Pause estivale
21 juin 2010

Je prends une pause du blogue pour quelque temps. J’ignore combien de temps. J’ai d’autres projets dans des casseroles bouillonnantes sur le rond du poêle de mon imagination et je ne trouve pas la moindre inspiration pour écrire des textes de qualité présentement. J’aime mieux ne rien écrire que de me rabattre sur une écriture rapide, médiocre, simple lien avec vous, lecteurs, qui méritez mieux qu’une façade artificielle de pensée décharnée. Je planche présentement sur un projet de roman (après quinze ans à y penser et cinq ans à y rêver) et je fais le choix de ne pas trop m’éparpiller.

Ce n’est pas un adieu, ni même un au revoir. Une simple pause, salutaire. De toute façon, l’été, la politique tourne au ralenti, et je ne crois pas que quelques semaines plus tranquilles changeront grand chose dans le contexte de la disparition du peuple québécois, de sa langue, de sa culture, de ses valeurs, de son histoire, de ses villes, de ses campagnes, de son identité, de son essence. Nous continuerons de nous effacer devant le rouleau-compresseur anglomane et multiculturel un peu plus tard cet automne. Nous serons toujours aussi à genoux devant tout ce qui vient d’ailleurs et méprise nos valeurs, nous serons toujours aussi veules, mollassons et il sera toujours tout autant temps plus tard de constater notre manque de courage collectif afin de prendre des décisions courageuses assurant la survie de nos idéaux.

Je souhaite un bon début d’été à tous mes lecteurs, et à bientôt!

Louis P.

Décès de Michel Chartand: un canyon dans nos vies
13 avril 2010

Le décès de Michel Chartrand ne constitue pas seulement la fin d’une époque; c’est tout un monde qui s’écroule avec lui. Un monde de luttes, de rapports de force, de gains arrachés à coups de grèves et de batailles héroïques, d’amour fraternel entre des travailleurs partageant la même condition sociale et ayant la conviction que c’est de leur union que jaillira de meilleures conditions pour tous. Le départ de Chartrand ne signe pas seulement la fin de la vie d’un homme, mais peut-être aussi celle d’une certaine trempe d’hommes, ce ceux qui sont incorruptibles, qui ne se prostituent pas pour une parcelle de pouvoir et qui ne laissent jamais la realpolitik ou les petits calculs partisans assombrir la lumière de leurs idéaux.

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Seulement quelques personnes ont changé ma vie et ma conception de la politique; Michel Chartrand fut l’une d’elle. Les Misérables, de Hugo, m’ont appris la valeur réelle d’une société où les hommes ne sont que des outils au service d’une économie capitaliste sans contrôle. Germinal, de Zola, m’a expliqué la valeur réelle de la révolte. Olivar Asselin m’a animé de sa fureur de franc-tireur qui ne renie jamais ses idéaux. Et Chartrand, finalement m’a illuminé avec la pureté de ses convictions et ses actions vaillantes – comme en 1949, à Asbestos, quand il a lancé « arrête de shaker, tu vas me manquer, crisse » à un policier qui le tenait dans sa mire de fusil – m’a convaincu de la nécessité de ne jamais édulcorer ses valeurs, de ne jamais baisser la tête quand on est convaincu de faire le bien et de le faire conformément à ses tripes. Il m’a aussi appris la valeur d’une saine colère, bien canalisée.

Chatrand, je l’ai rencontré deux fois, mais j’avais déjà lu sur lui, fait des travaux scolaires sur sa vie, et je connaissais et admirais ses combats.

La première fois où nos chemins se sont croisés, c’était en 2000, à la librairie Garneau, rue Fleury, où je travaillais alors. Il était venu à une séance de signature d’autographes, pour la parution d’un nouveau tome de sa biographie, et, à peine entré dans le magasin, il m’avait déclaré, d’une voix tonitruante, alors que je l’accueillais: « Êtes-vous syndiqués icitte? » J’avais envie de lui dire « chuuuuut », de lui demander de ne pas me nuire, de ne pas risquer ainsi mon gagne-pain. Puis, je me suis rappelé qui j’avais en face de moi, ses combats, son courage, ses profondes valeurs chrétiennes. Non, ce n’était pas à Chartrand de parler moins fort, mais peut-être à moi de le faire un peu plus. Ce n’était pas à lui de se conformer à mon statut de gagne-petit, mais à moi de relever la tête et d’exiger davantage. Telle était la force de cet homme!

La seconde fois, c’était lors d’une cérémonie funèbre, en 2001, alors qu’on se souvenait de Jacques Larue-Langlois, un de mes collègues à L’aut’journal, où j’écrivais alors. Je discutais politique, je ne me souviens plus avec qui, et Chartrand, s’étant retrouvé devant le jeune homme d’à peine vingt-un ans que j’étais alors, m’avait dit quelque chose du genre: « C’est bien intéressant ce que tu dis, jeune homme, mais que fais-tu concrètement pour changer les choses? » Et moi, je lui avais répondu, du tac au tac: « Monsieur Chartrand, j’étais candidat aux dernières élections provinciales et j’essaie de changer le monde à chacun de mes textes dans L’aut’journal. » Manifestement surpris, il s’était repris: « C’est bien ça, mon gars, c’est bien, continue! » C’était aussi ça, Chartrand, un homme qui sait reconnaître la valeur de l’action et qui, s’il se désespérait de voir que les jeunes d’aujourd’hui semblaient moins impliqués qu’auparavant, ne se résignait pas pour autant à espérer le changement.

Je voulais qu’on l’invite au rassemblement Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix! de dimanche dernier. Je m’étais dit, naïvement: ce serait peut-être une de ses dernières apparitions publiques, peut-être aimerait-il lancer un cri du coeur à la nouvelle génération. J’ignorais qu’il était à ce point malade; il est mort le lendemain de l’événement. Peut-être – et permettez-moi d’être candide – avons-nous pris le relai de son combat, peut-être a-t-il été, jusque dans ses dernières heures, fier de voir qu’après plusieurs décennies de morosité, une nouvelle génération tente de se lever, qu’elle désire se battre pour la langue, cet autre combat qui fut le sien, et qui lui valut l’opprobre des forcées armées alors qu’il avait refusé, en son jeune temps, de remplir un formulaire unilingue anglais. « Si on n’a pas le courage de prendre les moyens nécessaires pour sauver la langue française, il faut avoir le courage de dire aux générations qui s’en viennent qu’on s’en va vers une assimilation nécessaire à brève échéance », avait-il déclamé, en 1971.

Ce n’est pas un trou qui s’ouvre derrière nos dos avec le décès de Michel Chartrand; c’est un cratère. Un canyon qui se creuse de plus en plus rapidement sous nos pieds au fur à et mesure que nos géants nous quittent. Nous ne pouvons nous retourner sans risquer de tomber; il nous faut aller de l’avant et nous servir de l’expérience absolument fascinante d’une vie d’intégrité, de courage, de valeurs chrétiennes et sociales d’un homme qui, s’il était grand, nous est apparu comme un géant parce que nous étions petits ou courbés.

Repose en paix, Michel Chartrand. Tu as changé ma vie; tu as changé nos vies. Merci. Et oublie pas de syndiquer les travailleurs du paradis!


« Tout le monde devrait faire de la politique. En démocratie, c’est un devoir. Assumer des responsabilités à son niveau; voir à ce que le monde s’épanouisse. On est nés pour le bonheur, quel que soit notre handicap physique ou mental, quels que soient nos parents ou nos gênes. Et pour le bonheur, il faut un minimum: manger, se faire soigner, s’éduquer. Pis travailler. On s’épanouit par le travail! » -Michel Chartrand

Roman: le vrai pouvoir?
5 mai 2009

Ça fait un moment que j’y pense. Le calcul en vaut la peine: j’ai écrit 650 billets sur ce blogue, d’une longueur moyenne d’à peu près 700 mots. Pas loin de 500 000 mots en tout. Combien de pages de roman est-ce que cela fait? Est-ce que j’utilise mon talent de la bonne façon?

En fait, j’aime bloguer parce que c’est facile. Ne me dites pas le contraire. Bloguer est la chose la plus facile après péter: quand la pression est trop forte, tu t’installes devant ton ordinateur et tu te laisses aller. Ça fait du bien et le résultat est assez rapide.

Parfois, par contre, ça demande un peu plus de temps pour des textes un peu plus fouillés et on reçoit même une certaine forme de reconnaissance pour la qualité produite. Mais est-ce assez?

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En fait, à mon avis, beaucoup de « lecteurs » ne lisent même pas mes textes. C’est vrai, et ne me mentez pas; je fais pareil quand je vais ailleurs: je lis en diagonale avant de laisser mon opinion. Le blogue constitue un média social où le sentiment d’appartenance à une communauté d’idées est souvent plus importante que le contenu lui-même. On peut s’identifier à un auteur en particulier (pourquoi pas moi?), mais on s’y identifie parce qu’on pense déjà comme lui. Bref, le blogue fédère des individus qui ont des idées semblables. En quelque sorte, c’est le royaume des freakos qui se sont enfin trouvés un chez-soi. Si tu dis tout seul chez toi que la Terre est plate, tu es un idiot, mais si tu le dis sur un blogue où des dizaines de personnes y commentent, tu es un héros. Allez comprendre.

En vérité, le blogue politique ne fait pas changer les idées de qui que ce soit. J’en ai fréquenté des blogues depuis une dizaine d’années, et pas un ne m’a fait changé profondément ma façon de voir le monde. Et je lis les commentaires laissés sur mon blogue et je réalise que je ne fais que renforcer les convictions de ceux qui pensent comme moi; je ne suis pas un agent de changement, mais bien un outil de renforcement positif pour ceux qui sont déjà sensibilisés à mes idées.

Alors, où est-il, la vrai pouvoir?

Et s’il était dans le roman?

Trois livres ont principalement façonné ma façon de voir les choses: « Les Misérables » de Victor Hugo, « Germinal » de Émile Zola et « Le meilleur des mondes » d’Aldus Huxley.

Le premier m’a appris qu’un homme peut changer. Tout le monde peut commettre des erreurs, voire des crimes, mais a le potentiel de se repentir et de faire le bien. C’est souvent la pauvreté qui engendre la criminalité et de s’acharner sur quelqu’un qui commet un crime et qui veut s’en repentir est contre-productif.

Le second m’a enseigné le pouvoir de la collectivité. Nous sommes davantage que la somme de nos petites misères quotidiennes et tant que nous percevons notre sort comme étranger à celui de notre voisin nous sommes vulnérables à l’exploitation. C’est grâce à l’union de nos forces que nous pouvons changer les choses.

Le troisième m’a expliqué le pouvoir d’un totalitarisme au visage souriant. Des gens en apparence libres et aux moeurs on-ne-peut plus libérées sont pourtant prisonniers de leurs passions et de leur condition. On peut avoir l’impression d’être libre parce qu’on fait des choix mais ces choix sont souvent conditionnés et prévisibles.

Beaucoup d’autres livres ont changé ma vie, mais ces trois-là ont eu un impact considérable sur ce que je suis. Évidemment, de nombreux textes journalistiques (dont ceux du Monde diplomatique, le meilleur journal au monde) ont modifié ma vision du monde, mais la plupart ont surtout contribué à renforcer des convictions qui ont été établies par des réflexions issues de romans qui ont su laisser une empreinte émotive et intellectuelle durables sur ma vie.

Voilà pourquoi je songe à moins bloguer et à utiliser mon énergie créatrice pour écrire un roman. Je crois que le réel changement s’y trouve. Le roman est le summum de la manipulation; on ne peut le survoler comme on survole un texte journalistique et un bon auteur arrive à faire passer toutes ses idées à travers la richesse de ses personnages. L’émotion qu’on y met peut créer une empreinte durable chez le lecteur et l’inciter à modifier sa vision du monde. On a tout le temps de bien se faire comprendre.

En somme, je réfléchis à la possibilité d’aller à la source. Je ne veux plus seulement constituer le renforcement positif d’une minorité de gens qui pensent comme moi mais être à l’origine d’un réel changement de valeurs. Je ne veux plus expliquer en détails pourquoi telle ou telle politique est un échec, mais je veux peut-être l’illustrer, non pas en m’y attaquant de front mais en confrontant les valeurs à la base de celle-ci. En illustrant le vécu d’un personnage qui représente la vivacité de ces valeurs.

Pour le moment, il ne s’agit que d’un projet. Je continue à lire mon livre aux deux semaines (vingt-cinq livres par année depuis vingt ans, ça commence à paraître!) et je continue de ruminer sur tout ça. Si jamais je devais décider de me lancer, cela signifierait que je délaisserais ce blogue afin de concentrer mes énergies dans un projet qui me permettrait d’espérer obtenir un revenu d’appoint pour mon art.

Car oui, au-delà de toutes les justifications, écrire est un art, que ce soit dans un roman ou un texte journalistique. Et si après une bouteille de vin et un cocktail bien alcoolisé j’arrive encore à faire un tantinet de sens ici, c’est sûrement parce que je maîtrise cet art. Pas encore assez (ce ne sera jamais assez), mais assez pour me donner le goût d’aller plus loin dans ma réflexion et d’anticiper une réorientation de mon énergie créatrice vers l’écriture d’un roman.

Au-delà de la logique implacable de plusieurs de mes textes, j’ai le goût de me laisser aller un peu, de donner une couleur et une substance à ce que j’écris.  De faire vivre le monde non plus seulement de manière rationnelle, mais bien émotionnellement.   Je sais que j’ai du talent pour écrire des textes journalistiques, mais ne je suis pas un chercheur dans l’âme; je suis un rêveur, un philosophe.  La matière première d’un journaliste est l’information, mais la mienne est la réflexion.  Et j’ai le goût d’y ajouter l’imagination.

Pardonnez-moi ce billet étrange.  Je suis vraiment pompidou, mais ces réflexions ne sont pas la conséquence de l’alcool mais bien la résultante de mois de réflexions.  Peut-être est-ce simplement la réduction des inhibitions engendrée par le nectar de Bacchus qui m’incite à en parler ici ce soir.

Tout comme Alex l’été dernier, j’en suis là aujourd’hui. Ah, et puis fuck, je vais faire comme lui et vous demandez ce que vous en pensez: Seriez-vous intéressés à me lire si j’écrivais de la fiction?

Pour vous mettre en appétit:

Mitch souleva un fin nuage de poussières lorsqu’il arrêta brusquement sa vieille Mercedes sur un chemin de terre n’ayant probablement pas vu de pluie depuis des semaines. L’église s’élevait à sa droite, indécente au centre d’une végétation jaunie par la sécheresse. Elle se dressait au milieu de nulle part, bordée de quelques rares habitations décrépies, triste festin pour les insectes et les animaux. S’il y en avait, car on n’entendait aucun bruit, aucune cigale se lamentant dans la chaleur écrasante de cette fin de canicule, aucun moineau voletant au gré des courants ascendants annonciateurs d’un changement de température, aucune âme qui vive. Le temps semblait figé dans une soupe laiteuse que même le soleil avait de la difficulté à percer.

L’église avait connu des jours meilleurs, mais semblait tout de même bien résister aux ravages du temps. Très vieille et à un seul clocher, l’édifice de pierre plus que centenaire arborait des plaques de bois aux hautes fenêtres qui avaient du, en des temps plus prospères, éclairer le visage de dizaines de fidèles buvant la parole du Seigneur. Le toit était rouillé mais intact, la porte avait été scellée à l’aide d’un gigantesque cadenas protégeant le lieu saint depuis au moins la seconde guerre mondiale.

Lieu saint, lieu saint… Était-ce encore le cas aujourd’hui? Mitch se frotta machinalement la nuque en contemplant l’édifice. « Quand faut y aller, faut y aller » lança-t-il à haute voix pour se donner du courage. Il claqua la portière, prit son sac à dos et s’approcha lentement de l’église, traînant ses vieilles bottes de cowboys dans la poussière. Avec sa barbe rousse d’une semaine, ses jeans bleus, son chandail à moitié déchiré et son large chapeau style Crocodile Dundee, il avait davantage l’air d’un aventurier dresseur de serpents venimeux que du webmestre qui était pourtant sa profession.

Si tout était à recommencer, répondrait-il au téléphone?

Je devrais vraiment lâcher l’alcool. Bonne nuit à tous!

p.s. Chaque fois que j’écris un billet plus personnel, je me demande si je perds de la crédibilité pour les billets plus sérieux. Je me dis: a-t-on envie de citer un mec qui se tape une bouteille de vin et du fort, qui raconte sa vie et qui après va se croiser les doigts pour pas être malade? Je ne pense pas me faire inviter à la radio pour ce billet-ci! Haha!

Le poids de la conscience
17 avril 2009

Se définir autrement que par ce qu’on fait, voilà qui va à contre-courant. Quand on se présente, on ne dit pas « je suis un citoyen qui aime le vélo et la nature », mais plutôt « je suis médecin » ou « je suis avocat ». La profession fait foi de tout. On encourage l’individualisme, le matérialisme à l’extrême et la conception de soi-même comme étant celle d’individus déconnectés de leur société, de simples accidents du hasard entre l’éjection d’un utérus et le crématorium. Ce monde est injuste pour ceux qui se conçoivent autrement.

Avoir conscience que le monde ne se résume pas à se propre petite personne n’est pas quelque chose qui est donné à tout le monde. Ça demande une force de caractère particulière, car il faut constamment ramer à contre-courant. Épuisant. Il faut faire face au flot rageur d’incompréhension d’une majorité d’individus pour qui aucune autre réalité ne peut exister. La politique? Des crosseurs. Dieu? Get real man. L’environnement? Pas dans ma cour. Mes voisins? Qui, eux, je ne les connais pas. C’est un peu comme l’allégorie de la caverne de Platon. Des individus attachés qui ne conçoivent le monde que comme le reflet d’ombres sur le mur de leur caverne vont rejeter la personne qui a pu sortir de la grotte et observer la réalité du monde. Juste l’idée qu’il pourrait y avoir « autre chose » que ce que perçoivent leurs sens semble hérétique.

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Pourtant, la vie ne se résume pas à soi-même. Avant, il y en avait d’autres, et après également. Concevoir la réalité comme étant la sienne et croire que tout ce qui suivra sa mort n’a pas d’importance est stupide, purement et simplement. On fait des enfants et on veut leur offrir un monde meilleur. Mais qu’en est-il des enfants de nos enfants? Et de leurs enfants ensuite? Si on a le désir d’avoir des enfants, c’est qu’on comprend que notre existence propre n’est que temporaire et que le fait d’assurer sa descendance est un petit pas vers l’éternité. On comprend que de considérer sa vie comme étant un vase clos se terminant à sa mort est un formidable pied-de-nez aux valeurs qu’on espère transmette à nos enfants et au monde futur que ceux-ci engendreront.

Malheureusement, j’ai souvent l’impression qu’une telle conscience constitue un poids trop lourd à porter. À quoi sert-il de vouloir protéger le français et les valeurs qui y sont rattachées quand tout le monde autour n’en a cure? Pourquoi respecter les limites de vitesse quand personne ne le fait? Pourquoi s’intéresser à la politique ou aux enjeux sociaux? Pourquoi être touché par la mort d’une personne à l’autre bout de la planète? Je suis francophile, je roule à la limite permise sur l’autoroute, je m’intéresse aux enjeux qui touchent notre monde. Je suis une anomalie. Et peut-être vous aussi, si vous me lisez. Entre anomalies, allez, un petit cri d’encouragement: « allons, nous sommes capables… »

Dans les faits, je me demande parfois s’il ne vaudrait pas mieux tout lâcher. Aimer Big Brother. Rejouer la même pièce d’échecs encore et encore comme le personnage à la fin du livre 1984. Reboire la même bière à chaque vendredi soir en parlant des mêmes stupidités. Travailler son 40 heures par semaine, prendre ses mêmes deux semaines de vacances aux mêmes places l’été et croire qu’on contribue à l’émancipation de la race humaine parce qu’on recycle son vieux deux litres de Pepsi. Vous savez: changer de poste quand il est question de politique, se questionner quant à savoir si la relation entre Brad Pitt et Angelina Jolie est au beau fixe, parler de la météo en disant des « y parait que », jeter ses papiers par la fenêtre de l’auto et rire du voisin qui les ramasse, sortir dans la rue avec une pancarte pour appuyer Maxime Landry à Star Académie, demander des baisses d’impôts parce que l’impôt « c’est du criss de vol », se moquer du jeune boutonneux qui travaille chez McDonald, faire un doigt d’honneur à un autre automobiliste, ne pas voter…

La belle vie.

À la limite, je la vivrais cette belle vie. Je serais libéré. Mais je vivrais dans le déni.

Qu’on le veuille ou non, toute notre société a été bâtie parce que des gens ont eu la conscience d’essayer de penser un meilleur vivre-ensemble. Sans cette coordination et ce désir d’adhérer à quelque chose de plus grand que soi-même, nous vivrions encore au Moyen-Âge ou dans un enfer anarchiste. Ce serait le chacun pour soi, et rien, absolument RIEN de ce sur quoi on se rabat aujourd’hui pour oublier les autres n’existerait. On en serait encore à l’époque des pierres et des lances et du mâle dominant qui tue son rival pour accoupler un maximum de femelles.

Si vraiment nous sommes humains, et si vraiment nous pouvons évoluer, il est indispensable d’avoir une certaine forme de conscience sociale. S’intéresser à la politique parce que c’est un devoir citoyen et que de cet exercice se produit le mieux-être de tous, par exemple. Jeter ses papiers à la poubelle pour ne pas que son quartier, sa ville ou sa planète ne soit une poubelle. Être fier de sa langue et de sa culture afin d’assurer la pérennité de ses valeurs. Respecter les limites de vitesse non pas par peur de la police, mais par désir d’une plus grande sécurité pour soi-même et pour ses concitoyens.

Vivre soi, mais avec les autres.

À mon sens, si nous avions un peu plus de conscience sociale, non seulement ce petit bout de planète serait un bien meilleur endroit, mais nous aurions peut-être un taux de fécondité dépassant les 1,7 enfants par femme et donnant le goût aux autres d’être assez fiers d’eux-mêmes – collectivement – pour donner la vie.

Car tant que la vie ne sera pour plusieurs qu’un ilot lumineux d’un succès factice entouré de dangers d’un monde auquel ils ne veulent pas vraiment appartenir, de quel genre d’avenir disposent ceux qui osent encore croire qu’une société est autre chose que la somme de l’égoïsme de ses individus?

Mathématiques féministes
12 décembre 2008

Dernièrement, je m’en suis pris au sexisme de Québec Solidaire, qui impose un quota de femmes dans la sélection de ses candidats, et les choisit donc en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences. Je vais faire amende honorable ici et souligner que ce type de sexisme n’est pas l’apanage d’une certaine vieille gauche. Même le Parti Libéral du Québec (PLQ) prend cette direction.

En effet, le PLQ a « fièrement » annoncé que son prochain cabinet ministériel proposerait la parité hommes-femmes. Comme le souligne ce texte, le prochain conseil des ministres devrait compter 24 élus, ce qui discrimine les hommes et réduit la qualité des ministres qui serviront la population du Québec. Observons.

Dans mon petit calcul, je pars du principe que les sexes sont égaux et que la qualité des députés élus des deux sexes est généralement égale. Même s’il est normal qu’il y ait davantage d’hommes dans un jeu aussi extrême et argumentatif que la politique (tout comme on s’attend à voir davantage de femmes dans les Centres de la Petite Enfance (CPE) et les hôpitaux), je crois qu’une femme qui a ce qu’il faut pour faire de la politique est l’égale d’un homme; ni meilleure, ni pire.

Ainsi, il est possible d’utiliser les mêmes chiffres pour les deux sexes. Je divise les députés en quatre catégories: les meilleurs, les bons, les ordinaires, et les incompétents. J’attribue 25% des députés à chaque catégorie. Considérant qu’il y a 44 hommes et 22 femmes qui ont été élus, ça donne 11 députés masculins de chaque type et 5,5 députés féminins. Jusqu’ici, tout va bien.

Maintenant, si Jean Charest suit sa politique d’imposer un quota de femmes dans son prochain cabinet, cela voudrait dire qu’il y aurait 12 députés de chaque sexe. Pour les femmes, cela voudrait dire qu’on prendrait les 6 (j’arrondis le 5,5) meilleures, auxquelles on ajouterait les 5 bonnes et une ordinaire. Pour les hommes, on choisirait les 11 meilleurs députés auxquels on ajouterait un bon député.

Prochaine étape?

Prochaine étape?

Vous voyez le résultat?

Avec une telle formule, on a été obligé d’aller piger dans la catégorie « ordinaire » pour les femmes alors qu’il restait de la place pour 10 bons députés masculins. Conséquemment, on s’est privé du talent de 10 bons candidats pour choisir une femme « ordinaire » afin de respecter la parité. Bref, on a choisi un candidat en fonction de son sexe plutôt que de ses compétences.

En fait, la seule façon de faire fonctionner adéquatement la formule que semble avoir choisi Jean Charest, c’est de partir du postulat qu’une femme en politique vaut deux fois davantage qu’un homme. Si les hommes sont deux fois moins bons que les femmes, alors le calcul fonctionne très bien. On se retrouve avec 12,5% de meilleurs, 12,5% de bons, 37,5% d’ordinaires et 37,5% d’incompétents. Ce qui donne 5,5 meilleurs, 5,5 bons et un seul ordinaire, tout comme pour les femmes. Le calcul fonctionne très bien.

On le constate, la seule façon logique de se retrouver avec un cabinet de ministres de compétence égale consiste à partir de l’idée que les hommes sont inférieurs aux femmes. Tout calcul partant du principe que les sexes sont égaux échoue et on se retrouve avec de moins bons ministres femmes alors que des hommes ont été laissés de côté.

Si vraiment on veut avoir un système équitable permettant une juste représentation des deux sexes, il faudrait que le conseil des ministres représente en pourcentage le rapport d’élus hommes/femmes. Tout ça, bien sûr, si on veut persister dans la voie contre-productive où on choisit les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences.

L’autre possibilité? On choisit les meilleurs, peu importe le sexe. On s’assoit devant un dossier, on regarde les acquis, on évalue les forces et faiblesses et on fait abstraction du sexe tout comme on le ferait pour la race ou l’orientation sexuelle. On choisit en fonction des compétences, contrairement à ce que Charest veut mettre en place.

Malheureusement, qui ne dit mot consent. Tant que nous, les hommes, ne réaliserons pas que nous sommes progressivement infériorisés dans de nombreuses sphères de la société, les choses ne changeront pas et nous assisterons à l’augmentation du sexisme, tel qu’imposé par des féministes ou des gens qui ont adopté les valeurs féministes revanchardes. C’est à nous, mais aussi à nos femmes, nos amis, bref tous ceux de notre génération qui constatent que de nouvelles formes de discriminations se mettent en place contre les hommes, de refuser ce nouvel état de fait et de nous opposer, démocratiquement, à tout parti qui propose de telles mesures sexistes.

En attendant, j’ai une suggestion pour les féministes-sexistes: pourquoi ne pas vous battre pour la parité hommes-femmes à l’université? Aux dernières nouvelles, il y avait entre 60 et 75% de femmes, dépendant du secteur.

(Vous voyez dans quel panier de crabe on fout la main quand on veut choisir les gens en fonction de leur sexe plutôt que de leurs compétences!)

Pour en finir avec l’Ouest
1 décembre 2008

Plus que jamais, le Canada est divisé. Dans le coin rouge: l’Est, urbaine, à la morale libérale, divisée entre le centre-gauche du NPD et le centre-droit du PLC, ou entre fédéralistes et souverainistes au Québec. Dans le coin bleu: l’Ouest, plus rurale, très conservatrice, et très polarisée en faveur de la droite du Parti Conservateur. Deux réalités qui s’entrechoquent durement aujourd’hui.

En effet, au-delà de la légitime exaspération de l’opposition devant les manoeuvres politiques extrêmement partisanes et méprisantes de Stephen Harper se cache une réalité qu’on aurait cru impossible il y a quelques mois à peine: l’opposition qui semblait irrémédiablement divisée va s’unir devant un ennemi commun: l’incurie conservatrice du laisser-faire économique. Ce n’est pas rien: un parti de centre-gauche qui s’unit avec un parti de centre-droit et un parti indépendantiste, voilà qui est surprenant. Sauf qu’aujourd’hui, on réalise que de ne pas s’unir serait inacceptable pour le pays.

Avec la crise majeure du libéralisme économique (le dernier numéro de « Manière de Voir » parle même de krach), où même les plus fervents partisans des déréglementations et privatisations reconnaissent que l’État doit sauver les meubles et réparer les erreurs d’entreprises privées qu’on a laissées maître de nos destins, c’est toute une réorientation idéologique qui est en train de s’opérer. Partout sur la planète, on voit des gouvernements agir, soutenir l’économie, faire quelque chose. Tout le monde, sauf le gouvernement canadien.

Soyons honnête: le Parti Conservateur de Stephen Harper est englué dans ses dogmes du laisser-faire économique et n’a pas pris acte de l’échec retentissant de sa doctrine. Alors que même un parti de centre-droit comme le PLC reconnaît l’urgence d’agir et que même le plus fidèle allié de Harper, George W. Bush, a ouvert les coffres de l’État pour distribuer du B.S. de luxe à des méga-corporations qui ont saigné le pays depuis une décennie, Harper reste stoïque ne fait strictement rien. Et ça, c’est inacceptable.

Dans les faits, heureusement que l’Ouest canadien n’a pas davantage de pouvoir. Sinon, nous aurions dérèglementé notre système bancaire, nous aurions davantage privatisé, nous aurions suivi à la lettre les recommandations des extrémistes du Fraser Institute ou de son petit frère de l’Institut économique de Montréal. Nous serions dans une situation bien plus désespérée qu’actuellement.

Conséquemment, que le Parti Conservateur se retrouve dans l’opposition, et que l’Ouest puisse enfin reprendre son trou, et réfléchir à ses erreurs comme tout élève désobéissant, ne serait que juste retour des choses. Quand on joue avec la vie des gens et qu’on expérimente avec des politiques aussi dangereuses que le laisser-faire économique, il faut au moins avoir la décence de s’écarter du chemin quand d’autres cherchent des solutions. Et ce, même si le PLC a été tout aussi responsable de la crise et qu’il a lui aussi participé à l’orgie néolibérale…

L’Ouest pourra remercier Harper de sa perte d’influence. Grâce à lui, le Canada en entier a un nouveau leitmotiv: n’importe qui sauf Harper!

Game Over: les miroirs craquent
28 novembre 2008

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Alors qu’il était premier ministre de la Chine au début des années 2000, Zhu Rongji avait réuni économistes, fonctionnaires, spécialistes de la finance et autres experts pour découvrir les meilleures possibilités de placements pour la Chine. Ceux-ci lui furent présentés comme « un miroir qu’on met face à un autre miroir, et ainsi de suite jusqu’à l’infini ».

Comment appeler différemment tous ces produits dérivés? Alors que le commerce mondial journalier n’atteint pas 50 milliards $, que le PIB mondial (valeur de la production des biens et services) frôle les 150 milliards, à quasi-égalité avec les marchés boursiers, les marchés de change s’élèvent à plus de 1700 milliards $ et les produits dérivés plus de 5600 milliards $! ((Le Monde diplomatique, novembre 2008, p.20)) C’est une incroyable bulle financière qui a été créée de toutes pièces. Ce que les néolibéraux appelaient « création de richesse » avant le krach apparaît maintenant dans toute sa clarté: il ne s’agissait que d’un reflet de la richesse, projeté par un ingénieux système de miroirs pour faire croire qu’on créait de la richesse avec du vent là où pourtant rien ne se créait.

Fort de cette compréhension de l’économie, la Chine a pu mettre la pédale douce et modérer ses investissements. Voilà pourquoi elle se trouve en bien meilleure position que beaucoup d’autres pays aujourd’hui.

Dans les faits, ce n’est pas seulement une crise financière qui ébranle le monde; il s’agit également d’une crise idéologique. Alors que la majorité des pays de la planète avaient souscrits au consensus de Washington depuis la chute du mur de Berlin, cette idéologie néolibérale consistant à appliquer les recettes drastiques du FMI et de la Banque Mondiale pour libéraliser et dérèglementer les économies, on voit poindre aujourd’hui un nouveau consensus, que certains seraient prêts à appeler « consensus de Pékin ».

En effet, devant l’échec retentissant de l’idéologie néolibérale, où même ses plus grands promoteurs nationalisent banques et compagnies d’assurances et épongent ainsi les déficits pharaoniques de ces colosses au pied d’argile, il semble que les politiques plus modérées de la Chine deviennent peu à peu un exemple à suivre.

Ce consensus de Pékin, tel que défini par l’économiste Joshua Cooper, contient trois théorèmes:

  1. Il faut mettre l’accent sur l’innovation;
  2. Il faut prendre en considération le Produit national brut (PNB) mais aussi la qualité de vie et une certaine forme d’égalité qui empêche le chaos;
  3. Il faut laisser les pays indépendants, libres de leurs propres décisions, sans se faire imposer quoi que ce soit par une puissance étrangère.

Évidemment, on est encore dans une économie capitaliste avec ce consensus, mais cette forme de capitalisme est beaucoup moins extrémiste et dangereuse. On reconnaît enfin la nécessité d’avoir une société cohérente où la pauvreté ne doit pas être extrême. On comprend enfin qu’une société largement inégalitaire entraîne des coûts sociaux et humains qui minent la croissance et empêchent la réalisation du plein potentiel des individus et des peuples.

Face au jeu de miroirs néolibéral se dessinera-t-il enfin un jeu de vitres ouvertes sur le monde où la manipulation et l’enflure spéculative sont remplacées par l’observation objective et rationnelles des conséquences des politiques économiques?

Si le mur de Berlin est tombé en 1989, c’est un autre mur qui s’écroule devant nos yeux. S’il restera toujours quelques fanatiques qui essaient de recoller les morceaux cassés du miroir néolibéral, à l’image de ces communistes pour qui 1989 ne signifiait rien de particulier, ceux-ci deviendront progressivement une minorité, une relique passéiste d’une idéologie qui a eu sa chance et qui a lamentablement échoué.

Game Over.

Obama ou McCain: bof, tu sais…
3 novembre 2008

Démocratie?Ma première idée consistait à écrire en détails pourquoi je me fous éperdument de savoir qui de Barack Obama ou John McCain gagnera les élections présidentielles états-uniennes de demain. Je m’étais préparé mentalement à mettre à l’eau cette vieille chaloupe dans la mare aux arguments où je puise généralement mes idées et à y jeter ma ligne, me préparant à repêcher quelque signe de l’inutilité de ces élections. J’aurais sûrement déniché de beaux poissons, et j’aurais pu parler du fait qu’Obama a donné son premier discours en tant que candidat officiel du Parti Démocrate devant le plus puissant lobby juif, qu’il désire bombarder le Pakistan, qu’il ne remet pas en question l’unilatéralisme de Washington, qu’il propose des politiques économiques très à droite s’adressant principalement aux gens faisant un bon salaire, etc.

« Bof, tu sais… »

À l’époque, quand j’étais adolescent et que je me croyais adulte parce que deux-trois poils noircissaient mon menton, j’avais adopté cette expression: « bof, tu sais… ». Concrètement, ça voulait dire: « tout m’est égal, c’est du pareil au même, j’en ai rien à cirer ». Et c’est comme cela que je me sens aujourd’hui face aux élections états-uniennes: j’en ai rien à cirer. Car Obama ou McCain, c’est la même merde et ce ne sont que des pantins au service d’une élite non-élue qui s’approprie les richesses collectives et appauvrit la population de ce pays depuis des décennies.

Si je pouvais m’imaginer un fantasme, celui de prendre possession des ondes et de me payer un trente minutes de publicité pour m’adresser directement au peuple états-unien, je lui dirais franchement: « Bof, tu sais… » Et je m’imagine la réponse: « Non, on ne sait pas! On veut croire! »

J’ai toujours trouvé que le « We believe » de Obama ressemblait au « I want to believe » des X-Files. « I want to believe » que George W. Bush était une aberration et qu’un autre président saurait redonner un peu de lustre à une classe moyenne disloquée, détruite après plus de trente ans de réformes néolibérales. « I want to believe ». Les gens veulent tellement croire Obama; ils ne voient même plus que ce que ce dernier propose est une version édulcorée de la même politique de Bush, Clinton, l’autre Bush, Reagan, alouette! Le vrai pouvoir ne s’élit pas à Washington; il choisit ses pions qui pourront le mieux représenter ses intérêts tout en plaisant au peuple. Obama est noir, jeune, fringant, nouveau… mais ses idées sont aussi vieilles que la nuit. Seule l’apparence du pouvoir a changé, pas le pouvoir lui-même.

Alors excusez-moi, mais mercredi matin pour moi il n’y aura qu’un perdant, peu importe le résultat: le peuple états-unien. Ce sera encore une fois le triste constat d’une démocratie abâtardie où l’argent peut tout acheter et où le mensonge et la manipulation sont les deux mamelles auxquelles s’accrochent des désespérés qui ne réalisent pas que le parti Démocrate et le parti Républicain sont les deux facettes d’une même élite de droite qui a davantage à coeur son profit que les intérêts de la majorité.

L’engagement moral
30 octobre 2008

Engagement moral

Qu’on le dise dès le départ: si la politique d’intégration des immigrants du Parti Libéral du Québec constituait la fine glace qui nous séparait des eaux, nous serions déjà tous mouillés jusqu’aux oreilles tellement celle-ci s’avère mince et fragile. On demande un « engagement moral » aux immigrants en les incitant à signer un contrat sans valeur afin qu’ils respectent nos valeurs de base, notamment l’utilisation du français: n’importe quoi, comme le note Patrick Lagacé.

Pourtant, la controverse n’est pas nouvelle. Ici-même, en février dernier, il y avait eu un fort débat suite à un de mes billets où je m’en prenais à un blogueur ayant choisi de faire la promotion de l’indépendance du Québec… en anglais. Je lui avais reproché de contribuer ainsi à la normalisation de l’anglais comme langue d’usage au Québec et à réduire l’attrait du français chez les immigrants, nuisant effectivement au combat qu’il prétendait mener. Car n’en déplaise aux grands linguistes de ce monde, une langue n’est rarement apprise par plaisir, mais plutôt par nécessité.

En effet, c’est bien beau de se fier au « sens moral » des gens, mais la vérité c’est que nous n’agissons souvent que selon notre propre intérêt. Tiens, par exemple, le gros bon sens nous dit que l’hiver on doit mettre des pneus d’hiver. Mais il a fallu passer une loi pour forcer les gens à les installer. Et c’est la même chose pour tout: qui s’arrêterait la nuit aux feux rouges si ce n’était pas obligatoire? Quel commis de dépanneur gagnerait le salaire minimum si on se contentait de dire aux entreprises qu’elles ont « l’engagement moral » de bien payer leurs employés? Et à quoi ressemblerait un match de hockey où il n’y aurait pas de règles mais seulement un « engagement moral » de ne pas déroger à un code d’éthique?

Qu’on soit d’accord ou non, un engagement doit être accompagné de conséquences si on ne le respecte pas. Tout comme on me donne une contravention si je dépasse la limite permise ou si je roule sur le trottoir avec ma voiture, il doit y avoir des conséquences pour les immigrants qui refusent d’apprendre le français.

Oh, et à certains de nos amis qui ne vivent pas à Montréal et qui voient l’immigration avec des lunettes rose-bonbon, une GRANDE partie des immigrants ne veulent rien, mais absolument rien savoir d’apprendre ne serait-ce qu’un seul mot de français. J’en vois tous les jours qui sont ici depuis des années et qui ne sont même pas capables de dire « bonjour » ou « merci ». C’est ça le Montréal d’aujourd’hui, et c’est à cause de l’applaventrisme de Québécois mous et à l’amour-propre déficient, relayés par un gouvernement libéral mollasse et sans fierté que cette situation perdure.

La seule façon de franciser les immigrants est de leur parler en français, toujours, sans compromis, sans exception. Ceux-ci doivent comprendre que s’ils n’apprennent pas le français ils ne pourront pas fonctionner. Soudainement, ces gens qu’on croyait trop âgés ou trop peu scolarisés feront des merveilles d’apprentissage sitôt que leur intérêt personnel se trouve en jeu.

Dans tous les cas, c’est à nous d’agir. À nous d’être fiers de ce que nous sommes et de refuser de parler anglais sur notre territoire, d’exiger le français en tant que client ET en tant que travailleur. Cesser de croire que nous sommes polis parce que nous parlons anglais à quelqu’un qui ne comprend pas le français; notre politesse n’est qu’une lâcheté en tenue de soirée.

La vraie politesse, c’est de respecter le rythme d’apprentissage de l’autre, d’être patient, de lui répéter en articulant bien, mais de le faire, toujours et sans compromis, en français.

Sinon, autant fermer la shop right now.

Au fait, où en serions-nous aujourd’hui sans loi 101 ou si on s’était contenté de « l’engagement moral » des parents d’envoyer leurs enfants à l’école francophone?

Les élections: la paix ou la démocratie?
27 octobre 2008

Démocratie ou dictature?

Ainsi, nous devrions être appelés aux urnes le 8 décembre prochain. Pendant que l’économie mondiale bat de l’aile et que chaque contrat obtenu de l’étranger se veut un baume sur la plaie béante et purulente que constitue la situation économique actuelle, notre premier ministre Jean Charest préfère penser à ses propres intérêts et annule un voyage en Chine pour espérer s’assurer une majorité lors des prochaines élections.

Charest fait la calcul suivant: on s’en va en récession, elle va être très sévère, probablement la pire depuis des décennies, et si ses pires effets pervers n’ont pas encore atteint le Québec ce n’est qu’une question de temps avant que le feu soit dans la grange et qu’on réclame la tête du coq le plus flamboyant. Car qu’on le veuille ou non, quand ça va mal on se cherche des coupables. Et si le Parti Libéral a une chance d’améliorer son sort, c’est ici et maintenant.

De quoi peut-il avoir peur?

D’un côté, l’ADQ s’en va nulle part; le parti est en train de sombrer dans la discorde interne et au rythme où vont les choses on se demande même si le parti de Mario Dumont serait en mesure de garder une vingtaine de sièges (il en a 39 présentement). Le navire coule, et déjà les rats ont commencé à le quitter.

De l’autre côté, Pauline Marois est égale à elle-même: prétentieuse, hautaine, tenant un discours creux et ayant à peu près autant de charisme que la secrétaire blasée chez votre dentiste. Donnez-lui son 4% à elle, et ça presse! Le PQ est lui aussi prêt à se faire battre, car son but premier est l’indépendance du Québec et Marois a rejeté ce principe, peu importe ce que les poèmes conventionnelo-populistes d’appels à la patrie d’une poignée de béni-oui-oui en fin de semaine laissaient croire. Le PQ de Pauline Marois a tué l’indépendance, et avec une cheffe aussi médiocre le parti n’a pas la moindre chance de gagner les élections.

Jean Charest vogue donc allègrement vers la majorité. Contrairement à Stephen Harper, qui a tenu le même pari et l’a perdu, Charest n’a pas une bande d’Albertains fanatiques à satisfaire et il ne coupera pas dans la culture à quelques semaines des élections. Il va se taper une petite campagne tranquille en martelant que son parti est le meilleur pour faire face aux problèmes économiques et on oubliera ce qu’était réellement le PLQ majoritaire: les écoles privées juives, le Suroît, le Mont Orford, les privatisations, etc.

Alors non, je ne suis pas emballé par cette campagne électorale qui s’annonce déjà ennuyante et au résultat prévisible. Mais je n’irais pas jusqu’à écrire des conneries comme Patrick Lagacé qui affirme que « Après [les élections], si le bon Dieu est bon, la paix pendant quatre ans. »

La véritable « paix », c’est-à-dire l’absence d’enjeux électoraux, c’est celle qu’offre une dictature , éliminant la démocratie… et les journalistes trop irrévérencieux; on devrait peut-être le rappeler à M. Lagacé, lui qui ne vote pas. Car le droit de voter, c’est le droit de chiâler. Quand on reste assis chez soi pendant que ce pour quoi des centaines de milliers de personnes ont donné leurs vies au travers des siècles se met en branle, on est discrédité et pour longtemps.

L’instabilité politique n’est sûrement pas la panacée, mais elle force les élus à se remettre régulièrement au diapason avec la population sous peine d’être relégués dans l’oubli. Et notre démocratie, quoi qu’imparfaite, doit être protégée de tous ceux qui croient avoir des opinions sur tout mais qui ne sont même pas capables de bouger leurs fesses une fois par année pour aller voter.

En ce sens, si la manoeuvre politique de Jean Charest est très « politi-chienne », le texte de Patrick Lagacé fait très « journal-élitiste ». Comme quoi certains ont parfois de la difficulté à s’élever au-dessus du quotidien pour voir les véritables enjeux derrière le processus électoral.


AJOUT: Mes 4-5 derniers commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé ont été censurés mystérieusement effacés. Je me suis plains à Patrick Lagacé, qui évidemment dit qu’il n’est au courant de rien. Vraiment plate comme situation; on suit leur foutu nétiquette à la lettre et suffit qu’on soit en désaccord avec l’auteur pour que les messages « disparaissent mystérieusement »! Ah Gesca et leur censure…