Arcade Fire à la St-Jean: pas question!
18 février 2011

À l’origine, il s’agissait d’une non-nouvelle. Suite à la victoire d’Arcade Fire à un concours de l’industrie américaine de la musique, un journaliste de la Presse Canadienne eut l’idée de demander aux organisateurs de la Fête nationale si Arcade Fire pouvait y jouer. Question tout à fait inutile puisque le groupe sera en Europe à ce moment-là. Mais la non-nouvelle a été reprise par Patrick Lagacé, qui n’a pas hésité à traiter ceux qui conçoivent la Saint-Jean-Baptiste comme étant une fête francophone de « tribaux » arriérés portant des «ceintures fléchées [et] qui ont les deux pieds barrés en 1970 ». N’en déplaise à certaines de mes compatriotes qui ne voient qu’un complot de Gesca contre la nation québécoise, il s’agit effectivement d’un enjeu important et la preuve que la question de la nation, au Québec, n’est pas réglée.


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En effet, cette polémique créée de toutes pièces nous démontre qu’il y a encore deux conceptions de la nation qui s’affrontent: celle qui conçoit la Fête nationale comme étant la fête d’un territoire physique – l’équivalent du Civic Holiday ontarien – et celle qui la voit comme faisant partie d’un territoire mental, rassemblant des individus partageant certaines valeurs entre eux, notamment la langue française. Malgré la Révolution tranquille, malgré deux référendums, malgré la reconnaissance de la nation québécoise, malgré la commission sur les accommodements raisonnables, la réponse finale n’a pas encore été trouvée à cette question: qui est Québécois?

Pour les Patrick Lagacé de ce monde, la réponse est simple: est Québécois qui habite au Québec. Le changement de nom de la Saint-Jean-Baptiste en Fête nationale justifierait « l’ouverture » aux « Québécois » d’autres langues et d’autres cultures. C’est l’idéologie multiculturaliste, échec lamentable dans toute l’Europe. Pas besoin de parler français, pas besoin de respecter certaines valeurs; on prend la vache, on la met dans l’écurie et elle devient magiquement cheval. La nation est territoire, point. Tu habites à l’est de la rivière des Outaouais, tu es Québécois; tu déménages de l’autre côté et tu deviens Ontarien. C’est la nation civique.

Or, cette conception de la nation s’avère extrêmement réductrice. Elle rejette toute forme de droits collectifs – comme celui du français d’être la langue commune des Québécois dans leur tentative d’en assurer la survie sur ce continent -, nuit à la cohésion sociale et rejette toute dynamique identitaire. Sous prétexte de s’opposer à un ancien nationalisme ethnocentrique basé sur la filiation héréditaire, elle rejette toute spécificité nationale autre que le mélange original d’individus déracinés se mouvant sur un territoire physique sans histoire ni futur.

Gérard Bouchard, ayant co-dirigé la commission sur les accommodements raisonnables et qu’on peut difficilement qualifier de « ceinture fléchée » tant ses molles positions sur l’identité avaient été décriées, conçoit pourtant la nation comme étant « sociologique », c’est-à-dire qu’elle n’est ni reliée à une souche originale qu’il faudrait retrouver ni exclusivement à un territoire.

La nouvelle nation québécoise a aboli l’affiliation exclusive à la religion catholique et aux origines (la « souche ») comme critères d’appartenance. Elle se définit principalement, sur le plan culturel, par la référence à la langue française comme langue officielle et, pour le reste, elle admet sous cette enseigne très large toute la diversité ethnique et culturelle qui caractérise la population du Québec. […] La langue, ce n’est pas négociable. La langue, c’est le fond, le cœur de l’affaire […]. Elle est le premier étage de l’édifice que nous sommes en train de réaménager, de toute la culture nationale québécoise. […] Nous ne pouvons pas, comme Canadiens français, jeter du lest ici. [Je souligne.] ((BOUCHARD, G., cité dans PLOURDE, M. et P. GEORGEAULT (sous la direction de) (2008). Le français au Québec : 400 ans d’histoire et de vie, 2e édition, s.l., Conseil supérieur de la langue française, Éditions Fides, p. 431. ))

Ce qu’explique Bouchard est relativement simple à comprendre. Nous étions des Canadiens-français éparpillés dans le Canada et nous définissant principalement selon le modèle ethnique. Pourtant, nous disparaissions. Étant minoritaires dans toutes les provinces en-dehors du Québec, nous ne pouvions nous opposer au génocide culturel imposé par la majorité canadienne anglophone. En faisant le choix, pendant les années soixante, de devenir des Québécois, il fallait laisser tomber l’ancienne nation ethnique pour s’emparer d’un territoire et le faire nôtre. Ce territoire ne pouvait être que français, parce que toute autre conception – y compris celle de la nation civique, prônée par Lagacé – aurait rendu inutile la scission d’avec les autres Canadiens-français. En d’autres mots: la langue constitue le cœur de ce que nous sommes parce que nous sommes devenus des Québécois pour avoir les moyens d’agir pour la protéger. Nous ne pouvons donc pas jeter du lest sur la langue, comme le dit Bouchard.

Or, Arcade Fire constitue l’exemple d’un modèle national que nous rejetons. Comme nous en avons déjà parlé, la plupart de ses membres viennent d’ailleurs – ce qui, jusqu’à maintenant, ne cause pas problème dans l’optique d’une nation sociologique -, habitent à Montréal depuis dix ans, mais n’ont jamais véritablement intégré le cœur de notre nation: la langue. Après une décennie complète en territoire québécois, ils sont, pour la plupart, incapables de dire davantage que deux ou trois mots en français. Ils vivent ici, mais ils ne vivent pas avec nous; ils surfent au-dessus du Québec dans un univers nord-américain anglophone pour qui le Québec, précisément, constitue un territoire comme un autre et non pas le site d’une nation unique, francophone, prête à s’ouvrir en autant qu’on respecte ses valeurs fondamentales.

Permettre à Arcade Fire de jouer, en anglais, à notre Fête nationale, c’est-à-dire à celle de tous ceux qui se sont identifiés à la langue française, représenterait donc la consécration d’un abâtardissement de la nation québécoise, où celle-ci ne représenterait plus le lieu de tous les espoirs pour une fragile francophonie nord-américaine, mais la continuité d’un territoire canadien où le français ne constituerait qu’un fait parmi d’autres, une richesse qu’on considère d’autant qu’on la garde loin de soi. Lui permettre de se produire en anglais, ce serait également reconnaître notre impuissance à intégrer à notre langue commune des gens habitant parmi nous depuis une décennie. Lui permettre de chanter en anglais, ce serait tirer un trait sur les gains de la Révolution tranquille et refaire de nous des colonisés sans territoire, sans nation, sans capacité à imposer, par notre majorité, une langue jusqu’au cœur de la fête représentant ce qu’il y a de plus sacré pour nous.

En donnant l’occasion à Arcade Fire de dénaturer notre Fête nationale, ce serait revenir à l’époque des ceintures fléchées dont parle Lagacé. Des Canadiens-français à qui on volait symboles sur symboles et qui n’avaient pas le pouvoir politique d’agir. Les « pieds barrés », dans les années soixante-dix, ont permis l’émancipation de ce peuple et ont réussi à lui faire croire qu’il lui serait possible, enfin, d’être véritablement chez lui quelque part. Voulons-nous réellement renier ce gain?

Et si on relevait la tête un peu? Le Québec constitue autre chose qu’une tache de terre sur une planète bleue. Il est l’hôte d’un peuple à l’histoire aussi riche qu’elle fut tragique et qui, par sa présence, par sa langue toujours aussi vivante après plus de deux siècles de domination étrangère, par les nouveaux arrivants qu’il intègre à son destin, constitue un formidable exemple de résilience et de survivance pour l’ensemble de la planète.

C’est cela qu’on devrait mettre sur scène à la Fête nationale.


Ajout: Comme le suggère un lecteur de ce blogue, pourquoi Arcade Fire n’interpréterait pas des chansons québécoises, en français, en y mettant un peu de leur couleur? Ce serait la preuve de leur désir de s’intégrer à la nation québécoise. Une culture qui demeure française, mais enrichie de la contribution originale d’immigrants ayant fait le choix de vivre ici non pas malgré nous, mais avec nous.

Pourquoi « l’ouverture » devrait toujours être à sens unique et en méprisant notre langue nationale?

Le show de Guy A. Lepage: une grosse fête provinciale
25 juin 2009

La Saint-Jean de Guy A. Lepage, au parc Maisonneuve, avait l’air d’une grosse fête provinciale. L’équivalent du Civic public day en Ontario. Sous prétexte d’ouverture à toutes les langues et les cultures, on a oublié de fêter la seule culture qui en a vraiment besoin: celle du Québec. Cette petite fête de province donnait l’impression d’un anniversaire où les invités amènent tout un tas de cadeaux qu’ils s’échangent entre eux sans rien laisser à la personne qui aurait du être fêtée. Le message lancé aux immigrants et aux étrangers a été le même que les 364 autres jours de l’année: nous sommes Québécois, donc nous allons vous parler dans VOTRE langue et vous n’avez pas à vous intégrer.

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En effet, tout est une question de symbole. Que Guy A. Lepage fasse son petit cathéchisme sur le multi-culturalisme dérange peu; on connaît ses positions applatventristes. Il s’agit d’un excellent animateur de foule, qui a encore une fois été à la hauteur ce soir. Ce qui m’a dérangé, par contre, et lancé un message confus aux immigrants et autres citoyens en attente de s’intégrer, c’était cette longue énumération de salutations en langues étrangères. En Espagnol, en Hébreu, en Anglais, en Italien. Un « Vive Haïti » bien senti laissant la foule de marbre et où même ma copine, pourtant loin d’être politisée, n’a pu s’empêcher de s’indigner. Une chanson en espagnol de Florence K. À la fin, on se demandait: c’était la fête de qui, déjà?

Vous êtes un immigrant, et par un hasard incroyable vous êtes tombé sur ce spectacle à la télévision. Quelle a été votre réaction? Vous avez observé une fête où l’animateur a évacué toute fierté d’être Québécois et de partager nos valeurs communes pour faire la place à une litanie de messages confus et polyglottes. Quel message avez-vous retiré, sinon qu’au Québec on se fendra en quatre pour vous servir dans votre langue? Pourquoi apprendre le français quand même dans leur propre fête nationale les Québécois évacuent toute conscience d’eux-mêmes et communiquent systématiquement avec autrui dans une langue étrangère? Certains dirons que c’est anodin. C’est faux. Si on désire que le Québec demeure francophone, il faut lancer le message que la communication, sur tout le territoire du Québec, se fait en français.

Ce n’étaient donc pas de simples bonjours accueillant divers nationalités au Québec dans leurs langues respectives. Il s’agissait plutôt du message suivant: « vous ne parlez pas français, vous ne voulez pas vous intégrer, qu’à cela ne tienne, nous allons vous parlez dans votre langue ». Il s’agit de la continuation de ce que vivent ces immigrants jours après jours à Montréal: ils n’ont pas besoin d’apprendre le français car il se trouve toujours un petit laquais québécois prêt à les servir dans une langue étrangère.

Ainsi, au lieu d’être un moment de fête rassembleur et permettant de cimenter le Québec en incitant les immigrants à s’intégrer en français, le party de Lepage s’est transformé en séance d’auto-congratulations du multiculturalisme confortant les immigrants dans leurs positions et leur relançant, une fois de plus, le message que l’intégration au français, au Québec, est facultative.

Bref, cette fête nationale a manqué son coup à tous les points de vue. Elle n’a pas réussi à inciter les immigrants à s’intégrer et elle a endormi les Québécois avec du contenu dans une langue étrangère laissant peu de place à la célébration de nos racines.

Ne pourrions-nous pas, un soir par année, être fiers de nous-mêmes et se célébrer, NOUS, en français?

Sous prétexte d’inclure tout le monde à la cérémonie, on a transformé une fête nationale en grosse fête provinciale célébrant l’appartenance à un espace géographique plutôt qu’aux valeurs de ses habitants. On a vidé de son sens politique la Saint-Jean-Baptiste et on a capitulé devant tous les bien-pensants pour qui le seul fait d’exister et de fêter ses racines une fois par année s’apparente à du chauvinisme, voire à du racisme.

La musique était excellente, les chanteurs et interprètes à la hauteur, la foule très présente, mais on peut faire de tels spectacles n’importe quand dans l’année. Le 24 juin devrait être davantage l’occasion de célébrer ce que nous sommes, en français.

Puisque cette fête est de moins en moins la nôtre, peut-être devrions-nous en créer une nouvelle et laisser la Saint-Jean-Baptiste aux apôtres d’un nationalisme « inclusif » constituant le prélude à notre assimilation définitive. Car, qu’on le veuille ou non, cette célébration est et doit demeurer politique.


AJOUT: À la fin, j’ai presque cru que Lepage allait s’amender, quand il a lancé: « vous connaissez mes positions… alors je nous souhaite à tous… le Québec que nous méritons ». Relisez. « Je nous souhaite à tous le Québec que nous méritons. » Ça veut absolument rien dire. Pourquoi ne pas prendre position? Je nous souhaite un Québec libre, indépendant, francophone? Ça, c’est du courage et de l’engagement. Lepage a été à la hauteur en tant qu’animateur, mais ce n’est pas avec ce genre de slogans creux que nous allons avancer collectivement.

Les insanités de Richard Rigby (Lake of Stew)
23 juin 2009

Dans l’extrait posté dans mon dernier texte, on peut entendre Richard Rigby, du groupe anglophone Lake of Stew, faire des commentaires plutôt inappropriés, voire méprisants, mensongers ou purement stupides.

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Affirmation un: « ma mère est Italienne; elle a été élevée dans la Petite-Bourgogne »

Si ta mère a été élevée ici, pourquoi es-tu incapable de parler français et doit-on mettre des sous-titres pour te comprendre? Comment peux-tu prétendre représenter les Québécois si tu admets avoir passé ta vie ici sans parler notre langue?

Affirmation deux: « À l’époque, dans les années 50, la Saint-Jean était une fête religieuse célébrée l’été par différentes nationalités. »

Dans les faits, à l’époque de ta mère, la Saint-Jean constituait déjà la fête des Canadiens-français. C’est en 1908 que le pape Pie X a fait de Saint-Jean-Baptiste le patron des Canadiens-français. Si la fête avait une forte composante religieuse, elle demeurait néanmoins la fête des Canadiens-français, et plus tard des Québécois. Tout au long du 20e siècle, elle a été la fête de notre peuple, de ceux qui parlaient notre langue et partageaient nos valeurs.

Affirmation trois: L’élection de René Lévesque, pendant les années 70, a transformé le tout en un événement nationaliste où nous n’étions plus la bienvenue. »

D’abord, c’est René Lévesque lui-même qui a fait de la Saint-Jean une fête nationale de tous les Québécois en 1977. C’est à lui que tu dois le droit de te produire devant nous aujourd’hui et de prétendre savoir qui nous sommes.  Un peu de respect pour l’histoire, SVP.

Mais quand tu dis que « nous n’étions plus la bienvenue », de qui parles-tu? Tu es la bienvenue; nous ne te demandons qu’une chose: intègre-toi et apprends notre langue. Si tu es disposé à respecter nos valeurs fondamentales, tu es la bienvenue, tout autant que tes ancêtres l’ont déjà été.

Affirmation quatre: « C’est de la « bullshit » tout ça; cette époque est du passé. »

Pourtant, un sondage publié l’an dernier indique que René Lévesque est la personnalité préférée des Québécois, toutes époques confondues. Si cet homme, décédé depuis plus de de deux décennies, peut encore être le préféré de tout un peuple, c’est donc que ses idées lui ont survécu.

Ainsi, et contrairement à TA « bullshit », les idées de René Lévesque ne sont pas du passé et cette époque n’est PAS révolue. Lévesque constitue toujours un héros et une source d’inspiration pour les Québécois, un peuple que tu connais manifestement bien peu pour quelqu’un qui a passé sa vie ici.

* * *

Ce que je trouve intéressant avec le discours de Richard Rigby, c’est qu’il représente un type de pensée assez répandue chez les anglophones de Montréal.  Pour pouvoir vivre en tant que victimes, ils travestissent la réalité en idôlatrant la période pré-Révolution Tranquille et en s’attaquant aux icônes québécoises.  Ils ne veulent rien savoir de ce que nous avons vécu; leur seul but est de pouvoir continuer à vivre repliés sur eux-mêmes sans jamais s’intégrer.

Ils nous détestent précisément parce qu’ils haïssent ce que nous avons de plus précieux.

Et nous, le jour de notre fête nationale, nous les applaudissons.

J’ai honte.

Les indépendantistes unis… contre Marois
9 novembre 2008

Disons-le tout de go: Jean-Claude St-André n’est pas un deux de pique au sein du Parti Québécois. Il a été membre du comité des jeunes pour le OUI en 1980 dans Anjou, secrétaire puis président du parti dans la même ville par la suite, membre du C.A. de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1985-1986, conseiller à l’exécutif régional dans Montréal-Ville-Marie entre 1988 et 1992, attaché politique du député d’Anjou Pierre Bélanger en 1992-1993, directeur de la campagne référendaire dans l’Assomption en 1995, puis député du même comté de 1996 à 2007. Voici une icône, un monument du Parti Québécois. Une statue que Pauline Marois a arraché de son socle et poussé au sol pour la remplacer par une fausse idole parachutée qu’on espère imposer aux électeurs du comté. Une situation prévisible qui éclaire sur ce qu’est devenu le Parti Québécois de Pauline Marois.

En effet, rien ne me surprend dans cette bagarre lors de l’assemblée d’investiture de Scott McKay; c’était écrit dans le ciel que le parti allait encore une fois s’entre-déchirer. Ça va bientôt faire deux ans que je blogue et ça fait deux ans que je tiens le même discours: le Parti Québécois était à l’origine une coalition composée d’une aile-gauche, d’une aile-droite, et de militants indépendantistes « purs et durs ». Le seul ciment qui permet à des gens aux horizons si divers de continuer à cohabiter est la perspective d’un référendum sur l’indépendance du Québec. Pas de référendum, pas de cohabitation. En rejetant l’indépendance comme l’a fait Mme. Marois, elle fût à la source de ces conflits, bien davantage encore qu’en évinçant M. St-André de son comté.

Désormais, la leçon est acquise: le Parti Québécois n’est plus un parti indépendantiste. M. St-André a tout faux quand il affirme qu’il est « triste que des indépendantistes en viennent aux coups entre eux ». Des indépendantistes ne se sont pas battus hier; des indépendantistes ont affronté des immobilistes et des opportunistes du Parti Québécois. Le Parti Québécois de Pauline Marois n’est plus un parti indépendantiste, et on voit les premiers craquements dans la coalition qui permettait au PQ d’exister en tant que parti majeur. Les prochains à quitter seront probablement l’aile-gauche, quoi que Marois travaille fort pour ne pas les perdre.

J’aime bien l’analyse de Pierre JC Allard:

La valeur respective de St-André ni celle de McKay ne sont ici en cause, mais la question qu’on entend dans les tranchées de Verdun n’est pas tout à fait rhétorique. « Qu’est-ce que cette dame peut bien avoir dans la tête ? » Une dissension exposée sur la place. Ne veut-on vraiment pas reprendre le comté du vieux chef ? Madame contre Monsieur ? La question encore plus pertinente, en fait, serait de se demander à quoi pensait le Parti Québécois quand il la mis à sa tête cette dame qui n’en veut faire qu’à la sienne, en vert … et contre tous.

En effet, la véritable question est de savoir quelle mouche a piqué les péquistes lorsqu’ils ont mis à leur tête une vieille bourgeoise hautaine, arrogante et passéiste. André Boisclair s’est peut-être cassé la gueule, mais Marois est en train d’éclipser son prédécesseur en terme de destruction du parti. Car si le premier laissait suspicieux, la seconde incite ouvertement au mépris, voire à la haine.

On dit souvent que de chaque épreuve naît sa propre solution, que les plus belles fleurs poussent dans le fumier. Je ne sais pas ce que décidera M. St-André, mais il pourrait se présenter comme candidat indépendant ou – pourquoi pas? – au Parti Indépendantiste, car le Parti Québécois a préféré se passer d’un excellent candidat, apprécié de son comté et dont la seule faute a été de vouloir respecter l’article un du parti, et ainsi se débarrasser définitivement de ces indépendantistes qui n’ont plus leur place dans un parti devenu aussi fédéraliste que les deux autres clones de centre-droit.

Quand on renverse une idole, on attire le mauvais sort. Désormais, les plus farouches adversaires de Marois ne seront ni adéquistes ni libéraux, mais indépendantistes.

Un billet en cinq minutes
25 juin 2008

Je pars travailler dans cinq minutes chrono. Que puis-je écrire dans ce laps de temps? Prêt, c’est un départ! 10h03.

Deux sujets aujourd’hui: la fête nationale au Parc Maisonneuve et la lutte aux spéculateurs du pétrole aux États-Unis.

Au sujet de la fête d’hier soir; Gab et moi l’avons écouté au complet à la télévision. Heureusement qu’il y avait Normand Brathwaite pour animer; il était franchement meilleur que Lemay-Thivierge la veille à Québec. Et Loco Locass a littéralement volé le spectacle. Tous les autres avaient l’air d’avoir les pieds dans le ciment et à chaque fois que le groupe se présentait sur scène c’était une véritable déferlante de drapeaux, d’énergie, une vague bleue et blanche emportant tout avec elle.

J’avais sérieusement critiqué la décision du groupe de participer à une Saint-Jean privée avec les Cowboys-Fringants en 2005, où il fallait payer pour participer, mais cette fois-ci ils se sont rattrapés d’une manière grandiose. Bravo!

Mon autre sujet: les États-Unis parlent de mettre des limites aux spéculateurs dans le domaine du pétrole. On veut limiter l’accès des hedge funds, réduire la possibilité d’utiliser des marges et augmenter le besoin de liquidités. Et il se trouve même des clowns (comment les appeler autrement?) qui disent qu’avec ça on ferait baisser le coût du pétrole de moitié!

Bon, soyons sérieux. Il est aussi utile de réduire la spéculation sur le pétrole que de mettre un petit bandage sur un cancer généralisé. Avec le pic pétrolier, les prix continueront d’augmenter, passant le 200$, le 250$, puis le 300$ le baril. Il n’y a rien à faire contre ça: la demande est en voie de dépasser l’offre et aucune loi, aucune limite contre les spéculateurs n’y changera quoi que ce soit.

On cherche seulement une cible facile pour détourner l’attention des incroyables enjeux qui s’en viennent.

10h08. Je pars. Bonne journée à tous!

Bonne Saint-Jean aux (vrais) Québécois!
23 juin 2008

(Un client que je vois régulièrement depuis près de deux ans arrive à la caisse…)
– Bonjour! (sourire)
-…
– Ça va? (sourire)
-…
– Avez-vous besoin d’un sac avec ça?
– …
– Avez-vous besoin d’un sac avec ça? (regard dans les yeux)
– I don’t speak french.
– Avez-vous besoin d’un sac? (je prends le sac, et le pointe en terminant ma phrase, de sorte que même un idiot aurait compris ce qu’est un sac, peu importe la langue)
– I don’t speak french.
– Avez-vous besoin de la facture? (je prends la facture, et la lui montre en la secouant)
– I don’t speak french.
– Bonne soirée monsieur, et bonne Saint-Jean! Bonne fête du QUÉBEC!
– …

Bienvenue à Ville dans Saint-Laurent, dans le merveilleux Québec anglicisé de tous ceux qui se dépêchent de répondre en anglais aux immigrants et qui leurs enlèvent ainsi toute nécessité (ou même tout désir) d’apprendre notre langue.

Bienvenue dans le Québec du futur, où on vous regarde avec de gros yeux et comme si vous descendiez de la lune parce que vous parlez français.

Bonne Saint-Jean aux vrais Québécois, c’est-à -dire tous ceux – peu importe leur origine – qui sont conscients de notre responsabilité culturelle et linguistique et qui se respectent assez pour refuser de parler anglais, que ce soit au travail, chez des amis, ou n’importe où sur le territoire du Québec!

à€ vous tous, je vous lève mon turban!

Et pour les autres, comme l’écrit Akakia, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes:

Pas de problème sous le ciel bleu fleurdelysé du Québec puisqu’il n’y a que le maire de Hérouxville qui ressort désorienté de ce constat très savant. Puisque la « crise des accommodements » (sic) sort des bureaux des médias qui ont monté l’affaire en épingle. Puisque le Parlement de Québec a décidé de garder son crucifix au-dessus du trà´ne (tout un gain !). Puisque les Canadiens français forment le peuple le plus bonasse et intellectuellement le plus paresseux du monde et qu’ils attendent tout bonnement de noyer leur chagrin, bien assis sur leur caisse de 24 devant le feu de la Saint-Jean, sans nourrir d’appréhension pour le lendemain.

Dormez, surtout, continuez de dormir! Nous sommes en train de disparaître, mais, surtout, continuez de dormir!