Pourquoi il faut quitter le PQ
14 mars 2010

Si de nombreux indépendantistes et sociaux-démocrates croyaient à la possibilité de modifier le Parti Québécois de l’intérieur, ils doivent changer d’avis. La décision de Pauline Marois d’exclure le SPQ-Libre de son parti répond à cette question. Non, ce parti ne changera pas, quand bien même ses militants le souhaiteraient. Au PQ, on ne défend pas des valeurs ou des idées; on dirige le parti au gré des sondages et des objectifs politiques à court terme. Le but est toujours le même: le pouvoir pour le pouvoir, et tant pis pour les militants. C’est d’une rupture dont il est question.

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À l’origine, la recette était pourtant simple: en permettant la création de clubs politiques à l’intérieur du parti, l’ancien chef Bernard Landry espérait satisfaire une aile-gauche échaudée par plusieurs années de gouvernance de droite et empêcher sa fuite vers Québec Solidaire, qui empêchait l’élection de nombreux candidats, à cause de la division du vote. Officiellement, n’importe quelle organisation de militants pouvait prétendre à ce statut, sous certaines conditions, mais toutes les demandes furent systématiquement rejetées. Si bien qu’on s’est retrouvé avec un seul club politique au parti, donnant une sorte de caution morale de la part des progressistes aux orientations du PQ. De nombreux militants du Mouvement pour une élection sur la souveraineté, par exemple, se sont ainsi fait barrer la route; les clubs politiques n’ont pas été créés pour démocratiser le parti, mais simplement pour accommoder temporairement la gauche de peur de la voir quitter pour Québec Solidaire. Simple calcul.

Or, aujourd’hui, avec la dégringolade de l’ADQ dans les sondages, la donne a changé. On ne craint plus Québec Solidaire, non pas parce que le parti ne continue pas sur sa lancée, mais simplement parce qu’il n’y a plus d’alternative majeure à Jean Charest et que le vote adéquiste devrait trouver sa place, naturellement, dans un PQ de droite. On fait le calcul qu’après neuf ou dix ans d’un même gouvernement, les Québécois, en 2012, auront le goût du changement, et que le pouvoir devrait tomber comme un fruit mûr, en autant qu’on n’effraie pas trop les électeurs avec des politiques social-démocrates ou indépendantistes. Résultat: on se colle sur le discours économique dominant, on se tient tranquille, et on censure les empêcheurs de tourner en rond. Au moment où le PQ parle d’identité, il renie la sienne pour faire de la petite politique du sondage, comme le faisait l’ADQ de Mario Dumont, sa seule priorité.

« Les partis de nature révolutionnaire, lorsqu’ils ne réalisent pas rapidement ce dont pourquoi ils ont été créés, deviennent rapidement la possession de réseaux privés […] et utilisent leur mission originelle en faire valoir de leurs buts corrompus » a écrit le politologue K. Deutsch. C’est exactement ce qui se produit actuellement avec le Parti Québécois. On enfonce de force dans la bouche des militants la régurgitation de stratégies politiques à la petite semaine n’ayant comme but que le pouvoir, ce fruit si longtemps désiré et qui viendrait couronner la carrière des nombreux apparatchiks qui se servent du parti non pas pour réaliser des objectifs politiques communs, mais simplement pour y faire carrière. Ces réseaux d’individus décidant des orientations derrière des portes closes et gérant les congrès ou les colloques comme d’habiles metteurs en scène, corrompent ce qui devrait constituer l’essence même de n’importe quel parti politique en santé: sa démocratie, c’est-à-dire la capacité des membres d’en bas de voir leurs valeurs relayées aux plus hauts échelons de la pyramide.

Ainsi, si on ne peut plus permettre à des membres de s’exprimer en s’organisant dans un club politique plus à gauche, si on désire les cacher parce qu’ils s’expriment un peu trop ou sont trop intéressés par les débats d’idées, ce n’est pas seulement d’une formidable capacité d’opposition qu’on se débarrasse. On rejette la démocratie de parti et on inverse la pyramide; les membres ne sont plus que de simples faire-valoir qu’on montre aux caméras et qui adoptent, en applaudissant bêtement, les décisions prises en haut. On tue le parti politique en tant que véhicule capable de représenter les valeurs de la population. Il devient un simple taxi payant, changeant de destination au gré des sondages et laissant tel ou tel groupe sur le coin d’une rue en fonction des objectifs du jour.

À partir du moment où le Parti Québécois devient ce parti sans âme, où les décisions ne proviennent plus véritablement de la base, il ne peut qu’entraîner davantage d’opportunistes, de carriéristes et autres plaies pour n’importe quelle organisation incapable d’en contrôler l’influence. Aucun groupe de militants, aucune sous-organisation, aucun club informel ne peut plus changer les choses: les chefs décident, et les militants suivent. La seule façon de participer aux décisions nécessite donc de monter au sein de la pyramide, et la seule façon de s’y hisser est de voter oui à toutes les suggestions des dirigeants en regardant le plafond et en baillant. On crée ainsi une organisation politique où l’à-plat-ventrisme et le refus des débats devient une condition sine qua non pour atteindre le pouvoir. Le but n’est plus de gouverner pour la population, mais de permettre au système vicié de maintenir son existence atrophiée.

Les changements politiques qui permettent de faire avancer les enjeux importants ne peuvent provenir d’une telle façon de faire. Depuis que les Grecs ont inventé la démocratie, notre système en entier est basé sur l’idée du débat d’idées, de la confrontation de positions opposées devant permettre de faire jaillir la vérité. Si la politique du parti a sensiblement modéré cette approche, forçant chaque clan à s’opposer parfois jusque sur la forme, le débat à l’intérieur des partis ne doit pas, ne peut pas cesser. On ne peut pas museler tout un groupe sous prétexte qu’il offre une mauvaise image au parti ou que ses idées ne sont pas partagées par la direction du parti; ce n’est pas à une minorité de parvenus de court-circuiter cet appareil démocratique.

Dans ce contexte, ce ne sont pas seulement les militants et sympathisants du SPQ-Libre qui doivent prendre acte de la décision de Marois et de ses sbires. C’est à l’ensemble des militants indépendantistes et sociaux-démocrates de réaliser que le Parti Québécois ne peut plus, ne veut plus être modifié de l’intérieur. Les grands chantiers, les grandes discussions, les grands débats, tout ceci est désormais du passé. Il ne reste plus que des ruines fumantes qu’on tente de faire passer pour un spectacle pyrotechnique.

Désormais, c’est de l’extérieur qu’il faut agir, dans d’autres partis, sous d’autres appellations, et il faut avoir le courage de cesser d’écouter les vieux refrains sur les soi-disant convictions indépendantistes et social-démocrates de ce parti, et réaliser qu’à l’interne, le seul mot important est celui-ci: POUVOIR.

Le reste, c’est un spectacle pour la télévision.

Pour ceux que ça intéresse encore.

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Le PQ ne veut pas le pouvoir
16 novembre 2008

Je me posais sérieusement la question ce matin, en écoutant un analyste à RDI: le Parti Québécois veut-il vraiment le pouvoir?

Ça fait des mois que l’objectif semble avoir été fixé: redevenir l’opposition officielle. Le PQ me fait penser à une équipe sportive dont le but n’est plus la victoire, mais seulement de ne pas finir les derniers. C’est une mentalité de perdants et personne n’aime les perdants.

Pourtant, on pourrait miser sur le fait que le Québec aurait la chance de se retrouver avec la première femme à sa tête, par exemple. On pourrait proposer du nouveau, être imaginatifs, oser. On a plutôt l’impression que le PQ, qui est entré dans cette campagne de reculons, préfère ne pas se retourner pour faire face à la musique et se contenterait de terminer deuxième. Marois empocherait son chèque, les députés béni-oui-oui également, et tout le monde serait heureux.

Malheureusement pour eux – et même avec la chute libre de l’ADQ – toute leur stratégie du « ne rien faire » est fausse. Karl Rove, alors stratège du Parti Républicain états-unien en 2004, l’avait bien compris: quand le taux de participation à une élection est faible, il est plus important de mobiliser sa base que de convaincre les indécis. Ça se comprend: le plus grand danger est la démobilisation de ceux qui sont déjà convaincus.

En ce sens, le Parti Québécois fait l’exact contraire dans une situation où l’écoeurement et le désabusement pourrait faire toucher un creux historique au niveau de participation à ces élections: il s’en est pris ouvertement à sa base la plus militante et souverainiste pour faire plaisir aux éditorialistes de La Presse et aux indécis. Au lieu de raffermir des appuis qu’il avait déjà, il s’est mis à dos ses propres militants sans pour autant être convaincu que l’appui des indécis se transformerait en « X » sur le bulletin de vote.

On comprend que le Parti Québécois ne nage pas dans l’argent, mais il aurait sûrement pu se trouver des conseillers de meilleure qualité et qui auraient pu l’aider à prendre le pouvoir plutôt qu’à se contenter d’essayer d’être un clone des deux autres partis de droite.

Ceci dit, en tant qu’indépendandiste et social-démocrate, la défaite annoncée du parti de Pauline Marois me ferait doublement plaisir…

Qui veut le pouvoir?
1 septembre 2008

Généralement, dans un pays démocratique, le but des partis politiques d’opposition est d’atteindre le pouvoir. Ils doivent dénoncer les erreurs gouvernementales, le manque de vision du parti au pouvoir et essayer de convaincre qu’ils sont davantage en mesure d’effectuer le travail. Tout ça, en théorie, bien sûr.

Or, il semble que personne ne veuille du pouvoir au Canada. Pendant que le Parti Conservateur, pourtant minoritaire, navigue sans cap et sans la moindre orientation claire sur l’océan d’une période pourtant trouble, se permettant même au passage de couper les fonds aux artistes sans la moindre raison, on a l’impression que les trois autres partis ne veulent rien savoir du pouvoir.

Le Bloc Québécois a peur de reculer dans les régions au Québec, le Nouveau Parti Démocratique doit gagner le vote de l’aile-gauche de Libéraux plus occupés à clamer haut et fort l’amour de leur chef qu’à proposer un programme intelligible à la population, et ces mêmes Libéraux vivent dans la terreur de voir Stéphane Dion se faire écraser en campagne électorale. Bref, on a un gouvernement qui ne fait rien et une opposition, divisée, résolue à attendre.

Ci-bien qu’on se retrouve dans la situation loufoque actuelle, où le premier ministre devra lui-même violer propre sa loi pour déclencher des élections. Et le plus drôle dans toute cette saga, c’est que M. Harper tente de justifier sa contradiction en affirmant que l’opposition aurait cherché à le défaire plus tard, avant le terme de son mandat en octobre 2009. Faut vraiment prendre les gens pour des crétins. Comme le souligne L’Esprit Vagabond:

Bref, tu veux déclencher des élections, mets tes culottes, déclenche-les et pointe pas un autre du doigt pour justifier ta décision!

On aime ça au Canada se blâmer les uns et les autres à savoir qui portera l’odieux du déclenchement d’une campagne électorale. Comme si celle-ci était inutile, voire nuisible, et que celui qui en est responsable devait être traité comme s’il avait amené la peste bubonique au village. Pourtant, cette élection serait la chance de réaffirmer nos valeurs et de voter pour un parti différent, proposant un futur plus à notre image.

Quand un gouvernement méprise autant la population que le Parti Conservateur, on devrait s’attendre à constater une rapide progression et de grandes envolées lyriques de la part de l’opposition. Son silence ne fait que démontrer la force d’une mouvance conservatrice satisfaite d’elle-même jusqu’à l’excès et n’ayant même pas besoin d’avoir de programme électoral pour espérer gagner, jouant plutôt sur les sentiments anti-intellectuels d’une partie de la population comme d’autres l’ont déjà fait auparavant.

Quand on n’a rien à offrir et aucun plan, il suffit alors de se laisser porter par les flots et de jouer les petits bénis-oui-oui face à nos voisins du sud. Et le plus triste dans tout cela, c’est que ce sont peut-être eux qui ont raison: le plus stable et le « meilleur » des gouvernements coloniaux n’est-il pas celui qui se contente de suivre les ordres de la métropole?

Voilà peut-être qui explique pourquoi personne ne semble vouloir du pouvoir. Peut-être parce qu’il n’existe plus. Ou presque.