L'usure de l'opposition
26 mars 2010

Faible. Et je ne parle pas du gouvernement libéral de Jean Charest. Avec un taux d’insatisfaction dépassant les 70%, son opposition à une enquête publique sur la construction, son refus de convoquer Bellemare devant l’Assemblée pour qu’il explique ce qu’il sait sur le financement du PLQ, son refus de régler définitivement le problème des accommodements raisonnables, son incapacité à gérer le dossier du CHUM, les allégations dans le milieu des garderies et alouette, le gouvernement Charest s’en va nulle part. Mais la vraie faiblesse, face à un parti aussi usé par le pouvoir, ne provient-elle pas de l’opposition?

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En effet, comment se fait-il qu’avec le bilan catastrophique du gouvernement actuel, le Parti Québécois stagne dans les sondages et soit incapable de s’affirmer comme étant une alternative crédible à Jean Charest? Le PLQ a perdu 5% d’intentions de vote, à 32%, mais le PQ est demeuré stable, lui, à 38%, tandis que Québec Solidaire gagnait 4%, à 10%. Pourquoi le PQ ne peut-il pas récupérer la majorité de mécontents du gouvernement actuel? Pourquoi le PLQ, malgré tous les scandales, demeure aussi puissant? Un mot: crédibilité.

Le Parti Québécois manque de crédibilité pour constituer une alternative crédible à Jean Charest. C’est-à-dire: les Québécois regardent le premier ministre qu’ils ont, veulent le remplacer, mais par qui, par quoi, se demandent-ils. Par Marois?

Ce qu’on reproche au PLQ, actuellement, on a pu le reprocher au PQ lorsqu’il était au pouvoir. Charest n’est pas à l’écoute de la population? Et Bouchard, lui, l’a-t-il été quand les infirmières étaient dans la rue en 1999? L’a-t-il été quand on a imposé des fusions municipales forcées à des citoyens qui n’en voulaient pas? Et le cafouillage du CHUM n’a-t-il pas été péquiste avant d’être libéral? Et l’affaire Michaud, où on a vu un premier ministre à genoux devant la minorité juive, ne pourrait-elle pas se comparer aux accommodements consentis par la ministre de l’éducation Courchesne aux écoles juives? Et la pusillanimité de Charest à colmater la brèche dans la loi 101 ouverte par la Cour suprême, qui a invalidé la loi 104, ne se compare-t-elle pas à un Lucien Bouchard affirmant qu’il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si le PQ invalidait la loi 86, qui affaiblissait tout autant notre loi fondatrice?

Plus ça change, plus c’est pareil.

On peut comprendre que de nombreux jeunes militent actuellement au Parti Québécois. Ils manquent d’expérience politique, ils manquent du recul d’avoir souffert ce que constitue véritablement un Parti Québécois au pouvoir. Ils n’ont pas expérimenté les reculs importants aux niveaux social, identitaire et linguistique que le gouvernement de Bouchard, suivi par Landry, ont imposé au Québec. Ils n’ont pas connu les manifestations monstres contre un gouvernement péquiste insensible aux revendications des étudiants, des travailleurs, des citoyens. Ils n’ont pas subi ce gouvernement qui prenait en otage les souverainistes en se gavant de leur vote, au son de la mélodie de « conditions gagnantes » qui ne venaient jamais, et qui ensuite ne faisait rien pour la cause. Ils n’ont que peu connu ce gouvernement hautain, méprisant, condescendant, qui avait adopté une idéologie économique somme toute identique à celle du PLQ aujourd’hui… et à celle que le PQ de Pauline Marois espère proposer de nouveau!

Non, les citoyens ne sont pas dupes. Ils savent que sur le fond, le Parti Québécois et le Parti Libéral constituent deux facettes d’un même pouvoir, d’une même insensibilité face à la population, d’une même conviction que la population est malléable, qu’on peut lui faire bouffer n’importe quoi et qu’elle en redemandera.

Si on avait une véritable alternative à l’Assemblée, un parti ne portant pas sur ses épaules le poids des mauvaises décisions du passé, n’y aurait-il pas un engouement pour le changement? Regardons ce qui s’est produit aux États-Unis, en 2004. Après un premier mandat Bush catastrophique, n’a-t-il pas été réélu non pas parce qu’il était bon, mais parce que son opposant ne l’était pas assez? C’est cela qui risque de se produire, ici, avec le Parti Québécois de Pauline Marois. Le PLQ sera réélu non pas parce qu’il constitue un bon gouvernement, mais peut-être simplement parce qu’on préfère toujours un tyran qu’on connaît et qui s’assume à une sauveuse qui cache son jeu et son passé. Dit autrement: on ne veut pas changer quatre vingt-cinq sous pour une pièce d’un dollar.

Ce qu’il manque au PQ, en fin de compte, ce sont peut-être les idées, les valeurs. Les convictions. Le parti végète depuis des années, changeant d’opinions au gré des chefs et des sondages. Aucune stabilité d’idées, aucune solidité des convictions. On regarde Marois ou ses sbires critiquer le Parti Libéral, mais on ne voit que des opportunistes, des carriéristes qui critiquent pour critiquer et qui n’y croient plus vraiment. Ils ont adopté le petit catéchisme néolibéral et ils font le moins de vagues, se contentant de donner la réplique qu’on attend d’eux, et espèrent que le pouvoir tombera comme un fruit mûr.

Après l’usure du pouvoir, on se retrouve maintenant avec l’usure d’une opposition partageant la plupart des valeurs du parti au pouvoir mais qui espère seulement avoir sa chance, elle aussi, de gouverner avec tout autant de mépris que celui affiché par Jean Charest.

À quand du sang neuf? À quand un parti politique véritablement social-démocrate et combatif au niveau de la langue française et de l’identité? À quand un remplacement du vieux Parti Québécois, un parti devenu un véritable clone mollasson du PLQ?

Et si les militants, au lieu de gaspiller leur formidable énergie créatrice au PQ, ne s’organisaient-ils pas en-dehors de celui-ci, afin de véritablement jeter les bases d’un renouvellement du mouvement? Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral en 1967 pour créer le Mouvement Souveraineté-Association, il lui a fallu du courage. C’est peut-être de ce type de courage qu’auraient besoins les militants péquistes qui contribuent, en appuyant les politiques régressives et mollassonnes du PQ, à prendre tous les nationalistes et sociaux-démocrates en otage.

Quand le véhicule est rouillé, prend l’eau, et fait plus de bruit qu’il ne se déplace, il ne faut plus lui appliquer une petite potée pour masquer ses problèmes. Il faut l’envoyer au dépotoir et s’en approprier un nouveau.

L’usure de l’opposition
26 mars 2010

Faible. Et je ne parle pas du gouvernement libéral de Jean Charest. Avec un taux d’insatisfaction dépassant les 70%, son opposition à une enquête publique sur la construction, son refus de convoquer Bellemare devant l’Assemblée pour qu’il explique ce qu’il sait sur le financement du PLQ, son refus de régler définitivement le problème des accommodements raisonnables, son incapacité à gérer le dossier du CHUM, les allégations dans le milieu des garderies et alouette, le gouvernement Charest s’en va nulle part. Mais la vraie faiblesse, face à un parti aussi usé par le pouvoir, ne provient-elle pas de l’opposition?

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En effet, comment se fait-il qu’avec le bilan catastrophique du gouvernement actuel, le Parti Québécois stagne dans les sondages et soit incapable de s’affirmer comme étant une alternative crédible à Jean Charest? Le PLQ a perdu 5% d’intentions de vote, à 32%, mais le PQ est demeuré stable, lui, à 38%, tandis que Québec Solidaire gagnait 4%, à 10%. Pourquoi le PQ ne peut-il pas récupérer la majorité de mécontents du gouvernement actuel? Pourquoi le PLQ, malgré tous les scandales, demeure aussi puissant? Un mot: crédibilité.
Le Parti Québécois manque de crédibilité pour constituer une alternative crédible à Jean Charest. C’est-à-dire: les Québécois regardent le premier ministre qu’ils ont, veulent le remplacer, mais par qui, par quoi, se demandent-ils. Par Marois?
Ce qu’on reproche au PLQ, actuellement, on a pu le reprocher au PQ lorsqu’il était au pouvoir. Charest n’est pas à l’écoute de la population? Et Bouchard, lui, l’a-t-il été quand les infirmières étaient dans la rue en 1999? L’a-t-il été quand on a imposé des fusions municipales forcées à des citoyens qui n’en voulaient pas? Et le cafouillage du CHUM n’a-t-il pas été péquiste avant d’être libéral? Et l’affaire Michaud, où on a vu un premier ministre à genoux devant la minorité juive, ne pourrait-elle pas se comparer aux accommodements consentis par la ministre de l’éducation Courchesne aux écoles juives? Et la pusillanimité de Charest à colmater la brèche dans la loi 101 ouverte par la Cour suprême, qui a invalidé la loi 104, ne se compare-t-elle pas à un Lucien Bouchard affirmant qu’il ne pourrait plus se regarder dans le miroir si le PQ invalidait la loi 86, qui affaiblissait tout autant notre loi fondatrice?
Plus ça change, plus c’est pareil.
On peut comprendre que de nombreux jeunes militent actuellement au Parti Québécois. Ils manquent d’expérience politique, ils manquent du recul d’avoir souffert ce que constitue véritablement un Parti Québécois au pouvoir. Ils n’ont pas expérimenté les reculs importants aux niveaux social, identitaire et linguistique que le gouvernement de Bouchard, suivi par Landry, ont imposé au Québec. Ils n’ont pas connu les manifestations monstres contre un gouvernement péquiste insensible aux revendications des étudiants, des travailleurs, des citoyens. Ils n’ont pas subi ce gouvernement qui prenait en otage les souverainistes en se gavant de leur vote, au son de la mélodie de « conditions gagnantes » qui ne venaient jamais, et qui ensuite ne faisait rien pour la cause. Ils n’ont que peu connu ce gouvernement hautain, méprisant, condescendant, qui avait adopté une idéologie économique somme toute identique à celle du PLQ aujourd’hui… et à celle que le PQ de Pauline Marois espère proposer de nouveau!
Non, les citoyens ne sont pas dupes. Ils savent que sur le fond, le Parti Québécois et le Parti Libéral constituent deux facettes d’un même pouvoir, d’une même insensibilité face à la population, d’une même conviction que la population est malléable, qu’on peut lui faire bouffer n’importe quoi et qu’elle en redemandera.
Si on avait une véritable alternative à l’Assemblée, un parti ne portant pas sur ses épaules le poids des mauvaises décisions du passé, n’y aurait-il pas un engouement pour le changement? Regardons ce qui s’est produit aux États-Unis, en 2004. Après un premier mandat Bush catastrophique, n’a-t-il pas été réélu non pas parce qu’il était bon, mais parce que son opposant ne l’était pas assez? C’est cela qui risque de se produire, ici, avec le Parti Québécois de Pauline Marois. Le PLQ sera réélu non pas parce qu’il constitue un bon gouvernement, mais peut-être simplement parce qu’on préfère toujours un tyran qu’on connaît et qui s’assume à une sauveuse qui cache son jeu et son passé. Dit autrement: on ne veut pas changer quatre vingt-cinq sous pour une pièce d’un dollar.
Ce qu’il manque au PQ, en fin de compte, ce sont peut-être les idées, les valeurs. Les convictions. Le parti végète depuis des années, changeant d’opinions au gré des chefs et des sondages. Aucune stabilité d’idées, aucune solidité des convictions. On regarde Marois ou ses sbires critiquer le Parti Libéral, mais on ne voit que des opportunistes, des carriéristes qui critiquent pour critiquer et qui n’y croient plus vraiment. Ils ont adopté le petit catéchisme néolibéral et ils font le moins de vagues, se contentant de donner la réplique qu’on attend d’eux, et espèrent que le pouvoir tombera comme un fruit mûr.
Après l’usure du pouvoir, on se retrouve maintenant avec l’usure d’une opposition partageant la plupart des valeurs du parti au pouvoir mais qui espère seulement avoir sa chance, elle aussi, de gouverner avec tout autant de mépris que celui affiché par Jean Charest.
À quand du sang neuf? À quand un parti politique véritablement social-démocrate et combatif au niveau de la langue française et de l’identité? À quand un remplacement du vieux Parti Québécois, un parti devenu un véritable clone mollasson du PLQ?
Et si les militants, au lieu de gaspiller leur formidable énergie créatrice au PQ, ne s’organisaient-ils pas en-dehors de celui-ci, afin de véritablement jeter les bases d’un renouvellement du mouvement? Quand René Lévesque a quitté le Parti Libéral en 1967 pour créer le Mouvement Souveraineté-Association, il lui a fallu du courage. C’est peut-être de ce type de courage qu’auraient besoins les militants péquistes qui contribuent, en appuyant les politiques régressives et mollassonnes du PQ, à prendre tous les nationalistes et sociaux-démocrates en otage.
Quand le véhicule est rouillé, prend l’eau, et fait plus de bruit qu’il ne se déplace, il ne faut plus lui appliquer une petite potée pour masquer ses problèmes. Il faut l’envoyer au dépotoir et s’en approprier un nouveau.

L’ennemi n’est plus que canadien
11 novembre 2009

Plusieurs ont sursauté en lisant un passage de mon dernier billet, où je défendais l’idée qu’il faille se débarrasser des vieilles querelles Québec-Canada et inventer de nouvelles structures permettant d’assurer notre survie. J’ai peut-être « garoché » un peu trop vite ces idées en quelques paragraphes, mais voici ce que je veux vraiment dire: la lutte pour la survie du peuple québécois constitue une lutte révolutionnaire, en ce sens qu’on propose une rupture avec le système en place. Si depuis des décennies, l’ennemi était canadien, aujourd’hui il est global.

ennemi-canada

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C’est ce glissement de sens que de nombreux indépendantistes ne semblent pas avoir compris. Dans certains milieux, on croit que le jour où l’indépendance sera acquise, tout sera réglé. On appelle cela de la pensée magique. Les faits sont accablants: alors même que le gouvernement du Québec contrôle son immigration à 75% et qu’il est maître de ses politiques linguistiques, le français et la culture québécoise reculent. Certes, la Cour suprême participe à ce recul, mais combien gagez-vous qu’un Québec indépendant adopterait le même genre de charte des droits et libertés que le Canada s’est doté il y a vingt-sept ans? Et même si ce n’était pas le cas, qui croit sérieusement que ce sont seulement les politiques d’Ottawa qui nous anglicisent? Ce ne sont tout de même pas de vieux juges en toge qui ont décidé d’apprendre l’anglais à nos jeunes de première année du primaire ou qui permettent qu’on exige l’anglais pour pouvoir être caissier dans un dépanneur. Ce sont nos gouvernements, péquistes et libéraux, qui ont participé à notre déclin.

En fait, la mondialisation et l’explosion des technologies de l’information ont transformé les identités. De moins en moins de Québécois et de Canadiens se considèrent comme tels. Avant d’appartenir à un peuple ou à une nation, on considère ses petites identités multiples: goûts musicaux, styles vestimentaires, activités sportives, orientation sexuelle, activités sociales, etc. Concrètement, on est gay avant d’être Québécois, punk avant d’être Canadien, planchiste extrême avant d’être Américain. Les identités se sont diluées. La nation, autrefois le ciment rassembleur de toutes ces particularités, a été reléguée au mieux rang de folklore, au pire comme une identité comme une autre. « Yo man, moi j’chill sur le skate, pis toi? – Moi j’trippe ben Québec power man! »

Or, qu’est-ce que cela nous enseigne? Simplement que le concept de nation, l’idée même de regroupement humain selon une culture, une langue et une histoire communes, trouvant son apogée dans un État indépendant reconnu par d’autres États indépendants, est un concept à l’agonie. Et cela dépasse de loin la question identitaire: la plupart des pays sont devenus de simples vassaux de pouvoirs supérieurs à son contrôle direct: OMC, FMI, OMS, États-Unis, Cour internationale, etc.

D’une certaine manière, nous vivons dans un empire, un empire global dont chaque pays, chaque nation, ne contrôle plus entièrement sa destinée. Des compagnies peuvent poursuivre des États en cour, des organisation transnationales peuvent en juger d’autres, le pouvoir suprême d’un État à disposer de lui-même et à protéger ses valeurs s’avère de plus en plus dilué. Le néolibéralisme a éliminé les frontières, si bien qu’il devient plus difficile pour un peuple, surtout s’il est minoritaire, de défendre ses intérêts. Et un État faible, dilué, n’incite pas ses citoyens à s’en réclamer fièrement.

Même le Canada n’est plus indépendant

Ainsi, il n’y a pas des dizaines de solutions. Deux, en fait. Ou bien on fait l’indépendance dans un contexte de revalorisation de l’État et de lutte au néolibéralisme, ou bien on invente d’autres structures permettant de protéger nos valeurs et notre culture dans le contexte actuel.

Le problème, c’est que de nombreux indépendantistes restent agrippés à leur vision un peu passéiste d’un ennemi canadien. Il faut se rendre à l’évidence: même le Canada ne constitue plus un pays réellement indépendant. Ses politiques sont alignées au quart de tour sur celles des autres pays du G8, et lorsque le géant du sud tousse, le Canada sort le mouchoir. Comment espérer un Québec « indépendant » agissant différemment, alors, sans remettre en question l’ordre néolibéral des choses?

En conséquence, la seule façon de réellement permettre au Québec de devenir indépendant, dans les structures actuelles, c’est de s’opposer à l’ordre néolibéral des choses. S’opposer à la conception selon laquelle une nation doit avoir comme seul but de favoriser les intérêts des entreprises et de gérer au minimum la vie de ses citoyens. Résister à une conception, très largement répandue chez nos deux principaux partis de droite, qu’il faille réduire les impôts, couper les services aux citoyens et « rationaliser » l’État.

De nombreux péquistes – qui ont presque tous en commun d’être de droite, ce qui en dit long sur le parti lui-même – me disent: « bah, on s’obstinera entre gauche et droite lorsqu’on aura fait l’indépendance! ». Ça ne fonctionne pas ainsi. Quand un parti donne l’impression que l’indépendance d’un peuple se décide dans un conseil d’administration, où les mots « liberté » et « survie » sont devenus des annexes d’une page 57b, comment voulez-vous qu’il crée le momentum nécessaire pour enfin réaliser le pays? En adhérant aux dogmes néolibéraux, il enlève toute substance à son projet.

L’indépendance est révolutionnaire, et elle se fait contre l’idéologie dominante actuelle. Vouloir mettre un pays sur la carte tout en l’ouvrant tout grand aux carnassières multinationales ne fait aucun sens. Le Québec que propose le PQ, actuellement, ne serait pas plus indépendant que le Canada. La seule façon de le rendre libre de sa destinée, c’est de considérer l’indépendance comme un combat politique de gauche, un projet du peuple, un outil plutôt qu’une fin. Et le PQ, avec ses tristes politiques économiques de ses deux derniers mandats, y a échoué lamentablement.

Les nouvelles structures

L’autre solution, si on refuse de se donner les moyens d’atteindre une réelle indépendance, celle du peuple, consiste à se doter de nouvelles structures et de créer de nouvelles solidarités autour des structures existantes. Cela passe par des mouvements de citoyens, des organisations comme la Société Saint-Jean-Baptiste, le Mouvement Montréal français, le Réseau de Résistance du Québécois, Impératif français et d’autres encore. Cela veut dire descendre dans la rue sans l’État, sans un Parti Québécois frileux et ayant tourné le dos à la vraie indépendance.

Mais aussi – et surtout – cela veut dire s’allier avec tous les mouvements internationaux prônant la survie identitaire des peuples minoritaires et de développer des solidarités avec eux pour développer un argumentaire de contre-poids à la world-culture actuelle.

Tout, absolument tout reste à faire. Nous en sommes revenus à l’étape de construire des idées et de semer les graines qui permettront à d’autres, peut-être nos enfants, d’en récolter les fruits. Certains sont impatients, et je le suis moi-même. Mais il faut comprendre l’incroyable changement qui s’est opéré depuis une trentaine d’années et réaliser que si l’ennemi fut autrefois principalement le Canada, aujourd’hui il n’est plus qu’un opposant parmi d’autres, et peut-être moins vorace et cruel que le rouleau-compresseur néolibéral et anglophile qui aplatit tous les pays sans distinction.

Un Québec indépendant à la sauce néolibérale aiderait-il la cause du français? Empêcherait-il notre disparition sur l’autel d’une anglicisation imposée par des prémisses économiques et s’abreuvant d’une immigration trop nombreuse pour nos capacités d’intégration? J’en doute.

Il faut choisir. Ou bien on se bat pour rétablir la valeur des frontières et on s’oppose au néolibéralisme. Ou bien on se construit de nouvelles solidarités dès maintenant, sans attendre une indépendance de papier.

Toute autre position porte un nom: capitulation.

Quand le PQ flirte avec l’extrême-droite!
9 novembre 2009

J’ai failli m’étouffer avec mon verre d’eau minérale. Quoi, le PQ a demandé à Éric Caire de joindre ses rangs? C’est une blague, n’est-ce pas?

N’en déplaise à ses affirmations sur son soi-disant positionnement de « centre-droit », Éric Caire est un gars de droite, comme le note avec justesse Josée Legault. La bonne vieille droite usée, celle qui lit les rapports du Fraser Institute ou de l’Institut économique de Montréal au petit coin. Celle de ceux qui s’abreuvent chez Milton Friedman et qui ont poussé à la faillite un pays comme l’Islande. La bonne vieille droite économique à la Reagan ou à la Thatcher. Même Gilles Taillon, qui ne lit pas Le Capital de Karl Marx le soir au lit, considère que les idées d’Éric Caire sont d’extrême-droite. C’est dire! Et c’est cet individu, cet extrémiste d’une idéologie ayant maintes fois prouvé ses incapacités, que le PQ veut recruter?

pq-extreme-droite-caire

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Rappelons quelques positions d’Éric Caire, issues directement du petit catéchisme néolibéral:

  • Réforme des syndicats pour réduire les accréditations;
  • Baisse de l’impôt sur le revenu;
  • Hausse des taxes;
  • Doublement ou triplement des coûts de l’électricité;
  • Coupures majeures dans les services aux citoyens et dans la fonction publique;
  • Privatisation totale de la Société des Alcools;
  • Privatisation partielle de la gestion de l’argent des cotisants à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Pauline Marois a beau faire rejouer le vieux 45 tours au vinyle usé du « le PQ est un parti de coalition regroupant des gens de gauche et de droite », il existe un moment où on doit prendre position, où on doit mettre le pied à terre et refuser de se prostituer pour quelques votes. C’est bien beau une soi-disant coalition, mais doit-on tolérer l’inacceptable pour autant? Que dirait-on d’une coalition entre pro-vies ou pro-choix aux États-Unis, par exemple? Il existe un moment où il faut faire un minimum de sens, même quand on est enfermé dans sa tour d’ivoire comme l’est actuellement le Parti Québécois.

En fait, qu’est-ce que cette nouvelle nous apprend? Elle nous apprend que rien n’a changé pour le PQ de Pauline Marois. Le parti, malgré 14 ans d’immobilisme depuis le dernier référendum, n’a pas l’intention de remettre le projet indépendantiste à l’ordre du jour. On se gargarise d’une soi-disant coalition n’ayant de sens que dans l’optique d’un référendum rapide pour accepter les pires détournements de la pensée et le plus incroyable des opportunismes.

À l’origine, la coalition faisait du sens. Quand la sécheresse frappe, le lion boit à côté des gazelles. Quand l’objectif est à portée de main, tant la gauche que la droite peuvent se pincer le nez en attendant le grand soir. Mais quand rien ne se passe, quand le PQ s’embourbe dans sa bureaucratie interne et son discours pathétiquement mou, quand on attend le grand soir depuis plus d’une génération, une telle coalition ne peut pas fonctionner. Le parti doit se donner une direction. De 1995 à 2003, le Parti Québécois a gouverné à droite, et maintenant il se fait l’apôtre tantôt de la social-démocratie, tantôt d’une certaine droite modérée.

Or, il arrive un moment où il faut se décider. On ne peut pas se prétendre social-démocrate et demander à des extrémistes comme Éric Caire de se joindre à son parti. On ne peut pas se déclarer centriste et s’acoquiner avec une minorité de fanatiques de la vieille droite sous prétexte qu’on pourrait aller chercher quelques votes.

Si j’oserais dire, il est précisément là, le problème du PQ. Le parti se considérant seul sur l’échiquier politique à promouvoir l’indépendance, on peut demander aux militants de se pincer le nez pour accepter les pires situations, les pires mollesses. Même si dans les faits le PQ n’a rien fait pour la souveraineté depuis plus d’une décennie, on considère le vote souverainiste comme acquis. Des votes en banques. Les gros BS de l’est qui votent bleu sans se poser de questions. C’est ainsi que le Parti Québécois considère ses électeurs.

Alors, convaincu de ne pas perdre le moindre vote en recrutant un droitiste impénitent comme Caire, convaincu d’avoir le vote automatique de ceux qui croient encore à l’indépendance, le PQ a la voie libre.

Il serait peut-être temps de penser à une alternative. Amir Khadir sera présent demain, à la manifestation contre le prince Charles. Voilà un politicien qui n’a pas peur de se mouiller et qui ne travestirait pas ses idéaux pour une poignée de votes. On peut être en désaccord avec plusieurs de ses propositions, mais il a les couilles de prendre position et d’assumer ses choix.

À quand un Parti Québécois se décidant soit à faire l’indépendance, soit à devenir le parti provincial de droite qu’il est depuis 14 ans? Car devant son inaction prolongée et son acoquinement avec la droite extrémiste, une grande partie de son aile gauche qui se pince le nez depuis plus d’une décennie risque de manquer de souffle et d’appuyer Québec Solidaire aux prochaines élections.

François Legault, ce néolibéral (bon débarras)
29 juin 2009

Patrick Lagacé a tort de s’indigner du fait que Réjean Parent ait qualifié les positions de François Legault de néolibérales. C’est exactement ce qu’elles sont.

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Lagacé écrit:

Le Québec est-il moins riche que ses voisins d’Amérique ? Oui.

Le Québec a-t-il un réseau de santé pétant de santé, dont les citoyens sont satisfaits, un système qui fait l’envie de ses voisins, qu’on cite en exemple ? Non.

[…]

C’est un constat, c’est une façon de voir les choses. Qui n’est pas débranchée (sic) de la réalité.

Le problème avec le discours de Lagacé, c’est qu’il comporte un fort préjugé néolibéral dès le début. L’idéologie, insidieuse, s’adapte à toutes les pensées et celui qui pense en ces termes ne s’en rend même plus compte lui-même.

Ainsi, le Québec est-il vraiment moins riche que ses voisins d’Amérique? Je ne crois pas. Le néolibéralisme présuppose une quantification de la richesse, une monétarisation de celle-ci. Mais ça ne dit pas tout. Combien vaut, par exemple, le fait de vivre dans la société la moins inégalitaire d’Amérique du Nord? Et combien vaut une visite « gratuite » chez le médecin? Combien vaut le fait de pouvoir circuler sur les autoroutes sans devoir s’arrêter à tous les 20 km. pour un péage? Tout n’est pas calculable, quantifiable. Oui, si on prend le salaire moyen, nous sommes plus pauvres. Mais que vaut une richesse concentrée entre une minorité d’hyper-riches enfermés dans leurs villas privées? Cette richesse contribue à faire augmenter la moyenne, mais en profite-t-on vraiment?

Pour ce qui est du réseau de la santé, il a été démontré à maintes reprises qu’il est plus efficace que celui des États-Unis, par exemple. Il n’est pas parfait, certes, mais une étude a démontré que 93% des Québécois sont satisfaits ou très satisfaits des services reçus. ((Le Soleil, Actualités, vendredi, 11 janvier 2008, p. 11, Système de santé, Les Québécois plutôt satisfaits)) Le problème n’est pas la qualité des soins, mais plutôt l’attente, causée par un sous-financement chronique du système. Comme je l’écrivais ici, les États-Unis dépensent 15,3% de leur PIB pour la santé, contre un maigre 10% pour le Canada; si le réseau était suffisamment financé, il se porterait bien mieux. Ce n’est donc pas en mettant en place « une culture de l’évaluation et une culture des résultats », comme le souhaite Legault, que la population serait mieux soignée. Cette culture existe déjà aux États-Unis, et le système est plus coûteux tout en soignant moins de gens.

Patrick Lagacé a raison d’affirmer qu’il s’agit d’une façon de voir les choses, mais celle-ci est branchée sur une seule réalité: l’appréciation néolibérale du monde.

En effet – et qu’on le veuille ou non – le néolibéralisme fait de la « culture de l’évaluation » et de la « culture des résultats » un dogme absolu. Tout doit pouvoir être évalué et quantifié sur l’autel du libre-marché, et ce qui ne peut être calculé n’a pas de valeur. Exit la compassion! Exit l’égalité des chances! Le néolibéralisme veut la lutte de tous contre tous, l’élimination des programmes sociaux « généreux » et la subordination au marché.

En ce sens, oui, les propos de François Legault représentent une ligne de pensée néolibérale. Cette conviction – erronée – que davantage de la même erreur donnerait un résultat différent. Le Québec subit des réformes de ce type depuis 1982 et la situation ne cesse de se détériorer; il serait peut-être temps de comprendre que les solutions ne sont pas à droite.

Qualifier Legault de néolibéral n’est donc pas une insulte, mais une simple constatation des positions politiques d’un homme de droite qui fut un des piliers d’un parti de droite cherchant à se recentrer. Il a même signé un manifeste en 2005 intitulé « Le courage de changer », intimant le Parti Québécois à s’orienter encore davantage vers la droite. Croire que cet homme, recruté par Lucien Bouchard, le plus à droite de tous les dirigeants du parti, n’était pas un néolibéral, à mon avis, c’est avoir intériorisé cette pensée sans avoir l’honnêteté intellectuelle de s’assumer pleinement.

Quand Patrick Lagacé s’assumera-t-il comme un lucide, ce nouvel euphémisme de la droite?

En attendant, bon débarras, monsieur Legault!

La crise
10 juin 2009

« Le PQ cherche la crise », affirme Jean Charest.  Réagissant aux propos de Jacques Parizeau comme quoi une crise pouvait être bénéfique en vue d’un prochain référendum, la premier ministre n’a pas hésité à accuser le Parti Québécois de chercher à créer la crise.  Il a tout faux: on ne peut pas créer ce qui existe déjà.  La crise est là, purement et simplement.  Le PQ a peut-être simplement décidé de ne plus jouer le jeu des apparences, de faire « comme si » tout allait bien.

crise

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En effet, ne venez pas me dire que tout va bien.  Politiquement, le Québec n’a plus de poids; ses ministres sont des béni-oui-oui désarticulés que Stephen Harper fait mouvoir à sa guise.   Ils sont tout sauf le relais des revendications de la population qu’ils sont censés représenter.   Culturellement, il faut se battre pour nos artistes, pour notre télévision publique, pour nos médias.  Identitairement, Montréal s’anglicise de jour en jour, on se fait parler en anglais à Laval et sur la rive-sud, voire même en région, et les anglophones semblent démontrer de plus en plus de mépris pour la loi 101.  Ne me dites pas que tout va bien!

La crise, elle est permanente.  Elle existe depuis 1759 et ne trouvera sa réponse que de deux façons: la disparition complète et totale des Francophones d’Amérique du Nord en tant qu’entité politique ou l’indépendance d’un Québec francophone d’un bout à l’autre.    Entre les deux, c’est la crise, ce subtil mouvement qui fait tanguer notre bateau tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Ainsi, prétendre que de ramener à l’avant-plan le désir des Québécois de prendre en main leur destinée est le prétexte à une crise s’avère une pure mauvaise foi.   C’est faux de dire que les gens ne veulent plus entendre parler de « chicanes constitutionnelles ».  Selon un récent sondage, la majorité des Québécois aimeraient que le Québec obtienne davantage de pouvoir.   Le calme constitutionnel ne fonctionne qu’en situation d’équilibre, quand le bateau ne tangue ni d’un côté ni de l’autre.

Cependant, actuellement, nous reculons.  Et face à ce recul, il était plus que temps de développer une stratégie remettant à l’ordre du jour une crise latente mais réelle, celle de la lente et cruelle agonie des Francophones d’Amérique du Nord.

Le PQ ne cherche pas la crise; il veut y faire face au lieu de se défiler, lâchement, comme Jean Charest et son gouvernement.

Affaire Patrick Bourgeois: jusqu’où ira le PQ pour cacher ses militants?
22 février 2009

La décision du Parti Québécois de continuer à afficher des publicités dans le journal Le Québécois est une excellente nouvelle. Ceci dit, on ne doit pas oublier qu’elle est assortie d’une demande de rétractation et d’excuses à Patrick Bourgeois pour ses propos soi-disant violents en relation avec la reconstitution annulée de la bataille des plaines d’Abraham. Le parti de Marois a évité les écueils d’une condamnation sans appel d’un des plus fidèles alliés de la souveraineté. On se demande pourtant jusqu’où ce parti est prêt à aller pour reconquérir la clientèle plus conservatrice de la région de Québec.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le PQ stigmatise un de ses plus fidèles alliés : bien avant M. Bourgeois, qui se souvient de Yves Michaud?

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Quand le Parti Québécois désire angliciser le Québec
25 novembre 2008

speak_quebec_anglicisationCe ne doit plus être un secret pour personne: je travaille à Ville Saint-Laurent, un des quartiers les plus multi-ethniques de Montréal, où près de 49% de la population a une langue maternelle autre que le français ou l’anglais et où une grande proportion de ces immigrants ou fils et filles d’immigrants s’intègrent vers l’anglais. Je connais cette réalité d’immigrants qui sont ici depuis deux, cinq, dix ou vingt ans et qui ne parlent pas un mot en français. En fait, oui, ils savent souvent dire « bonjour » ou « merci » mais ils n’ont pas besoin de le faire: un petit Québécois mou s’empresse de les servir en anglais et leur enlève ainsi toute nécessité d’apprendre notre langue.

Pourtant, il existe des solutions pour faire face à cette vague d’anglicisation qui touche non seulement les immigrants, mais également des Québécois francophones qui sont fiers de délaisser leur langue – une langue qu’ils maîtrisent souvent mal – pour servir des clients qui, parfois, ne demanderaient qu’à ce qu’on les laisse essayer de parler français. Sauf que pour que les solutions soient efficaces, elles doivent être concertées, cohérentes. Elles doivent appuyer mon combat (et celui de nombre de mes collègues) consistant à ne parler que le français au travail, à refuser de servir les clients dans une langue étrangère, que ce soit le mandarin, l’allemand, le russe ou l’anglais. Elles doivent valoriser la fierté de la langue de Molière et ainsi faire de notre langue commune un véritable phare, une lumière vers laquelle les immigrants doivent se tourner s’ils espèrent être compris et pouvoir fonctionner au Québec. Elles doivent être le ciment sur lequel repose la maison que nous essayons de construire.

En effet, ce n’est pas seulement un travail que j’occupe, tout comme je ne suis pas qu’un automobiliste sur la route ou un simple client quand je vais chez IGA. Je suis plus que ça. Je représente quelque chose. Je prends la décision de parler français, d’être prudent sur la route ou d’être courtois à l’épicerie en partant de la conviction suivante: si tout le monde faisait ainsi, le monde irait beaucoup mieux. Tout ceci relève de cette certitude: j’ai du pouvoir, je contrôle ma vie, et je peux être un exemple pour d’autres. Je peux, de par mes maigres actions, avoir une influence sur les autres. Et c’est exactement ce que je fais au travail. Me croiriez-vous si je vous disais que 95% des clients qui m’abordent en anglais vont immédiatement changer pour le français quand je leur réponds en français? Que même ceux qui me disent « je parle très peu la française (sic) » sont très bien capables de se faire comprendre quand on les encourage un peu, qu’on fait montre de patience et qu’on les aide un peu, par des gestes, par une reformulation à propos, etc? Me croiriez-vous si je vous disais que devant les succès de ma façon de travailler quelques-uns de mes collègues ont commencé à faire pareil? Me croiriez-vous si je vous disais que certains immigrants commencent à me dire « merci », « bonne soirée » alors qu’ils ne savaient pas dire un mot de français auparavant?

Me croiriez-vous si je vous disais que je suis un simple citoyen travaillant dans sa langue dans son pays?

C’est cette réalité qu’on est en train de perdre. Alors que les actions des milliers de Québécois fiers comme moi et qui travaillent à la francisation des immigrants mériteraient d’être appuyées, on lance plutôt des signaux contradictoires. Même le Parti Québécois a décidé de se faire champion de l’applaventrisme devant la langue de Shakespeare.

Évidemment, comment passer sous silence l’empressement de Pauline Marois à mieux parler anglais? À vrai dire, il s’agissait d’une événement épisodique. Ce qui l’est moins, c’est de constater à quel point il semble plus important d’avoir un chef de parti qui nous représente qui parle une langue étrangère, mais d’un autre côté ça ne nous dérange pas trop d’avoir un capitaine de notre club de hockey qui n’est pas capable de dire deux mots dans notre langue. Nous avons placé l’apprentissage de la langue étrangère au-dessus de la maîtrise de notre propre langue. Mais tout ceci est anecdotique.

Ce qui me révulse violemment chez le Parti Québécois de Pauline Marois, c’est son désir d’imposer l’apprentissage de l’anglais intensif au primaire, notamment en enseignant les mathématiques et la géographie en anglais. Encore une fois, quel message lance-t-on à ces jeunes enfants? Celui-ci: « l’anglais est primordial; tu ne sais pas encore écrire un paragraphe dans ta langue maternelle sans faire dix fautes d’orthographe, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! »   « Tu as un vocabulaire déficient, tu ne connais rien à la littérature, tu es incapable d’utiliser des mots légèrement complexes, mais vite, on doit t’apprendre l’anglais! » Et que deviendront ces enfants dix ans plus tard? Ils seront devenus exactement ce à quoi je m’oppose: des Québécois mêlés, à l’identité culturelle confuse, empressés de parler anglais aux immigrants, et qui, de par leurs actions, annihilent les projets d’intégration des milliers de Québécois comme moi qui ont à coeur leur langue.

Il me semble qu’il serait beaucoup plus important d’apprendre le français correctement à nos jeunes avant de leur permettre l’apprentissage d’une langue étrangère, que ce soit l’espagnol, le mandarin ou l’anglais. Quand je lis ce qu’écrivent certains de mes collègues « bilingues », je n’en reviens pas. J’ai déjà comptabilisé vingt-deux fautes d’orthographe en quatre phrases.

La vérité, c’est qu’il faut choisir ses priorités. Collectivement, désirons-nous intégrer les immigrants vers le français ou intégrer les Québécois vers l’anglais? C’est ça, la vraie question. Le bilinguisme chez l’élite, personne n’est contre. Mais quand on impose le bilinguisme à tous les enfants du Québec et qu’on demande de bien connaître une langue étrangère à un enfant dont le but dans la vie est peut-être d’être mécanicien ou coiffeur, on incite à l’anglicisation de l’ensemble du Québec. Car c’est bien connu, un peuple minoritaire bilingue est un peuple qui s’assimile.

Ce que fait le Parti Québécois, en ce moment, c’est ajouter au problème au lieu de le régler. Le problème n’est pas que les Québécois ne sont pas assez bilingues; le problème est justement que trop d’emplois exigent le bilinguisme. Le PQ devrait travailler à ce que les plus hauts échelons de la société soient disponibles pour les francophones au lieu de vouloir que l’éboueur de Saint-Calixte sache parler anglais. Le Parti Québécois devrait proposer l’apprentissage intensif du français au primaire pour aider à mieux ancrer l’identité de nos jeunes dans la langue française au lieu de leur offrir une alternative vers l’anglais dans un monde où la culture anglophone est déjà une force de prédation.  Sinon, si vraiment le but est d’offrir un maximum de « chances » aux Québécois dans un monde qu’on considère anglophile, autant tout enseigner en anglais, et à partir du préscolaire, et pourquoi pas saborder la loi 101 en passant?  Soyons cohérents!

Voilà donc une raison supplémentaire pourquoi ne ne voterai pas pour le Parti Québécois. Je travaille chaque jour à la francisation des immigrants, mais si le Parti Québécois prenait le pouvoir et imposait l’apprentissage intensif de l’anglais, mon combat deviendrait une cause perdue. Au lieu de lancer des messages confus et contradictoires, du style « nous voulons intégrer les immigrants vers le français » tout en imposant l’anglais au primaire, il faudrait plutôt que le message soit clair et que nous parlions d’une même voix: au Québec, ça se passe en français, ou bien vous apprenez le français, ou bien personne ne va vous comprendre et vous ne pourrez pas fonctionner.

Et pour ce faire, il faut lutter contre le pire ennemi de notre cause: le bilinguisme, cette anglicisation forcée que le Parti Québécois espère imposer à nos jeunes au lieu de leur apprendre la richesse de notre langue et la fierté de la parler. Quand tout est une question de message, lançons-en un cohérent, appuyé, et clair: au Québec, c’est en français que ça se passe, et nous travaillons à ce qu’il soit possible de travailler dans notre langue partout sur notre territoire. C’est bien beau de « vouloir » franciser les immigrants, mais ça doit commencer par des actions concrètes pour faire rayonner le français partout et donner le goût à la prochaine génération de ne pas être aussi soumise et passive que la nôtre devant cette dépossession tranquille qui afflige notre culture et notre langue.

Aujourd’hui, nous avons encore le choix.  Mais dans vingt ans?

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Cher Jimmy…
12 novembre 2008

Jimmy St-Gelais

Cher Jimmy,

C’est avec stupéfaction que j’ai appris ton départ de la blogosphère aujourd’hui. Tu fais partie de ces grands qui ont animé les débats et posé les essentielles questions sur toutes les tribunes, dont UHEC.net, qui n’existe plus lui aussi. Tu as été un fidèle collaborateur et j’aimerais te réitérer que ma décision de mettre fin à l’aventure de UHEC n’était pas en relation avec toi, mais plutôt avec mon désir de « donner du lousse » avant, justement, d’avoir à couper la corde et quitter définitivement la blogosphère.

Tu donnes tes raisons dans un précédent billet, ce qui me donne envie de dire que ton départ était annoncé. Laisse-moi publier ici le billet en entier:

Vous entendiez quelqu’un pour vous dire vos quatre vérités? Je suis celui-ci.

Chers amis blogueurs politiques du Québec, vous avez raté le train.

Vous vouliez que les médias généraux citent vos billets en tant que référence dans leurs chroniques politiques? Cela a bien été le cas en 2007 et au début 2008, mais aujourd’hui, plus personne dans le monde journalistique ne prend au sérieux les affirmations des blogueurs politiques québécois.

Pour preuve, il est maintenant rarissime que l’on cite des billets provenant de blogueurs du Québec dans la chronique internet des Coulisses du Pouvoir de Radio-Canada. Pourtant, il y a un an, cette chronique n’hésitait à ploguer des textes de certains auteurs de blogues du Québec. On préfère désormais les blogues anglophones qui démontrent plus de sérieux.

Et pour cause.

Vous vous êtes divisés. Vous vous êtes comportés comme des enfants d’école.

Les insultes, les attaques personnelles, les luttes fratricides ont miné le peu de crédibilité que vous aviez. Ceux qui ont fréquenté le milieu des blogues politiques depuis le début de 2007 savent de quoi je parle.

Les médias traditionnels ont entendu de vous un plus haut niveau de professionnalisme mais vous avez dérivé vers un comportement enfantin, conflictuel et peu productif.

Et maintenant, vous en payez le prix. Et moi aussi.

Tu sais, Jimmy, je crois que tu prends le problème à l’envers. D’abord, il faut noter que la seule émission à parler des blogues est « Les Coulisses du pouvoir », que celle-ci est à Radio-Canada et que la direction de la SRC a décidé qu’il fallait pouvoir identifier les blogueurs par leurs noms avant d’en parler pour ne pas se faire prendre comme lorsque l’histoire de Pierre Morin, le troisième vice-président de l’Assemblée nationale, a causé tout un émoi. Mais ceci est un détail.

La vérité, à mon avis, est une question d’équilibre. Tu finis en disant « vous payez le prix » en disant que nous avons perdu de la crédibilité auprès des médias. Je vois les choses autrement: je crois que pour bloguer à long terme il faut atteindre l’équilibre entre popularité et respect de soi-même. Je m’explique.

Dans le temps de UHEC, je pouvais écrire 2-3 textes par jour. Je savais également quoi écrire pour déclencher les passions, et les passions, c’est vendeur. En fait, moins on fait de nuance, mieux c’est. À l’époque, je vérifiais le nombre de visiteurs scrupuleusement, j’organisais nos textes pour les publier aux moments opportuns; j’étais devenu le général d’un petit char d’assaut d’idées. Super, non? Oui, super, sauf que…

Sauf que je n’étais pas payé pour ça et ça me prenait beaucoup de temps. J’ai une vie en-dehors du blogue et je dois avancer dans celle-ci, c’est-à-dire travailler pour améliorer ma situation et celle de ma famille et devenir plus heureux et meilleur en tant que personne. Bref, d’un côté je travaillais fort pour que UHEC soit très connu (à un moment on avait régulièrement le triple des visiteurs de ce qu’a ce blogue-ci) mais plus j’y travaillais, plus je me dispersais et moins j’avais de temps pour améliorer ma vie. Si bien que j’ai fini par me désintéresser du blogue et vais te l’annoncer en grande primeur: si je ne fermais pas UHEC pour repartir à zéro sur un petit site no-name, j’aurais simplement arrêté de bloguer, j’en suis convaincu.

Le problème, c’est qu’on aime ça se dire qu’on change les choses. On aime ça se dire qu’on est bon, qu’on est puissant, que le monde entier nous lit. La vérité, c’est qu’on doit écrire pour soi-même et nulle autre personne, en n’ayant d’autre objectif que de se réaliser à travers ce qu’on fait. De s’arrêter et d’être fier du chemin parcouru. De lire ce qui a été écrit et de se dire « wow, je suis fier! ».

Et pour ceci, encore une fois, l’équilibre est primordial: on doit être au pivot entre expression personnelle et reconnaissance des autres. En ce sens, pour moi autant un antagoniste qu’un À mon humble avis sont dans l’erreur. Le premier carbure à la popularité et son blogue est devenu un dépotoir pour personnes souffrant de troubles mentaux. Le second a un plan de carrière politique et se censure de tout ce qui pourrait aller à l’encontre de ce plan et du parti pour lequel il milite. Le premier trône en haut des palmarès. Le second croupit quelque part en bas. Non, il y a un équilibre à atteindre, Jimmy, entre reconnaissance et expression personnelle.

Ce que j’essaie, pour ma part, c’est de me limiter à 2-3 textes par semaine (celui-ci est une exception). J’écris quand j’ai quelque chose à dire, et en me disant que ça ne changera rien, mais que j’aurai fait ma mince contribution. C’est mon truc, mais toi je suis sûr que tu pourrais trouver le tien.

C’est sûr que j’aimerais qu’on puisse refaire un collectif un jour, mais peu importe la forme que ça prendrait, il faudrait que ce soit en concordance avec le besoin de réalisation de chacun et être assez ouvert pour permettre la discordance, mais pas trop ouvert non plus (à l’image des 7 du Québec, un fourre-tout cacophonique).  Bref, avoir une ligne directrice de laquelle il serait possible de se distancer occasionnellement.

Sauf que le problème, on en revient toujours là, est que la ligne est bien mince et qu’elle n’est jamais la même pour qui que ce soit…

Je t’encourage à réfléchir à la question et à considérer, après quelques jours de repos, te repartir un nouveau blogue sous un autre nom un peu moins « je vais changer le monde » (pourquoi pas « le blogue de Jimmy »?)  et à y écrire tes pensées et tes réflexions, sans avoir le moindre désir d’être lu par beaucoup de gens ni de changer quoi que ce soit.  Tu es un blogueur Jimmy, alors blogue pour toi, pas pour les autres.

Mais peu importe ce que tu choisiras, moi je garde un souvenir extrêmement positif de notre collaboration.

En espérant qu’on aura la chance de rejaser de tous les opportunistes de l’ADQ, des suppôts du patronat du PLQ et des élitistes anti-démocratiques et snobillards du PQ!  🙂

Louis

p.s. J’aimerais beaucoup lire les expériences des autres blogueurs sur le sujet; qu’est-ce qui vous permet de continuer à bloguer et qui vous empêche de tout laisser tomber?