Non à (toutes) les taxes TV
14 octobre 2009

Si vous êtes comme moi et que vous écoutez le moindrement la télévision câblée, vous avez sûrement vu cette nouvelle campagne publicitaire intitulé « Non à la taxe TV ». Un jeune fendant genre « je suis dynamique et je vous emmerde » interroge de soi-disant badauds et leur demande ce qu’ils pensent de la nouvelle « taxe TV » devant leur faire payer 10$ de plus par mois pour financer des réseaux généralistes « faisant 400 millions de profits ». Demandé de cette façon, on imagine les réponses: une succession d’indignation et de haut-le-coeur pour cette infâme taxe.

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Pour ma part, ça me laisse plutôt de glace. Oui, je m’oppose à une telle taxe, car je crois que ce n’est pas aux plus pauvres de payer pour la télévision. Dix dollars par mois, c’est une journée de nourriture pour le travailleur au salaire minimum ou c’est du petit change pour le plus favorisé. On devrait financer adéquatement les télévisions publiques à même nos impôts, pour s’assurer que ce ne soient pas les plus pauvres qui écopent. La plus grande télévision du monde, la BBC, est presque intégralement financée par l’État britannique, grâce aux impôts.

Non, ce qui me dérange dans cette campagne, c’est l’impression d’être utilisé. Ce sentiment que d’une réunion de fin d’après-midi où on engloutissait des beignets en s’abreuvant de café soit née l’idée d’une campagne publicitaire m’interpellant – moi – pour me demander de sauver les fesses de Bell, Bell Aliant, Cogeco, EastLink, Telus et Rogers. L’idée que je ne suis qu’un vulgaire pion dans une stratégie marketing d’entreprises privées visant à s’opposer aux visées d’un organisme public (le CRTC) appliquant les volontés de nos élus. Cette sensation que je suis un idiot trop stupide pour comprendre quels sont leurs intérêts.

Oh, le slogan est gagnant: « Non à la taxe TV ». Court, percutant, facile à retenir, définit le débat selon les objectifs. Probablement un yuppie d’une firme de communication qui a trouvé ça. Et l’argument de poids, ces 400 millions de dollars de bénéfice d’exploitation; ça ne viendrait probablement pas à l’idée du citoyen lambda que nous payons nous aussi pour les télévisions câblées. Que nous avons financé, de nos poches, cette campagne.

En effet, ils sont nombreux ceux qui s’opposent aux taxes et aux impôts. Mais pensent-ils sérieusement que les compagnies privées, comme les télédiffuseurs, ne se financent pas sur notre dos? Quand vous payez 40$ par mois pour votre cellulaire, pensez-vous sérieusement que c’est le véritable coût qu’on vous charge? Il en coûte peut-être 5$ à Rogers ou Telus pour vous offrir votre téléphone. Le reste, ça va dans leur poche. C’est un impôt, une taxe.

Bien sûr, on me répondra qu’au moins on a le choix. Vraiment? C’est pareil partout. À l’épicerie, dans un magasin de vêtements, pour acheter une voiture, partout. L’impôt que vous ne payez pas à l’État, vous le payez au détaillant. C’est son profit. Et c’est cet argent qu’il gaspille ensuite dans des campagnes publicitaires pour vous convaincre de faire ceci ou cela ou d’acheter ceci plutôt que cela. Des milliards de dollars pour de la publicité, pour ces milliers de messages qu’on vous lance quotidiennement, ces centaines de milliers de spots publicitaires que vous avez subi depuis votre naissance. Remplacez tous ces messages par un seul, et vous avez une société hybride entre 1984 de George Orwell et Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. La terreur et le bonheur… imposés.

Non à la taxe TV. Évidemment, non à la taxe TV. Non à la taxe cellulaire aussi. Et non à la taxe de l’épicerie. Non à tous ces prix qu’on majore pour payer les profits d’entreprises privées qui vont ensuite gaspiller ces ressources dans une bureaucratie lourde et inutile ne cherchant qu’à faire encore davantage de profits. À nous taxer davantage, à nous faire payer encore plus cher ce qui ne leur coûte presque rien.

Un jour, un homme eut la brillante idée de mélanger du sucre, de la caféine et de l’eau, et sa compagnie vaut aujourd’hui des milliards de dollars en bourse. Ce qui ne coûte que quelques cents à produire se vend parfois un dollar ou davantage. Le reste – la balance – c’est une taxe cachée, celle du profit, celle des investissements.

Alors, non à la taxe TV. Non à toutes les taxes TV. Celle que veut nous imposer le CRTC, mais aussi – et surtout – celles des milliers de publicitaires qui affichent leurs sempiternelles conneries humaines à notre face et qui financent ainsi allègrement des télédiffuseurs privés dont le seul objectif semble être le profit.

Laraque et Octane 7.0: histoire de pitounes ou de sexisme?
13 octobre 2009

À une certaine époque, l’Église catholique mettait à l’index les oeuvres jugées séditieuses. Aujourd’hui – grande évolution – ce sont d’autres groupes qui s’en chargent. Certains regroupements féministes, par exemple, qui dénoncent la nouvelle publicité mettant en vedette le joueur de hockey George Laraque.

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Qu’on se dise d’abord les choses franchement: la publicité est nulle, le concept est nul, les comédiennes sont nulles et George Laraque a l’air du roi des nuls. Même le produit, Octane 7.0, une boisson énergétique alcoolisée (super de se saoûler avant d’aller suer, non?), me donne envie de lâcher l’alcool et me mettre au jogging. Le problème n’est pas là. On se fout de savoir si une publicité est nulle ou non ou s’il est acceptable socialement de proposer des boissons alliant un dépresseur comme l’alcool à un stimulant comme la caféine. Non. Le gros problème, dixit l’intelligentsia féministe, c’est qu’on y voit un peu trop de popotins féminins.

« Ce qui est dérangeant, c’est le nombre de stéréotypes [que la publicité] contient, expliquait Axelle Beniey, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle, à Radio-Canada. Elle contient beaucoup de stéréotypes sexistes. On a une bande de femmes insouciantes, à peine vêtues, la mine un peu niaiseuse ». Ah bon. Comprenons-nous bien: si les filles avaient été habillées d’un beau petit tailleur et qu’elles avaient eu l’air intelligentes, ça aurait été correct. Montrer des courbes, des fesses, des seins, des femmes allumées et excitantes, non non non. Et si jamais tu bandes, tu périras en enfer!

En fait, c’est l’éternel deux poids, deux mesures. La publicité dépeint constamment l’homme comme un gros zéro, au mieux comme un adolescent attardé incapable d’allumer un barbecue, au pire comme un chat se lançant dans les rideaux et exigeant sa pâtée. Ce genre de « stéréotypes sexistes » n’émeut personne. On n’assiste jamais à une conférence de presse de regroupements féministes réclamant que les hommes aient l’air un peu plus intelligents et affichent une mine moins niaiseuse. Non, les féministes s’occupent du méchant sexisme à l’égard des femmes, et tant pis pour les hommes.

Et si c’était en partie à cause d’un certaine féminisme revanchard et insensible à l’évolution de la société que de nombreux hommes ne savaient plus comment aborder une femme?

Car n’oublions pas: c’est bien entre autres choses la libido qui nous pousse les uns vers les autres. On pourrait même dire que le sexe mène le monde. S’acharner à s’opposer à toute vision sexualisée de la femme et à décrier quiconque affirmerait qu’on pourrait même s’intéresser au corps d’une femme pour ce qu’il est, soit un corps de femme, tout en courbes et en délices, est contre-productif. Ça nous éloigne les uns des autres. Ça nous divise. Ça dépeint le sexe comme étant quelque chose de mal.

À l’époque, le sexe dans la position du missionnaire et pour procréer. Aujourd’hui, dans le respect de la femme non-objet mais désirée sexuellement dans un contexte de non-infériorité et d’égalité. Attendez, répétez après moi: l’homme doit considérer la femme comme son égale, ce qui est normal, mais ne doit pas pouvoir l’apprécier ou la désirer avant la chambre à coucher.

On progresse, mais que c’est lent!

Faut-il se surprendre qu’autant de femmes se tournent vers des hommes venus d’ailleurs et n’ayant pas subi cet étrange conditionnement pavlovien où il faut apprendre à ne pas s’intéresser physiquement à une femme?  Des hommes qui, le moment venu, sont capables de penser un peu moins en haut et un peu plus en bas..

Et si on se prenait moins au sérieux? Oui, il y a des publicités qui dépeignent les hommes ou les femmes comme des idiots finis. Oui, des femmes ou des hommes sont parfois en petites tenues ou jouent des rôles dégradants. Et puis quoi, encore? Les filles de la publicité de Octave 7.0 ont effectivement l’air niaiseuses et pulpeuses, semblant offrir des heures de plaisir charnel bien davantage que des discussions passionnantes sur la philosophie quantique. Et alors? C’est la vie, non? L’homme qui va vers la femme, qui la contemple, qui la conquiert. La femme qui se pâme, qui montre ses atours, et se laisse ou non saisir? Pourquoi vouloir s’opposer à notre propre nature?

Si une femme ou un homme ne se sent pas respecté de cette façon, il ou elle a le droit de le dire et il est du devoir de l’autre de le respecter, mais ne devrait-on pas laisser chaque individu choisir?  Si une femme a envie de poser à moitié habillée et qu’un homme a le goût de la mater, si chacun y trouve son plaisir, pourquoi s’y opposer?

Au lieu de s’excuser, George Laraque aurait pu lancer le message qu’il est possible d’apprécier le corps féminin sans pour autant manquer de respect aux femmes. Il aurait ainsi davantage contribué à l’égalité des sexes que plusieurs décennies de débats vains sur ce que doit être ou ne pas être une femme ou un homme. Autrement dit: si un individu a le goût de regarder un autre individu du sexe opposé (ou du même sexe) et de fantasmer un peu, cela ne devrait pas constituer un frein à l’égalité, mais plutôt un profond stimulus nous rappelant qu’avant d’être égaux, nous sommes surtout complémentaires.

Et c’est de cette complémentarité, dans le respect d’un homme qui aime conquérir et d’une femme qui apprécie montrer ses formes, que peut naître la véritable égalité.  Celle qui nous donne le recul nécessaire pour considérer une publicité nulle d’un gars baraqué jouant au hockey avec des pitounes pour ce qu’elle est: une publicité nulle d’un gars baraqué jouant au hockey avec des pitounes.  Et non pas quelque dégradation imaginée méritant l’opprobre général et la mise à l’index.

Et si on remplaçait le Conseil du statut de la femme par un Conseil de l’égalité, ou mieux encore, de la complémentarité?

De l’utilité de la publicité
24 mars 2009

Au moment-même où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture et en pleine crise économique, le ministère des Affaires municipales a donné il y a deux semaines une subvention de 200 000$ à l’Association des agences de publicité du Québec (AAPQ). ((La Presse, La Presse Affaires, lundi, 23 mars 2009, p. LA PRESSE AFFAIRES1, Se vendre… à l’État, L’industrie publicitaire cherche une aide de Québec, Bergeron, Maxime)) Le but? Promouvoir Montréal comme « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord ».  Le site Montreal.ad, dont la version d’accueil est unilingue anglophone, est déjà en ligne. Faire de la publicité pour de la publicité avec l’argent public. Bravo.

Au fait, qu’est-ce que la publicité? Il s’agit d’une forme mesquine de manipulation jouant avec nos émotions et nos sentiments pour nous vendre divers produits. De l’art? Si l’objectif de l’art consiste à nous inciter à acheter un produit non pas sur la base de sa qualité intrinsèque mais parce qu’on nous a assez trompé pour le faire, peut-être. Dans tous les cas, il s’agit d’une formidable perte d’énergie sociale. On a beau vanter les 7400 emplois directs et 5500 indirects reliés à la publicité au Québec, quelle utilité ont réellement ceux qui font de la publicité? « Kossé ça donne? », dirait Yvon Deschamps.

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Rien. Ça ne donne absolument rien. Des ressources gaspillées. Des sommes d’argent qui auraient pu servir à produire des biens ou à offrir des services utiles. Collectivement, nous payons pour ces milliers d’emplois. Oui. C’est facile de toujours blâmer les employés du secteur public qui sont payés « avec nos impôts », mais à chaque fois qu’on achète un produit une partie de l’argent dépensé revient à des travailleurs du milieu de la publicité. Quelle utilité sociale ont ces travailleurs? Ils travaillent tous les uns contre les autres pour nous manipuler et nous convaincre d’acheter le produit X plutôt que le produit Y. On entretient ces salariés de la subjugation mentale avec notre argent.

Évidemment, le système capitaliste est ainsi fait. On a souvent dénoncé l’inefficacité des systèmes publics bureaucratisés, mais quand des milliers de personnes s’adonnent à un travail aussi inutile socialement que la publicité, on appelle cela de la « croissance » ou du « dynamisme ». Quand on pollue notre champ visuel de centaines d’affiches toutes plus insignifiantes les unes que les autres, on appelle cela le « progrès ».

Le monde est ainsi fait. Soit. Nous devons tolérer cette gargantuesque orgie publicitaire. D’accord. Mais pourquoi utiliser en plus nos impôts et nos taxes pour aider l’AAPQ?

Tiens, j’ai une meilleure idée pour faire la promotion de Montréal. On prend le 200 000$, on engage cinq employés municipaux supplémentaires et on les affecte à plein temps à la propreté du centre-ville. Je ne veux pas que Montréal soit la « capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord », mais j’aimerais beaucoup mieux que Montréal soit propre et accueillante. C »est encore la meilleure des publicités.

Quant à la « créativité » des publicitaires, on pourrait leur demander justement de s’en servir pour trouver d’autres sources de financement pour leurs projets. Il est déjà assez difficile de devoir supporter leurs réclames quotidiennes sans avoir en plus à utiliser les deniers publics pour les entretenir.  S’ils ont fait le choix d’oeuvrer dans un secteur où la manipulation constitue la règle de base, qu’ils le fassent à leurs frais, sans l’aide de l’État.

Avons-nous à être complices de notre propre aliénation?