Québec solidaire : à genoux !
2 septembre 2012

Le thème de la campagne électorale de Québec solidaire est : « Debout ». Debout face aux entreprises qui ne paient pas leur juste part des impôts, debout pour une plus grande répartition de la richesse, debout pour une plus grande intervention de l’État dans l’économie. Or, comment peut-on affirmer être « debout » quand on fait campagne, dans plusieurs circonscriptions, en anglais ?

Dans St-Henri-Ste-Anne, où moins de 18% de la population a l’anglais comme langue maternelle, on fait la distribution de tracts unilingues anglais. Vous avez bien lu : le parti qui affirme être debout, et qui incite ses militants à mettre une photo d’eux sur les réseaux sociaux avec le mot « debout » en blanc sur orange, tombe dans le clientélisme dès qu’il est question de notre langue nationale. Ce parti soi-disant champion du mieux-vivre et de la cohésion sociale encourage le repli sur soi des anglophones en refusant de s’adresser à eux dans la langue nationale.

Québec solidaire ne pourra jamais aspirer à gouverner le Québec tant que le parti n’aura pas résolu cette contradiction majeure. On ne peut pas à la fois prôner l’intervention de l’État en matière économique et le laisser-aller en matière identitaire et linguistique. On ne peut pas lutter contre les dérives du libre-marché quand il est question de nos ressources naturelles et ne rien faire quand il est question de notre langue. On ne peut pas affirmer à la fois qu’il est légitime de mieux encadrer les mieux-nantis et illégitime de le faire pour ceux qui vivent ici mais qui refusent de s’intégrer à nous. Il y a là une incohérence qui mérite d’être soulignée.

Nous avons de nombreux défis auxquels faire face. Oui, il faut mieux redistribuer la richesse, mieux utiliser l’État pour gérer nos ressources, encourager une plus grande égalité économique entre nos citoyens. Mais nous avons également la responsabilité de poursuivre notre combat séculaire pour la survie du français et la valorisation de notre identité.

Québec solidaire, en refusant le libre-marché économique pour mieux embrasser le libre-marché identitaire, contribue dans les faits à sacraliser le droit de l’individu au détriment de celui de la collectivité et nuit ainsi à ses propres conceptions sociales visant à promouvoir une plus grande cohésion.

Être debout, c’est bien davantage que de se battre pour une économie plus solidaire. Être debout, c’est aussi lutter pour une cohésion sociale, identitaire et linguistique, pour une nation en lutte depuis un quart de millénaire et qui a le désir de continuer à exister, ici, en Amérique du Nord, en français.

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Où sont les nationalistes ?
26 août 2012

Où sont les nationalistes ? Qui, parmi les partis politiques en liste aux prochaines élections peut brandir bien haut notre fierté d’être des Québécois ? Qui peut parler en notre nom autrement qu’en baissant la voix et en s’excusant à telle ou telle minorité ?

Le plus grand drame de l’histoire récente du Québec est la confusion entre le nationalisme et l’indépendantisme. Le nationalisme construit la nation et la mène vers une indépendance effective, dépassant largement la simple présence de frontières sur une carte du monde. L’indépendantisme, lui, vise les frontières, veut gérer des impôts, et est prêt à sacrifier sa base nationaliste pour une victoire hypothétique : le Grand Soir. Les indépendantistes seraient satisfaits d’un Québec « indépendant » tout comme la France l’est, dans leur esprit.

Or, les nationalistes, les vrais, comprennent que même la France n’est pas véritablement indépendante. Que veulent dire des frontières sur une carte quand on n’a plus de contrôles douaniers, quand on ne contrôle plus son immigration ou si peu, quand les décisions sont prises au sein de l’oligarchie mondialiste, dans de petits clubs privés où on se substitue à la volonté populaire ?

En ce sens, il ne suffit pas de se déclarer indépendantistes ; il faut avant tout être des nationalistes et comprendre que l’indépendance du genre « un pays sua mappe » ne constitue qu’une ÉTAPE vers l’indépendance réelle. Il faut comprendre que le nationalisme sans indépendance est sain alors que l’indépendantisme sans nationaliste s’auto-détruit.

C’est ainsi que nous avons aujourd’hui des partis qui se proclament indépendantistes mais qui œuvrent à arracher le nationalisme comme s’il était une mauvaise herbe dans leur plate-bande. Je pense ici à Québec solidaire, principalement, mais également à Option nationale, deux partis qui ont adopté l’idéologie multiculturaliste, qui appuient le communautarisme — quoi de plus anti-nationaliste ? — et qui sont d’autant indépendantistes que cette indépendance ne veut rien dire du tout. À les écouter, il faudrait construire un pays sans nation québécoise, découpé en communautés, un saucisson de descendants français enroulé autour du St-Laurent, entre des terres « autochtones » et des territoires immigrants ou anglophones.

Ce dont nous avons le plus besoin, aujourd’hui, c’est d’un parti nationaliste. Pas un parti presque nationaliste, ou à peu près nationaliste, ou nationaliste les fins de semaine et les jours fériés. Un vrai parti réellement nationaliste. Un parti qui construit et affirme notre nation. Un parti qui dit : « Ceci est notre terre, voici nos valeurs et celles-ci ne sont pas négociables ». Un parti qui s’oppose au mondialisme économique, qui envoie paître les accords internationaux nous désavantageant, un parti qui ne fait plus de compromis sur notre langue et qui traite chaque Québécois comme un citoyen ayant l’obligation de respecter nos valeurs fondamentales.

Ce qu’il manque, au Québec, c’est un parti de la gauche du travail, et de la droite des valeurs. L’union sacrée entre les résistants contre le capitalisme et les résistants contre l’empire. L’union sacrée entre ceux qui veulent la liberté pour les travailleurs et ceux qui veulent la liberté pour le peuple et le respect de ses valeurs.

L’empire est transnational, mondialiste.

La résistance doit être locale et nationale.

À quand un parti réellement nationaliste au Québec, et qui présente des candidats d’un bout à l’autre de notre nation ? À quand un Chavez québécois ? Un Poutine québécois ? Un Ahmadinejad, un Kaddafi, un De Gaulle, un Castro, un Lumumba ? À quand un vrai dirigeant québécois nous donnant envie de relever la tête ?

Camille Laurin a présenté sa Loi 101, la plus grande nos lois nationalistes, il y a trente-cinq ans aujourd’hui. Il serait bien déçu de ce que nous sommes devenus.

Option nationale ou Option provinciale?
9 novembre 2011

Un commentateur, sur la page Facebook d’Option nationale, l’a bien exprimé hier: « Mais c’est la plateforme de Québec Solidaire! ». Il a raison: Option nationale se positionne à peu près dans le même registre idéologique que Québec Solidaire, que ce soit sur la question de la nationalisation des ressources naturelles, de la création de Pharma-Québec, de la gratuité scolaire ou de la valorisation du transport collectif. Pourquoi, alors, voter pour Option nationale si un parti déjà établi propose sensiblement le même programme? « Pour l’indépendance », disent certains. Pourtant, Option nationale, sur la plupart de ses propositions, n’est pas davantage indépendantiste que Québec Solidaire (ou le Parti Québécois).



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Le problème fondamental de la plupart des propositions de Québec Solidaire et d’Option nationale tient au fait que l’indépendance n’est pas un pré-requis. Nous n’avons pas davantage besoin d’être « indépendants » (je mets ce terme entre guillemets car la réelle indépendance constitue davantage que de mettre un « pays sua mappe », comme je l’écrivais ici) pour nationaliser nos ressources, pour instaurer la gratuité scolaire que pour donner un mandat différent à la Caisse de dépôt et placement ou pour œuvrer à notre indépendance énergétique. Ce sont là des mesures qui peuvent être prises par une province, n’importe laquelle. René Lévesque n’a pas attendu l’indépendance pour participer à la nationalisation de l’hydro-électricité au Québec, par exemple.

Quand on vise l’indépendance d’un peuple, c’est pour lui offrir les pouvoirs de faire les choses autrement. En France, on a tué le roi pour instaurer la république. Aux États-Unis, on a déclaré l’indépendance pour ne plus se faire imposer des taxes punitives en or alors qu’on tentait d’établir les bases d’un système monétaire différent. En Iran, on s’est débarrassé du Shah pour bâtir une république islamiste. Dans la plupart des pays africains, on a déclaré l’indépendance pour mettre fin à la mainmise coloniale sur les ressources du pays. Or, le Québec, même dans le giron canadien, jouit de la plupart des pouvoirs lui permettant de gérer son éducation, ses ressources, et de vivre selon ses valeurs (dans une certaine limite). La seule façon de justifier l’indépendance serait donc de la réclamer pour obtenir les pouvoirs qui nous manquent afin de mettre fin à une situation d’injustice.

Me suivez-vous? Le cœur des revendications d’Option nationale concerne des pouvoirs que nous avons déjà. Ressources naturelles, c’est à nous. Éducation, c’est à nous. Santé, c’est à nous. Gestion de notre mode électif, c’est à nous. Outils économiques, c’est en grande partie à nous. Ce sont là des combats importants, mais ce sont des combats provinciaux. L’indépendance n’est pas davantage nécessaire pour établir la gratuité scolaire qu’un jeune adulte devrait avoir à quitter la maison parentale pour avoir son propre lit. L’indépendance constitue un moyen non pas d’obtenir des pouvoirs provinciaux, mais d’obtenir des pouvoirs nationaux permettant une réelle indépendance.

Un chèque en blanc?

Il nous faut revenir à la base. Qu’est-ce que l’indépendance? L’indépendance, pour le peuple québécois, c’est sa capacité à se gérer lui-même, à prendre ses propres décisions et à être entièrement maître de son destin. Une constitution, comme le propose Option nationale, constitue un geste d’indépendance; elle n’est cependant pas l’indépendance, mais seulement un médium permettant d’inscrire dans l’imaginaire les valeurs fondatrices du peuple. La constitution doit servir à parapher les valeurs fondamentales et inaliénables d’un peuple, s’opposant aux valeurs qui précédaient l’indépendance et qui opprimaient le peuple. Par exemple, aux États-Unis, la constitution affirme que seul le Congrès peut créer la monnaie physique et que cette monnaie doit être en argent ou en or. Cette mesure s’opposait à l’utilisation exclusive par la Grande-Bretagne de l’étalon-or et à la mainmise de l’économie américaine par celle-ci. En clair, la constitution américaine permettait une libération, même si on a violé cette garantie un siècle et demi plus tard en créant la Réserve fédérale.

Dans le programme d’Option nationale, il y a peu de choses qui peuvent être inscrites dans une constitution. On parle de constitution, mais on parle du véhicule, pas de ce qu’on y met à l’intérieur. On ne parle pas, entre autres, de la mainmise totale du secteur bancaire sur les nations occidentales et de quelle manière on espérerait se libérer de cette situation (ceux qui doutent de cette mainmise n’ont qu’à ouvrir la télévision et voir de quelle façon on a forcé Papandréou en Grèce et Berlusconi en Italie à démissionner). On ne parle pas de création d’une monnaie québécoise. On ne parle pas de la libération de l’ALÉNA, de l’OMC, du FMI et d’autres accords internationaux qui limitent notre indépendance. On ne définit pas de quelle manière on va offrir des services à nos minorités nationales, anglophone ou allophones (dire qu’on va « davantage » respecter le poids démographique des anglophones n’est pas plus significatif que de dire que le mois de février est « davantage » chaud que le mois de janvier). On ne définit pas la création d’une armée québécoise.

En clair, on demande un chèque en blanc. On propose une litanie de mesures provincialistes n’ayant rien à voir avec l’indépendance et on demande à la population d’embarquer avec l’espérance qu’une possible constitution serait écrite et qu’un possible référendum suivrait. Au lieu d’avoir les deux étapes péquistes nous éloignant de l’indépendance – élection et référendum – on ajoute désormais une troisième occasion pour nos ennemis de réduire notre capacité à devenir indépendants. Qu’est-ce qui nous garantit, dans cette plateforme, de ne pas revivre le sempiternel débat sur les « conditions gagnantes », ou de parler de « discussion nationale » et autres péquisteries menant à un cul-de-sac et nous éloignant de la victoire?

Dans le cas de Québec Solidaire, on peut comprendre que l’indépendance passe au second rang. Ce parti a de solides liens avec le NPD, plusieurs de ses membres sont fédéralistes, et on vise clairement la gauche économique. Dans le cas d’Option nationale, cependant, cette attitude est tout à fait inacceptable. Plutôt que d’unir le peuple derrière l’idée du contrôle total de notre territoire, on le divise avec des question secondes sur l’éducation, la santé, ou l’économie. Des questions importantes d’un point de vue provincial, mais complètement triviales sur le strict plan de l’atteinte de la réelle indépendance pour le peuple québécois. Des questions qui risquent d’éloigner plusieurs citoyens un peu plus à droite au plan économique.

Pour une VRAIE indépendance

Il s’agit d’une tautologie que d’affirmer qu’il faut faire l’indépendance pour la faire. C’est pourtant la réalité: tant qu’on se contentera de parler de pouvoirs provinciaux pendant qu’on regarde la plupart des pays soi-disant indépendants se faire littéralement violer par le cartel bancaire dès qu’ils tentent de relever la tête, on n’arrivera à rien. Le Québec n’est pas encore indépendant. La Grèce ne l’est pas davantage. L’Italie non plus. Ni la France. Ni les États-Unis, dans une certaine mesure.

Ce que propose Aussant, c’est de mieux gérer notre petit pré carré, celui qu’on nous laisse et qui n’indispose pas trop les forces à l’œuvre. Un peu comme Lévesque ou Parizeau allaient rassurer les banquiers de Wall Street dans les années 70, Aussant ne semble pas avoir l’envergure d’un politicien en mesure de mener un combat véritablement indépendantiste, soit celui non par pour créer une illusion d’indépendance, mais une véritable indépendance. Celle, significative, qui renverse l’Histoire.

Tout n’est pas noir dans ce programme. Il y a plusieurs idées intéressantes et je suis certain que de nombreux progressistes y trouveront leur compte, hésitant entre ce parti et celui d’Amir Khadir. Il s’agit pourtant d’un programme provincialiste n’ayant pas ni le courage ni le désir de s’attaquer aux privilèges du monde de la finance (pas de monnaie québécoise, pas d’indépendance québécoise), au sur-financement de la minorité de langue anglaise, à la défense de notre territoire, dans le but de créer non pas un clone du Canada que nous désirons créer, mais une véritable forteresse québécoise en terre d’Amérique, flambeau de la pensée française sur ce continent et lueur d’espoir pour les autres peuples – y compris ceux de pays soi-disant indépendants – à la recherche d’un ordre mondial alternatif plus respectueux de la volonté et des valeurs de chaque peuple.

Québec Solidaire face à ses contradictions
13 avril 2011

La décision de Québec Solidaire de s’opposer à l’application de la Loi 101 au cégep fait état d’une curieuse contradiction au sein de ce parti. Les moyens qu’on désire appliquer quand il est question d’économie, d’écologie, de développement social ou éducatif deviennent tabous dès qu’il est question de langue.

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Ainsi, quand il est question de ces secteurs, on n’hésite pas à « brimer les droits individuels » pour le mieux-être collectif. On désire nationaliser l’énergie éolienne, interdire les ports méthaniers, interdire les sacs de plastique, imposer un moratoire sur les OGM, interdire tout investissement dans des entreprises aux pratiques sociales inacceptables, imposer davantage les grandes entreprises, imposer pleinement les gains en capital, réduire les aides fiscales, interdire la vente de savon phosphatés, abroger des lois « antisyndicales », interdire les poursuites abusives, mettre fin aux privatisations, créer Pharma-Québec, interdire la facturation de soins accessoires dans la santé, interdire les écoles publiques non-laïques… On limite la liberté de l’individu parce que le groupe en entier en profite. C’est l’essence de toute philosophie collectiviste et Québec Solidaire l’a bien compris.

Or, quand il est question de langue, on parle de la nécessité de ne pas « restreindre les droits individuels pour promouvoir la langue française au Québec ». On préfère « valoriser » et améliorer la qualité de l’enseignement en français, puis en anglais, dans nos écoles. Bref, on revient aux vieux arguments usés de la « liberté de choix », du bon parler français et de la petite tape dans le dos censés sauver une langue française en déclin. Est-il utile de rappeler qu’au tournant des années soixante-dix, lorsque cette « liberté » était à son apogée, 92,1% des immigrants envoyaient leurs enfants au réseau scolaire de langue anglaise? (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218 ))

Cette manière de concevoir la politique est tout à fait symptomatique du refus de Québec Solidaire d’assumer pleinement son rôle de parti au service de la nation québécoise. Qu’on « brime » la sacro-sainte individualité du pollueur, de l’entreprise délinquante, des mieux-nantis, des entreprises privées, de ceux qui aimeraient qu’on finance des écoles confessionnelles, c’est tolérable et acceptable. Mais qu’on finance, au Québec, un réseau d’éducation collégial de langue anglaise destiné uniquement à la minorité anglophone historique, en conformité avec l’esprit de la Loi 101, voilà qui constitue une terrible violation de ces mêmes droits individuels!

Deux poids, deux mesures.

Ce qui se fait ailleurs

Partout au monde, pourtant, l’éducation se donne dans la langue nationale. Le Québec, qui finance un réseau public dans une langue qui n’est pas la langue officielle, de la maternelle à l’université, constitue une exception, voire une aberration.

En France, où les locuteurs de langue occitane atteignent 12% de la population, l’enseignement public se fait exclusivement en français. En Lettonie, où il existe une forte minorité de langue russe composant près de 30% de la population, l’ensemble des écoles de langue russe doivent offrir au moins 60% de leurs cours en letton et l’ensemble du réseau universitaire fonctionne en letton. En Norvège, les minorités n’ont accès à des cours dans leur langue qu’au primaire et au secondaire. En Slovaquie, où la minorité hongroise forme 11% de la population, il y a un réseau slovaque et un réseau bilingue au secondaire tandis que toutes les universités fonctionnent en slovaque. Au Texas, où près de 30% de la population est hispanique, l’ensemble du réseau d’éducation public est de langue anglaise.

Et nous, au Québec, avec 8% de la population de langue anglaise, dont seulement 5,6% sont nés au Québec, nous (sur-)finançons un réseau parallèle de langue anglaise non seulement destiné aux anglophones, mais largement ouvert à la majorité francophone.

Aurait-on idée de dire que la France, la Lettonie, la Norvège, la Slovaquie ou les États-Unis « restreignent les droits individuels » parce qu’ils financent une éducation dans la langue nationale? Bien sûr que non. C’est une simple normalité: l’État, qui existe pour le bien commun de tous, favorise la cohésion sociale et la communication entre ses citoyens en contribuant à former ses citoyens dans la langue nationale.

Cette utilisation de la force étatique pour favoriser une cohésion est bien assimilée par Québec Solidaire dans à peu près tous les secteurs, sauf celui de la langue. Le parti n’hésite pas à bousculer les idées reçues et à aller à l’encontre des dogmes dominants sur à peu près tous les sujets, sauf celui de la langue. Khadir est de toutes les tribunes pour défendre les droits collectifs des Québécois en autant qu’il est n’est pas question de langue.

Le parti aurait peut-être avantage également à s’éloigner d’un milieu montréalais toxique au niveau linguistique et à s’ouvrir pleinement à la réalité d’un Québec de langue française ayant le désir et le droit de constituer une nation aussi complète et normale que toutes les autres sur cette planète. De la même manière, lui qui est habituellement si critique à l’égard du gouvernement, il devrait également dénoncer l’utilisation partisane du Conseil supérieur de la langue française par le gouvernement pour manipuler les données sur la fréquentation des cégeps de langue anglaise.

La protection de notre langue ne doit pas constituer un sujet tabou: ce doit être la fondation de tout projet social ou solidaire. La Loi 101 au cégep ne doit pas constituer la fin, mais le début de tout projet ayant comme finalité le bien-être collectif des Québécois.

Dans « Québec Solidaire », il y a deux mots. On dépense beaucoup d’énergie pour le second; il serait peut-être temps de penser au premier.

L’incohérence méprisante de Françoise David
27 janvier 2011

Deux paragraphes. C’est tout ce qu’il aura fallu de la part de Françoise David pour qu’elle me convainque de déchirer définitivement ma carte de membre de Québec Solidaire (QS). Fini pour moi. Fi-ni. J’étais devenu membre l’an dernier, après l’énième enfoncement à droite du Parti Québécois et alors que le parti violait ses propres règlements internes pour éliminer le SPQ-Libre, c’est-à-dire à peu de choses près ce qu’il restait de feue son aile centre-gauche. J’avais décidé de me pincer le nez devant les positions multiculturalistes de QS en espérant y trouver mon compte dans un programme économique de centre-gauche tout ce qu’il y a de plus avant-gardiste pour le Québec. Malheureusement, Françoise David vient de me rappeler pourquoi ce parti ne pourra jamais réellement parler au nom des Québécois: ce parti n’a de Québécois que le nom.

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En effet, en traînant dans la boue un militant nationaliste de gauche comme Jean-Roch Villemaire, sous prétexte que son mouvement entend réduire l’immigration ou qu’il s’oppose aux dérives d’un multiculturalisme transformant insidieusement la nation québécoise en un fourre-tout sans queue ni tête, elle s’attaque de front à tous ceux qui, à des degrés divers, ont à la fois conscience de la nécessité d’un ordre économique plus solidaire ET d’une société valorisant la protection de l’identité et de la langue des Québécois. En accusant frauduleusement M. Villemaire d’être un raciste – alors que sur son site il est clairement indiqué que l’homogénéité nationale prônée ne doit pas être raciale – Françoise David se met à genoux devant les Éric Duhaime, Mathieu Turbide, Joanne Marcotte et autres scribouille-merdes de ce monde, eux qui ont tout fait pour monter en épingle une simple manifestation contre l’apartheid israélien.

Ainsi, David, plutôt que de resserrer les liens contre la propagande de Quebecor et d’encourager les manifestations contre l’achat de produits israéliens, justifie la manipulation orchestrée par Quebecor – appuyée par le Réseau Liberté(sic)-Québec, qui reçoit d’importantes sommes de grosses entreprises et qui s’affilie aux extrémistes de la droite économique afin de tenir son discours anti-étatiste, rappelons-le – et les accusations de l’extrême-droite économique voulant que ce soient des extrémistes qui s’opposent à l’apartheid israélien.

Un air de déjà-vu

Cette dénonciation d’un individu sur la base de propos approximatifs donne une impression de déjà-vu. Évidemment, David n’est pas Bouchard et Villemaire n’est pas Michaud, mais il s’agit d’un réflexe typiquement québécois – et colonisé – que de se vouloir plus saint que le pape et d’être les premiers à dénoncer quiconque aurait pu éventuellement tenir l’ombre d’un propos permettant de croire au manque d’ouverture des Québécois, ce peuple si ouvert qu’il en vient presque à disparaître au nom de celle-ci.

Disons-le d’emblée, c’est bien ce dont il s’agit. Quand Villemaire parle de « droit du sang », il n’affirme pas, contrairement aux mensonges de David, qu’un citoyen à la peau basanée et vivant ici depuis longtemps n’aurait pas les mêmes droits que les autres. Ce concept est d’ailleurs très bien expliqué sur le site du MNRQ:

L’État-Nation, moteur de l’histoire, doit être homogène, non pas sur un plan strictement racial, ce que l’expérience historique ne prouve absolument pas, mais sur un plan de cohésion et de coopération mutuelle entre les divers participants de ce groupement historique. Les éléments qui refusent cette cohésion ne sont pas les bienvenus dans cet Etat-Nation et, au minimum, ne doivent pas avoir la possibilité matérielle de développer leur influence et leur puissance au détriment de la communauté nationale.

Ce droit du sang n’a rien de raciste, redisons-le. Il s’agit simplement de la capacité, pour les Québécois, d’affirmer qu’un Québécois ne constitue pas seulement un individu habitant le territoire du Québec. Il y a nombre de citoyens nouvellement arrivés sur notre territoire qui ne reconnaissent ni notre langue commune, ni nos valeurs communes, encore moins l’égalité des sexes si chère à Françoise David. Ces gens sont-ils Québécois? Par la loi, oui. Mais le sont-ils vraiment? Villemaire, plutôt que de laisser la question en suspens, y répond directement: non, un individu ne doit pas seulement résider au Québec pour être Québécois; il doit soit descendre d’une lignée typiquement québécoise ou avoir vécu un certain laps de temps et fait preuve d’une certaine intégration pour être considéré comme tel. Peut-on sérieusement considérer de la même manière un individu dont les ancêtres sont arrivés en 1671 et un autre arrivé hier matin? Je ne crois pas.

Cette position n’a rien d’extrémiste. De nombreux pays ne donnent pas le droit de vote avant plusieurs mois, et n’accordent que difficilement la citoyenneté. Nous, au Québec, nous sommes littéralement envahis par un contingent d’immigrants largement supérieur à notre capacité d’intégration. Comme je l’ai déjà écrit dans un billet, le Québec reçoit, proportionnellement à son poids démographique, plus d’immigrants que la plupart des pays développés. Et le pire, c’est que nous ne jouissons pas de la garantie identitaire d’un pays indépendant, ce qui signifie que nous sommes constamment sur le ligne de front pour les intégrer. Québec Solidaire, en rejetant du revers de la main à la fois le problème de l’immigration trop nombreuse et celui de notre incapacité à intégrer les immigrants déjà présents sur notre sol, se désolidarise du peuple québécois, cet ensemble de citoyens partageant une langue et des valeurs communes.

Par ailleurs, la Loi 101, véritablement fondement du Québec moderne et dont la popularité et l’affection des Québécois est démontrée sondage après sondage, ne s’appuie-t-elle pas sur une forme particulière de droit du sang, elle qui réserve l’école anglaise aux enfants d’anglophones? Françoise David aurait-elle la cohérence – ou l’indécence – d’affirmer son opposition à cette Loi si fondamentale?

L’incohérence de Québec Solidaire

En faisant primer le droit individuel d’un immigrant à pouvoir jouir du statut de « Québécois » – même s’il ne partage rien de sa société d’accueil – sur les droits collectifs des citoyens québécois, QS commet la même erreur que le Réseau Liberté(sic)-Québec, mais au niveau identitaire. Le RLQ affirme que l’individu doit être le centre de l’économie, que sa liberté est strictement individuelle et qu’il n’a pas à se faire « brimer » par l’État ou par qui que ce soit pour s’épanouir dans un monde désolidarisé; Québec Solidaire, au contraire, affirme que l’État doit constituer la volonté commune des Québécois d’agir au niveau économique, notamment en haussant les impôts de mieux-nantis et en brimant une partie de leur « liberté » pour le mieux-être de tous.

Mais Québec Solidaire, pour une raison inconnue, se montre incapable d’appliquer le même raisonnement au niveau identitaire. Brimer la liberté individuelle pour le bien de tous est possible pour l’économie, mais tabou en ce qui concerne l’identité. Sur ce point, on doit au moins reconnaître que le RLQ est cohérent: il prône l’absence de solidarité collective à tous les points de vue. QS, au contraire, refuse de réaliser que si l’État doit être libre de légiférer pour le bien-être collectif au niveau économique, il doit en être de même au niveau des valeurs communes et intrinsèques des Québécois et qu’un citoyen comme Villemaire, qui réclame la fin du laisser-aller dans ce domaine, n’a pas à être trainé ainsi dans la boue sous prétexte que ses idées sont davantage cohérentes et assumées que celles du parti de Françoise David.

Pour ma part, j’ai choisi mon camp. Ma carte de membre de Québec Solidaire est déchirée et dans la poubelle. Et j’appuie Jean-Roch Villemaire. Je ne suis pas en accord avec toutes ses positions et je suis beaucoup plus modéré que lui quant à savoir qui doit être considéré comme Québécois, mais je reconnais chez lui le désir de cohérence de la pensée et d’intégrité dans la recherche d’une société québécoise plus juste et solidaire au niveau économique, mais dont la solidarité ne saurait être exploitée par des gens méprisant la culture et la langue des Québécois.

Si on me le demandait, je dirais que le Front Québécois serait ce qui se rapproche le plus de mes idées, même si ce proto-mouvement n’est encore, précisément, qu’une idée.

En attendant, je suis orphelin. J’attends qu’un parti politique ait la cohérence de me proposer à la fois une société économiquement plus solidaire et un Québec véritablement maître de son passé, de son présent et d’un futur qui serait autre chose qu’un bouillon mondialiste et anglais.

Les grands démolisseurs
24 février 2010

Parfois, il faut aller au-delà des chiffres pour comprendre l’étendue de l’entreprise idéologique cherchant à nous imposer des hausses de tarifs et des baisses de services. On aura beau démontrer noir sur blanc que de telles mesures seraient régressives, qu’elles nous appauvriraient, qu’elles ont échoué un peu partout où elles ont été appliquées, rien n’y fait. Josée Legault l’a noté avec justesse dans son dernier billet: nous ne sommes pas en présence de libre-penseurs cherchant philosophiquement à améliorer la société, mais d’une vaste entreprise de démolition de notre État.

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En fait, la dernière décennie aura constitué une sorte de pause, ou presque. Jusque vers 2001, on appliquait la doctrine à la lettre, et de nombreux mouvements sociaux ont éclos, convergé dans ce qu’on a appelé d’abord les anti-mondialistes, puis les alter-mondialiste. Par la suite, les mouvements d’opposition ont perdu de l’ampleur, peut-être parce que la croissance économique a permis de donner les miettes nécessaires à acheter la classe moyenne et les plus démunis pendant que les gros bonzes de la finance s’en mettaient plein les poches. On a coupé les impôts des mieux-nantis d’une manière irréfléchie, mais l’État était tout de même assez riche pour satisfaire les intérêts minimums du citoyen lambda.

Aujourd’hui, pourtant, ce n’est plus le cas. Après avoir dilapidé l’argent public dans des baisses d’impôts aux grandes entreprises et aux particuliers les mieux-nantis, le manège recommence. Il faudrait « se serrer la ceinture », faire preuve de réalisme, éviter la catastrophe. Bref, il faudrait encore une fois demander à la classe moyenne d’écoper pendant qu’on laisse les privilèges des plus favorisés intacts.

En 1998, Bourdieu écrivait déjà, à propos du néo-libéralisme:

Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des États nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Le mot est lancé: foi. C’est une véritable foi dans le libre-marché. Ça n’a rien de rationnel. On en arrive à une logique complètement circulaire et fermée où toute proposition promettant de seulement limiter ou contrôler le marché se voit immédiatement discréditée à coups d’arguments idéologiques issus du petit catéchisme néolibéral. Hausser les impôts des plus riches? Êtes-vous fou, pensez à notre productivité! Mieux imposer les entreprises? Ça ne va pas, elle vont partir en Chine! Les propagandistes ont réponse à tout. Il faudrait accepter son sort, considérer le libre-marché et la libre circulation des biens et services comme inéluctable et observer une minorité de riches se la couler douce pendant que les autres s’appauvrissent, et tout cela parce que c’est la chrétienne économie.

Pourtant, les solutions existent. Celles de Québec Solidaire me semblent particulièrement intéressantes:

  • Redevances sur l’eau de 0,01$ du litre: 775 millions $;
  • Maintien de la taxe sur le capital: 503 millions $;
  • Diminution de 20% des subventions aux entreprises: 1203 millions $;
  • Un nouveau palier d’imposition pour les plus riches et une limite des RÉER: 533 millions $;
  • Imposition optimale des gains de capital: 818 millions $;
  • Suspendre le versement du Fonds des générations: 880 millions $;
  • Augmentation des redevances minières: 340 millions $.

Ces mesures permettraient d’aller chercher 5 milliards de dollars, soit grosso modo l’équivalent du déficit.  Elles ne constituent peut-être pas la panacée, mais elles ont le mérite de s’attaquer à ceux qui ont les moyens de payer.   Évidemment, ne comptez pas sur La Presse (Power Corporation), le Journal de Montréal (Quebecor) et d’autres médias dont les dirigeants auraient tout à y perdre pour en faire la promotion.

Voilà peut-être la seule réponse possible contre l’abrutissement généralisé que cherche à nous imposer ce gouvernement et son équipe de l’Inquisition de la vieille droite: la démocratie. Être capable, le jour du vote, dans l’isoloir, même si c’est dans trois ans, de se rappeler qui a eu notre sort à coeur et qui se contente de hausser les épaules en nous imposant leur remède de cheval.

Pour ma part, dans trois ans, je me souviendrai de Québec Solidaire. Je me rappellerai que c’est un des rares partis politiques au Québec qui, en un moment aussi critique où on cherche encore une fois à nous imposer des mesures faisant reculer notre nation, a eu le courage de développer un argumentaire alternatif et des mesures concrètes permettant de déboulonner les statues de fumier de ces fausses idoles issues d’un autre siècle.

Nous avons travaillé pendant des décennies pour bâtir un Québec moderne et démocratique qui, malgré ses défauts, fait l’envie du monde entier.

Ne les laissons pas tout démolir.

La fin ne justifie pas les moyens
23 septembre 2009

N’ayez crainte, je ne réinventerez pas la roue. La question de savoir si la fin justifie les moyens est trop complexe pour être débattue en quelques lignes. Ceci dit, trois événements récents m’ont poussé à me questionner sur le sujet. Doit-on tout faire pour gagner, et quelle est la valeur d’une victoire obtenue au prix d’une autre défaite?

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1) On ne devrait pas parler des liens entre Projet Montréal et Québec Solidaire

Récemment, je m’entretenais avec une candidate de Projet Montréal. La question des liens entre son parti et Québec Solidaire est naturellement venue dans la discussion; après tout, c’est un secret de polichinelle que l’influence d’Amir Khadir dans le parti dépasse le simple fait d’avoir une épouse qui y est candidate. J’ai laissé entendre que j’allais en parler dans mon texte. Elle m’a répondu, inquiète: « Si tu fais ça, tu vas tuer Projet Montréal ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle disait cela, elle m’a répondu que Projet Montréal ne devait pas être associé à la gauche, qu’il devait viser le « grand public ».

Ainsi, selon cette candidate, il était acceptable de cacher la vérité aux citoyens afin d’aider le parti à se faire élire. Comprenez bien: « nous savons ce qui est bon pour vous et vous n’avez pas à savoir qui nous sommes vraiment ». Bref, la fin justifie les moyens. Tant pis si les citoyens votent sans savoir.

Or, quel est le grand danger de savoir que Québec Solidaire (QS) et Projet Montréal (PM) partagent des convictions communes et ont des machines électorales très reliées? À court terme, d’accord, on risque d’enlever quelques votes à PM car QS est encore un parti marginal. Mais en refusant de s’afficher clairement aux côtés de QS, on lance également le message que QS n’est pas un parti fréquentable, et on nuit à la crédibilité du parti en tant que force politique majeure sur la scène provinciale. On se prive d’un soutien potentiel à long terme. Tout ça pour espérer aller chercher quelques votes de plus.

Et puis, pour un parti qui se dit le champion de la transparence et qui tire ses origines de la base, ne devrait-il pas plutôt se faire le relai de ses supporters, qui votent également massivement pour QS? À trop vouloir devenir « présentable », on devient exactement comme ceux qu’on dénonce. Cacher les liens entre QS et PM, à mon avis, ne contribue qu’à perpétuer la politique des cachotteries.

Et même si elle permettait de faire élire PM, qu’aurait-on réellement accompli, en fait? On aurait donné l’expérience du pouvoir à des gens qui auraient utilisé le secret pour se faire élire. Ne seraient-il pas tentés de recommencer?

2) On doit parler aux anglophones en anglais pour les sensibiliser

Un candidat aux prochaines élections municipales me demandait: ne devrais-je pas parler en anglais et envoyer de la documentation en anglais aux anglophones dans mon quartier afin de les inciter à voter pour moi? Sa logique était simple: s’il s’adresse en anglais au 15% d’unilingues anglophones de son quartier, il augmente ses chances d’être élu.

Évidemment, je lui ai répondu que je n’étais pas d’accord. C’est bien beau de se faire élire pour participer à une foule de merveilleux projets, mais quel message lance-t-on à ses électeurs, pour le long terme? On lance le message que le français ne constitue pas la langue officielle à Montréal et qu’ils n’ont pas à l’apprendre. On renforce leur conviction que ce sont les autres qui doivent leur parler en anglais, et non pas eux-mêmes qui devraient apprendre notre langue.

Oui, on peut gagner des élections en leur parlant en anglais, mais que vaut une élection à l’échelle de la disparition des francophones d’Amérique du Nord? La fin ne justifie pas les moyens. Avoir Montréal à coeur, c’est également avoir à coeur la survie de son caractère francophone.

3) « Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait pour Projet Montréal »

C’était, grosso modo, l’argument que m’ont répété ad nauseam les membres du réseau Lapointe/Brisson. Ils ont travaillé pour Harel pendant qu’ils étaient membres de PM. Ils ont tenté d’avoir la tête de Richard Bergeron, le chef de PM. Ils ont magouillé, ils ont fait du chantage, ils ont harcelé une candidate pour l’inciter à se retirer. Mais tout ça, c’était, évidemment, pour le bien-être du parti. On se débarrasse du chef, on manipule les membres, on fait de la grosse politique sale, mais c’est pour le « bien du parti ». « Madame, on va couper vos deux jambes et vos deux bras, et c’est pour votre bien. »

Dans les faits, pour cet exemple comme pour les deux autres, je ne crois pas que la fin justifie les moyens. S’il faut, soi-disant pour le bien-être d’un parti, manipuler tout le monde et faire ce que ces gens ont fait, que vaut le parti en question? Un parti qui gagne ses élections en utilisant de telles méthodes a-t-il respecté la volonté des citoyens? Quand on harcèle quelqu’un pour l’inciter à démissionner, est-ce qu’on respecte les citoyens qui ont placé leur confiance en cet individu?

Dans tous les cas, on m’accusera d’être naïf. Et c’était aussi le plus grand des reproches qu’on adressait à Richard Bergeron quand on essayait de s’en débarrasser.

Mais la naïveté, dans un contexte où les citoyens sont désabusés de la politique et n’ont pas la moindre confiance en les politiciens, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus grand besoin? De pouvoir marcher dans la rue, de s’afficher comme politicien, et de savoir qu’on n’a rien à cacher, qu’on a été intègre du début à la fin dans tout le processus et qu’on a refusé les raccourcis faciles de la dissimulation, de l’aplatventrisme ou des tractations de coulisse… Quelle valeur ont l’honnêteté et l’intégrité?

Oui, je suis naïf, et je suis fier de l’être. Et je sais même que ce billet n’est pas mon meilleur. Il n’est peut-être même pas bon car je l’ai écrit d’un trait. Mais je l’assume comme tel et je ne cherche pas à maquiller ce que je suis pour faire plaisir à un tel ou un tel autre. J’écris ce que j’ai envie d’écrire et je suis honnête; je ne me prostitue pas pour de l’argent ou du pouvoir. Quand je suis payé pour écrire, je le suis parce que j’y crois et parce que j’aime ça. Je suis naïf, mais je suis honnête. La naïveté, c’est ce qui précède l’honnêteté.

Et c’est ce que j’aime chez Richard Bergeron, de Projet Montréal: jusqu’au bout, il a été honnête et intègre avec ses idées, même quand on le manipulait. Dans un système municipal corrompu, c’est exactement le genre d’individu incorruptible que j’aimerais avoir à la tête de Montréal.

Alors, que tous ceux qui croient que la fin justifie les moyens et qu’il faudrait cacher certaines choses aux citoyens ou refuser de voir les conséquences de ses actions à long terme, je vous dis que vous avez tort. Vous gagnerez peut-être la bataille de cette façon, mais inévitablement, vous perdrez la guerre.

Et plus que tout, en bout de ligne, ce sont les causes que vous défendez avec le plus d’ardeur qui en pâtiront.

Bien mal acquis ne profite jamais.

Les magouilles politiques du clan Harel
21 septembre 2009

Quand André Lavallée affirme que c’est Louise Harel, avec qui il a fait équipe au Parti Québécois pendant de nombreuses années, qui a laissé couler l’information sur son passé felquiste afin de le punir pour son refus de joindre Vision Montréal, ce n’est qu’un énième exemple de la façon sale dont Louise Harel et son équipe font de la politique. Dans un jeu où les intérêts dépassent de loin l’hôtel de ville de Montréal, Harel s’entoure de gens aux méthodes plus que discutables, qui n’hésitent pas à infiltrer et à manipuler d’autres partis pour atteindre leurs objectifs: l’élection de Harel et la mainmise des réseaux péquistes sur les infrastructures politiques municipales en vue des prochaines élections provinciales.

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Au coeur de cette partie politique, Frédéric Lapointe, président du PQ dans Crémazie, directeur de campagne de Lisette Lapointe lors des dernières élections provinciales, un proche de Nicolas Brisson (organisateur politique de Louise Harel dans la première partie de son odyssée vers la mairie), de André Boisclair et partie intégrante des réseaux reliés au Parti Québécois et à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Lors des dernières élections municipales, Lapointe a remarqué que l’appui du PQ à Union Montréal dans Ahuntsic a causé la division du vote des indépendantistes, contribuant à l’élection de Hasmig Bellini, une fédéraliste notoire. Dans un quartier où tant Maria Mourani du Bloc Québécois que Lisette Lapointe du PQ ont obtenu des majorités se comptant en centaines de votes, l’établissement de tout un réseau sympathique au Parti Libéral dans Ahuntsic, avec ses nombreuses personnes payées à temps plein, ne pouvait que contribuer à faire perdre péquistes et bloquistes lors des prochaines élections. Frédéric Lapointe a donc développé, avec son réseau d’influence, un profond intérêt pour la politique municipale, en particulier sur le Plateau-Mont-Royal.

En effet, le quartier a été témoin de l’élection du premier député de gauche au Québec depuis des décennies, Amir Khadir. Le calcul effectué par de nombreux péquistes est le suivant: le 8% de voix de Québec Solidaire empêche l’élection de nombreux députés du PQ dans des luttes serrées. On a donc deux choix: soit on fait alliance avec Québec Solidaire et on introduit les concepts d’élection référendaire et de meilleure redistribution de la richesse dans le programme du PQ, soit on se concentre à battre Khadir sur le terrain, lui qui a gagné avec une mince avance de 700 voix. On a choisi la deuxième option, évidemment – il ne faudrait tout de même pas que le PQ soit réellement indépendantiste ou social-démocrate au-delà du discours!

Or, pour espérer battre Amir Khadir sur le terrain, il importait de s’assurer du contrôle de la machine municipale de Projet Montréal (PM), assez proche de Québec Solidaire, qui a fait élire un conseiller municipal lors des dernières élections et qui est en voie de ravir une bonne partie du quartier avec plusieurs candidats de qualité. Une personne influente de Projet Montréal m’a expliqué, sous couvert de l’anonymat: « Si Projet Montréal gagne tout le Plateau, ça met en poste sept élus et trois attachés-politiques, donc dix personnes payées à temps plein, qui sont en communication avec les gens de leur quartier et qui vont indirectement travailler à consolider les appuis à Québec Solidaire ». C’est exactement ce que veulent éviter des péquistes comme Frédéric Lapointe et Louise Harel. Et c’est pour cela que Lapointe a infiltré Projet Montréal.

Richard Bergeron, l’homme à abattre

Projet Montréal, c’est le parti de Richard Bergeron. Il a toujours refusé de faire de la politique comme les autres, ne voulant rien savoir du financement occulte incitant un retour d’ascenseur et est demeuré intraitable quant aux objectifs du parti pour la métropole, surtout en ce qui concerne l’éthique et le développement urbain. Pour Lapointe et ses amis, c’était l’homme à abattre, le naïf ne méritant pas de se faire élire avec ses idéaux rose-bonbon.

Après avoir infiltré PM avec une dizaine de personnes et avoir fait d’énormes pressions sur Bergeron pour qu’il se retire, pavant la voie à une fusion avec Vision Montréal, Lapointe et plusieurs membres du réseau Harel ont organisé une réunion de la dernière chance, milieu juillet. Cette réunion a eu lieu chez Guillaume Vaillancourt, ancien membre influent de PM et aujourd’hui candidat de Vision Montréal pour la mairie du Plateau-Mont-Royal. Il y avait aussi Richard Bergeron, Magda Popeanu (présidente de PM et fidèle à M. Bergeron), Atim Leon (aujourd’hui candidat pour Vision Montréal) et, bien sûr, Frédéric Lapointe lui-même. On a demandé à Richard Bergeron de partir, en échange de quoi Vision Montréal lui offrirait la mairie d’Outremont. Fidèle à ses convictions, il a refusé.

Quelques jours plus tard, Frédéric Lapointe a rencontré un organisateur politique de PM pour lui offrir une « ultime ultime chance de faire la fusion ». Manipulateur, il annonçait la stratégie de Harel si PM refusait la fusion. Il s’agissait d’annoncer des candidats de prestige, un à un, pour s’opposer à ceux de Vision Montréal. Une de ceux-là étaient Elsie Lefebvre, contre Éric Daoust (ce qui manque particulièrement de classe de la part de Lefebvre, puisque Daoust a été son lieutenant politique pendant des années et il lui a toujours été fidèle). Ensuite, Lapointe annonça que Guillaume Vaillancourt allait quitter PM pour Vision Montréal. Devant la réaction d’incrédulité de son interlocuteur, il a ajouté: « quand Louise Harel va l’appeler, il va faire ce qu’on va lui demander de faire ». Ce qu’il a fait. Puis, il annonça qu’ils allaient mettre une pression « de la mort » sur une candidate importante de Projet Montréal (dont je dois taire le nom) afin qu’elle se retire avant les élections. « Elle ne sera plus capable, elle va craquer et elle va se retirer », a ajouté Lapointe.

Le but est simple et la logique respectée: il faut mettre Projet Montréal à mort si on veut reprendre le Plateau des mains se son équipe, très (trop?) près des citoyens, et enlever ses appuis à Québec Solidaire, avant que le parti ne devienne plus important encore et nuise davantage aux efforts du Parti Québécois pour se faire élire. Au passage, on espère aller chercher quelques sièges supplémentaires pour Vision Montréal. « Ces gens-là [reliés à Lapointe et Brisson] ne sont pas « fair » », m’explique une de mes sources. « Ils mentent, menacent, organisent des spins, enlèvent des pancartes. Gagner pour gagner, c’est tout ce qui compte pour eux. » Malgré le limogeage de Brisson, on peut se questionner sur la pertinence pour Louise Harel de s’acoquiner avec Frédéric Lapointe et de participer, ne serait-ce qu’indirectement, à de telles méthodes.

Au fond, la véritable question est la suivante: à qui profite les magouilles de l’équipe Harel? Aux citoyens, qui subissent les choix imposés selon les calculs politiques de l’heure, ou aux élites politiques qui se servent d’une démocratie municipale bien malade pour atteindre leurs propres objectifs?

En vérité, la seule solution consiste peut-être à s’informer soi-même, à s’intéresser à la politique, à ouvrir nos lumières et à éblouir ceux qui se terrent dans la noirceur pour court-circuiter la démocratie. Car actuellement, on a peut-être simplement la politique que nous méritons: une politique de l’ombre, de manigances, pour une population qui ne se donne même plus la peine de se passionner pour ses enjeux et de voter en conséquence.

Et si on s’y intéressait suffisamment pour que ce soient les intérêts des Montréalais – et non ceux des partis politiques provinciaux – qui soient mis de l’avant? Avant de « redémarrer Montréal », comme le propose Harel, il serait peut-être intéressant de se demander par quoi elle espère remplacer cette vieille machine politique désuète ne fonctionnant qu’en réseau… très fermé!

Le changement pour le changement, est-ce vraiment ce dont a besoin Montréal?


AJOUT (23 septembre 2009):

J’aimerais apporté quelques précisions et corrections à ce texte. Les voici.

  • Certains ont mal interprété mon choix du mot « infiltrer » pour parler de Lapointe qui est arrivé à Projet Montréal.   Le mot « infiltrer », selon le dictionnaire, signifie: « Introduire (qqn) dans un milieu dans le but de surveiller sans attirer la méfiance. » Cela ne veut pas nécessairement dire que Lapointe avait un but précis dès son arrivée à Projet Montréal, sinon en tant qu’observateur ayant compris l’importance des partis municipaux pour pouvoir aider les partis provinciaux.  Son attaque ne visait peut-être pas Québec Solidaire dès le début, mais elle visait certainement à améliorer la mainmise du PQ sur les partis municipaux.
  • Au sujet de la réunion chez Guillaume Vaillancourt, j’ai commis un impair.  Lapointe se serait contenté de demander à Bergeron ce que ce dernier voulait pour qu’il démissionne, lui offrant au passage la mairie du Plateau Mont-Royal s’il laissait le champ libre à Louise Harel.  C’est plutôt Siou Fan Houang, de Projet Montréal, qui a proposé la mairie d’Outremont, ce que Bergeron a refusé.  Cela n’invalide cependant pas le fait que Lapointe négociait au nom de Louise Harel alors qu’il était membre en règle de Projet Montréal.  C’est d’ailleurs dès cette réunion en question que les menaces du réseau Lapointe ont réellement commencé (« Vous ne valez que 5% », « On va vous rayer de la carte »), et non pas dans la rencontre qu’a eue Lapointe avec un membre influent de Projet Montréal un peu plus tard.  Notons que la dite réunion s’est terminée par un claquage de porte et des cris.
  • Quelques jours plus tard, Lapointe a joué ses dernières cartes en demandant au dit-membre influent à au moins quatre reprises ce que Bergeron voulait pour partir.  Il a précisé la stratégie de Harel contre Projet Montréal.  Il n’a jamais pu accepter qu’un politicien puisse rester fidèle à ses convictions et refuse un poste important.  (À cet effet, des membres du réseau Lapointe me harcèlent depuis quelques jours, et ils ont une chose en commun: ils parlent de Bergeron comme d’un « loser »).

Pour le reste, j’aimerais attirer votre attention sur ceci: il y a présentement 18 commentaires de personnes du réseau Lapointe/Brisson sur ce blogue. Il y a une enfilade de près de 40 commentaires sur mon statut Facebook à cet effet et on me harcèle presque par messages privés. Si j’avais quelques doutes sur les méthodes de ce réseau, je n’en ai plus du tout.

Ce billet n’est pas exempt de petites erreurs sur les détails, mais l’image centrale est véridique. Croyez-vous que c’est un hasard si de nombreux politiciens provinciaux s’en viennent au municipal? Ce sont des gens comme le réseau Lapointe qui permettent à la machine de fonctionner en huilant ses rouages de mystères et de tractations secrètes. Qui utilise qui n’est pas toujours clair, mais c’est d’un commun accord qu’ils acceptent tantôt d’être utilisés, tantôt d’utiliser les autres. Et c’est Harel ou le PQ qui en récolte les fruits.

Et le grand perdant, comme toujours, est le citoyen qui aimerait qu’on fasse de la politique autrement.

La dictature des agences de notation
1 mars 2009

« Nous notons n’importe quelle opération. Quand bien même aurait-elle été structurée par des vaches, nous la noterions », affirmait un analyste de Standard & Poor’s (S&P) ((Les Echos, no. 20229, Marchés, mardi, 5 août 2008, p. 23, Notation de crédit, L’étau se resserre sur les agences de notation, BENJAMIN JULLIEN)) en août dernier. S&P ne constitue pas un cas isolé : ces géants de la notation ont un pouvoir de dictateurs sur nos dirigeants. Québec Solidaire a raison de dénoncer leur influence excessive: elles n’ont pas de leçons à donner au Québec.

En effet, lorsqu’on se permet de critiquer la gestion de la Caisse de dépôts et placement du Québec (CDP) et de donner des conseils au gouvernement comme le faisait S&P il y a quelques jours, on se doit d’être irréprochable, tant au niveau éthique que financier. Dans les deux cas, les agences de notation échouent lamentablement.

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(suite…)

L’intégrité d’Amir Khadir
1 janvier 2009

Il faudrait choisir. On se plaint du désabusement des jeunes vis-à-vis de la politique, de leur manque d’implication, et on blâme souvent la langue de bois des politiciens et leur cynisme, leur incapacité à être fidèles à leurs valeurs et à réellement travailler pour le bien commun. On les accuse d’être des girouettes, de cacher leurs véritables ambitions, d’être des affairistes, des opportunistes. D’être incapables de prendre position par peur de déplaire à une partie de leur électorat. D’être mous, des quasi-larves qu’on méprise.

Pourtant, lorsqu’un d’eux sort du lot et affirme haut et fort ses positions, on cherche à le faire taire. Tel cet enseignant du très conservateur Cégep de Sainte-Foy, Gilbert Gagnon, qui a porté plainte contre Amir Khadir parce que ce dernier a lancé une chaussure contre une image de George W. Bush.

On lui reproche quoi, au fait, au nouveau député de Québec Solidaire? On réprouve sa capacité d’être un humain contre les autres, qui puisse descendre à hauteur de rue plutôt que de vivre isolé dans ses bureaux ou une cossue résidence, et qui a des émotions et peut les exprimer. On réprime sa capacité à faire ce que la majorité des Québécois rêverait pourtant de faire: lancer une chaussure contre ce Bush qui a violé à peu près toutes les lois internationales durant son sanglant mandat à la tête des États-Unis. On le condamne parce qu’il a osé faire ce que beaucoup auraient fait eux-mêmes.

Sauf que ce n’était pas politiquement correct.

Évidemment que ce n’était pas politiquement correct. Mais le politiquement correct est précisément ce qui ne fonctionne pas dans notre démocratie. Nos élus n’osent plus dire ce qu’ils pensent parce que ce n’est pas politiquement correct. Nos représentants ne nous représentent plus. Ils changent leurs idées comme leurs chemises, mentent fréquemment, camouflent leurs véritables positions. Le politique des idées, des valeurs, des enjeux a capitulé devant les politicards de la petite politique des stratégies à la petite semaine et qui consiste à ne jamais rien dire qui puisse être controversé.

Au contraire, il en faudrait des dizaines d’Amir Khadir. Des politiciens qui vivent au niveau de la rue, qui peuvent serrer des mains et regarder leurs électeurs dans le blanc des yeux en disant « je vais me battre pour cet enjeu ». Des hommes politiques dont on connaît les positions et qu’on élit non pas en fonction d’un vote stratégique ou d’un jeu de chaise musicale mais parce que leurs valeurs sont connues et nous représentent.

Des politiciens qu’on connaît et qui nous connaissent.

On peut être en désaccord avec les valeurs prônées par Amir Khadir et Québec Solidaire. Beaucoup de gens dans une région aussi conservatrice que Québec ne se sentent pas rejoints par les enjeux sociaux défendus par QS. Ils ont le droit. Cependant, en cherchant à remettre le couvercle sur la marmite des idées, Gilbert Gagnon contribue à favoriser la langue de bois et à promouvoir une façon de faire de la politique qui empêchera les idées et les valeurs que lui et sa région peuvent avoir en commun de véritablement s’exprimer au niveau politique. Bref, en réprimant un député qui sort du lot il empêchera d’autres députés de se lever et de défendre ses propres valeurs à une autre occasion. Il se tire donc dans le pied.

En démocratie, le véritable pouvoir doit aller aux électeurs. Si un député agit excessivement, les électeurs ont le pouvoir de le condamner en lui retirant leur confiance lors des prochaines élections. Ceci dit, l’inverse doit également être vrai. Si un député ne fait rien du tout, fuit les débats, refuse de prendre position, vit sa vie comme une marmotte qui a peur de son ombre, les électeurs ont non seulement le pouvoir mais l’obligation morale de lui retirer leur confiance et d’élire un député qui les représente réellement. Et si aucun des deux principaux partis n’offre de candidats réellement authentiques et qui sauront se tenir debout pour ce qu’ils croient, les électeurs ont le même devoir de refuser ce petit jeu et de voter pour un autre candidat d’un parti mineur, même si celui-ci n’a pas de chance d’être élu.

La prochaine fois qu’on se plaindra du manque d’intérêt des jeunes pour la politique ou du fait que ceux-ci ne se sentent pas rejoints par les enjeux proposés, il serait intéressant de se rappeler que le problème ne vient peut-être pas du soi-disant manque d’intérêt de la prochaine génération quant aux affaires publiques, mais peut-être de leur lucidité vis-à-vis de députés qui ont abdiqué de leur rôle de protecteurs des valeurs citoyennes pour se soumettre à des intérêts partisans ou financiers qui échappent à toute forme de contrôle.