Soldats ou futurs mésadaptés sociaux?
25 décembre 2008

Ça s’est passé mardi le 23 décembre. Mon amie, qui travaille à la SAQ, est arrivée vers midi pour faire son quart de travail, et s’est installée toute souriante à sa caisse. Elle a accueilli son premier client d’un « bonjour » accompagné d’un sourire. Sauf que celui-ci ne lui a pas répondu avec un sourire, mais a plutôt commencé à l’engueuler parce qu’elle lui avait parlé français, la traitant de « fucking frog », de « bitch » et lui disant qu’elle se devait de parler anglais. Elle a alors fait la transaction très rapidement, espérant se débarrasser de cet individu au regard hagard et crachant son venin gratuitement sur elle. Sauf qu’à la fin, le type voulait un sac, et mon amie lui a donc expliqué que les sacs sont payants à la SAQ (depuis juillet ou août si ma mémoire est bonne) et il lui a alors répliqué, la pointant d’un doigt menaçant à quelques centimètres du visage: « J’étais soldat en Afghanistan et j’ai tué des gens pour moins que ça, bitch ». Il a ensuite été sorti de force par deux gardiens de sécurité, non sans qu’il continue à gueuler et à insulter tout le monde.

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Ce type constituait-il une exception ou existe-t-il un réel problème chez les soldats de retour du combat? Je penche pour la deuxième option.

Une vaste étude étatsunienne effectuée entre le 30 septembre 2001 et le 30 septembre 2005 sur 103 788 soldats vétérans d’Irak ou d’Afghanistan a conclu que 25% de ceux-ci (25 568 soldats) ont reçu un diagnostic de troubles mentaux, dont 56% de ceux-ci avaient deux ou davantage de ces troubles.

La plupart du temps, le soldat de retour du combat souffre d’un État de Stress Post-Traumatique (ESPT). Comme l’explique Anciens combattants Canada:

De nombreuses études ont démontré que, plus l’exposition du militaire au traumatisme de guerre est longue, intensive et horrifiante, plus celui-ci risque de devenir émotivement drainé et souffrir d’épuisement. Cela se produit même chez les soldats les plus forts et les plus sains; par ailleurs, ce sont souvent ces derniers qui sont les plus troublés par la guerre, car ils résistent beaucoup au traumatisme. […] Les psychiatres ont réalisé, après la Seconde Guerre mondiale, que ces problèmes ne sont habituellement pas une maladie mentale naturelle, comme la schizophrénie ou la maniacodépression, mais bien une forme différente de maladie mentale résultant d’une trop grande exposition au traumatisme de la guerre.

De plus, une étude de la sociologue Deborah Harrison, publié en 2000, démontre que les femmes de soldats sont plus à risque de souffrir de violence conjugale.

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Voilà donc ce qu’est un soldat qui revient du combat: un être souvent mésadapté, une bombe humaine prête à exploser sans raison. Cette fois-ci, ce n’avait été que des mots, mais qu’en sera-t-il si l’homme se fait couper sur l’autoroute ou insulté dans la rue? Sortira-t-il un canif suisse de ses culottes pour égorger quelqu’un? Le soldat qui revient du combat constitue souvent une menace pour la population en général. Si plusieurs victimes d’ESPT intériorisent leurs troubles et finissent parfois par se suicider, d’autres extériorisent leur frustration et deviennent une menace pour autrui. Quand on a vu la mort de près, quand on a tiré sur quelqu’un qui vous regarde dans les yeux et qu’on y a pris un plaisir morbide, ne devient-il pas tentant, de retour au pays, de continuer à voir la vie comme un éternel combat où la mort, plus souvent qu’autrement, devient une finalité?

Je les plains ces soldats. Ils sont naïfs; ils croient réellement dans leur esprit qu’ils vont en Afghanistan pour aider. Ils se voient comme des sauveurs et ne comprennent pas que cette guerre n’est pas la nôtre mais que nous devrons subir les conséquences sociales et économiques de leur détresse psychologique lors de leur retour au pays. Combien de vies seront ainsi gâchées? Combien ça peut coûter soigner tous ces nouveaux troubles psychiatriques?

Quand on parle du coût de la guerre, je crois qu’il faudrait inclure ces coûts-là. Ne pas penser que « nos » soldats s’en vont tuer de l’Afghan pour revenir avec un diplôme universitaire et une petite valise remplie de nouvelles habiletés sociales. Ils sont partis comme de simples petits gars de chez nous croyant aider et ils reviennent souvent en profonde détresse, deviennent une menace contre la société et auraient besoin de se faire soigner, voire isoler des autres citoyens.

Avec mon amie, ce n’étaient que des mots. Mais la prochaine fois?

Combien de jeunes Québécois sacrifierons-nous ainsi sur l’autel d’une guerre qui n’est pas la nôtre mais dont nous souffrirons les conséquences par notre faute?

Le (vrai) cartel
13 juin 2008

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

Babich rosé
31 mai 2008

Le nouveau Babich rosé, directement de Nouvelle-Zélande, est tout à fait délicieux à 14,75$, avec de généreux arômes de framboises et une présence sucrée extrêmement subtile et délicate.  Un vin qui ne va pas tout casser, mais qui est un excellent choix pour la fin d’après-midi sur une terrasse, ou sur le bord de la piscine, quand on a envie de quelque chose de nouveau.

3,9/5,0

 

 

Alcool: quand le privé est bouchonné
7 décembre 2007

J’ai une amie qui étudie aux HEC et qui a écrit un portrait d’entreprise de la Société des alcools du Québec (SAQ). En voici un extrait, qui compare la situation au Québec à celle de l’Alberta.

« Le 2 septembre 1993, le ministre responsable de L’Alberta liquor control board (ALCB) annonçait la privatisation de la vente au détail des produits d’alcool, le gouvernement a confié la gestion de son entrepôt à une firme privée.

Les magasins ont été vendus à un prix largement inférieur à leur coût d’acquisition. Les propriétés de l’ALCB ont été évalués et vendues à un prix qui s’approche davantage de leur valeur comptable que de leur juste valeur marchande c.a.d. de leur valeur économique réelle. La perte pour le gouvernement albertain serait d’au moins 26.2 millions de dollars.

Selon le gouvernement albertain la privatisation ne devait avoir aucun impact sur leurs revenues. Mais le gouvernement a perdu environ 968.5 millions de dollars en marge bénéficiaire brute de 1998 à 2002 en raison de la privatisation et des baisses successives des taux de majoration. Il n’a économisé en revanche qu’une somme de 519.0 millions de dollars en salaires et autres dépenses d’exploitation pour les mêmes années. Il y a donc un manque à gagner de 449.5million de dollars soit 90 millions de dollars par année depuis les 5 dernières années.

Pendant le processus de privatisation les prix on fortement augmenté en Alberta. Les prix des vins ont augmenté de 13.3% en un mois seulement, les spiritueux de 10.4% et les bière de 8.7% pour une moyenne de 10.3% d’augmentation. Comparons une bouteille de champagne de Dom Pérignon au Québec nous la vendons 191$ en Ontario 192.15$ et en Alberta 221.48$.

Les hausses de prix sur le marché albertain ont été observées malgré les baisses de taxes successives et les baisses marquée des salaires des employés (baisse de 36% du taux horaire passant de 11.85$ de l’heure à 7.55$) et les baisses des conditions de travail.

La fragmentation du marché en raison du nombre croissant de magasins, l’augmentation des coûts d’entreposage et les frais de livraison plus élevés ont contribuer à rendre le système privé plus coûteux que l’ancien système public.

Un nombre important de produit est plus disponible aux entrepôts mais divers sondage sont venu confirmer une baisse de la sélection disponible dans la majorité des magasins privées. Les produits ne semble pas se retrouvé sur les tablettes.

Le marketing socialement responsable de l’alcool semble moins efficace avec le secteur privé, sans compter les coûts additionnels qu’entraîne la surveillance du commerce privatisé de l’alcool afin d’éviter la contrebande ou la fabrication illégale.

Les heures d’ouverture ont augmenté ils ont passé de 72 à 112 heures. Il y a également eu une augmentation de magasin de 310 à 1087, par contre chaque point de service offre moins de produits différents.

Bref, l’étude des données depuis 10 ans nous démontre l’échec presque complet des attentes qu’avait formulé le gouvernement Albertain en 1993.» (J-Ève Grenon)

La démonstration est assez éloquente: si le nombre de points de vente a augmenté, le choix a diminué, la responsabilité éthique face à l’alcool s’est évaporée, les conditions de travail des employés ont régressé, les prix ont explosé et le coût économique pour l’Alberta a été dévastateur.

Quelques faits utiles à rappeler à tous les apôtres du tout-privé, notamment chez les jeunes Libéraux. Et une autre preuve que le désir de confier au plus offrant une entreprise aussi performante et rentable pour l’État que la SAQ tient davantage de l’idéologie que d’une froide et précise analyse des faits.

La SAQ est un exemple à suivre dans son domaine; vouloir sa désintégration est non seulement illogique, mais tout simplement stupide et réduirait non seulement le service offert aux clients (surtout en-dehors des grands centres) mais également la richesse de l’État.

Je propose que ceux qui ont été assez stupides pour proposer cela soient échangés à la SAQ du coin, avec la facture, pour une cuvée libérale au goût un peu moins bouchonné.

Les propositions stupides des Jeunes Libéraux
24 novembre 2007

Après les demandes des jeunes adéquistes (un pléonasme, s’il en est un) de s’en prendre aux assistés sociaux, voici que les jeunes libéraux s’attaquent à la classe moyenne et aux plus pauvres. Décidément, la droite n’en peut plus du statu quo et espère au plus vite nous américaniser, faisant disparaître la classe moyenne, étirée dans la plus grande partie vers le bas, et rarement vers le haut.

Première stupidité: le retour des péages partout. Un péage fixe, c’est un péage qui défavorise les plus pauvres ou la classe moyenne inférieure, c’est-à-dire Monsieur ou Madame Tout-le-monde qui travaille fort et essaie de joindre les deux bouts. Ce petit 2$ aller-retour cinq fois par semaine, c’est peut-être le 20$ qui était nécessaire pour les sorties, ou pour l’épicerie, quand ce n’est pas pour l’hypothèque. On s’en prend aux plus pauvres et à la classe moyenne pour quoi finalement? Pour pas grand chose, parce que ceux qui ont deux ou trois voitures dans le garage ont amplement les moyens de payer ces péages!

Deuxième stupidité: privatiser la SAQ. La Société des alcools du Québec est une véritable vache à lait, remettant près de 700 millions de $ par année aux Québécois. Une somme investie dans la santé, l’éducation, dans des services aux citoyens dont profitent tous ceux qui ne sont pas assez riches pour se payer une médecine ou une éducation privée. En se privant de cet argent, l’État québécois serait non seulement plus pauvre, mais la population serait également moins bien servie, puisque c’est la force du nombre qui permet à la SAQ de négocier des achats à prix avantageux et d’offrir des vins de qualité non seulement à Montréal, mais jusque dans les petits franchisés dans le fin fond des clins-clins. Essayez pas d’avoir un bon Bordeaux en dehors des grands centres; c’est ce qui attend les amateurs de vin si on privatise la SAQ.

Dans les faits, l’entreprise est un exemple de bonnes gestion et d’appréciation de la part des citoyens; elle est extrêmement rentable pour l’État tout en gérant des ventes responsables et offrant un choix très diversifié. Il n’y a pas de logique rationnelle derrière la proposition des jeunes libéraux; seulement l’aveuglement d’une idéologie dépassée et dangereuse.

Dernière ineptie: l’augmentation des tarifs d’Hydro-Québec. Encore une fois, qui écope? Et oui, la classe moyenne et les plus pauvres! Tiens, le même Monsieur Tout-le-monde à qui on enlève 20$ par semaine en péages, et un autre 10$ en électricité, et encore d’autres frais puisque l’État n’aurait plus les moyens de payer pour certains services sans les redevances de la SAQ… C’est la somme de tous ces petites pierres qui finit par faire un gros sac de roches à porter.

Le gars qui fait 150 000$ par année, ça lui fait quoi de payer 40$ de plus par mois en électricité? Rien. Niet. Mais le travailleur honnête de la classe moyenne, ça le prend encore une fois davantage à la gorge. Les plus pauvres et la classe moyenne qui écopent, voilà la finalité de cette stupidité.

Le gouvernement Charest n’est pas assez idiot pour suivre les recommandations de ces jeunes extrémistes. La classe moyenne est déjà assez soumise à la pression de vingt-cinq années de réformes néolibérales; elle n’a pas besoin de se faire appauvrir davantage par d’autres projets dangereux d’une droite en mal de visibilité.

Ce qui m’inquiète, par contre, c’est de penser que ce sont ces jeunes qui, un jour, seront peut-être à la tête de l’État. Et qui tenteront de nous faire revenir vers l’arrière, à une époque où la classe moyenne n’existait pratiquement pas et où la société était divisée entre une minorité de bien-nantis et une majorité de pauvres.

Et si on regarde vers les États-Unis – le « bel » exemple de cette bande de lunatiques radicaux – on se rend compte que la classe moyenne est effectivement en voie de disparition et que les inégalités sont plus criantes que jamais.

Et c’est cette société dégénérée que veulent nous proposer les jeunes libéraux? Il serait peut-être temps de leur faire passer un test de réalité – un « reality check » comme disent les Canadians.

Et la meilleure façon, qu’on le veuille ou non, est de les éloigner le plus loin possible du pouvoir aux prochaines élections.