Jacques Demers, sénateur ou homme de paille?
28 août 2009

Renversant. Je n’ai pas d’autres mots en tête pour qualifier la nouvelle de la nomination de Jacques Demers comme sénateur. Stephen Harper rit-il de nous?

Qu’on se comprenne bien: Jacques Demers est un individu d’une ténacité exceptionnelle, ayant atteint les plus hauts échelons du sport professionnel tout en étant analphabète. C’est également un homme très sympathique, que j’ai eu l’occasion de rencontrer en personne il y a quelques années et qui n’a pas hésité à me faire la conversation, moi qui n’était qu’un adolescent à cet âge. Un homme de coeur, un bon vivant, un exemple de persévérance. Un homme que j’admire.

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Or, être sénateur, il me semble, c’est bien plus que cela. Les sénateurs doivent approuver toutes les lois – et donc les lire. Ils améliorent ou amendent les projets de lois votés par les députés. Ils peuvent présenter des projets de lois. Ils peuvent organiser des enquêtes. Malgré le fait que leur rôle a été grandement amputé au fil des ans, celui-ci demeure bien réel et tangible: un sénateur, c’est bien autre chose qu’un vieil homme assis à ne rien faire sur un salaire de 135 000$ par année.

La question doit donc se poser de la manière la plus honnête possible: Jacques Demers peut-il être un bon sénateur s’il a de la difficulté à lire les manchettes du journal? Cruel questionnement, d’accord, mais tout à fait nécessaire. Et malgré les qualités de coeur de l’homme, la réponse saute tout de même aux yeux.

Par ailleurs, Stephen Harper ne manque pas de front avec cette nomination. Lui, qui en 2006 jurait qu’il allait rendre les sénateurs redevables devant les citoyens, n’a cessé de faire marche arrière depuis. À la veille de Noël, l’an dernier, il a nommé dix-huit nouveaux sénateurs. Dix-huit sénateurs redevables à Stephen Harper. Dix-huit individus ayant décroché le gros lot grâce à Stephen Harper. Tout comme Jacques Demers. Croyez-vous vraiment que ce dernier va dénoncer les Conservateurs si ceux-ci refont des coupures dans l’alphabétisation, comme en 2006? Il affirme vouloir défendre les plus démunis. Parions que cela se fera dans un cadre bien précis où il refusera de mordre la main de celui qui l’a nourri.

En fait, la véritable question devrait être la suivante: à quel jeu Harper joue-t-il? Essaie-t-il de démontrer par l’absurde l’inutilité du sénat, ou bien espère-t-il maladroitement de s’attirer les faveurs du petit peuple québécois à l’approche des élections en nommant un véritable homme de paille qui lui sera redevable? Une seule certitude: cette nomination dévalorise la fonction de sénateur et ridiculise un peu plus nos institutions. Elle nous rappelle également à quel point il est facile pour un politicien de renier ses promesses lorsque ses intérêts personnels sont en jeu.

Une éclatante victoire pour Jacques Demers, mais une défaite pour la légitimité de notre système démocratique. Ce n’est pas un nouveau sénateur avec des dents qui se présente aujourd’hui à la population, mais un sympathique homme de paille trop heureux de sa nouvelle situation et insuffisamment articulé pour s’opposer au gouvernement. Un homme admirable et près du peuple, peut-être, mais qui ne lui est aucunement redevable, merci à Stephen Harper.

Le rêve (sexiste) de Céline Hervieux-Payette
23 décembre 2008

Hier matin, je regardais RDI en direct et j’écoutais Céline Hervieux-Payette parler de ses impressions quant à la future composition des dix-huit sénateurs que Harper nommerait un peu plus tard dans la journée. J’étais en train de manger et il n’y avait rien aux autres postes, car entre nous, Céline Hervieux-Payette est d’une platitude proverbiale.

Soudainement, elle a dit ceci, avec des trémolos d’émotion dans la voix:

« J’ai fait un rêve; j’ai rêve que Harper nommait dix-huit femmes. »

Pour Mme. Hervieux-Payette, ce serait formidable de choisir dix-huit femmes sur les dix-huit nouveaux sénateurs. Et l’animateur de RDI a conclu son intervention en souhaitant « qu’il y en ait au moins neuf ».

Je ne sais pas pour vous, mais j’aimerais m’imaginer la situation inverse un moment. Si un homme avait affirmé avoir rêvé de dix-huit nouveaux sénateurs masculins en se montrant émotif face à cette perspective, et si l’animateur avait souhaité « qu’au moins la moitié soit des hommes », comment auraient réagi les féministes radicales, selon vous? Elles auraient envahi les ondes, écrit des lettres de dénonciation afin de s’attaquer à ce dangereux sexisme qui tente de ramener les femmes à la maison, à leur vaisselle, à leur lessive. Elles auraient crié à la discrimination, et elles auraient eu raison de le faire.

La vraie question, alors, est la suivante: pourquoi est-ce que la discrimination doit forcément être à sens unique? Souhaiter qu’on choisisse quelqu’un parce qu’il est un homme serait du sexisme alors que de choisir quelqu’un parce qu’elle est une femme serait une chose souhaitable. Cautionnez-vous ce deux poids, deux mesures? Pas moi.

Comment se surprendre d’une telle situation? Yvon Dallaire esquisse un début de réponse dans son livre « Homme et fier de l’être »:

Les féministes ont accusé les hommes d’être responsables de tout ce qui allait mal sur cette planète et que c’était à cause d’eux si les femmes se retrouvaient dans des situations socioéconomiques défavorables.   Elles leur ont dit qu’ils étaient des violeurs et des violents en puissance, qu’ils étaient insensibles et inexpressifs, qu’ils étaient des pères absents… et quoi d’autre encore! Beaucoup d’hommes ont copié et confirmé ces discours mis de l’avant par les féministes des années 60-70. Les hommes sont, à l’heure actuelle, le seul groupe contre lequel on peut déblatérer publiquement sans que personne, ni eux-mêmes, n’ose prendre leur défense. L’homme a laissé dire parce que lui-même en est venu à croire qu’aujourd’hui être homme, c’est tout ce qu’il ne faut pas être.

Évidemment, dans la situation présente, il n’est pas question d’avoir déblatéré ouvertement sur les hommes. La discrimination est silencieuse et sous-jacente: en souhaitant l’élection de sénatrices, c’est-à-dire en prétendant qu’il faut choisir les sénateurs en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences, le message lancé est le suivant: les femmes sont supérieures aux hommes. Il s’agit d’un message constamment relayé dans de nombreux médias et alimentés par les groupes féministes, dénonçant le moindre bout de peau de femme à la télévision mais ne s’offusquant pas le moins du monde quand on donne un rôle d’attardé mental ou d’animal aux hommes dans les publicités.

C’est Denise Bombardier, pourtant une féministe de la première heure, à une époque où le féminisme avait sa raison d’être, qui a le mieux résumé le problème lors d’un discours prononcé en mars 1996 aux Rencontres philosophiques de l’UNESCO:

« Le Québec est une société matriarcale, c’est un matriarcat psychologique. […] Il existe un problème d’identité entre les garçons et les filles, et il est évident que le désarroi est plus présent chez le garçon, d’autant plus que, dans notre société, le mouvement féministe a été très fort. Les petites filles sont particulièrement valorisées dans le système scolaire. Que leur dit-on? : « Tu peux faire tout ce que ta mère a fait, et tu peux faire tout ce que ton père a fait. » Et que dit-on aux petits garçons? : « Il ne faut surtout pas que tu fasses comme ton père. »

En clair, on valorise systématiquement les modèles féminins et on lance le message suivant aux jeunes garçons des nouvelles générations, par la publicité, le système scolaire, la justice ou les médias : tu es inférieur, tu es du mauvais sexe, et peu importe ta valeur on va prendre une femme avant toi parce que les femmes sont supérieures à toi. On peut te traîner dans la boue parce que tu es un homme, mais n’ose jamais faire la même chose à une femme, parce qu’elles sont intouchables.

Le voilà, le féminisme contemporain. Et voilà de quelle façon il s’insinue dans les médias et qu’il contamine nos esprits. Sous couvert de faire une « place aux femmes » nous en sommes venus à désirer inconsciemment une société de femmes pour les femmes et à ne plus choisir les gens en fonction de leurs compétences mais plutôt en fonction de leur sexe.

Si les hommes ont peut-être exagéré par le passé, et que le féminisme a été trop loin, il reste à souhaiter que le retour du balancier se fasse en douceur et qu’on puisse «déféministériser » la société sans pour autant recréer des inégalités envers les femmes. Car l’égalité, ça commence avant tout dans les esprits, avec la conviction que les sexes sont égaux et qu’on doit traiter les gens indifféremment de leur sexe tout en respectant leurs différences individuelles.

À quand une dénonciation du discours de Céline Hervieux-Payette par les groupes féministes?