La valeur de la médaille
19 août 2008

Il y a un aspect de ces Jeux Olympiques qui me dérange particulièrement: c’est celui où on félicite ou on remet en question tout le mode d’entraînement et le modèle social d’un pays en se basant simplement sur le nombre de médailles que le dit-pays a récolté. Il y a pourtant beaucoup d’autres facteurs à tenir en compte, notamment la relation entre le nombre de médailles récoltées et la population du pays.

En effet, voici le tableau actuel des médailles, par pays. Je préfère utiliser le total des médailles pour classifier le résultat plutà´t que le nombre de médailles d’or, car c’est déjà un très grand exploit d’être parmi les trois meilleurs de sa discipline.

  1. États-Unis: 79
  2. Chine: 76
  3. Russie: 42
  4. Australie: 35
  5. Angleterre: 33
  6. France: 29
  7. Allemagne: 28
  8. Corée du Sud: 24
  9. Japon: 22
  10. Italie: 19
  11. Ukraine: 17
  12. Pays-Bas: 13
  13. Canada: 13
  14. Cuba: 11
  15. Biélorussie: 11

Le problème avec ce tableau, c’est qu’il compare des pays que la population rend incomparables. En effet, comment comparer la Chine et son 1,3 milliards d’habitants et Cuba, par exemple, qui ne compte que 11 millions de citoyens? Afin de juger du meilleur pays, celui-ci devrait être capable à la fois de compter parmi les meilleurs pays au monde en terme de récolte brute de médailles, mais également au nombre de médailles per capita.

J’ai calculé le nombre de médailles par millions d’habitants de ces mêmes pays ci-dessous. J’ai utilisé les statistiques offertes par Wikipedia:

Nombre de médailles par million d’habitants:

  1. Australie: 1,656508875
  2. Biélorussie: 1,135686917
  3. Cuba: 0,9628892
  4. Pays-Bas: 0,765957412
  5. Angleterre: 0,539727749
  6. Corée du Sud: 0,487479456
  7. France:0,447237958
  8. Canada: 0,391416584
  9. Ukraine:0,369611121
  10. Allemagne:0,339931451
  11. Italie: 0,32676748
  12. Russie: 0,29850302
  13. États-Unis:0,256317935
  14. Japon: 0,172835834
  15. Chine: 0,055864073

On remarque, en observant ces statistiques, que le tableau s’inverse considérablement. Les États-Unis et la Chine, qui étaient respectivement deuxième et premier, prennent le 13e et le 15e rang, alors que d’autres pays, comme Cuba, l’Australie ou la Biélorussie, obtiennent les meilleurs résultats.

En clair, pourquoi je préfère cette méthode? C’est simple: un « extra-terrestre » peut apparaître n’importe où. Il y en a toujours de ces athlètes qui sont naturellement les meilleurs. Des Michael Phelps, par exemple. Mais la probabilité d’avoir un de ces athlètes est proportionnelle à la population. Il y a infiniment plus de chance d’en avoir un en Chine qu’à Cuba. Le reste – la différence – tient à l’entraînement et à la réussite du système national pour produire des vainqueurs.

Ainsi, et contre toute attente, la performance de la Chine est loin d’être exceptionnelle, mais est plutà´t pathétique. Si la Chine gagnait proportionnellement autant de médailles que le Canada, par exemple, elle en compterait aujourd’hui près de 532! Et pas loin de 121 pour les États-Unis!

On peut donc écrire, sans se tromper, que ces deux pays sont des exemples à ne pas suivre en ce qui concerne l’exploitation des talents. Et, surprenamment, l’Australie, Cuba et la Biélorussie devraient servir d’inspiration aux décideurs en vue des prochains Jeux d’été.

Bien sûr, il faudrait bâtir un algorithme tenant compte d’autres facteurs, notamment en ce qui concerne le climat (les pays nordiques sont désavantagés aux Jeux d’été, et inversement aux Jeux d’hiver pour les pays du sud) ou le lieu d’entraînement des athlètes (pour ainsi éliminer les cas où un pays se contente « d’acheter » une médaille en allant chercher un athlète d’un autre pays) et il serait impératif d’établir un nombre minimal de médailles afin d’éliminer le facteur « chance », mais déjà cette compilation donne une idée des pays desquels il est avantageux de s’inspirer.

Géorgie: guerre par procuration
13 août 2008

L’Ossétie du Sud est une région autonome qui fut créée en 1922 par l’URSS. Lors de l’indépendance de la Géorgie, en 1991, ces derniers ont supprimé l’autonomie accordée aux Ossètes et n’ont eu de cesse depuis de chercher à réintégrer cette région dans son giron.

Par la suite, l’Ossétie du Sud a déclaré son indépendance et a organisé deux référendums (tous deux gagnés) démontrant l’appui de la population à sa cause. Car, il faut le dire, l’Ossétie du Sud a beaucoup plus en commun avec la Russie et l’Ossétie du Nord (partie intégrante de la Russie) qu’avec la Géorgie. Néanmoins, et contrairement au cas du Kosovo, les États-Unis et l’Union Européenne rejettent toujours cette indépendance.

Ainsi s’est instauré ce qu’on a appelé un « conflit gelé », malgré que, comme le note cette blogueuse, les nombreux morts chaque année peuvent difficilement faire oublier que sous le volcan la lave se presse, prête à surgir avec force.

Mais que s’est-il soudainement passé, lors du premier jour des Jeux Olympiques?

Profitant de l’attention sur la Chine, la Géorgie, nouvelle alliée des États-Unis depuis une Révolution des Roses largement organisée depuis Washington via des organisation de droite comme la NED, a reçu le feu vert de Washington pour reprendre le contrà´le de la République autonome, brisant ainsi le statu quo en vigueur depuis des années.

La réaction de la Russie fut donc tout ce qu’il y a de plus normale; face à l’agression de la Géorgie (avec l’appui des États-Unis) sur son alliée, elle a simplement tenté de rétablir l’équilibre des forces. Malgré les discours de Bush et les belles images d’unité de ces pays autrefois sous le giron russe mais qui aujourd’hui couchent avec Washington, dans ce conflit c’est la Géorgie qui est l’agresseur, pas la Russie.

Et si vous vous demandez pourquoi tout ce branle-bas de combat dans cette région, cliquez simplement sur l’image en haut de ce billet et observez à qui appartiennent les oléoducs qui passent en Géorgie.

Car c’est dans un contexte de fin de partiele pic pétrolier pousse les pays à se faire la lutte, par procuration, pour les dernières réserves de pétrole disponibles, essayant de faire face à la crise imminente, que se produisent ces événements.

Pas surprenant, dans ce contexte, que l’Union Européenne et les États-Unis refusent d’accepter l’indépendance des Ossètes et encouragent la Géorgie dans ses actions guerrières!

Made in China
16 juillet 2007

Je lis un livre qui est en train de changer ma vision du monde: Chine-USA, la guerre programmée, de Jean-François Subsielle. Ce livre explique de quelle façon la croissance effrénée de la Chine n’aura d’autre conséquence, à terme, que de mener vers un affrontement entre les États-Unis et la Chine et de quelle façon toutes les politiques étatsuniennes actuelles n’ont qu’un seul but: nuire à la Chine en la privant des ressources nécessaires à son développement futur.

En effet, si j’affirmais dans le texte Députés ou Croisés? que les buts de la guerre en Afghanistan étaient d’encercler l’Iran, d’endiguer la Russie, de permettre la reprise de la culture du pavot et de permettre la construction d’un oléoduc vers le sud-est asiatique, il me semble de plus en plus que j’ai oublié un objectif central: nuire à la Chine en l’empêchant de sécuriser ses sources de pétrole (en Iran, ou dans les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale), elle qui est archi-dépendante des importations de l’or noir pour sa croissance économique.

C’est pour cette raison que les États-Unis auraient envahi l’Irak: dans un contexte où le pétrole sera de plus en plus rare et coûteux (à cause du pic pétrolier), il ne fallait pas seulement s’accaparer de cette ressource mais surtout empêcher le Dragon chinois et son milliard et demi d’habitants d’en prendre possession. Car jusqu’au moment de l’attaque, la Chine avait déjà conclu une entente pour sécuriser 30% de sa consommation de pétrole à partir de l’Irak dès que les sanctions internationales seraient levées. Mais évidemment, la guerre a effacé cette entente…

En clair, les États-Unis seraient déjà en guerre contre la Chine, mais ne peuvent pas la menacer directement pour une raison bien précise: elle est l’Usine du monde, fournissant près de 80% de la marchandise de Wal-Mart, par exemple. Dans ce contexte, on assiste à une confrontation larvée entre les néoconservateurs, partisans du Project for a New American Century, qui veulent endiguer la Chine et l’empêcher d’accéder au rang de superpuissance capable de menacer l’hégémonie étatsunienne, et les néolibéraux, qui profitent de la main d’oeuvre bon marché chinoise.

Par ailleurs, ce qui milite le plus pour une guerre entre les deux pays serait, selon Susbielle, leurs ressemblances économiques. Car si l’URSS menaçait les États-Unis, ils ne jouaient pas dans le même carré de sable: on pouvait se contenter de mettre un mur et d’endiguer la menace. Mais dans le cas présent (et futur, puisque la Chine devrait dépasser les États-Unis vers 2020 au niveau de la parité du PIB), la Chine est en compétition directe avec le pays de l’Oncle Sam; chaque gain pour la Chine est forcément une perte pour la puissance hégémonique actuelle.

Cependant, malgré ces ressemblances, il existe une différence de taille entre les deux pays: le régime politique.

« Dans la course universelle à l’efficacité qui domine le monde néolibéral, la Chine a pris une longueur d’avance dans bien des domaines. Dans le mode de désignation des élites, d’abord, la démocratie part avec de lourds handicaps. Sélection du candidat, campagne électorale et chasse aux suffrages, autant d’étapes obligées qui sont par trop aléatoires pour offrir un degré suffisant d’efficacité.

Est-ce à l’opinion publique, inconstante et volage, de décider qui, parmi les prétendants, est le plus apte à diriger le pays? Faut-il plutôt confier ce choix à un comité central, avatar à l’echelon du pays du conseil d’administration d’une entreprise? La dictature de l’efficacité milite pour le second terme de l’alternative. »

Bref, le régime chinois est mieux adapté à la mondialisation des échanges que celui des États-Unis, même si ce dernier fait des efforts pour limiter la démocratie depuis quelques années.

Finalement, il faut le constater: non seulement la Chine a un régime politique plus efficace pour la nouvelle économie, mais elle est plus populeuse que les États-Unis, a une croissance supérieuse basée sur des activités productrices (contrairement à l’économie du tertiaire étatsunienne), possède une plus grande homogénéité ethnique, et est en voie de supplanter les États-Unis à tous les niveaux économiques.

D’où le désir de ces derniers de ne pas céder leur place de numéro un mondial et de lutter – de toutes les façons possibles – contre la Chine.

Tout ceci me rappelle un autre livre, immédiatement best-seller à sa sortie en 1988, et qui avait prophétisé la fin de l’URSS: Naissance et déclin des grandes puissances, de Paul Kennedy. Un volumineux chapitre traite de ce qu’il appelle « la crise des puissances moyennes » et qui est en fait l’incapacité des puissances régnantes à faire face à la montée de puissances secondaires qui sont appelées à devenir des superpuissances. Par exemple, c’est l’incapacité de la « vieille Europe » à accepter sa perte de vitesse économique et à satisfaire les ambitions d’une Allemagne en pleine expansion à la fin du 19e siècle qui a mené aux guerres subséquentes.

En ce sens, la guerre est la grande révélatrice: elle rebrasse le paquet de cartes et révèle à chacun sa place réelle dans le monde. Et c’est une étape obligée, car l’histoire de l’humanité ne montre que peu de cas cas de superpuissances acceptant paisiblement de perdre leur statut au profit d’une autre. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Kennedy voit dans la Chine, au moment où il a écrit son livre (en 1986, soit bien avant qu’elle devienne si puissante!) une future concurrente pour le rôle de superpuissance mondiale.

En conclusion, il y a tout lieu de penser que les politiques militaires actuelles étatsuniennes visent à endiguer la Chine et à l’empêcher de devenir une superpuissance menaçant les intérêts de l’Oncle Sam dans le monde. Que ce soit la soi-disant guerre au terrorisme (particulier, considérant l’historique de terrorisme des États-Unis), la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak, les opérations de déstabilisation au Vénézuela, les menaces à l’encontre de l’Iran, tout ceci ne sert qu’un seul et même but: empêcher la Chine de prendre la place des États-Unis comme seule superpuissance mondiale.

Et c’est justement en luttant contre l’inévitable que les États-Unis pourraient éventuellement nous diriger vers la pire des guerres…

Députés ou Croisés?
22 juin 2007

Moins d’un Québécois sur quatre approuve l’envoi de soldats canadiens en Afghanistan alors que c’est 70% qui désapprouve. Parallèment, une majorité croit que les troupes devraient être retirées de ce pays immédiatement, et non pas en 2009 ou après. Le peuple parle, mais l’écoute-t-on?

Malheureusement, ça ne semble pas être le cas. Le gouvernement fédéral de Stephen Harper fait la sourde oreille aux demandes des Québécois, préférant jouer les caniches de service pour l’Oncle Sam et faire la sale besogne délaissée par les États-Unis, trop débordés en Irak. Et même au niveau provincial semble se développer le mépris des Québécois, notamment lorsque Couillard a pris à partie des députés ayant refusé d’applaudir des militaires devant quitter pour l’Afghanistan.

La guerre en Afghanistan, on connaît ses raisons:

  • 1) Encercler l’Iran (avec l’invasion de l’Irak) et continuer la politique d‘endiguement de la Russie amorcée durant la guerre froide;
  • 2) Assurer la reprise de la culture du pavot, qui permet un flot ininterrompu d’argent blanchi vers Wall Street;
  • 3) Permettre la construction d’un oléoduc de la mer Caspienne vers les marchés lucratifs du sud-est asiatique.

Le discours humanitaire à la Jeunesse Canada Monde (pour paraphraser Patrick Lagacé), c’est de la frime. Rien à foutre des Afghans. En fait, si: on veut stabiliser le pays pour permettre l’implantation à long terme d’une force américaine stable, la poursuite de la culture du pavot (qui avait été éliminée à 90% par les Talibans) et un climat permettant de faire couler le pétrole.

Et s’il y a des morts, rien à foutre. Dommage collatéral.

Et nos soldats, nos chers soldats, ces gens qui ont CHOISI ce métier et qui ont fait le CHOIX d’aller en Afghanistan, comprennent-ils seulement à quel point ils sont manipulés, brainwashés? On leur bourre tellement la tête qu’ils finissent par croire réellement qu’ils sont les bons et que les autres sont les méchants. Mais la réalité est beaucoup plus compliquée.

En effet, comment croire que les « bons » sont ceux qui s’en vont à l’autre bout du monde imposer leur façon de vivre alors que d’un autre côté on désire empêcher les « méchants » de faire la même chose? Plus crûment: pourquoi le terrorisme canadien et étatsunien en Afghanistan est-il plus acceptable que le terrorisme taliban ou islamiste en général? Dans les deux cas on crée la terreur, on alimente le chaos, et on vise des objectifs stratégiques ou politiques.

Les citoyens du Québec ne sont pas des cons. Ils sont majoritairement opposés à cette guerre car ils savent, ils sentent à quel point on nous ment. Ils refusent de voir nos ressources gaspillées pour faire la guerre de Washington en Asie Centrale. Ils refusent que le Canada sacrifie son image de gardien de la paix, héritée de décennies de modération dans les conflits internationaux, pour devenir le petit chien docile des États-Unis.

Et si cette colère doit s’exprimer contre les soldats, soit! Ces soldats mènent la vie qu’ils ont choisi de vivre, et ils ne méritent pas plus d’applaudissements que l’infirmière débordée, le policier de nuit, le pompier sur appel, l’éboueur, ou quiconque d’autre. N’a-t-on pas le droit d’applaudir qui on désire applaudir?

Manx est d’accord:

Si votre enfant travaille chez Wal-Mart et que vous êtes vraiment anti-Wal-Mart, certaines personnes diront “Bravo, au moins tu as un job”. D’autres diront “Je ne suis pas d’accord avec cela”. Je trouve ridicule de se plaindre sur cette opinion, ou de le trouver honteux ou quoi que ce soit. D’ailleurs, M. Couillard a réagi ainsi parce que son fils s’en va dans les forces armées et il s’est excusé par après.

Par ailleurs, pourquoi les députés – élus! – de l’Assemblée nationale devraient acclamer des militaires qui s’en vont dans une mission que la forte majorité de la population désapprouve? Et pourquoi des députés québécois devraient-ils saluer le gaspillage de fonds public pour protéger les intérêts de Washington en Afghanistan?

Décidément, il y a un décalage démocratique. Combien faudra-t-il faire de manifestations avant que les politiciens entendent l’appel et refusent de cautionner des soldats qui s’en vont tuer des Afghans au nom de l’impérialisme étatsunien? Pourquoi nos députés doivent-ils se lever et acclamer des soldats qui ne sont que des exécutants, des hommes-machines ne faisant que suivre des ordres?

Car comme l’a dit Zach Gebello,

S’il ne sont pas responsables de échecs de cette mission, alors ils ne sont pas plus responsables des succès. Ce sont donc des instruments. Personne n’a à se lever devant un instrument ou une personne qui n’est pas responsable.

Pendant ce temps, la guerre civile continue, et bientôt on comptera des morts québécois parmi les soldats, et peut-être des morts civils, quand notre agressivité aura été « récompensée » par un attentat terroriste…

Et l’inquisition néoconservatrice fait son entrée à l’Assemblée nationale, qualifiant d’hérétique quiconque ne s’agenouille pas devant nos Croisés du vingt-unième siècle…