Pourquoi j’ai décidé de joindre le RRQ
3 décembre 2010

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.

Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.

Ce peuple a changé.

Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

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Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.

Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.

Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.

D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.

De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.

Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?

Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.

* * *

L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.

D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.

Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.

J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.

Pas encore.

Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.

C’était con. C’était foutrement con.

Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.

Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.

En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.

Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.

Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.

Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.

Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.

Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.

L’heure n’est plus aux divisions.