Le colonialisme continue
4 juillet 2010

« Dès son tout jeune âge, le Québécois apprend, souvent de ses parents mêmes, que sa langue maternelle est une langue déjà seconde, sans avenir, handicapée et même handicapante, et qu’il lui faudra coûte que coûte se mettre à l’anglais s’il veut se tailler une place sous le soleil boréal nord-américain. » C’est ce triste constat que dresse le professeur et chercheur Marc Chevrier à partir du film Les amours imaginaires du réalisateur Xavier Dolan. L’auteur, qui a également déjà publié une étude sur le sur-financement des universités anglophones du Québec, n’y va pas par quatre chemins: la domination séculaire des anglophones sur le Québec a entraîné la déréalisation du français et a permis à l’anglais de devenir, dans les faits, la seule langue normative au Québec.

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Pour appuyer sa thèse, Chevrier analyse des scènes courantes du film de Dolan. Pourquoi ce film? Parce qu’il est candide, qu’il représente librement la société québécoise. Parce qu’on y voit une photographie en temps réel du Québec d’aujourd’hui. Et ce Québec, c’est celui d’une population qui enfile le français comme une seconde paire de bas et qui conçoit déjà le monde qui l’entoure dans une langue étrangère.

Voici quelques-uns des exemples de déréalisation notés par Chevrier:

1- Le vocatif : « Eh Gang ! » (dans le parler adolescent) ou « man », on sollicite l’attention de ses amis par un appel en anglais, plus marquant, plus viscéral que le français. On entend aussi souvent entre hommes : « Eh! Les boys! »; au Québec, la virilité ne parle pas français.

2- L’apostrophe d’étonnement : « Oh boy! », placé en début d’une phrase, pour indiquer l’imprévu, le choc avec le réel, le retour dans la réalité après avoir séjourné en français dans l’idéal ou la naïveté. C’est devenu une interjection courante dont usent animateurs de radio, journalistes et même les universitaires dans leurs communications officielles avec le pouvoir…. Nouvelle expression exclamative à la mode chez les jeunes : « Oh my God!» .

3- Le transfert de plan : comme les « by the way », « anyway » (d’après La Presse, le prochain film de Dolan s’appellera Lawrence anyways), « never mind » qui entrecoupent une phrase pour signifier le changement de plan dans le rapport au réel, pour passer à autre chose, orienter la conversation vers son point central ou la conclure.

4- L’emphase itérative: après avoir dit quelque chose en français, le Québécois redit exactement la même chose en anglais, pour se faire comprendre, insister sur son message et sa bonne réception ; « You know what I mean ? ».

5- L’attache affective, sexuelle ou filiale : comme le fameux « chum » ou le « fuck friend » mieux à même de dire la « chose » que le français ; les jeunes parents Québécois se plaisent maintenant à nommer leurs enfants « kids » : j’ai trois kids. Les prénoms anglais sont aussi monnaie courante, surtout chez les garçons : William (prénom le plus populaire en 2007), Anthony, Jeremy, Dylan, Kevin, Steve….

6- L’expression de la colère ou de la frustration: les gros mots empruntés à l’anglais (fuck, shit) ont souvent plus d’effets que les anciens jurons blasphématoires (tabarnak, chriss) utilisés par les Québécois, en réaction contre l’emprise de l’église catholique.

7- L’expression du plaisir vrai : c’est « l’fun » ou c’est « cool » dit-on pour exprimer le plaisir que l’on trouve dans une occasion ou une activité.

8- L’accord phatique : le Québécois n’emploie pas le français pour exprimer son accord ou signifier qu’il écoute le propos de son interlocuteur. Il dit « o.k. » et plutôt que « d’accord » ou « entendu ».

9- Le renchérissement positif : dans certaines circonstances, souvent après une victoire, l’exaucement d’un souhait, le Québécois dit « Yes ! » ou « Yes Sir ! » en haussant la voix. L’anglais a plus de résonance pour annoncer un triomphe, la joie ou une grande satisfaction.

10- Le superlatif : l’anglais peut exprimer à lui seul le superlatif, comme dans l’expression « être en shape », qui fait plu s convaincant qu’être simplement en forme…

Les expressions peuvent varier dans le temps; quand j’étais jeune, on disait « hey man », mais aujourd’hui le « hey dude » semble avoir la cote. On disait également qu’une situation était « cool », alors que les jeunes d’aujourd’hui parleraient sûrement de « chill ». Les expressions changent, évoluent, mais une tendance demeure: elles sont toujours en anglais.

Pourquoi? Chevrier le dit dans son premier exemple: au Québec, la virilité ne parle pas français. Des siècles de colonialisme ont transformé la langue des Québécois en une sous-langue, qu’on parle en cachette, entre nous, pendant que la langue dominante était associée à la réussite sociale, au pouvoir, à la liberté individuelle. Parler français, d’accord, mais pas question de réellement « vivre » la langue; quand on vit une émotion extrême, quand on manifeste sa joie, quand on partage une franche camaraderie, c’est en anglais que ça se passe. On a intériorisé cette domination et il s’agit peut-être de la pire des violences qu’on a pu nous faire.

Une Loi 101 insuffisante

Le problème fondamental avec cette infériorisation acquise des francophones, c’est qu’elle ne peut se réparer par une seule loi. Personne ne peut contester les bienfaits de la Loi 101; sans la Charte de la langue française, et malgré ses nombreuses modifications qui l’ont affaiblie, il ne fait aucun doute que la situation du français serait pire qu’elle l’est présentement. Ceci dit, à de nombreux niveaux, la Loi 101 n’a fait qu’ajouter une couche de vernis sur du bois pourri depuis l’intérieur. On se donne une apparence française, on affiche en français, on parle français, mais on pense toujours en anglais, on se considère toujours d’une manière anglaise et on demeure résolument déconnecté de nos racines françaises.

Demandez à nos jeunes ce qu’ils savent de leur propre langue, de leur propre culture. Connaissent-ils les grands auteurs français? Ont-ils lu les classiques? Sont-ils seulement en mesure d’écrire correctement, sans faire une faute à tous les trois mots? Poser la question, c’est déjà souffrir de la réponse. Nos jeunes ne savent rien non pas parce qu’ils sont idiots, mais parce que même le système d’éducation a transformé le français en une langue utilitaire, facultative, qu’on peut massacrer à souhait. Ils ne savent pas bien écrire le français parce qu’ils ont compris, intérieurement, que la maîtrise de cette langue n’était pas nécessaire dans leur vie. Ils acceptent intuitivement l’idée que le français ne constitue qu’un voeu pieux qu’on agite au vent comme un drapeau avant de le laisser s’envoler à la moindre bourrasque de vent. Ils se résignent à la perception d’une langue inférieure et l’éducation publique renforce cette démission d’eux-mêmes.

Renforcer la Loi 101 en l’appliquant au cégep est inévitable. C’est une question de vie ou de mort. Ceci dit, il ne s’agit que d’une solution parmi d’autres. Il s’agit peut-être, en fait, de la solution la plus facile et la moins efficace. Un enduit supplémentaire sur la poutre qui nous soutient de plus en plus difficilement.

Ce qu’il faut, la seule façon de réellement protéger le français au Québec, consiste à s’attaquer jusqu’à la source de ce sentiment d’infériorité linguistique qui accable notre population et la rend si sensible aux sirènes d’une langue anglaise qu’elle a appris, intérieurement, à considérer comme la seule langue valable.

Cela passe non seulement par la fin du sur-financement des institutions anglophones – un sur-financement qui lance le message selon lequel l’anglais constituerait une langue supérieure au Québec – mais également par la création, à terme, d’un seul réseau d’éducation publique, entièrement en français (comme cela se fait dans les autres pays) de la maternelle à l’université. Il faut oser s’attaquer aux avantages indus d’une minorité anglophone qui, assis sur le poids de sa domination historique et actuelle, jouit d’écoles, d’hôpitaux et d’institutions sur-financées lui permettant de s’enraciner au sein de notre collectivité et d’angliciser nos jeunes.

Il est impératif, également, d’augmenter la sévérité des cours de français, d’histoire, et d’apprendre aux Québécois qu’ils ont un passé, un présent et un avenir collectifs et que leur langue, loin d’être une béquille devant se superposer à la pureté d’émotions se vivant en anglais, a le droit de s’exprimer partout, sur toutes les tribunes, et de permettre l’expression, en français, de toutes la gamme des sensations humaines.

Finalement, il faut permettre, plus que jamais, aux francophones d’avoir accès aux plus hautes sphères de la société. Ce n’est pas parce que les échanges commerciaux internationaux se passent souvent en anglais (quoi que d’autres langues y sont également présentes) qu’on doit imposer la connaissance de cette langue pour tous les emplois. Des traducteurs existent, et il n’est pas normal qu’un individu qui n’est pas directement en contact avec des personnes d’un pays anglophone (ou utilisant l’anglais dans ses communications) doive parler anglais. La langue commune et nationale, au Québec, est et doit demeurer le français.

Nous sommes en 2010, mais le colonialisme continue. Plus insidieux, mais tout aussi mortel.

Le jour où notre jeunesse exprimera ses plus vives passions en français, nous aurons peut-être gagné le droit de survivre encore quelques siècles. Le jour où nous aurons compris que nous ne serons jamais assez anglicisés pour ceux qui ne désirent que notre disparition, nous aurons peut-être mérité d’assurer notre survie définitive en Amérique du Nord.

En attendant, continuons le combat. Plantons fermement nos doigts dans cette terre d’Amérique et réclamons le droit d’exister.

La honte
14 février 2010

J’aimerais dire que je n’ai pas eu honte. Je souhaiterais écrire ici que cette stupéfiante mascarade d’une cérémonie d’ouverture olympique où on a vomi la feuille d’érable pendant deux heures ne m’a pas donné envie de changer de nationalité et de devenir Chinois, Italien, ou même Australien. Je désirerais vraiment parler positivement de cet invraisemblable amalgame de fausse canadianité tartinée à la sauce néo-folk et qui a pris tout autant de soin de célébrer les racines des autochtones, ces gentils bibelots, qu’elle a ignoré le peuple québécois, sa seule spécificité face aux États-Unis. Comme à toute ouverture des Jeux Olympiques, j’aspirais à un peu d’humanité plutôt qu’à cette pourriture de carte postale défraîchie par le souffle fétide d’une identité qui n’existe pas et n’existera jamais.

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De Pékin à Turin, en passant par Salt Lake City ou Sydney, les Jeux Olympiques se sont toujours donnés une vocation universelle, c’est-à-dire que les organisateurs se doivent avant tout de célébrer le génie humaine dans son ensemble. Les prouesses de la nation hôte ne constituent que le glaçage sur un gâteau déjà bien sucré et savoureux; on veut avant tout célébrer l’humain, non l’organisateur. Celui-ci se doit de demeurer en filigrane, ne se levant pas au milieu du party pour réclamer son apologie et exiger la dévotion des fidèles qui participent à son spectacle.

Or, au Canada, pays de la diversité en autant que celle-ci ne s’appelle pas québécoise et ne parle pas le français, ce n’était pas le genre humain qu’on célébrait, ni même les prouesses canadiennes en tant que représentantes du potentiel de l’humanité, mais le fait canadien en tant que marque enregistrée, symbole de rêve d’une identité imaginaire. Au milieu d’une scène tachée de la feuille d’érable, elle-même entourée de dizaines de ces vestiges végétaux d’un rouge aussi agressant qu’inutile, se pavanaient des musiciens, danseurs et autres rigolos apportant le grand message de paix et de formidable diversité canadiennes aux téléspectateurs ayant la malchance de regarder cette sinistre comédie sans avoir enfin englouti leur désespoir dans l’alcool ou autres remèdes contre cette ignominie.

Oh qu’ils étaient beaux ces milliers de Canadiens à agiter leur torchon vermillon, à croire que, pour un soir, le Canada représentait autre chose que la crapuleuse excroissance cancéreuse d’une américanité n’ayant pas encore réussi à se débarrasser de la culture latine française souillant ses divines terres coast to coast. Oh qu’ils étaient adorables ces athlètes québécois, tout de rouge vêtus, qui trônaient au milieu de la piste comme d’innombrables brimborions venus enrichir le contingent de mercenaires payés pour citer leur larmoyant « I believe » entre une annonce de McDonald de Purolator.

Des médailles, des médailles, des médailles! On veut des médailles! Mais pourquoi? Pour voir des Québécois, ayant grandi ici, parlant notre langue, issus de notre riche culture, s’enrouler dans le drapeau sanguinaire d’un pays génocidaire de sa minorité francophone et gicler de chaudes larmes au son du « Oh Canada, We stand on guard for thee, God keep our land Glorious and free » tout en remerciant son pays comme une quelconque pute remercie son proxénète de lui remettre une infime partie de son dû après une humide nuit de travail. Pour constater que le Canada, sans l’apport d’un Québec qu’il contribue à élimer comme autant de vagues se brisant sur la roche de notre identité, ne représente rien, n’a rien à offrir, ne constitue qu’une supercherie sportive sur-financée temporairement pour espérer offrir au monde autre chose que le triste spectacle de l’agonie d’un pays dont la contribution à l’humanité se résume à un ou deux alinéas dans des documents que les puissants de ce monde lisent sur le trône.

Ne me faites pas pleurer avec votre bilinguisme à la noix. Ces olympiques sont une fumisterie qui consume l’intelligence et qui nous rappellent à tous, aujourd’hui plus que jamais, que ce pays n’est pas le nôtre, que ces athlètes qui se masturbent dans l’unifolié ne méritent pas notre respect et que cette misérable organisation méprisant notre langue et ignorant notre présence ne devrait même pas être habileté à nettoyer les dalles de la plus cochonne des morgues.

La honte, aujourd’hui, ce n’est plus tant d’être un Canadien, mais bel et bien d’être Québécois, d’avoir dit NON deux fois et de subir cette infâme putréfaction qui nous enfouit le dogme multiculturaliste-nous-sommes-tous-Canadiens-même-si-nous-ne-partageons-aucune-valeur-ou-culture-ou-langue comme autant de poignées d’insectes puants jusqu’au fond de nos gorges, et qui, malgré l’odeur et la déglutition vomitoire qui nous assaillent, nous incite à célébrer cette pathétique exhibition ostentatoire comme une marque de la grandeur de notre résilience face à une nation qui ne désire que notre disparition.

Ma ville n’est plus hockey
8 novembre 2009

« As-tu vu la game hier? » Quelle game, que je réponds parfois. De quelle partie parles-tu, des Canadiens de Montréal, de hockey, de ces pousseux de caoutchouc venant de l’autre bout du monde et qui jouent contre d’autres pousseux de caoutchouc? « Ah bon, t’aimes pas le hockey », me réplique-t-on. Oh que non. C’est précisément parce que j’ai beaucoup aimé et que j’aime toujours le hockey que je ne m’émoustille plus devant les pérégrinations de cette bande de mercenaires.

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J’ai grandi avec le hockey. J’avais trois ans et on écoutait, en famille, le traditionnel rendez-vous du jour de l’an entre le Canadien et les Nordiques. J’étais déjà impressionné par les montées à l’emporte-pièce de Guy Lafleur, la chevelure au vent. Et au fil des ans, j’ai appris le nom de ces autres héros qui me faisaient tant vibrer. Au milieu des années 80: Guy Carbonneau, Stéphane Richer, Patrick Roy, Claude Lemieux. Au début des années 90: Patrice Brisebois, Benoît Brunet, Vincent Damphousse, Éric Desjardins, Denis Savard. Le soir, j’écoutais la fin des matchs dans mon lit à la radio, et, plus tard, je me faufilais subrepticement jusqu’au téléviseur du sous-sol, prêt à revenir au lit en vitesse au moindre bruit suspect. J’ai grandi avec le hockey. J’aime le hockey.

Pourtant, objectivement, ce ne sont que des hommes qui poussent sur une rondelle de caoutchouc avec des bâtons de bois. Les femmes, pour la plupart, l’ont compris; elles ont saisi la stupidité apparente de cette activité. Mais ce qu’elles ne comprennent pas toujours, c’est que le véritable jeu, la vraie game se situe à un autre niveau. Le sport d’équipe ne possède aucune autre fonction que de créer un sentiment de fierté collective, une union permettant de rapprocher les membres d’une même communauté autour de ses héros. C’est un succédané de violence; au lieu de sortir dans la rue et de se taper sur la gueule, les nôtres affrontent les autres sur la patinoire. Il s’agit de quelque chose d’extrêmement sain.

Or, que se passe-t-il lorsqu’on n’arrive plus à s’identifier à ceux qu’on aimerait nous présenter comme les nôtres? On se désaffilie, on se cherche d’autres objets de fierté. C’est ce que je fais: je ne ressens aucun sentiment d’appartenance à voir des Russes d’ici se battre contre d’autres Russes de là-bas. C’est plutôt un sentiment de tristesse, voire de honte, de constater que ce qui fut un grand club de hockey représentant les « habitants », figure traditionnel du Canadien-français, contre les « Anglais », est devenu un club d’ailleurs. Physiquement ici, au centre Bell, sur l’avenue des Canadiens-de-Montréal, mais aucunement enraciné dans notre communauté. Il s’agit d’une plante robuste qui peut donner ses fruits, mais c’est d’un végétal étranger, simplement enraciné dans un pot qu’on a posé ici, presque par hasard. Ses racines ne toucheront jamais la terre.

On me dit qu’il faut « évoluer », que le hockey s’internationalise, que le talent québécois s’en trouve dilué. On me regarde presque comme une relique du passé parce que je considère que le sport devrait toujours permettre de s’identifier à des vedettes ayant vécu ici, grandi ici, qui savent ce que représente cet uniforme. On me juge négativement parce que je crois toujours que le hockey, cette guerre par procuration, devrait continuer de permettre l’exaltation des passions collectives et leur saine canalisation dans une activité non dangereuse socialement.

Le livre de Bob Sirois parle de racisme anti-québécois. À mon avis, le problème est plus profond que cela: les dirigeants du Canadien de Montréal ne comprennent rien au hockey. Bien sûr, ils regardent les statistiques, les chiffres, les buts, les passes, les mises en échec, les revirements, les plus et les moins, les moyennes d’efficacité aux mises en jeu, le nombre de lancers, alouette. Mais ils oublient l’essentiel: l’émotion. Cette émotion qui peut se substituer au talent et transformer un joueur moyen en Dieu de l’aréna, lorsqu’il se considère comme le prolongement des espoirs refoulés de tout un peuple et où, acclamé comme un héros, il se défonce à chaque présence sur la patinoire.

Cette émotion n’existe plus. Les joueurs de hockey sont devenus des mercenaires, et on joue avec le vieux sentiment d’appartenance à une tradition qui n’existe plus pour vendre des billets hors-de-prix permettant d’aller voir des étrangers pousser du plastique contre d’autres étrangers. La fierté, la ville, Montréal, vous dites? Mais quelle fierté? En quoi ces joueurs représentent-ils Montréal? On pourrait déménager l’équipe à Rio de Janeiro, qu’est-ce que cela changerait? Ce seraient les mêmes mercenaire poussant la même rondelle et se battant contre les mêmes autres mercenaires.

Et le petit peuple, celui qui aimerait vivre par procuration toutes sortes de guerre épiques, que lui reste-t-il, sinon l’oubli devant suivre chaque saison et les nouvelles racines à créer après chaque été? Quel sentiment d’appartenance? Quel identité?

Rien. Que du vide. On lui demande de cracher quelques billets bruns, on lui vend la bière à neuf dollars et on exige qu’il s’assoit en silence et observe, penaud, le triste spectacle d’une glorieuse épopée transformée en gigantesque combat de nouilles dans un bol de Dinner Kraft. Le passé est mort; mais tant que 21 273 Chrétiens seront présents à chaque joute, la supercherie d’une « tradition glorieuse » se perpétuera.

Non, ma ville n’est plus hockey. Sauf peut-être les samedis après-midi de janvier, quand des milliers de jeunes jouent dans les parcs pour le plaisir et s’imaginent en quelque vedette d’ici participant à une quelconque odyssée homérique. Cette image, ces jeunes aux joues rouges, éblouis par le soleil et luttant contre les engelures, au moins, on ne l’a pas encore récupérée.

Pour le moment.

Les anglophones sont-ils Québécois?
6 novembre 2009

Plusieurs personnes m’ont récemment accusé d’utiliser interchangeablement les mots « Québécois » et « francophones » pour parler du problème linguistique montréalais. Les anglophones aussi sont Québécois, m’affirme-t-on. Les immigrants sont tout autant Québécois que moi le jour où ils mettent les pieds ici, ajoute-t-on. Quiconque vit sur le territoire du Québec est Québécois, m’assène-t-on dans une ultime rebuffade dont on espère qu’elle me gardera définitivement coi.

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Pourtant, je maintiens mon désaccord: le fait d’être Québécois – c’est-à-dire d’appartenir au peuple du Québec – dépasse largement le fait d’habiter sur le territoire du Québec. Appartenir à un peuple, c’est aussi partager ses valeurs, ses convictions, sa langue. Contrairement à ce qu’en pensent certains, il n’y a pas davantage de « franco-Québécois » dans l’identité québécoise que de « franco-Français » dans la française ou « d’anglo-anglaise » dans la britannique: l’identité d’un peuple forme un tout dont la langue en est le ciment. Jacques Attali en parlait, mardi, d’une manière très doctorale sur son blogue:

Six éléments caractérisent l’identité d’un peuple, quel qu’il soit : un territoire, une langue, une culture, des valeurs, une histoire, un destin commun. Aucun de ces éléments n’est stable. Tous évoluent avec le temps. La France fut chrétienne ; elle est laïque. La France fut monarchiste ; elle est républicaine. Et aujourd’hui, toutes ces dimensions sont remises en cause par le mouvement du monde : l’effacement des frontières, en particulier en Europe, remettant en cause l’idée même d’un territoire identitaire ; le nomadisme croissant des Français comme des étrangers ; la présence croissante, sur le territoire national, d’autres langues, d’autres cultures, d’autres façons de vivre ; l’universalisation des valeurs, autour des droits de l’homme et de liberté individuelle, qui en fait disparaitre le caractère national; et, enfin, dans l’individualisme ambiant, l’incertitude quant à l’existence d’un destin commun.

De tout cela il résulte que, à terme, la seule chose qui définira durablement l’identité d’une nation, c’est sa langue, et la culture, la façon de penser le monde, qu’elle implique. La langue française conduit à penser, à écrire, à vivre, de façon claire, simple, directe, précise, logique, binaire. Elle trouve sa source dans l’harmonie des paysages et conduit à une symétrie des mots, à un équilibre des concepts, qu’on trouve déjà dans les textes des inventeurs de cette langue, de Rachi de Troyes à Blaise Pascal, de Chrétien de Troyes à Montaigne, de Marcel Proust à Léopold Senghor.

Évidemment, M. Attali parle pour la France, mais son discours s’applique à merveille au Québec.

En somme, la territorialité ne constitue qu’un aspect parmi d’autres de l’appartenance identitaire. Et avec la mondialisation actuelle, cet aspect devient de moins en moins important. Il suffit pour s’en convaincre d’interroger de nombreux immigrants qui, même plusieurs années après être arrivés ici, continuent de se réclamer de leur patrie d’origine. Et cela se comprend: ils n’ont jamais eu à apprendre notre langue et ils ont accès, grâce à Internet et à la télévision satellitaire, à tous les médias de leur pays natal. Sont-ils Québécois ces personnes qui ne parlent pas notre langue et s’identifient principalement à un pays de l’autre bout du monde?

En fait, toute la conception actuelle de ce qu’est un Québécois est dépassée. S’acharner à présenter le Québécois comme un « habitant du territoire du Québec » constitue une vision vieillotte et désuète de la réalité. Aujourd’hui, en 2009, la nationalité et l’identité dépassent largement le cadre territorial. Les identités sont devenues multiples, interchangeantes; le territoire physique, qui forçait autrefois l’intégration d’immigrants coupés de leurs racines, ne suffit plus à intégrer adéquatement les nouveaux arrivants et à leur permettre de réellement faire partie de notre communauté.

Voilà pourquoi la proposition de Jacques Attali est intéressante: la langue doit devenir le principal ciment de l’identité nationale. Car une langue, comme il le dit lui-même, permet de concevoir le monde. C’est bien autre chose qu’un outil de communication interchangeable; parler français, c’est avoir une certaine conception de la vie et des choses que ne permet pas n’importe quelle langue étrangère. Il s’agit d’une spécificité unificatrice permettant d’intégrer puis de donner une vision commune de notre futur à quiconque a la volonté de se joindre à nous. Imposer le français aux immigrants, c’est leur donner le goût de se joindre au « nous », c’est les inclure à ce « nous » qui, bien avant son temps, a compris que la véritable indépendance ne passe pas nécessairement par des frontières physiques, mais par la capacité à maintenir une culture et une langue vivantes.

Alors non, je ne crois pas que l’identité nationale doit être déterminée par le lieu de résidence géographique. Tu vis à l’est de la rivière des Outaouais et tu te réclames du peuple québécois, et 500 mètres à l’ouest, du peuple canadien? Non. Être Québécois, dans un contexte de mondialisation, c’est autre chose. C’est d’abord se concevoir comme tel, parler français, partager des valeurs québécoises et avoir une vision d’un futur pour sa collectivité en tant que Québécois.

Qu’on cesse donc un peu de me rabâcher les oreilles avec le fait qu’une personne refusant notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire serait tout aussi québécoise que moi parce qu’elle vit sur le même territoire que moi. Nous avons le devoir d’accueillir les autres et de les inclure dans notre destin commun, mais ceux-ci ont aussi le droit d’accepter ou de refuser, chose qui était moins évidente autrefois. Et s’ils refusent, s’ils décident de rejeter notre langue, notre culture, nos valeurs et notre histoire, pourquoi les considérerait-on comme faisant partie de notre propre identité?

De la même manière: si j’invite quelqu’un dans ma maison et qu’il décline de respecter mes plus simples demandes, qu’il cochonne mon tapis avec ses bottes pleines de boue, qu’il insulte ma femme, qu’il lance sa nourriture sur les murs, devrais-je accepter pour autant sa présence? Cette maison, c’est notre conception identitaire du Québec, une vision non-géographique de celui-ci. Et si quelqu’un ne peut respecter nos plus simples valeurs, nos désirs les plus primaires de survie identitaire, nos demandes les plus fondamentales de respect de ce que nous sommes, pourquoi devrait-on le considérer comme un des nôtres?

Être ouvert sur la diversité, la réelle pluralité du monde, c’est aussi se donner les moyens de protéger ses peuples et leurs spécificités. À chaque fois où nous nous donnons des outils assurant la survie des valeurs qui nous sont chères, à chaque fois où nous défendons le français comme principal vecteur de notre identité, à chaque fois où nous nous battons contre l’anglicisation de notre métropole, nous contribuons à enrichir l’humanité de notre présence et à construire un monde multiple où coexistent une ribambelle de cultures différentes.

Le jour où le Québec sera devenu bilingue d’abord, puis anglophone ensuite, sous le poids d’une soi-disant ouverture où nous accueillons dans notre identité des gens qui méprisent les valeurs qui nous définissent, sera le jour où un pan entier de la multiplicité humaine aura disparu. Ceux qui habitent ici mais refusent d’apprendre notre langue sont peut-être Québécois au niveau de la loi, mais ils ne font certainement pas partie du peuple québécois.

« Quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule. » – Pierre Bourgault

Le vote ethnique en statistiques
3 novembre 2009

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que les anglophones et les allophones montréalais ont voté d’une manière ethnique le 1er novembre, ce n’étaient pas des mots en l’air. On peut presque faire un copier-coller des arrondissements et districts largement anglicisés et les superposer aux résultats pour Union Montréal (UM).

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Regardez le tableau ci-dessous:Ce tableau est basé sur des résultats qui sont parfois fragmentaires, mais plus de 85% des votes ont été compilés dans chaque district (et souvent il ne manquait qu’une boîte de scrutin ou deux), ce qui signifie que ces chiffres sont extrêmement près des résultats finaux. Le pourcentage ded non-francophones a été normalisé en fonction des réponses multiples, basées sur le recensement de 2006 et tenant compte de la langue utilisée à la maison. La même méthode qu’ici a été utilisée.

Arrondissements Districts électoraux % non-francophones % Union Montréal %Vision Montréal %Projet Montréal
Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville 38.1% 33.0% 32.0% 35.0%
Sault-au-Récollet 26.2% 24.4% 32.0% 31.3%
Saint-Sulpice 39.1% 35.6% 35.2% 29.3%
Ahuntsic 26.2% 32.8% 32.9% 34.3%
Bordeaux-Cartierville 57.9% 37.7% 32.0% 25.3%
Arrondissement d’Anjou 22.0% 55.4% 29.4% 15.2%
22.0% 51.4% 31.6% 17.1%
Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce 69.4% 52.2% 17.1% 26.0%
Darlington 74.9% 43.5% 14.8% 21.6%
Côte-des-Neiges 42.3% 42.0% 22.0% 33.7%
Snowdon 77.5% 59.8% 15.7% 17.8%
Notre-Dame-de-Grâce 63.6% 32.3% 22.0% 41.8%
Loyola 83.2% 33.5% 7.4% 19.6%
Arrondissement de Lachine 36.7% 63.3% 19.0% 17.7%
36.7% 57.9% 19.2% 22.9%
Arrondissement de LaSalle 57.4% 49.2% 26.9% 11.3%
Sault-Saint-Louis 49.5% 48.3% 24.5% 12.1%
Cecil-P.-Newman 64.3% 45.8% 23.9% 13.0%
Arrondissement de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève 38.6% 55.9% 22.7% 18.0%
Arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve 13.5% 22.3% 52.4% 25.3%
Tétreaultville 11.3% 23.4% 45.6% 31.0%
Maisonneuve–Longue-Pointe 10.2% 20.1% 53.6% 26.3%
Hochelaga 10.2% 12.9% 57.3% 29.8%
Louis-Riel 24.1% 31.0% 39.8% 25.7%
Arrondissement de Montréal-Nord 31.1% 40.3% 26.0% 14.4%
Marie-Clarac 29.0% 37.8% 31.2% 16.1%
Ovide-Clermont 31.5% 49.3% 26.4% 11.9%
Arrondissement d’Outremont 32.0% 45.9% 30.0% 24.1%
Arrondissement de Pierrefonds-Roxboro 65.4% 53.2% 13.2% 33.6%
Est 62.9% 49.8% 23.7% 26.6%
Ouest 68.5% 54.2% 13.6% 32.2%
Arrondissement du Plateau-Mont-Royal 28.9% 25.8% 27.2% 44.7%
Mile-End 36.6% 21.0% 28.5% 47.5%
DeLorimier 10.2% 12.8% 35.8% 49.5%
Jeanne-Mance 40.7% 22.0% 29.4% 39.9%
Arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles 26.2% 40.7% 36.5% 19.9%
La Pointe-aux-Prairies 23.0% 35.6% 40.6% 23.8%
Pointe-aux-Trembles 5.1% 25.5% 50.1% 21.5%
Rivière-des-Prairies 51.7% 59.6% 23.0% 17.4%
Arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie 26.2% 31.7% 35.6% 32.7%
Saint-Édouard 19.9% 19.7% 30.9% 46.7%
Étienne-Desmarteaux 13.3% 22.7% 37.8% 39.5%
Vieux-Rosemont 13.5% 23.6% 42.4% 34.0%
Marie-Victorin 23.0% 31.5% 45.2% 23.4%
Arrondissement de Saint-Laurent 64.7% 72.9% 13.4% 13.7%
Côte-de-Liesse 64.3% 67.9% 16.4% 15.8%
Norman-McLaren 65.1% 57.3% 20.2% 16.8%
Arrondissement de Saint-Léonard 57.2% 69.6% 11.4% 7.5%
Saint-Léonard-Est 56.1% 63.5% 14.6% 12.2%
Saint-Léonard-Ouest 58.3% 66.7% 13.6% 7.9%
Arrondissement du Sud-Ouest 36.6% 28.2% 28.3% 19.2%
Saint-Henri–Petite-Bourgogne–Pointe-Saint-Charles 42.8% 28.44% 30.2% 28.3%
Saint-Paul–Émard 30.0% 38.2% 37.6% 24.2%
Arrondissement de Verdun 33.1% 40.1% 31.7% 22.2%
Champlain–L’Île-des-Soeurs 33.1% 36.6% 35.1% 22.9%
Desmarchais-Crawford 33.7% 38.6% 30.4% 23.5%
Arrondissement de Ville-Marie Peter-McGill 76.9% 38.4% 12.2% 13.8%
Sainte-Marie 16.4% 20.4% 0.0% 64.3%
Saint-Jacques 31.4% 26.0% 40.7% 29.9%
Arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension 47.6% 31.7% 39.9% 24.2%
Saint-Michel 48.2% 43.4% 37.1% 13.4%
François-Perrault 41.2% 36.3% 32.2% 28.0%
Villeray 21.0% 17.3% 26.7% 54.2%
Parc-Extension 80.6% 50.6% 23.4% 13.2%

On le constate, sur les 27 conseillers de villes ayant été élus dans des districts où plus de 40% de la population ne parle pas le français à la maison, 23 portaient les couleurs d’Union Montréal, contre seulement deux pour Vision Montréal (VM) et Projet Montréal (PM). Le vote non-francophone fut donc tout à fait prévisible et monolithique; qu’importe les scandales et la corruption, les non-francophones ont voté pour Gérald Tremblay.

En fait, si on applique une corrélation linéaire en comparant les données totales du pourcentage d’anglophones dans chaque district et du niveau total de vote pour Vision Montréal, on obtient un résultat de -0.71. À 1, la corrélation est totale, à 0 elle est nulle, à -1 elle est entièrement inversée; au-dessus de 0.70, elle est très forte. Statistiquement, la corrélation entre la non-francité des électeurs et le vote pour Vision Montréal indique donc que le fait d’être allophone ou anglophone constitue un facteur déterminant incitant à ne pas voter Vision Montréal. Ou, autrement dit, que le vote de ces individus en fut un basé sur leur appartenance linguistique ou ethnique. Bref, un vote à la limite du racisme.

À l’opposé, les Québécois ont voté d’une manière très ouverte et diversifiée. Dans les seize districts comportant moins de 25% de non-francophones, ils ont élu deux conseillers de Union Montréal, six de Projet Montréal et huit de Vision Montréal (une de ces victoires de PM fut dans le district où Labonté s’est retiré). Il n’y a absolument aucune corrélation significative entre le fait d’être francophone et d’avoir voté pour un parti ou un autre.

Par ailleurs, en compilant ces données, j’ai découvert une injustice quant au pouvoir politique des francophones dans la ville actuelle. Considérant qu’il y a 1 100 206 électeurs inscrits sur la liste électorale et qui doivent voter pour 64 conseillers de ville, cela donne une moyenne de 17 191 électeurs par conseiller. Bref, chaque conseiller représente une moyenne d’un peu plus de 17 000 citoyens.

Or, les arrondissement à large majorité francophone sont désavantagés. Dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, chaque conseiller de ville représente 19 249 citoyens, dans Rivière-des-Prairies et Pointe-aux-Trembles, 19 398, et dans Rosemont-La-Petite-Patrie, 19 360 électeurs. À l’opposé, des arrondissements à plus forte population non-francophone ont moins de citoyens par conseiller: 16 906 pour Ahuntsic-Cartierville, 15 905 pour Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, 13 150 pour l’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, 15 151 pour Pierrefonds-Roxboro. Concrètement, le vote d’un Québécois dans un arrondissement où les francophones sont plus nombreux vaut moins que celui d’un anglophone ou d’un allophone dans un autre arrondissement. Le résultat électoral n’aurait pas été dramatiquement différent sans cette injustice, mais il serait intéressant de la noter pour l’avenir.

La honte la plus totale

Aujourd’hui, à cause du vote monolithique d’une minorité souvent imperméable aux efforts de francisation et d’un système politique défavorisant la représentation des arrondissements à forte majorité québécoise, nous nous retrouvons avec Gérald Tremblay à la tête de la ville. Nous sommes la risée du monde entier parce que nous avons failli à la tâche de nous unir et de prendre en considération, nous aussi, les enjeux linguistiques et identitaires sous-jacents. Nous avons cru que nous pouvions évacuer du débat ce qui crève pourtant les yeux de n’importe quel touriste débarquant au centre-ville: la profonde division linguistique de cette ville et le malaise identitaire durable qui y perdure, engendrant d’innombrables petites guerre larvées pour un oui ou un non.

Cette élection de Gérald Tremblay constitue peut-être un véritable cadeau du ciel. C’est l’occasion inespérée pour les Québécois de réaliser qu’ils feraient mieux de se regrouper politiquement dans un parti ne se contentant pas de parler de tramways et de rues piétonnes, mais qui les représente identitairement. Un parti qui serait capable de se concevoir autrement que comme un fourre-tout multiculturel où les Québécois ne constitueraient qu’une ethnie comme une autre. Un parti qui s’assumerait comme francophone et dont le chef n’aurait pas à s’excuser d’exister à toutes les deux phrases comme une Louise Harel pathétique qui adressait ses remerciements en anglais à la suite de sa défaite. Un parti qui considérerait Montréal comme le prolongement de l’identité québécois plutôt que comme une excroissance mondialisée où tout ce qui nous représente doit être éradiqué sur l’autel de la sacro-sainte liberté de minorités refusant de partager nos valeurs.

Si c’était à refaire, vous croyez que Louise Harel militerait pour les fusions municipales, maintenant que la seule grande ville francophone d’Amérique du Nord est passée sous contrôle anglophone? Ceux-ci nous donnent une leçon. Ils ont pris l’Hôtel de ville simplement parce qu’ils ont osé voter pour ce qu’ils sont dans un système municipal les favorisant.

À quand notre tour? Faudra-t-il attendre que le français disparaisse complètement avant de réagir et de porter au pouvoir un maire nous rendant fier d’être à la fois Montréalais et Québécois?

Le moulin des divisions
13 septembre 2009

Bien beau le Moulin à Paroles, mais à quand le Moulin à Actes? Voilà la question que pose très directement Stéphane Laporte, dans un de ses meilleurs textes des derniers mois. À quoi bon lire des vieux textes pendant vingt-quatre heures si aucune personnalité, aucun parti ne semble en mesure de rassembler la population derrière eux pour enfin réaliser notre indépendance? Le problème, c’est que même les indépendantistes sont déstabilisés par la nouveauté d’une situation où l’ennemi n’est plus fédéraliste ou anglophone, mais plutôt ce Québécois désintéressé par tout enjeu national. Il devient de plus en plus difficile de rallier deux parties de la population ne semblant plus parler la même langue. Le Québec est divisé.

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D’un côté, et au risque de paraître taper sur le même clou, une nouvelle génération globale, « post-nationale » et se réclamant d’identités multiples est née. Elle ne s’identifie même plus au Canada, pas plus qu’au Québec autrement que par quelques spécificités dont la principale est l’appartenance géographique. Pour elle, la conception de la liberté tient davantage au droit de faire « ce qu’on veut » plutôt qu’à quoi que ce soit d’autre. La langue? Un enjeu comme un autre, tout comme l’environnement ou les droits sociaux. On arrive dans la vie devant un buffet dont on peut choisir les valeurs de son choix, à la carte. L’individualisme à la puissance mille.

De l’autre, une partie de la population pour qui le fait d’être Québécois signifie encore quelque chose. On ne choisit pas d’être Québécois comme on désire faire partie du mouvement punk ou rock, mais on EST Québécois, c’est-à-dire qu’on considère son existence non pas comme une fin en soi, mais comme étant le prolongement et l’embryon de quelque chose d’autre. La liberté, c’est avant tout la liberté collective, c’est-à-dire ce sentiment d’avoir réussi à atteindre les idéaux de ses ancêtres et de pouvoir offrir à ses enfants un monde représentant ses propres valeurs. L’identité peut être multiple, mais jamais le sentiment d’être Québécois ne sera remis en question par une autre facette de celle-ci. Individualisme, en partie, mais surtout conscience de ses racines et compréhension de leur importance pour la suite du monde.

Incompréhension.

Auparavant, on pouvait avoir des identités diverses, mais celles-ci se faisaient rapidement absorber par la masse. On pouvait adorer les vêtements gothiques, par exemple, seul dans son sous-sol. Mais ça s’arrêtait là, le plus souvent. Le reste du temps, on était Québécois. On vivait avec ses semblables, on partageait leur destin. On était peut-être original, mais on restait connecté avec son prochain, son voisin, un Québécois comme soi.

Aujourd’hui, par contre, on peut développer un fort sentiment d’appartenance avec des communautés virtuelles d’un bout à l’autre de la planète. La personne aimant les vêtements gothiques, par exemple, n’a plus à « subir » la pression externe de ses pairs « réels ». Elle peut s’enfermer dans une communauté en ligne la mettant en contact avec des dizaines de milliers de personnes partageant les mêmes passions. Du coup, elle s’isole un peu plus de son voisin et développe une identité où elle se considère de moins en moins comme Québécoise dans le sens de « peuple québécois », mais comme une simple habitante de la province géographique du Québec se sentant plus près d’individus de l’autre bout du monde que du vieux monsieur l’autre côté de la rue.

Dans ce contexte, comment parler d’indépendance? Les nouveaux « post-nationaux » ne se sentent même plus interpelés par ce qui concerne la nation (un concept étrange pour ceux qui passent plus de temps virtuellement avec des étrangers qu’avec leurs propres voisins). Les nationalistes, pour ceux-ci, sont des arriérés parlant de notions vieillottes, dépassées. Des reliques n’ayant pas encore joint l’orgie des identités multiples célébrant l’individualisme et s’attachant à un passé archaïque débilitant. Et le fait que plusieurs indépendantistes ciblent leur discours contre les « fédéralistes » – qui aujourd’hui en bas de 50 ans se réclame fièrement du Canada? – ne fait que renforcer cette idée d’une réalité dépassée.

La communication ne passe pas.

La seule issue pour le mouvement souverainiste

Or, la vraie cible des indépendantistes ne doit pas être les fédéralistes, mais bien ces individualistes finis, blasés, considérant toute manifestation d’une fierté vis-à-vis de quelque chose de plus grand que soi comme étant suspecte. Ce ne sont pas les vieilles anglaises de Westmount, cet anachronisme attendrissant pour citer Émilie Dubreuil, qu’il faut changer; ce sont les autres, ceux qui s’en foutent parce qu’ils croient que leur petit nombril est plus important que la protection de la diversité culturelle ou la persistance d’une nation francophone en Amérique du Nord. Ce sont ceux-là, les véritables ennemis.

Le Moulin à Paroles ne réussira jamais à changer les mentalités s’il n’est pas accompagné d’actes. Et ces actions, elles ne doivent pas constituer simplement à se promener dans la rue avec un drapeau ou à voter PQ, PI ou QS aux élections. Le vrai enjeu, désormais, est de convaincre chacun qu’il y a une vie au-delà des libertés individuelles et que le pays à naître, la langue à protéger, sont des enjeux autrement plus importants que toutes les banalités quotidiennes affectant chacun de nous.

On peut être Noir, Blanc, Jaune, Hétérosexuel, Homosexuel, Bisexuel, Hermaphrodite, Fétichiste, Gothique, Punk, Rap, Rock, Soul, Jazz, Emo, Musicien, Dentiste, Architecte, Designer, Peintre, Sculpteur, Chômeur, Informaticien, Laveur de vitres, Tombeur de ses dames du vendredi soir, Vendeur de minounes usagées, Boxeur, Handicapé, Cancéreux, Sidatique, et se sentir tout de même Québécois, fier de ses origines et souhaitant la persistance de ses valeurs pour sa descendance.

Car la réalité, ce n’est pas seulement ce qu’on fait dans la vie et ce qui se terminera à notre mort, mais comment la vie se sert de nous pour nous permettre de contribuer à faire de nous, des humains dans toute leur diversité, des êtres immortels.  Quand on se bat pour quelque chose de plus grand que sa propre vie, comme l’émancipation de ceux qui partagent la même histoire et les mêmes valeurs, on se projette dans le futur et on contribue à faire avancer la race humaine.

N’est-ce pas là la véritable leçon qu’il conviendrait de donner aux « post-nationaux » dans un futur Moulin à Actes?

À moins, évidemment, que leurs valeurs ne soient déjà trop éloignées des nôtres et que tout ce qui pourrait en découler ne serait que du vent…

Les « maudits Français »
20 juillet 2009

Je dinais avec des Français, dans une maison cossue d’Outremont où le soleil peinait à s’introduire dans une pièce tarabiscotée mais ô combien chaleureuse. La famille à Gaby. Des Français, des vrais, en voyage et tout. Charlevoix, les baleines, Québec, et tous les autres attrape-touristes. Un sac sur l’épaule, et hop toute la famille s’en vient faire son tour en Canada. « Et si on allait voir les séquoias géants? Ah, trop loin, dites donc… Parlons politique alors. »

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Et nous avons parlé politique. Et nous avons discuté des « maudits Français », qui sont en fait simplement des humains ayant la particularité de parler un français international et doté d’une éducation le moindrement de qualité. Et savez-vous quoi, je les aime les « maudits Français ». Ils me remettent en question, ils bousculent mes principes, ils s’intéressent à tout. Ils ont une opinion sur tout, peut-être, mais ils ne craignent pas les débats.

Ici, c’est tout le contraire. On ne veut pas de chicane. « Pas de politique ou de religion au souper! » m’a-t-on souvent répété. Le problème, c’est que le souper constitue le seul moment où on se parle. Alors, sous prétexte de ne choquer personne, on se retrouve avec un peuple sous-éduqué, incapable de s’exprimer avec des arguments convaincants et craignant une joute verbale comme un ivrogne le fond de sa bouteille.

« Tu sais, Louis, quelque chose m’a marqué. Ici, les Québécois ne nous aiment pas, mais en France nous vous adorons. Pourquoi? » Simple, que je lui ai dit. Nous sommes pittoresques. Nous sommes comme un enfant-loup abandonné dans les bois pendant une décennie et dont on admire la spontanéité et la candeur lorsqu’il en arrive à ses premiers balbutiements. Nous sommes drôles, nous sommes sympas. Mais Dieu que nous sommes idiots. À quinze ans, la plupart des Français en savent davantage sur la politique et le monde que la plupart d’entre nous à trente ans. Alors on nous aime bien, on rigole avec nous, et on nous traite de la même façon que si nous étions un peu attardés mais rigolo. « Il est sympa le Québécois… Allez, lance-lui une banane! » Et nous, nous méprisons ces Français éduqués qui nous rappellent notre ignorance.

Des « maudits Français », j’en veux des dizaines, des milliers au Québec. Dans une société tellement amorphe qu’il est possible de perdre 40 milliards $ à la Caisse de dépôt sans que personne ne descende dans la rue et où on abdique rapidement suite à un référendum perdu avec moins de 1% d’écart et nageant dans les irrégularités, je veux un bataillon complet de « maudits Français » éduqués, chiant et qui se battront jusqu’à la mort pour une putain de virgule. J’en veux un commando pour animer mes soupers, pour donner des coups de pied dans la ruche gluante du miel de notre indifférence, pour nous secouer les puces et nous forcer à enfin nous respecter suffisamment pour prendre en main notre destin.

Je veux accueillir ces « maudits Français » jusqu’au jour où ils seront tellement nombreux que nous aurons appris d’eux, que nous oserons nous respecter nous-même et ne pas avoir peur d’affirmer nos idées sous prétexte de choquer ou de se ridiculiser.

Et ce jour, il n’y aura plus jamais de « maudits Français », mais simplement des Québécois en maudit qui ont décidé que l’éducation, la politique et les enjeux sociaux ne sont pas l’avatar d’une élite pédante et hautaine, mais la simple base naturelle sur laquelle toute forme de pensée et de réflexion se construit.

Ce bilinguisme qui empêche l’intégration des immigrants
8 novembre 2008

Immigrants

Il y a de ces mystérieux hasards dont on aimerait parfois comprendre le sens. Je réfléchissais à la meilleure façon de (re)parler de ces Afghans qui possèdent la fruiterie près de chez moi et de mes quelques visites à leur domicile ces derniers jours. Je cherchai donc le premier texte que j’avais écrit à leur sujet et je fus littéralement stupéfait de constater que le dit texte a été écrit il y a précisément un an, jour pour jour. Comme si le rythme des saisons offrait l’opportunité des questionnements et des bilans.

Alors oui, je connais un Afghan. En fait, je devrais être honnête: je connais des Québécois d’origine afghane, car ceux-ci sont parfaitement intégrés. Oh, certes, quand je suis allé jeter un coup d’oeil à un problème informatique chez eux j’ai appris qu’ils avaient un satellite pour regarder des programmes afghans, mais c’est une bien agréable et jolie jeune fille d’une quinzaine d’années qui me l’a expliqué, et dans un français qui ferait rougir bien des Québécois « de souche » si seulement ces derniers pouvaient avoir la conscience culturelle pour avoir honte de la piètre qualité de leur langue.

Ces gens, mes amis afghans, représentent l’apothéose de l’intégration à la culture québécoise. Le père, la mère, l’oncle, le fils, la fille; tous parlent un excellent français à peine un peu rêche à cause d’un accent persistant, tel un morceau de bois ne demandant qu’à être poli.

Ils ont immigré ici il y a un vingtaine d’années, directement dans l’Est. Ici, pas d’anglais: tout se faisait en français à cette époque avant que le bilinguisme ne soit quasi-institutionnalisé. Pas question de se faire répondre en anglais à tout moment par un Québécois soucieux d’être aimable et qui ne se rend pas compte qu’il ne rend pas service aux immigrants en les empêchant de réaliser toute l’importance de l’apprentissage de notre langue. Non, ils ont appris le français parce qu’il était nécessaire d’apprendre le français. Pas par amour romantique de la beauté de notre phonation. Parce que c’était absolument et impérativement nécessaire.

Je travaille toujours dans l’Ouest, et je vois quotidiennement les mêmes immigrants qui n’ont aucun désir d’apprendre notre langue. Pourquoi le feraient-ils, d’ailleurs? Contrairement à mes amis afghans, ils n’ont aucun besoin du français: tout le monde s’adresse à eux en anglais, depuis le caissier au dépanneur jusqu’à la dame à la banque en passant par le commis chez Jean Coutu. Pourquoi s’échineraient-ils à apprendre une langue qu’ils perçoivent comme morte et inutile?

Ces immigrants n’en ont rien à foutre de notre combat. Ils parlent la langue qui leur permet de fonctionner, et cette langue est l’anglais, car il se trouve toujours un Québécois pour leur parler en anglais.

Deux situations identiques à l’origine, et deux comportements opposés à la fin: intégration francophone dans une société unilingue francophone et repli sur soi, voire intégration en anglais dans une société bilingue francophone.

Il faut le répéter: à partir du moment où tous les petits Québécois parlent anglais, pourquoi un immigrant apprendrait-il le français?

Je pensais à tout ça en lisant certains commentateurs du blogue de Patrick Lagacé, qui reprochaient à Pauline Marois de ne pas bien parler anglais. D’une certaine manière, il y a un côté sublime dans cette perversion de l’esprit plaçant la maîtrise d’une langue étrangère comme un objectif essentiel à atteindre. En effet, comment ne pas y voir une certaine forme de beauté vicieuse, de triomphe tardif des objectifs de Lord Durham ou d’autres anglophones souhaitant notre élimination? Nous en sommes venus à considérer l’expertise de cette langue extrinsèque comme une obligation, reléguant les demandes historiques des francophones pour avoir le droit d’atteindre les plus hauts échelons sociaux dans leur langue au rang de folklore passéiste.

En somme, au lieu de réclamer le droit de pouvoir vivre en français, de travailler en français, et ainsi contribuer à la francisation des dizaines de milliers de nouveaux arrivants, nous avons décidé collectivement que le français doit jouer un rôle de figurant au sein de nos vies, une langue honteuse qu’il faut chuchoter et oublier dès qu’un anglophone nous adresse la parole.

Et bien, si mes amis afghans étaient arrivés au Québec en 2008 au lieu de 1988, ils n’auraient probablement jamais appris le français car il y aurait toujours eu un petit Québécois sans fierté et bilingue (l’un semble aller avec l’autre) pour escamoter son rôle linguistique historique et jouer le sous-fifre d’une immigration qui ne demanderait qu’à s’intégrer si on lui donnait seulement un signal clair sur l’exclusivité du français au Québec.

Il ne faudra jamais l’oublier: l’ennemi n’est pas la langue anglaise, mais le bilinguisme qu’on a décidé d’imposer à l’ensemble d’un peuple. Dans un contexte de minorité culturelle et linguistique, nous signons notre arrêt de mort dès que nous substituons l’anglais au français et que nous contribuons ainsi de par notre mollesse et notre manque de conviction, à l’anglicisation des nouveaux arrivants.

Car ceux-ci ne sont pas ici pour l’amour de nos beaux yeux, mais pour améliorer leurs conditions de vie; en leur parlant français, nous les obligeons à apprendre notre langue et nous leur lançons le message que leur élévation dans l’échelle sociale passe obligatoirement par l’apprentissage de notre langue.

Soyons fiers, parlons français partout, au travail, à la maison, sur internet, PARTOUT!


p.s. Et pour ceux qui en douteraient encore, je vais voter pour le Parti Indépendantiste, la seule organisation politique sociale-démocrate, indépendantiste et possédant une réelle volonté de protéger notre langue!

L’engagement moral
30 octobre 2008

Engagement moral

Qu’on le dise dès le départ: si la politique d’intégration des immigrants du Parti Libéral du Québec constituait la fine glace qui nous séparait des eaux, nous serions déjà tous mouillés jusqu’aux oreilles tellement celle-ci s’avère mince et fragile. On demande un « engagement moral » aux immigrants en les incitant à signer un contrat sans valeur afin qu’ils respectent nos valeurs de base, notamment l’utilisation du français: n’importe quoi, comme le note Patrick Lagacé.

Pourtant, la controverse n’est pas nouvelle. Ici-même, en février dernier, il y avait eu un fort débat suite à un de mes billets où je m’en prenais à un blogueur ayant choisi de faire la promotion de l’indépendance du Québec… en anglais. Je lui avais reproché de contribuer ainsi à la normalisation de l’anglais comme langue d’usage au Québec et à réduire l’attrait du français chez les immigrants, nuisant effectivement au combat qu’il prétendait mener. Car n’en déplaise aux grands linguistes de ce monde, une langue n’est rarement apprise par plaisir, mais plutôt par nécessité.

En effet, c’est bien beau de se fier au « sens moral » des gens, mais la vérité c’est que nous n’agissons souvent que selon notre propre intérêt. Tiens, par exemple, le gros bon sens nous dit que l’hiver on doit mettre des pneus d’hiver. Mais il a fallu passer une loi pour forcer les gens à les installer. Et c’est la même chose pour tout: qui s’arrêterait la nuit aux feux rouges si ce n’était pas obligatoire? Quel commis de dépanneur gagnerait le salaire minimum si on se contentait de dire aux entreprises qu’elles ont « l’engagement moral » de bien payer leurs employés? Et à quoi ressemblerait un match de hockey où il n’y aurait pas de règles mais seulement un « engagement moral » de ne pas déroger à un code d’éthique?

Qu’on soit d’accord ou non, un engagement doit être accompagné de conséquences si on ne le respecte pas. Tout comme on me donne une contravention si je dépasse la limite permise ou si je roule sur le trottoir avec ma voiture, il doit y avoir des conséquences pour les immigrants qui refusent d’apprendre le français.

Oh, et à certains de nos amis qui ne vivent pas à Montréal et qui voient l’immigration avec des lunettes rose-bonbon, une GRANDE partie des immigrants ne veulent rien, mais absolument rien savoir d’apprendre ne serait-ce qu’un seul mot de français. J’en vois tous les jours qui sont ici depuis des années et qui ne sont même pas capables de dire « bonjour » ou « merci ». C’est ça le Montréal d’aujourd’hui, et c’est à cause de l’applaventrisme de Québécois mous et à l’amour-propre déficient, relayés par un gouvernement libéral mollasse et sans fierté que cette situation perdure.

La seule façon de franciser les immigrants est de leur parler en français, toujours, sans compromis, sans exception. Ceux-ci doivent comprendre que s’ils n’apprennent pas le français ils ne pourront pas fonctionner. Soudainement, ces gens qu’on croyait trop âgés ou trop peu scolarisés feront des merveilles d’apprentissage sitôt que leur intérêt personnel se trouve en jeu.

Dans tous les cas, c’est à nous d’agir. À nous d’être fiers de ce que nous sommes et de refuser de parler anglais sur notre territoire, d’exiger le français en tant que client ET en tant que travailleur. Cesser de croire que nous sommes polis parce que nous parlons anglais à quelqu’un qui ne comprend pas le français; notre politesse n’est qu’une lâcheté en tenue de soirée.

La vraie politesse, c’est de respecter le rythme d’apprentissage de l’autre, d’être patient, de lui répéter en articulant bien, mais de le faire, toujours et sans compromis, en français.

Sinon, autant fermer la shop right now.

Au fait, où en serions-nous aujourd’hui sans loi 101 ou si on s’était contenté de « l’engagement moral » des parents d’envoyer leurs enfants à l’école francophone?

L’ADQ redevient un parti mineur
23 octobre 2008

Mario Dumont et Stephen HarperIl y a plusieurs façons d’analyser le passage de l’ADQ au PLQ des deux députés André Riedl et Pierre Michel Auger. On peut parler de motivations personnelles: le PLQ a le vent dans les voiles ces temps-ci dans les sondages. On peut parler de choix stratégiques: le PLQ a une meilleure organisation en prévision des prochaines élections. On peut également considérer une mésentente avec le chef Mario Dumont. Mais tout ceci, ce sont des facteurs secondaires.

En effet, le vrai fond du problème, c’est que l’Action démocratique du Québec est en train de redevenir une parti mineur. En chute libre dans les sondages, le parti de Mario Dumont n’aurait même pas le quart d’une chance de même espérer conserver ses acquis. C’est comme si le Québec en entier se réveillait et réalisait finalement que Mario Dumont jappe fort dans l’opposition mais qu’il est inapte à diriger, que son parti n’a rien à proposer, et que ses appels à des rencontres multi-partisanes pour parler d’économie ou son appui aux Conservateurs lors de la dernière campagne fédérale ne sont que des façons bêtement politiques de se faire du capital politique sur le dos de ceux qui tentent quelque chose.

Par ailleurs, le parti de Mario Dumont (a quand le changement de nom officiel, puisque l’ADQ a toujours été le parti d’un seul homme?), dans sa courte histoire, a souvent modifié ses politiques au gré des sondages, à la petite semaine, ne conservant qu’un dogme fondamental: la croyance que le marché pouvait tout régler et que l’État devait être minimal. Avec la crise financière actuelle qui est une conséquence du désengagement de l’État et du laisser-faire économique, la seule valeur relativement solide de l’ADQ vient d’éclater en morceau. Le discours anti-fonctionnaires et anti-État de Dumont se trouve tout à fait discrédité, exposant l’absence de ligne directrice et de pensée cohérente du parti.

Considérant que la situation économique ne risque pas de s’améliorer au cours des prochains mois et que le discours économique de droite prônant le tout-privé semble disqualifié au moins pour les quelques années subséquentes, nous n’assistons peut-être pas au dernier épisode de députés transfuges.

Et puisque le Parti Québécois est devenu un parti faible, sans idéologie, ayant laissé tombé le projet indépendantiste, quoi de plus normal pour les députés adéquistes ayant du flair que de rejoindre ce bon vieux Jean Charest, qui trône en haut dans les sondages non pas parce qu’il a fait quoi que ce soit de génial, mais précisément parce que son opposition est si mauvaise?