Profilage racial: laissons les policiers travailler
9 août 2010

La sortie d’un rapport prétendant démontrer que les policiers de Montréal font du profilage racial tombe à point. Près de deux ans après que Fredy Villanueva ait été abattu après avoir agressé un policier, plusieurs aimeraient mettre la police au banc des accusés, l’accusant de faire du profilage racial. Qu’importe si ce rapport a une méthodologie douteuse, et qu’importe si les personnes de race noire sont sur-représentées lorsque des crime sont commis: il faut défendre les gentils citoyens contre la « méchante police ».

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Soyons sérieux une seule minute. Ce rapport constitue une vraie blague. Il compare le nombre d’interventions à la population totale. Cela signifie que si la majorité des individus traînant la nuit sont Noirs, mais qu’ils habitent dans un quartier majoritairement Blanc, la police ferait automatiquement du profilage racial en les abordant. Comme le souligne avec justesse le directeur adjoint Jean-François Pelletier, qui dirige l’équipe ayant produit le rapport, il aurait fallu comparer le nombre d’interventions visant des Noirs avec le total des interventions sur des individus dans une situation similaire. En d’autres mots: il ne suffit pas de dire que près de 30% des individus interpellés une nuit sont de race noire; il faudrait également tenir des statistiques sur l’origine ethnique de l’ensemble des individus qui étaient dans une situation justifiant de les aborder. Il faudrait également quantifier les crimes commis par des personnes de chaque race.

On fait également grand cas de l’importante augmentation des interpellations de personnes noires à Montréal-Nord entre les années 2001 et 2007. Cela constituerait une nouvelle preuve que le profilage racial serait en hausse dans le quartier. Dans les faits, cela ne prouve rien, sinon que l’immigration y est fortement en hausse (plus de 6530 nouveaux immigrants entre 2001 et 2006, et le pays d’origine le plus représenté est Haïti), que le crime l’est possiblement et que la police fait peut-être simplement face à davantage d’individus de race noire dans ses interventions.

Sur-représentation des Noirs concernant les crimes commis

Les statistiques sur les crimes en fonction de la race sont beaucoup plus difficiles à trouver au Québec et au Canada qu’aux États-Unis. Ici – surtout au Québec – on ne parle de race que lorsqu’il est question de crime haineux. Au niveau canadien, on tient quelques rares statistiques. On peut y voir ce graphique, par exemple, qui démontre que les Noirs représentent près de 2% de la population canadienne, mais que près de 6% sont emprisonnés et 7% sous supervision judiciaire. Chez les femmes, la situation est semblable: un rapport du Service correctionnel du Canada faisait état d’un pourcentage d’emprisonnement entre 5% et 7% pour les années 2001 à 2003.

Chez nos voisins du sud, par contre, de telles statistiques sont beaucoup plus élaborées. On y apprend que pour une population noire de près de 13%, celle-ci est responsable de près de 37% des homicides, 39% des crimes violents non-mortels, 30% des crimes contre la propriété et 30% des crimes à col blanc. Quand Patrick Lagacé affirme que les chiffres utilisés par l’étude sont les mêmes que ceux utilisés aux États-Unis, il oublie sciemment de souligner le fait que les personnes de race noire y sont largement sur-représentés.

Il faut agir intelligemment et politiquement

Ces données ne doivent pas servir à encourager le racisme ou la discrimination à l’égard des personnes de race noire. Elles doivent nous aider à prendre conscience d’une réalité: ces individus sont plus susceptibles de commettre des crimes et d’être emprisonnés que les Blancs. C’est une réalité, un fait. Être Noir, au Canada et au Québec, augmente la possibilité qu’on commette un crime ou qu’on finisse en prison. Au fait, y a-t-il beaucoup de Gagnon et de Tremblay dans les gangs de rue?

Évidemment, la couleur de la peau ne constitue pas une cause de ce problème. Il y a la pauvreté, il y a des différences culturelles, il y a une immigration trop importante pour notre capacité d’intégration, il y a des politiques économiques de droite favorisant les écarts de richesse et la paupérisation de nombreux quartiers. Les causes sont multiples, mais elles ont toutes une chose en commun: ce sont des enjeux politiques devant être adressés au niveau politique. Ce sont des politiciens – nos représentants – qui doivent s’occuper de ces enjeux. Ce sont nos élus qui doivent améliorer la cohésion sociale et prendre des positions courageuses pour améliorer l’intégration des immigrants déjà présents et réduire la pauvreté.

Or, quand on demande aux policiers de jouer les intervenants sociaux et d’adapter leur façon d’agir en fonction de la couleur de la peau des gens avec qui ils font affaire, on réduit notre capacité à faire face à ces troubles. Quand un crime est commis, quand des gens louches traînent la nuit, quand des individus terrorisent leur voisinage, quand ils vendent de la drogue ou commettent d’autres délits, on ne veut pas que le policier commence à se demander si son intervention sera considérée comme du profilage racial. On ne veut pas qu’il se questionne quant à savoir si son ratio d’interpellations noires est trop élevé pour la nuit; on ne veut pas qu’il se mette à considérer les individus en face de lui comme étant, précisément, des gens de couleur noire. On veut qu’il agisse. On veut qu’il fasse respecter la loi, indépendamment de la race. Et si cela implique d’interpeller davantage d’individus Noirs parce que ceux-ci sont sur-représentés au niveau du crime ou parce qu’il suspecte qu’un crime risque d’être commis, qu’il puisse le faire l’esprit en paix.

La police, malgré ses imperfections, est là pour nous défendre. Ce n’est pas de sa faute si les individus de race noire commettent plus de délits que ne le justifie leur poids démographique. Ce n’est pas son rôle de faire de la politique et de cesser d’apostropher des individus sous prétexte que cela pourrait être mal interprété. Si, toute la soirée, elle reçoit des appels de commerces ou de résidants se plaignant de gangs de Noirs volant ou terrorisant la population, elle est justifiée d’utiliser cette information au même titre qu’elle aurait le droit d’arrêter un individu avec un tatouage en forme de demi-lune sur l’épaule gauche si cela constituait un des signes distinctifs. On doit la laisser travailler.

Au-delà du profilage racial, il y a le respect de la loi et des valeurs qu’elle protège. Si nous pouvons œuvrer collectivement à améliorer la cohésion sociale et à réduire la pauvreté des populations immigrantes, qu’on le fasse au niveau politique. En attendant, les policiers sont justifiés d’interpeller qui ils ont envie d’interpeller car, de toute façon, quand on n’a rien à se reprocher, on ne craint pas les forces de l’ordre.

Quand on est un honnête citoyen, les policiers sont nos alliés.

Qu’importe la « race ».

Au-delà du profilage racial, si on agissait pour mettre fin au profilage de profession, qui consiste à dénigrer et à stigmatiser les policiers qui travaillent, au quotidien, pour maintenir nos valeurs et notre démocratie intactes?

Une histoire de Noirs
1 février 2010

Gatineau fête le Mois de l’histoire des Noirs encore cette année. Conférences, théâtre africain et témoignages de gens à la peau noire sont au menu. Sous prétexte de célébrer la diversité humaine, on crée une nouvelle forme d’isolement et de racisme peut-être aussi pire que celui qu’on dénonçait à l’origine.

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En effet, à partir du moment où on croit qu’il existe une « histoire des Noirs », comment pourrait-on refuser à un individu de s’identifier à une « histoire des Blancs »? S’il est généralement accepté que les races humaines n’existent pas et que la couleur de la peau ne constitue qu’une caractéristique physique comme une autre – gros nez, petits bras, lèvres charnues, yeux bleus, etc. – pourquoi devrait-on alors célébrer un mois consacré aux individus ayant la caractéristique de posséder une peau plus foncée que les autres? Deux poids, deux mesures.

Ainsi, s’il est considéré comme normal pour un Noir de pouvoir s’identifier à ses « frères » de couleur, que ce soit le président états-unien, la gouverneure-générale du Canada ou n’importe qui d’autre, l’opposé serait immédiatement considéré comme étant suspect. Si quelqu’un se réclamait de la « race blanche » et célébrait ses racines blanches, on serait prêt à lui sortir le bonnet d’âne du Klu Klux Klan et à l’épingler sur le même babillard qu’Hitler.

Or, ne s’agit-il pas précisément de racisme que de se juger ou de s’identifier en fonction de la couleur de la peau? C’est clair: pour croire au « Mois de l’histoire des Noirs », il faut croire à l’existence d’une histoire reliée à la couleur de la peau, et donc à l’existence d’un lien entre la couleur de la peau et la pensée, la culture, la langue, l’histoire. On n’aurait pas idée d’organiser un Mois des individus au gros nez ou aux yeux bleus car il n’existe pas de culture propre à ceux-ci. Pour croire à la notion d’histoire des Noirs, il faut automatiquement considérer le fait d’être Noir comme s’il s’agissait d’une caractéristique raciale ou culturelle unique.

Évidemment, on ne peut oublier que les individus à la peau noire ont été victimes de racisme dans le passé, qu’ils ont été infériorisés pour la seule couleur de leur épiderme. Ce type d’infériorisation laisse des traces durables dans la culture de ceux qui l’ont vécue. Mais s’agit-il d’une raison suffisante pour célébrer, en 2010, une histoire commune des « Noirs »? Pourquoi ne pas célébrer l’histoire des descendants d’esclaves ou de l’esclavage lui-même, si on espère rejoindre une catégorie de personnes ayant un passé commun?

En participant à une telle bouffonnerie, on ne fait que perpétuer les mythes concernant l’existence de races humaines. Pire: on contribue à la réhabilitation du racisme en mettant à la face des « Blancs » une histoire des « Noirs » desquels ils sont exclus, ouvrant ainsi la porte à d’éventuelles réclamations pour un Mois de l’histoire des Blancs et pour la valorisation d’une histoire blanche.

Que les races existent ou non (et même si on m’a appris à la petite école de la conformité qu’elles n’existaient pas) importe peu, en somme. C’est l’interprétation de la leçon qui est dangereuse: si on considère qu’elles n’existent pas, on voit un avantage indu pour les « Noirs » et si on considère qu’elles existent, on peut réclamer une telle célébration pour les autres « races ». Dans un cas ou dans l’autre, on alimente les divisions basées sur l’appartenance ethnique ou les caractéristiques physiques.

À un certain moment, ne faudrait-il pas choisir? Ou bien le Québec constitue une société laïque et ouverte sur la diversité où tous les citoyens partageant les valeurs de base de la société sont égaux, ou bien certains forment des sous-groupes ethniques méritant d’être célébrés en fonction de leur couleur de peau. On ne peut pas indéfiniment enseigner dans les écoles que tous les êtres humains sont égaux et au même moment célébrer une histoire noire, blanche, jaune ou bleue avec des pois verts sans risque de créer de la confusion ou du ressentiment chez nos jeunes.

Il faut choisir: ou bien la pigmentation des téguments constitue une caractéristique comme une autre et le racisme n’a pas sa raison d’être, ou bien on considère que les races existent et on ouvre la porte aux pires bêtises en célébrant une « histoire des Noirs » sans célébrer celle des autres « races ». Il faut choisir!

Gatineau a fait son choix. Dans un Québec post-moderne tellement ouvert sur les autres qu’il est devenu la carpette de l’Amérique, la fesse droite d’Ottawa a décidé de participer à notre abrutissement collectif en faisant de l’apologie des caractéristiques ethniques de certains un héritage à apprendre et à jalouser.

On a crucifié Parizeau pour avoir osé parler de la réalité du vote monolithique des nouveaux immigrants, mais on alloue des subventions pour célébrer une histoire résolument ethnique.

Entre la fesse gauche du multiculturalisme d’Ottawa et la fesse droite de notre à-plat-ventrisme ne restent plus que les miasmes de ce qui aurait pu constituer un grand peuple, mais qui, de peur d’avoir à déplaire à certains, risque de plonger dans les toilettes de l’histoire.

Mathématiques féministes
12 décembre 2008

Dernièrement, je m’en suis pris au sexisme de Québec Solidaire, qui impose un quota de femmes dans la sélection de ses candidats, et les choisit donc en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences. Je vais faire amende honorable ici et souligner que ce type de sexisme n’est pas l’apanage d’une certaine vieille gauche. Même le Parti Libéral du Québec (PLQ) prend cette direction.

En effet, le PLQ a « fièrement » annoncé que son prochain cabinet ministériel proposerait la parité hommes-femmes. Comme le souligne ce texte, le prochain conseil des ministres devrait compter 24 élus, ce qui discrimine les hommes et réduit la qualité des ministres qui serviront la population du Québec. Observons.

Dans mon petit calcul, je pars du principe que les sexes sont égaux et que la qualité des députés élus des deux sexes est généralement égale. Même s’il est normal qu’il y ait davantage d’hommes dans un jeu aussi extrême et argumentatif que la politique (tout comme on s’attend à voir davantage de femmes dans les Centres de la Petite Enfance (CPE) et les hôpitaux), je crois qu’une femme qui a ce qu’il faut pour faire de la politique est l’égale d’un homme; ni meilleure, ni pire.

Ainsi, il est possible d’utiliser les mêmes chiffres pour les deux sexes. Je divise les députés en quatre catégories: les meilleurs, les bons, les ordinaires, et les incompétents. J’attribue 25% des députés à chaque catégorie. Considérant qu’il y a 44 hommes et 22 femmes qui ont été élus, ça donne 11 députés masculins de chaque type et 5,5 députés féminins. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, si Jean Charest suit sa politique d’imposer un quota de femmes dans son prochain cabinet, cela voudrait dire qu’il y aurait 12 députés de chaque sexe. Pour les femmes, cela voudrait dire qu’on prendrait les 6 (j’arrondis le 5,5) meilleures, auxquelles on ajouterait les 5 bonnes et une ordinaire. Pour les hommes, on choisirait les 11 meilleurs députés auxquels on ajouterait un bon député.

Prochaine étape?

Prochaine étape?

Vous voyez le résultat?

Avec une telle formule, on a été obligé d’aller piger dans la catégorie « ordinaire » pour les femmes alors qu’il restait de la place pour 10 bons députés masculins. Conséquemment, on s’est privé du talent de 10 bons candidats pour choisir une femme « ordinaire » afin de respecter la parité. Bref, on a choisi un candidat en fonction de son sexe plutôt que de ses compétences.

En fait, la seule façon de faire fonctionner adéquatement la formule que semble avoir choisi Jean Charest, c’est de partir du postulat qu’une femme en politique vaut deux fois davantage qu’un homme. Si les hommes sont deux fois moins bons que les femmes, alors le calcul fonctionne très bien. On se retrouve avec 12,5% de meilleurs, 12,5% de bons, 37,5% d’ordinaires et 37,5% d’incompétents. Ce qui donne 5,5 meilleurs, 5,5 bons et un seul ordinaire, tout comme pour les femmes. Le calcul fonctionne très bien.

On le constate, la seule façon logique de se retrouver avec un cabinet de ministres de compétence égale consiste à partir de l’idée que les hommes sont inférieurs aux femmes. Tout calcul partant du principe que les sexes sont égaux échoue et on se retrouve avec de moins bons ministres femmes alors que des hommes ont été laissés de côté.

Si vraiment on veut avoir un système équitable permettant une juste représentation des deux sexes, il faudrait que le conseil des ministres représente en pourcentage le rapport d’élus hommes/femmes. Tout ça, bien sûr, si on veut persister dans la voie contre-productive où on choisit les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences.

L’autre possibilité? On choisit les meilleurs, peu importe le sexe. On s’assoit devant un dossier, on regarde les acquis, on évalue les forces et faiblesses et on fait abstraction du sexe tout comme on le ferait pour la race ou l’orientation sexuelle. On choisit en fonction des compétences, contrairement à ce que Charest veut mettre en place.

Malheureusement, qui ne dit mot consent. Tant que nous, les hommes, ne réaliserons pas que nous sommes progressivement infériorisés dans de nombreuses sphères de la société, les choses ne changeront pas et nous assisterons à l’augmentation du sexisme, tel qu’imposé par des féministes ou des gens qui ont adopté les valeurs féministes revanchardes. C’est à nous, mais aussi à nos femmes, nos amis, bref tous ceux de notre génération qui constatent que de nouvelles formes de discriminations se mettent en place contre les hommes, de refuser ce nouvel état de fait et de nous opposer, démocratiquement, à tout parti qui propose de telles mesures sexistes.

En attendant, j’ai une suggestion pour les féministes-sexistes: pourquoi ne pas vous battre pour la parité hommes-femmes à l’université? Aux dernières nouvelles, il y avait entre 60 et 75% de femmes, dépendant du secteur.

(Vous voyez dans quel panier de crabe on fout la main quand on veut choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences!)