Power Corporation aime le budget
26 mai 2007

Cyberpresse est un merveilleux outil pour s’informer de ce qui se passe en temps réel: l’information y est variée, souvent mise à jour, intéressante et pertinente. Cependant, et c’est un point important, le site appartient au réseau Gesca, qui lui appartient à Power Corporation, une des entreprises parmi les plus rapaces et influentes du Canada.

Ce n’est donc pas une grande surprise de trouver dans leurs pages une publicité de Monique Jérôme-Forget vantant son budget (en bas à droite dans l’image).

Évidemment, on rétorquera que c’est une entreprise privée et qu’elle peut mettre n’importe quelle publicité là où elle le veut. C’est vrai, mais il reste que la présence d’une publicité pro-budget à côté d’un texte assez complaisant avec le gouvernement Charest, sur le site appartenant à une corporation comme Power Corporation, qui risque de s’enrichir encore davantage avec l’élimination de la taxe sur le capital promise par la ministre, voilà qui est assez douteux d’un point de vue éthique et pose la question de la crédibilité d’un tel média.

Par ailleurs, même les éditorialistes contribuent au travail de glorification de ce pitoyable budget. Ainsi, on peut lire André Pratte affirmer:

Il n’y a rien d’irresponsable, de scandaleux, d’horrible dans ce budget. Absolument rien qui justifie la tenue d’élections précipitées – une dépense de 72 millions. Demandez à une famille monoparentale d’un enfant avec un revenu de 40000$ s’il est condamnable de réduire ses impôts de 360$ par an?

Ce que M. Pratte ne dit pas, c’est que le 360$ « sauvé » par une telle famille serait rapidement éliminé par les hausses de la SAAQ, des frais de scolarité, de la carte d’autobus, des parcomètres, etc. Et on ne parle même pas ici des projets de Claude Castonguay, nommé par le gouvernement pour étudier le système de soins de santé, qui désire mettre fin à la gratuité dans le réseau. Que reste-t-il de ce 360$ après toutes ces dépenses? Par contre, une personne comme M. Pratte, qui gagne très certainement bien au-delà de 100 000$ par année, profite largement de ces baisses d’impôts octroyées aux plus riches.

Ainsi, on le constate, il y a un véritable problème de crédibilité sur Cyberpresse. Le fait que l’entreprise appartienne à une corporation qui profite largement de politiques économiques plus libérales et que les textes d’opinion soient écrits par des éditorialistes au salaire assez élevé pour leur permettre de faire partie des privilégiés de ce budget, voilà qui vient mettre un gros bémol à l’idée même de se donner la peine de lire ce qui s’y écrit sur le sujet.

Au fond, peut-être était-ce la stratégie du gouvernement Charest? On offre des baisses d’impôts, mais en les ciblant sur les plus riches, on s’assure le soutien d’entreprises qui jonglaient avec l’idée d’appuyer l ‘ADQ, parti théoriquement plus à droite, et on est certain que des éditorialistes grassement payés relaieront le message puisqu’ils ont un intérêt personnel à appuyer ce budget.

Devant la partialité et le manque de crédibilité de tels médias, il devient de plus en plus vital d’avoir des sources d’informations alternatives, non pas guidées par le profit, mais par le désir de bien informer les gens.