Les éclownomistes rédicivent
28 janvier 2010

Peu satisfaits de leurs rôles d’économistes-caniches du gouvernement lors de la publication du premier fascicule sur les finances publiques, les soi-disant économistes Luc Godbout, Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Robert Gagné récidivent dans un numéro digne des meilleurs saltimbanques. Les clowns entrent en scène: préparez-vous, madame, monsieur, ils vous feront rire!

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On se demande bien comment ces économistes, tous identifiés soit aux Lucides, soit à la droite radicale, soit dans des think-tanks néolibéraux, peuvent encore apparaître en public sans provoquer immédiatement l’hilarité. Il suffit de les voir, sérieux, avec leur petit attaché-case, l’air grave, venant nous annoncer les pires cataclysmes si le Québec ne se dépêche pas d’adopter leurs mesures économiques. L’apocalypse, ce n’est rien à côté de ce qui nous attend, ô pauvre peuple, si on ne se hâte pas d’introduire plus de privé dans l’éducation, de hausser les taxes et de réduire les impôts. Payez, payez, petit peuple, faites votre prière et vous survivrez peut-être!

Ils sont presque attachants, en fait, lorsqu’on les regarde. On a vraiment l’impression qu’ils y croient. Ils nous présentent leur rapport, ce petit dépliant de la bonne pensée libérale et nous expliquent, sans broncher, les petits lunettes de Fortin sur le bout du nez, qu’en éducation, « la coexistence d’un système public et d’un système privé introduit une concurrence qui bénéficie aux citoyens ». Qu’importe si les chercheurs Claude Lessard, Pierre-David Desjardins et Jean Guy Blais ont démontré, en septembre dernier, que la concurrence entre les réseaux public et privé « mène au déclin du public et non à son redressement ». Qu’importe si des collèges privées expulsent leurs élèves au premier faux-pas et gardent ensuite la subvention. Non, non, vous n’avez rien compris. Les clowns vous ont demandé de rire, allez, riez! Riez pour votre bien!

Véritables clowns-tristes, ils font piteux avec leur petit air du style « on n’y peut rien » ou « ce n’est pas de notre faute ». Il faudrait hausser les taxes et baisser les impôts non pas parce qu’on fait le choix de ne plus participer équitablement à la redistribution de la richesse, mais parce que nous serions obligés de nous lancer dans la même aventure que d’autres pays qui ont vu leur niveau de vie diminuer. Le Canada est un des pays qui impose le moins ses mieux-nantis, mais il ne faudrait surtout pas s’attaquer à ce déséquilibre, non non. Il y a un lien direct entre un taux d’imposition plus élevé et des écarts sociaux réduits, mais n’y pensez surtout pas. Regardez le clown, et riez de ses pitreries.

Dans une même grimace, les éclownomistes nous lancent un véritable plaidoyer en faveur de hausses de tarifs. Qu’importe si une telle hausse favoriserait la dislocation sociale et la pauvreté. Qu’importe si la hausse des tarifs d’électricité, par exemple, affecterait principalement les plus démunis. Vous n’avez toujours rien compris. Les clowns veulent votre bien. Le concept d’utilisateur-payeur, malgré ses insuccès généralisés et son incapacité à assurer une nécessaire redistribution de la richesse, doit être imposé coûte que coûte. Riez, chers amis.

Ce ne sont pas tant les idées de ces éclownomistes qui sont à blâmer. Celles-là, nous les connaissons; nous y sommes habitués. Cela fait au moins vingt-cinq ans qu’on nous rabâche les oreilles avec le petit catéchisme du moins d’État, plus de privé, moins d’impôts, plus de tarifs. Et plus on suit les principes, moins ça va, et moins ça va, plus on nous demande de suivre les principes. Nous sommes en crise à cause de ce système économique déficient, nous sommes en déficit à cause notamment des baisses d’impôts de plusieurs milliards de dollars accordées aux mieux-nantis, et on nous propose davantage de la même chose. On donnerait un quarante onces de gin à un alcoolo pour le guérir de sa dépendance qu’on ne ferait pas mieux. Non, ces idées, on les connaît.

Ce qui est inacceptable, cependant, ce qui insulte l’intelligence du citoyen, c’est de voir un gouvernement trop couillon pour affirmer haut et fort ses croyances en un ordre social créateur de pauvreté et s’arranger plutôt, en choisissant des éclownomistes autant identifiés aux idées néolibérales qu’Hulk Hogan l’est pour la lutte, pour mieux paraître lorsqu’il proposera sensiblement les mêmes propositions vieillottes.

Dans le cirque libéral, les clowns se présentent en premier, et le prestidigitateur, celui qui fait disparaître toutes nos économies, agit ensuite. Lorsque le spectacle est terminé, les spectateurs rentrent à la maison, plus pauvres, mais satisfaits du divertissement. On leur a donné l’impression qu’ils y participaient de plein gré alors que, dès le début, la dépossession de leurs biens était planifiée.

Et si on enlevait les masques de ces éclownomistes dès maintenant et qu’on révélait, derrière leurs inoffensives expressions, leur vraie nature de carnassiers plus préoccupés par leur gloire personnelle et l’application de leurs complexes théories que par le bien-être de la classe moyenne et des moins favorisés?

Les économistes-caniches
15 décembre 2009

« Si mes idées se concrétisent, ça va faire mal » affirmait Luc Godbout, en 2007, lors d’une énième révélation de ses prophéties apocalyptiques nécessitant toujours les mêmes solutions: la réduction de la taille de l’État. Ce souhait de douleur, il l’a remis par écrit au gouvernement, avec ses collègues Pierre Fortin, Claude Montmarquette et Robert Gagné, tous aussi indépendants les uns que les autres selon le gouvernement. Derrière le vernis lustré de leur inquiétude pour le futur ressortent, inévitablement, les vieilles marques de leur idéologie.

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Luc Godbout

Luc Godbout est tellement identifié à la droite économique que Les Affaires a cru qu’il était un signataire du tristement célèbre Manifeste pour un Québec lucide et a dû publier un correctif à ce sujet ((Les Affaires, Actualités, samedi, 17 novembre 2007, p. 9, Précisions, Erreur dans le CV)). Proche du Parti Libéral, il a participé au dernier congrès libéral où il réclamait la réduction des dépenses de l’État. Il vient de publier un recueil sur le soi-disant retard québécois… avec Claude Montmarquette et Pierre Fortin! Il est également chercheur au CIRANO, un think-tank néolibéral et est membre de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, où il vient de recevoir 5 millions de dollars en cinq ans de la part du gouvernement en place. Indépendant? Objectif?

Pierre Fortin

Pierre Fortin se passe de présentation. Il est l’homme de droite par excellence au Québec, c’est-à-dire de ceux qui ont peur se s’assumer comme tels et qui se drapent dans de vierges draps pour passer leurs idées. Outre d’être un signataire du Manifeste des Lucides, il a suggéré de privatiser Hydro-Québec et de hausser les tarifs d’électricité. Il est de toutes les tribunes pour réclamer le dépeçage de l’État et sa qualité de conseiller économique principal du premier ministre de Québec, tout comme sa subvention de 6 millions qu’il a reçu conjointement avec Montmarquette pour des travaux dans le domaine des politiques publiques, le discréditent durablement face à toute prétention à la moindre indépendance ou objectivité face au gouvernement.

Claude Montmarquette

Montmarquette est un pur produit de l’école économique de Chicago, où Milton Friedman y a sévi pendant plusieurs années. Ce dernier, qui a profondément inspiré cet autre signataire du Manifeste des lucides, a toujours préconisé que la réduction du rôle de l’État dans une économie de marché était le seul moyen d’atteindre la réelle liberté politique et économique. C’était la présence de Friedman à une conférence en Islande en 1984 qui a entraîné ce pays dans une vague de réformes, de privatisations, de baisses d’impôts, de déréglementations et de hausses de tarifs ayant résulté non pas en un paradis économique libertarien, mais plutôt à la faillite. Toujours très près du CIRANO et de l’Institut économique de Montréal (IEDM), ce think-tank dirigé par Hélène Desmarais, l’épouse du président du conseil de la Power Corporation, il a remis un rapport au gouvernement, il y a quelques années, proposant précisément ce types de remèdes douteux pour le Québec. Objectivité? Indépendance?

Robert Gagné

Robert Gagné est le coprésident du comité de consultations prébudgétaires. Ce directeur de l’Institut d’économie appliquée des HEC Montréal a déjà été chercheur-associé à l’IEDM et fait partie, lui aussi, de CIRANO. En 2002, il publiait une étude « démontrant » que les baisses d’impôts se traduiraient par une hausse des revenus de l’État. En 2003, il lançait un vibrant témoignage en faveur des baisses d’impôts, affirmant qu’il les fallait « c’est tout ». ((La Presse, Forum, vendredi, 4 avril 2003, p. A13, Nécessaires et urgentes!)) En 2007, il a milité pour que la baisse de la TPS au Canada se traduise par des baisses d’impôts. La même année, il a appuyé la décision du gouvernement Charest d’utiliser les 700 millions $ du déséquilibre fiscal pour baisser les impôts. Et aujourd’hui, maintenant que les baisses d’impôts aux mieux-nantis ont privé l’État de la capacité à équilibrer ses comptes, il continue de prôner l’impôt minimal et des moyens régressifs d’augmenter les recettes! Pire, son Centre sur la productivité et la prospérité des HEC, qui lui sert à relayer ses idées, a reçu 6 millions de dollars directement… du ministère des Finances. Indépendance, vous dites?

Avec une telle équipe, le résultat était connu à l’avance. Le gouvernement ne veut pas se faire conseiller quant à la meilleure façon de faire son budget, non, non. Il veut se faire conforter dans des choix qui ont déjà été déterminés. C’est l’aveuglement idéologique du ministère des Finances qui le pousse à rejeter du revers de la main la seule façon véritablement logique de renflouer l’État, soit l’annulation des généreuses baisses d’impôts accordées depuis une décennie. Charest, lui, a déjà fermé la porte à cette possibilité en septembre; il a maintenant besoin du support intellectuel d’une élite financière à la pseudo-crédibilité et qui soit en mesure de préparer le terrain à des mesures régressives qui toucheront la classe moyenne et les plus pauvres.

Après une année de crise économique où les idéologues semblaient avoir appris la modestie, ces derniers sont de retour en force à nous proposer les mêmes méthodes ayant ruiné des pays et causé la crise économique. Et le pire, comme le note Pierre Dubuc, c’est qu’ils mentent à la population en comparant, par exemple, un domaine de la santé ontarien financé en partie par les municipalités à celui du Québec, entièrement géré par la province. Et ils omettent cruellement de parler du titanesque déficit ontarien de près de 25 milliards de dollars. Mais ce n’est pas grave: il faudrait tout confier au privé, tout dénationaliser, tout tarifer, et faire payer tout le monde, indépendamment de leur capacité à supporter un fardeau supplémentaire.

Un jour, des historiens noteront peut-être, avec ironie, de quelle façon la population québécoise est demeurée amorphe pendant qu’on détruisait, morceau par morceau, l’héritage de la Révolution tranquille. De jour en jour, la différence peut paraître minime, mais sur une décennie, le résultat est sans ambiguïté: moins d’impôts pour les mieux-nantis et davantage de tarifs pour les autres.

Le reste, c’est du blabla d’économistes-caniches à qui on a appris à donner la patte.


Aujourd’hui, j’ai participé à l’émission « Zone de résistance » à CISM 89,3FM. Vous pouvez l’écouter ici. Je discutais de la nécessité d’avoir un seul méga-hôpital francophone pour le Québec.