Trop pressés
18 mars 2010

« On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu’elle soit, qui nous sépare de la vertu. »
– Confucius

La décision du SPQ-Libre de continuer à militer au sein du Parti Québécois constitue une autre déception pour ceux qui, comme moi, espéraient voir ce qui reste de l’aile social-démocrate du Parti Québécois s’organiser au sein d’un autre parti. Il s’agit, encore une fois, de l’erreur classique de gens qui, trop pressés d’obtenir des résultats, négligent de réfléchir à leurs possibilités réelles et qui, sous prétexte de se rapprocher d’un idéal aussi usé que le parti qu’ils défendent malgré leur rejet, pilent sur leurs principes et gaspillent leurs énergies dans une cause perdue.

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Ces pressés affirment à qui veut encore les entendre qu’il vaut mieux militer au sein d’un parti qui a « une chance » de prendre le pouvoir, plutôt que de rejoindre un parti plus marginal ou de créer son propre parti. Or, qu’est-ce que l’histoire du PQ elle-même nous apprend? Exactement le contraire! Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral de Jean Lesage, en 1967, il a sacrifié toute emprise sur le pouvoir pour se lancer dans le vide. Il a décidé que ses principes n’étaient pas à vendre et qu’il valait mieux manger son pain noir durant quelques années que de vivre avec la honte de voir chacun de ses idées battues à chaque fois. Neuf ans plus tard, il était premier ministre. Voilà la force d’une conviction.

En fait, en continuant à oeuvrer au sein d’un parti qui a rejeté à la fois les idéaux sociaux-démocrates avec son nouveau programme économique calqué sur les Libéraux et ses idéaux indépendantistes lorsqu’il a rejeté l’idée d’un référendum rapide, le SPQ-Libre lance le message que ces idéaux n’étaient, sommes toutes, pas si importants. Si vraiment ceux-ci représentaient la population, étaient la solution, on se sort tout simplement de l’Histoire en refusant de leur donner le respect qu’ils méritent. Si René Lévesque avait agi ainsi, il aurait probablement affirmé, en 1967, que le Parti Libéral constituait le « meilleur véhicule », car il était le plus à même de gagner les élections. C’est de courage qu’il faut. Et le SPQ-Libre – tout comme les autres sociaux-démocrates qui demeurent au parti en se pinçant le nez – se sont mis à genoux devant le PQ. On a fait passer le véhicule avant les valeurs qu’il défend.

Or, ces valeurs doivent être la raison d’être de n’importe quel parti politique. On ne peut pas parasiter une organisation sous le prétexte qu’elle risque de nous amener quelque part. On ne peut pas, après un Lucien Bouchard et ses « conditions gagnantes », un Bernard Landry et son « assurance morale de gagner » et une Marois qui ne veut rien savoir d’un référendum sur la souveraineté, continuer à croire que les valeurs défendues par le Parti Québécois sont celles du SPQ-Libre et des sociaux-démocrates. On ne peut pas non plus croire qu’il est possible de s’attacher à un bazou rouillé qui, à défaut d’être capable de proposer une alternative au libéralisme économique actuel, suit le courant et fait de la petite politique à la semaine en espérant atteindre le pouvoir. On ne peut pas faire cela sans devenir soi-même des prostitués du pouvoir, des individus qui renient leurs convictions profondes, leurs idéaux, pour devenir exactement ceux qu’ils dénoncent: des carriéristes prêts à vendre leur mère pour continuer à s’abreuver aux mamelles du pouvoir.

Andrée Ferretti, auteure et militante indépendantiste de la première heure, l’a pourtant bien expliqué: « qui ne fait pas l’indépendance, la combat » (( Ferretti, Andrée (1996). Le Parti québécois : pour ou contre l’indépendance. Lanctôt Éditeur. Montréal. 109 p. )). En réaction à la mise à la porte du SPQ-Libre par le PQ en fin de semaine dernière, elle n’a pas mâché ses mots:

[L’objectif du PQ] n’a jamais été de réaliser l’indépendance nationale, mais celui d’exercer le pouvoir provincial. Avant-hier et hier, dans une véritable intention d’améliorer le sort du peuple québécois. Aujourd’hui, dans le seul but de prendre le pouvoir et, à l’instar du Parti libéral, de l’exercer au profit de la classe dominante.

Cette critique rejoint celle de Jacques Parizeau qui, dans son dernier livre, parlait de tous ces « déclinologues » (les Lucides) que le PQ écoute aujourd’hui avec tant de soins et de la nécessité de ne pas attendre pour agir lorsqu’on atteint le pouvoir et de préparer le référendum bien avant. Véritable fuite en avant, le PQ n’écoute plus ces sages conseils, tout comme le Parti Libéral, en 1967, n’a jamais voulu entendre les plaintes de ceux qui voulaient se doter d’un pays.

Combien d’énergie, combien de talents, combien d’années utiles gaspille-t-on ainsi dans un parti pour qui le pouvoir semble devenu la seule raison d’être? Pensons à tous ces honnêtes militants, ces citoyens qui achètent leur carte de membre, qui s’illusionnent sur les principes sociaux-démocrates et indépendantistes du PQ, qui croient vainement qu’en participant à des colloques et à des tables rondes ils arriveront à faire monter leurs chaudes idées dans l’air gelé du statu quo péquiste? Tous ces gens, ne seraient-ils pas beaucoup plus utiles ailleurs?

Robert Laplante, véritable expert de la question politique, expliquait que le cycle de la Révolution tranquille avait pris fin avec la loi de la clarté, après le dernier référendum, qui mettait, aux yeux du Canada anglais, un point final aux revendications politiques et identitaires québécoises:

Le Parti québécois, s’il a paru s’en affranchir un moment, a fini par retomber lui, aussi, dans les ornières de cette vieille culture politique façonnée par l’Indirect rule. C’est celle qu’imposent les catégories mentales sous-jacentes à la gestion provinciale et qui consiste à gouverner en se convainquant soi-même de la nécessité de prévenir les débordements d’un peuple qui, laissé à lui-même, pourrait se laisser aller à des gestes estimés radicaux. C’est la politique de la moindre audace qui confond la fermeté et le radicalisme, la détermination et l’entêtement.

Ce parti politique, c’était le Parti Québécois de Lucien Bouchard, celui de Bernard Landry, d’André Boisclair, et de Pauline Marois aujourd’hui. On ne parle plus d’échéancier pour l’indépendance (trop radical) ou de redistribution de la richesse (trop radical). On se contente de laisser voguer la bateau en espérant que l’usure du pouvoir battra, à elle seule, le gouvernement Charest. On n’a jamais voulu comprendre que la fin du dialogue canadien, avec la loi sur la clarté, ne devait pas signifier la fin de l’idée d’indépendance, mais plutôt sa radicalisation et sa redéfinition, devant le refus canadien d’assumer son rôle d’interlocuteur.

On peut comprendre le SPQ-Libre et de nombreux militants sociaux-démocrates et indépendantistes d’être pressés. Malheureusement, quand on veut faire les choses trop vites, on les fait souvent mal. Quand on fait passer le véhicule avant les idées, quand on se convainc soi-même de se pincer le nez et de voter pour un parti qui ne représente plus du tout nos idées, on se condamne à oeuvrer à son propre abrutissement, à travailler à sa propre disparition, et à donner crédibilité aux forces qui souhaitent notre propre disparition.

Créer un nouveau parti ou tenter d’en modifier un, comme Québec Solidaire, dont les valeurs au niveau économique peuvent éventuellement se rapprocher de celles du SPQ-Libre, c’est difficile. Ça peut prendre du temps. Mais l’action est essentielle, que ce soit QS ou un autre parti. Rome ne s’est pas bâtie en un jour, et si l’urgence de nos vies fuyantes nous pousse à nous presser, il peut être bon de se rappeler qu’à l’échelle d’un peuple, quelques années, voire quelques décennies supplémentaires, ne sauraient nous couler.

Le mouvement nationaliste a pris près de soixante ans à se développer avant d’atteindre le pouvoir. Il ne faut pas espérer, face à un monde en mutation où les identités nationales sont soumises à une énorme pression anglicisante et multiculturelle, sauver le Québec dès demain matin. Il faudra rebâtir le discours, accepter quelques échecs électoraux, et lutter, au corps à corps, et sans compromis, pour la défense de nos valeurs sociales et identitaires. Il faudra accepter l’idée de concentrer nos forces non pas à infiltrer un vieux rafiot rouillé comme le Parti Québécois, mais à se construire, idée par idée, le navire qui portera la prochaine génération vers ses rêves.

L’Histoire nous regarde, et c’est à nous que revient la nécessaire tâche d’être courageux et de laisser à ses soins un parti qui a été important dans l’histoire de l’affirmation identitaire et sociale du Québec, mais qui ne peut plus rien faire pour nous aujourd’hui.

Ce courage, les pressés du SPQ-Libre et tous les militants péquistes croyant à l’indépendance et à la social-démocratie, en ont manqué.

Cruellement.

Pourquoi il faut quitter le PQ
14 mars 2010

Si de nombreux indépendantistes et sociaux-démocrates croyaient à la possibilité de modifier le Parti Québécois de l’intérieur, ils doivent changer d’avis. La décision de Pauline Marois d’exclure le SPQ-Libre de son parti répond à cette question. Non, ce parti ne changera pas, quand bien même ses militants le souhaiteraient. Au PQ, on ne défend pas des valeurs ou des idées; on dirige le parti au gré des sondages et des objectifs politiques à court terme. Le but est toujours le même: le pouvoir pour le pouvoir, et tant pis pour les militants. C’est d’une rupture dont il est question.

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À l’origine, la recette était pourtant simple: en permettant la création de clubs politiques à l’intérieur du parti, l’ancien chef Bernard Landry espérait satisfaire une aile-gauche échaudée par plusieurs années de gouvernance de droite et empêcher sa fuite vers Québec Solidaire, qui empêchait l’élection de nombreux candidats, à cause de la division du vote. Officiellement, n’importe quelle organisation de militants pouvait prétendre à ce statut, sous certaines conditions, mais toutes les demandes furent systématiquement rejetées. Si bien qu’on s’est retrouvé avec un seul club politique au parti, donnant une sorte de caution morale de la part des progressistes aux orientations du PQ. De nombreux militants du Mouvement pour une élection sur la souveraineté, par exemple, se sont ainsi fait barrer la route; les clubs politiques n’ont pas été créés pour démocratiser le parti, mais simplement pour accommoder temporairement la gauche de peur de la voir quitter pour Québec Solidaire. Simple calcul.

Or, aujourd’hui, avec la dégringolade de l’ADQ dans les sondages, la donne a changé. On ne craint plus Québec Solidaire, non pas parce que le parti ne continue pas sur sa lancée, mais simplement parce qu’il n’y a plus d’alternative majeure à Jean Charest et que le vote adéquiste devrait trouver sa place, naturellement, dans un PQ de droite. On fait le calcul qu’après neuf ou dix ans d’un même gouvernement, les Québécois, en 2012, auront le goût du changement, et que le pouvoir devrait tomber comme un fruit mûr, en autant qu’on n’effraie pas trop les électeurs avec des politiques social-démocrates ou indépendantistes. Résultat: on se colle sur le discours économique dominant, on se tient tranquille, et on censure les empêcheurs de tourner en rond. Au moment où le PQ parle d’identité, il renie la sienne pour faire de la petite politique du sondage, comme le faisait l’ADQ de Mario Dumont, sa seule priorité.

« Les partis de nature révolutionnaire, lorsqu’ils ne réalisent pas rapidement ce dont pourquoi ils ont été créés, deviennent rapidement la possession de réseaux privés […] et utilisent leur mission originelle en faire valoir de leurs buts corrompus » a écrit le politologue K. Deutsch. C’est exactement ce qui se produit actuellement avec le Parti Québécois. On enfonce de force dans la bouche des militants la régurgitation de stratégies politiques à la petite semaine n’ayant comme but que le pouvoir, ce fruit si longtemps désiré et qui viendrait couronner la carrière des nombreux apparatchiks qui se servent du parti non pas pour réaliser des objectifs politiques communs, mais simplement pour y faire carrière. Ces réseaux d’individus décidant des orientations derrière des portes closes et gérant les congrès ou les colloques comme d’habiles metteurs en scène, corrompent ce qui devrait constituer l’essence même de n’importe quel parti politique en santé: sa démocratie, c’est-à-dire la capacité des membres d’en bas de voir leurs valeurs relayées aux plus hauts échelons de la pyramide.

Ainsi, si on ne peut plus permettre à des membres de s’exprimer en s’organisant dans un club politique plus à gauche, si on désire les cacher parce qu’ils s’expriment un peu trop ou sont trop intéressés par les débats d’idées, ce n’est pas seulement d’une formidable capacité d’opposition qu’on se débarrasse. On rejette la démocratie de parti et on inverse la pyramide; les membres ne sont plus que de simples faire-valoir qu’on montre aux caméras et qui adoptent, en applaudissant bêtement, les décisions prises en haut. On tue le parti politique en tant que véhicule capable de représenter les valeurs de la population. Il devient un simple taxi payant, changeant de destination au gré des sondages et laissant tel ou tel groupe sur le coin d’une rue en fonction des objectifs du jour.

À partir du moment où le Parti Québécois devient ce parti sans âme, où les décisions ne proviennent plus véritablement de la base, il ne peut qu’entraîner davantage d’opportunistes, de carriéristes et autres plaies pour n’importe quelle organisation incapable d’en contrôler l’influence. Aucun groupe de militants, aucune sous-organisation, aucun club informel ne peut plus changer les choses: les chefs décident, et les militants suivent. La seule façon de participer aux décisions nécessite donc de monter au sein de la pyramide, et la seule façon de s’y hisser est de voter oui à toutes les suggestions des dirigeants en regardant le plafond et en baillant. On crée ainsi une organisation politique où l’à-plat-ventrisme et le refus des débats devient une condition sine qua non pour atteindre le pouvoir. Le but n’est plus de gouverner pour la population, mais de permettre au système vicié de maintenir son existence atrophiée.

Les changements politiques qui permettent de faire avancer les enjeux importants ne peuvent provenir d’une telle façon de faire. Depuis que les Grecs ont inventé la démocratie, notre système en entier est basé sur l’idée du débat d’idées, de la confrontation de positions opposées devant permettre de faire jaillir la vérité. Si la politique du parti a sensiblement modéré cette approche, forçant chaque clan à s’opposer parfois jusque sur la forme, le débat à l’intérieur des partis ne doit pas, ne peut pas cesser. On ne peut pas museler tout un groupe sous prétexte qu’il offre une mauvaise image au parti ou que ses idées ne sont pas partagées par la direction du parti; ce n’est pas à une minorité de parvenus de court-circuiter cet appareil démocratique.

Dans ce contexte, ce ne sont pas seulement les militants et sympathisants du SPQ-Libre qui doivent prendre acte de la décision de Marois et de ses sbires. C’est à l’ensemble des militants indépendantistes et sociaux-démocrates de réaliser que le Parti Québécois ne peut plus, ne veut plus être modifié de l’intérieur. Les grands chantiers, les grandes discussions, les grands débats, tout ceci est désormais du passé. Il ne reste plus que des ruines fumantes qu’on tente de faire passer pour un spectacle pyrotechnique.

Désormais, c’est de l’extérieur qu’il faut agir, dans d’autres partis, sous d’autres appellations, et il faut avoir le courage de cesser d’écouter les vieux refrains sur les soi-disant convictions indépendantistes et social-démocrates de ce parti, et réaliser qu’à l’interne, le seul mot important est celui-ci: POUVOIR.

Le reste, c’est un spectacle pour la télévision.

Pour ceux que ça intéresse encore.

Le PQ, toujours plus à droite
13 mars 2010

Virage à droite, virage à droite! On ne compte plus les commentateurs qui qualifient ainsi les nouvelles déclarations de Pauline Marois, qui désire enfoncer le parti dans des réformes économiques ayant pourtant prouvé leur inefficacité un peu partout où elles ont été appliquées. Ce n’est pas un changement idéologique qui affecte le parti; simplement une actualisation du discours, une affirmation de ce que tous savaient depuis déjà longtemps: le PQ EST un parti de droite.

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Les baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux mieux-nantis, ce n’est pas seulement le Parti Libéral de Jean Charest qui en est responsable. C’est beaucoup le PQ, entre 1996 et 2003. Des baisses d’impôts qui, aujourd’hui, nous ont entraîné dans un déficit gigantesque et qui forceront vraisemblablement un gouvernement tout aussi à droite à couper nos services.

À l’époque, Landry parlait de « gauche réaliste » pendant qu’il baissait les impôts des corporations. Aujourd’hui, Marois parle d’élimination de la taxe sur le capital, de baisses d’impôts et de hausses de taxes – des mesures régressives qui réduiraient la redistribution de la richesse – tout en continuant à parler de social-démocratie. Ce « virage », c’est bel et bien celui qu’a effectué Tony Blair, en Grande-Bretagne, et qui a à ce point laissé dans la pauvreté quantité de Britanniques qu’on a fini par le qualifier de fils politique de Margaret Thatcher. Ce « virage », c’est la mort et l’enterrement définitif de ce qui reste de l’État-providence québécois.

Les péquistes disent: « créons de la richesse » et diminuons les impôts! Le problème, c’est que, précisément, les pays qui réussissent, qui « créent » de la richesse pour l’ENSEMBLE de leurs citoyens, sont également ceux qui ont les taux d’imposition les plus élevés! À l’opposé, les pays qui ont choisi de baisser drastiquement leurs impôts n’ont rien créé, sinon la pauvreté pour les moins-nantis, la misère, et l’insécurité. Comme je l’écrivais ici:

Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

La véritable opération, le but avoué qu’ont décidé d’embrasser les péquistes maintenant qu’apparaît devant eux le pouvoir si longtemps souhaité, c’est la continuité de leur opération de destruction de l’État-providence et de sa capacité à être le moteur non seulement de notre économie, mais aussi et surtout de la redistribution de la richesse. Rien de nouveau sous le soleil; on désire affamer la bête en coupant les impôts, pour ensuite la dégriffer en coupant les services.

Ce sont les grands démolisseurs, qui, à l’époque de Duplessis, juraient sur la Bible, et qui désormais ne peuvent vivre sans implorer le Dieu du libre-marché et vanter les mérites d’un ordre économique qui nous promet toutes sortes de richesses que nous n’avons jamais vu et ne verrons jamais. C’est du domaine de la foi qu’il s’agit ici. De la foi en le marché, et de la décision concertée d’un parti politique d’abandonner ses racines pour se mettre au services d’un système économique qu’on a déifié et qui ne livre jamais ses promesses.

Cette énième fuite en avant du véhicule rouillé d’un nom ayant déjà mérité ses lettres de noblesse, ne réussira, en cherchant à cloner le Parti Libéral, qu’à frustrer ses éléments de centre-gauche et à les inciter à joindre les rangs de Québec Solidaire ou d’autres partis à l’écoute des besoins de l’ensemble de la population. Le parti met définitivement la hache dans ce qui constituait, à l’origine, son essence, et a décidé de larguer sa gauche pour satisfaire des visées électoralistes et/ou les argentiers préparant sa triomphale victoire aux prochaines élections.

Une victoire qui, malheureusement, se fera sans mon maigre appui.

Il serait grand temps que le SPQ-Libre comprenne qu’il n’a plus de futur dans ce parti et quitte le vieux rafiot péquiste.

À quand un parti social-démocrate qui souhaite défendre l’identité des Québécois? À quand un mélange des excellentes idées économiques de Québec Solidaire avec des valeurs comme la protection du français et la survie linguistique et identitaire des Québécois?

Celui qui saura répondre à cette question aura, selon moi, tout un bassin de population à satisfaire. Surtout depuis que le PQ a décidé que ces gens ne valaient plus la peine d’être représentés.

Ce n’est pas d’un virage qu’il est question, mais bel et bien d’un abandon.

Celui des plus pauvres, de la classe moyenne, des militants, et de l’ensemble d’une population qui a compris que si nous sommes faibles individuellement, nous sommes très forts collectivement. Et que c’est l’État, notre démocratie, qui doit être le levier et l’expression de cette puissance.

Quand le PQ s’attaque à la social-démocratie
26 février 2010

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.
En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.
Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.
Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.
Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?
Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.
Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.
Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?
Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.
Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

Quand le PQ s'attaque à la social-démocratie
26 février 2010

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.

En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.

Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.

Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.

Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.

Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.

Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?

Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.

Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

Merci Élodie!
21 août 2007

Un article, publié dans Le Soleil, cite une étude, menée par le chercheur Henry Milner, professeur invité à l’Université de Montréal et professeur à l’Université Umea en Suède, et qui stipule que les Québécois francophones ont une meilleure éducation politique que les Canadiens anglais ou les Américains.

Aux yeux de certains propagandistes de la vieille droite, comme Élodie G. Gagnon, cela signifierait que j’aurais eu tort d’affirmer que c’est une dépolitisation générale qui explique les succès de l’ADQ.

Pourtant, ce n’est pas parce les Québécois sont plus politisés qu’ils sont assez politisés. Ici, nous résistons contre un populiste démagogique comme Dumont depuis 14 ans. Au Canada, ils ont déjà élu Harper et aux États-Unis ils ont élu Bush deux fois! Cette recherche n’est pas une preuve du haut niveau de politisation des jeunes Québécois, mais bien une démonstration du piètre niveau du Canada anglais et des États-Unis! Que le Québec soit capable de lutter depuis vingt-cinq ans contre une idéologie aussi envahissante que le néolibéralisme, et ce dans un contexte de dépolitisation générale que ce dernier contribue à encourager, voilà qui est déjà un exploit!

En fait, et contrairement aux lubies de la droite, ce que démontre cette étude c’est le succès d’un modèle d’éducation inclusif, public et universel. Cela démontre que malgré tous ses défauts, notre système d’éducation est plus performant et plus apte à former des citoyens responsables que ceux du Canada anglais et des États-Unis. Mais ce n’est pas surprenant.

En effet, notre système est peu coûteux (malgré les hausses des frais de scolarité appuyées par la droite) et il permet à un maximum d’individus de profiter d’une éducation de qualité qui, ailleurs en Amérique du Nord, est réservée aux élites. Dans un contexte de dépolitisation générale depuis une vingtaine d’année, notre système d’éducation est un rempart contre le cynisme ambiant et les idéologies simplistes.

Il est rare que les blogues de droite puissent contribuer positivement au débat. Généralement, on y lit des trucs un peu déconnectés de la réalité et semblant s’adresser davantage aux préjugés des gens qu’à leur intelligence. Mais pour une fois, et ce n’est pas coutume, félicitons notre amie Élodie G. Martin, qui vient de faire la promotion sur son blogue d’un système d’éducation public et de la supériorité du modèle social-démocrate sur le modèle néolibéral pour ce qui est de l’éducation civique et politique des citoyens.

Aura-t-elle maintenant l’humilité et la lucidité d’admettre publiquement ses contradictions et de revenir sur son appui au dégel des frais de scolarité et au modèle néolibéral de gestion de l’État?