Une moppe aux trois mois
18 décembre 2009

C’est Noël et à Noël, c’est connu, les journalistes font du pipole. Les politiciens sont en congé, et on dirait que l’élan de générosité qui accompagne la période des Fêtes se traduit fréquemment en intérêt pour le sort d’un individu en particulier, à partir duquel on tire quelque leçon utile pour la multitude. Même Lagacé s’y est mis avec un petit article très intéressant parlant de la chasse aux B.S. Et moi, ne voulant pas être en reste, je dois vous conter l’histoire de Claude.

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En fait, Claude n’est même pas son vrai nom. C’est un ami, ou l’ami d’un ami, bref, un gars que je vois parfois. Il travaille dans le public, et c’est en lisant ce texte sur les coûts plus élevés de la santé au privé que j’ai eu envie de partager son petit récit de sous-traitance. Claude, un gars bien simple qui fait sa job, et qui subit les décisions de ses patrons.

Claude, donc, travaille dans le public. Il fait sa semaine, ses quarante longues heures à attendre une trop courte fin de semaine où il peut faire des activités avec sa fille. Ses finances ne sont plus exactement comme elles étaient. « J’ai perdu mon bonus » qu’il me dit. Un bonus, dans ta job que je lui ai répondu. Tu rêves, mec!? Son bonus, c’était ce petit contrat, ces deux-trois heures par semaine où il devait laver le plancher, vider les poubelles, faire l’entretien de son lieu de travail. Deux ou trois mille par année que ça lui rapportait. Un petit bonus pour s’occuper de « sa » place.

Puis, un jour, on lui a volé son stock. Sa moppe, ses produits nettoyants, ses gants, tout son stock. Un bonze en-haut, un de ces types qui pensent avoir créé une oeuvre d’art à chaque fois qu’ils chient, a décidé de confier l’entretien des succursales à une entreprise privée. Sous-traitance. Un simple mot composé, avec un trait dans le milieu, du genre de trait qui raye le bonus et s’accapare de ton stock. Merci bonsoir mon ami. On ne veut pas savoir si tu sais à quel endroit il faut frotter plus fort, ou quelles poubelles se remplissent plus vite, ou quels sont les besoins de tes clients. Non. Fini ce temps-là. Désormais, c’est le sous-traitant qui s’occupe de tout.

Alors le voilà, penaud, qui arrive le matin et voit un quelconque immigrant – yé zoui contente dé vous voère missié – faire SA job pour des pinottes. Les coins sont tournés ronds (vite, vite, il faut aller plus vite), le plancher pue, est-ce que Claude est surpris? La compagnie de sous-traitance alloue un budget défini pour chaque item, de la moppe aux sacs de poubelles en passant par tout ce qui est « papier hygiénique » dans la succursale. Résultat? Une moppe aux trois mois (et tant pis si le plancher sent le fond de ruelle), du papier de toilette en papier sablé (Claude doit amener le sien de la maison) et une absence de papiers-mouchoirs (l’entreprise de Claude ne le fournit plus et le sous-traitant ne le fournit pas alors pendant qu’on discute en haut-lieu sur la nécessité ou non d’en fournir, les employés se mouchent avec du papier sablé ou morvent dans la vieille moppe). Le progrès, mes amis.

Ouais, le progrès. Comme ces ampoules, dans les hôpitaux construits et gérés en PPP en Angleterre, qui ne sont pas remplacées si elles brûlent avant leur durée moyenne de vie probable… Un peu loufoque, non? « Monsieur le sous-traitant, pourriez-vous SVP venir changer l’ampoule, nous ne voyons plus ce que nous faisons. -Non, nous n’avons pas d’argent. » Et tant pis si quelqu’un se blesse, puisque ce sera la CSST qui paiera, de toute façon. On refile les coûts à quelqu’un d’autre, voilà ce qu’est la sous-traitance, m’explique Claude.

Cette semaine, un client a brisé un produit. Catastrophe, de la mé-merde partout. Claude s’est dépêché – il y avait beaucoup de clients – a couru un peu même, en bon employé, a pris la première moppe disponible, est arrivé pour ramasser le dégât… et s’est rendu compte qu’il avait pris la « mauvaise » moppe. Il avait celle du sous-traitant entre les mains. Il se trouvait devant la catastrophe, figé, ne sachant que faire avec une dizaine de clients le regardant. Il avait la moppe dans les mains, et n’importe qui, vu de l’extérieur, se serait attendu à ce qu’il commence à ramasser le dégât. Mais non. Claude s’en est retourné, piteux, chercher l’autre moppe. Car s’il avait osé mopper avec celle du sous-traitant, il savait qu’il aurait dû endurer un plancher sale pour le mois suivant, car le sous-traitant ne change la moppe qu’une fois aux trois mois. Le sous-traitant est radin, et tant pis pour le reste.

Y a-t-il une morale à cette histoire? Je ne sais pas. Je suis un piètre journaliste de pipole. Tout ce que je sais, c’est que Claude est frustré car il a perdu son bonus et que la sous-traitance complique sa vie, que les employés de son entreprise ne peuvent se moucher et se passent du papier sablé entre les fesses, qu’il faut se plaindre et téléphoner à un gars à l’autre bout de la ville pour que le plancher soit propre et que les seuls à qui il peut faire la gueule sont des immigrants mexicains tellement pauvres qu’il se sent mal même de les mépriser.

Et tout va pour le mieux dans le monde de la bureaucratie publique-privé.

Joyeux Noël, Claude. J’espère qu’au moins tu fais le ménage toi-même chez toi.

CHU en PPP: on a menti à la population!
20 novembre 2009

La démolition du mythe des avantages de la construction des Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Montréal en Partenariat Public-Privé (PPP) par le vérificateur général est presque passée sous le radar médiatique. Faut dire, avec les apparences de collusion, l’incompétence présumée de la ministre Boulet, sa demande de démission et toutes les singeries qui ont suivies, parler encore une fois du CHUM et de son équivalent anglophone laissait un goût fade en bouche.

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Pourtant, les conclusions de Renaud Lachance sont dévastatrices: l’agence des PPP a carrément menti à la population afin de promouvoir son projet. Cette dernière se basait sur des chiffres secrets qu’elle refusait de publier pour affirmer que les gains financiers seraient de l’ordre de 17 à 24% si on optait pour la construction en mode PPP. Absolument faux, selon le vérificateur: les calculs se basaient sur des chiffres farfelus. Des chiffres concoctés par PricewaterhouseCoopers, qui n’était absolument pas indépendante dans ce dossier puisque recevant des millions de dollars de l’agence elle-même, sans appel d’offres! « PPP Québec ne peut exercer un rôle de critique indépendant en même temps qu’elle participe de si près à la préparation des analyses de la valeur ajoutée », explique le vérificateur.

Ainsi, on est parti du principe que le public allait laisser les édifices devenir vétustes très rapidement. On a établi le taux de vétusté à près de 94% après une trentaine d’année. Concrètement, après trente ans, on lance les démolisseurs et on reconstruit le tout! Complètement irréaliste, juge Renaud Lachance, qui estime plutôt cette vétusté à près de 20%. S’il est vrai qu’après quelques décennies tous les bâtiments publics nécessitent des réparations, le pire indice de vétusté de tout le secteur de la santé atteint 37%. On a donc gonflé les chiffres artificiellement pour donner faussement l’impression que la construction en PPP serait moins dispendieuse. Bref, on a menti à la population pour favoriser des intérêts privés.

Or, ça ne vous rappelle pas quelque chose, cela? Tous les scandales des derniers mois dans le monde municipal ont été causés par la collusion d’intérêts privés et publics qui permettaient aux premiers de s’enrichir sur le dos des citoyens. C’est précisément la proximité du public et du privé qui permet la collusion. La Coalition pour un CHU sans PPP a raison d’affirmer que « le plein transfert au secteur privé de la conception, la construction, l’exploitation, l’entretien et le renouvellement des projets majeurs peut conduire à des excès ». Ces excès, ce ne sont pas que quelques dollars glissés sous la table, mais des milliards de piastres de nos impôts qui enrichissent une minorité de corrompus au lieu de servir à mieux financer nos institutions ou à rembourser notre dette.

En outre, comme je le notais dans un autre billet, l’Angleterre, qui a, la première, expérimenté avec les PPP, en a payé un lourd tribut: « Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. » On peut maintenant comparer cela au nouveau projet de l’hôpital Sainte-Justice, qui, conçu et construit en mode public, n’a dépassé ni son budget ni ses échéances…

Il serait peut-être temps pour le gouvernement de prendre acte de ces faits. Le privé, ce n’est pas le Pérou, mais plutôt l’Islande. Sous prétexte de sauver quelques dollars en payant moins bien ses travailleurs, on ouvre la porte à tous les excès et on appauvrit l’État. Au lieu de « gaspiller » notre argent en payant de généreux salaires à des ouvrier qui font ensuite rouler l’économie locale, on engraisse des compagnies anonymes aux actionnaires éparpillés de par le monde. Qui est gagnant?

Quand je vais chez au restaurant et que je demande la différence entre deux plats, j’aime qu’on me dise la vérité. Je ne veux pas qu’on me propose le premier parce qu’il y a entente entre le restaurateur et l’approvisionneur. Je ne veux pas non plus qu’on attende que j’en aie plein la bouche pour me dire que le plat, finalement, coûtera le double de ce qui avait été prévu et que l’autre, sur lequel j’avais hésité, aurait été meilleur et moins cher. Je veux qu’on soit honnête avec moi, et j’attends la même honnêteté de la part de mes élus.

Ainsi, au lieu de persister dans la voie délirante d’une construction des CHU en PPP, Charest et son gouvernement devraient peut-être prendre le temps de faire une pause et de faire preuve d’honnêteté avec la population. Prendre le temps d’expliquer les soi-disant avantages de la construction en PPP suite à la parution de ce rapport dévastateur.

Et peut-être, pourquoi pas, également remettre en question la nécessité de pomper les ressources du Québec pour construire un CHU anglophone de 1,75 milliards $ pour une population de 8,2% d’anglophones de naissance au même moment où on demande aux citoyens de se serrer la ceinture. Question de prévenir les coups avant le prochain rapport dévastateur, prévu vers 2012-2013, que constituera un recensement démontrant un énième recul du français au Québec…

En attendant, on a les politiciens qu’on mérite. On a vraiment dû manquer à notre devoir à quelque étape dans notre histoire commune.

Compteurs d’eau: les coûts cachés du privé
22 septembre 2009

Le rapport du vérificateur général de Montréal sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau est cinglant: rencontres planifiées, firmes écartées, coûts gonflés, apparence de conflits d’intérêts. La totale, quoi. On blâme l’administration Tremblay et on a raison de le faire: s’il avait un minimum de respect pour ses électeurs, le maire aurait démissionné depuis longtemps. Mais si c’étaient plutôt les dogmes des PPP et du tout-privé qui étaient la cause réelle de ce scandale?

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En effet, le contrat des compteurs d’eau n’est pas le premier scandale de ce genre. On n’a qu’à penser à ABC Rive-Nord, la compagnie de l’ex-ministre David Whissell, qui a reçu de généreux contrats gouvernementaux, notamment celui de l’entretien d’une partie de l’autoroute 50. Dans ce cas, le ministère n’a jamais cherché à vérifier s’il serait moins coûteux de faire faire les travaux par les employés de la voirie; l’idéologie a pris le dessus sur la bonne gestion des fonds publics.

Or, c’est exactement ce que reproche le vérificateur Jacques Bergeron à l’administration Tremblay.

À la page 166 de son rapport, il écrit:

Nous recommandons, pour les projets d’une importance significative, d’établir un scénario de réalisation à l’interne, par les employés de la Ville, qui serait appelé à être comparé aux soumissions reçues et/ou à une soumission d’étalonnage, le cas échéant. Cette approche permettrait notamment d’identifier clairement les avantages attendus du recours à un entrepreneur externe.

Et à la page 165:

Nous recommandons à la Ville de renforcer son expertise interne en matière d’élaboration et de gestion de projets complexes, afin de faire contrepoids aux approches et solutions proposées par les firmes externes.

En clair, en adoptant l’idéologie du tout-privé sans s’assurer qu’il y avait effectivement un gain pour les citoyens à ce qu’une firme privée fasse le travail que pourraient effectuer en grande partie les employés municipaux, l’administration Tremblay a manqué à son devoir de bonne gestion des fonds publics. Est-ce surprenant? Dans une culture municipale où le financement provient fréquemment de sources douteuses ou de compagnies ayant des intérêts dans ces contrats, il ne faut pas s’étonner de cette situation. Ce ne sont tout de même pas des Cols Bleus qui glisseraient des enveloppes brunes sous les portes de l’hôtel de ville. Le recours au privé entraîne la corruption, simplement.

En fait, quand on calcule les soi-disant avantages de faire appel au privé plutôt qu’au public, il faudrait aussi tenir compte des coûts que comporte la bonne surveillance du processus d’appel d’offres. Outre le fait que le privé devrait théoriquement coûter plus cher à cause de sa recherche du profit, si on désire que le processus d’attribution de contrat soit sans taches, c’est tout un système de garde-fous qui doit être mis en place. Le rapport Bergeron en parle dans ses conclusions:

  • Le  conseil municipal devrait désigner un comité composé d’experts indépendants afin d’examiner l’ensemble des processus de gestion;
  • Les documents d’appels de qualification, tout comme ceux d’appels d’offres, devraient être revus par une personne extérieure au service concerné;
  • On devrait créer un comité de réflexion afin de revoir les mécanismes de contrôle, mais également de gouvernance à la Ville de Montréal;
  • Des scénarios devraient être établis afin de scinder des projets pour favoriser la concurrence;
  • Il faudrait que « la Ville ajoute une clause standard à ses appels de qualification et de proposition de manière à ce que la période de restriction des communications entre d’une part, les soumissionnaires et d’autre part, les élus, les employés de la Ville et leurs mandataires, couvre la période s’échelonnant du début de l’appel de qualification jusqu’à l’octroi du contrat conséquent à l’appel de propositions »;
  • Les personnes impliquées devraient signer une déclaration d’indépendance;
  • Il faudrait que « la Ville organise une formation en éthique pour les élus, la direction, les gestionnaires et le personnel concerné par le processus d’approvisionnement, d’acquisition et de réalisation des contrats ».

Et ainsi de suite.  Ces suggestions représentent une partie des garde-fous nécessaires à ce que l’attribution d’un contrat au privé se fasse dans les normes. Ce sont des structures qui comportent un coût et une lourdeur bureaucratique, mais elles sont nécessaires si on espère confier la gestion de nos services au privé.

Ainsi, quand on dit que le privé coûte moins cher, on pense peut-être simplement à l’attribution du contrat et aux économies réalisées par le fait que les employés y sont souvent moins payés. Dans les faits, ce que dit vraiment ce rapport, c’est que l’idéologie du tout-privé comporte d’autres coûts et qu’il serait beaucoup mieux pour tout le monde de comparer le prix d’un service offert par le public à celui du privé. Et ce que ne dit pas le rapport Bergeron – et qui est primordial – c’est qu’il faudrait aussi calculer ces « coûts de la surveillance » ou coûts pour une attribution éthique, dans le calcul. À la fin, on aurait peut-être l’impression que ce qui paraissait être un bon deal s’est révélé beaucoup plus coûteux que prévu.

Ce n’est pas un hasard si le gouvernement Charest a enterré les PPP. Dans un système politique imparfait mais aspirant à la transparence, les soi-disant gains du privé ne justifiaient pas tous les garde-fous. Il serait peut-être temps pour Montréal de prendre acte de la leçon et de confier, dans la mesure du possible, la gestion de nos services à ses employés municipaux. Ils ne sont pas parfaits, on aime parfois rire d’eux, mais ce sont encore les travailleurs les plus intègres et les plus professionnels que nous ayons.

Et surtout, ils n’ont pas de yacht, de luxueuses propriétés ou d’amitiés douteuses avec des chefs de la mafia italienne.

Mario Roy et ses amis têtes brûlées
15 septembre 2009

Par un habile tour de passe-passe, Mario Roy, le plus radical des éditorialistes de La Presse, assimile les excès d’une minorité d’exaltés américains contre la réforme de la santé d’Obama à ceux qui s’opposent au privé ici. Faisant abstraction de toute forme de nuance ou de logique, il met en parallèle le comportement de fanatiques libertariens qualifiant Obama de socialiste, de communiste, le comparant à Hitler ou Staline, aux actions de ceux qui, ici, veulent empêcher la privatisation de notre système de santé. Encore une fois, Mario Roy aurait dû réfléchir avant d’écrire, et La Presse aurait dû refuser de publier ses divagations.

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En effet, comment peut-on comparer la minorité de fanatiques américains insensibles à toute forme de raison ou d’arguments logiques à ceux des nôtres qui utilisent les faits pour défendre un système de santé public et universel? Obama n’est pas Hitler, ni Staline, ni le Joker. Vouloir offrir des services de santé à la quarantaine de millions d’Américains n’ayant aucune couverture médicale, ce n’est pas plus du socialisme qu’un défilé de mode n’est un spectacle pornographique.

Ces libertariens, ces extrémistes, tiennent un discours corrompu, largement inspiré d’une Guerre Froide où on encourageait la population à se radicaliser pour assimiler toute forme de gain social à du communisme, ce Grand Satan. Ils sont l’équivalent américain des Talibans afghans que la CIA a radicalisé en leur envoyant des centaines de milliers d’exemplaires du Coran, afin de les instrumentaliser contre les Soviétiques dans les années 80. Sauf que les Soviétiques ne sont plus en Afghanistan. Et la Guerre Froide n’existe plus. Il ne reste que les fanatiques, ces anachroniques reliques d’un passé où on s’est servi d’eux pour atteindre des buts politiques. Et aujourd’hui, ils reprennent du service et jouent sur la peur des gens pour tenter de justifier leurs idées débiles.

Or, quand on se sert des peurs irrationnelles des gens, on ne contribue pas positivement au débat. L’argumentaire de ces extrémistes ne tient pas compte des faits, ne compare pas la situation globale avec celle d’autres pays, ne parle pas de solutions afin d’améliorer le système de santé le plus coûteux et le moins inclusif des pays développés. Que des émotions, que de la peur. Communisme! Socialisme! Hitler! Staline! Ne manque que le croque-mitaine.

De l’autre côté, et malgré ce qu’en pense Mario Roy, les opposants à une américanisation de notre système de santé tiennent un discours beaucoup plus sensé et rationnel que ces radicaux. On n’hésite pas, ici, à souligner qu’une étude a démontré que 101 000 personnes pourraient être sauvées à chaque année si les États-Unis se dotaient d’un système de santé davantage public. On note que le système de santé américain coûte 6714$ per capita contre 3578$ pour le Canada, et qu’il laisse sans aucune couverture médicale près de 16% de la population. On parle de statistiques démontrant une corrélation entre le nombre de médecins et le caractère public d’un système. On compare les chiffres du nombre d’années potentielles de vie perdues par 100 000 habitants pour diverses maladies entre les États-Unis et le Canada et on remarque que le système canadien bat celui de son voisin du sud dans tous les cas. On démontre, chiffes à l’appui, que le privé coûte cher. Des faits, des chiffres, du concret.

De la même façon, l’opposition canadienne à une plus grande présence du privé en santé s’exprime aussi de manière pacifique, courtoise. À ce que je sache, il n’y a pas eu de grand rassemblement où on a montré des portraits de Charest avec la moustache de Hitler quand il a voulu instaurer les PPP en santé. On n’a pas comparé Philippe Couillard à Staline, même s’il a utilisé son rôle de ministre de la santé pour se faire une belle place au soleil au privé. Des faits, des chiffres, du concret.

En assimilant le populisme de droite basé sur la peur et les préjugés à l’opposition constructive et rationnelle des Canadiens et Québécois contre une trop grande place du privé en santé, Mario Roy espère convaincre que ces deux groupes sont tout à fait égaux dans leur extrémisme et leur refus des faits. Malheureusement pour lui, cette analyse ne tient pas la route et en dit plus long sur Mario Roy lui-même et sur le journal qui accepte de le publier que sur ce qu’il tente de démontrer.

Non, Mario Roy, « la plus petite allusion à un rôle quelconque éventuellement alloué au secteur privé [ne] provoque [pas] des hurlements dont la stridence n’est pas moindre que ce qui nous crève les tympans depuis des semaines à CNN et à Fox News ». Non. Ce qui me crève les yeux, plutôt, c’est qu’un éditorialiste faisant aussi régulièrement preuve de mauvaise foi ait encore un emploi sur la rue Saint-Jacques.

Dans un débat aussi important que celui du futur de la santé, nous n’avons pas plus besoin du radicalisme des têtes brûlées libertariennes que de celui de Mario Roy. Ces gens constituent le désagréable bruit de fond sur lequel les autres essaient de réfléchir.

La Presse aura-t-elle un jour le courage de sévir contre lui?

Charest enterre (enfin) les PPP
24 juin 2009

Quoi de mieux que la Saint-Jean-Baptiste, une polémique sur les anglophones, les vacances et les événements en Iran pour passer en douce un changement de cap? À plus forte raison si celui-ci concrétise la compréhension de l’échec de son idéologie. C’est ce que vient de faire le gouvernement Charest en enterrant les Partenariats Public-Privé (PPP). Prenant prétexte de la difficulté du financement privé, causé par la crise économique, Jean Charest fait un bon coup dont profiteront tous les Québécois.

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En effet, est-il besoin de rappeler l’échec retentissant des PPP, ici et partout dans le monde? J’ai moi-même longuement écrit sur le sujet:

8 avril 2007: L’échec des PPP

On apprend aujourd’hui que les frais d’exploitation d’un hôpital construit en partenariat public-privé (PPP), à North Bay, vont doubler d’ici la fin du contrat. […] Quand une banque prête à une entreprise privée, c’est bien souvent à des taux désavantageux comparativement à un gouvernement, qui lui est plus solide.

19 mai 2007: Partenaires dans le crime

L’Agence des partenariats public-privé (PPP) ne respecte même pas ses propres règles et accorde des contrats de près de 430 000$ à Price Waterhouse Coopers sans appel d’offre. […] De l’argent public – notre argent – a ainsi été gaspillé pour payer des chargés de projets à 325$ de l’heure, des « spécialistes processus PPP » à 225$ de l’heure et divers autres frais gonflés à une entreprise privée sans qu’il y ait eu le moindre appel d’offre.

10 juin 2007: Prolongement de la 25: gaspillage!

On apprend que le prolongement de l’autoroute 25 vers Laval sera confié à une firme australienne, au détriment de plusieurs entreprises québécoises intéressées dans le projet. […] Les bénéfices vont quitter le Québec vers l’Australie.

25 juillet 2007: Une idéologie qui a un peu trop d’assurance

Le gouvernement Charest a décide de nous en passer une petite vite, à la fin juin, en votant un décret autorisant la compagnie d’assurances Desjardins Sécurité Financière à gérer un centre d’hébergement et de soins de longues durée (CHSLD). […] Comme le souligne avec justesse la Coalition Solidarité Santé, on doit maintenant s’inquiéter quant à savoir si on privilégiera les clients de Desjardins et si on se fera de l’argent sur le dos des personnes âgées. […] Il n’y a rien de positif dans une américanisation des soins de santé.

20 novembre 2007: L’échec des infirmières du privé

Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants. […] Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

30 mars 2009: Le CHUM en PPP: la pire des idées

Les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État. […] Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. […] Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé.

En reconnaissant son erreur dans le dossier des PPP, Jean Charest fait implicitement un autre aveu: son idéologie du tout-privé ne fonctionnait pas. Il lui aura fallu six années pour s’en rendre compte, mais mieux vaut tard que jamais. Je ne croyais jamais dire cela, mais je lui lève mon chapeau! Le recentrage du PLQ fait beaucoup de bien.

En espérant qu’il continue sur cette voie…

Cette année, c’est mon cadeau de la Saint-Jean.

Le CHUM en PPP: la pire des idées
30 mars 2009

La décision du gouvernement du Québec d’aller de l’avant avec le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) construit en partenariat public-privé (PPP) a de quoi inquiéter les citoyens. Non seulement les PPP coûtent-ils plus chers, mais il y a risque de conflit d’intérêts et l’engagement à long terme augmente les possibilités de dérapage.

D’abord, les PPP sont coûteux, très coûteux. Comme le souligne avec justesse Sylvain Simard, porte-parole du Parti Québécois pour le Conseil du trésor, les entreprises privées peuvent plus difficilement obtenir des taux d’intérêts avantageux que l’État, surtout en période de crise. Les taux pratiqués actuellement sur le marché du crédit sont 2,5% plus élevés pour le privé. Et si les taux venaient à baisser, l’État n’en profiterait pas puisque l’entente est scellée avec l’entreprise qui gère le PPP. Martine M. Bellanger, professeure d’économie à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes, en France, explique :

Dans la mesure où les PPP comportent un potentiel plus élevé d’aléas pour les entreprises que les contrats traditionnels, leurs banquiers et leurs assureurs en tiennent compte. Comme les promoteurs de PPP ne sont pas des philanthropes, ils reportent ces coûts sur les loyers et les autres formes de paiement exigés des partenaires publics.

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La ministre des finances, Mme. Jérôme-Forget, se défend en disant que le gouvernement sera un bon payeur et qu’il rencontrera ses obligations, mais ce que sous-entend cette déclaration apparaît plutôt comme l’aveu que le gouvernement sera toujours là pour subvenir aux besoins du privé et absorber les dépassements de coût.

Jean Charest martelait depuis des années que les PPP ne devaient pas alourdir la dette publique. Le gouvernement étudie pourtant des scénarios permettant de faciliter l’accès au crédit des consortiums en lice pour ceux-ci après les inquiétudes de ces dernières quant à leur incapacité à se financer adéquatement. Le but du partage de risques consiste à faciliter l’accès au crédit pour les promoteurs privés en faisant porter un fardeau plus élevé sur les épaules du gouvernement du Québec. Ainsi, une partie du risque devient une dette pour les contribuables. Le PPP devait (théoriquement) sauver de l’argent: si en plus de payer les profits des consortiums il faut partager leurs risques, à quoi bon? Qui veut-on récompenser ici : les amis du gouvernement? Pourquoi ne pas simplement bâtir le CHUM de manière traditionnelle et leur envoyer un chèque par le poste tant qu’à ça?

Outre la théorie, il y a la pratique. Une étude financée par l’Association des comptables agréés de Grande-Bretagne a démontré que les PPP sont économiquement plus coûteux que le financement public. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, p. A5, FINANCEMENT DES HÔPITAUX, Les PPP sont trop coûteux, selon une étude anglaise, Noël, André)) Sur 13 hôpitaux construits en PPP et analysés par l’étude, six étaient en déficit. Et quatre de ces six hôpitaux avaient des coûts plus élevés. L’augmentation des coûts observés pour les PPP atteint de 25% à 50% du coût d’un financement traditionnel. Ce n’est d’ailleurs par pour rien que le ministère de la Santé a suspendu la réalisation de plusieurs programmes en 2006, notamment parce que les hôpitaux devaient verser aux promoteurs des montants fixes trop élevés eu égard aux budgets accordés par l’État pour leur fonctionnement régulier.

Par ailleurs, les risques de conflits d’intérêts sont bien réels. Il n’est pas question ici d’enveloppes brunes glissées sous la porte d’un politicien bien en vue (même si ces choses peuvent exister), mais plutôt de promoteurs qui conseillent le centre hospitalier de l’université McGill et soumissionnent pour le CHUM et vis versa. Le danger est clair : une firme peut obtenir des informations dans un projet dont elle profitera dans le second. Pour surveiller tout ce fouillis, un avocat a été embauché par l’agence des PPP à titre d’arbitre des conflits d’intérêts. La bureaucratie dans toute sa splendeur.

Un autre aspect à ne pas négliger est l’engagement à long terme vis-à-vis d’une entreprise privée. Ces dernières peuvent changer ou chuter; on se rappellera que la gestion de l’eau de la municipalité de Hamilton s’est retrouvée dans les mains d’une filiale d’Enron. Les besoins peuvent changer : qui sait si dans 35 ans on aura besoin d’un CHUM rempli à pleine capacité ou s’il ne faudra pas privilégier d’autres solutions? Comme le notait avec pertinence l’organisation Médecins québécois pour le régime public (MQRP) le 8 mars dernier, un PPP ne concerne pas uniquement la construction d’un projet, mais son financement, sa conception, sa transformation, sa possession et son exploitation. Il s’agit d’une structure incroyablement rigide enchaînant l’État pour plusieurs décennies. On en arrive progressivement à des situations quasi-surréalistes, comme dans certains hôpitaux britanniques où on détermine la durée optimale d’une ampoule électrique et où on refuse de la remplacer si celle-ci avait le malheur de brûler avant la date prévue. Le fait que le premier hôpital britannique construit en PPP ait déclaré faillite en 2006 devrait également nous inquiéter. ((La Presse, Nouvelles générales, mardi, 4 avril 2006, idem.))

Ce n’est donc pas un hasard s’il existe un quasi-consensus contre les PPP en santé. L’Ordre de architectes du Québec, l’Association des économistes du Québec, le Parti Québécois, Québec Solidaire, le MQRP, la Coalition Solidarité Santé, la CSN, l’APTS; tous s’y opposent.

Encore une fois, pourtant, le gouvernement fait la sourde oreille aux revendications des citoyens et préfère suivre son idéologie jusqu’au bout, quand bien même celle-ci a prouvé son inefficacité. Jusqu’où faut-il aller avant de comprendre l’illogisme d’une façon de faire qui coûte cher et lie nos mains pour des décennies?

Au lieu d’être de simples locataires du CHUM, pourquoi n’en serions-nous pas propriétaires à moindre coût?

Philippe Couillard: une odeur de corruption
20 août 2008

Comme le souligne cet article dans La Presse, Philippe Couillard a signé deux décrets favorisant le secteur privé dans la santé, et ce, au moment où il réfléchissait déjà à la possibilité de se joindre au groupe Persistence Capital Partners.

Dans un arrêté ministériel signé du ministre Couillard le 18 juin, le gouvernement a adopté la liste officielle d’une cinquantaine de «traitements médicaux» qui pourront maintenant être dispensés dans un «centre médical spécialisé», une clinique privée. Or, dès le jeudi 19 juin, des médias ont révélé que Philippe Couillard quittait la vie politique. Le mercredi suivant, le jour où il a confirmé sa démission, le gouvernement adoptait par décret une modification au règlement sur les frais exigibles pour l’octroi d’un permis de centre médical spécialisé. En réduisant de moitié les frais demandés aux gestionnaires de cliniques privées, le gouvernement se retrouve maintenant à assumer une partie des coûts pour l’analyse des dossiers et la délivrance des permis.

Il y a désormais deux choses qui devraient maintenant être très claires pour tout le monde. Tout d’abord, si Couillard espérait un jour faire un retour par la grande porte et remplacer Jean Charest à la tête du Parti Libéral du Québec, ses chances sont maintenant nulles. On dit que les gens ont la mémoire courte; peut-être, mais ce genre de manque de jugement flagrant risque de rester longtemps dans la mémoire des analystes politiques, qui ne manqueront pas d’en reparler. Et ensuite, c’est bel et bien le mot « corruption » qui doit être utilisé pour parler de Couillard, lui qui a travesti son rà´le de défendeur de notre système pour ouvrir insidieusement la porte à ses futurs alliés du privé.

Comme le note Richard Larose… Alias le Citoyen, « Celui qui voulait nous convaincre que l’incursion du privé dans la santé été du « caca » est maintenant à la solde d’une compagnie privé en gestion de fond santé. Dans le domaine du « pas de gènes » on repassera n’est-ce pas. » Yves Archambault en rajoute:

Le système de santé à deux vitesses vient de se trouver un Super Allié. Le gars a pendant cinq ans complété sa formation de démolisseur du système de santé public tout en prétendant le défendre. Que ceux qui croient en cette fable que le privé va diminuer les listes d’attentes m’en reparlent dans 5 à 10 ans. Ces cliniques privées vont se consacrer aux 5% des gens les mieux nantis et les autres vont se trouver encore plus mal desservis qu’avant. Les médecins et les infirmières qui seront attirés par ces établissements qui donc va les remplacer dans le public? A-t-on déja oublié que nous sommes en pénurie de ce cà´té?

En effet, voilà une analyse qui se tient. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que des médecins membres de l’exécutif de la National Health Service Consultants de Grande-Bretagne ont écrit à l’Association Médicale Canadienne (AMC) pour les mettre en garde contre un système de santé s’inspirant un peu trop des désastreuses réformes britanniques, qui, contrairement à ce qui avait été annoncé, n’ont absolument pas désengorgé le système public – bien au contraire – et ont contribué à faire exploser les coûts.

Cependant, l’AMC sera-t-elle à l’écoute, ou fera-t-elle un petit discours d’apparence comme Couillard pendant qu’elle affûte ses couteaux servant à dépecer notre système national? On peut certainement se poser la question, surtout au regard des deux nouveaux nominés de l’organisation: John Rapin, ancien candidat conservateur aux élections provinciales en Ontario et ouvertement en faveur des « partenariats » public-privé (j’aime le mot « partenariat », comme si on pouvait faire collaborer le renard et les poulets) et Joanne Vézina, membre du conseil d’administration de la
compagnie d’assurance La Survivance, qui offre des assurances dans le domaine de la santé et risquerait donc de voir son chiffre d’affaire se gonfler avec une plus grande présence du privé dans le secteur.

Face à de tels attaques des carnassiers du privé, qui salivent déjà sur les profits à faire avec notre santé, le rà´le d’un ministre de la santé devrait être de défendre nos institutions et de faire preuve d’une impartialité irréprochable. Philippe Couillard, en ayant commencé ses pourparlers pour se joindre à une firme privée au moment où il était encore ministre et qu’il signait des décrets favorisant ce genre d’entreprise, a gravement manqué à son devoir de ministre.

Quelle crédibilité aura-t-il désormais, celui qui a été un des hommes les plus populaires du gouvernement Charest, et qui a menti, trompé la population et vendu notre système au plus offrant avant de partir en coup de vent se faire la piastre pour une compagnie ne désirant que la mise en lambeaux de notre système?

à€ lire: Pendant que la droite continue sa propagande…

L’échec des infirmières du privé
20 novembre 2007

On apprend que les hôpitaux font de plus en plus affaire à des infirmières d’agences privées pour combler leur manque d’effectifs. Et encore une fois – comme c’est le cas à chaque fois que le privé est en cause – la facture est salée: près de 100 millions de dollars.

Le but du privé est de faire du profit, est-il besoin de le rappeler? Alors que les infirmières du secteur public commandent un salaire de près de 27$ par heure, il faut débourser entre 35 et 55$ par heure pour une infirmière du privé. Mais l’infirmière en question ne gagne pas tout cet argent; une partie est remise à l’agence, qui assure un juteux profit à ses dirigeants.

Ainsi, on engraisse des propriétaires d’agences privées sur le dos des contribuables, ce qui contribue à accentuer la saignée des finances de l’État.

Pourtant, il serait facile de régler la crise. Si on prenait ce même 100 millions $ et on s’en servait pour payer davantage d’infirmières du public, on sauverait de l’argent et on s’assurerait d’avoir de meilleurs services puisque celles-ci ne seraient pas tentées de tourner les coins ronds pour satisfaire des actionnaires gourmands.

Mais si la solution est si simple, pourquoi n’est-elle pas appliquée? C’est simple: c’est une question d’idéologie. Le gouvernement néolibéral de Jean Charest veut implanter le privé partout, de toutes les façons possibles. En coupant les vivres aux hôpitaux, il les force à prendre des décisions à court terme qui sont totalement illogiques d’un point de vue économique. Mais ça ne dérange pas trop, si le résultat est davantage de privé, même si le privé est plus cher et moins efficace.

Tiens, ça me rappelle… J’avais une amie qui travaillait au centre hospitalier de Lachine. Il y a quelques années, ils ont confié le service de buanderie au privé. Et bien, les coûts ont tellement augmenté qu’ils ont dû revenir à l’ancien système quelques années plus tard! Mais combien d’argent a été dilapidé entre temps…

Si des précurseurs du néolibéralisme et des PPP comme l’Angleterre constatent désormais l’échec définitif des « partenariats » public-privé (autant parler du partenariat entre la poule et le renard) et redonnent au public des services afin de juguler l’hémorragie, il serait peut-être temps de constater que le Québec va dans la mauvaise direction.

Car le but du privé, ne l’oublions jamais, est de faire de l’argent. Le privé coûte plus cher, et s’il a une cenne à sauver en tournant les coins ronds, il n’hésitera pas. Et si ça coûte 55$ de l’heure pour une infirmière qui pourrait en coûter 27$, n’oublions pas qu’une partie de la différence atterrie dans les poches d’un actionnaire qui n’apporte absolument rien au système de santé, bien au contraire.

Prolongement de la 25: gaspillage!
10 juin 2007

On apprend que le prolongement de l’autoroute 25 vers Laval sera confié à une firme australienne, au détriment de plusieurs entreprises québécoises intéressées dans le projet. C’est le pire des deux mondes.

En effet, les PPP eux-mêmes ont démontré leur échec en Angleterre, ou même ici au Québec quand ils ont été appliqués. Ils sont plus chers – profit oblige – et les compagnies privées qui administrent les services ont tendance à tourner les coins ronds et à sous-payer leurs employés. Mais au moins, quand il s’agit d’entreprises québécoises les profits restent pour la plupart au Québec, même si l’argent investi profite moins à la société que dans le cas où les travaux sont effectués par le public.

Mais dans ce cas, non seulement c’est un PPP, mais en plus les bénéfices vont quitter le Québec vers l’Australie. N’est-ce pas là un formidable gaspillage? Nous avons des employés qualifiés, des ingénieurs compétents, une expertise, et nous devons dépenser l’argent des contribuables pour engraisser une compagnie australienne, pour de l’argent qui quittera très simplement le Québec vers Sydney.

Si vraiment il fallait construire ce pont – ce qui reste à démontrer, puisque le même investissement dans le transport en commun aurait probablement été beaucoup plus productif – le seul comportement logique et économe pour l’argent des contribuables serait de le faire construire par le public, afin de réduire au minimum le gaspillage de notre argent et la saignée de nos ressources vers l’étranger.

Et que l’argent investi puisse être redépensé dans notre collectivité.

L’échec des PPP
8 avril 2007

On apprend aujourd’hui que les frais d’exploitation d’un hôpital construit en partenariat public-privé (PPP), à North Bay, vont doubler d’ici la fin du contrat. Pourquoi? Principalement à cause des intérêts.

En effet, quand une banque prête à une entreprise privée, c’est bien souvent à des taux désavantageux comparativement à un gouvernement, qui lui est plus solide. On se retrouve donc avec un scénario inacceptable mais trop souvent commun: le privé prend sa part de profit et le public, soit monsieur et madame Tout-le-monde, paie de sa poche les dépassements de coûts et la location des équipements.

Ainsi, l’idée même que la construction d’une infrastructure par le privé soit moins cher défie la logique: le privé a démontré à de maintes occasions qu’il est plus cher. Car non seulement une corporation se trouve désavantagée face à la banque, mais en outre les profits se ramassent dans les poches des actionnaires au lieu de revenir à la collectivité. De juteux profits. Et quand on arrive à sauver quelques piastres ci et là, c’est souvent en réduisant drastiquement le salaire de travailleurs auparavant de classe moyenne ou en lésinant sur la sécurité, comme le démontrent les nombreux accidents de trains en Angleterre depuis les privatisations massives.

Devant l’échec des PPP, il ne reste plus qu’une seule raison de les défendre: l’idéologie. En d’autres mots: on se met la tête dans le sable, on se croise les doigts, et on répète ad nauseam que le privé est bien, que le privé est mieux, que le privé doit être partout.

Malheureusement, ceux qui nous proposent le privé pour se substituer au public n’ont guère d’exemples positifs à nous proposer et leur position tient davantage de la pensée magique que de l’observation objective des faits.