Quand Marois tue la Révolution tranquille
10 juin 2011

Est-ce que le message est clair cette fois-ci? Pauline Marois va tourner le dos à ses militants et tuer le projet de Loi 101 au cégep. Vous faut-il une lettre recommandée, un affidavit, un télégramme ou qu’on vous le crie en plein visage? Approchez un peu de l’écran. Plus près. Allez. Vous y êtes? Lisez: LE PARTI QUÉBÉCOIS N’EST PLUS UN PARTI AU SERVICE DE LA NATION QUÉBÉCOISE. C’est clair, maintenant?

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Un parti au service des Québécois fait passer les intérêts de la collectivité avant ceux des individus. Il reconnaît, comme l’ont montré plusieurs études, que la situation du français au Québec n’a jamais été aussi périlleuse depuis des décennies. Il prend acte du vaste sondage de l’IRFA démontrant à quel point le cégep anglais anglicise. Il s’inscrit dans une tradition de revendication de la nation québécoise pour assurer la survie de sa langue, de ses valeurs, de sa culture.

Combien de militants péquistes ai-je rencontré depuis quelques années, notamment alors que je travaillais pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal? De vrais croyants. La ligne de démarcation entre un militant péquiste et un fervent religieux était parfois bien mince; on avait beau parler des nombreuses trahisons de ce parti depuis des décennies, que ce soit le Beau Risque, le refus de l’affichage public français en 1994, le célèbre miroir de Bouchard alors que celui-ci affirmait qu’il ne pourrait plus se regarder dans celui-ci si on invalidait la loi 86, l’anglais en troisième année du primaire, la bilinguisation insidieuse des services publics, commencée sous un gouvernement péquiste, les conditions gagnantes, la gouvernance souverainiste… Rien ne pouvait même égratigner leur foi. Plusieurs m’ont même dit: cette fois-ci, avec la Loi 101 au cégep, c’est la bonne. C’est la preuve que le PQ est de retour et qu’il va agir pour lutter contre notre déclin. Mon cul oui.

Qu’on le répète une dernière fois. La Loi 101 au cégep constitue un MINIMUM. Il faudrait l’appliquer également au premier cycle universitaire, voire même davantage. La situation au Québec, actuellement, est une anomalie mondiale. Nous sommes probablement la seule nation au monde à disposer du pouvoir dans le domaine de l’éducation et à financer un réseau parallèle dans une langue étrangère, qui menace notre existence au surplus. Pire: les institutions de la minorité de langue anglaise sont largement sur-financées par rapport aux nôtres. Nous sommes les dindons de la farce. Nous finançons notre propre disparition. La Loi 101 au cégep, c’est une tentative de faire de nous un peuple NORMAL.

Révolution ou Révolte tranquille?

En tournant le dos aux efforts de ses militants, aux résolutions passées en congrès, en s’attaquant au cœur de cette seule mesure significative pour le français proposée par le Parti Québécois depuis plus de quinze ans, Pauline Marois achève d’anéantir les idéaux de la Révolution tranquille. La démission de trois icônes du parti – Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin – en est d’ailleurs symptomatique; les temps ont changé, le Parti Québécois a changé. D’une époque où la politique était très populaire, poussée par des idéaux collectivistes, permettant d’améliorer les conditions collectives de la population, nous sommes revenus à l’ère des intérêts partisans, de la petite politique. Marois observe la présence de Charest au provincial et de Harper au fédéral, et elle se dit: pourquoi ne pas suivre la même recette? Tant pis pour les idées, tant pis pour le peuple, tant pis pour l’indépendance, tant pis pour notre langue commune: le pouvoir pour le pouvoir. Si ça marche à Calgary, pourquoi pas ici aussi?

Victor Hugo écrivait:

Révolution est précisément le contraire de révolte. Toute révolution, étant un accomplissement normal, contient en elle sa légitimité, que de faux révolutionnaires déshonorent quelquefois, mais qui persiste, même souillée, qui survit, même ensanglantée. Les révolutions sortent, non d’un accident, mais de la nécessité. Une révolution est un retour du factice au réel. Elle est parce qu’il faut qu’elle soit.

En s’arrimant à la realpolitik fédéraliste centrée sur le culte de la personnalité et la subordination totale du parti aux intérêts de la seule atteinte du pouvoir, Pauline Marois œuvre à transformer la Révolution tranquille, devant être permanente, en simple Révolte tranquille. Tout ce que nos parents et grands-parents ont bâti pour être perpétuel, cette gigantesque libération d’un peuple perclus dans le petit-jeu politique d’élites se servant de son infériorisation séculaire pour atteindre le pouvoir, cette disparition du fait français qui semblait inéluctable et qu’on déplorait seulement en invoquant le libre-marché comme excuse pour ne rien faire, tout ceci a été détruit parce que c’était faux. Le retour du réel, ce fut le Québec fier de ce qu’il était, s’étant doté de règles éthiques parmi les plus avancées au monde, ayant agi pour protéger sa langue et sa culture. Ça, c’était la réalité.

Marois, en méprisant la démocratie au sein de son propre parti, en agissant d’une telle manière qu’elle met en grave danger la survie de notre langue, insulte ainsi non seulement ses militants, ses délégués, ses députés qui se sont battus pour le bien-être collectif des Québécois, mais elle renie le travail de tous ceux qui ont œuvré à la libération du peuple québécois. Elle tue la Révolution en espérant que cela lui permettra d’être couronnée.

Et ceux qui ne veulent pas la suivre dans cette édification d’un Parti Québécois en tant que simple clone du Parti Libéral, strict véhicule non plus d’idées mais du pouvoir pour le pouvoir prôné par tous ceux pour qui la politique constitue une carrière bien plus qu’une vocation, ceux qui sont encore capables de se regarder dans un miroir le matin en souhaitant faire du Québec une nation normale, ceux-là n’ont plus qu’à quitter et à attendre le moment propice pour faire avancer la nation québécoise autrement.

La Loi 101 au cégep, pour plusieurs, constituait la dernière chance accordée au Parti Québécois.

Que ceux qui n’acceptent pas de mourir en silence s’organisent et fondent un parti qui soit réellement au service de la nation québécoise. Un parti qui n’acceptera pas de sacrifier ses idéaux pour une poignée de votes.

Sinon, autant dire que le dernier demi-siècle fut une crise d’adolescence d’un peuple dont la révolte a été mâtée.

Business as usual, comme on dit de plus en plus au Québec.

Et au bureau de Pauline Marois.

Quand le PQ s’attaque à la social-démocratie
26 février 2010

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.
En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.
Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.
Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.
Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?
Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.
Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.
Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?
Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.
Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

Quand le PQ s'attaque à la social-démocratie
26 février 2010

Il y a de ces nouvelles qui se glissent bien dans un entrefilet, entre deux faits divers: le Parti Québécois (PQ) veut tourner le dos à l’État-providence. Rien de nouveau, en fait, quand on lit le programme du parti, qui semble plus à l’écoute des besoins des entreprises et des mieux-nantis que de la population en général. Ce qui frappe, par contre, c’est le misérable synchronisme et la terrible candeur d’un parti qui, face aux affronts répétés d’une droite qui entend se servir de la crise des finances publiques pour mieux dépecer notre État, ouvre toutes grandes les portes de la bergerie aux prédateurs.

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Ainsi, deux jours après la sortie de Cupide Bouchard et de ses amis aumôniers de la misère sur l’éducation et au lendemain de la publication du troisième fascicule des « experts » payés par le gouvernement pour promouvoir et justifier l’idéologie néolibérale, le Parti Québécois aurait pu et aurait dû jouer son rôle d’opposition et proposer une approche différente, plus humaine, moins à droite. À l’image de Québec Solidaire, qui a proposé ses propres solutions pour améliorer les finances de l’État, le Parti Québécois aurait eu la chance de se distancer de ses soi-disant adversaires libéraux et de s’établir comme une alternative crédible. Occasion manquée.

En fait, les péquistes semblent englués dans leur conception méprisante pour les citoyens de l’alternance du pouvoir. Dans les officines du parti, on se dit qu’après trois mandats, il sera naturel que le PQ se fasse réélire en 2012. Il suffit donc de ne pas trop faire de vagues, de suivre le courant, de ne pas s’aliéner les grands argentiers ou les éditorialistes de La Presse. Le pouvoir pour le pouvoir. On se place sous l’arbre, on laisse le fruit mûrir, et on attend qu’il nous tombe dans les mains. Et tant pis pour les citoyens qui espèrent du changement. Qu’on se le tienne pour dit: le PQ désire le pouvoir; pas question de l’utiliser pour changer les choses! En matière économique, Parti Québécois et Parti Libéral du Québec, c’est blanc bonnet, bonnet blanc. Enlevez le concept de souveraineté – à propos de laquelle le PQ n’a rien fait depuis une décennie – et vous avez deux clones à l’Assemblée nationale.

Or, avant de s’arrimer aux positions conservatrices, de rejeter l’État-providence et de s’aliéner définitivement ce qui reste des reliquats de son aile-gauche, ne faudrait-il pas se questionner, au-delà du désir de prendre le pouvoir, sur les conséquences d’une telle mesure? Ce n’est pas rien tout de même: ce que le PQ vient de nous dire, c’est qu’il rejetait les progrès de la Révolution tranquille et qu’il adoptait le dogme du moins d’État, cette stratégie pour « affamer la bête », dixit Josée Legault.

Pourtant, l’État-providence, loin d’être la tare dénoncée par nombre d’idéologues de droite, fonctionne. Malgré ses défauts, il s’agit encore de la manière la plus équilibrée, entre les extrêmes du communisme et du capitalisme sans garde-fous, de gérer une société humaine. Avant les années 60 et la Révolution Tranquille, le Québec était, sous Duplessis, l’endroit le plus réfractaire à celle-ci. Le « cheuf » détestait tout ce qui représentait la moindre intervention de l’État dans l’économie. Résultat? Le Québec constituait une des sociétés les moins avancées d’Amérique du Nord avec une économie à la solde d’entreprises étrangères, et une population largement paupérisée. Le politicologue Yves Vaillancourt explique:

La timidité de l’interventionnisme de l’État québécois à la veille de la Révolution tranquille signifiait un énorme coût social pour la majorité de la population qui demeurait en quelque sorte à découvert par rapport au risque de la maladie, du chômage, de l’insuffisance des revenus de travail. Il faut le dire avec clarté: sur une base comparative avec les autres provinces canadiennes, notamment la Saskatchewan, où l’État provincial assumait davantage ses responsabilités sociales, le système de services sociaux et de santé qui prévalait au Québec était carrément artisanal. Bien sûr, pendant ce temps-là, les compagnies privées d’assurance-maladie, auxquelles les Québécois versaient $ 50 millions de primes en 1955, faisaient de bonnes affaires. Mais pour les deux tiers de la population québécoise qui n’étaient pas assurés, la maladie était une catastrophe et, accepter de se faire soigner et hospitaliser, c’était s’endetter pour des années, comme devait le rappeler Jean Lesage dans son premier Discours sur le budget en 1961.

Concrètement, le Parti Québécois, en rejetant l’État-providence, juge que cette situation pré-Révolution Tranquille était préférable à la situation actuelle. On aura beau appeler cela une « redéfinition de la social-démocratie » jusqu’à l’Apocalypse, on parle bel et bien d’un état de fait où l’État, en se retirant, laisse les citoyens seuls face aux compagnies privées et aux aléas du destin.

Par ailleurs, si l’État-providence méritait d’être jeté aux poubelles, pourquoi ceux qui le maintiennent réussissent-ils à conserver une société cohérente, moins pauvre? Le Danemark, par exemple, est le pays industrialisé qui impose le plus lourdement ses mieux-nantis, et qui, selon une étude comparative du Luxembourg Income Study, possède le plus fort État-providence des pays industrialisés. Mais il s’agit également de celui dont la pauvreté de la population y est la plus faible. En fait, selon cette même étude, les probabilités qu’une personne en âge de travailler vive dans la pauvreté sont près de 17 fois plus élevées aux États-Unis, pays développé à l’État le plus faible, qu’au Danemark. Et c’est vers cela que le PQ désire nous amener? C’est cela, le projet de société péquiste?

Une société constitue une chaîne entre les humains et on mesure la force de cette chaîne à la force de ses maillons les plus faibles. Nous avons mesuré ce qui arrivait à des pays qui, comme l’Islande en ce moment ou l’Argentine il y a une décennie, ont tourné le dos à l’État et ont décidé de laisser les acteurs privés s’offrir un buffet « tout ce que vous pouvez manger »: la crise financière. En désirant accélérer le processus de désengagement de l’État que nous subissons depuis déjà plusieurs décennies, ce n’est pas seulement la santé et la sécurité des citoyens de la classe moyenne et des moins-nantis qu’on met en jeu, mais également la santé financière de l’État. Un État déjà affecté par plusieurs décennies de gouvernements de droite pour qui tous les prétextes sont bons pour s’attaquer à l’État-providence.

Les ressources existent. Les moyens de s’enrichir aussi. Il faut en avoir la volonté. Selon Statistiques Canada, dans les années 50 les contribuables versaient 50,8% des revenus d’impôts de l’État, les Compagnies 49,2%. En 1993: les contribuables versaient 88,6% de ces revenus et les Compagnies, 11,4%. La colère des citoyens de se sentir surtaxés est légitime. Ce n’est pourtant pas une raison pour se débarrasser de services qui contribuent à notre richesse collective, mais peut-être plutôt pour s’interroger sur la nécessité d’adhérer à un système de valeurs faisant des entreprises privés et des individus les principales locomotives de notre développement quand nous jouissons d’un État autrement plus efficace et adapté à cette tâche.

Les forces s’attaquant à notre État sont fortes, vives et organisées dans des think-tanks ayant leurs entrées au gouvernement et des journaux à la solde d’entreprises comme Power Corporation et Quebecor, qui ont des intérêts directs dans le marchandisage de nos services publics. Force est de constater qu’elles ont aussi accès au Parti Québécois et que ce parti, qui pouvait autrefois prétendre représenter l’ensemble de la société, n’en représente aujourd’hui que la faction la plus riche. Et encore, seulement si cela lui permet de se faire élire. Le pouvoir pour le pouvoir, c’est bien tout ce qui compte au PQ, n’est-ce pas?

Il serait peut-être temps pour tous ceux qui se croient sociaux-démocrates et indépendantistes, dans ce parti, qu’ils réalisent que le PQ n’a rien fait pour l’indépendance depuis quinze ans et qu’il s’affaire à détruire ce qui constituait notre plus grande richesse: notre social-démocratie.

Suis-je le seul à rêver d’un vaste parti de centre-gauche s’intéressant à la fois aux enjeux identitaires, au désir de survie de la nation québécoise et qui fait la promotion d’une plus juste redistribution de la richesse?

Français en danger: le poids des perceptions
22 juin 2009

Un sondage Léger-Marketing dévoilait ce matin que près de 90% des Québécois francophones croient que le français est menacé à Montréal. Cette quasi-unanimité des Québécois parlant la langue commune contraste fortement avec moins de un anglophone sur cinq ou un allophone sur quatre qui croient la même chose. Ce matin, sur Facebook, quelqu’un me disait: « ce n’est pas grave, car ce ne sont que des perceptions ». Faux, lui ai-je répondu, car ce sont les perceptions qui mènent le monde. Peu importe la réalité, ce qui compte est la croyance générale qui en émane et les conséquences que cette croyance a sur les pensées et les actions des gens.

francais-danger-poids-perceptions

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Par exemple, pour prendre un exemple d’actualité, peu importe de savoir si Ahmadinejad a véritablement gagné les élections en Iran. C’est purement accessoire. Que les élections aient été justes ou pas, c’est la perception qu’ont les gens qui est importante. Perception d’abord d’une partie de la population qui s’estime lésée, et perception encore de l’importance numérique des contestataires par les autorités, qu’elles soient iraniennes ou occidentales. Le résultat n’a aucune importance: ce qui compte est le point de vue qui en découle.

De la même manière, est-il réellement important de savoir si oui ou non l’administration Bush était au courant de l’imminence des attaques du 11 septembre 2001 et qu’elle a décidé de les faciliter, pour des raisons idéologiques? Une forte minorité, dont je fais partie, le croit. Est-ce que ça change quoi que ce soit aux faits? Ça ne change strictement rien. Le World Trade Center aurait pu être démoli par une attaque de guimauves géantes chiées par le cul d’un extra-terrestre que ça ne changerait rien: ce sont les perceptions qui importent, pas les faits.

Ainsi, quand on dit que le fait qu’il y ait une quasi-unanimité de la part des Québécois (francophones) quant à la menace pesant sur la langue française à Montréal, c’est la valeur qui est importante. On aura beau sortir des statistiques complexes tentant de démontrer que le français n’est pas si mal portant que cela, ça ne changerait rien. Quand une population en entier a acquis une conviction, celle-ci fait figure de réalité, que ce soit le cas ou non.

La réalité, c’est la perception générale. Et cette perception est claire: danger mortel pour les francophones, insensibilité totale pour les anglophones et les allophones.

Or, à partir du moment où la majorité se croit en danger, elle agit comme tel: elle se replie, elle fuit. L’exode massif de Montréal vers les banlieues constitue-t-il un hasard? Quand on se sent menacé, quand on a l’impression d’être de trop chez soi, on quitte. C’est du moins le réflexe le plus sain d’un point de vue individuel. Rares sont ceux qui font de la défense de notre langue et de notre culture un combat quotidien. C’est cette fuite, ce repli qui est dangereux. Les Québécois ont peur de perdre leur langue et leur identité culturelle. Si une minorité peut s’abreuver de cette crainte et développer une résistance constructive, la majorité plie l’échine, oublie, et contribue de ce fait à faire de la Révolution tranquille une simple parenthèse historique dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition.

Alors, qu’on ne vienne pas me dire que ces chiffres ne sont pas la réalité. Cette perception, c’est la réalité. C’est celle de dizaines de milliers de Québécois qui ont capitulé devant l’hégémonie du tout-anglais et qui ont préféré la fuite au combat.

Que faudra-t-il donc pour renverser la vapeur et reprendre le contrôle de notre ville, et en faire une véritable métropole francophone?

Allo, toi!
1 juillet 2008

Le vouvoiement est un art qui se perd. Tout comme les coups de pied au cul.

Pourtant, je suis poli, moi. « Bonjour monsieur, comment allez-vous aujourd’hui, monsieur? » Ou encore: « Puis-je vous aider? » La plupart du temps on me répond avec la même amabilité et en me vouvoyant. Occasionnellement, par contre, on me sert du « allo, toi! » avec de grands yeux condescendants comme si j’étais une sorte de petit enfant portant une casquette multicolore avec une hélice sur le dessus et qu’on me connaissait depuis des décennies.

Ces adeptes du tutoiement sont inévitablement des baby-boomers. Des jeunes de dix-huit ans qui n’ont pas encore le nombril sec me vouvoient. Et nos ancêtres – nos braves ancêtres – le font également. Entre les deux, le plus souvent un trou noir qui me rappelle combien la société a changé.

En effet, le tutoiement a surtout gagné en popularité dans les années soixante, suivant le courant égalitarisme où tout le monde pouvait être ami avec tout le monde. Nous étions tous beaux, nous étions tous fins, nous étions tous Québécois, nous étions tous de la classe moyenne, et nous vivions la même réalité. Une très belle philosophie qui connu son apogée avec la série Passe-Partout, qui a eu le grand honneur de m’accompagner dans ma plus tendre enfance.

Sauf que ce temps-là est fini. La puissance du rêve s’est édulcorée, et nous ne sommes plus amis, nous ne sommes plus tous fins, nous ne sommes plus Québécois (du moins pas ces trillions d’immigrants-anglophones où je travaille), nous ne sommes plus de la classe moyenne (cette classe moyenne largement syndiquée à laquelle certains politiciens opportunistes de droite s’attaquent… au nom de la classe moyenne). Nous ne vivons plus dans le même monde.

Alors, SVP, quand je viens licher vos souliers et vous traiter comme des rois pour un salaire plus que moyen ne me permettant même pas d’aspirer à un minimum de liberté, ayez au moins l’obligeance de me vouvoyer et de ne pas ajouter l’hypocrisie à l’injure en me donnant l’impression que nous sommes dans la même gang.

Non, nous ne le sommes pas. « Toi », tu as vécu une belle période, les lendemains qui chantent. Et moi, je me fends le cul juste pour espérer garder la tête au-dessus de l’eau et pour m’accrocher à mes minces privilèges. Alors viens pas me casser avec ton langage égalisant pendant que tout, chez toi, trahit la distance qui nous sépare.

La petite noirceur
27 mars 2007

Duplessis(Mon dernier texte a été largement critiqué par plusieurs. Je suis désolé si j’en ai heurté certains en exprimant aussi crûment mon opinion « à chaud », et je tenterai ici de me reprendre en expliquant davantage mon point de vue. Je tiens simplement à réitérer que je n’ai rien contre les gens des régions, que j’adore la campagne, que je respecte leur choix puisqu’il est démocratique. Je crois cependant que c’est une grave erreur, et c’est ce que j’ai tenté d’expliquer – peut-être maladroitement.)

La vague adéquiste qui a balayé le centre du Québec et les banlieues éloignées de Montréal change profondément la compréhension qu’on peut avoir du Québec moderne.

Historiquement, le peuple canadien-français a toujours été un peuple rural, attaché à son terroir. Dépossédé de ses élites dès le lendemain de la Conquête, c’est un peuple de travailleurs acharnés, souvent hostiles à trop d’intellectualisme et qui valorise l’action concrète au détriment des idées.

Des bonnes gens, qui aiment leur pays. Des gens fiers. Mais des conservateurs au plus profond de leur âme: depuis la défaite de 1760, l’idéologie dominante, appuyée par l’Église, était celle d’un conservatisme où tout ce qui était urbain était perçu comme menant à la débauche et où l’étranger était vu comme une menace.

Avec la Révolution tranquille, on aurait pu croire que tout avait changé, que le Québec était devenu plus ouvert, plus progressiste, plus apte à vivre ensemble grâce à une social-démocratie qui, encore aujourd’hui, fait l’envie du monde entier.

Les résultats d’hier sont le coup de poignard qui achèvent de détruire cette idée. Aujourd’hui, le Québec a changé, et c’est un retour au conservatisme et à la division entre la ville et les campagnes. C’est un retour des vieilles idéologies de droite alliant un conservatisme social avec un libéralisme économique.

Est-ce nouveau? Non. Le Québec était l’endroit le plus conservateur d’Amérique du Nord jusqu’aux années 1960. La pauvreté urbaine était telle que bien des gens n’arrivaient pas à manger à leur faim. La ville qu’on appelle aujourd’hui Longueuil était divisée entre d’un côté le beau Longueuil, pavé, avec l’électricité, et de l’autre, Ville Jacques-Cartier, un ghetto cloturé, dans la terre et la boue et les immondices. C’était ça la ville à l’époque.

Une époque de division, qui avait ses points positifs, principalement à la campagne, et sa pauvreté urbaine.

Donc, le Québec est passé en quelques années de l’endroit le plus conservateur au plus progressiste. D’une idéologie du terroir et de la valorisation des ancêtres, de la terre, de la campagne, nous sommes passés à un valorisation de la ville, de l’urbanité, de la différence, de l’individualisation.

Et aujourd’hui nous vivons le retour du balancier. Toutes ces personnes des régions en ont assez de percevoir le monde via les yeux de Montréal. La « Main » avec ses Squeeges, ses drogués, ses travestis et ses originaux, ce n’est pas leur univers. Ce n’est pas leur monde. Ils ne s’identifient pas à toutes ces émissions de télévision qui se passent sur le Plateau et qui mettent en scène des gens à mille lieues de leur quotidien.

De la même façon, ces gens ne sont pas en contact quotidiennement avec la vraie pauvreté. Ils ont peut-être oublié ce qu’est une société plus à droite, ce que ça veut dire une plus grande inégalité sociale. Montréal n’a pas oublié, mais en région, on n’a pas vécu ça.

Mario Dumont a senti ce phénomène et il le représente bien. Il n’apporte aucune argumentation crédible, aucun chiffre, aucune légitimité intellectuelle; en fait il aurait peut-être été choisi même s’il n’avait pas sorti son cadre financier. Non, l’appui des gens à Dumont est émotif. Une sorte de cri collectif: « nous en avons marre de la ville et de ses idées; nous voulons nous sentir représentés! »

En ce sens, l’opinion des régions est tout à fait légitime et on doit – je dois – la respecter.

Ceci dit, il n’en reste pas moins qu’à mes yeux c’est le début d’une période de noirceur. Quand on choisit ses représentants non pas pour leur capacité à administrer l’État mais plutôt parce que le chef du parti dit « les vraies affaires » (ne cherchez pas à savoir ce qu’elles sont, ces « vraies » choses), on fait un choix qui donne carte blanche aux pires méfaits. Quand on accepte de voter pour quelqu’un qui ne peut même pas donner de chiffres, qui n’a pas d’équipe, quand on lui fait confiance seulement pour ce qu’il incarne et non pour ses idées, c’est là le germe d’un totalitarisme, au pire, ou d’une petite noirceur, au mieux.

C’est renoncer à sa capacité d’être critique et de juger un gouvernement pour ses réalisations. C’est l’homme ou la femme des années 40 qui se dit « je n’ai aucune idée de ce que fait Duplessis, mais je l’aime parce qu’il dit les « vraies » affaires ». C’est renoncer à son pouvoir et à son devoir de citoyen.

Pour toutes ces raisons, il y a de quoi être particulièrement inquiet devant les résultats des élections d’hier. Les électeurs ont demandé du changement, mais le changement pour du changement n’est jamais gage de prospérité. Et ce n’est pas en votant pour un parti mettant en place des politiques économiques plus à droite que les Québécois vont améliorer une situation pourrie par dix années de politiques économiques de droite.

Mais les mots et les idées valent-ils encore quelque chose?

La Grande Noirceur
27 mars 2007

DuplessisLorsque le Québec a décidé de tourner le dos au populisme de droite de Duplessis et à son mélange de politiques économiques libérales et de politiques sociales conservatrices, le mouvement est parti des villes vers les campagnes. C’était la ville, Montréal surtout, qui avait connu les désastres de la révolution industrielle, et qui souffrait le plus de politiques encourageant la division et la fracture sociale. Et c’était aussi de Montréal, l’éduquée, la politisée, qu’était née la flamme du changement, qui a embrasé le Québec et été à la source de la Révolution tranquille.

Aujourd’hui, c’est la revanche de la campagne. Toutes ces régions, qui ont été convaincues sur le tard de la nécessité de mieux partager la richesse, sur le désir de s’ouvrir à l’autre, ce sont aujourd’hui elles qui se referment sur elles-mêmes et tentent de réécrire le passé, se réenfermant dans de vieilles idées périmées d’un temps soi-disant idyllique où nous étions « entre nous » et où celui qui ne réussit pas était absolument un incapable.

Exit la redistribution de la richesse! Exit nos programmes sociaux! Exit notre capacité intégratoire et notre désir de vivre ensemble. Cette revanche des régions, c’est celle d’une population sous-scolarisée, dépolitisée, et à qui on a fait croire qu’un vote pour l’ADQ était le germe d’un meilleur futur alors que beaucoup de ces gens ne savent même pas ce qu’est une idéologie et n’a pas la moindre compréhension des « idées » adéquistes.

Avec le résultat de ce soir, il apparaît de plus en plus que Montréal est Montréal et quelques comtés en région sont un îlot de lumière au centre d’une grande noirceur. Comme si le temps s’était arrêté en région et qu’on se retrouvait à nouveau à l’aube des années 60 et que celles-ci avaient fait un choix différent. Au lieu d’embarquer dans le train du progrès social, de l’apprentissage à mieux vivre ensemble, à partager la richesse, elles ont choisi les préjugés, le conservatisme, la fracture sociale et la xénophobie. Aujourd’hui, il y a deux Québec: celui urbain, qui croit encore aux Lumières, qui veut se servir du progrès pour améliorer la vie de la population, et l’autre, le rural, qui aurait voté pour « Mario » même si celui-ci avait proposé un suicide collectif (en est-on si loin, avec ses politiques draconiennes?).

On parle ici de gens qui ont voté pour « Mario » par anticipation, avant même qu’il ne dépose le cadre financier de son parti. Des gens qui ont voté pour d’illustres inconnus sans la moindre expérience politique, des poteaux, des gens incapables d’expliquer leur programme (de 27 petites pages!) à une classe d’étudiants du secondaire. On parle de gens qui, malgré toute la sympathique que je peux avoir pour eux, mes amis Québécois, sont profondément en retard sur le progressisme de Montréal et se complaisent dans leur situation de retardataires du développement.

Aujourd’hui, ce n’est pas le retour complet à la Grande Noirceur – heureusement le PLQ a gagné et le PQ dispose de la balance du pouvoir – mais le Québec marque un grand recul en faisant passer les clips de préjugés et de haine devant le discours articulé et cohérent de Boisclair, par exemple.

Aujourd’hui, les gens des régions ont décidé de se peinturer dans le coin, de tourner le dos à ce qui fait la grandeur du Québec, et en ce sens ils sont la honte du Québec moderne, un anachronisme politique et une insulte à toute notion d’intelligence politique.

On dira que le Québec a choisi. Non. Une grande partie de la population a été manipulée par un démagogue populiste qui lui a promis mer et monde et qui, pour améliorer une situation pourrie par dix ans de néolibéralisme, a promis davantage de néolibéralisme.

Malgré tout, il y a du positif à voir l’ADQ se positionner si près du pouvoir: elle aura toute la chance du monde de prouver une fois pour toute que c’est le parti d’un seul homme, que cet homme n’a à coeur que son intérêt personnel, et que ce parti n’a rien de mieux à proposer aux Québécois qu’un Mike Harris en Ontario ou un George W. Bush aux États-Unis. Deux populistes conservateurs qui ont passablement fait reculer leurs entités d’un point de vue social. Et deux tristes personnages qui ont causé des torts qui prendront des années à se régler.

Mise à jour (mardi, 8h15):

Merci à Inkognitho de me ramener à l’ordre. Je n’ai rien contre les régions en général, et je ne les considère par comme des gens attardés d’une manière générale. De nombreuses régions ont résisté à la vague obscurantiste hier soir: Matane, Gaspésie, Chicoutimi, Charlevoix, Ungava, Abitibi, quelques comtés dans les Laurentides, un ou deux comtés en Montérégie, et plusieurs comtés en Estrie. Bravo à tous ceux qui ont refusé la vague obscurantiste et qui croient encore en un Québec progressiste, ouvert, pluraliste, égalitaire, et tourné vers l’avenir. Si Montréal est un ilôt de lumière, toutes ces régions sont comme des milliers de petits soleils dans la froide nuit adéquiste.