Français à Montréal: s’excuser d’exister?
3 juillet 2009

« Sorry, I don’t speak french ». À Montréal. Deuxième ville francophone au monde. C’est dans ces mots que le journaliste Don MacPherson, qui s’est « déguisé » en francophone le temps d’un reportage, s’est fait accueillir dans nombre de commerces du centre-ville de la métropole québécoise. Pire: on a parfois même été agressif avec lui, cherchant à lui faire comprendre qu’il n’était pas la bienvenue en tant que francophone. Trente-deux ans après l’adoption de la loi 101, pourrait-on imaginer un tableau plus criant du retentissant échec de l’intégration des immigrants et des anglophones?

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En fait, il faudrait peut-être se poser la question autrement. La loi 101 a-t-elle encore son utilité? Ou plutôt: est-il approprié de chercher à défendre le français avec une simple loi sur l’affichage, au même moment où tous les services gouvernementaux du Québec se sont bilinguisés et où on apprend l’anglais à nos jeunes à l’âge de six ans? Qu’on se comprenne bien: individuellement, si quelqu’un a envie d’apprendre une, deux, dix langues étrangères, grand bien lui fasse. Mais collectivement, a-t-on besoin d’imposer l’anglais à des jeunes dont la plupart ne formeront pas l’élite? Quel message leur lance-t-on, sinon qu’ils devront plus tard travailler en anglais ici, dans leur propre pays?

Sortons la tête du trou un peu. Nous sommes en train de perdre Montréal. Entre les recensements de 2001 et 2006, Montréal a perdu près de 30 000 francophones, une baisse de 2,9%. Au même moment, il y avait 15 000 nouveaux anglophones, une hausse de 3,2%. Prenez un autobus avec cent personnes entassées à l’intérieur. Il y en a 300 remplis de francophones qui sont partis et 150 avec des anglophones qui sont arrivés. En cinq petites années. C’est MASSIF.

Et les autres francophones, les survivants de l’holocauste linguistique, que font-ils? Ils plient l’échine et ils endurent d’être des citoyens de second ordre dans leur propre ville. C’est cela que nous montre le reportage de Don MacPherson.

Dans la tête des anglos

Si le journaliste de la Gazette s’est mis dans la tête d’un francophone, nous pourrions peut-être tenter l’inverse. Suite à mon texte dénonçant les propos de Richard Rigby, du groupe Lake of Stew, sur René Lévesque et son héritage, celui-ci a tenté de poster un commentaire sur ce blogue. En anglais. Il n’a donc pas été publié, car la règle première de ce blogue est qu’il est francophone et s’adresse à des francophones. Quel genre de personne serais-je si je demandais aux autres de parler français partout et si moi-même, en ma propre maison virtuelle, j’adoptais la langue de l’autre pour communiquer?

Dans son commentaire, Rigby a écrit ceci, entre autres:

We’re here to stay like it or not.
I know that you’ll be pissed that I’m writing in English and for that I am not going to apologize.
I am not afraid of expressing myself in my language in the place where I was born.

[Nous sommes ici pour rester, que tu aimes ou pas.
Je sais que ça t’écoeureras que j’écrive en anglais et pour ceci je ne vais pas m’excuser.
Je n’ai pas peur de m’exprimer dans ma langue à l’endroit où je suis né.]

J’ai trouvé ces trois lignes tout à fait représentatives de mon expérience personnelle avec à peu près tous les anglos que j’ai rencontrés. Ils sont fiers d’être anglophones, parlent anglais partout, imposent leur langue sans complexe et ne s’excusent pas de ne pas parler français. Maintenant, avouez qu’il y a là tout un contraste avec l’attitude des francophones, qui se sentent mal de ne pas parler anglais, qui s’excusent constamment, et qui ont peur de ne pas être assez « inclusifs » s’ils osent parler dans leur propre langue.

Ceci dit, j’ai trouvé la justification de Rigby intéressante: « je parle anglais parce que je parle anglais depuis que je suis né ici ». En clair, parce que des anglophones sont ici depuis des années et que sa famille parle anglais, il se considère comme étant justifié de ne pas parler le français.

Imaginons une situation analogue.

Je m’en vais vivre en Russie. Partout, autour de moi, on parle le russe. Je décide pourtant de ne pas m’intégrer et je rejoins une petite minorité francophone à Moscou. Ai-je raison de ne pas m’intégrer? Évidemment, non. Maintenant, si j’ai des enfants et qu’eux non plus ne s’intègrent pas, ont-ils raison de le faire? Et si ceux-ci ont des enfants qui ne s’intègrent toujours pas, peuvent-ils réclamer le droit de ne pas s’intégrer sous prétexte que leurs parents et les parents de leurs parents n’ont jamais fait le choix de s’intégrer?

En somme, ce n’est pas parce que les parents et grand-parents de Rigby ont fait le CHOIX de ne pas s’intégrer que son propre refus de s’intégrer est légitime. Qu’on le veuille ou non, nous sommes conditionnés par les choix de nos ancêtres, mais nous avons également le droit de faire nos propres choix. Et quand Rigby écrit qu’il ne craint pas de parler sa langue à l’endroit où il est né, il ne fait que conforter le choix de ses parents et grand-parents de ne pas s’intégrer. Il fait le CHOIX de vivre replié sur lui-même. Et ce comportement d’obstination à refuser de s’intégrer et à se considérer comme justifié de ne pas respecter une des plus importantes valeurs des Québécois porte un nom: le mépris.

Or, on pourrait rétorquer que cette logique pourrait également s’appliquer aux Québécois, qui devraient s’intégrer à la majorité anglophone. Il n’en est rien. Rigby, ailleurs dans son message, affirmait se sentir Québécois. S’il se considérait comme Canadien, la question ne se poserait pas. Sauf qu’être Québécois, comme il le réclame, c’est adopter nos valeurs communes, et une de ces valeurs est le français. Nous sommes un maigre 6 millions dans un océan anglophone; ne peut-il pas le reconnaître et faire le choix de faire partie de la solution plutôt que du problème?

Malheureusement, on ne peut pas se contenter de le blâmer et de tout mettre sur le dos d’anglophones comme lui. Trop facile. Nous avons aussi notre responsabilité. Ne pourrions-nous pas, nous aussi, être fiers de notre langue? Ne pourrions-nous pas exiger le français au travail, dans la rue, avec les amis, partout? Ne pourrions-nous pas cesser d’avoir peur de passer pour des méchants xénophobes racistes simplement parce que nous désirons, nous aussi, parler notre langue dans notre pays?

C’est un peu le message que j’ai retenu du texte de MacPherson: soyez un peu fiers et arrêtez de vous excuser d’exister, bande de lâches!

Les insanités de Richard Rigby (Lake of Stew)
23 juin 2009

Dans l’extrait posté dans mon dernier texte, on peut entendre Richard Rigby, du groupe anglophone Lake of Stew, faire des commentaires plutôt inappropriés, voire méprisants, mensongers ou purement stupides.

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Affirmation un: « ma mère est Italienne; elle a été élevée dans la Petite-Bourgogne »

Si ta mère a été élevée ici, pourquoi es-tu incapable de parler français et doit-on mettre des sous-titres pour te comprendre? Comment peux-tu prétendre représenter les Québécois si tu admets avoir passé ta vie ici sans parler notre langue?

Affirmation deux: « À l’époque, dans les années 50, la Saint-Jean était une fête religieuse célébrée l’été par différentes nationalités. »

Dans les faits, à l’époque de ta mère, la Saint-Jean constituait déjà la fête des Canadiens-français. C’est en 1908 que le pape Pie X a fait de Saint-Jean-Baptiste le patron des Canadiens-français. Si la fête avait une forte composante religieuse, elle demeurait néanmoins la fête des Canadiens-français, et plus tard des Québécois. Tout au long du 20e siècle, elle a été la fête de notre peuple, de ceux qui parlaient notre langue et partageaient nos valeurs.

Affirmation trois: L’élection de René Lévesque, pendant les années 70, a transformé le tout en un événement nationaliste où nous n’étions plus la bienvenue. »

D’abord, c’est René Lévesque lui-même qui a fait de la Saint-Jean une fête nationale de tous les Québécois en 1977. C’est à lui que tu dois le droit de te produire devant nous aujourd’hui et de prétendre savoir qui nous sommes.  Un peu de respect pour l’histoire, SVP.

Mais quand tu dis que « nous n’étions plus la bienvenue », de qui parles-tu? Tu es la bienvenue; nous ne te demandons qu’une chose: intègre-toi et apprends notre langue. Si tu es disposé à respecter nos valeurs fondamentales, tu es la bienvenue, tout autant que tes ancêtres l’ont déjà été.

Affirmation quatre: « C’est de la « bullshit » tout ça; cette époque est du passé. »

Pourtant, un sondage publié l’an dernier indique que René Lévesque est la personnalité préférée des Québécois, toutes époques confondues. Si cet homme, décédé depuis plus de de deux décennies, peut encore être le préféré de tout un peuple, c’est donc que ses idées lui ont survécu.

Ainsi, et contrairement à TA « bullshit », les idées de René Lévesque ne sont pas du passé et cette époque n’est PAS révolue. Lévesque constitue toujours un héros et une source d’inspiration pour les Québécois, un peuple que tu connais manifestement bien peu pour quelqu’un qui a passé sa vie ici.

* * *

Ce que je trouve intéressant avec le discours de Richard Rigby, c’est qu’il représente un type de pensée assez répandue chez les anglophones de Montréal.  Pour pouvoir vivre en tant que victimes, ils travestissent la réalité en idôlatrant la période pré-Révolution Tranquille et en s’attaquant aux icônes québécoises.  Ils ne veulent rien savoir de ce que nous avons vécu; leur seul but est de pouvoir continuer à vivre repliés sur eux-mêmes sans jamais s’intégrer.

Ils nous détestent précisément parce qu’ils haïssent ce que nous avons de plus précieux.

Et nous, le jour de notre fête nationale, nous les applaudissons.

J’ai honte.