Le SISP contre les couilles en or
14 décembre 2009

À chaque fois qu’un Lucide s’exprime, La Presse et autres médias à la solde d’intérêts privés se dépêchent de rapporter ses propos et de les présenter comme étant le « gros bon sens ». Quand le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) donne ses propres solutions économiques, on devient soudainement bien silencieux à l’office de propagande de la rue St-Jacques.

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Évidemment, je ne suis pas si naïf: la réfutation en règle des propositions du SISP viendra. On ne peut pas laisser impunément des « méchants syndicats » contaminer le débat public en insinuant qu’on pourrait parler d’économie autrement que pour décider de quelle façon on peut convaincre les plus pauvres de s’appauvrir encore davantage.

Pourtant, les suggestions du SISP sont intelligentes et bien équilibrées. Contre la folie du déficit zéro à tout prix, on rappelle la nécessité, pour l’État, de stimuler l’économie et d’assurer ainsi la croissance, comme cela s’est fait notamment aux États-Unis avec le plan Obama, quitte à revenir à l’équilibre budgétaire un peu plus tard. Contre les bouchers ne rêvant que de dépecer encore davantage nos services publics, on rappelle l’importance de les protéger. Contre l’aveuglement de la hausse des tarifs d’électricité, qui pénaliserait les plus pauvres, on suggère l’intensification de la lutte à l’évasion fiscale, une imposition plus équitable des plus hautes fortunes, l’imposition d’une taxe sur les produits de luxe, une augmentation des contributions des sociétés financières, l’imposition d’un impôt minimum aux entreprises rentables et un resserrement des crédits d’impôt et congés fiscaux des entreprises. Contre l’à-plat-ventrisme du gouvernement Charest face à Ottawa, on exige qu’il obtienne une compensation pour l’harmonisation de la TVQ et de la TPS, une mesure qui pourrait rapporter jusqu’à 2,6 milliards de dollars.

Or, ces propositions ne sont-elle pas, précisément, plus lucides et complètes que celles d’une certaine droite à la logique binaire, répétant ad nauseam qu’il n’y aurait de choix économique qu’entre des hausses de tarifs et des coupures dans nos services? Ne sont-elles pas plus complètes, elles qui s’intéressent notamment aux (trop) généreuses baisses d’impôts accordées aux plus nantis depuis une décennie?

Le problème, c’est la crédibilité, ou plutôt l’apparence de crédibilité que certains médias donnent à ce genre de propositions. Quand ce sont des syndicats – des organisations démocratiques au service de leurs centaines de milliers de membres – qui proposent, personne n’écoute. Mais si c’est La Presse, un quotidien à la solde d’intérêts privés et d’une minorité de bien-nantis, qui propage son petit catéchisme depuis 1884, soudainement, cela prend de l’importance. Il s’agit du deux poids, deux mesures typique d’une société de moutons qui en est venue à confondre ceux qui les flattent pour leur bien et ceux qui jaugent de la qualité de leur chair avant de les amener à l’abattoir.

En fait, il semble qu’il y a tout un discours à reconstruire. Il est devenu suspect, dans un Québec habitué à plus de vingt-cinq années de politiques économiques de droite, de vouloir s’attaquer aux privilèges indus et à ceux qui auraient les moyens de contribuer davantage au bien-commun. Avec fatalisme, on regarde une minorité s’enrichir grâce à notre force de travail, grâce à la cohésion sociale offerte par une société ne laissant pas ses plus pauvres à l’abandon, grâce à une éducation de qualité payée à même nos impôts, et on considère cette richesse extravagante comme un dû et cette nouvelle bourgeoisie comme devant être protégée des affres de mesures socialisantes voulant les priver du fruit de leur labeur. En clair: on sait où se trouvent les ressources, mais on préfère se battre entre nous pour les miettes plutôt que d’oser les récupérer. On préfère demander aux plus vulnérables d’entre nous d’écoper plutôt que d’avoir à augmenter les impôts des entreprises ou des mieux-nantis ou de s’opposer aux dogmes d’un libéralisme économique nous ayant conduit à cette crise.

Alors oui, peut-être que les recommandations du SISP sont orientées idéologiquement et visent à protéger les intérêts de leurs membres. Mais je préfère de loin l’idéologie d’une organisation démocratique au service de centaines de milliers de travailleurs et qui s’applique à chercher le véritable bien-commun à celle d’une minorité de propagandistes aux couilles en or qui, bien assis dans leur fauteuil en cuir de la rue St-Jacques, nous répètent que nous devons nous serrer la ceinture.

Ces petits princes de l’opinion se croient bien lucides lorsque vient le temps de nous demander de nous attaquer à nos « vaches sacrées », mais ils ne remettent jamais en question les mamelles privées desquelles ils s’abreuvent et grâce auxquelles ils nous fournissent, semaine après semaine, le même vieux fromage puant d’une servilité n’ayant que trop fermenté dans le vieux lait caillé d’une entreprise ne visant pas l’information des citoyens, mais plutôt son propre profit.

Les vrais terroristes
7 janvier 2009

Contrairement à ce que plusieurs pensent, c’est bel et bien Israël qui a violé le cessez-le-feu avec les Palestiniens quand les forces armées israéliennes ont investi Gaza le 5 novembre dernier pour détruire un tunnel qui servait, selon la propagande officielle, à acheminer des armes aux « terroristes » palestiniens. Il ne s’agissait pas d’une action intempestive, mais plutôt, comme le souligne le quotidien Haaretz, d’un plan secret bien en place depuis des mois et qui consistait à accepter un cessez-le-feu simplement pour se donner le temps de bien cartographier Gaza et préparer la guerre. Le plan exigeait seulement que le Hamas réagisse aux violations israéliennes du cessez-le-feu en recommençant à lancer des roquettes et voilà on pouvait entrer glorieusement dans cet espèce de camp de concentration à ciel ouvert et venger la défaite libanaise de 2006.

Sauf que tout ceci, c’est de la petite histoire. La guerre existe depuis des dizaines d’années, et elle a commencé à la fin des années 40 quand les Juifs ont expulsé les Arabes de villes comme Ashkelon, située à un peu plus d’une dizaine de kilomètres au nord de la bande de Gaza, puis ont occupé leurs maisons et leurs terres, contre toute forme de droit international. Puis la situation s’est répétée suite à la guerre de 1967, quand Israël a refusé de respecter la résolution 242 de l’ONU qui l’intimait de se retirer des territoires qu’elle avait annexés. Et qu’elle annexe toujours illégalement.

Toute l’argumentation d’Israël pour défendre sa guerre sale dans Gaza se base sur la menace des roquettes palestiniennes. Si d’un point de vue légal on peut immédiatement réfuter cet argument puisque de tuer des centaines de personnes à Gaza et détruire toute une communauté ne constitue pas une réplique « proportionnée », surtout quand Israël a en premier violé le cessez-le-feu, on ne doit pas oublier ceci: plusieurs de ces roquettes visaient des villes qui autrefois étaient palestiniennes et qui ont été sauvagement volées aux Palestiniens ou des territoires qui, en vertu du droit international, n’appartiennent même pas à Israël.

On peut malgré tout objecter que tout ceci constitue de la vieille histoire et qu’Israël a le droit de protéger ses habitants. Mais affirmer cela, c’est affirmer que la force doit primer sur le droit et que l’état de fait qu’est l’occupation illégale de la Palestine par Israël serait ainsi justifié non pas par la légalité mais simplement parce qu’Israël l’occupe depuis assez longtemps. En fait, c’est la stratégie israélienne depuis longtemps: voler les meilleures terres palestiniennes (Gaza n’a aucune réserve d’eau et aucune valeur; elle peut s’en passer) et espérer qu’en conservant et en colonisant ces nouvelles acquisitions pendant assez longtemps on créera un nouvel état de fait qui lui sera favorable. Affirmer qu’Israël a le droit de défendre ses citoyens qui vivent sur des terres qui légalement devraient appartenir aux Palestiniens revient à cautionner le vol de ces terres par Israël.

Imaginons la situation suivante. J’habite une belle petite maison en banlieue et un jour on vient m’y expulser, on me force à vivre dans une tente à l’arrière-cour et on habite ma maison de force. Je me plains, j’écris des lettres, je manifeste, j’appelle la police, mais personne ne fait rien, même si le vol de ma maison est illégal. Si bien qu’au bout de quelques décennies on oublie que cette maison est la mienne et lorsque je cherche à reprendre mon bien par la force, c’est moi qu’on blâme. C’est ça qui se passe actuellement en Palestine. On a volé le pays des Palestiniens, et ça fait tellement longtemps que plus personne ne veut se souvenir qu’on a fermé les yeux sur les nombreux crimes israéliens.

Et puis, au fait, que vaut la vie d’un Palestinien aux yeux du gouvernement israélien? Comme l’a écrit Tom Segev, dans le quotidien israélien Haaretz:

Israël aurait décidé de frapper les Palestiniens dans le but de « leur donner une leçon ». C’est là une considération qui accompagne l’œuvre sioniste depuis sa genèse : nous sommes les représentants du Progrès et des Lumières, de la raison complexe et de la moralité, tandis que les Arabes sont une racaille primitive et violente, des gamins qui doivent être éduqués et remis dans le droit chemin en utilisant – bien entendu – la méthode de la carotte et du bâton, comme le fait le charretier avec son âne.

Quand Barack Obama a affirmé, le 23 juillet dernier, que « aucun pays ne pourrait tolérer qu’une pluie de missiles s’abatte sur ses citoyens » et que « si ma maison dans laquelle dorment mes deux filles, était la cible de tirs incessants, je ferais tout pour les arrêter », pensait-il une seule seconde au calvaire que doit subir tout ce peuple « primitif » qui a été dépossédé de ses biens et qui doit maintenant lancer des roquettes pour se faire entendre? Mais non. Barack Obama a livré son premier discours en tant que candidat démocrate à la présidence devant le plus puissant lobby sioniste aux États-Unis. Faut flatter le porte-feuille dans le bon sens. Et surtout ne pas tenter de faire respecter le droit international en obligeant Israël à se retirer des territoires occupés. « Yes we can », c’est bon pour les caméras pendant la campagne; quand on est élu, on doit travailler pour ceux qui détiennent le vrai pouvoir.

Aujourd’hui, devant toute cette barbarie qui se déchaîne et qui est en train d’amener Gaza vers l’âge de pierre, je me questionne: qui sont les vrais terroristes? Ceux qui veulent le respect du droit international et la fin du vol des territoires palestiniens par Israël ou ceux qui appuient la force brute et l’état de fait imposé par les armes? Quand notre propre gouvernement appuie les crimes et les violations israéliens, n’est-il pas coupable d’appuyer, en notre nom, le terrorisme?

Dire qu’il fut une époque où les voyageurs ornaient leurs sacs à dos d’un drapeau canadien car le Canada avait une réputation sans tache à l’étranger.  Aujourd’hui, nous sommes devenus les complices de l’éradication systématique d’un peuple.  Nous sommes devenus des cibles.

Le bout du chemin pour le Bloc?
11 septembre 2008

Des lettres ouvertes, La Presse en reçoit des dizaines de milliers par année. Elles finissent, pour la plupart, à la fin du premier cahier, sous la section « Opinions », et si on gratifie les personnalités plus connues d’une photo et d’une demi-page, les autres n’ont droit qu’à un petit espace plus que limité où on y encastre leurs idées, n’hésitant pas à couper leurs textes s’ils ne s’y insèrent pas parfaitement.

Dans le cas de Jacques Brassard, cependant, on a mis sa lettre ouverte en première page du journal. À mon avis, il s’agit simplement d’une tentative de manipulation de l’opinion publique de la part de La Presse et d’une énième attaque camouflée contre le Bloc Québécois, la seule alternative sérieuse au Parti Conservateur au Québec.

Ceci dit, le débat est lancé, qu’on le veuille ou non. Et je suis d’accord avec le plupart des analystes et blogueurs qui qualifient l’analyse de Brassard de faible, voire simpliste, et qui dénoncent les idées très à droite de l’ex-ministre péquiste.

Chantal Hébert souligne l’extrême simplicité de son analyse:

La comparaison avec le NPD est simpliste. L’idée d’une déviation à tout crin vers la gauche ne résiste pas à l’analyse du travail du Bloc aux Communes.

La tête à Papineau publie deux textes que M. Brassard a déjà envoyés au journal Le Quotidien plus tôt cette année, où l’ancien homme politique qualifie les changements climatiques d’insignifiants et encense George Bush tout en affirmant que John McCain sera le meilleur pour lui succéder.

Le Lendemain de Brosse a écrit un texte particulièrement corrosif pour dénoncer le « torchon » de Brassard:

Il va sans dire que Brassard a une admiration sans borne pour les États-Unis, ce pays qui a réussi à créer 7 millions de nouveaux pauvres durant le règne de Bush, une ancienne superpuissance économique qui est maintenant l’ombre d’elle-même, un royaume devenu une cabane, où la pauvreté monte en flèche et la dégénération des services sociaux menace véritablement le fameux rêve américain. Et dire le contraire ferait de vous le porte-étendard de la gau-gauche à go-go, selon les Jacques Brassard de ce monde.

Même si le texte de Jacques Brassard est grosso modo un ramassis de préjugés et de pré-réchauffé semblant sortir tout droit du passé et dont un enfant de dix ans n’aurait pas la moindre difficulté à relever les incohérences, il y a un point sur lequel l’ex-ministre ne se trompe pas: le Bloc Québécois est effectivement désemparé d’avoir perdu ses chevaux de bataille qu’étaient le scandale des commandites et le déséquilibre fiscal.

En fait, et si vous me permettez de mettre de côté le vieil épouvantail Brassard, je crois que le Bloc est plus que désemparé: il s’en va nulle part. Et j’irais même plus loin: à mon avis, si la tendance se maintient, se sera la dernière élection du Bloc Québécois en tant que parti réellement majeur au Canada et en tant que super-puissance du Québec. C’est le bout du chemin qui s’annonce.

En effet, et comme je l’écrivais à propos du PQ il y a quelque temps déjà, le Bloc Québécois (tout comme son grand frère de Québec) est une coalition arc-en-ciel intégrant en son sein des gens aux opinions politiques extrêmement diverses et qui se situent en différents endroits sur le continuum gauche-droite et dont le seul ciment est l’option souverainiste. Un peu comme lorsqu’en période d’extrême-sécheresse la gazelle et le lion partagent un même plan d’eau, la seule condition empêchant aux gauchistes et aux droitistes de se livrer une lutte à mort est la perspective d’un idéal plus grand à atteindre: l’indépendance du Québec.

Voici ce que j’écrivais en mai 2007, à propos du Parti Québécois:

Si la raison d’être du parti est l’indépendance du Québec, il doit recréer cette coalition et décider que la prochaine élection est une élection référendaire. Pas de place pour un programme de gauche ou de droite risquant de semer la division: on promet que si on est élu on déclare l’indépendance et relance des élections dans le pays du Québec. Le PQ se saborde dès la souveraineté réalisée et on recrée des partis en fonction de nos allégeances de gauche ou de droite, comme en France.

Il y a exactement une semaine, j’écrivais que le rejet de l’option souverainiste par Pauline Marois équivaut à un sabordage du Bloc:

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Voilà. C’est exactement ce qui est en train de se produire: un souverainiste comme Brassard ne voit plus l’intérêt de voter pour le Bloc et préfère voter Conservateur.

Mais que se produirait-il si le Bloc effectuait un virage plus à droite? Car il faut l’avouer, si le parti est encore de centre-droit au niveau économique, il est résolument de centre-gauche sur de nombreuses autres questions, surtout morales. Le Bloc Québécois a pris un pari qui a fonctionné pendant quelques années: avoir un programme légèrement plus à gauche pour séduire l’électorat urbain tout en prenant pour acquis que les régions allaient toujours voter Bloc. À quelque part, on peut comprendre les régions de s’être senties délaissées. Mais le Bloc avait-il le choix?

Si le parti avait fait le pari inverse, c’est-à-dire s’il avait orienté ses politiques davantage vers la droite, notamment en appuyant la guerre en Irak, en s’opposant au registre des armes à feu et en n’appuyant pas Kyoto (le genre de mesures qu’aurait affectionné M. Brassard), il aurait perdu tous ses appuis dans la région de Montréal sans en conquérir de nouveaux en région. Bref, la situation n’aurait pas été meilleure.

Dans les faits, le Bloc est dans une situation impossible. Depuis que Marois a définitivement tué le projet indépendantiste, il n’y a plus rien qui puisse unir ce parti. Rien qui puisse justifier de voir le lion et la gazelle boire la même eau. La sécheresse est terminée; c’est le retour de la loi de la jungle. Le retour d’autres enjeux, ceux, éternels, de la lutte entre la gauche et la droite.

Dans ces conditions, je ne vois pas comment le Bloc Québécois pourra justifier sa présence au cours des prochaines années. Certes, il pourra défendre le « consensus québécois », mais malheureusement ce consensus n’existe que rarement. La plupart du temps, il y a de profondes divergences entre la région de Montréal, plus ouverte et sensible aux problèmes sociaux, et des régions aux idées plus conservatrices. Sans le parapluie protecteur du projet souverainiste, c’est la douche froide pour le Bloc Québécois, écartelé qu’il est entre son aile-gauche et son aile-droite.

À terme, la carte électorale risque de changer en profondeur. Le NPD pourrait établir de nouvelles places fortes à Montréal et le Parti Conservateur à Québec. Et le Bloc? Sans projet indépendantiste en vue, la seule question est de se demander s’il choisira une mort lente ou rapide.

Et s’il choisit de se battre? Alors il devra convaincre les péquistes de se débarrasser de Pauline Marois et de la remplacer par un vrai leader remettant le projet indépendantiste sur les rails.

Pendant que la droite continue sa propagande…
9 mai 2008

Pendant que la droite continue sa propagande quant aux prétendus avantages de la privatisation des soins de santé (lire: les avantages pour Power Corporation, qui est à la fois patron de Alain Dubuc et propriétaire de la compagnie Great West, une des plus importantes compagnies d’assurance dans la santé en Amérique du Nord), en Angleterre ils font face aux conséquences désastreuses des choix pris depuis quelques décennies par tous leurs gouvernements de droite (incluant celui de Tony Blair, qui a détruit l’héritage du Parti travailliste).

Voici à lire, bien loin dans un torchon de Gesca inc., le 22 février dernier.

Étude britannique sur les soins de santé

La sous-traitance au privé est un échec
par André Noël

La sous-traitance des soins de santé dans des cliniques privées a nui au réseau de santé public en Grande-Bretagne, indique une étude qui paraît aujourd’hui dans le British Medical Journal, alors que cette réforme est en train de se mettre en place au Québec.

Le réseau de la santé britannique fonctionne sur la base de National Health Services (NHS) auxquels s’apparentent, au Québec, les agences régionales de la santé et des services sociaux. En 2003, le gouvernement britannique a demandé aux NHS de sous-traiter une partie des soins dans des centres médicaux privés, une pratique qu’encourage désormais le ministère de la Santé du Québec.

En établissant un système de sous-traitance, le gouvernement britannique a indiqué qu’il visait à accroître l’offre de services des NHS et à réduire les temps d’attente pour les chirurgies électives. Ce sont exactement les mêmes objectifs que vise le ministre Philippe Couillard, avec la création de centres médicaux associés.

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« Cette politique de détourner les ressources limitées des NHS vers le secteur indépendant des centres de soins provoque la fragmentation et l’instabilité. Les lits et les services des NHS sont fermés pour que s’épanouisse le secteur privé lucratif. Malgré les assurances données par le secrétaire (ministre) de la Santé, Alan Johnson, la preuve disponible montre que le secteur privé fait des profits au détriment des patients, du public et des NHS. »

En 2006, à Londres, le comité sur la santé de la Chambre des communes a entendu des témoignages suggérant que certains centres privés offraient des soins bien en deçà des normes, ajoutent les chercheurs.

« Des organismes et des associations professionnels ont rapporté divers problèmes, comme l’utilisation de médecins formés à l’étranger et peu familiers avec les techniques chirurgicales des NHS, du laisser-aller dans la formation et la vérification, un manque de continuité des soins, et un grand nombre de litiges non résolus.

« Le Collège royal des chirurgiens d’Angleterre a fait état de preuves croissantes montrant que ces centres étaient incapables de gérer les complications, avec pour conséquence le transfert des patients dans les établissements existants des NHS. »

Les garanties initiales n’ont pas été respectées : les centres privés ont siphonné du personnel dans le réseau public, alors qu’ils n’étaient pas censés faire des embauches dans les NHS, ajoutent les auteurs. « Les définitions de pénurie de personnel ont été redéfinies pour faire en sorte que presque tout le personnel des NHS ait désormais le droit de travailler dans les centres privés. »

Les établissements publics se font parfois avoir en signant des contrats avec des centres privés, affirment les chercheurs. Ainsi, lorsque des retards ont empêché un fournisseur de services d’ouvrir un centre à temps, l’établissement public a quand même dû lui verser un million de livres (environ deux millions de dollars) pour les patients qui auraient dû y être traités pendant la durée du retard.

Source : La Presse, page A-7, 22 février 2008

Quel beau résultat. Alors que l’arrière-garde droitiste répète ad nauseam que le privé est la solution à tous les maux, on constate dans la RÉALITÉ que les arguments de ceux qui s’y opposent sont les meilleurs. Comme prévu, le personnel du public a été siphonné vers le privé. Comme prévu, il y a eu du laisser-aller dans la formation et la vérification (le but est de faire du profit, pas de former ou de vérifier, après tout). Comme prévu, le secteur privé fait des profits au détriment des patients et des contribuables. Et comme privé, la qualité des soins offerts dans le privé est inférieure à celle dans le public.

Et c’est cette pilule-là qu’on veut nous faire avaler de force?

NON MERCI!

Du coquelicot à la fleur de pavot?
12 novembre 2007

Tous les ans, on le voit réapparaître sur les manteaux et les chemises de tous les bien-pensants soucieux de leur image, vers la fin octobre ou le début novembre: le coquelicot. Cette fleur représente un hommage aux sacrifices des soldats de la Première guerre mondiale, qui fut par la suite étendu aux autres guerres d’importance.

Mais pourquoi le coquelicot? Simplement parce que les terrains crayeux de la Flandre furent surchargés de chaux pendant les combats, ce qui constitue le sol le plus fertile qui soit pour cette fleur. Ainsi, elle apparut durant la guerre, en même temps que les morts, et elle disparut par la suite, lorsque la chaux fut bien absorbée par le sol.

Le lieutenant-colonel John McCrae écrivit le poème « Au champ d’honneur » en mai 1915, et c’est à partir de celui-ci que commença dans l’imaginaire collectif ce lien entre la fleur et les guerres.

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts,
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici,
Au champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés,
À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon
Les coquelicots se faneront
Au champ d’honneur.

L’honneur, la patrie, le sacrifice. Des guerres où on se battait pour nos valeurs, pour notre liberté. Une guerre où les soldats étaient des héros, dont les actions étaient célébrées et acclamées car elles étaient justes. Une vraie guerre, de vrais soldats courageux, au front pour nous.

Rien à voir avec la guerre en Afghanistan, cette guerre de l’empire de la drogue. Une guerre où les soldats ne savent plus qui ils attaquent, ni pourquoi ils attaquent. Une guerre où on se terre dans des campements cachés pour attaquer l’ennemi de nuit, trop peureux pour accepter le corps à corps. Une guerre où les soldats canadiens sont plus occupés à fumer du pot ou à s’injecter de l’héroïne (il faut bien que les plantations de pavot qu’ils protègent servent à quelque chose) qu’à protéger nos soi-disant libertés.

Une guerre sans envergure, menée par des lâches au service d’intérêts financiers n’ayant rien à avoir avec qui que ce soit ici.

Le coquelicot est peut-être dépassé, au fond. Ne devrions-nous pas le remplacer par la fleur de pavot, qui représente de mieux en mieux cette guerre? Voilà qui serait certainement un contre-poids à la pathétique propagande de l’armée canadienne consistant à mettre de petits « support our troops » au centre de coquelicots rouges, essayant de faire un lien entre les héros des guerres mondiales et les lavettes sans conscience qui vont se droguer en Afghanistan…

Dans une guerre injuste, ceux qui la mènent sont le bras armé de l’injustice et s’ils ne sont pas assez intelligents pour prendre conscience de la gravité de leurs gestes et se rendre compte qu’ils n’ont PAS l’appui de la population, alors ils méritent de sombrer dans l’oubli, loin, très loin des héros qui ont combattu lors des guerres mondiales.

Car la guerre est une solution de dernier recours; ça ne doit pas être un outil parmi d’autres aux mains d’une minorité de nantis qui veulent refonder le monde selon leurs intérêts.

Nouvelle-poubelle
2 octobre 2007

La « nouvelle » de La Presse à Power Corporation, selon laquelle Gilles Duceppe prendrait sa retraite au lendemain des prochaines élections, est du journalisme de poubelle et une opération de désinformation au profit des Libéraux.

Ceux-ci, on le sait, sont au prise avec un grave problème de leadership, mais sont tout de même tentés de voter contre le discours du trône de Harper. Si le Bloc vote lui aussi contre, on va en élections et les Libéraux risquent d’en manger toute une.

Alors voilà, puisque La Presse de Power Corporation a de profonds liens avec le PLC (on se rappelle des liens personnels entre les Desmarais et la famille Chrétien), celle-ci veut absolument éviter la défaite du parti. Et le meilleur moyen d’y arriver est de donner du temps à la grogne d’avoir raison de Dion (pour le remplacer peut-être par Ignatieff, par exemple), et donc d’inciter le Bloc à ne pas précipiter le pays en élections.

Bref, en lançant le message que Duceppe quitterait au lendemain des élections, on incite le parti à éviter ces dites élections de peur de donner trop de munitions aux adversaires politiques ou de faire douter l’électeur indécis.

En terme de marketing désinformant, La Presse a fait un bon coup. Mais en terme de respect de la vérité et de journalisme sérieux, le journal confirme encore une fois sa profonde tendance jaunissante et le peu de crédibilité qu’on peut lui accorder.

Après les blogues poubelles, on a maintenant les journaux poubelles.

La désinformation de Gesca III
10 mars 2007


Nouvelle tentative de Gesca inc. aujourd’hui de faire déraper la campagne électorale. Voici le titre du texte: Philpot embarrasse de nouveau son chef.

À quoi s’attend-on en lisant un titre pareil? On croit qu’il a dit quelque chose de déplacé suite à la dernière controverse sur le Rwanda made by LaPresse (voir La désinformation de Gesca II). On se dit qu’il en a rajouté, ou encore qu’il a dit quelque chose de controversé encore une fois ces derniers jours.

Mais quand on lit le texte, on se rend compte qu’il s’agit d’une simple phrase tirée d’un livre… publié il y a deux ans! Philpot y écrit que la nomination de Michaëlle Jean comme gouverneure-générale était une manière de légitimer le coup d’État en Haïti, coup d’État auquel le Canada a participé. Bon, ok, c’est légèrement controversé, surtout concernant Michaëlle Jean. Mais on a dit bien pire à son sujet. Et pour le coup d’État, c’est effectivement ce qui s’est produit, selon le très respecté intellectuel Michel Chossudovsky.

Encore une fois, on voit Gesca inc. et son empire s’immiscer dans la campagne électorale et chercher à imposer son agenda politique. Non seulement le fait-elle en mettant en première page des textes qui devraient se retrouver très loin dans le journal, mas elle met au travail ses chroniqueurs et même ses blogueurs dans son entreprise de désinformation.

Quand vous lisez La Presse, Le Soleil, ou que vous visitez Cyberpresse, n’oubliez pas que vous lisez la vision du monde selon Gesca inc., qui appartient à Power Corporation, une entreprise hyper-puissante qui a des intérêts majeurs dans de nombreuses entreprises qui profiteraient de politiques économiques plus à droite, telles que proposées par le PLQ et l’ADQ.

Ne l’oublions jamais: 97% de la presse au Québec est contrôlée soit par Power Corporation, soit par Quebecor.

Et ces deux entreprises ont le même agenda politique: s’enrichir à tout prix.