Mario Roy et ses amis têtes brûlées
15 septembre 2009

Par un habile tour de passe-passe, Mario Roy, le plus radical des éditorialistes de La Presse, assimile les excès d’une minorité d’exaltés américains contre la réforme de la santé d’Obama à ceux qui s’opposent au privé ici. Faisant abstraction de toute forme de nuance ou de logique, il met en parallèle le comportement de fanatiques libertariens qualifiant Obama de socialiste, de communiste, le comparant à Hitler ou Staline, aux actions de ceux qui, ici, veulent empêcher la privatisation de notre système de santé. Encore une fois, Mario Roy aurait dû réfléchir avant d’écrire, et La Presse aurait dû refuser de publier ses divagations.

mario-roy-sante

Source de l’image

En effet, comment peut-on comparer la minorité de fanatiques américains insensibles à toute forme de raison ou d’arguments logiques à ceux des nôtres qui utilisent les faits pour défendre un système de santé public et universel? Obama n’est pas Hitler, ni Staline, ni le Joker. Vouloir offrir des services de santé à la quarantaine de millions d’Américains n’ayant aucune couverture médicale, ce n’est pas plus du socialisme qu’un défilé de mode n’est un spectacle pornographique.

Ces libertariens, ces extrémistes, tiennent un discours corrompu, largement inspiré d’une Guerre Froide où on encourageait la population à se radicaliser pour assimiler toute forme de gain social à du communisme, ce Grand Satan. Ils sont l’équivalent américain des Talibans afghans que la CIA a radicalisé en leur envoyant des centaines de milliers d’exemplaires du Coran, afin de les instrumentaliser contre les Soviétiques dans les années 80. Sauf que les Soviétiques ne sont plus en Afghanistan. Et la Guerre Froide n’existe plus. Il ne reste que les fanatiques, ces anachroniques reliques d’un passé où on s’est servi d’eux pour atteindre des buts politiques. Et aujourd’hui, ils reprennent du service et jouent sur la peur des gens pour tenter de justifier leurs idées débiles.

Or, quand on se sert des peurs irrationnelles des gens, on ne contribue pas positivement au débat. L’argumentaire de ces extrémistes ne tient pas compte des faits, ne compare pas la situation globale avec celle d’autres pays, ne parle pas de solutions afin d’améliorer le système de santé le plus coûteux et le moins inclusif des pays développés. Que des émotions, que de la peur. Communisme! Socialisme! Hitler! Staline! Ne manque que le croque-mitaine.

De l’autre côté, et malgré ce qu’en pense Mario Roy, les opposants à une américanisation de notre système de santé tiennent un discours beaucoup plus sensé et rationnel que ces radicaux. On n’hésite pas, ici, à souligner qu’une étude a démontré que 101 000 personnes pourraient être sauvées à chaque année si les États-Unis se dotaient d’un système de santé davantage public. On note que le système de santé américain coûte 6714$ per capita contre 3578$ pour le Canada, et qu’il laisse sans aucune couverture médicale près de 16% de la population. On parle de statistiques démontrant une corrélation entre le nombre de médecins et le caractère public d’un système. On compare les chiffres du nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour diverses maladies entre les États-Unis et le Canada et on remarque que le système canadien bat celui de son voisin du sud dans tous les cas. On démontre, chiffes à l’appui, que le privé coûte cher. Des faits, des chiffres, du concret.

De la même façon, l’opposition canadienne à une plus grande présence du privé en santé s’exprime aussi de manière pacifique, courtoise. À ce que je sache, il n’y a pas eu de grand rassemblement où on a montré des portraits de Charest avec la moustache de Hitler quand il a voulu instaurer les PPP en santé. On n’a pas comparé Philippe Couillard à Staline, même s’il a utilisé son rôle de ministre de la santé pour se faire une belle place au soleil au privé. Des faits, des chiffres, du concret.

En assimilant le populisme de droite basé sur la peur et les préjugés à l’opposition constructive et rationnelle des Canadiens et Québécois contre une trop grande place du privé en santé, Mario Roy espère convaincre que ces deux groupes sont tout à fait égaux dans leur extrémisme et leur refus des faits. Malheureusement pour lui, cette analyse ne tient pas la route et en dit plus long sur Mario Roy lui-même et sur le journal qui accepte de le publier que sur ce qu’il tente de démontrer.

Non, Mario Roy, « la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé [ne] provoque [pas] des hurlements dont la stridence n’est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News ». Non. Ce qui me crève les yeux, plutôt, c’est qu’un éditorialiste faisant aussi régulièrement preuve de mauvaise foi ait encore un emploi sur la rue Saint-Jacques.

Dans un débat aussi important que celui du futur de la santé, nous n’avons pas plus besoin du radicalisme des têtes brûlées libertariennes que de celui de Mario Roy. Ces gens constituent le désagréable bruit de fond sur lequel les autres essaient de réfléchir.

La Presse aura-t-elle un jour le courage de sévir contre lui?

OCDE: l’université favorise la santé et l’intérêt politique
8 septembre 2009

On dit parfois que l’éducation constitue la solution à tous les maux. Tous, je ne sais pas. Mais une étude publiée par l’OCDE ce matin confirme que ceux qui ont été à l’université ont une meilleure perception de leur santé et s’intéressent davantage à la politique. Voilà de quoi jeter le discrédit sur tous ceux qui aimeraient pénaliser les études supérieures et les rendre moins accessibles en haussant les frais de scolarité ou qui s’accommodent d’un système de prêts et bourses misérable et sous-indexé.

ocde-universite-sante-politique

Source de l’image

Les statistiques parlent d’elles-mêmes:

Perception de l’état de santé Intérêt pour la politique
Pays Niveau de formation Femmes Hommes Femmes Hommes
Canada Inférieur au deuxième cycle du secondaire 0.793 0.798 0.178 0.292
Deuxième cycle du secondaire 0.886 0.889 0.220 0.347
Tertiaire 0.919 0.921 0.464 0.612

Au niveau de la santé, on constate que plus un individu est instruit, plus sa perception de son état de santé est positive. C’est près de 15% de plus des citoyens ayant été à l’université qui se considèrent en bonne santé, en comparaison à ceux ayant lâché l’école au milieu du secondaire. Concrètement, dans un système de santé comme le nôtre où l’État constitue la principale source des revenus, un individu se considérant davantage en santé aura moins tendance à se présenter à l’hôpital ou au CLSC. Autrement dit: plus on est éduqué, plus on est en santé et moins on coûte cher à la société. Et cela fait du sens: l’éducation supérieure n’a pas comme but de créer des techniciens, malgré le clientélisme de certaines universités, mais plutôt des êtres humains davantage conscients du monde dans lequel ils vivent. Et qui dit plus de conscience dit davantage de respect, des autres, mais aussi de soi et de sa santé.

De la même façon, quand on s’ouvre sur le monde et qu’on réalise toute la complexité intellectuelle qui le façonne, on a tendance à prendre goût à la chose politique. Les statistiques de l’OCDE démontrent que les femmes ayant atteint le niveau tertiaire ont près de 2,5 fois plus de chances de s’y intéresser; plus de deux fois pour les hommes. À l’aube d’une campagne électorale où on se questionne sur le faible taux de participation aux élections, n’y a-t-il pas là une piste de solution?

Ces chiffres ne concernent pas que le Canada. Partout, dans la trentaine de pays de l’OCDE, existe une relation directe entre niveau d’éducation, perception de son état de santé et intérêt pour la politique.

Un gouvernement ayant à coeur l’intérêt de l’ensemble des citoyens (et des finances publiques) aurait avantage à étudier ces statistiques. Ce que démontre l’étude de l’OCDE, c’est que l’éducation ne constitue pas un coût, mais représente plutôt une des plus grandes des richesses, permettant d’améliorer la santé des individus, de réduire la facture des soins de santé et d’intéresser davantage les citoyens à leur mieux-être collectif.

Quand on finance l’éducation sur le dos des étudiants, on leur demande de porter, seuls, le poids de nos défauts. Ne serait-il pas temps d’investir dans notre futur et de faire le choix, collectif, de financer entièrement le système d’éducation universitaire et de réduire les frais imposés à ceux qui ne demandent qu’à nous enrichir? Pas seulement pour nos jeunes, mais pour nous, parce que chaque étudiant qui quitte l’université faute de moyens représente un manque à gagner pour tous les autres.

Tout est lié. C’est exactement ce que démontre cette étude.

Quand le système de santé U.S. tue
5 juillet 2009

Barack Obama a raison de travailler pour l’instauration d’un système universel de soins de santé.  Non seulement le système de santé états-unien est-il le plus coûteux des pays de l’OCDE, mais il est tout à fait incapable de concurrencer un système comme celui du Canada, de loin supérieur.

systeme-sante-usa-tue

Source de l’image

En effet, quand on regarde les dernières statistiques de l’OCDE, on se rend compte à quel point le système de santé de nos voisins du sud est déficient. Outre le fait qu’il gobe près de 33% plus de ressources que le nôtre, il est incapable de sauver autant de vies. À preuve, l’indice d’années potentielles de vie perdues (APVP).

Voici le nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour:

  • les maladies infectieuses et parasitaires:  64 au Canada et 201 aux États-Unis ;
  • les maladies dues au VIH: 25 au Canada et 94 aux États-Unis;
  • les tumeurs malignes: 823 au Canada et 851 aux États-Unis;
  • les maladies du sang: 12 an Canada et 29 aux États-Unis;
  • les maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques: 104 au Canada et 158 aux États-Unis;
  • le diabète sucré: 56 au Canada et 98 aux États-Unis;
  • les troubles mentaux et du comportement: 36 au Canada et 66 aux États-Unis;
  • les maladies du système nerveux: 106 au Canada et 122 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil respiratoire: 422 au Canada et 781 aux États-Unis;
  • les cardiopathies ischémiques: 233 au Canada et 372 aux États-Unis;
  • les infarctus du myocarde:  120 au Canada et 151 aux États-Unis;
  • les maladies cérébrovasculaires: 57 au Canada et 107 aux États-Unis;
  • la grippe et les pneunomathies: 28 au Canada et 50 aux États-Unis;
  • les bronchites, asthme et emphysème: 8 au Canada et 28 aux États-Unis;
  • les maladies de l’appareil digestif: 104 au Canada et 187 aux États-Unis;
  • les maladies de peau; 1 au Canada et 6 aux États-Unis;
  • les maladies du système ostéo-musculaire: 13 au Canada et 25 aux États-Unis;
  • les maladies du système génito-urinaire: 20 au Canada et 53 aux États-Unis;
  • les grossesses et accouchements: 5 au Canada et 19 aux États-Unis;
  • les pathologies périnatales: 342 au Canada et 395 aux États-Unis;
  • les malformations congénitales: 179 au Canada et 206 aux États-Unis;
  • les symptômes et états mal définis: 138 au Canada et 166 aux États-Unis;
  • les causes externes (agressions, accidents, chutes, etc.): 892 au Canada et 1478 aux États-Unis.

Toutes ces données proviennent de l’OCDE et sont pour l’année 2004, dernière année où toutes les comparaisons sont possibles.

Ce que ces statistiques nous démontrent, c’est que le système de santé canadien est spectaculairement supérieur à celui des États-Unis, dans toutes les facettes possibles. Concrètement, une personne tombant malade aux États-Unis a beaucoup plus de risques d’en mourir qu’au Canada.

Alors, peu importe ce qu’en pense une certaine ado-droite paralysée dans ses dogmes du passé, nous sommes un exemple à suivre pour nos voisins du sud et un système universel et public s’avère de loin meilleur qu’un système sélectif et privé.

Cela ne signifie pas que le système de santé canadien soit parfait, mais ça devrait orienter nos choix pour le futur et nous décourager d’opter pour la voie suicidaire d’une plus grande présence du privé.  Encore une fois, et plus que toujours, le public est de loin plus performant et utile que le privé.

Les lubies de Christian Lévesque
2 juillet 2009

Christian Lévesque, candidat à la succession à Mario Dumont à la tête de l’ADQ, ferait mieux de réfléchir un peu plus sérieusement avant d’appuyer les propos controversés de François Legault. Le privé, en santé, c’est loin d’être la panacée.

lubies-christian-levesque-adq

Source de l’image

En effet, une étude de l’OCDE ((Public’s satisfaction with health care system, selected European and non-Europeans countries, 1988-2007, OCDE Health data, juin 2009.)) fait état du niveau de satisfaction de la population face à leur système de santé. On y apprend notamment qu’entre 1988 et 1991, seulement 5% des Canadiens croyaient qu’il fallait complètement rebâtir notre système de santé. En 2007, ils étaient maintenant près de 12%, un chiffre inquiétant mais largement inférieur au spectaculaire 34% chez nos voisins du sud. En 1988-1991, 38% des Canadiens désiraient des changements fondamentaux; en 2007 ils étaient désormais plus de 60%. Il n’y a pas à dire, la perception des citoyens vis-à-vis de leur système de santé s’est détériorée.

Pourtant, au même moment, la proportion de financement public en relation avec le financement total est passée de 74,5% en 1990 à près de 69,8% en 2008, soit une chute substantielle de près de 5%. ((Dépenses publiques de santé / dépenses totales de santé, données OCDE, juin 2009)) Concrètement, depuis une quinzaine d’années, le public cède de l’espace au privé. Les apôtres du tout-privé peuvent-ils expliquer pourquoi les Canadiens sont de plus en plus nombreux à réclamer un changement précisément au moment où leur système est de plus en plus privatisé? À défaut d’y voir un lien de causalité à toute épreuve, il y a là matière à profonde réflexion.

Par ailleurs, les nouvelles données de l’OCDE, publiées hier, démontrent que le Canada et les États-Unis, deux pays confiant une forte proportion de leurs soins de santé au privé, sont en queue de peloton au niveau du nombre de médecins par habitants. La Norvège, elle, trône vers le sommet de ce palmarès. Son système de santé est à 82,4% public et il n’accapare que 8,9% de son PIB, contre 10,1% pour le Canada et un catastrophique 16,0% pour les États-Unis. ((Dépenses totales en santé / PIB, données OCDE, juin 2009))

Ainsi, avant d’appuyer les divagations néolibérales de François Legault, Christian Lévesque ferait mieux de tourner sa langue sept fois dans sa bouche.  Le privé n’est pas la solution au problème.  En fait, il constitue peut-être le problème.  Lorsque l’ADQ aura compris cette vérité fondamentale, le parti cessera peut-être d’avoir l’air d’un club de Pee-Wees aspirant aux ligues majeures.

François Legault, ce néolibéral (bon débarras)
29 juin 2009

Patrick Lagacé a tort de s’indigner du fait que Réjean Parent ait qualifié les positions de François Legault de néolibérales. C’est exactement ce qu’elles sont.

legault-neoliberal

Source de l’image

Lagacé écrit:

Le Québec est-il moins riche que ses voisins d’Amérique ? Oui.

Le Québec a-t-il un réseau de santé pétant de santé, dont les citoyens sont satisfaits, un système qui fait l’envie de ses voisins, qu’on cite en exemple ? Non.

[…]

C’est un constat, c’est une façon de voir les choses. Qui n’est pas débranchée (sic) de la réalité.

Le problème avec le discours de Lagacé, c’est qu’il comporte un fort préjugé néolibéral dès le début. L’idéologie, insidieuse, s’adapte à toutes les pensées et celui qui pense en ces termes ne s’en rend même plus compte lui-même.

Ainsi, le Québec est-il vraiment moins riche que ses voisins d’Amérique? Je ne crois pas. Le néolibéralisme présuppose une quantification de la richesse, une monétarisation de celle-ci. Mais ça ne dit pas tout. Combien vaut, par exemple, le fait de vivre dans la société la moins inégalitaire d’Amérique du Nord? Et combien vaut une visite « gratuite » chez le médecin? Combien vaut le fait de pouvoir circuler sur les autoroutes sans devoir s’arrêter à tous les 20 km. pour un péage? Tout n’est pas calculable, quantifiable. Oui, si on prend le salaire moyen, nous sommes plus pauvres. Mais que vaut une richesse concentrée entre une minorité d’hyper-riches enfermés dans leurs villas privées? Cette richesse contribue à faire augmenter la moyenne, mais en profite-t-on vraiment?

Pour ce qui est du réseau de la santé, il a été démontré à maintes reprises qu’il est plus efficace que celui des États-Unis, par exemple. Il n’est pas parfait, certes, mais une étude a démontré que 93% des Québécois sont satisfaits ou très satisfaits des services reçus. ((Le Soleil, Actualités, vendredi, 11 janvier 2008, p. 11, Système de santé, Les Québécois plutôt satisfaits)) Le problème n’est pas la qualité des soins, mais plutôt l’attente, causée par un sous-financement chronique du système. Comme je l’écrivais ici, les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé, contre un maigre 10% pour le Canada; si le réseau était suffisamment financé, il se porterait bien mieux. Ce n’est donc pas en mettant en place « une culture de l’évaluation et une culture des résultats », comme le souhaite Legault, que la population serait mieux soignée. Cette culture existe déjà aux États-Unis, et le système est plus coûteux tout en soignant moins de gens.

Patrick Lagacé a raison d’affirmer qu’il s’agit d’une façon de voir les choses, mais celle-ci est branchée sur une seule réalité: l’appréciation néolibérale du monde.

En effet – et qu’on le veuille ou non – le néolibéralisme fait de la « culture de l’évaluation » et de la « culture des résultats » un dogme absolu. Tout doit pouvoir être évalué et quantifié sur l’autel du libre-marché, et ce qui ne peut être calculé n’a pas de valeur. Exit la compassion! Exit l’égalité des chances! Le néolibéralisme veut la lutte de tous contre tous, l’élimination des programmes sociaux « généreux » et la subordination au marché.

En ce sens, oui, les propos de François Legault représentent une ligne de pensée néolibérale. Cette conviction – erronée – que davantage de la même erreur donnerait un résultat différent. Le Québec subit des réformes de ce type depuis 1982 et la situation ne cesse de se détériorer; il serait peut-être temps de comprendre que les solutions ne sont pas à droite.

Qualifier Legault de néolibéral n’est donc pas une insulte, mais une simple constatation des positions politiques d’un homme de droite qui fut un des piliers d’un parti de droite cherchant à se recentrer. Il a même signé un manifeste en 2005 intitulé « Le courage de changer », intimant le Parti Québécois à s’orienter encore davantage vers la droite. Croire que cet homme, recruté par Lucien Bouchard, le plus à droite de tous les dirigeants du parti, n’était pas un néolibéral, à mon avis, c’est avoir intériorisé cette pensée sans avoir l’honnêteté intellectuelle de s’assumer pleinement.

Quand Patrick Lagacé s’assumera-t-il comme un lucide, ce nouvel euphémisme de la droite?

En attendant, bon débarras, monsieur Legault!

Santé: la droite américaine en quête de manipulation
31 mai 2009

La malhonnêteté intellectuelle de la droite américaine est sans limite.  Opposée aux réformes de la santé proposées par le président Obama, elle décide de se lancer dans le pathos en prenant l’exemple d’une patiente canadienne ayant obtenu des soins aux États-Unis pour tenter de démoniser le système canadien et toute forme de médecine publique. Cette démarche s’avère tout autant pathétique que trompeuse.

sante-droite-americaine

Source de l’image

En effet, prendre un seul cas et généraliser, c’est facile. Même moi je peux le faire, et je l’ai déjà fait. J’ai écrit ici sur le fait que mon père a été hospitalisé aux États-Unis à 2000$ de l’heure sans qu’on puisse lui trouver son problème et que c’est finalement un médecin canadien, deux mois plus tard, qui lui a diagnostiqué une tumeur au poumon. Il a eu son opération en quelques semaines et il récupère à merveille aujourd’hui. So long pour la supériorité du privé.

Malheureusement, on ne bâtit pas des réalités sur quelques cas. Ce n’est pas parce que le système de santé américain peut occasionnellement sauver quelques patients qu’on doit passer sous silence le fait qu’il est responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes annuellement. 101 000 personnes, pour être plus précis, qui auraient pu être sauvées si les États-Unis se dotaient d’un système aussi performant que la France, bonne première. C’est du moins le résultat d’une étude qui démontre que les États-Unis se classent bon derniers au sein de toutes les nations industrialisées, notamment parce que 47 millions de leurs citoyens ne disposent d’aucune forme de couverture médicale. Le Canada, lui, se classe sixième sur dix-neuf. So long pour les horreurs du système canadien.

Par ailleurs, il est toujours pertinent de rappeler que le système français, le meilleur des pays industrialisés, est davantage public que celui du Canada (76,3% contre 69,9%; seulement 46% pour les États-Unis). Et il coûte moins cher: 3449$ per capita contre 3578$ pour le Canada et un astronomique 6714$ pour les États-Unis, de très loin le plus coûteux. Les imperfections de notre système de santé ne découlent donc pas de son caractère public, contrairement à ce que certaines personnes mal intentionnées affirment.

En fait, s’il y a des problèmes avec le système canadien, c’est principalement causé par son sous-financement chronique. Les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé (tout en n’offrant aucune couverture à plus de 15% de leur population!) contre 10,0% pour le Canada. En clair: le Canada surpasse aisément les États-Unis en dépensant près de 33% de moins! Imaginons ce qu’il en serait si le système de santé était adéquatement financé! Encore une fois, on le constate, le public coûte moins cher et est plus performant, car il soigne davantage d’individus.

Avec ces chiffres en tête, on ne se surprend guère de la tactique utilisée pour démoniser le système canadien. En se servant d’une seule personne et de sa triste histoire, on espère parler aux émotions des gens et leur faire oublier qu’ils vivent dans un pays avec un système de santé misérable, plus intéressé par les profits des entreprises que le bien-être de la population.

Super-hôpitaux: à genoux devant la minorité anglophone
14 mai 2009

Yves Beauchemin signe un très bon texte dans Le Devoir de ce matin. Il dénonce l’anglicisation croissante du Collège Édouard-Montpetit, qui refuse d’offrir des cours en français à des élèves provenant du milieu anglophone. Ce qui m’intéresse le plus dans son texte, cependant, est sa réflexion sur le CHUM.

En effet, selon Beauchemin, il est illogique d’avoir deux super-hôpitaux également financés à Montréal:

Que les locuteurs français ne forment que 2 % de l’Amérique du Nord est sans importance. Notre fragilité ne doit pas nous empêcher d’être charitables. Voilà pourquoi, par exemple, dans le dossier des deux méga-hôpitaux de Montréal, le gouvernement offre 50 % des budgets aux 12 % de la population que constitue la minorité anglophone (langue maternelle) dans la région métropolitaine. […] La bonasserie est plus près de la bêtise que de la bonté.

Dans les dents!

super-hopitaux

Source de l’image

Je crois que c’est un enjeu qu’on passe beaucoup trop facilement sous silence. J’en avais déjà parlé il y a deux ans, mais je trouve important d’y revenir. Le but des super-hôpitaux consiste à centraliser les traitements. En ce sens, ce ne sont plus des hôpitaux de quartiers, ni même de villes, mais ils offrent des services de pointe à l’ensemble des citoyens du Québec. Oubliez l’urgence quand vous avez un problème, ici on se spécialise et on reçoit des gens des quatre coins de la province. Même s’il est loin d’être certain que le jeu en vaut la chandelle, cela constitue la logique derrière toute l’opération.

Le problème est la suivant: les anglophones au Québec (langue maternelle) ne représentent que 7,9% de la population. Comme le demande Beauchemin avec justesse, pourquoi financerait-t-on « leur » méga-hôpital à la même hauteur que celui des francophones? Ce faisant, ne lance-t-on pas le message que les anglophones ont davantage droits à la santé que les francophones? Calculons.

Même s’il est encore impossible de chiffrer les coûts exacts des projets (surtout que la décision du gouvernement Charest d’aller en PPP fera augmenter la facture), il me semble raisonnable de déclarer que chaque projet devrait coûter environ 2 milliards $. Soyons généreux à l’excès; les derniers chiffres indiquent une somme légèrement supérieure pour le CHUM. Disons 2,25 milliards $ pour le CHUM et 1,75 milliards $ pour le CUSM. Donc, on parle de 2,25G$ pour 5 761 765 francophones et de 1,75G$ pour 557 040 anglophones (données 2001). En clair, il s’agit d’un investissement total de 433,89$ pour la santé de chaque francophone, contre 3141,61$ pour chaque anglophone. Et je vous rappelle que je suis parti de l’idée (encore incertaine) selon laquelle le centre anglophone allait coûter 500 millions $ de moins que le CHUM.

Évidemment, ces chiffres ne sont pas rigoureusement exacts; la situation peut être légèrement pire ou meilleure. Ils permettent néanmoins de tracer une tendance lourde: grosso modo, au regard de la construction de centres de santé hyper-spécialisés dans l’optique du Québec de demain, les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. Prépare-t-on un Québec de demain où les francophones seront moins nombreux, voire minoritaires?

Je trouve que c’est un débat dont on a peu parlé. On a fait grand cas de l’emplacement des hôpitaux, de leur financement, de leur utilité, mais il a trop peu été question de la nécessité d’avoir deux centres hospitaliers pour une même population, surtout que celle-ci est très majoritairement francophone. Ne serait-il pas plus judicieux d’avoir un seul hôpital, francophone, comme centre de soins spécialisés pour l’ensemble du Québec?

Au-delà de la mission d’offrir des soins de santé à la population, un seul super-hôpital pourrait jouer un rôle d’intégration des immigrants et de la minorité d’anglophones qui refusent d’apprendre notre langue. La langue, ce n’est pas seulement une affaire d’affichage, mais ça se vit partout, de l’école au travail en passant par les établissements de santé.

À quand un gouvernement qui ne nous traite pas comme des citoyens de seconde classe?

Pourquoi je vais voter NPD
14 septembre 2008

J’ai fait mon choix. Ça n’a pas été long cette fois-ci; alors qu’il y a une semaine à peine j’hésitais encore entre donner mon vote au Bloc Québécois ou au Nouveau Parti Démocratique, c’est finalement ce dernier que je désire appuyer. Pourquoi? Pour deux raisons principales.

La première, c’est que Jack Layton mène une campagne exceptionnelle, donnant l’impression que Stéphane Dion et Gilles Duceppe ne sont que de simples figurants. Je crois de plus en plus que le NPD va former l’opposition officielle aux prochaines élections si rien ne change et j’estime que la meilleure façon de contrer le gouvernement de droite de Stephen Harper est de se rallier au parti de Jack Layton, le seul qui, grâce à sa position de centre-gauche, sait s’opposer à Stephen Harper tout en ratissant assez large pour espérer obtenir le vote des Libéraux déçus.

En outre, le programme électoral du NPD me rejoint: investissements dans la petite enfance (tout en respectant les CPE québécois), écologisme (on a tendance à oublier que c’est grâce à M. Layton que le centre-ville de Toronto est climatisé avec l’eau des Grands Lacs), éducation, amélioration des soins de santé publique, lutte contre la pauvreté, lutte contre les escroqueries des grandes entreprises telles que les pétrolières.

Layton a compris ce que beaucoup de politiciens et de citoyens ont oublié: le problème n’est pas la richesse du pays, mais plutôt comment on redistribue cette richesse. Il ne faut surtout pas oublier que Stephen Harper a donné des réductions d’impôts de plusieurs dizaines de milliards $ à de grandes entreprises comme les pétrolières ou les compagnies de téléphonie cellulaire. Ni qu’il a prolongé de trois ans les droits de monopole sur les médicaments de marque, ce qui rend l’accès aux médicaments génériques moins chers beaucoup plus difficile à obtenir. La richesse existe, mais le présent gouvernement a décidé que celle-ci devait aller dans les poches d’actionnaires anonymes ou pour défendre les intérêts américains en Afghanistan (en faisant de nos soldats des tueurs) au lieu de profiter à l’ensemble des citoyens du pays.

Ça doit changer. Et le NPD constitue le meilleur parti pour changer les choses. Il est le seul qui permettra de redonner vie à une classe moyenne dont la condition stagne depuis des décennies.

La seconde raison pour laquelle je vais voter NPD, et non pas Bloc Québécois, est la piètre performance de Gilles Duceppe et du parti en général. Duceppe a le mot « perdant » écrit sur le front avec le même marqueur que Stéphane Dion. Il a perdu ses marques; il a l’air de quelqu’un ne voulant pas être là, ayant simplement hâte de constater l’étendue de son échec pour annoncer son retrait de la vie politique.

Évidemment, ce n’est pas de sa faute. En jetant aux oubliettes le projet souverainiste, Pauline Marois a enlevé toutes les munitions du camp bloquiste, si bien que le parti se retrouve à faire la guerre à poings nus devant l’armada conservatrice. Il ne fait pas le poids, malheureusement, car il ne peut plus rallier les souverainistes (quand même 40 à 50% des citoyens!) derrière lui, si bien que ceux-ci préfèrent maintenant voter pour leurs allégeances sur l’échelle gauche-droite au lieu de voter pour un parti se disant « présent » sans expliquer en quoi sa présence constituerait un plus pour l’indépendance ou, à défaut, pour la vie des citoyens en général.

Si j’étais Gilles Duceppe, j’appellerais Pauline Marois et je la remercierais chaudement d’avoir contribué à une défaite qui s’annonce majeure pour le Bloc en éliminant le seul facteur de cohérence pouvant inciter des gens aux opinions politiques diverses à se rallier derrière la souveraineté.

Ceci dit, je peux encore changer d’idée. Je suis également ouvert aux arguments du Parti Libéral, qui me semble un peu moins à droite que par le passé, de même qu’au parti Vert, même si à mes yeux ce parti n’a pas sa raison d’exister puisque ses politiques environnementales sont déjà inclues au sein du NPD.

Et ne me parlez pas de vote stratégique, SVP. Je vote avec mon coeur, avec ma tête, et selon mes convictions. À mes yeux, s’empêcher de voter pour un parti parce qu’il ne risque pas de gagner dès la prochaine élection constitue une forme particulièrement abrutissante de tautologie; il ne gagnera jamais si tout le monde se dit qu’il ne gagnera pas. À mon avis, il faut voter pour le parti qu’on croit être en mesure de faire le meilleur travail pour améliorer non seulement sa situation personnelle, mais celle de la majorité de la population.

Et ce parti, j’en suis maintenant convaincu, c’est le Nouveau Parti Démocratique.

Je peux encore changer d’idée, mais ça prendrait un gros revirement pour le Bloc et une contre-performance majeure du NPD. Et je ne crois pas que ça va se produire, malheureusement pour mes amis bloquistes.


AJOUT:

Même si je critique durement le Bloc dans ce billet, je ne souscris pas du tout à l’analyse bâclée de l’ancienne aile-droite du parti qui, maintenant que le projet souverainiste est sur la glace, ne se sent plus rejoint par les politiques sociales-démocrates du parti.

On peut évidemment se questionner sur la crédibilité de cette « nouvelle » de La Presse, quand on connaît le penchant fédéraliste de ce journal, de même que sur la crédibilité des auteurs de cette « dénonciation », dont fait partie Richard Délisle, qui a été candidat pour la Canadian Alliance (ex-Reform Party) en 2000 (ça dit tout).

Ceci dit, il faut quand même prendre le temps de réfuter l’argument selon lequel la prétendue proximité du Bloc vis-à-vis des syndicats serait un problème.

En effet, ils ne sont que quatre au Bloc à venir de la CSN. Mais oublie-t-on qu’ils sont des dizaines du Parti Conservateur à venir du milieu des affaires ou de professions libérales? Entre un parti qui est relié aux syndicats, des organisations démocratiques qui défendent les intérêts de la classe moyenne (puisque celle-ci est majoritairement syndiquée), et un autre qui s’acoquine à des intérêts privés sur lesquels les citoyens n’ont pas le moindre contrôle, je préfère – et de loin! – la première option.

La vérité, c’est que sans échéancier référendaire, même à long terme, la droite n’a plus envie de se boucher le nez et de rester au Bloc, avec tous ses députés et militants intéressés par des choses aussi inutiles (à ses yeux) que la redistribution de la richesse. Elle entend faire valoir ses opinions et préfère s’acoquiner avec le gouvernement Harper, « gérant de la franchise du Parti républicain » selon l’analyse très imagée mais tout à fait réelle de Denis Coderre.

C’est Pauline Marois qui est la source de tous ces problèmes. Si elle n’avait pas relégué aux oubliettes le projet indépendantiste, on n’en serait pas là aujourd’hui. Le Bloc n’aurait pas à choisir entre la droite et la gauche et il pourrait continuer d’être la coalition arc-en-ciel qu’il était à l’origine. Les indépendantistes pourraient mettre de côté leurs différences et se coordonner dans le but de réaliser le projet inachevé.

La sortie publique de ces vieux épouvantails ne doit surtout pas nous faire oublier la cause réelle de l’actuelle apathie bloquiste.


Bonne journée à tous. Je serai de retour demain, mercredi, ou jeudi. J’ai écrit ce petit ajout ce matin car j’ai eu beaucoup de temps pour penser cette nuit. Imaginez-vous que la Ville de Montréal a eu la merveilleuse (que dis-je, splendide, grandiose!) idée de faire des tests de sirène d’urgence de 4h30 à 6h30 (!) ce matin. Juste pour vous donner une idée, fallait élever légèrement la voix à l’intérieur de l’appartement pour bien se comprendre… Y a des coups de pied au cul qui se perdent des fois. Ils ne peuvent pas avertir les gens, ou bien tester leurs machins le jour? Non, la nuit, quand tout le monde a chaud et a les fenêtres ouvertes et qu’on a rangé le climatiseur (qui aurait pu couvrir l’affreuse sirène). (*Soupir*)

Deux milles dollars de l’heure
10 septembre 2008

On entend souvent la droite nous parler du système de santé étatsunien comme si c’était la panacée. Moyennant quelques milliers de dollars (en fait, 2000$/heure aux soins intensifs) on obtiendrait les meilleurs soins de santé au monde.

Bullshit.

Mon père a fait le tour de l’ouest des États-Unis en moto au mois de mai. La route 66, le Grand Canyon, la Californie, et tout le tra-la-la. Le voyage de sa vie, qu’il voulait faire à cinquante ans mais qu’il a dû reporter de deux ans. Un vrai beau voyage, qui a cependant été assombri par un voyage à l’hôpital et un contact on-ne-peut-plus-brutal avec le système de santé étatsunien.

Il ne se sentait pas bien depuis plusieurs jours, ne mangeait plus, avait de la fièvre et des frissons. On l’a placé aux urgences, et on lui a détecté une violente bactérie aux reins. Il a passé dix heures aux soins intensifs (heureusement il avait une assurance; un luxe que ne peuvent se permettre 45 millions d’Américains) et pendant qu’il était là on lui a fait passer une radiographie complète.

Vers la fin de son séjour à l’hôpital, un médecin est venu le voir avec une radiographie et lui a demandé: « Avez-vous mal aux poumons? »
– Non.
Il est reparti. Puis, un peu plus tard il est revenu:
« Crachez-vous du sang? »
– Non.
Nouveau départ. Mais le médecin est revenu une troisième fois:
« Vous sentez-vous constamment essoufflé? »
– Non.

Et ce fut tout. Bonne journée monsieur, à la prochaine si Dieu le veut! Prenez vos choses et partez; si vous restez on va vous charger la nuit. Et mon père est parti, son éternelle cigarette aux lèvres.

Depuis son retour au pays, il n’avait cessé d’être intrigué par le comportement du médecin aux États-Unis. Voulant en avoir le coeur net, il a été voir un médecin. Nouvelles radiographies. Et des doutes. On l’a donc envoyé voir un pneumologue. On lui a fait passer une batterie de tests, des radiographies, des résonances, on lui a rentré des tubes dans le nez, etc. Et le diagnostic est tombé il y a quelques jours: une tumeur au poumon. Une tumeur qu’on lui enlèvera dans deux semaines.

Il a eu de la chance dans sa malchance. N’ayant pas le moindre symptôme, on n’aurait jamais découvert cette tumeur s’il n’avait pas eu cette bactérie aux reins. Mais une question demeure: comment se fait-il que le médecin américain, dans son soi-disant super-hôpital osant charger 2000$ par heure pour la misère du triste monde, ait laissé partir mon père après quelques petites questions, sans lui faire passer d’autres tests? Peut-être que son assurance ne couvrait pas tous les traitements…

Car le spécialiste qui l’opérera bientôt a observé les radiographies et il a affirmé que c’était impossible de ne pas avoir vu que quelque chose clochait. Le médecin aurait dû le voir, et aurait dû lui faire passer d’autres tests. Il aurait peut-être pu être opéré beaucoup plus tôt si celui-ci avait été compétent et si, qui sait, on ne faisait pas passer les profits avant les gens.

Mon père, il devrait s’en sortir. On ne l’a pas fait attendre pendant des mois, voire des années. On va lui enlever sa tumeur de cinq centimètres carrés, on va lui couper puis lui revisser les côtes. Il va souffrir le calvaire pendant les mois suivant l’opération, mais il va survivre. Il va s’en sortir. Il sera encore là l’an prochain, dans cinq ans, dans dix ans. C’est un battant: il va survivre.

Mais combien de personnes aux États-Unis sont-elles victimes de ce système tiers-mondiste pourri? Combien d’Américains sans assurances vont-ils mourir? À combien n’oseront-on pas offrir tous les tests possibles pour des raisons de manque de fonds ou d’incompétence?

Encore une fois, c’est dans l’adversité qu’on reconnaît les meilleurs.

Système de santé québécois: 1
Système de santé des États-Unis: 0

Sur un plan plus personnel (et je peux l’écrire car je ne crois pas qu’il me lise), je lui ai dit que ça irait bien, que c’était juste une petite tumeur de rien, qu’il n’avait pas encore de symptômes et que c’était bon signe, que le médecin est un pro, et qu’il aura de la médicamentation pour endurer la douleur post-opératoire.

N’empêche, j’ai peur. Sûrement rien à côté de la sienne, mais quand même. J’aurais pu rester là au téléphone à pleurer, mais j’ai préféré lui donner l’impression que c’était deux fois rien ce truc. Et puis, c’est rien que ça, non? Deux-trois petits coups de scalpels, on referme et on repart la musique, non?

Les subventions à la culture sont rentables
5 septembre 2008

Je dois vous faire un aveu: je lis parfois le Journal de Montréal. Oui, ça m’arrive, au travail, quand quelqu’un laisse traîner une vieille copie datée de quelques jours. Le Journal de Montréal, ça se lit bien en mangeant; le plus souvent c’est tellement vide qu’on n’est jamais rassasié. Sauf que cette fois-ci il y avait un texte plus que consistant et intéressant. Est-ce un hasard quand on affirme que la qualité des pages éditoriales semble s’être améliorée depuis le départ de Nathalie Elgrably?

La chronique de Geneviève Lefebvre portait sur les récentes coupures du gouvernement Harper dans la culture et sur les réactions d’une certaine catégorie de citoyens aux idées plus ou moins organisées qui se réjouissent des souffrances de nos artistes.

Même si je ne suis pas tellement chaud à l’idée de quantifier et de chiffrer la culture, et que ma position se rapproche davantage de celle d’un Bourgault pour qui « la culture est un fourre-tout indescriptible où chacun s’amuse à tenter d’y trouver son compte, à défaut de quoi on peut au moins tenter d’y découvrir son plaisir », je reste sensible aux arguments économiques de Mme. Lefebvre:

Selon le Conference Board du Canada, l’industrie culturelle vaut 7,5 % du PIB. Le rapport stipule qu’en 2007, le secteur culturel canadien a reçu 7,9 milliards de dollars en subventions, mais qu’il a engendré des bénéfices directs et indirects de 84,6 milliards. C’est ce qu’on appelle un excellent retour sur l’investissement.

À l’évidence, un tel argument économique est facile, peut-être un peu trop facile. Mais il reste qu’à long terme il peut être extrêmement rentable de subventionner les artistes. Il faut simplement être en mesure de voir un peu plus loin que le bout de son nez. Grâce au retour sur l’investissement des subventions culturelles, ce sont nos écoles, nos hôpitaux, nos routes qu’on peut se payer. Mme. Lefebvre cite l’exemple du Cirque du Soleil pour démontrer pourquoi il faut penser à long terme:

À ses débuts en 1984, le Cirque du Soleil a reçu un coup de pouce d’un certain René Lévesque avant de s’affranchir totalement de l’aide de l’État en 1992. Son siège social est toujours à Montréal et l’entreprise fait travailler des milliers de gens de chez nous à travers le monde. Créateurs et concepteurs qui payent leurs impôts ici, évidemment. Guy Laliberté n’est pas le seul à vouloir exporter les immenses talents qui sont les nôtres, tout en visant une rentabilité économique. L’ironie, c’est que si la culture engendre des profits pour beaucoup de monde, les artistes, eux, ne sont que 2,4 % à voir leur revenu annuel dépasser la barre des 50 000 $.

Ainsi, si on n’avait pas subventionné le Cirque du Soleil à ses débuts, ferait-il notre fierté aujourd’hui partout dans le monde? Ce petit coup de pouce a été extrêmement rentable pour l’État québécois. Qu’est-ce qui nous assure que ce n’est pas le prochain Cirque du Soleil qu’on est en train d’affamer en s’attaquant aux artistes? Martin Petit l’explique d’ailleurs très bien sur son blogue:

Quand on parle de financer la culture on ne parle pas de donner plus à Céline ou Louis-José Houde. On parle des danseuses des ballets canadien, on vise des entreprises à risque comme le théâtre, la danse moderne, et aussi la formation de la relève culturelle via les coupures à l’INIS et par la bande à la SAT.

En somme, aider les artistes, c’est s’aider soi-même. C’est assurer la capacité de notre culture à rayonner dans le monde et à se projeter dans le temps. Nous sommes minoritaires dans un océan de culture hollywoodienne; sans subventions, nous nous ferions purement et simplement avaler. En ce moment, le monde entier est fasciné devant cette incroyable capacité culturelle de ce petit peuple québécois d’à peine sept millions d’âmes. Nous projetons nos films en masse en France, nos artistes y remplissent des salles ou des stades, nous occupons Las Vegas pendant des mois, voire des années. Nous impressionnons le monde.

Et c’est cela que le gouvernement Harper espère détruire. RadiCarl exprime très bien mes craintes à ce sujet:

Un régime politique qui dénigre l’importance de la culture dans une société, un régime qui vise les intellectuels et les créateurs, chez moi ça sonne les petites clochettes de l’histoire… ai-je vraiment à vous dire que c’est inquiétant?

Au fond, Harper espère peut-être simplement nous imposer « sa » vision de la culture. J’aime bien la conclusion du Québécois déchaîné à ce sujet:

Voulons-nous aller vers une société où l’on prône la culture des moutons lobotomisés avalant sans recul tout ce qu’on nous propose ? Harper veut-il un peuple de Télétubies qui consomment de la culture prémachée et uniforme ? Le monsieur au beau sourire de requin aime la culture mais pas la vôtre, la sienne : la culture de l’argent.

De l’argent qu’on ne va peut-être plus avoir dans une décennie, faute des retombées culturelles et des impôts payés par des artistes très prometteurs qui auront dû renoncer à leurs rêves à cause de ces coupures. Heureusement, il nous restera toujours le Journal de Montréal, quand notre culture se résumera à une peau de chagrin miteuse.

À l’aube d’une campagne électorale, voilà quelque chose à quoi il me semble important de penser, avant de voter pour un parti ne veut pas notre bien..

AJOUT: Je constate avec déplaisir que je me suis trompé: Nathalie Elgrably continue de propager ses idioties dans le Journal de Montréal. À ce sujet, je vous conseille fortement le dernier texte de Jimmy où celui-ci démolit littéralement les arguments de l’ex-présidente de l’IEDM qui affirme qu’en réduisant le rôle de l’État dans l’inspection des aliments on obtiendrait une meilleure inspection des arguments. Au contraire, c’est précisément parce que l’Agence d’inspection des aliments laisse trop de latitude aux entreprises qu’une telle crise de listériose a été possible! Dans tous les cas, allez lire le texte de mon ex-collaborateur. Tiens, je l’aime tellement que je mets un autre lien vers son blogue!