Censure à claques
30 avril 2007

Québec Pluriel, un obscur groupuscule devant soi-disant favoriser l’intégration des communautés culturelles, dénonce le dernier vidéo des Têtes à claques, le Cannibale. Ce qu’on reproche? D’avoir vu deux blancs dans une marmite entretenue par un noir qui à l’évidence serait un cannibale. Québec Pluriel demande donc des excuses au nom de la communauté noire pour ce clip « insultant, diffamatoire, irrespectueux et raciste ». L’organisme envisage aussi d’aller en cour.

Sérieusement, qu’a-t-on le droit de dire ou de ne pas dire? Il serait peut-être temps d’en faire une liste descriptive et inclusive, avec des exemples concrets. Par exemple, indiquer hors de tout doute qu’il est interdit de montrer un individu noir cannibale dans la jungle, car ceci est une insulte à tous les Noirs, qu’on traite de cannibales. Ou encore: interdiction de faire des vidéos sur la crucifixion de Jésus, car on y dépeint négativement les Juifs. Ou encore: on ne doit pas montrer de films avec des femmes prostituées, car on insulte toutes les femmes.

Ça va faire!

On peut détester autant qu’on le veut un pays comme les États-Unis. Autant sa population est souvent ignorante, autant son système politique pourri et créateur d’inégalités. Cependant, ils ont un droit fondamental qui est celui de la liberté d’expression. N’importe quel zozo peut dire des conneries et tant qu’il ne menace personne on le laisse parler. C’est un formidable exutoire.

Ici, par contre, les tensions ne s’expriment pas; elles sont refoulées. On hésite avant de dire quelque chose qui pourrait paraître extrémiste. On a peur de ses opinions. Et avec les dénonciations inutiles de groupes comme Québec Pluriel, il deviendra de plus en plus difficile de s’exprimer, de peur de se faire poursuivre ou traîner dans la boue.

Très peu de gens appuient le racisme. On n’aime pas ça; ça ne fait pas partie de nos valeurs. Mais en dénonçant tout et rien sans raison, des organismes comme Québec Pluriel contribuent au refoulement collectif de ce qui autrement aurait pu être sainement exprimé. Et c’est connu: plus on refoule de telles idées, plus fort est le risque de finir par connaître une explosion.

En effet, le débat sur les accomodements raisonnables a démontré qu’une problématique longtemps cachée dans l’ombre peut soudainement exploser et vite dégénérer, car soudainement beaucoup ont eu l’impression d’être libérés d’un poids. Ils peuvent soudainement s’exprimer, donner leur opinion! Certains extrémistes obtiennent même une crédibilité qu’ils n’avaient pas.

Dans le cas présent, la vidéo est inoffensive. Absolument coquine, et sans méchanceté. Et même s’il en avait été autrement, qui peut se permettre de jouer les moralisateurs et décider de ce qui est acceptable ou non? À la limite, si les Têtes à Claques faisaient des vidéos racistes, les gens cesseraient de les visionner, tout comme la majorité de la population ne visite pas les sites néo-nazis ou autres ordures.

Québec Pluriel a raté une belle occasion de se taire et vient de se discréditer durablement. Non seulement l’organisme a manqué à sa mission en jouant ainsi les petits Inquisiteurs de salon, mais elle a contribué également par son zèle à envenimer la situation et à permettre aux vrais racistes d’obtenir une tribune qu’ils n’auraient pas eu.

À trop crier au loup…

Il serait peut-être temps de reconsidérer la charte et de voir de quelle façon on peut réellement protéger la liberté d’expression. Car s’il est utile de défendre les droits des minorités, cela ne doit pas se faire au détriment de la liberté de s’exprimer.

Dire ce qu’on pense, que ce soit politiquement correct ou pas.

Sans censure.