Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Qui a peur de la dicussion?
30 novembre 2008

Mon collègue de travail va devenir policier. L’ordre, la loi, la hiérarchie, il connaît. Travailler avec lui s’avère parfois difficile, mais quand il est en stage il a toujours de bonnes histoires à raconter.

Dernièrement, il nous racontait une poursuite à pied que lui et ses collègues avait effectuée sur une voie ferrée pour attraper un homme soupçonné de meurtre. Spontanément, et peut-être avec une certaine maladresse, je lui demandai si l’homme était noir, me questionnant quant à savoir s’il était relié aux gangs de rue.

Immédiatement, deux de mes collègues ont réagi: « c’était pas mal gratuit ça » me répondit le premier, et quand je répondis que ce ne sont tout de même pas des Tremblay et des Barrette dans les gangs de rue mon autre collègue se tourna et dit « je ne veux même pas en parler avec toi ».

Bon, comme je l’ai écrit, ma formulation était maladroite. Ce que je voulais savoir, c’était si la personne était membre d’un gang de rue. Mais la nuit, sur une voie ferrée, j’ai cru que de savoir s’il était d’une certaine ethnie serait déjà un bon début. Demander s’il était membre d’un gang de rue aurait irrémédiablement conduit à la réponse « aucune idée » alors que s’il était Noir avec des pantalons avec la fourche descendue jusqu’aux genoux et un foulard rouge ou bleu, ça pouvait en donner tous les signes (même si ce n’est pas une preuve absolue).

Ce qui m’exaspère dans cette situation, c’est encore une fois cette absolue nécessité de la langue de bois. Un homme n’est pas Noir, non on ne peut pas le dire, sous peine d’être considéré comme raciste. Il n’est pas un immigrant, sinon on peut se faire qualifier de xénophobe. Ce n’est pas un jeune, sinon on fait de la discrimination contre les jeunes. Et quoi encore?

Au lieu de se retourner et de fermer le dialogue, j’aurais aimé que ma collègue en discute avec moi. Son attitude a été celle de la majorité des Québécois vis à vis une foule de sujets, de l’immigration à la langue française en passant par leur relation amour-haine vis à vis des États-Unis. On ne veut pas discuter. Et si l’autre insiste, on le traite « d’obstineux » et vite on essaie d’étouffer le dialogue. On accuse l’autre de chercher à provoquer, de vouloir une confrontation. On a peur de l’échange des idées.

Le problème est le suivant: comment peut-on solutionner un problème si on ne peut même pas prendre conscience qu’il existe? Ce n’est pas de ma faute si la majorité des gangs de rues sont composés de jeunes issues de l’immigration. Je ne me suis pas levé un matin en le décidant: c’est un fait indéniable. Refuser de considérer cette situation est la meilleure façon de ne PAS régler le problème. On ne peut pas régler ce qu’on ne reconnaît pas.

Au contraire, c’est en prenant conscience d’un problème qu’on peut trouver des solutions. Au lieu de se mettre la tête dans le sable, il faudrait plutôt accepter la réalité et ne pas avoir peur de parler du fait que la majorité des gangs de rue sont composés de gens d’une origine ethnique différente. Reconnaître cette réalité ne fait pas de nous des racistes ou des xénophobes. Cela veut plutôt dire que nous avons franchi une étape supplémentaire vis à vis de ceux qui en sont encore à renier la réalité: nous comprenons le problème et nous sommes donc en mesure de proposer des solutions, que ce soit une baisse de l’immigration, des programmes économiques de gauche pour améliorer la redistribution de la richesse, une revalorisation de la culture et de l’identité québécoises afin de favoriser l’intégration des immigrants, etc.

L’enjeu, c’est d’en parler. Dire qu’un Noir peut possiblement être relié à une gang de rue ne constitue pas du racisme. C’est plutôt une appréciation de la réalité invitant au dialogue et à la recherche de solutions pour que d’ici quelques année cette réalité soit différente.

N’ayons pas peur des échanges virils et des discussions! C’est de cette confrontation des arguments que peut jaillir les meilleures solutions pour le futur!

À moins que ce soit plus facile d’ignorer ceux qui ne pensent pas comme nous et de s’enfermer ainsi dans notre petite réalité bien personnelle?

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.