Six sur 26 000?
8 octobre 2009

« Six cas sur 26 000 ». C’est dans ces mots que le premier ministre du Québec a rejeté du revers de la main les doléances de l’opposition concernant les passe-droits offerts par la SAAQ aux membres de certaines religions exigeant de se faire servir par une personne de leur propre sexe. « À genoux! », « pas de colonne! » ont répliqué péquistes et adéquistes. Et ils ont eu raison de le faire.

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En effet, on ne doit pas juger d’une situation seulement en termes numériques. Ce n’est pas parce que ce sont seulement six cas sur 26 000 que ce ne sont pas six cas de trop. Où place-t-on la limite? 6 sur 26 000, par de problème. 50 sur 26 000, ça va. 1000 sur 26 000, pas trop grave. Et 10 000? Où trace-t-on la ligne? À partir de combien de cas peut-on parle d’un véritable problème?

En fait, la véritable question est celle d’établir à qui s’applique la loi. Si moi, un Blanc Québécois catholique non-pratiquant exige d’être servi par un homme plutôt qu’une femme, pourquoi pourrait-on me le refuser davantage qu’à un Musulman, par exemple? La loi est la même pour tous. Dès qu’on ouvre la boîte de pandore, on s’expose aux pires conséquences. Aujourd’hui, ce sont 6 cas sur 26 000, mais demain j’exigerai de voir un médecin homme, un caissier homme à la banque, un coiffeur homme, etc. À partir du moment où on déclare qu’il est correct que 6 personnes puissent choisir le sexe de la personne qui les sert, il faut offrir ce choix à tous les autres citoyens. Bref, par un simple accommodement raisonnable, on annihile toute notion d’égalité des sexes et on ouvre la porte aux pires excès.

Le Québec possède trois valeurs de base, trois profonds pieux enfoncés dans le sol meuble d’une identité du reste plutôt incertaine: laïcité, égalité des sexes et langue française. Ces trois valeurs nous représentent. Ce sont les fondements de notre identité, les valeurs qui ne sont pas négociables. Ce sont nos règles de bienséance à nous, ces petits-riens qu’on impose à nos invités. Ce sont nos phrases du genre: « peux-tu enlever tes souliers avant d’entrer » ou « pourriez-vous utiliser un sous-verre ». Notre maison, c’est le Québec, et nous sommes ouverts, tolérants et sympathiques en autant qu’on respecte au minimum nos règles.

Or, quand on décide de faire passer le choix religieux avant l’égalité des sexes ou qu’on endure une bilinguisation de nos vies, on renie ces valeurs fondamentales. On fait passer l’autre en premier. On lui lance le message suivant: « D’habitude, j’exige qu’on enlève ses souliers pour entrer, mais toi tu peux marcher dans la boue et en mettre partout si tu le désires ». On renie ce que nous avons de plus précieux pour faire plaisir à l’autre. Sous prétexte d’une mondialisation et d’un soi-disant besoin de davantage d’immigrants, alors qu’on peine déjà à intégrer ceux qui sont ici, on renie notre propre identité et on devient la carpette sur laquelle plusieurs ne rêvent, justement, que de s’essuyer les pieds.

Affirmer ses valeurs, imposer le français, la laïcité ou l’égalité des sexes dans toutes les circonstances, ne constitue pas un affront aux immigrants. C’est une simple question de respect. Non seulement nous respecteront-ils, mais ils seront davantage tentés de nous rejoindre, de faire partie de ce peuple ouvert à autrui mais respectueux de ses valeurs fondamentales.

Car, dites-moi, vous auriez envie, vous, de vous intégrer à un peuple tellement peu fier de lui-même qu’il oublie qui il est, son histoire et ses espoirs, dès qu’il entre en présence de l’autre?

En minimisant le problème des accommodements raisonnables, le gouvernement Charest ne contribue pas seulement à passer sous silence le cas de six individus sur 26 000. Il ignore également le problème de six millions de Québécois désireux de s’ouvrir aux autres sans y perdre leur identité.

Et ça, c’est beaucoup plus dangereux.

Les dérives de l’utilisateur-payeur
26 mai 2009

« On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de conducteurs qui ne s’autofinance pas. » C’est de cette façon que la ministre des Transports, Julie Boulet, a fermé la porte samedi aux motocyclettes quant à une éventuelle baisse de leurs astronomiques cotisations. Le sacro-saint utilisateur-payeur. Encore. Comme je l’écrivais ici, ce n’est pas l’ensemble des motocyclistes qui est davantage à risque, mais une minorité de jeunes et de nouveaux conducteurs. Le choix de considérer l’ensemble des motocyclistes comme une catégorie distincte et de faire abstraction des spécificités sous-jacentes à ce groupe ne fait que confirmer le dogmatisme des positions du gouvernement quant au concept d’utilisateur-payeur. Un concept qui, dans sa finalité, se révèle d’un ridicule consommé.

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En effet, jusqu’où ira-t-on pour faire payer l’utilisateur d’un service précis? Prenons la première phrase de ce billet; ne pourrait-on pas l’appliquer à n’importe quelle autre situation? Poussons la logique de l’utilisateur-payeur dans ses derniers retranchements.

Un exemple au hasard: l’électricité. Est-il normal que le même kw/h coûte le même prix à Montréal qu’en région? Dans la métropole, la densité de population est très forte, ce qui signifie que les installations d’Hydro-Québec sont plus rentables car davantage d’usagers peuvent se brancher sur une même quantité de fils. Est-il normal que les consommateurs d’électricité de Montréal paient pour ceux de l’extérieur? N’y a-t-il pas quelques endroits très retirés où il en coûte plus cher pour Hydro-Québec d’entretenir son réseau que les revenus qu’elle obtient de ses rares clients? On ne peut pas faire payer tous les usagers en milieu urbain du Québec pour une catégorie de consommateurs qui ne s’autofinance pas.

Un autre: la santé. Mon père s’est fait soigner à près de 2000$ de l’heure aux États-Unis par des médecins qui n’ont même pas été foutus de lui dire qu’il avait une tumeur à un poumon. Utilisateur-payeur. Devrait-on faire payer ainsi tous les citoyens qui ont la malchance d’être malades? Et ne serons-nous pas tous malades un jour? Et que faire des citoyens qui fument la cigarette, de ceux qui habitent près des autoroutes (pollution), de ceux qui ont trop utilisé leurs cellulaires? On les laisse crever sous prétexte qu’ils avaient de mauvaises habitudes de vie? Et qui décide quelles habitudes méritent d’être pénalisées et lesquelles ne le méritent pas? On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et encore: les routes. Est-il normal que chaque citoyen paie pour des routes qu’il n’utilise pas? Je ne vais jamais à Saguenay: pourquoi utiliserait-on mes impôts pour financer l’élargissement de la route dans la réserve des Laurentides? Et puis: pourquoi est-ce que je paie autant que mes voisins derrière chez moi pour l’utilisation des rues alors que sur la mienne nous sommes des dizaines dans des appartements alors que derrière ils habitent des maisons espacées et utilisent donc moins leur rue? Selon le concept d’utilisateur-payeur, il faudrait installer des péages à chaque rue, intersection, afin de s’assurer qu’on ne fait pas payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et le transport en commun? Pourquoi les automobilistes paieraient-ils pour le transport en commun? Qu’il s’auto-suffise! Des tarifs à 5$ du déplacement devraient faire l’affaire. Mais… Pourquoi paierais-je 5$ pour me déplacer du métro Sherbrooke jusqu’à Laurier alors qu’un autre paie le même montant pour faire la ligne orange au complet? Injustice! Ne faudrait-il pas alors faire payer le transport en commun au kilomètre parcouru? Pourquoi l’homme qui part de Rivière-des-Prairies jusqu’au centre-ville ne paierait-il pas plus cher que celui qui utilise moins les déplacements publics? On ne peut pas faire payer tous les utilisateurs du transport en commun pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Mais encore. J’habite dans l’est de Montréal. C’est-à-dire que les vents dominants amènent toute la pollution urbaine jusque chez moi. Est-il normal que je doive payer sensiblement les mêmes impôts et taxes que les autres alors que mon droit de jouissance de la vie est diminué? Pourquoi les résidences cossues de l’ouest de la ville ne paieraient-elles pas plus cher pour l’air pur? On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Toujours au hasard: l’école. Est-il normal qu’il en coûte le même montant pour un élève sage que pour un élève turbulent, qui accapare son professeur? En monopolisant l’attention d’un professeur, l’élève agité utilise davantage les ressources mis à sa disposition qu’un autre élève. On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Et… les pauvres. Est-il normal d’avoir à payer pour les pauvres? Qu’on les laisse crever. Pas de B.S., pas de services sociaux. Qu’ils se battent à deux pour chaque emploi minable disponible et qu’ils pourrissent dans leur crasse. On ne peut pas faire payer tous les contribuables du Québec pour une catégorie de citoyens qui ne s’autofinance pas.

Je vous jure que je pourrais continuer jusqu’à demain matin. La vérité, c’est qu’une société ne se bâtie pas sur le concept de l’utilisateur-payeur. Elle se construit avec l’idée que tous, à un moment ou un autre de leur vie, auront besoin des services de la collectivité. Même le plus riche aura besoin des services sociaux qui assurent un minimum de stabilité sociale et empêchent les plus déshérités de la société de le voler ou le tuer dès qu’il met les pieds dans la rue.

Bien sûr, il ne s’agit que de moto ici. Par contre, c’est l’idéologie derrière la justification de la ministre qui me fait peur. Car à partir du moment où on décide qu’une classe de citoyens mérite d’être stigmatisée comme étant « trop coûteuse » pour les autres, qui sait où cela va s’arrêter?

Immatriculation: la SAAQ s’attaque injustement aux motocyclistes
18 mai 2009

Les automobilistes ont du se limiter à 60 km/h sur l’autoroute derrière une interminable file de motos. Une manifestation contre les hausses de tarifs de la Société d’assurance-automobile du Québec (SAAQ). Encore. Et vous savez quoi? Ils ont foutrement raison de manifester.

En effet, la surprime exigée n’a pas sa raison d’être. Pour plusieurs motocyclistes, la facture passera de 320$ par année à plus de 1410$. Pour les plus petites cylindrées, on parle d’une «maigre » augmentation de 100%, de 320$ à près de 630$.

Le but? Renflouer les coffres de la SAAQ en s’attaquant principalement aux motos les plus puissantes, qui seraient responsables de plus d’accidents et coûteraient plus cher à la société. Le problème, c’est que cette approche n’est basée sur aucun fait.

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Puissance, vitesse et accidents : aucun lien

Il s’agit d’un mythe tenace voulant que les motos très puissantes causent davantage d’accidents. C’est tout à fait faux. Et plusieurs études le prouvent.

Au début des années 80, le « Motorcycle Accident Cause Factors and Identification of Countermeasures »(ou Hurt Report) a démontré que la vitesse médiane d’un accident de moto était de 48 km/h et que les deux principaux facteurs lors de celui-ci étaient l’inexpérience du conducteur et son âge, et non pas la puissance de la moto.

Vingt ans plus tard, une vaste étude semblable a été effectuée en Europe. La « Motorcycle Accidents In Depth Study » (MAIDS) a confirmé la précédente étude : la vitesse médiane d’un accident de moto était de 49 km/h et encore une fois il n’y avait pas de lien entre la puissance d’un véhicule et sa représentation dans les accidents. L’âge et l’inexpérience constituaient là aussi les principaux facteurs. Seulement 1,5% des accidentés avaient dépassé le 120 km/h et à peine 0,5% le 140 km/h.

Jean-Pierre Belmonte, un ex-membre du conseil d’administration de la SAAQ et qui a d’ailleurs été le seul à démissionner quand le gouvernement a pigé dans les coffres de la société, explique : « L’âge est le principal facteur d’accidents. Autrement dit, les jeunes conducteurs sont plus à risque, point final. Mettez-leur une sportive de 600 cc entre les mains, une voiture ou un frigo sur roues, et le risque sera le même: élevé. »

Une politique dangereuse

En fait, la politique de la SAAQ consistant à faire payer les utilisateurs en fonction de la grosseur de leur cylindrée pourrait avoir de graves conséquences. Ce que les deux études précitées ont également démontré, c’est qu’une seule catégorie de motocyclettes est sur-représentée en terme d’accidents : les motos modifiées.

Ainsi, en obligeant les motocyclistes à payer plus de 1400$ pour leur grosse cylindrée, cela risque d’inciter de nombreux jeunes amateurs de sensations fortes à modifier leur véhicule. Le calcul est simple : en 2010, il en coûtera 743$ de plus pour une cylindrée plus imposante. S’il en coûte 1500$ pour modifier une moto, dès la troisième année on rentre dans son argent. Et le résultat? Des dangers à deux roues sur nos routes.

Parallèlement, une frénésie incroyable s’est emparé d’un autre marché : celui des motos dites classiques, qui ont plus de 25 ans et qui peuvent être immatriculées à rabais sous la simple restriction de ne pouvoir circuler sur les routes où la vitesse maximale est supérieure à 70 km/h. Un mécanicien de Laval, spécialisé dans la remise à neuf de ce type de motos, m’a confirmé que les prix ont plus que doublé pour des véhicules datant parfois d’avant les années 80.

La combine est simple : on modifie la moto pour en faire une bombe. On circule sur les routes où c’est permis et on clenche quand aucun véhicule de police est en vue. Le résultat? Au lieu d’avoir des motos sportives de l’année qui brûlent le pavé sur des autoroutes conçues pour la vitesse, on a des vieilles motos d’un quart de siècle modifiées sur les routes de campagnes. A-t-on besoin de plus amples explications quant à savoir ce qui est le plus dangereux?

Une politique inutile

Le but affirmé de la politique de la SAAQ est de renflouer ses coffres tout en limitant le nombre de morts sur les routes.

Pourtant, les coffres de la société étaient pleins il y a quinze ans à peine. C’est sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard et à cause de son obsession maladive pour le déficit zéro qu’on a décidé de piger massivement dans les surplus devant servir à indemniser les accidentés de la route.

Ainsi, en demandant aux motocyclistes de remettre à flot la SAAQ, c’est un peu comme si on faisait porter sur leurs épaules le poids de réparer ce que toute la société a cautionné avec le sacro-saint déficit zéro. Théoriquement, tout le monde a profité du déficit zéro, mais ce sont les motocyclistes qui doivent, presque seuls, réparer les pots cassés. Équitable? Pas vraiment!

Et puis, au fait, est-ce que la SAAQ arrivera vraiment à se renflouer en ponctionnant les motocyclistes? Rien n’est moins sûr, surtout en considération du fait que seulement 10% des motos sont des motos sports à forte cylindrée et que ce nombre risque de diminuer passablement avec les nouveaux tarifs. C’est un peu comme pour les cigarettes. L’État a du réduire drastiquement les taxes en 1994 car la contrebande lui faisait perdre des revenus. Quand on taxe trop violemment des gens qui ont une solution de rechange (voiture sport, moto modifiée, etc.), à terme, on réduit les revenus.

Et pendant ce temps, la SAAQ agrandit son siège social pour la somme de 40 million $… Allo les priorités.

Par ailleurs, il importe de noter que la proportion de morts en relation au nombre d’immatriculations a diminué dans les années ayant précédé la décision de la SAAQ de hausser les frais des motocyclistes. En 1998, il y a eu 56 morts sur 76 506 immatriculations (rapport de 0,00073) contre 50 morts sur 111 351 immatriculations en 2003 (rapport de 0,00045). Puisque la SAAQ a élaboré son projet en 2005 (pour le présenter en 2006), elle devait être très au fait de ces statistiques. En fait, le bilan routier des motocyclistes ne cesse de s’améliorer depuis vingt ans. Ce qui n’est guère surprenant, il faut le dire, avec le vieillissement de la population et l’expérience qu’elle confère aux conducteurs.

La question demeure : pourquoi, alors, s’en prendre ainsi aux motocyclistes?

Le véritable but

Le véritable but de ces hausses, selon Jean-Pierre Belmonte, est plutôt de préparer les automobilistes à cette nouvelle forme de tarification, en fonction de la cylindrée ou du type de véhicules. Même s’il est indéniable qu’on pourrait penser à facturer différemment un conducteur de voiture hybride de celui qui conduit un Hummer, avait-on besoin pour autant de s’attaquer ainsi à tous les motocyclistes? On tue une mouche sous une tonne de béton. N’aurait-on pas pu tenir compte, par exemple, du très bon bilan environnemental des motocyclettes?

À contre-sens du développement durable

Les motocyclettes les plus modernes sont des chef-d’œuvre de la consommation d’essence. Certaines peuvent faire plus de 120 km. avec un seul litre! Elles dégagent également moins de dioxyde de carbone qu’une voiture, permettent de réduire la congestion urbaine, sont moins encombrantes et n’endommagent pratiquement pas les routes. Ce n’est pas un hasard si le Comité d’action politique motocycliste (CAPM) réclame le droit pour les motocyclistes d’utiliser les voies réservées aux autobus, taxis et au covoiturage; les motos sont des véhicules beaucoup plus écologiques que les voitures!

Malheureusement, avec ces hausses de tarifs, on incite davantage de personnes à troquer leur motocyclette contre une voiture ou à modifier de vieilles motos (plus polluantes) pour payer moins cher en immatriculation. Et puisque les ventes de motos neuves ont chuté de près de 30% depuis 2006, on n’incite pas les constructeurs à développer des technologies écologiques qui nous sont adaptées, notamment la moto électrique, qui serait promise à un bel avenir dans notre pays d’hydro-électricité.

Et question technologie, il n’y a pas qu’au niveau du groupe-moteur et de la performance écologique que les efforts peuvent s’avérer payant. De nombreux constructeurs implantent progressivement des freins ABS, des coussins gonflables, des dispositifs antipatinage. Encore faut-il que les motos neuves se vendent…

Des pistes de solution

En premier lieu, il faudrait peut-être facturer motocyclistes et automobilistes en fonction d’un facteur de risque basé sur l’âge et l’expérience du conducteur plutôt que sur le type de véhicule conduit. Il serait d’une simplicité quasi-juvénile d’établir une formule mathématique mettant en relation le potentiel de risque pour chaque classe d’âge. Les compagnies d’assurances privées le font déjà; pourquoi pas la SAAQ?

En second lieu, il serait pertinent d’offrir des rabais substantiels à ceux qui choisissent des motos économiques, moins bruyantes, plus écologiques.

Finalement, il y aurait un intérêt certain à offrir une meilleure place aux véhicules à deux roues en ville, surtout s’ils sont moins bruyants et plus sécuritaires. Des stationnements gratuits, des voies réservées, des exemptions de parcomètres seraient des solutions à envisager. Il faudrait également revoir la loi qui force toute personne désirant conduire un scooter de plus de 50cc à obtenir un permis de moto.

Dans tous les cas, les motocyclistes ont raison de se sentir floués. On les traite comme des parias de la société alors qu’ils pourraient contribuer à désengorger villes et autoroutes tout en polluant moins qu’une voiture.

Pour des raisons politiques et à cause d’une aberrante étourderie, on a fait d’eux des exemples en espérant que leur manque d’homogénéité politique en ferait une cible docile. En s’organisant comme ils le font depuis quelques semaines, ils sont en train de montrer une fois de plus qu’il n’y a rien comme une injustice pour unir un groupe en apparence disparate.

Au-delà de leurs intérêts propres, c’est la survie de tous les modes de transport alternatifs et de leur abordabilité qu’ils défendent. Et c’est aussi un peu de notre air et de la décongestion de nos rues que leur combat dépend.

Que ce soit le transport en commun, le vélo, ou la moto, toutes les alternatives moins polluantes et sécuritaires à la voiture ne devraient-elles pas être offertes à tous, et pas seulement aux plus fortunés d’entre nous?

Power Corporation aime le budget
26 mai 2007

Cyberpresse est un merveilleux outil pour s’informer de ce qui se passe en temps réel: l’information y est variée, souvent mise à jour, intéressante et pertinente. Cependant, et c’est un point important, le site appartient au réseau Gesca, qui lui appartient à Power Corporation, une des entreprises parmi les plus rapaces et influentes du Canada.

Ce n’est donc pas une grande surprise de trouver dans leurs pages une publicité de Monique Jérôme-Forget vantant son budget (en bas à droite dans l’image).

Évidemment, on rétorquera que c’est une entreprise privée et qu’elle peut mettre n’importe quelle publicité là où elle le veut. C’est vrai, mais il reste que la présence d’une publicité pro-budget à côté d’un texte assez complaisant avec le gouvernement Charest, sur le site appartenant à une corporation comme Power Corporation, qui risque de s’enrichir encore davantage avec l’élimination de la taxe sur le capital promise par la ministre, voilà qui est assez douteux d’un point de vue éthique et pose la question de la crédibilité d’un tel média.

Par ailleurs, même les éditorialistes contribuent au travail de glorification de ce pitoyable budget. Ainsi, on peut lire André Pratte affirmer:

Il n’y a rien d’irresponsable, de scandaleux, d’horrible dans ce budget. Absolument rien qui justifie la tenue d’élections précipitées – une dépense de 72 millions. Demandez à une famille monoparentale d’un enfant avec un revenu de 40000$ s’il est condamnable de réduire ses impôts de 360$ par an?

Ce que M. Pratte ne dit pas, c’est que le 360$ « sauvé » par une telle famille serait rapidement éliminé par les hausses de la SAAQ, des frais de scolarité, de la carte d’autobus, des parcomètres, etc. Et on ne parle même pas ici des projets de Claude Castonguay, nommé par le gouvernement pour étudier le système de soins de santé, qui désire mettre fin à la gratuité dans le réseau. Que reste-t-il de ce 360$ après toutes ces dépenses? Par contre, une personne comme M. Pratte, qui gagne très certainement bien au-delà de 100 000$ par année, profite largement de ces baisses d’impôts octroyées aux plus riches.

Ainsi, on le constate, il y a un véritable problème de crédibilité sur Cyberpresse. Le fait que l’entreprise appartienne à une corporation qui profite largement de politiques économiques plus libérales et que les textes d’opinion soient écrits par des éditorialistes au salaire assez élevé pour leur permettre de faire partie des privilégiés de ce budget, voilà qui vient mettre un gros bémol à l’idée même de se donner la peine de lire ce qui s’y écrit sur le sujet.

Au fond, peut-être était-ce la stratégie du gouvernement Charest? On offre des baisses d’impôts, mais en les ciblant sur les plus riches, on s’assure le soutien d’entreprises qui jonglaient avec l’idée d’appuyer l ‘ADQ, parti théoriquement plus à droite, et on est certain que des éditorialistes grassement payés relaieront le message puisqu’ils ont un intérêt personnel à appuyer ce budget.

Devant la partialité et le manque de crédibilité de tels médias, il devient de plus en plus vital d’avoir des sources d’informations alternatives, non pas guidées par le profit, mais par le désir de bien informer les gens.