Projet Montréal, un danger pour le français?
18 octobre 2009

Projet Montréal est-il en train de devenir le parti des anglophones? Après avoir rejeté une alliance avec Louise Harel, le parti a choisi de nombreux candidats anglophones et cherche à se proposer comme une alternative à Gérald Tremblay auprès des anglophones montréalais, dernier bastion de résistance de ceux qui refusent de s’intégrer à la culture québécoise. Et si Projet Montréal, derrière son apparence verte et inoffensive, constituait une menace pour le statut francophone de Montréal? Voilà une question pertinente à se poser après les récents déboires de Benoît Labonté à Vision Montréal. Pénaliser la corruption, d’accord, mais au détriment de la primauté du français à Montréal, je décroche.

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Le sondage, fin septembre, était sans appel: 30% des anglophones appuyaient Projet Montréal, contre seulement 15% des francophones. Statistiques importantes, mais pas autant que le taux d’indécision: 44% pour les anglophones contre seulement 27% pour les francophones. Concrètement, les anglophones hésitaient encore. Qui choisir entre Gérald Tremblay, M. Corruption lui-même, et Louise Harel, la méchante péquiste qui veut défaire ce beau grand Canada? Projet Montréal s’impose comme une alternative crédible au sein d’une minorité rhodésienne votant d’une manière clanique, presque ethnique, contre toute personnalité représentant un peu trop la population québécoise. Sauf que pour aller chercher le vote des anglophones, Projet Montréal devait se donner une image un peu moins francophone, une démarche déjà en route.

Voici, en vrac, quelques candidats qui devraient faire honte à tous ceux qui espèrent freiner l’anglicisation de la métropole québécoise.

Ken McLaughlin, candidat au poste de Conseiller d’arrondissement dans le district Champlain–L’Île-des-Soeurs. Sur son blogue, il écrit un vibrant plaidoyer pour obtenir le vote des anglophones, affirmant comprendre qu’ils ne voteraient jamais pour quiconque a été ministre du PQ (bonjour le vote clanique) et leur réitérant le fait que Projet Montréal aime la « Montreal’s English community ». En opposition au caractère francophone de la ville et au fait que la langue française doit en constituer la langue commune, il se présente également en partie en anglais sur une vidéo.

Piper Huggins, candidate au poste de Conseillère d’arrondissement dans le district Jeanne-Mance. Elle habite le quartier Plateau-Mont-Royal depuis vingt ans, mais n’arrive qu’à baragouiner un français bien approximatif. Elle travaille à McGill, en anglais. Elle a été présidente de la section Quebec du NPD de 2006 à 2008.

Kamala Jegatheeswaran, candidate au poste de Conseillère de ville dans le district Darlington. Elle vit dans Côte-des-Neiges depuis vingt ans elle aussi, mais – jusqu’à preuve du contraire – ne peut même pas parler français. Dans sa vidéo de présentation, le seul mot dans la langue officielle de la ville est un pathétique « meur-cy » à la fin d’une longue déclaration en anglais.

Peter McQueen, candidat au poste de Conseiller de ville dans le district Notre-Dame-de-Grâce. Sa page Facebook est entièrement en anglais et il a affiché des pancartes unilingues anglaises, en opposition à la loi 101, alors qu’il était candidat pour le Parti Vert aux dernières élections provinciales.  Ses pancartes ne respectant pas notre langue commune avaient choqué de nombreux citoyens.

Les incohérences de Projet Montréal

Il y a près d’un mois, je parlais d’un candidat de Projet Montréal m’ayant contacté pour me demander ce que je pensais de son projet de communiquer en anglais aux électeurs de son district:

Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

Bref, ce que me demandait ce candidat – un anglophone d’origine mais qui parle un excellent français et qui constitue un des rares conseillers de Projet Montréal pour qui je considérerais voter; l’autre étant Carl Boileau – c’était s’il était acceptable de sacrifier une partie de ses idéaux pour aller chercher quelques votes. Ma réponse était non, et c’est toujours non.

Or, quand Richard Bergeron a refusé de fusionner son parti avec celui de Louise Harel, comme le souhaitaient plusieurs de ses membres (dont les candidates Josée Duplessis et Siou Fan Houang, deux anciennes péquistes), quand il a refusé de céder aux pressions du réseau Lapointe qui a tenté d’acheter son départ, quel message a lancé Richard Bergeron? Celui que les idéaux ne sont pas achetables et que la petite politique ne devrait pas primer sur les idées. Qu’on ne doit pas sacrifier ce qui nous est le plus cher pour espérer obtenir une version édulcorée de ses convictions en s’alliant à un parti permettant de se rapprocher du pouvoir. Ce qu’a fait Projet Montréal, à ce moment-là, c’est de se définir comme un parti d’idées, un parti qui ne se laisserait pas contaminer par une vieille façon de faire de la politique.

Le problème, c’est que la pureté de ces idées et de ces objectifs concernent surtout l’aspect esthétique de la ville. Des tramways, des rues plus propres, des pistes cyclables, davantage d’écologie, tout le monde est d’accord. Mais n’oublie-t-on pas quelque chose de plus important, de plus fondamental? La question identitaire. Montréal constitue une ville francophone dont la majorité de la population ne parle plus le français. C’est majeur comme constat.

Nos politiciens ont un rôle à jouer pour contribuer à la refrancisation de la métropole. On ne peut pas se contenter de pelleter nos nuages dans la cour du provincial ou du fédéral. La défense du français s’opère à tous les niveaux, à commencer par le municipal. Et quand un parti comme Projet Montréal refuse de s’engager sur le plan linguistique et cherche à obtenir le vote des anglophones plutôt que de chercher à les franciser, il fait exactement le contraire de ce en quoi il s’était défini après avoir refusé la fusion avec Harel: il vend son âme pour quelques votes. Du moins, si on part du principe qu’en son âme Projet Montréal croit à une ville francophone.

En fait, voici la vraie question: en quoi Projet Montréal devrait-il attacher plus d’importance à la pureté de ses idéaux au niveau de l’écologie ou de l’urbanisme qu’à ceux, tout aussi importants, de la protection du français dans la métropole? Dit autrement: pourquoi sacrifie-t-on le français alors qu’on a refusé de sacrifier ses autres projets? On m’objectera que les autres partis font la même chose. Pas si sûr.

En effet, si Vision Montréal et Union Montréal semblent prêt à tout sacrifier, s’il n’y a pas de vaches sacrées pour eux, c’est surtout parce que ce sont des partis de type coquille vide: le parti se résume grandement à la personnalité du chef. Projet Montréal, lui, est un parti qui a ses racines dans les quartiers, et c’est cela qui m’inquiète. Harel, je sais qui elle est, je sais ce qu’elle vaut. Je connais son attachement à la langue française.

Pourquoi Projet Montréal est dangereux

À l’opposé, Projet Montréal, en refusant de sacrifier quoi que ce soit sauf la langue, constitue une véritable boîte à mauvaises surprises faisant état d’une nouvelle réalité montréalaise: celle d’une ville anglicisée, sûre d’elle-même et s’encombrant de moins en moins des apparences de ville francophone. Tirant ses racines de cette réalité, le parti ne représente plus l’idéal d’un objectif commun à atteindre pour le bien-être de tous, mais plutôt les objectifs isolés d’une certaine catégorie d’anglophones soi-disant ouverts d’esprit et prêts à tout changer… tant que cela n’affecte pas la force de leur communauté linguistique. On se dit urbain, on s’affirme comme écologique, on se gargarise de développement durable et de renouvellement municipal, mais pas question de s’attaquer à ce qui menace réellement la ville: la disparition du fait français.

En ce sens, il s’agit d’une situation paradoxale. De nombreux anglophones s’identifient à Montréal à cause de sa diversité, à cause de ce côté francophone qu’ils ne pourraient retrouver dans une aucune autre ville majeure nord-américaine, mais ils contribuent, de par leurs gestes, à la disparition de cette francophonie. Ils nous aiment en nous étreignant jusqu’à la suffocation. Cette unicité de Montréal, cet incroyable potentiel qu’ils veulent lui donner, ils le font pour eux; l’idéal serait une Montréal entièrement anglophone mais conservant les caractères insufflés par la présence francophone. Une sorte de Nouvelle-Orléans du nord.

Voilà pourquoi Projet Montréal est dangereux: parce que ce parti se fait le représentant des anglophones et qu’il agit ainsi au détriment de la survie du français dans la métropole. Plutôt que de se faire le porte-parole des 90% de Québécois inquiets de la situation du français à Montréal, le parti de Richard Bergeron enfouit la question linguistique sous une ribambelle de projets certes mobilisateurs, mais qui ne contribuent pas à sauver ce qui nous importe vraiment… nous!

S’amourachant de candidats francophobes et incapables de s’intégrer à notre communauté, Projet Montréal constitue de plus en plus une sorte de pendant municipal du NPD, toujours sympathique, toujours souriant, toujours prêt à écouter les Québécois en autant qu’il ne s’agisse pas de restreindre les privilèges des anglophones. On se tient par la main, on fait une ronde, on s’embrasse, et on se bat sur tout et n’importe quoi, en autant qu’on ne se chicane pas entre nous. La génération Passe-Partout à son meilleur.

Au fond, on les comprend les anglophones de vouloir ignorer la question linguistique. Ken McLaughlin me l’a bien expliqué, sur son blogue: « Pour moi, le débat sur la langue a cessé d’être un enjeu majeur et central à un certain moment vers la fin du 20e siècle et je pense que la plupart des Montréalais seront en accord avec moi ».  Si on pouvait dater ce moment précis où la langue a cessé d’être un enjeu, j’oserais l’année où, après que le français ait atteint son plus haut niveau d’usage dans la métropole, il a commencé à chuter. Et quand M. McLaughlin affirme que les Montréalais seront d’accord avec lui, on sait de quels Montréalais il parle: les anglophones.  Après tout, pour lui comme pour Projet Montréal, ce sont bien les seuls citoyens dont la culture et les valeurs méritent d’être protégées.

Qui ne dit mot consent. En acceptant dans ses rangs des candidats insensibles à la nécessité de protéger le français et en cherchant à obtenir le vote des anglophones à tout prix, Projet Montréal contribue simplement à cette inertie tranquille qui nous amène inexorablement vers le gouffre de l’assimilation et où tous ceux qui tentent de sonner l’alarme sont irrémédiablement traités de passéistes.

Si Projet Montréal constitue le futur, je ne veux pas de ce futur. Mon futur à moi, il se fait en français.

Quand les médias ignorent Projet Montréal
6 octobre 2009

J’ai reçu l’invitation, mais je n’ai pas pu y aller. Je travaillais. Pas de rencontre sur un bateau avec Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, pour moi. Et si j’y étais allé, j’aurais eu beau jeu de participer, car le seul média d’importance à s’être pointé fut Infoman. Pas La Presse, pas Le Devoir, niet, niet. Ça ne les intéresse pas, la mise en valeur des berges du Saint-Laurent. Et puis, Richard Bergeron ne reçoit « que » 20% des appuis

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En fait, me raconte un candidat du parti, les médias ont Projet Montréal en horreur. Trop transparent, trop jeune, trop militant. À La Presse, surtout, on aime les vieux partis, ces coquilles vides où les débats sont aseptisés et où les quelques militants se trouvent une vocation à quelques semaines du vote. « Projet Montréal est appuyé par l’ancien juge Gomery, ce n’est pas rien! On veut se débarrasser de la corruption institutionnalisée causée par les décisions prises à huis clos par le comité exécutif. Harel, elle, veut simplement prendre le contrôle de la machine » m’explique-t-il. « On vaut 20% du vote, mais les médias ne se déplacent même pas. Pourtant, ils sont là à chaque poignée de main de Tremblay où dès que Harel lâche un pet ». Ce serait plus facile si les médias n’étaient pas tous privés, m’explique-t-il. Quand on sait que Harel a promis la tête du comité exécutif à Benoît Labonté, un proche de Power Corporation, qui possède La Presse, on peut s’inquiéter…

La chronique de Lysiane Gagnon, où elle dénonce Richard Bergeron, ne constitue donc pas une surprise. La journaliste de La Presse, qui a été blâmée par le Conseil de Presse en janvier dernier pour avoir déformé des faits, est une sioniste convaincue, m’affirme le candidat de Projet Montréal. « Elle déteste tout ce qui est musulman et défend Israël dans toutes les circonstances. ». Pas surprenant qu’elle déteste Bergeron, qui s’est converti à l’Islam.

En outre, m’affirme le candidat, Gagnon et Ouimet, qui le cible également, reprennent à peu près les arguments du réseau de Frédéric Lapointe, c’est-à-dire que Projet Montréal ne serait qu’un parti de jeunes rêveurs. « Gagnon ment quand elle parle de contestataires qui seraient encore dans le parti. Lapointe et Vaillancourt n’en font plus partie. Oui, Projet Montréal comporte de nombreux jeunes militants, mais c’est bien parce que les autres partis n’intéressent personne et sont de véritables coquilles vides! »

A-t-on sérieusement besoin d’une coquille vide Harel pour remplacer une coquille vide Tremblay? Voilà une bonne question.

Que Bergeron soit la cible des attaques, voilà qui ne devrait surprendre personne. Il n’a pas peur de dire ce qu’il pense franchement. Il a eu besoin de courage pour affirmer que le 11 septembre 2001 a peut-être été facilité par les plus hauts échelons du gouvernement étatsunien. Il s’oppose à l’establishment en réclamant davantage de transparence. Il secoue nos certitudes en réclamant une ville à hauteur d’homme et qui ne soit pas bâtie en fonction des automobiles.

Ce qui surprend, par contre, c’est de quelle manière les attaques sont bases, voire médiocres. De quelle façon on l’attaque sur ses déclarations passées, sur le fait qu’il fume, sur sa religion, plutôt que de parler de son programme politique. Car contrairement aux autres partis, Projet Montréal, c’est bien davantage que le parti d’un seul homme. Toute une organisation s’agite derrière le chef et vote réellement les propositions.

Si seulement le parti pouvait promouvoir davantage le fait français, maintenant, en s’imposant comme le parti des Québécois à Montréal plutôt que d’appuyer un bilinguisme s’insinuant un peu partout, il est certain qu’il aurait mon vote.

On dira ce qu’on en veut, mais les militants sont souvent ceux qui observent les affaires de leur parti avec le plus de soins et qui empêchent la corruption institutionnalisée de s’y immiscer.  Et les militants, ceux qui se promènent jour après jour avec leurs macarons, ceux qui s’impliquent en-dehors du six mois précédant une élection, ces militants sont avec Projet Montréal.

Voilà une réalité que préfèrent ignorer les médias privés, eux qui ne daignent même pas se présenter à une conférence de presse d’un homme jouissant de l’appui d’un citoyen sur cinq, même si on l’ignore systématiquement.

Et vous, vous lisez toujours La Presse?


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La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.

Élections municipales: le grand jeu de Louise Harel
16 mars 2009

Quand Louise Harel affirmait que « Montréal est complètement désorganisée », il fallait lire le sous-entendu: « je vais réorganiser Montréal ». L’ancienne député péquiste s’est retirée de la politique provinciale en novembre pour mieux se lancer en politique municipale. Son plan de match: fusionner Projet Montréal et Vision Montréal afin de devenir la mairesse de Montréal.

Selon mes sources, pas une journée ne se passe sans que Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, ne reçoive son lot d’appels de membres du réseau Harel ou de diverses personnalités qu’elle a acquises à sa cause. Le propos est toujours le même: « démissionne Richard, laisse la fusion se faire ». Harel tisse son réseau dans l’ombre et il ne lui manque que la pièce maîtresse – la reddition de Bergeron – pour arriver, triomphante, à la tête d’un Vision Montréal qu’elle a contribué à désorganiser.

En effet, si on blâme beaucoup le maire Labonté pour son manque de leadership, force est de constater que plusieurs des membres démissionnaires de la dernière année attendent beaucoup de Harel. Qu’on pense simplement à Claire St-Arnaud, ex-conseillère municipale de Maisonneuve-Longue-Pointe et amie de Louise Harel depuis 25 ans. Ou Robert Laramée, qui avait été battu par Benoît Labonté par 839 voix en 2005 (alors que ce dernier était dans le Union Montréal de Gérald Tremblay). Ou Christine Hernandez, ex-présidente de Vision Montréal dans Outremont, qui a fini troisième derrière Union Montréal et Projet Montréal et qui aurait gagné advenant une fusion avec ce dernier parti.

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Les sondages officiels sont catastrophiques pour Vision Montréal: avant même les dernières démissions, le parti obtenait un maigre 26% des intentions de vote, contre 58% pour Union Montéal et 16% pour Projet Montréal. ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, samedi, 18 octobre 2008, p. a6, En bref, Tremblay en avance)) Pire: même dans un arrondissement très francophone comme Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Gérald Tremblay obtient 67,7 % des intentions de vote, contre 14,9 % pour Benoit Labonté et 14,8 % pour Richard Bergeron ((Le Devoir, LES ACTUALITÉS, vendredi, 6 février 2009, p. a5, Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Le parti du maire Tremblay est en avance, selon un sondage, Corriveau, Jeanne)). Des sondages internes produits par le réseau Harel la place pourtant à près de 33% des intentions de vote dans toute la ville et elle espère qu’en prenant le contrôle de Projet Montréal elle réussirait à se hisser devant Gérald Tremblay, qui semble surtout jouir de l’impopularité de ses adversaires. « Harel contrôle déjà Vision Montréal. Labonté est en phase terminale. Elle n’attend que le bon moment pour prendre officiellement le contrôle du parti », m’explique un membre influent de Projet Montréal.

Le problème n’est pas nouveau: au niveau provincial, le Parti Québécois a perdu plusieurs comtés à cause de la division du vote causée par la présence de Québec Solidaire. Les profondes différences idéologiques entre les deux partis ont empêché toute fusion. Dans la situation actuelle, il y a certes des différences majeures au niveau des appuis (QS et le NPD appuient Projet Montréal alors que le PQ est divisé entre le réseau Harel pour Vision Montéal et le réseau de André Lavallée, maire de Rosemont, pour Union Montréal) mais Projet Montréal n’est pas encore largement connu et identifié idéologiquement. En clair, elle espère offrir un poste de prestige à Bergeron et réorienter ce qui resterait des idées du parti après une fusion qui se ferait selon ses convictions. Et elle croit que cela se ferait sans trop de grogne, étant donné que Projet Montréal est relativement nouveau sur la scène municipale.

Ceci dit, il existe une faille majeure dans la stratégie de Louise Harel, outre le désir de Projet Montréal de conserver son identité: elle est trop identifiée au Parti Québécois. Dans une région montréalaise où le PQ termine souvent troisième dans les intentions de vote, quelle impact aurait-elle à la tête d’un nouveau parti fusionné? Et comment réagiraient les progressistes reliés au NPD et à Québec Solidaire face à elle? Elle gagnerait certainement l’est de la ville, mais le Plateau, et l’ouest?

Voilà des questions auxquelles elle devra répondre si elle ne veut pas se planter dans son nouveau jeu des fusions. Car Richard Bergeron a beau être à la tête d’un petit parti peu connu, il s’agit toutefois d’un parti en pleine croissance et qui augmente constamment sa popularité.

Si Mme. Harel est vraiment intéressée par le bien-être de la ville de Montréal, ne devrait-elle pas se joindre à Projet Montréal, appuyant Richard Bergeron de la force de son expérience, au lieu de grenouiller et de chercher à torpiller une des plus belles initiatives citoyennes montréalaises depuis des années? Montréal ne mérite-t-elle pas mieux à sa tête qu’une ex-ministre ayant causé tout le cafouillage actuel avec ses fusions forcées?