immédiat à obtenir. D’un point de vue pragmatique, l’opération fut un échec. Mais à long terme, elle jeta les bases d’une solidarité typiquement francophone et permit, en relayant l’injustice dont étaient victimes les Franco-Ontariens, de conscientiser les Canadiens-français du Québec quant à leur statut distinct au sein du Canada, précurseur d’une conception typiquement québécoise de la nation, qui éclora lors de la Révolution tranquille.

C’est la même chose pour la lutte contre le dogme du bilinguisme. À court terme, il n’y a rien à obtenir. Les médias, les journalistes, et la population en général, chez laquelle on martèle depuis vingt ans au moins l’absolue nécessité d’être bilingue avec autant de force qu’on s’y était opposé quelques années plus tôt, sont unanimes dans leur croyance dans les vertus du tout-anglais, drapés qu’ils sont du linceul d’un néo-individualisme allant de pair avec la montée de la droite économique et de cette croyance que la réussite individuelle, maintenant déconnectée de la réussite collective, passe par l’apprentissage de l’anglais.

Si le terrain est stérile en ce moment, la SSJB n’a pourtant pas le droit de refuser de semer pour les générations futures. Elle doit dès maintenant bâtir un argumentaire faisant réellement du français la seule langue nécessaire pour réussir au Québec: elle doit s’opposer à toute mesure imposant l’anglais intensif à l’école ou le bilinguisme à tous les enfants. Ce discours, loin de faire reculer la cause, comme le croit Mario Beaulieu, permettrait plutôt de préparer un futur dont on ne connaît pas encore la finalité. Par exemple, il est possible que la fin annoncée du pétrole à bas prix ou la montée de la Chine provoquent, d’ici quelques années, le recul de l’intégration économique, le retour du local ou l’adoption du mandarin comme linga franca internationale…

Bref, il faut être prêt: il ne faut plus se contenter d’être des cueilleurs du travail d’autrui, mais redevenir des bâtisseurs pour le futur. Un futur qui ne sera peut-être plus fait de reculs linguistiques de peuples intégrés dans un grand-tout anglomane et destructeur d’identités, mais au contraire de peuples véritablement maîtres chez eux et coexistant pacifiquement dans un monde réellement pluriel où le français, en Amérique du Nord, a le droit d’exister.

Pour le bien-être des générations futures et dans l’espoir de meilleurs lendemains pour les peuples, la Société Saint-Jean-Baptiste de Mario Beaulieu doit accepter de combattre le dogme du bilinguisme. Si elle ne se décide pas à le faire, toutes les lois 101 au monde ne pourront rien faire contre un peuple ayant abdiqué de sa francité et ayant adopté l’anglais comme ultime valeur.

Bilan de fin d’année (merci!)
9 décembre 2009

La fin d’année, c’est l’heure des bilans. Je n’aime pas attendre le 31 décembre ou le premier janvier; le temps des fêtes jette souvent un regard un peu trop jovialiste ou pessimiste (dépendant si on a la chance ou non de passer de belles fêtes) sur sa situation. Je préfère le faire un peu avant, surtout que je serai très occupé d’ici à la fin du mois, écartelé entre un emploi dans le public qui exigera beaucoup de moi et mes responsabilités dans le cadre d’un contrat avec la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Et ce blogue, bien sûr. Ce blogue.

bilan

Ce qui fut un modeste carnet des vicissitudes de mon quotidien de travailleur ayant beaucoup de temps libres pour penser, pris dans sa voiture quelque part en direction de Ville Saint-Laurent, où je travaillais, s’est métamorphosé en projet de carrière. Trois années se seront écoulées dans un mois. Trois années de hauts et de bas, mais j’avance, indubitablement, vers mon destin.

Et cette année, malgré les doutes quant à mes choix, malgré les incertitudes, malgré la peur de me tromper, j’ai cheminé. J’ai quitté Ville Saint-Laurent pour me rapprocher de chez moi, avec l’espoir d’avoir davantage de temps pour écrire, et j’ai été bien récompensé.

D’abord, vous, lecteurs, êtes trois fois plus nombreux qu’il y a un an. Ce n’est pas rien. Je dois vous remercier. Ce blogue ne serait rien sans vous. Merci. Et je dois dire que le pari que j’avais pris, à l’été 2008, de miser sur la qualité et la fidélité de mes lecteurs, a été payant: je crois sans pouvoir me tromper que ce qui fait la richesse de ce blogue ne provient pas tant de ce que j’y ai écrit, mais de la très grande qualité des commentaires qu’on peut y lire. On peut être d’accord ou non, s’enrager contre autrui, mais je n’ai eu, en un an, qu’un seul commentaire à modérer, ce qui démontre que si les discussions ont été viriles, elles ont également été respectueuses. Le blogue atteindra les 20 000 commentaires d’ici un mois, et je crois que ceux rédigés dans la dernière année ont été de grande qualité.

Ensuite, je me suis rapproché du monde des médias et j’ai appris à maîtriser ma capacité à parler en public et à améliorer mes talents d’orateur. Grâce à ce blogue, encore une fois. Grâce à la certitude, en lisant les commentaires, que ce que je faisais dépassait ma petite personne et que je devais prendre des risques. C’est dans cette optique que j’ai accepté des entrevues radiophoniques, télévisées et que je n’hésiterais plus trop à le faire, malgré mon malaise et ma préférence naturelle à être derrière la scène (pour le moment, du moins).

Et finalement – le plus important – je me suis trouvé un emploi de qualité à la Société Saint-Jean-Baptiste. Si j’ai fait diverses tâches dans un contrat depuis le début de l’automne, j’ai finalement signé un document d’embauche, ce qui signifie que je serai officiellement Chargé des communications de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à partir du 5 janvier prochain. Je ne saurais exprimer toute la reconnaissance et la chance que j’ai; je vais être payé pour faire ce que j’aime faire (convaincre) et de la manière dont j’aime le faire (principalement en écrivant) pour une cause qui me tient à coeur (la persistance du peuple québécois et de ses valeurs). Je suis béni des Dieux. Davantage de stress, certainement, mais beaucoup plus valorisant! J’y travaillerai à temps partiel tout en conservant quelques journées par semaine dans mon emploi actuel.

Pour 2010, mes objectifs? Continuer à écrire sur ce blogue, même si j’aurai moins de temps. Je sais pertinemment qu’un blogue moins régulièrement entretenu attire moins de lecteurs, mais je dois évoluer. Ce blogue m’a servi de tremplin, et il pourra encore me servir si je veux continuer dans la voie que j’ai choisie. J’espère toujours continuer à dénoncer les injustices, à me battre littérairement pour les plus démunis ou pour le français. Et je me mettrai toujours disponible pour ceux qui auront besoin de mes humbles talents pour l’écriture d’un discours ou de quelque autre activité.

Faire ce que j’aime et faire avancer le Québec, voilà ce qui m’enchante. Être à la pointe d’une génération montante de Québécois qui, à l’image des premiers nationalistes du début du vingtième siècle, désirent réinventer la société et placent le combat identitaire au coeur des décisions. En finir avec le rouge d’un côté et le bleu de l’autre; en finir avec ceux qui m’accusent d’être d’extrême-droite et les autres d’extrême-gauche; en finir avec les idées préconçues mortifiées à l’avance et qui oublient l’essentiel: assurer la survie de nos valeurs et s’assurer que cette survie ne se fasse pas au détriment des plus démunis. Un nationalisme civique, inclusif, centriste, et qui ne perdra jamais ces deux objectifs de vue. Jamais.

Je ne veux pas jouer la fausse modestie; j’écris parce que ça me démange si je ne le fais pas et je veux le faire dans un but précis: libérer l’esprit des servitudes et des limites. Si j’échoue, j’aurai échoué, mais en attendant je gagne ma vie honnêtement, j’emmerde les emmerdeurs, je réfléchis avec ceux qui veulent que se réfléchissent nos lumières dans le futur et je joins ma plume et ce modeste blogue à la voix de ceux qui espèrent la survie du Québec et des valeurs qui l’ont animé depuis plusieurs générations.

Merci à tous de me lire, et je vous souhaite une année 2010 aussi bonne que fut mon année 2009!

Louis P..

p.s. Si vous trouvez le site plus rapide, vous n’avez pas la berlue; je viens de lui trouver un serveur plus rapide et qui devrait être plus stable que le précédent!

Grand-papa Landry
19 octobre 2009

Je l’aime bien, Bernard Landry. Dans le style grand-papa sympathique, qui raconte des histoires agrémentées de citations latines, un bon verre de vin à la main au coin du feu. Ouais, un bon jack, dirait-on. Parfois, pourtant, je le trouve d’une mollesse, d’une pusillanimité à faire peur. Tiens, aujourd’hui, par exemple, à une conférence de presse de la Société Saint-Jean-Baptiste pour annoncer une activité favorisant la mise en application de la loi 101 au Cégep et un plus juste financement des universités francophones.

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Donc, un journaliste a posé « la question qui tue » à M. Landry, c’est-à-dire la question la plus prévisible qui aurait pu lui être posée, et dont il aurait dû être prêt à répondre depuis des semaines. « Désirez-vous appliquer la loi 101 aux universités? » Interrogation légitime, et la réplique aurait pu être courte et efficace: Landry aurait pu répondre: « Non, nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui ». Fin du débat. Mais non. M. Landry s’est lancé dans un vibrant plaidoyer en faveur de McGill, ce « fleuron » québécois, et a réassuré les anglophones qu’ils n’avaient rien à craindre, et ainsi de suite. Plus colonisé que cela, tu te mets ta ceinture fléchée, tu t’agenouilles et tu dis « missié oui, boss » à tous les passants aux chapeaux haut-de-forme que tu croises sur Beaver Hall.

Évidemment que personne ne propose d’appliquer la loi 101 aux universités! La situation du français à Montréal est catastrophique, mais pas désespérée. La loi 101 au Cégep constitue une réplique proportionnée à la perte d’influence du français à Montréal. Si jamais on doit imposer la loi 101 à l’université, ce sera parce que nous aurons épuisé toutes les autres solutions. Dans dix ans, dans vingt ans, qui sait? J’espère bien qu’on n’y arrivera jamais.

Or, entre affirmer qu’on ne va pas s’en prendre aux institutions anglophones et célébrer le « fleuron » de McGill, il y a une marche que M. Landry gravit beaucoup trop facilement. Si n’importe quelle autre université québécoise recevait le financement des universités anglophones, on en ferait un fleuron. Doit-on rappeler que les trois universités anglophones québécoises reçoivent près de 27% du financement alors que les anglophones de langue maternelle ne composent que 8,2% de la population? Faut-il parler du fait qu’entre 2000 et 2005, McGill a obtenu 121 des 213 chaires de recherches accordées dans tout le Canada, coast to coast? Que 52% des médecins formés à McGill ont quitté le Québec après leurs deux années de résidence? Que le taux de diplomation des francophones est près de 35% plus faible que celui des anglophones? Que les anglophones de 30 à 39 ans sont deux fois plus nombreux à détenir une maîtrise ou un doctorat que les francophones?

Le voilà, le beau « fleuron » québécois que sont les universités anglophones. Des institutions hyper-choyées qui permettent aux anglophones de s’éduquer et de s’émanciper en anglais. Des universités qui agissent comme autant de pôles d’attractions anglophones pour les Québécois: près de 54% des bacheliers originaires de Montréal, en 2003, avaient étudié à une université anglophone. Des usines à anglicisation. Tu rentres puncher au matin de tes vingt ans et tu en ressors dix ans plus tard à chercher tes mots à chaque deux phrases en français. C’est ça, la réalité de McGill et des autres « fleurons » du monde de l’éducation anglophone au Québec.

Nous n’avons pourtant pas besoin d’imposer la loi 101 à l’université. On peut s’inspirer des propositions des jeunes péquistes, qui désirent réduire les subventions pour les allophones choisissant le réseau collégial anglais. À l’université – le nerf de la guerre – on n’aurait même pas besoin d’aller aussi loin. Il suffirait seulement d’établir un équilibre et de financer les universités anglophones à hauteur de la population de langue maternelle anglaise, soit à plus ou moins 8% plutôt que les 27% actuels. En remettant l’argent économisé dans les universités francophones, on en créera, nous aussi, des fleurons.

Oui, c’est un bon grand-papa, M. Landry. Mais tout comme le moment vraiment intéressant des histoires au coin du feu est la discussion qui les suivent, le vrai mérite de cet homme ne constitue peut-être pas ce qu’il dit, mais plutôt les débats qu’il lance. Car soyons honnêtes: on a devant soi un homme se réclamant indépendantiste mais qui grelotte et réclame qu’on ferme la fenêtre par laquelle espèrent s’échapper ses codétenus. Par respect pour les geôliers, peut-être. Ces fleurons de la profession.

Et si on osait prendre le problème du sur-financement des universités anglophones à bras-le-corps?