La Presse en guerre contre les étudiants
1 mai 2012

L’avantage de toute crise, c’est qu’elle force quiconque veut y participer à laisser tomber son masque. Lorsqu’un débat est aussi tranché que celui opposant les étudiants au gouvernement, on a tendance à laisser tomber les nuances et à mettre tout son poids dans une direction ou une autre.

Dans le cas d’un média, néanmoins, on s’attendrait à un minimum de respect pour l’intelligence des lecteurs. À La Presse, propriété de Gesca (Power Corporation), dont la direction est reliée de près au PLQ, on a laissé tomber toute prétention à l’objectivité. Ce journal qui fut un jour intéressant et honnête, est devenu tout aussi malhonnête que le gouvernement dont il liche les souliers.

Aujourd’hui, 1er mai, par exemple, Alain Dubuc, qu’on a rapatrié du journal Le Soleil pour ajouter du poids aux textes anti-étudiants d’André Pratte, qualifiait les offres de la FECQ et de la FEUQ de « braquage » et les accusait de ne pas mettre d’eau dans leur vin et de constituer des « enfants-rois ». Aucun mot sur le caractère honnête des propositions, aucun commentaire sur le fait que c’est le gouvernement qui s’entête en refusant toute négociation sur la hausse, aucune remarque sur le fait que des étudiants qui sacrifient leur session et leur temps pour le bien d’autrui sont l’anti-thèse d’enfants-rois. Non, à La Presse, on suit la ligne gouvernementale : les étudiants sont intransigeants.

Hier, 30 avril, André Pratte écrivait un texte surréaliste où il accusait les étudiants de former une « tyrannie de la minorité » et où il incluait dans ses calculs l’ensemble des jeunes de 15 à 24 ans. Jean-François Lisée a bien démoli l’argumentaire de Pratte en soulignant que l’électorat du PLQ est tout aussi minoritaire, ce qui n’enlève pas la légitimité du gouvernement. Malgré tout, La Presse suivait la ligne gouvernementale : les étudiants grévistes sont minoritaires.

Hier encore, 30 avril, Alain Dubuc se commettait dans un éditorial où il proclamait que la fermeté du gouvernement constituait une démonstration de démocratie. Encore une fois, la ligne gouvernementale : nous ne céderons pas.

Et ça continue :

  • 27 avril – Pratte affirme que la hausse est légitime et que le gouvernement ne doit pas céder.
  • 27 avril – Dubuc justifie la position gouvernementale d’exclure la CLASSE.
  • 26 avril – Mario Roy soutient que la FECQ et la FEUQ doivent se dissocier de la CLASSE.
  • 21 avril – Pratte : si le gouvernement cède, on ouvrira la porte à tous les radicaux.
  • 17 avril – Pratte : tous ceux qui accusent le gouvernement de favoriser la violence sont complices de celle-ci.
  • 13 avril – Pratte : le gouvernement ne doit pas céder face à la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (sic).
  • 13 avril – Dubuc : la hausse est juste, le gouvernement n’a pas à céder sur quoi que ce soit.

Et ça continue, et ça continue.

Les éditorialistes de La Presse sont en guerre. À une certaine époque, le combat des journalistes était celui du quatrième pouvoir, celui qui critiquait le gouvernement, qui le dénonçait, qui représentait les forces mouvantes d’une société. La Presse, en ce début de vingt-unième siècle est devenu le laquais du gouvernement Charest. Son porte-parole. Son organe officiel. Le petit chien-chien qui va chercher les pantoufles quand il fait trop froid pour sortir du lit.

Ce n’est pas pour rien que Gesca ne veut pas publier les états financiers de La Presse et des autres médias du réseau, malgré les demandes incessantes d’un Yves Michaud, par exemple. C’est simplement parce que le but de ce journal n’est pas de faire un profit, n’est pas d’informer, n’est pas d’être rentable.

Le seul but de La Presse, c’est la manipulation de l’opinion publique, et les pertes encourues dans cette opération sont largement compensées par la présence d’un gouvernement au service de ses propriétaires.

Si vous achetez La Presse, si vous lisez La Presse, si vous considérez que ce journal jouit de la moindre crédibilité, non seulement nuisez-vous à la lutte des étudiants, mais vous contribuez également à l’affaiblissement de notre démocratie et à la vente de feu de nos institutions.



Ce texte venait à peine d’être écrit qu’André Pratte remettait ça en accusant les étudiants d’avoir du culot de proposer une contre-offre et qu’il s’agissait de « pelleter les nuages ». Que ce soit clair : si vous achetez La Presse, vous encouragez cette propagande.

Le négationniste de la langue
21 avril 2010

Quand Alain Dubuc a publié son texte Les angoissés de la langue le 9 avril dernier, dans La Presse à Power Corporation, j’y ai lu un tel concentré de préjugés et de faussetés que je n’ai pas cru devoir y répondre. Et puis – il faut le dire – j’étais également très pris par la préparation du rassemblement pour le français, ayant lieu deux jours plus tard. Une anecdote m’a fait changé d’idée et donner le goût de détruire, point par point, le tissu de mensonges publié en réponse à l’étude de Pierre Curzi.

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Ainsi, une personne me contait qu’elle avait épinglé un article parlant du recul du français sur le babillard de son entreprise. Le lendemain, comme toute réponse, on avait mis le texte de Dubuc par-dessus, comme s’il s’agissait d’une réfutation en règle. Voilà la force de la crédibilité d’un média de masse.

Or, Dubuc ne mérite pas cette crédibilité. Les principaux arguments de son texte, que je reprends un par un, sont tous au mieux trompeurs, au pire l’oeuvre d’un travail journalistique bâclé.

Les arguments d’Alain Dubuc:

1) La peur du recul du français provient des chiffres de la langue maternelle, qui est passée sous le 50% à Montréal et le 80% au Québec.

Par un habile amalgame, Dubuc reprend l’argument courant consistant à voir dans le simple recul de la langue maternelle un recul généralisé du français, alors que les études de Curzi et de la plupart des démographes crédibles se concentrent bien davantage sur la langue d’usage. Il devient facile ensuite pour Dubuc d’invalider l’idée que le français régresse en statuant que la langue maternelle ne constitue pas un bon indicateur, car elle ne permet pas de bien constater la hausse des langues tierces.

Évidemment que le recul de la langue maternelle ne permet pas de jauger de la situation! Le problème, c’est précisément qu’il ne s’agit que d’une fraction des signaux permettant de constater le déclin du français. En cherchant à en faire un argument central de ceux qui s’inquiètent légitimement du recul de notre langue commune, Dubuc crée un argument faible et s’assure ensuite de mieux le détruire.

Très malhonnête comme méthode.

2) La cause de l’anglicisation de Montréal n’est pas linguistique; ce sont les francophones qui déménagent vers les banlieues.

L’exode des francophones vers les banlieues comme cause de l’anglicisation de Montréal est un mythe. Montréal ne devient pas anglaise parce que les banlieues, gonflées par des francophones délaissant la ville-centre, se francisent.

En fait, l’ensemble des banlieues montréalaises subit une baisse du français presque aussi rapide que la ville de Montréal elle-même. Entre 2001 et 2006, le recul pour Montréal était de l’ordre de -2.4%, alors qu’il était de -2% pour l’ensemble des banlieues rapprochées.

La cause de l’anglicisation de Montréal EST donc linguistique, contrairement à ce qu’affirme Dubuc.

3) Le calcul de la différence entre l’attraction de la langue française et de la langue anglaise est trop « alambiqué pour être pris au sérieux ».

Quand les chiffres démontrent qu’on a tort, on lance la calculette au loin et on affirme qu’ils ne veulent rien dire.

Ce que n’aime pas Dubuc, c’est l’utilisation de l’Indice de vitalité linguistique (IVL) par Curzi, pour démontrer la différence d’attrait entre les deux langues. Cet indice – rappelons-le – mesure, en divisant le nombre de locuteurs d’usage par ceux de langue maternelle, le degré d’attrait d’une langue par rapport à une autre.

Il ne s’agit nullement d’une formule « alambiquée » ou d’une lubie de statisticien: l’IVL permet de voir clairement si une langue maternelle est capable de devenir une langue d’usage, c’est-à-dire si un enfant dont les premiers mots sont en français risque de parler le français à la maison à n’importe quel moment de sa vie ou s’il ne risque pas de perdre sa langue et de s’angliciser. Le chiffre 1 constitue le seuil de renouvellement permettant à une langue de se renouveler.

Ce que démontrent les statistiques, simplement, c’est que l’IVL de l’anglais à Montréal est de 1.43, contre seulement 1.09 pour le français, ce qui signifie que l’anglais est presque cinq fois plus attractif que le français. Ce n’est pas plus complexe que cela, et si Alain Dubuc avait le début du commencement d’une bonne foi, il le reconnaîtrait lui-même.

4) L’étude ne fait pas de distinction entre la langue d’usage et la langue publique.

L’étude ne fait pas cette distinction, car cette distinction n’est pas importante. L’indice de la langue publique existe, et il a été littéralement haché en morceaux et enterré par le statisticien et démographe Charles Castonguay. Au-delà des problématiques méthodologiques reliées à cet indice (il est presque impossible à calculer), celui-ci est… purement inutile.

En effet, il est de peu d’utilité de savoir quelle langue parle un anglophone en-dehors de son domicile; ce qui compte, c’est l’attachement véritable à une langue, c’est-à-dire de savoir quelle est la langue dans laquelle « vit » un individu. Par exemple, il est possible pour un individu de parler anglais à la maison, de baragouiner le français en public, mais l’impact, la trace laissée par cet individu dans la société, sera résolument anglaise, puisque son monde, sa vision des choses, les médias qu’il écoute, ce qu’il lit, ce qu’il écrit, tout se fera en anglais.

La langue d’usage, en intégrant la langue publique, constitue donc un indice beaucoup plus complet et fiable sur l’attachement réel à une langue ou à une autre.

5) Les chiffres de 2006 ne reflètent pas l’attraction de l’anglais aujourd’hui, mais des choix faits souvent avant la loi 101.

Je crois qu’on atteint de nouveaux sommets avec cette affirmation. Qu’on comprenne bien Alain Dubuc dans toute sa « grandeur »: les immigrants récents choisissent davantage le français, donc ce que nous voyons aujourd’hui ne serait qu’un aperçu de ce qui se faisait avant.

Cette affirmation ne fait pas le moindre sens d’un point de vue de la logique. Si les immigrants choisissaient de plus en plus le français, comment se fait-il que le français régresse? Si nous sommes tributaires des choix d’il y a trente-cinq ans, pourquoi les études ont-elles souligné une amélioration rapide de la situation linguistique après l’adoption de la loi 101, et un recul sensible depuis au moins une décennie? Pourquoi – soudainement – serions-nous en train de subir une situation vieille de plusieurs décennies alors qu’il était possible, dans les années 1980, de mesurer les gains concrets issus de la loi 101?

6) Parler de l’île de Montréal sans regarder l’ensemble de la région métropolitaine est « parfaitement arbitraire ».

Dubuc trouve injuste qu’on inclut Pointe-Claire dans les données de Montréal, par exemple, mais non Longueuil. Laissez-moi redonner la justice à ce brave éditorialiste. Les chiffres, je les ai calculés: entre 2001 et 2006, Pointe-Claire a perdu -1% d’anglophones et -2% de francophones pendant que Longueuil « gagnait » 5% d’anglophones et perdait -3% de francophones. Oui, vous avez bien lu: Longueuil s’anglicise plus rapidement que Pointe-Claire.

Et si on prend l’ensemble de la région métropolitaine (Montréal, Laval et les couronnes nord et sud), la croissance totale des locuteurs de langue d’usage anglaise atteint 6%, contre seulement 1% pour le français!

Arbitraire ou non, l’anglais progresse partout!

* * *

On le constate, on a raison d’être angoissés du recul du français. Celui-ci est généralisé et bien réel.

Quand Dubuc conclut son torchon en écrivant « le français n’est pas menacé », s’appuyant sur ses faux-arguments, il met simplement des lunettes roses à une personne à qui il vient de crever les deux yeux.

Contre les préjugés et les mensonges, qui aura maintenant le courage de déclarer publiquement que le négationniste de la langue Dubuc, de même que le journal pour lequel il écrit, n’ont plus la moindre crédibilité? À une époque où Power Corporation et sa Presse sont en guerre ouverte contre tout renforcement de la loi 101, voilà des faits qu’il ne faudra pas oublier…

La bureaucratie mentale
2 octobre 2009

Une pleine page dans le Journal de Montréal pour la chronique de Richard Martineau de la semaine dernière. Ça, c’est du sérieux. Et pourquoi? Pour pouvoir publier l’organigramme du Ministère de la Santé qu’il avait déniché sur un site d’extrême-droite en août dernier. Après avoir énuméré la litanie des différents départements, la conclusion tombe, comme ce couperet émoussé qu’il brandit depuis des années: trop de bureaucratie! Superposant l’augmentation des coûts de la santé à cette bureaucratie – sans tenir compte ni de l’augmentation dramatique du coût des médicaments ou du salaire des médecins – il sous-entend que « la bureaucratie » est responsable des maux du système de santé et qu’il faudrait la réduire.

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En fait, ce que l’organigramme du Ministère de la Santé démontre, ce n’est pas une trop grande bureaucratie, mais plutôt une bureaucratie typique des structures complexes, comme on en voit dans le privé. À titre d’exemple, une partie de l’organigramme de Power Corporation (voir ci-dessous). En le comparant à celui du Ministère de la Santé, on constate facilement que la bureaucratie ne constitue pas l’apanage du public. Même au privé, cette réalité prime: il n’y a trop de bureaucratie que dans la mesure où la tâche à accomplir n’est plus utile. Dit autrement : on ne peut pas simplement montrer une liste de départements et dire qu’il y en a trop; il faut plutôt les juger un par un, ce que se refuse à faire Martineau.

Or, quand on y regarde de plus près, on constate que même une compagnie comme Power Corporation, avec son chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards de dollars, possède une large bureaucratie. Tout un ensemble complexe de compagnies, de réseaux, de sous-divisions irriguent l’entreprise comme des milliers de canaux dans le sol. A-t-on besoin d’un chef section des arts au journal Le Droit? Ou d’un service décès et remerciements à La Presse? D’un directeur branche pigments et papiers chez Imerys? D’une section Global Gaz & GNL chez Suez? De cinq filiales différentes chez Great-West Lifeco? Power Corporation juge que oui.

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Pourtant, Power Corporation n’a pas à subir les « méchants étatistes » qui empêchent le gouvernement de « faire le ménage ». Si une entreprise privée de la taille de Power Corporation, avec un bénéfice net supérieur au milliard de dollar, possède une telle structure bureaucratique, pourquoi nos grands idéologues du tout-privé, ceux-là mêmes qui aimeraient gérer l’État comme si c’était une vulgaire PME – ne s’interrogent-ils pas sur les bienfaits d’une bureaucratie efficace au lieu de réclamer d’éternelles coupures?

Au sein du Ministère de la Santé, a-t-on besoin d’une unité des maladies infectieuses? D’une direction de la prévention des maladies chroniques et des traumatismes? D’un service des toxicomanies et des dépendances? D’une direction de lutte contre le cancer? D’une direction des professionnels de la santé? D’un secrétariat à l’accès aux services en langue anglaise et aux communautés culturelles? D’un service des relations d’affaires? Je ne sais pas. J’y ferais peut-être du ménage, mais qui suis-je pour décider de couper ceci ou cela? Pourquoi devrait-on « faire du ménage » (lire : mettre du monde à la porte et les pousser dans la précarité) dans une structure en tout point semblable à celle de n’importe quelle autre organisation complexe, qu’il s’agisse d’un autre ministère ou d’une compagnie privée?

Ce que refusent de considérer les hérauts d’une certaine droite, comme Martineau, c’est leur incompétence à juger de la question. Ou plutôt : leur manque d’information. Tous les départements, que ce soit chez Power Corporation ou au Ministère de la santé, existent pour une raison particulière. Personne ne s’est levé un matin en se disant : « Ah, tiens, comment pourrais-je gaspiller l’argent de mes patrons en créant des structures inutiles? » Au privé, les patrons sont redevables aux actionnaires. Ici, le ministre, qui prend les décisions, doit les justifier devant les électeurs.

Le polémiste de Quebecor ne peut donc pas se contenter de dresser une longue liste de différents services et dire qu’il y en a trop sans même prendre la peine de se questionner sur leur utilité. Agir de cette manière, c’est tromper délibérément la population en lui présentant ces branches bureaucratiques comme des rameaux à sectionner plutôt que ce pour quoi elles existent réellement: servir les citoyens.

Ainsi, le service contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang ne constitue pas un simple outil bureaucratique supplémentaire : c’est peut-être grâce à lui que votre fils ou votre fille seront sensibilisés aux relations sexuelles non protégées, que vous obtiendrez un traitement contre une infection, que votre voisin obtiendra du support dans sa lutte contre le VIH. On ne gaspille peut-être pas notre argent en investissant dans la direction de la biovigilance, un service qui s’occupe de la sécurité dans le domaine du sang et des transplantations et qui informe les professionnels et la population sur les plus récents dangers dans ce domaine. Idem pour la direction de la santé mentale : n’a-t-elle pas contribué à faire tomber les préjugés sur la dépression que vous avez eu il y a quelques années ou sur ce beau-frère ou cette cousine qui souffre de schizophrénie?

La bureaucratie, c’est bien davantage que des échelons supplémentaires et des gens payés à faire on-ne-sait-trop-quoi. C’est ce qui permet à une structure complexe de fonctionner. Montrer un organigramme de cette complexité pour la dénoncer revient à regarder Montréal du haut des airs et à se plaindre du cafouillis de rues et de voitures tout en oubliant qu’au-delà du bitume et des véhicules coexistent un million de citoyens ayant pour objectif de se réaliser.

Martineau, avec ses raccourcis rapides et sa propension à penser qu’il est apte à juger de tout et de rien sans le moindre argument crédible, contribue à l’édification d’une forme de bureaucratie mentale adaptée à ses préjugés. Enfermées dans les départements cognitifs de nos préjugés, isolées les unes des autres, nos pensées étouffent et se meurent faute d’avoir pu prospérer en confrontant celles des autres. Ce n’est pas un débat que lance Martineau, mais une véritable ode aux préjugés.

Et si on prenait la peine de juger de la pertinence du « département Martineau » dans l’empire Quebecor, si on se posait vraiment la question à savoir de quelle sorte de valeur ajoutée le chroniqueur peut se montrer capable, croyez-vous qu’il ne serait pas le premier à faire partie du grand ménage?

Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Au chevet de l’idéologie du mérite
30 septembre 2008

Le rejet par les deux partis (de droite) de la chambre des représentants étatsunienne du plan de sauvetage de 700 milliards $ m’inspire une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie. Peut-on réellement s’en passer? Et doit-on seulement aider les plus méritants?

En effet, ça fait (faisait?) des années qu’on nous servait le même discours néolibéral clamant qu’on devait laisser les forces du marché agir et que tout s’équilibrerait en douceur. Cette vieille idée de la main invisible du marché où l’addition des besoins de chacun donnerait un mieux-être collectif. Sauf qu’on le constate, sans modération le capitalisme à l’extrême s’auto-détruit.

À mes yeux, il y a un parallèle entre l’aide proposée aux grandes entreprises menacées de faillite et les subventions aux artistes abolies par Stephen Harper, de même qu’avec l’aide sociale consentie aux plus démunis. Dans tous ces cas, s’il y a consensus sur le fait que théoriquement on ne devrait pas aider quelqu’un qui n’a pas « mérité » l’aide, on réalise que les conséquences d’une absence d’aide seraient bien pire.

  1. Si on n’aide pas les entreprises menacées de faillite. Celles-ci feront faillite, entraînant vers le bas toute la confiance de consommateurs délaissant le marché, retirant leurs avoirs, et plongeant le pays, voire l’économie mondiale, en récession, ou en crise.
  2. Si on coupe les subventions aux artistes. Nous perdrons notre capacité à nous projeter dans le monde; nous nous ferons avaler tout rond par la culture étatsunienne, et nous perdrons les milliards $ découlant de l’industrie culturelle.
  3. Si on coupe l’aide sociale. Les gens devront voler pour se nourrir (puisqu’il n’y a pas assez d’emplois pour tous), l’insécurité augmentera, la violence aussi, l’itinérance, et même les plus riches y perdront au change, devant s’isoler derrière de coûteux systèmes de surveillance et de sécurité pour se protéger des plus pauvres.

Aujourd’hui, quand je regardais ce vote, où ce sont principalement les Républicains qui se sont opposés, je me suis rendu compte à quel point cette idéologie du mérite est pernicieuse. On oublie que tout est inter-relié. On oublie que ce ne sont pas les riches banquiers de Wall Street qui ont fait des milliards, mais que c’est nous (ou le citoyen américain) qui avons accepté que de telles personnes puissent s’enrichir d’une manière aussi honteuse. Nous sommes à blâmer pour avoir élu des gouvernements de droite depuis plus de vingt ans et qui ne font pas de la nécessaire redistribution de la richesse une priorité. Et nous sommes aussi à blâmer quand nous lisons des journaux qui font de la propagande contre toute forme de redistribution de la richesse et contre n’importe quel parti osant proposer des solutions concrètes aux problèmes actuels.

Au cours des derniers dix ans, nous avons fait la sourde oreille à tous ceux qui ont signifié l’importance du rôle de l’État dans l’économie. Nous avons préféré lire les Pratte, Roy, Dubuc et autres pantins du néolibéralisme travaillant pour le compte de Power Corporation nous vanter les mérites du libre-marché et qualifier n’importe quelle alternative de « passéiste ».

Et bien, nous y voici au résultat. C’est l’heure des comptes. Et encore une fois, on a la preuve irréfutable que le marché n’est pas omnipotent, qu’il ne peut pas tout régler, et que la redistribution de la richesse par l’État et l’aide aux moins fortunés est un mal nécessaire, indispensable.

Les Représentants ont refusé de sauver leur système financier. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient dû admettre que l’État a un rôle à jouer et qu’il faut aussi prendre du riche pour donner au pauvre ou au nécessiteux. Il aurait fullu accepter d’imposer davantage la richesse et augmenter les impôts de ceux qui gagnent beaucoup plus que ce qu’ils ont besoin pour vivre.

Et ça, au pays de l’Oncle Sam, c’est impensable.

Ici, heureusement, il y a de l’espoir. Nous sommes moins radicaux, et il existe un parti social-démocrate, le NPD, qui propose justement cela: modérer le capitalisme, dompter ce cheval sauvage qui, si puissant peut-il être, a tout de même la capacité de plonger dans le ravin sans l’organisation et la structuration de l’État.

Au-delà du mérite, il y a la nécessité d’organiser une société qui fonctionne. Et le capitalisme sans garde-fous n’a jamais fonctionné. Et cette idéologie d’un État minimal réfractaire au partage de la richesse, telle que proposée par les Conservateurs, a été un échec, est un échec, et sera encore un échec demain.

Il est temps de penser au futur et de comprendre que la société est un tout, et qu’on ne peut pas plus ignorer la douleur d’une de ses parties qu’on peut s’arracher un bras et croire que la force des autres membres pourra compenser cette perte.

La Presse: information ou manipulation?
21 septembre 2008

Pourquoi La Presse s’acharne-t-elle sur le Bloc pendant cette campagne électorale tout en présentant positivement le gouvernement Harper?

Parce qu’elle appartient à Power Corporation, qui profiterait largement de l’élection du Parti Conservateur.

Portrait de famille.

Power Corporation of Canada, propriété du milliardaire Paul Desmarais, possède 100% du groupe Gesca, qui possède les quotidiens La Presse, Le Soleil, La Voix de l’Est, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Droit, le Quotidien et le site de nouvelles Cyberpresse.ca.

Elle possède aussi la Power Financial Corporation, qui possède à 50%, via la Parjointco N.V. la Pargesa Holding SA, la Great-West Lifeco inc. et l’IGM Financial inc.

Voici les actifs de la Power Financial Corportation:

  • Pargesa Holding SA:
  1. Elle possède à 48,6% le Groupe Bruxelles-Lambert (GBL), du milliardaire Albert Frère, qui fut l’une des deux seules personnes invitées par Nicolas Sarkozy le soir de sa victoire (l’autre étant Paul Desmarais lui-même). Ce groupe a des intérêts dans les autres compagnies possédées par la Pargesa Holding SA (voir ci-dessous), mais possède en outre Rockland Pipeline Company, basée à Houston au Texas, American Cometra Inc., une compagnie gazière et pétrolière de Forth Worth, Canadian Cometra, l’équivalent de cette dernière mais en Alberta et Canrock Pipeline Company Ltd., basée à Calgary. Il va sans dire que toute politique espérant modérer la frénésie pétrolière en Alberta serait nuisible pour le GBL.
  2. Possède également à 54,1% avec GBL Imerys, une compagnie de transformation de métaux industriels.
  3. A des intérêts dans Lafarge, la bétonnière, qui profite du boom albertain pour construire notamment des tuyaux servant à l’exploitation ou au raffinage des sables bitumineux albertains.
  4. A des intérêts dans Pernod-Ricard.
  5. Est impliquée dans Suez, qui est déjà pressentie pour être fusionnée avec la société d’État Gaz de France suite à la privatisation de celle-ci par Nicolas Sarkozy.
  6. A des intérêts dans Total, la cinquième pétrolière du monde, qui investit des milliards $ dans les sables bitumineux albertains.
  • Great-West Lifeco inc. : cette compagnie, qui avait un actif de 394 milliards $ à la fin 2007, propose via plusieurs de ses filiale des assurances-vie. On imagine très bien l’incroyable fortune que procurerait à cette entreprise une privatisation des soins de santé au pays.
  • IGM Financial Inc., qui contrôle notamment le Investors Group et la Mackenzie Financial Corporation.

Maintenant, la question qui tue: pourquoi, au milieu de toutes ces compagnies pétrolières, d’assurances ou d’investissements, Power Corporation possède-t-elle à 100% une filiale « médias », et spécifiquement au Québec?

Il suffit peut-être de lire La Presse ou Cyberpresse.ca pour comprendre. Pendant cette campagne électorale, pas un jour ne passe sans que ses éditorialistes ne s’attaquent tantôt au Bloc Québécois, tantôt au Nouveau Parti Démocratique, tantôt au Parti Libéral du Canada. Pas une semaine sans qu’on monte de toutes pièces une fausse polémique pour discréditer les adversaires du Parti Conservateur. Que ce soit en mettant en première page un énième torchon de Jacques Brassard, qui pourtant écrivait ses folies presque anonymement dans d’autres quotidiens du groupe Gesca depuis des mois, en publicisant la montée au front d’ex-bloquistes ou en montrant constamment Harper sous son meilleur jour, Gesca et Power Corporation sont en campagne électorale.

Est-ce si surprenant de voir Power Corporation appuyer si ouvertement le Parti Conservateur? Je ne crois pas. D’abord, le lien filial entre les Desmarais et le Parti Libéral du Canada (PLC) a été détruit; Jean Chrétien, dont la fille est mariée à André Desmarais, n’est plus dans le coup, ni même Paul Martin, qui a été président de la filiale de Power Corporation Canadian Steamship Lines Inc. bien avant de devenir premier ministre du Canada. En outre, le PLC de Stéphane Dion est beaucoup moins à droite économiquement que ses prédécesseurs et son Tournant Vert risque de pénaliser les entreprises polluantes albertaines.

Mais surtout, le Parti Conservateur est le seul parti majeur au pays pouvant assurer les intérêts de Power Corporation. Il entend défendre les pétrolières et le boom anarchique des sables bitumineux en Alberta (ce qui est bon pour GBL, Lafarge, Imerys et Total) et ses politiques économiques de droite, favorisant notamment le concept d’utilisateur-payeur, risquent d’enrichir la Great-West Co. si elles sont appliquées à la santé. De même, la politique étrangère du gouvernement Harper ressemble à s’y méprendre à celle de son homologue français, ce qui renforce les liens entre les Desmarais, les Frère, Sarkozy et Harper.

Et puisque traditionnement le Québec a toujours été plus progressiste, un peu plus en avance socialement sur le reste du Canada, qu’il est l’endroit où se jouera les prochaines élections et qu’il déterminera si le Parti Conservateur sera minoritaire ou majoritaire, il va de soi que Power Corporation envoie tous ses laquais de La Presse (Alain Dubuc, André Pratte, Mario Roy, etc.) et du reste du réseau Gesca pour s’assurer que le vote sorte du bon côté.

Et si ce n’est pas suffisant, on peut toujours demander de l’aide à l’Institut Économique de Montréal (IEDM), le petit frère du radicalement à droite Fraser Institute, dont la présidente, Hélène Desmarais, est la femme de Paul Desmarais Jr…

On le constate, l’information se porte très mal au Québec. Il est difficile de bien s’informer, et quand des journaux soi-disant sérieux comme La Presse manipulent et désinforment, violent nos esprits pour satisfaire les appétits cannibales de leurs riches propriétaires, je crois qu’il est de notre devoir de citoyens non seulement de les dénoncer, mais également, plus simplement, de ne plus acheter ces torchons qui cherchent à modifier notre compréhension du monde pour la façonner à l’image des intérêts de la famille Desmarais.

Et de passer le mot aux autres: ce que vous lisez dans La Presse n’est pas de l’information, mais l’opinion aseptisée de Power Corporation et de ses filiales.

Le rôle du journaliste et du journalisme en général doit être celui du quatrième pouvoir, c’est-à-dire de dénoncer les excès et les incompétences des autres. Quand le journaliste décide de se taire et de faire le dos rond à son maître qui piétine notre démocratie pour assouvir ses instincts carnassiers, il devient le collaborateur de l’appropriation par une minorité de notre richesse collective.

Et les collabos ne méritent pas d’être lus. Ils doivent être systématiquement démasqués, dénoncés, puis éliminés du système, comme les petites tumeurs qu’on retire du patient cancéreux. Il en va de la survie de tous les autres tissus sains, ceux qui ne demandent qu’à vivre et à exprimer toute la richesse de notre pouvoir collectif libéré des entraves d’une minorité de tyrans qui s’offrent le luxe de s’acheter médias et politiciens pour assouvir leurs désirs de puissance.


Je dédie ce billet à tous ceux qui ont le courage de dénoncer l’utilisation par Power Corporation de son groupe de presse Gesca (et des « journalistes » qui y travaillent) pour manipuler et désinformer la population.


Lire ce texte de Lutopium sur les liens entre Power Corporation et Gazprom, ce qui explique pourquoi La Presse appuie le projet de port méthanier à Rabaska…

L’idéologie d’Alain Dubuc
5 novembre 2007

On ne risque plus de choquer grand monde en affirmant qu’Alain Dubuc est un piètre éditorialiste dont l’oeuvre se rapproche davantage de celle d’un propagandiste de la droite qu’autre chose. Je ne le lis plus qu’un oeil, le sourire en coin, le plus souvent pour rigoler. Mais rendons à César ce qui lui appartient: le chien-chien de Power Corporation a du talent.

Dans son dernier torchon, Dubuc laisse entendre que le PQ serait un parti de droite parce que la gauche et la droite ne seraient soudainement plus ce qu’ils étaient. Rien de moins.

« Dans les sociétés industrialisées, la ligne de partage repose de moins en moins sur l’opposition entre l’économique et le social. Ce qui distingue maintenant la gauche de la droite, c’est bien davantage le traitement des minorités, l’accueil des immigrants et l’exclusion. »

Dubuc est un apôtre de la fin des idéologies. Selon lui, l’idéologie n’existe plus que chez les autres, et elle aurait été remplacée par le « gros bon sens ». C’est un phénomène assez connu que les idéologies au pouvoir ont tendance à justifier leur place au soleil en se réclamant du bien commun et en affirmant que rien d’autre ne saurait exister en-dehors d’eux. Mais c’est faux. Dubuc a une idéologie, et son idéologie est le libéralisme économique à outrance, et cette idéologie est tout à fait de droite.

En cherchant à réduire le débat gauche-droite à de simples trivialités sur l’immigration et le traitement des minorités, Dubuc chercher à discréditer les politiques sociales qui pourraient émaner du PQ et à semer la zizanie au sein du parti, espérant qu’en lançant des roches à l’aile-gauche celle-ci réagira en critiquant le soi-disant virage à droite du PQ.

Oui, on a le droit d’affirmer que le PQ est un parti de droite. On peut parler de la désassurance des frais dentaires en 1982, du déficit zéro, etc. Ce ne sont pas là des mesures du « gros bon sens », mais un choix idéologique ayant toute une trainée de conséquences. Le virage à droite du PQ, s’il a eu lieu, n’est pas le moindrement relié aux minorités ou à l’exclusion au sens où l’entend Dubuc.

Et puis, si on en parlait d’exclusion? Si on parlait de ces personnes aujourd’hui à la bouche hideuse, qui n’ont pas été chez le dentiste depuis 1982 car elles n’en ont pas le moyens? Et si on parlait des jeunes qui ne poursuivent pas leurs études à cause des frais de scolarité trop élevés? Et si on parlait de jeunes immigrés qui doivent vivre dans la criminalité car un travail au salaire minimum n’arrive pas à leur permettre de vivre décemment? Et si on parlait de l’exclusion de la droite, de la vraie droite, de celle dont Dubuc fait la promotion à tous les jours dans ses torchons mais dont il n’ose à peine se réclamer?

Au fond, le vrai danger n’est pas que Dubuc arrive à convaincre quiconque ayant un minimum de culture politique. Il est trop évident que ce qu’il avance est faux et que son seul désir est de nuire au PQ. Non, le seul danger est qu’à force de répéter ses mensonges, il arrive à convaincre ceux qui ne s’y intéressent que d’un oeil. L’autre, celui que je tiens fermé.

« Un mensonge répété mille fois reste mensonge, un mensonge répété un million de fois devient vérité. »
-Joseph Goebbels

Et la question à mille dollars: pourquoi les journaux de Gesca lui permettent-ils de mentir aux Québécois jour après jour après jour après jours?

La majorité a raison (André Pratte n’aime pas la démocratie)
29 octobre 2007

J’aurais voulu en parler plus tôt, mais j’ai beaucoup travaillé en fin de semaine, ayant notamment passé mon samedi soir à servir des immigrants incapables de dire « bonjour », « merci », ou de dire n’importe quel mot de français même après des années ici. Avez-vous lu le dernier torchon de André Pratte? Voici quelques extraits de sa dernière merde, intitulée « La majorité a tort ».

Même si on leur posait des questions plus directes, les Québécois francophones se montreraient peut-être favorables au projet de loi de Mme Marois. Cela ne donnerait pas davantage raison à la leader péquiste. On parle ici des droits des minorités. C’est justement pour protéger les minorités de la «dictature de la majorité» qu’existent les chartes des droits.

On ne prive pas une minorité de ses droits pour satisfaire les fantasmes de militants déçus, ni même pour calmer la paranoïa de la majorité.

Ok, dans le désordre, démêlons cette désinformation.

Premièrement, M. Pratte invalide l’argument selon lequel la majorité aurait bien choisi en laissant sous-entendre que les questions du sondage, démontrant que la majorité des Québécois appuient le projet du PQ, auraient été imprécises, induisant ainsi la population en erreur. Mais c’est ce même André Pratte qui, à d’autres moments, va se servir de sondages pour faire valoir les intérêts du privé, de baisses d’impôts ou autres mesures néolibérales. Comme quoi on dit bien ce qu’on veut dire…

Ensuite, en mettant l’accent sur la « protection des minorités », c’est la démocratique que M. Pratte invalide. Une charte défendant les minorités contre des exagérations de la majorité, personne n’est contre. Mais de faire passer un test de français aux immigrants n’est pas tout à fait de la torture. Bref, sous prétexte de défendre la charte, M. Pratte démontre son peu de respect pour la démocratie qui est, qu’on le veuille ou non, une dictature de la majorité. Ce n’est peut-être pas le meilleur système, mais c’est de loin le moins pire.

Finalement, les immigrants n’ont pas à avoir le « droit » de venir ici, de parasiter notre mode de vie et de lever le nez sur nos valeurs, d’engorger nos tribubaux avec leurs demandes d’accomodements et de cracher sur notre langue. Immigrer au Québec est un privilège, et non un droit. Il n’est pas question de soulager la paranoïa de la majorité, comme l’affirme le bouffon de Gesca inc. (Power Corporation), mais bien d’inciter positivement les immigrants à s’intégrer, en leur imposant d’apprendre le français et de mieux connaître nos valeurs.

Peut-être que si André Pratte sortait de son VUS ou de sa grosse baraque pour venir faire un tour rue Décarie à Ville Saint-Laurent, il aurait une autre vision des choses. Parce que ce que moi j’y vois – et ce n’est pas le seul endroit à Montréal – est une majorité d’immigrants qui ne veulent rien savoir d’apprendre le français, et une majorité de Québécois trop lâches pour leur imposer notre langue et nos valeurs.

Le fait que Gesca et Power Corporation mobilisent ainsi tous leurs laquais pour détruire le projet du Parti Québécois ne fait que démontrer à quel point ce projet est non seulement utile, mais indispensable.

J’ai toujours été très critique du Parti Québécois, mais s’il place ce projet au coeur de son programme électoral lors des prochaines élections, il ne fait plus de doute dans mon esprit qu’il aura mon vote (en autant qu’il n’adopte pas trop de politiques néolibérales en contre-partie).

Parce que la majorité a raison de s’inquiéter pour sa langue et sa culture. Met ça dans ta pipe, André Pratte.

Les raccourcis de Lagacé
24 octobre 2007

Patrick Lagacé remet ça ce matin:

Tiens, tiens, Bernard Landry égratigne le projet de loi de Pauline Marois sur la citoyenneté à deux vitesses.

Alors je me demande, là, comme ça, tout bouleversé, pensif, quelques trucs…

Bernard Landry est-il un colonisé ?

Bernard Landry est-il une marionnette à la solde des intérêts fédéralistes ?

Bernard Landry couche-t-il avec André Pratte ?

Ce que Lagacé ne dit pas, c’est que la principale critique de Landry concerne surtout les Canadiens hors-Québec qui viennent s’établir au Québec. Bref, il veut simplement modifier le projet de loi pour inclure ceux-ci. C’est tout.

On est loin, très loin d’une remise en question totale du projet.

De toute façon, je me demande ce que Lagacé pourrait y trouver de constructif de toute façon. Je lui ai écrit pour lui demander pourquoi il s’acharnait sur un projet aussi important pour l’identité québécoise, peut-être plus important encore que la loi 101, et il m’a répondu que « c’est un projet de merde ».

Et bien, peut-être devrions-nous échanger de travail pour une journée. Moi j’enverrai des tas de billets rapides et faciles toute la journée sur Cyberpresse, et lui ira travailler à Ville Saint-Laurent avec 50% des gens qui ne parlent pas français, même après des années ici. Peut-être que ça lui montrera l’urgence de la situation. Peut-être que d’être une minorité dans son propre pays, comme je le suis, lui ouvrira les yeux sur l’urgence de la situation.

Lagacé m’a répondu que la fin ne justifie pas les moyens. Et je lui ai répondu qu’on ne torturera pas ces gens, on va juste leur faire passer un test pour vérifier leurs connaissances et leur désir d’intégration à la communauté!

Je ne me souviens plus qui a dit qu’on va toujours trop loin pour ceux qui ne font nulle part. Et bien, pendant que Lagacé fait du sur-place et calomnie un projet hyper-motivant et intégrateur pour la culture québécoise, permettant d’espérer une meilleure compréhension de notre culture de la part des immigrants, le reste du Québec continue d’avancer.

Et plus nous distancerons des Lagacé, Pratte, Roy ou Dubuc (ou d’autres chroniqueurs de Gesca inc.), plus ceux-ci tenteront d’utiliser des raccourcis pour nous rejoindre. Mais ça ne marchera pas; ils sont déjà trop loin derrière.

Colonialisme, P.Q.
15 octobre 2007

Ça avait commencé avec un billet tout à fait pathétique de Patrick Lagacé, où il s’en prenait à l’anglais de Pauline Marois. C’est à se demander si Lagacé a signé un contrat lui demandant d’appuyer la ligne éditoriale de Gesca inc. (Power Corporation) dans tous ses billets, lui qui ce matin se permet de citer l’idiot congénital Alain Dubuc, valeureux dinosaure de la vieille droite du 19e siècle. Mais peu importe, les critiques ont porté: Pauline Marois va suivre des cours d’anglais.

Tout de mêne particulier, ne trouvez-vous pas, qu’au même moment où un gouvernement libéral fait la promotion par une vaste campagne de publicités radiophoniques du fait que « parler français au travail, c’est se respecter », au même moment la cheffe du Parti Québécois fait dans l’à-plat-ventrisme en se colonisant dans la langue étrangère.

Oh, évidemment, les choses seraient différentes si le PQ était un parti pancanadien, mais puisque le Parti Québécois croit dans un Québec francophone, où le français est la seule langue des affaires publiques, comment ne pas trouver ridicule le fait que Marois cherche à apprendre l’anglais pour faire plaisir aux minables journalistes de la Gazette ou du Globe and Mail?

Dans la vie, il y a ceux qui se respectent et ceux qui se laissent piler dessus. Et si le projet indépendantiste est une façon de se faire respecter, comment en faire la promotion si celle qui doit en être le porte-parole se laisse écraser dans un coin et se laisse coloniser en english?

Le message lancé aux francophones est le suivant: apprenez l’anglais, c’est la seule langue digne d’intérêt. Et aux anglophones, le message est celui-ci: vous pouvez baragouiner un français incompréhensible et on s’en fout, tant que vous parlez anglais! Et les petites vieilles tabarnacs de l’ouest de l’île vont continuer à m’aborder en me disant « in english please » et moi je vais continuer de leur répondre en français parce que moi je suis fier d’être Québécois et je ne laisserai pas Montréal devenir une ville anglophone.

Car la vraie lutte pour le français, c’est une affaire personnelle. Chaque Québécois doit être assez fier pour refuser de travailler en anglais, de parler en anglais sur le territoire du Québec ou de s’écraser devant l’envahisseur linguistique en cherchant à lui plaire dans sa langue quand l’autre se fout éperdument de la majorité.

Et malheureusement, dans cette lutte individuelle pour la survie du français, la cheffe des troupes souverainistes vient de lancer un signal clair à la population: on s’en fout du français! Après la remise au rancart du projet souverainiste, voici la promotion de l’anglais dans la sphère publique. Prochaine étape pour Pauline Marois? Peut-être une profession de foi fédéraliste, qui sait…