Le connard se rebiffe
5 janvier 2011

Quand j’écrivais, dans mon dernier texte, que l’ultradroite « s’auto-nourrit d’un discours à ce point extrême qu’il lui faut modifier jusqu’à la réalité pour pouvoir tenter de faire passer ses folles idées », j’étais loin de me douter qu’on me donnerait une occasion aussi facile de le démontrer. C’est pourtant le cas, alors qu’on me signale, aujourd’hui, que le sbire de Quebecor, Michel Hébert, s’improvise blogueur de fond de ruelle et me qualifie de connard dans un torchon où il tente maladroitement de faire croire, à l’opposé de tout bon sens, que le Québec serait une société de gauche.

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Citons l’employé de Quebecor:

Vous pensiez aussi que nos programmes sociaux étaient d’une mouture socialiste? Vous étiez dans l’erreur. C’est la droite, voire l’ultradroite désormais, la pire qui soit, qui nous a donné tout ça.

Les garderies étatiques, l’assurance médicaments, l’assurance agricole, les congés parentaux, l’aide sociale, l’allaitement subventionné, les congés maladie accumulés, la procréation assistée, les traversiers sous les ponts, la gestion de l’offre (le gonflement des prix) du lait, du beurre et du sirop d’érable, le Conseil des aînés, de la femme, de la jeunesse (branchée), de la famille et de l’enfance ou des relations interculturelles, l’Office des handicapés, de la jeunesse et de la Walonie-Bruxelles. La Régie des rentes, celle du logement et, la plus drôle de toutes, la Régie du bâtiment.

Il s’agit d’un beau pudding indigeste que nous présente l’homme de main de Pierre-Karl Péladeau. Dans son délire hallucinatoire, Michel Hébert imagine une sorte de Cuba du nord socialiste où interventionnisme et gauchisme se mélangent indifféremment. À l’opposé de mes propres affirmations – comme quoi le virage néolibéral a commencé au tournant des années 1980 – il cite notamment un ministère du bien-être social créé en 1940 et une Régie des rentes datant de 1965. Il mélange aussi la question de l’allaitement, des congés payés et d’une procréation assistée payée par l’État exigée par… Julie Snyder, la femme de Pierre-Karl Péladeau! C’est dire à quel point l’homme est mêlé! On peut également se demander en quoi la Régie du bâtiment fait tant rire notre homme, alors que cette institution, loin de constituer un dangereux repaire de gauchistes, inspecte plutôt les bâtiments pour en établir la sécurité. À Sugarloaf, où un télésiège a déraillé, on aurait sûrement aimé avoir une telle régie…

Malgré quelques gains pour la classe moyenne à propos des CPE et des congés parentaux, les trente dernières années ont plutôt été celles d’un lent recul de l’État en tant qu’appareil permettant la redistribution de la richesse. Pendant que Hébert parle de lait, de beurre et de sirop d’érable, comment pouvons-nous oublier les désassurances dentaires de 1982, les désassurances de physiothérapie de 1988, les désassurances pour les soins de la vue de 1992? Comment faire abstraction des accords de libre-échange, nullement remis en cause par aucun des principaux partis politiques du Québec, et qui permettent à des entreprises de fermer leurs usines du Québec pour produire dans d’autres pays, mettant les travailleurs du Québec en compétition avec ceux du tiers-monde? Comment oublier le sauvage déficit zéro de Lucien Bouchard, ayant fermé des hôpitaux et envoyé à la retraite nombre d’infirmières qualifiées? Comment faire abstraction des hausses constantes des frais de scolarité, qui ont contribué à réduire l’accès aux études supérieures? Comment oublier les grandes envolées lyriques de Pauline Marois en faveur de l’enrichissement individuel?

De la même manière, pendant que des illuminés à la solde du grand capital, Éric Duhaime, Michel Hébert ou autres exégètes du néolibéralisme le plus radical, parlent de l’embonpoint de l’État, celui-ci rapetisse lentement, mais inlassablement: près de 28% du PIB en 1992 contre seulement 23% en 2009. Les réformes des gouvernements de droite du Parti Québécois et du Parti Libéral du Québec, qui imposent le renouvellement d’un seul poste de fonctionnaire sur deux, font augmenter la pression sur notre État et réduisent sa capacité à offrir des services de qualité aux citoyens.

Parallèlement, les baisses d’impôts des gouvernements péquistes et libéraux, qui ont surtout profité aux mieux-nantis, totalisent près de dix milliards de dollars. Autant dire qu’elles sont la première cause du déficit actuel. Josée Legault a bien expliqué ce phénomène:

Leur stratégie fut baptisée « affamer la bête ». Elle commence par une réduction d’impôts – un geste toujours populaire. Puis, les revenus de l’État étant diminués, à la moindre crisette, le déficit augmente ou réapparaît. Les gouvernements se disent alors « forcés » de couper les services publics. Et une fois qu’on a bien « affamé la bête » étatique en baissant les impôts souvent au bénéfice des entreprises et des mieux nantis, ils coupent dans les services publics pour retrouver un équilibre budgétaire qu’ils ont détruit eux-mêmes.

C’est le plan de match actuel. Ouvrez votre téléviseur, entendez Quebecor vous radoter les mêmes vieilles histoires du « Québec dans le rouge » avec les mêmes vieilles solutions du désengagement de l’État. La droite se réjouit.

Pourtant, on se retrouve avec une crise économique largement causée par des politiques fiscales de droite – ici et ailleurs – et qui ont mené vers la faillite des pays comme l’Islande et l’Irlande, deux États ayant largement privatisé leur économie et suivi à la lettre les diktats néolibéraux. Même François Legault vantaient les impôts ridiculement bas de l’Irlande, qu’on a déjà appelé le tigre celtique (paix à son âme). Aujourd’hui, ces deux pays sont ruinés. Et la Grèce, qui a elle aussi largement déréglementé son économie, n’est pas loin derrière. Si le Québec s’en tire mieux – avec une dette en pourcentage du PIB dans la moyenne des pays de l’OCDE – cela n’empêche pas l’ultradroite de rêver de dépecer encore davantage notre État.

Ce qu’il y a d’important à dire à propos de ces gens qui, comme Michel Hébert, manipulent la population en se servant de la plateforme journalistique de Quebecor, c’est qu’ils n’ont pas de projets. Ce sont des haineux de toute forme de collectivisme et qui pensent qu’ils pourraient mieux s’en sortir en prônant des politiques favorisant les mieux-nantis, c’est-à-dire leurs patrons ou, ultimement, eux. Ils parlent contre les syndicats – pourtant les organisations démocratiques directement tributaires de l’existence d’une classe moyenne – mais n’ont rien à proposer de crédible pour les remplacer. Leur valorisation maladive de l’enrichissement individuel n’a d’égale que leur ignorance d’une histoire pourtant riche d’enseignement; les idéologies collectivistes sont apparues précisément parce que le libre-marché du dix-neuvième siècle a échoué. Or, que proposent-ils de différent pour éviter les même travers? Rien! Moins d’État, moins d’État, et qu’on laisse le loup et le mouton gérer leur propre cohabitation!

Henri Lacordaire affirmait: « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. » L’ultradroite veut devenir cette force égoïste qui, tel le surhomme de Nietzsche, s’élève au-dessus de la masse. De son point de vue, rien n’est plus beau, rien n’est plus grand. Mais que vaut l’élévation si elle n’est rendue possible que par le travail d’une masse d’individus désolidarisés, en perpétuels conflits les uns contre les autres, et qui ne peuvent plus rien entreprendre collectivement? Que vaut la force quand on vend au plus offrant tout ce qui fait notre fierté collective?

Je suis peut-être un connard, mais je suis un connard qui pense au bien commun et qui n’occupe pas ses journées à jouer les scribouilleurs d’un empire médiatique ayant annihilé ses anciens idéaux journalistiques de rigueur et d’objectivité.

Je suis peut-être un connard, mais je peux encore me regarder dans le miroir sans avoir à m’inventer un monde parallèle où la droite, après trente ans au pouvoir et forte de tous ses médias et des trois principaux partis politiques de l’Assemblée nationale, constituerait l’alternative.

Je suis peut-être un connard, mais je n’ai pas besoin de jouer les gratte-papiers prostitués qui étalent leurs préjugés et leurs opinions pré-conçues comme d’autres jouent avec leurs excréments.

Je suis peut-être un connard, mais contrairement à Michel Hébert, je peux marcher la tête haute.


N.B.: Depuis la parution de ce billet, Michel Hébert a modifié le titre de son texte.

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Nous sommes tous Islandais
27 octobre 2009

Finis les Big Mac en Islande! La multinationale aux arches dorées a décidé de fermer boutique dans le pays. La cause? La profonde crise dans laquelle est empêtrée le pays, et la dévaluation de plus de 50% de la monnaie nationale, éliminant toute possibilité de profit pour McDonald’s lors de l’importation de ses matières premières. Une crise causée par des mesures économiques très à droite, presque libertariennes, et qui ont conduit l’Islande à la faillite.

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En 1984, Milton Friedman, le gourou du néolibéralisme qu’on cite allègrement dans les officines du Conseil du Patronat du Québec et qui constitue une des idoles de André Pratte, l’éditorialiste en chef de la putain de la rue Saint-Jacques (dixit Olivar Asselin), a donné une conférence à l’université d’Islande et participé à un débat télévisé l’opposant à des dirigeants socialistes. Il a fait une forte impression sur toute une jeunesse conservatrice du Independance Party et a ainsi contribué indirectement à l’élection du parti en 1991.

Dès son arrivée au pouvoir, le Independance Party a commencé ses réformes. Durant les dix-huit années qu’a duré son règne à la tête du pays de 320 000 habitants, il a privatisé les pêcheries, des parcs naturels, a donné à une compagnie privée le génome de tous les habitants du pays, a privatisé l’historique médical, les banques (qui ont été « achetées » par des proches du premier ministre), la principale compagnie de télécommunication, alouette. Il a privatisé presque tout ce qui pouvait l’être. Et il a appliqué le petit catéchisme néolibéral à la lettre: il a réduit l’impôt des entreprises de 50% à 18%, il a baissé les taxes et il a appliqué un impôt unique, cette « flat-tax » tant vantée par certains droitistes.

L’illusion a fonctionné pendant un certain temps. Une opulente richesse, dans les mains d’une minorité, a déferlé sur Reykjavik, la valeur des propriétés a augmenté, les miroirs se sont coordonnés pour donner l’illusion de la croissance et de la prospérité. Mais au premier coup de vent, le château de cartes s’est effondré.

Les banques privatisées – et leurs dettes équivalentes à 10 fois le PIB du pays – ont du être renationalisées en catastrophe. On a soumis une candidature expresse pour l’Union européenne, espérant le sauvetage. On s’est mis à genoux devant le FMI, qui avait déjà lui-même secouru l’Argentine après que ce pays eut appliqué ses propres politiques de droite, et on fait face à une chute de plus de 10% du PIB en 2009, le pire résultat depuis l’indépendance du pays, en 1944. L’endettement de l’Islande a atteint 70 milliards, une somme titanesque pour un pays comptant moins d’habitants que la ville de Québec.

Le pays est ruiné.

Ainsi, quand on veut augmenter mes tarifs, je fais un Islandais de moi-même et je dis: « Nei! ». Quand on majore les frais de scolarité, je réponds « Nei! ». Quand on refuse d’imposer adéquatement les mieux nantis, je rétorque « Nei! ». Quand on veut m’imposer des PPP, je réplique « Nei! ». Et quand on me dit que ces réformes de droite constituent le « gros bon sens », je m’époumone à crier « NEI! ».

Aujourd’hui, nous sommes tous Islandais. Nous avons vu ce que nous avons à attendre des gourous d’une droite habile dans ses discours créateurs d’illusion de richesse, mais qui se terre dans les bras du gouvernement au premier coup de vent. Les théories économiques de Milton Friedman, qui considérait l’Islande comme son utopie réalisée, ont perdu toute crédibilité.

Et si on osait l’équilibre, une véritable social-démocratie refusant les dogmes et l’idéologie d’une minorité d’exaltés désireuse de mettre la main sur nos richesses collectives?

Un peu de ketchup avec votre Big Mac?

Réhabilitons l’État!
3 décembre 2008

le-neoliberalisme-detraque

« Ça coûtait deux fois moins cher en Californie », me disait l’homme à la casquette, d’une quarantaine d’années, qui conduisait probablement un vieux pick-up que j’imaginais souillé de boue et – qui sait – arborant une queue de renard sur son antenne de radio.
– Mais combien ça coûte te faire soigner en Californie? Mon père a été aux urgences et ça lui a coûté deux milles dollars par heure!
– Le gouvernement, c’est toutes (sic) des crosseurs, qu’il me jappa au visage.
– Le gouvernement, c’est nous. Nous choisissons ce gouvernement et nous avons le pouvoir de le faire et de le défaire. C’est ça la démocratie, que je lui ai répondu.
– Coudonc (sic), t’es-tu un politicien?

* * *

Comment en vouloir à un tel homme, qui vit depuis des années dans un système où des politiciens promettent mers et monde pour ensuite se plier aux exigences du capitalisme sauvage et qui règlementent, privatisent, et poussent à la misère une large partie de la population, sous prétexte de déficit zéro de l’État (mais pas le déficit des individus, lui!) ou de soi-disant « lucidité ».

Comment un tel individu pourrait-il avoir une vision positive de l’État alors que depuis vingt-cinq ans nous avons des gouvernements qui cherchent insidieusement à le dépecer, à le réduire à une maigre peau de chagrin?

Heureusement, ou malheureusement, c’est dans la douleur qu’on réalise nos erreurs. Les dérèglementations ont échoué, la croissance à crédit également. L’endettement atteint des niveaux records, et le système craque de partout. Même les États-Unis, néolibéraux parmi les néolibéraux, ont nationalisé banques et compagnies d’assurances. Même les plus radicaux des capitalistes les plus sauvages ont perdu confiance dans le marché. Ils ont – enfin! – compris que le marché ne peut pas tout.

En effet, comment peut-on sérieusement croire que la somme des bénéfices individuels peut représenter un bénéfice collectif? Si on laisse le marché agir, qui empêchera des promoteurs de défigurer un littoral? Qui protégera l’environnement? Qui gérera l’excès d’automobilistes sur les routes, cause d’une hausse de tarifs de compagnies de transport en commun dont on a exigé qu’elles fassent des profits? Qui paiera les coûts sociaux de la précarité, de la pauvreté?

Le marché ne peut pas tout. Nous avons besoin d’un État fort pour le structurer, pour permettre aux forces créatrices de travailler dans le même sens afin d’éviter cette anarchie institutionnalisée que ces extrémistes appellent « libre-marché ».

Aujourd’hui, on réalise que le marché a échoué. Il faut réhabiliter l’État, un outil certes imparfait, mais qui a le mérite de nous représenter et d’être le moins pire des systèmes.

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Mario Dumont veut vous séduire
14 novembre 2008

Que fera Mario Dumont pour nous séduire la prochaine fois?

Mario Dumont est prêt à tout pour nous séduire. C’est le roi du contenant vide, de la pizza indigeste qu’on nous fait passer pour de la haute gastronomie et des clips de douze secondes qui semblent avoir été montés pour séduire un électorat pré-pubère. Tantôt il propose de couper les commissions scolaires, tantôt il fait rire la gallerie en proposant de couper 2 milliards $ dans nos services en pleine crise financière (alors que tout le monde sait qu’il faut au contraire davantage dépenser en période de crise, afin de stimuler la consommation), tantôt il désire mettre fin aux programmes des régions ressources, et maintenant il désire américaniser notre système de santé en permettant une saignée des professionnels du public vers le privé et en refilant la facture aux usagés les moins bien nantis, alors qu’il a été démontré et redémontré qu’un tel système est plus coûteux et moins efficace pour soigner un maximum de gens.

Ça fait maintenant une quinzaine d’années que Mario Dumont gagne sa croute en manipulant les gens, en les faisant vibrer grâce à leurs préjugés de droite et en simplifiant à l’excès des problématiques complexes pour essayer de gagner des votes.  Quinze ans qu’il change ses politiques à la petite semaine, s’entourant de gens les plus médiocres et les moins compétents. Quinze ans qu’il propose déréglementations, privatisations et dépeçage de l’État alors qu’on constate maintenant que de telles politiques ont conduit l’économie américaine – et mondiale – au bord du gouffre. Quinze ans qu’il bloque notre parlement et qu’on le fait vivre grassement pour atteindre son seul but: prendre le pouvoir et démolir ce que nous avons mis des décennies à construire.

Mario Dumont est dangereux. Non seulement est-il d’une incompétence légendaire dès qu’il est question d’autre chose que de clips de douze secondes, mais son amateurisme et ses politiques de girouette mèneraient le Québec vers une instabilité encore plus grande que maintenant. Il est en chute libre dans les sondages, et j’ose croire que les gens un peu partout en régions se sont réveillés et on constaté que la seule place d’où M. Dumont ne changera jamais d’idée et où il sera à son aise, ce sera dans les poubelles de l’Histoire, aux côtés d’autres politiciens et mouvements passéistes dont on a heureusement réussi à se débarrasser par le passé.

L’orphelinat politique
6 novembre 2008

L'orphelinat politiqueJe ne voulais pas écrire un billet où je m’en prends à Mario Dumont; j’ai presque bâti ma réputation de blogueur en le démolissant et, honnêtement, en ce moment je l’ai un peu pris en pitié. Soyons réalistes: Dumont a raté son coup, son parti s’en va nulle part, ses députés le quittent, et il en est rendu à proposer des mesures désespérées pour espérer attirer l’attention médiatique sur son parti, tel un enfant turbulent qui met son caca sur les murs pour que ses parents s’occupent de lui. (Mario Dumont mérite-t-il une meilleure comparaison, lui qui parlait de ses ex-députés en disant, à la télévision, que ceux-ci « faisaient dans leurs culottes »?) Dernière stupidité en liste: sa proposition de privatisation partielle d’Hydro-Québec.

Comment ne pas s’étonner que du flot quasi-ininterrompu de conneries qui peuvent émaner de sa bouche, Mario Dumont puisse encore trouver l’imagination nécessaire pour débiter de telles aberrations? Hydro-Québec est, avec la SAQ et quelques autres entreprises publiques ou semi-publiques, un fleuron québécois, apportant des milliards $ à chaque année à l’État. Vouloir privatiser, même partiellement, une entreprise aussi rentable relève d’une stupidité innommable et d’un manque flagrant de vision à long terme; pense-t-on sérieusement à se chauffer tout l’hiver en utilisant le bois de la galerie? Mais que ferait-on ensuite, le printemps venu? Quand des entreprises sont aussi rentables que Hydro-Québec ou la SAQ, on doit les conserver, car ces profits profitent à tous.

Ceci dit, quelle alternative y a-t-il à Dumont? Veut-on sérieusement élire un Jean Charest qui nous a démontré son incapacité à être à l’écoute de la population lorsqu’il est majoritaire? Les écoles juives, le Suroît, la privatisation du Mont-Orford, les hausses des frais de scolarité, ça vous dit quelque chose?

Et Pauline Marois; veut-on vraiment d’une vieille bourgeoise hautaine et prétentieuse pour diriger le Québec? Marois représente la continuité directe de Lucien Bouchard et de ses politiques de droite qui ont transformé le parti en un clone soi-disant souverainiste du Parti Libéral. En ce moment, tant l’ADQ, le PLQ et le PQ proposent des « solutions » de droite, et ce ne sont pas les mesures d’aides aux entreprises proposées par le PQ ce matin qui me feront changer d’idée (notons au passage que l’appui à l’offre, comme le propose le PQ, est une des vieilles stratégies de la droite et que cette stratégie s’est avérée inefficace lors de la grande crise des années 30).

Conséquemment, que reste-t-il pour le social-démocrate indépendantiste que je suis? Pas grand chose. À la limite, si le PQ ne s’était pas débarrassé de son idéologie souverainiste, j’aurais pu voter pour ce parti de droite en me bouchant le nez. Mais désormais, je n’ai plus aucun intérêt à donner mon appui à celui-ci.

Mes idées n’ont jamais changé, ni même mes valeurs, mais le virage à droite du PQ m’a en quelque sorte expulsé du champ des principaux partis politiques, un peu comme furent laissés orphelins les militants de centre-gauche quand le Parti Démocrate états-unien ou le Parti Travailliste britannique laissèrent tomber leurs thèmes de redistribution de la richesse et de lutte contre des élites s’appropriant les richesses collectives pour embrasser les dogmes néolibéraux. Le Parti Québécois préfère-t-il plaire aux idéologues de droite de La Presse plutôt que d’aller chercher mon vote?

Ainsi, je vais probablement voter pour le Parti Indépendantiste aux prochaines élections si celui-ci peut se sortir de sa grogne interne des derniers mois. Sinon, je risque de voter pour un indépendant ou un parti encore plus marginal. Pour une rare fois, je trouve difficilement ma place sur l’échiquier politique; on a jugé que mes positions ne valaient plus la peine d’être défendues, et moi je décide que ces partis qui m’ont tourné le dos ne méritent pas mon vote.

Car je suis social-démocrate et indépendantiste, donc je ne suis pas péquiste. Je ne suis pas prêt à me boucher le nez pour un parti à peine moins pire que l’ADQ et dirigé par une vieille matante qui a autant de charisme que ma table de cuisine. Et Québec Solidaire? Il est hors de question que je vote pour un parti imposant un quota de femmes chez ses candidats; je suis pour l’égalité des sexes et je crois qu’on doit choisir quelqu’un en fonction de ses idées et pas de son sexe ou de sa race.

Alors, bref, je suis orphelin. On ne veut pas de mon vote. Suis-je le dernier social-démocrate indépendantiste au Québec?

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Philippe Couillard: une odeur de corruption
20 août 2008

Comme le souligne cet article dans La Presse, Philippe Couillard a signé deux décrets favorisant le secteur privé dans la santé, et ce, au moment où il réfléchissait déjà à la possibilité de se joindre au groupe Persistence Capital Partners.

Dans un arrêté ministériel signé du ministre Couillard le 18 juin, le gouvernement a adopté la liste officielle d’une cinquantaine de «traitements médicaux» qui pourront maintenant être dispensés dans un «centre médical spécialisé», une clinique privée. Or, dès le jeudi 19 juin, des médias ont révélé que Philippe Couillard quittait la vie politique. Le mercredi suivant, le jour où il a confirmé sa démission, le gouvernement adoptait par décret une modification au règlement sur les frais exigibles pour l’octroi d’un permis de centre médical spécialisé. En réduisant de moitié les frais demandés aux gestionnaires de cliniques privées, le gouvernement se retrouve maintenant à assumer une partie des coûts pour l’analyse des dossiers et la délivrance des permis.

Il y a désormais deux choses qui devraient maintenant être très claires pour tout le monde. Tout d’abord, si Couillard espérait un jour faire un retour par la grande porte et remplacer Jean Charest à la tête du Parti Libéral du Québec, ses chances sont maintenant nulles. On dit que les gens ont la mémoire courte; peut-être, mais ce genre de manque de jugement flagrant risque de rester longtemps dans la mémoire des analystes politiques, qui ne manqueront pas d’en reparler. Et ensuite, c’est bel et bien le mot « corruption » qui doit être utilisé pour parler de Couillard, lui qui a travesti son rà´le de défendeur de notre système pour ouvrir insidieusement la porte à ses futurs alliés du privé.

Comme le note Richard Larose… Alias le Citoyen, « Celui qui voulait nous convaincre que l’incursion du privé dans la santé été du « caca » est maintenant à la solde d’une compagnie privé en gestion de fond santé. Dans le domaine du « pas de gènes » on repassera n’est-ce pas. » Yves Archambault en rajoute:

Le système de santé à deux vitesses vient de se trouver un Super Allié. Le gars a pendant cinq ans complété sa formation de démolisseur du système de santé public tout en prétendant le défendre. Que ceux qui croient en cette fable que le privé va diminuer les listes d’attentes m’en reparlent dans 5 à 10 ans. Ces cliniques privées vont se consacrer aux 5% des gens les mieux nantis et les autres vont se trouver encore plus mal desservis qu’avant. Les médecins et les infirmières qui seront attirés par ces établissements qui donc va les remplacer dans le public? A-t-on déja oublié que nous sommes en pénurie de ce cà´té?

En effet, voilà une analyse qui se tient. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que des médecins membres de l’exécutif de la National Health Service Consultants de Grande-Bretagne ont écrit à l’Association Médicale Canadienne (AMC) pour les mettre en garde contre un système de santé s’inspirant un peu trop des désastreuses réformes britanniques, qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, n’ont absolument pas désengorgé le système public – bien au contraire – et ont contribué à faire exploser les coûts.

Cependant, l’AMC sera-t-elle à l’écoute, ou fera-t-elle un petit discours d’apparence comme Couillard pendant qu’elle affûte ses couteaux servant à dépecer notre système national? On peut certainement se poser la question, surtout au regard des deux nouveaux nominés de l’organisation: John Rapin, ancien candidat conservateur aux élections provinciales en Ontario et ouvertement en faveur des « partenariats » public-privé (j’aime le mot « partenariat », comme si on pouvait faire collaborer le renard et les poulets) et Joanne Vézina, membre du conseil d’administration de la
compagnie d’assurance La Survivance, qui offre des assurances dans le domaine de la santé et risquerait donc de voir son chiffre d’affaire se gonfler avec une plus grande présence du privé dans le secteur.

Face à de tels attaques des carnassiers du privé, qui salivent déjà sur les profits à faire avec notre santé, le rà´le d’un ministre de la santé devrait être de défendre nos institutions et de faire preuve d’une impartialité irréprochable. Philippe Couillard, en ayant commencé ses pourparlers pour se joindre à une firme privée au moment où il était encore ministre et qu’il signait des décrets favorisant ce genre d’entreprise, a gravement manqué à son devoir de ministre.

Quelle crédibilité aura-t-il désormais, celui qui a été un des hommes les plus populaires du gouvernement Charest, et qui a menti, trompé la population et vendu notre système au plus offrant avant de partir en coup de vent se faire la piastre pour une compagnie ne désirant que la mise en lambeaux de notre système?

à€ lire: Pendant que la droite continue sa propagande…

Pendant que la droite continue sa propagande…
9 mai 2008

Pendant que la droite continue sa propagande quant aux prétendus avantages de la privatisation des soins de santé (lire: les avantages pour Power Corporation, qui est à la fois patron de Alain Dubuc et propriétaire de la compagnie Great West, une des plus importantes compagnies d’assurance dans la santé en Amérique du Nord), en Angleterre ils font face aux conséquences désastreuses des choix pris depuis quelques décennies par tous leurs gouvernements de droite (incluant celui de Tony Blair, qui a détruit l’héritage du Parti travailliste).

Voici à lire, bien loin dans un torchon de Gesca inc., le 22 février dernier.

Étude britannique sur les soins de santé

La sous-traitance au privé est un échec
par André Noël

La sous-traitance des soins de santé dans des cliniques privées a nui au réseau de santé public en Grande-Bretagne, indique une étude qui paraît aujourd’hui dans le British Medical Journal, alors que cette réforme est en train de se mettre en place au Québec.

Le réseau de la santé britannique fonctionne sur la base de National Health Services (NHS) auxquels s’apparentent, au Québec, les agences régionales de la santé et des services sociaux. En 2003, le gouvernement britannique a demandé aux NHS de sous-traiter une partie des soins dans des centres médicaux privés, une pratique qu’encourage désormais le ministère de la Santé du Québec.

En établissant un système de sous-traitance, le gouvernement britannique a indiqué qu’il visait à accroître l’offre de services des NHS et à réduire les temps d’attente pour les chirurgies électives. Ce sont exactement les mêmes objectifs que vise le ministre Philippe Couillard, avec la création de centres médicaux associés.

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« Cette politique de détourner les ressources limitées des NHS vers le secteur indépendant des centres de soins provoque la fragmentation et l’instabilité. Les lits et les services des NHS sont fermés pour que s’épanouisse le secteur privé lucratif. Malgré les assurances données par le secrétaire (ministre) de la Santé, Alan Johnson, la preuve disponible montre que le secteur privé fait des profits au détriment des patients, du public et des NHS. »

En 2006, à Londres, le comité sur la santé de la Chambre des communes a entendu des témoignages suggérant que certains centres privés offraient des soins bien en deçà des normes, ajoutent les chercheurs.

« Des organismes et des associations professionnels ont rapporté divers problèmes, comme l’utilisation de médecins formés à l’étranger et peu familiers avec les techniques chirurgicales des NHS, du laisser-aller dans la formation et la vérification, un manque de continuité des soins, et un grand nombre de litiges non résolus.

« Le Collège royal des chirurgiens d’Angleterre a fait état de preuves croissantes montrant que ces centres étaient incapables de gérer les complications, avec pour conséquence le transfert des patients dans les établissements existants des NHS. »

Les garanties initiales n’ont pas été respectées : les centres privés ont siphonné du personnel dans le réseau public, alors qu’ils n’étaient pas censés faire des embauches dans les NHS, ajoutent les auteurs. « Les définitions de pénurie de personnel ont été redéfinies pour faire en sorte que presque tout le personnel des NHS ait désormais le droit de travailler dans les centres privés. »

Les établissements publics se font parfois avoir en signant des contrats avec des centres privés, affirment les chercheurs. Ainsi, lorsque des retards ont empêché un fournisseur de services d’ouvrir un centre à temps, l’établissement public a quand même dû lui verser un million de livres (environ deux millions de dollars) pour les patients qui auraient dû y être traités pendant la durée du retard.

Source : La Presse, page A-7, 22 février 2008

Quel beau résultat. Alors que l’arrière-garde droitiste répète ad nauseam que le privé est la solution à tous les maux, on constate dans la RÉALITÉ que les arguments de ceux qui s’y opposent sont les meilleurs. Comme prévu, le personnel du public a été siphonné vers le privé. Comme prévu, il y a eu du laisser-aller dans la formation et la vérification (le but est de faire du profit, pas de former ou de vérifier, après tout). Comme prévu, le secteur privé fait des profits au détriment des patients et des contribuables. Et comme privé, la qualité des soins offerts dans le privé est inférieure à celle dans le public.

Et c’est cette pilule-là qu’on veut nous faire avaler de force?

NON MERCI!