De Guindonville à Oka, la loi doit s'appliquer
6 août 2010

Vous êtes propriétaire d’un terrain. Vous avez tous les papiers, le terrain lui-même est sur le territoire du Québec, dans une municipalité reconnue. Vous allez visiter votre propre terrain, y faire des travaux pour la sécurité des citoyens, et on vous insulte, on vous menace de mort, on s’attaque à votre voiture. La police arrive. Pour vous protéger, croyez-vous? Erreur! Elle vous demande de quitter les lieux et n’a pas l’intention de faire quoi que ce soit contre ceux qui ont violé la loi – notre loi. Deux poids, deux mesures. Il y a une loi pour les Québécois, et une autre pour les autochtones.

Source de l’image

Richard Ducharme, de la compagnie Norfolk, qui possède le terrain, a bien raison: « C’est peut-être une région sensible, mais c’est une région qui fait partie du territoire intégral du Québec. Elle est assujettie au code civil du Québec, ces terrains sont sous la juridiction de la ville de Oka et ils sont enregistrés au cadastre officiel du Québec. » Ne s’agit-il pas là de la plus pure des vérités? Dans quelle sorte de société vivons-nous si nous ne pouvons pas garantir les droits de ceux qui ont respecté toutes les règles du jeu et qui se font aujourd’hui floués par des gens préférant présenter poings et menaces plutôt que d’agir en personnes civilisées?

Imaginons une situation analogue. Tiens, pourquoi pas l’ancienGuindonville, à Val-David. En 2003, suite à un règlement municipal décidant de transformer le terrain en stationnement, des gens ont été expropriés, on a démoli leurs maisons, ils ont tout perdu. A-t-on demandé à la ville de discuter, de trouver un compromis? A-t-on demandé aux démolisseurs de faire demi-tour à cause du chahut causé par leur présence? Non. On a envoyé la police, on a délogé les manifestants de force et on a tout rasé. Ce n’étaient pas des Mohawks armés jusqu’aux dents qu’on a arrachés à leur tranquille existence; ce n’étaient pas des « Warriors » criminalisés: c’étaient des enfants, des familles, des personnes âgées.

C’étaient des Québécois.

Quand la loi du Québec doit être appliquée et qu’il faut faire face à des Québécois, on éprouve soudainement beaucoup moins de scrupules. On applique la loi, simplement. « Désolé madame, votre maison va être détruite, mais c’est la loi, si vous n’êtes pas contente vous savez pour qui ne pas voter dans quatre ans. » Bingo, c’est si facile. Nous sommes grands, nous sommes une démocratie, nous appliquons la loi. C’est ce qui différencie un État de droit d’une République de banane: la loi est légitime, les règlements sont démocratiques, et la police a le mandat de les appliquer.

Mais dès qu’il est question des autochtones, ou d’autres minorités – on se souvient que la ministre Courchesne avait modifié le calendrier scolaire pour accommoder des écoles juives – tous nos beaux principes prennent le bord. Soudainement, plutôt que d’appliquer des lois et règlements pour tous, on désire l’accommodement, la discussion, le dialogue, la « non-provocation ». Vous imaginez? La loi qui, contre les Québécois, s’applique d’elle-même, est devenue provocation contre les minorités!

Alors qu’à Guindonville on a démoli et que la police a constitué – avec justesse – le bras armé de la loi, à Oka, elle se refuse à jouer son rôle et elle demande à un individu dans son droit le plus strict et possédant légalement un territoire, de ne pas y avoir accès. Pire, elle ne fait rien contre les manifestants qui le menacent. Deux poids, deux mesures, vous dites?

Il faut tracer une limite

On peut être sensible aux revendications territoriales des autochtones, mais il faut tracer une limite. Il n’est pas plus question pour nous de leur redonner l’île de Montréal qu’il ne serait justifié pour les Acadiens de réclamer toutes les provinces maritimes du Canada sous prétexte que ces provinces sont devenues anglaises après la Déportation – et le génocide – qu’ils ont subi en 1755. L’Île-du-prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le sud du Nouveau-Brunswick sont principalement anglaises; Oka appartient au territoire du Québec. C’est injuste, mais c’est ainsi. Le passé ne peut être entièrement réparé. On ne peut pas plus redonner l’Amérique aux dizaines de peuples autochtones qu’on ne peut empêcher l’arme atomique d’exister. Il faut bâtir à partir de ce que nous avons, aujourd’hui.

Si, un jour, nous décidons de morceler un peu plus notre territoire pour satisfaire les ambitions de minorités pratiquant l’exclusion raciste de ses habitants blancs, refusant d’apprendre notre langue et méprisant jusqu’à la plus fondamentale de nos lois, ce sera un choix qui devra être respecté. Mais en attendant, la loi s’applique, le terrain possédé par Norfolk est sur le territoire du Québec et la police devrait faire son travail, en garantir l’accès à son propriétaire et arrêter quiconque viole la loi.

Si nous acceptons de vivre dans le traumatisme de la crise d’Oka de 1990, si nous écoutons les sirènes de la défaite agitées par des ministres à-plat-ventristes prônant le refus d’appliquer notre loi sur notre propre territoire pour ne pas « envenimer la situation », ce ne serait pas seulement la « situation » qui « s’envenimerait », mais ce serait notre propre capacité à former une société cohérente où les lois s’appliquent pour tous qui serait menacée. En reculant collectivement devant une bande de voyous armés qui méprisent nos lois, nous ouvririons la porte aux pires des demandes, aux plus folles revendications, aux pires dérogations à cet esprit pourtant si noble qui devrait nous habiter: celui de faire partie d’une société qui traite chacun des siens de la même manière.

Aujourd’hui, l’État québécois recule sur son propre territoire contre une bande de Mohawks. Demain, qu’en sera-t-il? Quel message lance-t-on à tous ceux qui ne rêvent que de détruire nos lois, d’affaiblir notre territoire et de s’attaquer à nos valeurs?

Bloquez la route, menacez de mort, et on vous écoutera. C’est cela qu’on leur dit.

Voilà bien le pire des messages.

De Guindonville à Oka, dans un État de droit, la loi doit s’appliquer. C’est tout. Si la loi est injuste, qu’on la modifie, mais en attendant, qu’on envoie la police et qu’on permette à cet honnête citoyen de jouir de son terrain. Entre les inconvénients possibles d’une offensive policière et la certitude d’un terrible recul si on laisse une minorité dicter sa loi à la majorité, le choix est clair.

De Guindonville à Oka, la loi doit s’appliquer
6 août 2010

Vous êtes propriétaire d’un terrain. Vous avez tous les papiers, le terrain lui-même est sur le territoire du Québec, dans une municipalité reconnue. Vous allez visiter votre propre terrain, y faire des travaux pour la sécurité des citoyens, et on vous insulte, on vous menace de mort, on s’attaque à votre voiture. La police arrive. Pour vous protéger, croyez-vous? Erreur! Elle vous demande de quitter les lieux et n’a pas l’intention de faire quoi que ce soit contre ceux qui ont violé la loi – notre loi. Deux poids, deux mesures. Il y a une loi pour les Québécois, et une autre pour les autochtones.

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Richard Ducharme, de la compagnie Norfolk, qui possède le terrain, a bien raison: « C’est peut-être une région sensible, mais c’est une région qui fait partie du territoire intégral du Québec. Elle est assujettie au code civil du Québec, ces terrains sont sous la juridiction de la ville de Oka et ils sont enregistrés au cadastre officiel du Québec. » Ne s’agit-il pas là de la plus pure des vérités? Dans quelle sorte de société vivons-nous si nous ne pouvons pas garantir les droits de ceux qui ont respecté toutes les règles du jeu et qui se font aujourd’hui floués par des gens préférant présenter poings et menaces plutôt que d’agir en personnes civilisées?
Imaginons une situation analogue. Tiens, pourquoi pas l’ancienGuindonville, à Val-David. En 2003, suite à un règlement municipal décidant de transformer le terrain en stationnement, des gens ont été expropriés, on a démoli leurs maisons, ils ont tout perdu. A-t-on demandé à la ville de discuter, de trouver un compromis? A-t-on demandé aux démolisseurs de faire demi-tour à cause du chahut causé par leur présence? Non. On a envoyé la police, on a délogé les manifestants de force et on a tout rasé. Ce n’étaient pas des Mohawks armés jusqu’aux dents qu’on a arrachés à leur tranquille existence; ce n’étaient pas des « Warriors » criminalisés: c’étaient des enfants, des familles, des personnes âgées.
C’étaient des Québécois.
Quand la loi du Québec doit être appliquée et qu’il faut faire face à des Québécois, on éprouve soudainement beaucoup moins de scrupules. On applique la loi, simplement. « Désolé madame, votre maison va être détruite, mais c’est la loi, si vous n’êtes pas contente vous savez pour qui ne pas voter dans quatre ans. » Bingo, c’est si facile. Nous sommes grands, nous sommes une démocratie, nous appliquons la loi. C’est ce qui différencie un État de droit d’une République de banane: la loi est légitime, les règlements sont démocratiques, et la police a le mandat de les appliquer.
Mais dès qu’il est question des autochtones, ou d’autres minorités – on se souvient que la ministre Courchesne avait modifié le calendrier scolaire pour accommoder des écoles juives – tous nos beaux principes prennent le bord. Soudainement, plutôt que d’appliquer des lois et règlements pour tous, on désire l’accommodement, la discussion, le dialogue, la « non-provocation ». Vous imaginez? La loi qui, contre les Québécois, s’applique d’elle-même, est devenue provocation contre les minorités!
Alors qu’à Guindonville on a démoli et que la police a constitué – avec justesse – le bras armé de la loi, à Oka, elle se refuse à jouer son rôle et elle demande à un individu dans son droit le plus strict et possédant légalement un territoire, de ne pas y avoir accès. Pire, elle ne fait rien contre les manifestants qui le menacent. Deux poids, deux mesures, vous dites?
Il faut tracer une limite
On peut être sensible aux revendications territoriales des autochtones, mais il faut tracer une limite. Il n’est pas plus question pour nous de leur redonner l’île de Montréal qu’il ne serait justifié pour les Acadiens de réclamer toutes les provinces maritimes du Canada sous prétexte que ces provinces sont devenues anglaises après la Déportation – et le génocide – qu’ils ont subi en 1755. L’Île-du-prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le sud du Nouveau-Brunswick sont principalement anglaises; Oka appartient au territoire du Québec. C’est injuste, mais c’est ainsi. Le passé ne peut être entièrement réparé. On ne peut pas plus redonner l’Amérique aux dizaines de peuples autochtones qu’on ne peut empêcher l’arme atomique d’exister. Il faut bâtir à partir de ce que nous avons, aujourd’hui.
Si, un jour, nous décidons de morceler un peu plus notre territoire pour satisfaire les ambitions de minorités pratiquant l’exclusion raciste de ses habitants blancs, refusant d’apprendre notre langue et méprisant jusqu’à la plus fondamentale de nos lois, ce sera un choix qui devra être respecté. Mais en attendant, la loi s’applique, le terrain possédé par Norfolk est sur le territoire du Québec et la police devrait faire son travail, en garantir l’accès à son propriétaire et arrêter quiconque viole la loi.
Si nous acceptons de vivre dans le traumatisme de la crise d’Oka de 1990, si nous écoutons les sirènes de la défaite agitées par des ministres à-plat-ventristes prônant le refus d’appliquer notre loi sur notre propre territoire pour ne pas « envenimer la situation », ce ne serait pas seulement la « situation » qui « s’envenimerait », mais ce serait notre propre capacité à former une société cohérente où les lois s’appliquent pour tous qui serait menacée. En reculant collectivement devant une bande de voyous armés qui méprisent nos lois, nous ouvririons la porte aux pires des demandes, aux plus folles revendications, aux pires dérogations à cet esprit pourtant si noble qui devrait nous habiter: celui de faire partie d’une société qui traite chacun des siens de la même manière.
Aujourd’hui, l’État québécois recule sur son propre territoire contre une bande de Mohawks. Demain, qu’en sera-t-il? Quel message lance-t-on à tous ceux qui ne rêvent que de détruire nos lois, d’affaiblir notre territoire et de s’attaquer à nos valeurs?
Bloquez la route, menacez de mort, et on vous écoutera. C’est cela qu’on leur dit.
Voilà bien le pire des messages.
De Guindonville à Oka, dans un État de droit, la loi doit s’appliquer. C’est tout. Si la loi est injuste, qu’on la modifie, mais en attendant, qu’on envoie la police et qu’on permette à cet honnête citoyen de jouir de son terrain. Entre les inconvénients possibles d’une offensive policière et la certitude d’un terrible recul si on laisse une minorité dicter sa loi à la majorité, le choix est clair.

La nécessaire hypocrisie
21 novembre 2009

Récemment, un ami me conta cette savoureuse anecdote. À son travail, un collègue le regarda droit dans les yeux et lui dit: « Tu n’es rien qu’un hypocrite! Tu parles de tes droits, de nos droits, mais tu liches le cul du boss par la suite! » Étant dans un milieu syndiqué, le collègue en question confrontait constamment les patrons directement, la face dans la face en disant des paroles du genre: « Non je ferai pas ça! Pis ça non plus! Je sais ce que j’ai à faire! » Lourde ambiance de travail. Si mon ami lui a répondu qu’il n’était pas hypocrite, s’il s’est défendu, s’il s’est presque excusé pour son incapacité à faire face, moi je lui aurais rétorqué autre chose: oui, je peux être hypocrite, et tant mieux! L’hypocrisie est un mal nécessaire.

hypocrisie

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En effet, de quoi aurait l’air une société sans hypocrisie? L’anarchie, le chaos. Tu te promènes dans la rue, tu n’aimes pas le visage de quelqu’un, tu lui dis, et c’est la bataille. Ayant connu des gens ayant été reliés aux milieux criminels ou ayant fait de la prison, je peux écrire sans me tromper que ce sont les gens les moins hypocrites qui soit dans leurs relations avec les autres. Et c’est précisément à cause de leur manque d’hypocrisie que, bien souvent, ils finissent la nuit en prison ou à l’hôpital. Ils ne sont pas capables de piler sur leur vanité, sur leur orgueil. C’est le culte du « dans ta face » qui prime. Ce sont des gens bien souvent instables, qui ont de la difficulté à conserver un emploi et qui éprouvent toutes sortes de problèmes relationnels.

Or, je crois qu’il est sain, dans la vie, de conserver un minimum d’hypocrisie. Non pas celle qui est méchante, comme un mortel poison qui suinte des fentes de notre orgueil et qu’on garde le plus loin possible de soi. Pas plus que celle qui consiste à parler dans le dos d’autrui ou à comploter contre quelqu’un. Non, la petite hypocrisie nécessaire, celle qui nous permet de vivre ensemble. Celle qui dit: « Je n’aime pas tes positions, je n’aime pas tes idées, mais nous devons cohabiter alors entendons-nous ». Celle qui permet de respecter les règles du jeu, de s’y adapter, et de respecter autant ses adversaires que ses alliés. L’hypocrisie comprise, partagée, acceptée, celle qui agit comme pare-chocs des susceptibilités de chacun.

Par exemple, quand mon ami, qui n’aimait pas certaines politiques de ses patrons, sensibilisait d’autres individus à sa cause, il ne le faisait pas contre un patron en particulier. Comprenons. Dans un milieu syndiqué, tout est question de rapport de force. Le gérant n’est qu’un pion comme un autre aux mains du patronat et il serait contre-productif, inutile, de s’en prendre à sa personne. Il fait juste son travail; il n’a pas à subir invectives ou calomnies. Il gagne sa vie, rêve de vacances, a hâte de faire son sapin de Noël. Un humain. C’est sa fonction – ou plutôt ce qu’elle représente – qu’on peut ne pas aimer, mais il faut quand même respecter cela.

De la même manière, lors de la manifestation contre le prince Charles, j’ai demandé, à de nombreuses reprises, aux autres manifestants de ne pas insulter les policiers. Ça ne donnait strictement rien. Ces représentants de l’État ne sont que des employés comme d’autres; on peut être en désaccord avec le fait qu’ils ont chargé, qu’ils ont provoqué, mais ils l’ont fait parce qu’on leur en a donné l’ordre. J’ai discuté avec certains policiers, et malgré une certaine hypocrisie réciproque – « je n’aime pas que tu bloques la rue » contre « je n’aime pas que tu me prives de mon droit de manifester pacifiquement » – elle était là aussi comprise, empreinte de respect. Après tout, ce ne sont que des humains qui font un travail pour assurer leur existence en ce bas-monde. Ce sont ceux en haut qu’il faut viser.

Ou encore, lors d’une manifestation contre le jugement de la Cour suprême sur la loi 104, alors qu’un orateur s’est fait tirer par la jambe, sans avertissement, par un policier et qu’il aurait pu se casser le cou en tombant. Des membres du Réseau de résistance du Québécois (RRQ) s’en sont pris aux policiers en les traitant de tous les noms. Lorsque certains – dont l’auteur de ces lignes – leur ont suggéré de faire une plainte en déontologie et d’utiliser les moyens légaux pour faire valoir leurs droits, ils se sont défilés comme un voleur pris en flagrant délit. Plus facile de crier des noms aux policiers, non?

La vraie hypocrisie, la malsaine, selon moi, se trouve dans les gestes plutôt que dans les paroles. L’hypocrisie, c’est de chialer contre le résultat d’une élection quand on est resté à la maison le jour du vote. C’est se plaindre d’une politique en particulier quand on n’a même pas daigné se présenter au jour du vote. C’est blâmer un collègue qui s’exprime lors d’une assemblée syndicale quand, soi-même, on a préféré se taire. C’est accuser l’autre d’hypocrisie parce qu’il prône la bonne entente quand, au moment où il était possible de se faire entendre selon les règles, on a préféré écouter la télévision chez soi. C’est accuser les autres de corruption ou de collusion quand, soi-même, on essaie de contourner les règles dès que c’est possible. C’est insulter un policier au lieu de porter plainte en déontologie.

D’un côté, l’hypocrisie nécessaire, assurant la stabilité et la paix. De l’autre, la vulgaire, la méchante, celle qui sent mauvais et qui camoufle ses incapacités derrière ceux qui utilisent les moyens légaux et démocratiques pour faire valoir leurs points de vue.

Entre les deux, j’ai choisi: je vais voter (même s’il m’arrive d’annuler mon vote), j’essaie d’assumer mes prises de position, et je me bats, au quotidien, non seulement pour améliorer mes conditions de vie, mais aussi pour respecter mes adversaires. Car le jour où on enlève le droit à ceux-ci d’exister en tant qu’humains, on leur donne aussi l’occasion de considérer la même chose pour moi.

Tout est question de rapport de force. Il faudrait être hypocrite pour ne pas le voir! 😛

Villanueva à Montréal-Nord: justice est faite… mais quel futur?
2 décembre 2008

gang_de_rueIl y a eu beaucoup de spéculations sur ce qui s’est réellement passé la soirée du 9 août dernier dans la stationnement jouxtant le parc Henri-Bourassa. Jusqu’à maintenant, on avait surtout eu droit à la version de Dany Villanueva, un voyou ayant déjà été accusé de menus larcins, et nombre de médias (et plusieurs individus ayant une peur irrationnelle de la police) ont cru cette version sur parole, sans la moindre preuve. Aujourd’hui, on en sait finalement davantage sur ce qui s’est réellement produit.

D’abord, et contrairement aux affirmations mensongères du grand frère Villanueva, les policiers n’ont pas cherché à le provoquer gratuitement. Lui et ses amis jouaient aux dés, ce qui est interdit, et les policiers étaient dans leur droit de les interpeller.

Alors qu’ils pénètrent dans ce stationnement, ils aperçoivent un groupe d’environ six personnes, dont certaines jouent aux dés au sol. La pratique d’un jeu de hasard contrevenant à un règlement municipal de la Ville de Montréal, les agents décident de procéder à l’identification de ces personnes afin de leur signifier des constats d’infraction.

Ensuite, Dany Villanueva affirmait ne pas avoir résisté à son arrestation, ce qui constitue un autre mensonge. Après avoir demandé à Dany Villanueva de s’identifier, le policier a essayé de l’arrêter, et le jeune a résisté à son arrestation.

Le policier saisit le coude gauche de Dany Villanueva pour contrôler son bras et éviter d’être touché et frappé par ses gestes. Cette manoeuvre a pour effet d’exacerber l’agressivité de l’homme. Il ferme les poings et tire vers lui, criant, en tentant de se libérer.

Cette résistance a fait peur aux policiers, car ceux-ci savaient maintenant qui était Villanueva et étaient au fait de ses relations avec les gangs de rue, les Bloods, et ils craignaient que celui-ci puisse avoir une arme sur lui.

Puis, le groupe de jeunes voyous s’approche des policiers, à moins de deux mètres. Le policier leur demande de reculer à plusieurs reprises, mais en vain. Pendant ce temps, Dany Villanueva continue d’agresser les policiers.

Le policier ordonne une deuxième fois à voix haute aux individus de reculer, mais sans succès. En même temps, il sent et voit dans son dos l’homme donner de violents coups de pieds à la policière qui tente de maîtriser les jambes de l’homme. Le policier reçoit aussi des coups dans le dos et les côtes et voit sa partenaire être projetée une deuxième fois sur le véhicule-patrouille par la force des coups de pieds. Ces faits sont confirmés en tout ou en partie par des membres du groupe et des témoins de la scène.[…] Dany Villanueva frappe le policier en plein visage de son poing droit.

Finalement, les voyous agrippent le policier et tentent de le désarmer ou de l’empêcher de faire son travail.

Il déclare avoir tout juste eu le temps de déplacer sa main droite sur le dessus de son arme à feu pour la maintenir dans son étui. L’individu #3 (Fredy Villanueva) l’agrippe et le serre au niveau de la gorge. Le policier perçoit son autre main sur son ceinturon, près de son arme à feu et de son poivre de Cayenne. L’individu #4 agrippe le policier au bras gauche et au thorax. Les individus #2 et #5 sont très près, de chaque côté de Fredy Villanueva et de l’individu #4. Durant ces instants, Dany Villanueva frappe toujours le policier à la tête, et sa partenaire tente toujours de maîtriser les jambes de l’homme, qui la frappe à coups de pieds.

Le policier indique que les masses des corps sur lui sont si près qu’il se sent capable de les atteindre sans mettre la vie et la sécurité des gens pouvant se trouver à l’arrière en péril. Il dégaine donc son arme à feu, et au niveau de l’étui la fait immédiatement pivoter pour pointer la première masse sur lui. À l’extérieur de l’étui, son arme peut être très facilement dérobée par les individus. C’est pourquoi à partir de l’étui, il fait feu, tout en avançant l’arme devant lui et en la dirigeant vers le centre des masses sur lui.


Justice est faite dans cette histoire. Pas besoin d’enquête publique comme l’annonce Jacques Dupuis, probablement par crainte d’une répétition des actes de vandalisme et de banditisme qui ont suivi cette affaire. Le policier a été justifié de tirer et quiconque dans la même situation aurait pareil.

Ça me fait toujours un peu rire d’entendre des gens dire « j’aurais fait les choses différemment ». Voyons! Tu te fais donner des coups de poings au visage, des coups de pieds, ta partenaire est menacée, et des jeunes possiblement reliés aux gangs de rues armés foncent sur toi, t’agrippent au cou, ont leurs mains sur ton ceinturon, près de ton arme… Tu n’as pas le temps d’agir. Tu leur a demandé de reculer, et toute personne ayant le moindre respect pour l’autorité et le moindre civisme sait qu’il ne faut pas agresser un policier. Tu prends ton fusil parce que tu ne veux pas que ce soit eux qui le prennent, et tu tires. Tu tires jusqu’à ce que le groupe recule. Tu n’as pas le temps de faire autrement; tu tires parce que tu leur a donné toutes leurs chances.

On le constate maintenant officiellement: Freddy Villanueva a été le propre artisan de sa mort. Ça aurait pu être un de ses camarades du crime, mais c’est tombé sur lui. Pur hasard. Mais le hasard peut aussi parfois être contrôlé; par exemple on a moins de risques de se faire tuer si on n’agrippe pas au cou un policier en train de procéder à une arrestation. Voilà un enseignement qu’il faudrait sûrement donner aux voyous de Montréal-Nord. Si une telle scène s’était produite aux États-Unis, on aurait eu quatre cadavres sur les bras. La leçon doit être claire: les policiers sont le bras armé de la démocratie, et tu dois leur obéir. Point final. Aucun compromis, aucune discussion. Si le policier exagère, tu portes plaintes en déontologie par la suite, mais pour le moment, tu obéis, simplement.

Il y a malheureusement une certaine culture du gangstérisme et de la peur de l’autorité qui persistent chez certaines « communautés culturelles ». Évidemment, on ne peut pas leur en vouloir à leur arrivée ici: dans plusieurs de leurs pays d’origine, la police est corrompue, abusive, vindicative. Mais nous avons le devoir en tant que société de changer cette culture du crime et de la méfiance envers l’autorité. Nous devons apprendre à ces jeunes qu’ils ne sont plus en Haïti, en Amérique du Sud ou ailleurs, et qu’ici la police est beaucoup plus responsable et que des recours légaux efficaces existent pour s’opposer à un policier qui outrepasse ses droits. Nous devons remplacer dans leurs esprits leur croyance en une police oppressante pour plutôt leur faire comprendre l’utilité civilisatrice d’une force d’ordre dans toute forme de société. Bref, nous devons éduquer ces jeunes et ainsi les inciter à mieux s’intégrer à notre mode de vie.

Regrettablement, nous, Québécois, sommes mous. Nous avons peur d’imposer quoi que ce soit à autrui. Nous avons peur de nous faire qualifier de racistes, de xénophobes, si nous imposons des règles minimales à ceux que nous accueillons pourtant à bras ouverts. Nous ouvrons toutes grandes les portes de notre maison et nous laissons nos visiteurs partir avec le mobilier, détruire nos murs, refuser notre langue, ridiculiser nos coutumes, etc. On nous a tellement convaincu qu’il était mal de nous respecter nous-mêmes que nous en sommes rendus à légitimer ceux qui violent nos lois et refusent nos valeurs. Nous manquons de fierté et nous préférons jouer le rôle d’une moquette sur laquelle les autres s’essuient les pieds plutôt que de prendre les moyens pour mieux intégrer les nouveaux arrivants ou réduire leur nombre d’ici à ce que nous trouvions des solutions plus intégratrices.

Pourtant, des solutions existent. On peut choisir de lutter contre la pauvreté en élisant des gouvernements de gauche qui proposent des politiques de redistribution de la richesse. On peut réduire le niveau d’immigration tout en finançant massivement des programmes d’intégration pour ceux qui sont déjà ici. On peut également offrir des cours de civisme et de philosophie politique expliquant le rôle essentiel de la police dans toute forme de société démocratique. On peut essayer quelque chose, être imaginatifs. On peut faire quelque chose.

Mais on ne fait rien.

Alors, que ce soit dans six mois, un an, ou dix ans, une pareille situation se reproduira. Et ce ne sera pas la faute des policiers, comme l’avancent certains extrémistes, mais ce sera notre faute collective, parce que nous n’aurons pas su tirer les leçons appropriées de la mort de Freddy Villanueva. Nous n’aurons pas su comprendre et accepter qu’il y a un problème d’intégration majeur dans certains quartiers et que pour éviter d’autres morts ou agressions contre nos représentants de la loi il est de notre devoir de citoyens de revaloriser notre culture et d’inciter les autres à se joindre à nous plutôt que de patauger dans une culture du crime et de la résistance à l’autorité.

Justice est faite pour le policier qui a simplement fait son travail et sauvé sa peau. Mais saurons-nous en tirer les leçons qui s’imposent?

Villes et régions, même combat!
4 octobre 2008

Je m’interroge fréquemment sur les différences politiques entre les régions rurales et urbaines, notamment Montréal. J’essaie de comprendre comment un parti comme le Parti Conservateur (PC) peut y être si populaire alors que ses mesures proposées (du moins, si on lit les déclarations de Stephen Harper; nous sommes au 26e jour d’une campagne de 35 jours et les Conservateurs n’ont toujours pas présenté de programme!) semblent si déconnectées de ce qui permettrait de mieux vivre ensemble.

J’y réfléchissais encore hier, en me rendant au chalet familial dans la magnifique région de Saint-Calixte, à la limite de Lanaudière et des Laurentides, en promenant mon regard entre la route, le paysage incendié de feuilles d’un rouge violent et les cabanes d’arrières-cours qu’on considérerait, par chez moi, comme des taudis semi-délabrés. Et j’ai trouvé: l’État. Ou plutôt: la différence entre la campagne et la ville semble tenir à la relation vis-à-vis de l’État et à la confiance qu’on met en ses institutions.

En effet, nous, en ville, sommes à même de constater les bénéfices d’un État fort: nous avons des universités, des transports en commun, une multitude de services sociaux, une police omniprésente s’occupant des voyous comme de la circulation, des pompiers à quelques minutes, des règlements municipaux empêchant notre voisin de laisser sa maison décrépir, des règlements pour limiter le bruit, et ainsi de suite. Nous vivons empilés les uns sur les autres, casés mathématiquement comme les pièces d’un meuble IKEA dans sa boîte et nous avons besoin d’un État fort pour nous organiser, pour nous structurer, pour empêcher que nos villes ne basculent dans le chaos et l’anarchie.

À la campagne, au contraire, il y a de l’espace pour tous et on ne voit pas toujours l’intérêt d’avoir un État qui se mêle de ses affaires. On s’arrange entre soi et personne ne se plaint si le gazon du voisin n’est pas coupé ou si sa remise à outils tombe en morceaux. On ne constate pas aussi clairement les avantages de la redistribution de la richesse via l’impôt et son utilisation notamment dans des services au citoyen dont on ne profite que très partiellement. On a davantage l’impression de se faire voler et cette impression constitue un terreau fertile pour le travail au noir, surtout dans un contexte où tout le monde se connaît. À quoi bon payer pour les cégeps, les universités, les hôpitaux? Il n’y en a pas ici. Et les taxes municipales? La municipalité n’offre que peu de services; beaucoup n’ont même pas l’eau courante. Et les taxes scolaires? Quoi, payer pour une école aux trois quarts vide et qui formera de futurs exilés vers la ville…

Voilà pourquoi, à mon avis, le discours anti-étatiste du Parti Conservateur trouve des échos dans nos régions rurales. « Le PC n’a pas de programme, pas vraiment de vision, ni même de plan, mais il veut nous laisser tranquille et nous laisser nous arranger entre nous », pourrait-on entendre. C’est ça qui plaît: « donnez-nous plus d’argent dans nos poches et qu’importe si les gens des villes ont moins de services! »

Le problème, c’est qu’en bout de compte il n’y a pas davantage d’argent dans les poches. Ce qui est donné d’une main est repris de l’autre, et même pire! Au lieu d’attaquer le PC de front, il faudrait plutôt viser le problème à sa source: convaincre les gens des régions de l’intérêt d’un État fort et qui redistribue la richesse. On doit leur expliquer les avantages d’une société cohérente et équitable qui permet à une classe moyenne, largement syndiquée et professionnelle, forte et prospère, de pouvoir se payer tous les légumes, meubles, et items divers qui sont fabriqués en région. Leur parler des touristes qui aimeraient avoir autre chose à faire que de se promener de ghettos en ghettos en espérant ne pas se faire voler, si les inégalités sociales continuent de s’accentuer. Mais surtout, réitérer l’importance de bâtir un Québec uni, où la campagne a un rôle à jouer et où les villes ne sont pas des ennemies, mais des partenaires économiques, sociaux et culturels. Où chacun se complémente l’un l’autre.

Bref, on doit faire accepter à des gens qui croient ne pas avoir besoin d’un État fort la nécessité de celui-ci pour le bien de tous.

Car l’État a un rôle à jouer. Si ce n’est pas aussi évident à la campagne qu’en ville, c’est tout aussi important et il devient plus que nécessaire de bloquer l’idéologie de droite de Harper avant de subir les affres d’une déréglementation qui, on le constate aux États-Unis, ne fonctionne pas.

Quand l’automne arrive et que les feuilles tombent et préparent un lit douillet pour les premières averses de neige, c’est pour tout le monde. Et quand une société ou un système s’écroule, c’est toute la population qui en paie la note, qu’on habite coin Saint-Denis et Mont-Royal ou sur la rue des Bouleaux à Sainte-Gertrude.

20 balles pour… un petit ours!
29 juillet 2008

Je ne suis peut-être pas assez informé, mais à première vue, quinze policiers et vingt balles pour tuer un ours dont on dispose ensuite vulgairement la carcasse à l’arrière d’une fourgonnette, ça me semble assez exagéré et honteux.

Je n’ai pas vu une bête enragée, cherchant la bataille, mais plutà´t un animal affolé, cherchant à s’enfuir, à se sortir de ce mauvais pas. Une bête dont on empiète sur son territoire, et qui se retrouve, par la force des choses, sur le nà´tre. Le Satellite Voyageur l’explique à merveille, dans un texte datant d’un mois et demi:

Ça pose, au contraire, une question sur l’empiétement des territoires qu’on fait sans cesse en s’étalant urbainement. Parce que si ces ours (qui doivent être des mâles en quête de territoire) se trouvent là , c’est peut-être parce qu’on n’arrête pas de construire sur leurs territoires.

Bref, au lieu de le voir comme un intrus, si on se considérait nous-mêmes comme des hà´tes sur son territoire? Cela ne signifie pas de l’accepter près des habitations, mais la moindre des choses aurait été de l’endormir et de le remettre en liberté plus loin.

Qu’est-ce qui est plus dangereux pour la population: un petit ours en fuite ou quinze policiers tirant vingt balles avec leurs « gros guns » dont ils doivent être si fiers de se servir contre un animal sans défense.

Faut croire… On n’a peut-être pas inventé les somnifères pour animaux à Saguenay.

Personnellement, j’en commanderais toute une caisse et je les administrerais aux « valeureux » policiers qui ont risqué leur vie pour tuer l’horrible animal et qui ne pourront probablement plus dormir la nuit après cet acte héroà¯que qui leur laissera à coup sûr d’irrémédiables séquelles psychologiques…

Donnez-leur une médaille, ça presse. Et à mon petit voisin aussi, qui écrase des vers de terre pour le plaisir.