Frais de scolarité : propagande de Quebecor
26 février 2012

Les grands manipulateurs l’ont toujours dit : pour contrôler la réponse à une question, il suffit avant tout de contrôler la question. C’est exactement ce que fait Quebecor avec son sondage demandant aux gens s’ils seraient prêts à payer plus d’impôts pour financer l’éducation. Alors que les sommes permettant un financement adéquat des études universitaires peuvent venir d’une foule de secteurs, Quebecor fait fi de cette réalité en rétrécissant le débat : ou bien on fait payer les étudiants, ou bien on hausse les impôts.

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Même s’il a maintes fois été démontré que l’éducation est très rentable, et que tout investissement public dans celle-ci entraîne une plus-value pour la société, partons du principe qu’il manquerait 265 millions de dollars au système actuel, soit la somme qu’on veut chercher dans les poches des étudiants, pour atteindre l’éden universitaire, version Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party.

Donc, s’il manque 265 millions de dollars, n’y aurait-il pas moyen d’aller chercher cette somme sans s’attaquer aux étudiants ou augmenter les impôts ? Bien sûr !

1) Une augmentation du nombre de paliers d’imposition. Entre 1988 et aujourd’hui, le nombre de paliers d’imposition est passé de 16 à 3. Cette situation réduit amplement le caractère progressif de l’impôt. Une étude de l’IRIS a démontré qu’un retour à dix paliers permettrait d’assurer une baisse des impôts pour 87% des contribuables tout en engrangeant des revenus supplémentaires de 1,2 milliard de dollars.

2) Une augmentation des redevances minières. Le Québec donne littéralement ses ressources à l’industrie. Son taux de redevance est parmi les plus bas en Amérique du Nord, ce qui n’est pas sans nous rappeler l’époque où Duplessis vendait la tonne de fer « une cenne ». Selon la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, l’État pourrait augmenter ses revenus entre 1 milliard et 4 milliards de dollars si le Québec rejoignait le peloton de tête en augmentant substantiellement ses redevances.

3) Faire payer le plein prix aux étudiants étrangers. Comme je le notais dans un billet précédent, le simple fait de faire payer le plein prix aux étudiants ne venant pas du Québec permettrait d’aller chercher un minimum de 444 millions de dollars par année. Accessoirement, cela permettrait d’améliorer la situation du français, surtout dans la région métropolitaine.

4) Réintroduire la taxe sur le capital. L’élimination progressive de cette taxe par le Parti Libéral du Québec / Liberal Party of Quebec entraîne un manque à gagner récurrent de près de 950 millions de dollars.

On pourrait ajouter d’autres idées, telles qu’exprimées par la coalition Non aux hausses : diminuer le plafond des RÉER (300 millions), moduler la taxe à la consommation en fonction des biens achetés (745 millions), lutter contre l’évitement et l’évasion fiscaux (800 millions), adopter des mesures de contrôle du prix des médicaments (1 milliard), abolir la règle de protection des brevets de 15 ans (200 millions), etc.

En clair, le choix ne se limite pas entre faire payer les étudiants ou hausser les impôts. Une foule de solutions existent et permettraient non seulement de maintenir le gel des frais de scolarité, mais également d’assurer la gratuité scolaire, qui coûterait entre 176 et 405 millions de dollars.

Quand Quebecor (ou le Parti Libéral du Québec / Quebec Liberal Party) nous propose ce faux choix, il n’est donc pas question de faits, mais d’idéologie. Il n’est pas question de bien commun, mais de propagande. Il n’est pas question d’information, mais d’une vile désinformation de la part d’un média ayant décidé de limiter le débat à une guerre entre classe moyenne et moins nantis, pendant que son patron continue de compter ses millions, dont une grande partie ont été gagnés grâce au corporatisme des subventions de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

À nous de rappeler que si l’État est à court d’argent, ce n’est pas à cause de généreux programmes sociaux ou de l’éducation, mais bien parce qu’on fait le choix, collectivement, de baisser la tête pour juger ceux d’en bas, plutôt que d’avoir le courage de la garder bien droite et de questionner ceux d’en haut.

La fin des journaux?
3 avril 2009

Faut-il tuer les journaux? Ces temps-ci, on dirait que tout le monde a quelque chose à dire sur la question. Si à terme l’existence des journaux traditionnels semble menacée, je ne crois pas pour autant que la méthode journalistique leur ayant permis de prospérer disparaîtra. Le gigantesque édifice avec ses centaines de prolétaires de la prose et son imprimerie rejoindront le musée, mais l’organisation elle-même se transformera. Ou disparaîtra.

La crise actuelle est profonde. Le Pew Research Center américain indiquait l’an dernier que la proportion de citoyens ayant lu un journal la veille était passée de 49% en 1994 à 40% en 2006. Pire, seulement 29% des 18-29 ans l’avait fait, contre 47% pour les 50-64 ans et 58% pour les plus de 65 ans. En clair, la génération montante ne lit pas le journal.

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Traditionnellement, les journaux disposaient de plusieurs avantages:

  • La crédibilité offerte par la pérennité de l’institution;
  • Des journalistes compétents adhérant à un ordre et à des pratiques établies;
  • Un accès à des bases de données journalistiques;
  • La capacité de rejoindre les gens directement dans leur foyer;
  • Un format pratique, qui peut être lu n’importe où.

Ce sont là des avantages indéniables, mais font-ils le poids face à la révolution internet?

La crédibilité

Antoine Robitaille a raison de souligner le manque de crédibilité d’une large partie de la blogosphère. Certains animent même de véritables dépotoirs virtuels où la calomnie et la manipulation consciente sont la règle.

Par contre, un changement est en train de s’opérer. L’euphorie du début des blogues semble terminée et on peut établir une carte de blogues crédibles et qui offrent du contenu de qualité. Aux États-Unis, déjà, de nombreux blogueurs sont devenus des références au même titre que des journalistes établis. Le même phénomène semble en train de se produire au Québec également, notamment avec des individus comme Michelle Blanc, dont le blogue fait figure d’autorité quant aux nouvelles technologies.

En fait, la clef de la crédibilité des blogues tient à la spécificité des niches choisies. Contrairement au journal traditionnel dont le nom garantie la crédibilité de tous ceux qui y travaillent, le blogueur bâtit sa propre crédibilité dans secteur spécifique, et cela prend du temps.

Pour le moment, les journaux traditionnels ont encore l’avantage dans ce domaine, mais pour combien de temps?

Des journalistes compétents adhérant à un ordre et à des pratiques établies

De nombreux blogueurs n’appliquent pas toujours la démarche journalistique requise pour construire le sens nécessaire à une nouvelle. Au téléphone ce matin, Antoine Robitaille me rappelait un épisode où il a été informé par Olivier Niquet du plagiat d’une personnalité connue. Suite au travail de vérification journalistique et de mise en contexte effectuée par le journaliste du Devoir, M. Niquet avait affirmé que le Devoir avait repris sa nouvelle. Dans les faits, M. Niquet n’avait jamais eu de nouvelle en tant que tel, car le travail du journaliste ne consiste pas à simplement relater un fait non-vérifié à l’état brut, mais plutôt de vérifier sa véracité et d’organiser ce fait autour d’une pensée structurée afin de créer une plus-value autour de la nouvelle elle-même.

Ce problème rejoint également celui de la crédibilité. Si je marche dans la rue et entend (sans voir) un accident se produire derrière moi et que je demande à une des deux personnes impliquées qui en a été responsable, ai-je fait un travail journalistique suffisant? « C’est elle la folle, elle a pas fait son stop! » Si je rentre chez moi et présente un super-scoop sur mon blogue en mettant en vedette la « folle » qui n’a pas fait son arrêt obligatoire, suis un bon journaliste? Et si je me contente de relayer les faits sans en dégager le sens profond (dangerosité d’une intersection, nécessité de voitures plus sécuritaires, etc.), suis-je un bon journaliste ou un simple rapporteur de nouvelle?

Les pratiques et le code journalistiques existent pour une raison bien simple: assurer la crédibilité de la profession en général. De nombreux blogueurs se contentent de rapporter la nouvelle sans polir ce diamant brut. Comme je l’écrivais dans un texte précédent:

Ce n’est pas parce qu’on peut sortir quelques accords d’une vieille guitare qu’on est prêt à aller faire un concert. De la même manière, ce n’est pas parce que quelqu’un commence à appliquer les techniques journalistiques qu’il peut se considérer d’égal à égal avec des journalistes et croire que ce qu’il donne comme valeur – sa pierre légèrement polie – vaut celle d’un autre.

À ce titre, de nombreux blogueurs ou journalistes en ligne ont adopté des pratiques se rapprochant de celles des journalistes établis et travaillant pour les journaux traditionnels. Ils sont une minorité, mais une minorité en constante progression. Et ceux-ci ont souvent une crédibilité presque aussi bonne que les meilleurs journalistes traditionnels.

Un accès à des bases de données journalistiques

Les bases de données journalistiques sont essentielles pour tout journaliste. Vous entrez un mot-clef, dans Eureka par exemple, et vous obtenez immédiatement tout article sur le sujet écrit dans à peu près tous les médias.

Pourtant, avec le temps, les recherches simples sur des moteurs de recherche comme Google s’améliorent et la quantité d’articles en ligne progresse régulièrement. Conséquence? La valeur-ajoutée de la base de données journalistiques tend à diminuer, plaçant peu à peu sur un quasi-pied d’égalité journalistes institutionnels et journalistes sur le web.

Si le premier possède encore un léger avantage, quiconque ayant un minimum de motivation peut arriver à se débrouiller sans ces bases de données. De toute façon, si les journaux en format papier n’existent plus, ces bases de données auront perdu leur utilité.

La capacité de rejoindre les gens directement dans leur foyer

Traditionnellement, le rituel matinal ressemblait à ceci: lever, toilette, et on allait chercher le journal sur le pas de la porte. Si, si, parole d’un camelot qui a livré les journaux pendant six ans! Rares étaient mes clients qui venaient chercher leur journal sans avoir l’oreiller encore imprimé dans le visage.

Aujourd’hui, êtes-vous comme moi? La première chose que je fais au réveil, c’est d’ouvrir mon ordinateur. Le voici, mon contact avec le monde. Évidemment, je ne peux pas encore facilement manger devant mon journal en ligne, mais ce n’est qu’une question de temps…

Un format pratique, qui peut être lu n’importe où

Voici le seul argument de vente réellement concret pour les journaux traditionnels. On les imagine presque nous dire: « Ah, ah! Vous pouvez nous déchirer, nous barbouiller, nous amener aux chiottes, mais pourriez-vous faire la même chose avec votre écran d’ordinateur? » En fait, oui. Presque.

Le Kindle 2 permet déjà de lire des livres ou des journaux. À peine plus épais qu’un gros carton, il peut être amené partout.

Bien sûr, on est loin ici du grand journal ouvert sur la table le matin. Mais qui aurait pu prédire il y a dix ans que j’écrirais sur un écran plat de 22 pouces? La technologie existe, et ce n’est qu’une question de temps avant que différents formats soient offerts et permettent aux lecteurs de ne plus avoir besoin du journal en format papier.

On objectera que plusieurs avaient prédit la disparition du livre avec Internet, mais l’exemple ne tient pas. Un livre se lit du début à la fin. Aurait-on idée de sauter une vingtaine de pages d’un roman de Patrick Sénécal ou Stephen King? Le journalisme, au contraire, est un style permettant la captation rapide du sens d’un texte et il invite le lecteur à le survoler, voire à ne lire qu’une partie du texte. Bernard Poulet, l’auteur de La fin des journaux (Gallimard) écrit : « Un texte n’a plus un début, un milieu et une fin, mais représente un ensemble de morceaux autonomes. On télécharge la page, le paragraphe ou la phrase qui nous est utile. » ((Le Soleil, Livres, dimanche, 29 mars 2009, p. 39, Les journaux au musée!, Fessou, Didier, La place des journaux est-elle au musée?))

On peut très bien imaginer des textes disponibles sur un outil comme Kindle 2 et offrant des hyperliens vers d’autres textes au contenu semblable.

Qui paiera les journalistes?

La question qui tue. Si tout le monde télécharge gratuitement son information et la lit sur un Kindle 2 (ou autre outil semblable), qui paiera les journalistes? La question est cruciale: si on affirme que le travail de polissage du journaliste, qui consiste à rendre intelligible et à donner un sens à une nouvelle, est essentiel, qui paiera son salaire? Mario Asselin pose la question et se base sur les calculs de Jeff Mignon, qui affirme qu’ il serait difficile de payer les journalistes selon le présent modèle publicitaire.

À mon avis la réponse est la même qu’elle a toujours été: par la publicité et l’abonnement.

La publicité

Le calcul de Jeff Mignon ne fonctionne pas. Il prend le problème dans le mauvais sens. Il tente d’appliquer un modèle de publicité actuel qui rapporte peu à une entreprise qui doit entretenir une lourde charge physique (gros immeuble, les presses, etc.).

Quand on affirme que les revenus publicitaires dans les journaux traditionnels ont baissé de plus de 23% en deux ans, signifie-t-on que cet argent a simplement disparu? Non. Même avec la crise, une large partie de ces ressources ont simplement été réaffectées ailleurs, notamment en ligne.

Concrètement, au fur et à mesure que le lectorat des journaux traditionnels diminue, la compétition entre les publicitaires pour annoncer en ligne augmente, contribuant à oser les revenus pour ceux qui écrivent en ligne.

Les journaux traditionnels opposent néanmoins l’argument suivant: le nombre de lecteurs en ligne de tel ou tel site internet est toujours moindre que les leurs. Vrai. Mais ils sont également plus ciblés.

En fait, quand vous ouvrez un journal, vous voyez des tonnes de publicités qui ne vous intéresse pas. Spectacles, voitures, ameublement… Est-ce que ces choses vous intéressent vraiment? En ligne, la publicité est ciblée. Sur un site qui se consacre aux troubles paniques, par exemple, on y voit de la publicité sur les troubles paniques. Au hasard, visitez le site Symptoms of panic attacks: voyez-vous des annonces de spectacles, voitures ou ameublement? Non. La publicité est extrêmement ciblée, et cela s’avère très profitable pour les annonceurs. Au fur et à mesure que les journaux en format papier disparaîtront, les publicitaires se tourneront vers ce type de publicités et leur compétition entraînera le coût à la hausse, et permettra peut-être à certaines entreprises de journalisme de survivre. La majorité devra pourtant offrir du contenu payant.

L’abonnement

Hérésie! Faire payer pour ce qui se trouve en ligne gratuitement? « Es-tu fou Louis ou quoi? » Peut-être, mais ce sera le sujet d’un autre article. Pour le moment, je vous invite à réfléchir à la situation actuelle: quel est le modèle financier qui vous permet d’avoir accès à vos nouvelles sur Cyberpresse, par exemple? Croyez-vous que les publicités sur ce site permettent de payer le salaire de tous les journalistes qui y contribuent?

Évidemment, non. En grande partie, ce sont les gens qui s’abonnent à La Presse ou à un autre journal du groupe Gesca qui permettent à Cyberpresse d’exister. Enlevez ces revenus, et je ne crois pas que même les recettes publicitaires montantes permettraient de compenser cette perte.

La vérité, c’est que le contenu de qualité se paie. Actuellement, nous sommes dans une période où nous avons le meilleur des deux mondes. Un peu comme à la fin des années 1990 dans le domaine de la musique, où il était possible de tout télécharger gratuitement. Le buffet à volonté. Mais la source s’est tarie et l’industrie de la musique a réagi: le téléchargement gratuit est aujourd’hui illégal. Résultat? De nombreux sites offrent maintenant la possibilité de télécharger de la musique à la carte pour un coût ridiculement bas.

D’ici quelques années, la situation risque d’être la même dans le domaine journalistique. Tant qu’il y aura une masse critique de personnes plus âgées qui continuent à payer pour leurs journaux, il n’y aura que du contenu gratuit en ligne. Éventuellement, pourtant, il faudra également faire payer les gens pour télécharger une partie du contenu sur leur lecteur numérique. Un prix insignifiant. Juste assez pour que ce soit plus d’effort essayer de voler le contenu que de le payer. Et cette source de revenu, couplée avec la publicité, permettra à l’entreprise journalistique de survivre.

La guerre du sens

Aujourd’hui, l’information ne fonctionne plus à sens unique. Les citoyens n’ont plus envie de se laisser dicter quoi penser par les journalistes. Ils refusent le sens qu’on leur offre et internet leur permet de s’allier avec n’importe qui qui pense comme eux. À la limite, Internet permet à tous les weirdos de s’unir et de former une super-République de weirdos. Ils lisent leurs blogues de weirdos, s’informent auprès d’amis weirdos, et ils ont une vision complètement déconnecté de la réalité. Ils refusent le sens qu’on leur donne et choisissent leur propre sens.

Pour la majorité de la population, la crise de confiance vis à vis du journalisme n’atteint pas de telles disproportions. Malgré tout, comme l’explique JD Lasica, rédacteur au Online Journalism Review, « la multiplication des sources d’informations a soudainement fait prendre conscience au public que ce qu’ils lisent dans les journaux ou ce qu’ils voient à la télé ne reflète pas nécessairement leur propre réalité. » ((Le Devoir, CONVERGENCE, lundi, 11 août 2003, p. B7, Technologie, À propos du journalisme citoyen, Fondamentalement engagé, ce type de journalisme peut servir de contrepoids aux dérives qui, quelquefois, affligent l’industrie des communications, Dumais, Michel))

Ainsi, il y a deux solutions possibles:

  1. On laisse le lecteur se créer son propre sens grâce à une « information » constamment mise à jour, tel un diamant que n’aurait pas poli le journaliste. Il devient donc de la responsabilité du lecteur de créer son propre sens. Cette option est peu coûteuse car le journaliste devient quasi-inutile.
  2. On offre au lecteur une multitude de sens possibles en permettant au journaliste de polir la pierre précieuse et d’inter-connecter les nouvelles en leur donnant un sens. Le lecteur choisit son journaliste et adhère ou non au sens; il peut commenter la nouvelle ou y répliquer lui-même. Cette option est plus coûteuse et implique un travail journalistique accompli.

Actuellement, Quebecor et son Journal de Montréal semblent avoir adopté la première voie et La Presse l’autre option. Le Devoir, lui, traîne de la patte. Étant principalement lu par l’élite intellectuelle, il peut se permettre d’attendre, mais s’il attend trop il prendra bien vite le même chemin que le tape à cassette huit pistes ou le vidéocassette BETA.

Il n’y a pas des milliers de solutions. On peut soit refuser de considérer le sérieux de la situation actuelle et considérer cela comme une mode ou une situation temporaire. Ou bien on comprend la profonde mutation en cours et on agit.

Le journaliste, quoi qu’il arrive, survivra. On aura toujours besoin de sens, et celui qui parviendra à en faire le plus pour la majorité sera le plus lu. Mais il ne le sera plus sur papier, et sûrement pas dans le cadre professoral à sens unique actuel. Il trouvera sa niche, se spécialisera, et s’adressera à un public spécifique cherchant dans ses mots le sens perdu d’une société en perte de cohésion.

Insipide Académie
11 février 2009

« Lui, il a du charisme, c’est un naturel ». Le jugement du parrain de Star Académie tombe. Le jeune homme vient de chanter la chanson d’un autre. René Angélil, derrière ses lunettes assombries et avec sa voix de Gerry Boulet semi-aphone choisit: ceux qui l’ont, ceux qui ne l’ont pas. Pour l’avoir, vous ne devez être ni original, ni écrire vos propres textes, ni même exprimer quelque chose dans vos chansons. Vous devez recopier mot à mot ce que d’autres ont écrit et le faire le plus naturellement possible, en prévision d’une possible carrière de star de la musique.

Exit la création! Exit l’originalité! À Star Académie on favorise le conformisme et le prêt-à-écouter. Qu’importe si on se prive de musiciens qui ont quelque chose à dire, qui ont leurs tripes à chanter: dans le royaume de Quebecor on ne s’intéresse pas à la musique en tant que moyen d’expression personnel. On veut des chanteurs qui vont chanter ce qu’on leur demande de chanter et qui vont le faire avec tellement de naturel qu’ils vont pouvoir changer de la merde en or. La personne qui fait vibrer ses cordes vocales n’a que peu d’importance. Si on pouvait aller chercher des petits Mexicains et leur demander de chanter du Lara Fabian on le ferait. Ce ne sont pas des individus que l’on met en valeur, mais des cordes vocales attachées à quelqu’un qui a l’air naturel, qui ne coûte pas cher et qui transforme notre merde en or.

La musique, pourtant, c’est bien davantage que de chanter des vieux succès des années 70 à la Sylvain Cossette ou de radoter du Harmonium avec Bruno Pelletier auprès d’un vieux pneu qui brûle. Chanter, c’est s’exprimer, c’est faire preuve d’intelligence. Comme l’expliquait Howard Gardner, le père de la théorie des intelligences multiples: « il faudrait redéfinir l’intelligence en tant que capacité à résoudre des problèmes et créer des produits qui sont valorisés dans un ou plusieurs ensembles culturels ». Le problème à résoudre, c’est nous. Nos angoisses, nos craintes, nos désirs, notre fierté, nos joies, nos peines. La musique doit nous faire vibrer; elle doit réveiller nos passions et nous faire temporairement quitter le quotidien banal pour nous permettre de nous élever ailleurs. Et le produit valorisé, c’est la musique qui nous permet de résonner ainsi. Sauf qu’il faut la créer.

En valorisant le paraître et la reprise de chansons d’autrui plutôt que l’originalité de nouveaux créateurs musicaux, Star Académie ne favorise pas la création de nouveaux produits culturels permettant de « résoudre nos problèmes ». Elle ne fait qu’encourager l’insipidité d’une multitude de faux-semblants venant grossir les rangs d’une nouvelle classe de soi-disant artistes qui n’ont de talent que la couleur de leur chant et qui seraient incapables d’écrire trois lignes de texte original. Bref, tel un buffet chinois à bas prix, on favorise la quantité au-dessus de la qualité.  Kant disait qu’on pouvait considérer un acte comme immoral lorsque sa généralisation empêche l’acte lui-même.  Si tous les chanteurs se contentaient de chanter les chansons d’un autre, qui écrirait?  C’est cette immoralité d’une chanson déconnectée de ses tripes qu’encourage Star Académie.

Je l’ai écouté l’émission-vedette de Péladeau. Et j’ai été touché par la puissance de ces voix dont j’avais peine à croire qu’elles sortaient de ces corps frêles de jeunes adultes à l’air un peu adolescent. Mais j’aurais encore préféré – et de loin – des cordes vocales moins peaufinées ou des voix éraillées chez de jeunes gens qui ont quelque chose à dire.

Des individus qui ne chantent pas pour faire une carrière mais qui crient ce qu’ils sont et qui expriment leur rage de vivre en voix et en musique.

Faut-il réinventer le Journal de Montréal?
29 janvier 2009

impression-de-journauxJe me souviens de l’époque où je livrais les journaux. J’ai commencé à dix ans, avec une route de La Presse, et ça s’est terminé vers la fin de l’été de mes seize ans, avec deux routes de La Presse et deux du Journal de Montréal. Les deux dernières années, je me levais à 4h00 les jours de semaine et à 5h00 la fin de semaine (la grasse matinée).  J’avais ma routine. J’allais chercher les piles de journaux devant la porte, je les assemblais lorsque c’était requis, puis je livrais une partie et je revenais déjeuner en les lisant devant un bon repas composé le plus souvent de huit gaufres noyées sous le sirop d’érable et le beurre. Et c’est ainsi qu’à douze-quatorze ans j’ai commencé à m’intéresser à la politique et que je me tenais au courant de tous les enjeux du moment.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui quand j’évoque ces pensées de ma prime jeunesse est cette distance entre les deux journaux, une distance qui semble croître de plus en plus. À l’époque, je me souviens de La Presse et du Journal de Montréal comme de médias certes différents au niveau de l’importance accordée aux divers enjeux mais d’une certaine proximité quant au discours vis-à-vis de ces enjeux et à l’organisation des textes à l’intérieur du journal. En d’autres mots, on y trouvait des chroniqueurs spécifiques mais intelligents, avec leurs styles bien à eux.

Aujourd’hui, force m’est de constater que quand je feuillette le Journal de Montréal, j’y retrouve une litanie de publicités englobant quelques rares textes authentiques perdus dans le bruit ambiant de nouvelles génériques empruntées à différentes agences de presse ou appartenant au groupe Quebecor. Je ne retrouve plus la personnalité du journal; j’ai l’impression de lire une copie payante d’un quotidien gratuit comme Métro ou 24 heures.

On nous explique chez Quebecor depuis quelques semaines que le journalisme serait en crise à cause d’internet et qu’en baissant le salaire des journalistes on pourrait passer à travers celle-ci. Les travailleurs sont toujours une cible idéale mais rarement les patrons qui se sont octroyés des augmentations de salaire de 29% (Pier Karl Péladeau) ou les entreprises qui déclarent 50 millions $ de profit (Journal de Montréal). La faute revient aux journalistes, bon. Ils le disent, alors ça doit être vrai.  Vraiment?

Pourtant, comme le note avec justesse Michel Dumais, ce n’est pas une différence de 10 000 à 15 000$ par année par journaliste qui fait la différence entre un journal rentable ou non, loin de là. Le problème est beaucoup plus profond et exige des solutions originales qui vont au-delà de ce ramassis pseudo-interactif qu’on appelle convergence.

En effet, affirme Kenneth Whyte, éditeur du Maclean’s Magazine, les journaux ont présentement une réelle opportunité de se réinventer. « Ce que vous devez savoir est ce qui intéresse vos lecteurs. Vous devez connaître leurs sentiments – ce qui les réjouit, ce qui les intéresse, ce qui les allume vraiment – et si les journaux ne font pas cela, ils n’ont plus de sens. » ((Benjamin Shingler, Telegraph-Journal, Saint John, N.B., 29 janvier 2009, p. A3))
En outre, Whyte affirme que les journaux doivent se débarrasser du paradigme d’objectivité et de recherche du consensus qui ne fonctionnait que lorsqu’ils jouissaient d’un monopole sur l’opinion publique. « Il existe une scissure profonde entre ce que les journaux mettent en première page et ce qui intéresse réellement les lecteurs », ajoute-t-il. ((Idem.))

Bref, d’une certaine façon, les quotidiens qui espèrent survivre doivent favoriser l’expression de leurs journalistes en les encourageant non seulement à exprimer leurs opinions mais également en assumant leur subjectivité. Pourquoi les blogues fonctionnent-ils aussi bien? Parce que leurs auteurs osent parler de ce qui intéresse vraiment les gens et ils le font brillamment en y intégrant une partie de leur vécu, de leurs émotions au lieu de prétendre à une objectivité totale qui n’a plus sa place à l’ère d’internet et de la titanesque pluralité des points de vue. Un journal qui aspire à un futur doit choisir ce chemin, celui de la qualité et de la profondeur. Celui où les lecteurs s’identifient aux journalistes. Il s’agit de la voie qu’ont choisie Le Devoir et La Presse.

À l’opposé, le Journal de Montréal a décidé de renforcer les structures archaïques du contrôle de l’information et ses dirigeants ont cherché à profiter de la place prépondérante de Quebecor dans le secteur médiatique au Québec pour réduire le coût des nouvelles génériques au maximum. En clair, le quotidien n’aspire pas à se spécialiser, à créer un véritable lien entre ses lecteurs et ses principaux journalistes, mais essaie plutôt de compétitionner sur le marché de l’information rapide et impersonnelle. On veut nous vendre un Journal de Montréal sans âme et dont le contenu provient d’une multitude de sources diverses sans rapport réel entre elles.

On nous lance à la tête pâte, tomates, poivrons et fromage et on essaie de nous faire croire que c’est une pizza.  Sauf qu’une information n’est utile que si elle est décodée et interprétée; sinon, elle n’est que du bruit de fond, un mot perdu dans l’éther.  La mission du journaliste est de nous aider à cuisiner cette pizza mentale; c’est lui qui fait les liens nécessaires et décode l’essentiel dans le maelstrom de nouvelles insipides.   Et quoi de plus agréable que de retrouver jour après jour notre chef des mots préféré pour nous mitonner un autre délicieux petit plat à manger goulûment?

En devenant un simple recueil de textes écrits par d’autres, le Journal de Montréal ne permet plus la nécessaire identification de la population à ses journalistes et conséquemment on ne voit pas comment le quotidien de la rue Frontenac pourra se maintenir sans ce niveau de confiance.  Il pourra sûrement vivoter pendant quelques années, cherchant à réduire ses coûts, mais il se condamne lui-même en choisissant de se battre au niveau de la quantité et du bas prix des nouvelles au lieu de viser la qualité.  Aujourd’hui, l’information est partout. Ce que les lecteurs exigent désormais, c’est un plan pour la décoder et quelqu’un en qui ils ont confiance pour les aider à s’y retrouver.  Un plan, et de la qualité.

Le monde est une recherche Google infructueuse et le journaliste se doit d’être le guide à la recherche d’une information non pas faussement objective, mais pertinente!

Lock-out au Journal de Montéal: les singes se révoltent
25 janvier 2009

monkey-writerVous les méprisez les journalistes du Journal de Montréal, pas vrai? Ces syndiqués qui travaillent quatre jours par semaine et qui s’accrochent à une convention collective « d’un autre temps » (dixit la direction du JdM) pour publier leurs chroniques de chats écrasés. Ces pousseux de crayon ou tapeux de claviers interchangeables dont vous ne voulez même pas savoir le nom quand vous les lisez. Soyez honnête : la seule présence du nom d’un journaliste dans « votre » journal constitue selon vous un gaspillage d’espace.

En effet, à vos yeux, les journalistes sont des ouvriers à la chaîne qui suivent un plan pré-établi pour répondre à votre demande d’information. Un peu comme l’ado boutonneux qui prépare votre Big Mac selon la même vieille recette éprouvée, vous ne voyez pas la nécessité ni de bien les rémunérer ni même de les respecter. Ce sont de simples boulons dans la chaîne bien huilée de la production d’information en série.

Oh, mais attendez, vous voulez davantage de qualité? Vous aimeriez obtenir un cornichon supplémentaire dans votre Big Mac? Meuh non, vous ne comprenez rien. La recette du Big Mac fonctionne, vous l’avez toujours aimé ainsi et nous avons fait tout un tas de tests qui ont déterminé que c’est ce que vous désirez vraiment. Nous le savons que vous aimez ça les chroniques de chats écrasés et les mémoires de putes rive-sudoises. Vous raffolez de ces histoires-là qui auraient pu être rédigées par n’importe quel cégépien au-dessus de la moyenne.

Alors, pourquoi endurer les états d’âme de ces professionnels du chiâlage qui se disent journalistes en levant le nez et qui réclament des conditions de travail qu’on offre généralement à l’élite? A-t-on besoin d’un chef cuisinier pour produire un Big Mac? Alors pourquoi offrir de bonnes conditions de travail à des gens qui se prétendent experts avec les mots mais à qui on demande d’effectuer un travail en série visant le plus simple dénominateur commun?

À quelque part, la position de Quebecor avec ce lock-out ne manque pas de logique : on offre de l’information de qualité douteuse, on la produit en série à partir de directives claires forçant les « journalistes » à favoriser les produits et entreprises du groupe et si jamais les petits singes se révoltent et exigent qu’on les respecte on leur lance à la figure le fait qu’ils ne sont pas des créateurs, mais des exécutants et qu’en tant que tels ils ne devraient pas jouir du moindre privilège.

S’agit-il là du nouveau rôle du journaliste contemporain, condamné à jouer les publicistes pour les patrons et à vivre dans la précarité? Si vraiment nous vivons dans une société qui rétribue ses travailleurs selon la juste valeur de leur travail, pourquoi pénaliser ainsi les journalistes en les ostracisant parce qu’ils jouissent de conditions de travail avantageuses? Ce ne sont pas eux qui ont choisi volontairement de faire de la jaunisse textuelle; plusieurs ont un incroyable talent qui ne demande qu’à s’exprimer, mais devant la nécessité de gagner leur croûte plusieurs ont dû laisser tomber leurs idéaux et se résoudre à réduire la qualité de leur travail pour plaire à leurs patrons.

Me comprenez-vous vraiment? Vraiment? Approchez-vous. Plus près. Plus près encore. Regardez :

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Me voyez-vous? Ce point, c’est moi qui me cogne la tête sur l’écran et qui vous gueule que vous êtes responsables de cette situation. Quand vous achetez le Journal de Montréal, vous encouragez la médiocrité et vous faites passer les faits divers devant les vrais enjeux. Vous votez en payant; vous tranchez en faveur d’une entreprise qui ne se contente pas seulement de mépriser ses employés mais qui se joue également de vous en vous présentant une information qui escamote systématiquement les enjeux importants pour jouer sur vos instincts primaires tout en encourageant les projets de convergence de Quebecor.

. . . . .

Et si je me cogne la tête plus fort sur votre écran, me voyez-vous, maintenant? Je suis le journaliste qui veut sortir de sa bulle d’éther et qui espère créer de la qualité pour le plus grand nombre. Vous n’êtes pas des idiots, et moi non plus. A-t-on nécessairement besoin d’écrire de la merde pour rejoindre un maximum de personnes? Allez, dites-moi que ce n’est pas le cas. Dites-moi que vous êtes plus intéressés par notre futur et par notre vivre-ensemble que par les dernières folies de stars ou meurtres crapuleux. Allez, s’il-vous-plaît, dites-moi que l’avenir de notre pays, de l’humanité sont plus importants que ces conneries.

Sinon, si vraiment vous aimez votre Journal de Montréal tel qu’il est, si vous assumez votre indifférence vis-à-vis d’une information déficiente et trompeuse, respectez au moins le sacrifice qu’ont dû accomplir de nombreux journalistes talentueux pour vous livrer votre dose quotidienne de banalité et encouragez-les afin qu’ils puissent continuer à jouir de ce monde et gagner assez d’argent pour être en mesure de piler sur leur orgueil de créateurs pour persister dans leur rôle d’exécutants façonnant pour une direction cupide de la merde en boîte que vous payez sottement.

Il fût une époque où les journalistes étaient des représentants du peuple dont le rôle de chiens de gardes du pouvoir leur méritait un grand prestige auprès de la population. Peut-être qu’aujourd’hui plus personne ne s’intéresse véritablement au pouvoir, ne veut même plus le surveiller, ne veut même plus savoir qu’il existe, sauf quand le pouvoir s’occupe d’eux personnellement. Au fond, c’est peut-être notre égoïsme à tous et notre refus d’effectuer le nécessaire travail de surveillance du pouvoir qui est à la base de cette situation?

Bientôt près de chez vous : une formation en publicité pour écrire dans votre Journal de Montréal?  Et tout va bien dans le petit monde des petits singes esclaves de nos passions les plus petites.

Le monde selon Péladeau
4 avril 2008

Selon Pier-Karl Péladeau (ce « criss de bum » selon mon coloc, qui a grandit sur la même rue que lui), la crise qui secoue le secteur manufacturier au Québec n’a rien à voir avec la concurrence asiatique, la déréglementation,la hausse du dollar canadien, la réorientation vers l’économie du savoir prônée par les gouvernements ou la hausse du coût des matières premières. Non, non. Si le secteur est dans la dèche, c’est forcément la faute aux méchants syndicats!

La crise manufacturière que traversent votre ville et plusieurs autres au Québec n’est pas le fruit du hasard. Tant que d’honnêtes travailleurs demeureront les otages d’organisations cyniques qui les manipulent et leur cachent la vérité, la crise manufacturière ira en s’aggravant et le Québec continuera de s’appauvrir.

Alors, citoyens, qu’attendons-nous pour nous débarasser de nos organisation cyniques un peu trop démocratiques et confier notre destiné à M. Péladeau, qui saura sûrement nous offrir des emplois à la tonne… salaire de la Chine en prime!

Heil Péladeau, mon nouveau Führer!

Cannibalisme inc.
27 avril 2007

On dit qu’il ne faut pas juger quelqu’un sur ses paroles, mais sur ses actions. Dans le conflit entre le Journal de Québec et ses journalistes, c’est on ne peut plus vrai. Au sein de l’empire Quebecor, on voit qui sont les « lucides » et qui sont les solidaires.

Parmi les « lucides », il y a Richard Martineau, cet éternel blasé, qui se cache derrière son contrat stipulant que ses articles écrit dans le Journal de Montréal peuvent être publiés dans le Journal de Québec. Pendant que ses confrères de Québec se font mépriser et insulter par Quebecor, cet homme de la ville, cet homme se revendiquant de l’urbanité et du béton, les laisse tomber et décide de profiter du conflit pour étendre toujours un peu plus son emprise. Martineau, la petite PME pour qui les journalistes de Québec en lock-out sont un obstacle de moins à ses rêves de notoriété et de puissances narcissiques.

De l’autre côté, il y a Lise Payette. L’ancienne ministre péquiste a le courage de ses convictions. Lorsqu’elle a été confronté à la même clause de contrat que Martineau, elle a décidé d’agir concrètement: elle a quitté le Journal en signe de solidarité. On dira ce qu’on veut sur la femme et sur ses idées, mais ça c’est du courage. Ça c’est joindre l’action aux paroles.

Ne se le cachons pas: un journaliste de Montréal qui remplace un journaliste de Québec en lock-out sous la protection d’une clause dans un contrat, c’est la même chose qu’une compagnie qui fait venir des briseurs de grève dans des camions escortés par des gardes armés. C’est une insulte pour tous les travailleurs et, dans ce cas-ci, pour les lecteurs de Québec, dépourvus de leur relation de proximité avec leurs journalistes.

Pour une fois, on aura raison à Québec de se plaindre de la montréalisation de l’information. Merci à Quebecor.

Pendant ce temps, l’entreprise a déposé une requête en cour – refusée – pour empêcher les journalistes en lock-out de publier leur propre journal. Quels arguments a-t-on invoqué, je l’ignore. Mais Quebecor a agi comme elle a toujours agi: en petite princesse a qui tout est dû.

Mais est-ce si surprenant, quand on pense que Péladeau lui-même a bâti son empire en écrasant les autres, puis qu’il s’est laissé engraisser par des politiciens vendus au concept du Québec inc. dans les années 80? Quebecor, depuis sa formation, est une entreprise qui cannibalise les autres et qui a grandi en s’abreuvant aux mamelles de l’État. Une telle entreprise peut-elle réellement changer?

Aujourd’hui on a la réponse. Mais que peut-on faire?

Beaucoup.

À une ère de convergence médiatique et de concentration de l’information, il est tout à fait possible d’agir nous-mêmes. Pas besoin d’avoir le courage de Lise Payette. Il suffit simplement de ne plus lire le Journal de Québec, le Journal de Montréal et toutes les publications de Quebecor. De ne plus synthoniser TVA et LCN. De rejeter tout ce qui vient de Quebecor. De dire « non » je ne participe pas à celà. De signifier aux entreprises publiant des annonces dans le Journal de Québec qu’ils perdront des clients. D’écrire à Quebecor pour se plaindre. De contacter son député pour qu’il propose une loi contre la concentration des médias.

De ne plus lire ceux qui, comme Martineau, jouent les briseurs de grève.

Parce que c’est facile de parler, de dénoncer. C’est facile de se plaindre que l’information au Québec est centrée sur Montréal et qu’il y a peu de place pour un point de vue divergent.

Mais qui osera agir?

La chasse est ouverte
25 avril 2007

L’histoire au début ressemblait à un banal fait divers monté en épingle par Quebecor et ses médias. Mais faut croire que puisque TVA est le seul poste qui ne griche pas en région, le fait divers a fini par devenir politique. De quoi je parle? De la libération du violeur Clermont Bégin, considéré comme dangereux et à haut risque de récidive.

De quelle génération êtes-vous? Moi quand j’étais jeune, on me parlait du bonhomme sept heures qui allait venir me manger si je ne rentrais pas assez tôt à la maison. Aujourd’hui, on a le pédophile de service qui joue le même rôle. Mais au fait, cet individu est-il réellement un pédophile?

La pédophilie, c’est du sexe avec des enfants prépubères. Qu’on se comprenne bien: ce type est une foutue ordure et je ne voudrais en aucun cas le voir habiter près de chez moi. Il a violé sauvagement une adolescente de 16 ans et il n’a pas éprouvé le moindre remord. Ceci dit, à cet âge, il me semble qu’on devrait davantage parler d’agression sexuelle que de pédophilie.

Alors, pourquoi l’utilisation de ce mot?

Pour faire PEUR! Un pédophile, ça fait peur. Ça guette les enfants dans les cours d’école, n’attendant que le bon moment pour en prendre un, le violer, ou même le tuer. Et c’est irrationnel: les gens arrivent à comprendre qu’on puisse détester un autre adulte, en venir au coup, et peut-être même au meurtre. Mais comme accepter qu’on s’en prenne à un enfant, si naïf, si étranger à ce monde adulte?

C’est de l’incompréhension, et celle-ci alimente la peur.

Il y a dans nos rues des milliers de criminels. Des gens pas très fréquentables. Des gens qui nous font peur. On ne les voit pas, mais les médias sont là pour nous rappeler qu’ils existent. On sent une augmentation de la violence; on lit dans les journaux tout ce qu’il y a de plus sordide sur le sujet. Et on a peur. Et on cherche un coupable.

Et quand on en trouve un, c’est la chasse qui est ouverte. Que ce soit pour Homolka ou pour Bégin, c’est la même histoire qui recommence. On va interroger des badauds qui disent ne pas en vouloir dans leur quartier. On invite des spécialistes pour parler du risque de récidive. On répète les mêmes conneries du matin au soir sans que rien ne change à rien. On exploite le filon aussi longtemps que possible.

Et on oublie qu’en s’attaquant au criminel lui-même on ne réglera rien. C’est à la société de trouver de meilleurs moyens de réhabilitation. Des programmes plus inventifs, plus performants.

Mais dans le cas de Clermont Bégin, il n’est pas réhabilitable. Oui, oui, c’est TVA qui le dit. Et si TVA le dit, ça doit être vrai.

La vraie question, c’est de savoir ce qu’on fait du criminel quand il a officiellement payé sa dette à la société. Et la réponse en dit parfois plus long sur la personne qui l’affirme que sur le sujet lui-même…

La désinformation de Gesca III
10 mars 2007


Nouvelle tentative de Gesca inc. aujourd’hui de faire déraper la campagne électorale. Voici le titre du texte: Philpot embarrasse de nouveau son chef.

À quoi s’attend-on en lisant un titre pareil? On croit qu’il a dit quelque chose de déplacé suite à la dernière controverse sur le Rwanda made by LaPresse (voir La désinformation de Gesca II). On se dit qu’il en a rajouté, ou encore qu’il a dit quelque chose de controversé encore une fois ces derniers jours.

Mais quand on lit le texte, on se rend compte qu’il s’agit d’une simple phrase tirée d’un livre… publié il y a deux ans! Philpot y écrit que la nomination de Michaëlle Jean comme gouverneure-générale était une manière de légitimer le coup d’État en Haïti, coup d’État auquel le Canada a participé. Bon, ok, c’est légèrement controversé, surtout concernant Michaëlle Jean. Mais on a dit bien pire à son sujet. Et pour le coup d’État, c’est effectivement ce qui s’est produit, selon le très respecté intellectuel Michel Chossudovsky.

Encore une fois, on voit Gesca inc. et son empire s’immiscer dans la campagne électorale et chercher à imposer son agenda politique. Non seulement le fait-elle en mettant en première page des textes qui devraient se retrouver très loin dans le journal, mas elle met au travail ses chroniqueurs et même ses blogueurs dans son entreprise de désinformation.

Quand vous lisez La Presse, Le Soleil, ou que vous visitez Cyberpresse, n’oubliez pas que vous lisez la vision du monde selon Gesca inc., qui appartient à Power Corporation, une entreprise hyper-puissante qui a des intérêts majeurs dans de nombreuses entreprises qui profiteraient de politiques économiques plus à droite, telles que proposées par le PLQ et l’ADQ.

Ne l’oublions jamais: 97% de la presse au Québec est contrôlée soit par Power Corporation, soit par Quebecor.

Et ces deux entreprises ont le même agenda politique: s’enrichir à tout prix.