Loi 101 : le courage de Curzi
28 mars 2012

« Tout homme qui se tient debout, est le plus beau des monuments ».
-Georges Dor

C’est son testament politique que livre aujourd’hui Curzi en proposant de renforcer la Charte de la langue française. Partant du constat maintes fois démontré que le Québec est en voie d’anglicisation, il dépose à l’Assemblée nationale un projet courageux, mais qui ne s’attaque pas au cœur du problème : le surfinancement des institutions de langue anglaise.



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En effet, l’essentiel de ses propositions concerne des mesures périphériques, symboliques ou coercitives. Par exemple, Curzi modifie l’article 1, qui spécifie que le français est la langue officielle du Québec, en y ajoutant : « Et la langue commune de tous les Québécois ». C’est un ajout important, mais symbolique. Idem pour la francisation des raisons sociales, avec ajout obligatoire d’un préfixe ou suffixe dans la langue nationale. Idem pour l’article 7, qui définit le droit de tous les citoyens à l’apprentissage du français.

En soi, le symbolisme n’est pas mauvais. Toutes ces actions constituent autant de petits drapeaux qu’on plante sur notre territoire et qui signifient : « C’est chez nous ! ». Le problème, c’est que la Loi 101 est devenue essentiellement symbolique depuis qu’elle a été dépecée plus de deux cent fois, notamment par la Cour suprême du Canada. On s’obstine sur la grosseur des caractères pendant qu’on laisse de grands pans de notre nation s’angliciser en silence. Le symbolisme satisfait essentiellement les gouvernements en place parce qu’il permet d’acheter la paix auprès de la frange plus sensible de la population tout en refusant de toucher aux privilèges de la minorité anglophone.

Ceci dit, il y a plusieurs mesures intéressantes dans ce projet. Que ce soit l’obligation de communiquer dans la langue nationale avec les immigrants, la nécessité pour les employeurs de justifier leur exigence d’une langue étrangère lors d’une offre d’emploi, l’application de la Loi 101 aux entreprises de 25 à 50 employés ou l’augmentation du financement de l’OQLF, ce sont là des propositions positives, mais qui restent néanmoins très sectorisées et qui ajoutent à la complexité de notre aménagement linguistique. En plus, elles ignorent l’éléphant dans la pièce : le 1,6 milliard de dollars annuellement pour les universités de langue anglaise et le 1,5 milliard pour le méga-hôpital anglophone.

Ce projet perpétue donc l’attitude schizophrénique des Québécois qui, par toutes sortes d’entourloupettes, essaient de protéger les privilèges de leur minorité tout en faisant la promotion de la langue nationale. En utilisant une approche essentiellement bureaucratique, Curzi poursuit dans la veine d’une loi devenue coercitive parce qu’elle n’a jamais eu le courage d’être assez simple pour attaquer de front les anglophones.

La Loi 101 n’a pourtant pas besoin d’être complexe et d’impliquer nombre de contrôles et d’ajustements. Les solutions simples sont souvent les meilleures. En conclusion d’APARTHEID UNIVERSITAIRE, je propose notamment de financer les institutions de la minorité anglophone historique proportionnellement à son poids démographique.

La minorité anglophone historique – les anglophones nés ici, et y ayant donc des racines – forme 5,6% de la population québécoise. Il suffit simplement de financer ses institutions à 5,6% du budget total. Oubliez le 29% de financement des universités ou le 14% de financement des cégeps anglais. Oubliez le 45% pour le méga-hôpital. Oubliez les schémas complexes et les dérogations, oubliez la paperasse !

Aurions-nous besoin d’une Loi 101 tellement complexe si Bishop’s, McGill et la moitié de Concordia étaient francisés ? Aurions-nous besoin de faire tant des plaintes sur l’affichage si le méga-hôpital anglophone ressemblait à une petite clinique de banlieue plutôt qu’au monstre qui se construit actuellement dans la cour Glen ?

Il faut sortir des lieux communs. Notre refus de nous attaquer directement au surfinancement des institutions de langue anglaise est la cause principale de nos ennuis actuels.

Curzi est un des rares députés à avoir le courage de proposer un renforcement de la Loi 101. Si ses propositions ne s’attaquent pas encore au cœur des prérogatives léonines de notre minorité, elles jettent les bases d’un débat non plus basé sur la protection d’acquis insuffisants, mais sur la conquête de nouveaux pouvoirs permettant d’assurer le futur de notre langue.

C’est une étape fondamentale.

Quand Marois tue la Révolution tranquille
10 juin 2011

Est-ce que le message est clair cette fois-ci? Pauline Marois va tourner le dos à ses militants et tuer le projet de Loi 101 au cégep. Vous faut-il une lettre recommandée, un affidavit, un télégramme ou qu’on vous le crie en plein visage? Approchez un peu de l’écran. Plus près. Allez. Vous y êtes? Lisez: LE PARTI QUÉBÉCOIS N’EST PLUS UN PARTI AU SERVICE DE LA NATION QUÉBÉCOISE. C’est clair, maintenant?

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Un parti au service des Québécois fait passer les intérêts de la collectivité avant ceux des individus. Il reconnaît, comme l’ont montré plusieurs études, que la situation du français au Québec n’a jamais été aussi périlleuse depuis des décennies. Il prend acte du vaste sondage de l’IRFA démontrant à quel point le cégep anglais anglicise. Il s’inscrit dans une tradition de revendication de la nation québécoise pour assurer la survie de sa langue, de ses valeurs, de sa culture.

Combien de militants péquistes ai-je rencontré depuis quelques années, notamment alors que je travaillais pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal? De vrais croyants. La ligne de démarcation entre un militant péquiste et un fervent religieux était parfois bien mince; on avait beau parler des nombreuses trahisons de ce parti depuis des décennies, que ce soit le Beau Risque, le refus de l’affichage public français en 1994, le célèbre miroir de Bouchard alors que celui-ci affirmait qu’il ne pourrait plus se regarder dans celui-ci si on invalidait la loi 86, l’anglais en troisième année du primaire, la bilinguisation insidieuse des services publics, commencée sous un gouvernement péquiste, les conditions gagnantes, la gouvernance souverainiste… Rien ne pouvait même égratigner leur foi. Plusieurs m’ont même dit: cette fois-ci, avec la Loi 101 au cégep, c’est la bonne. C’est la preuve que le PQ est de retour et qu’il va agir pour lutter contre notre déclin. Mon cul oui.

Qu’on le répète une dernière fois. La Loi 101 au cégep constitue un MINIMUM. Il faudrait l’appliquer également au premier cycle universitaire, voire même davantage. La situation au Québec, actuellement, est une anomalie mondiale. Nous sommes probablement la seule nation au monde à disposer du pouvoir dans le domaine de l’éducation et à financer un réseau parallèle dans une langue étrangère, qui menace notre existence au surplus. Pire: les institutions de la minorité de langue anglaise sont largement sur-financées par rapport aux nôtres. Nous sommes les dindons de la farce. Nous finançons notre propre disparition. La Loi 101 au cégep, c’est une tentative de faire de nous un peuple NORMAL.

Révolution ou Révolte tranquille?

En tournant le dos aux efforts de ses militants, aux résolutions passées en congrès, en s’attaquant au cœur de cette seule mesure significative pour le français proposée par le Parti Québécois depuis plus de quinze ans, Pauline Marois achève d’anéantir les idéaux de la Révolution tranquille. La démission de trois icônes du parti – Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin – en est d’ailleurs symptomatique; les temps ont changé, le Parti Québécois a changé. D’une époque où la politique était très populaire, poussée par des idéaux collectivistes, permettant d’améliorer les conditions collectives de la population, nous sommes revenus à l’ère des intérêts partisans, de la petite politique. Marois observe la présence de Charest au provincial et de Harper au fédéral, et elle se dit: pourquoi ne pas suivre la même recette? Tant pis pour les idées, tant pis pour le peuple, tant pis pour l’indépendance, tant pis pour notre langue commune: le pouvoir pour le pouvoir. Si ça marche à Calgary, pourquoi pas ici aussi?

Victor Hugo écrivait:

Révolution est précisément le contraire de révolte. Toute révolution, étant un accomplissement normal, contient en elle sa légitimité, que de faux révolutionnaires déshonorent quelquefois, mais qui persiste, même souillée, qui survit, même ensanglantée. Les révolutions sortent, non d’un accident, mais de la nécessité. Une révolution est un retour du factice au réel. Elle est parce qu’il faut qu’elle soit.

En s’arrimant à la realpolitik fédéraliste centrée sur le culte de la personnalité et la subordination totale du parti aux intérêts de la seule atteinte du pouvoir, Pauline Marois œuvre à transformer la Révolution tranquille, devant être permanente, en simple Révolte tranquille. Tout ce que nos parents et grands-parents ont bâti pour être perpétuel, cette gigantesque libération d’un peuple perclus dans le petit-jeu politique d’élites se servant de son infériorisation séculaire pour atteindre le pouvoir, cette disparition du fait français qui semblait inéluctable et qu’on déplorait seulement en invoquant le libre-marché comme excuse pour ne rien faire, tout ceci a été détruit parce que c’était faux. Le retour du réel, ce fut le Québec fier de ce qu’il était, s’étant doté de règles éthiques parmi les plus avancées au monde, ayant agi pour protéger sa langue et sa culture. Ça, c’était la réalité.

Marois, en méprisant la démocratie au sein de son propre parti, en agissant d’une telle manière qu’elle met en grave danger la survie de notre langue, insulte ainsi non seulement ses militants, ses délégués, ses députés qui se sont battus pour le bien-être collectif des Québécois, mais elle renie le travail de tous ceux qui ont œuvré à la libération du peuple québécois. Elle tue la Révolution en espérant que cela lui permettra d’être couronnée.

Et ceux qui ne veulent pas la suivre dans cette édification d’un Parti Québécois en tant que simple clone du Parti Libéral, strict véhicule non plus d’idées mais du pouvoir pour le pouvoir prôné par tous ceux pour qui la politique constitue une carrière bien plus qu’une vocation, ceux qui sont encore capables de se regarder dans un miroir le matin en souhaitant faire du Québec une nation normale, ceux-là n’ont plus qu’à quitter et à attendre le moment propice pour faire avancer la nation québécoise autrement.

La Loi 101 au cégep, pour plusieurs, constituait la dernière chance accordée au Parti Québécois.

Que ceux qui n’acceptent pas de mourir en silence s’organisent et fondent un parti qui soit réellement au service de la nation québécoise. Un parti qui n’acceptera pas de sacrifier ses idéaux pour une poignée de votes.

Sinon, autant dire que le dernier demi-siècle fut une crise d’adolescence d’un peuple dont la révolte a été mâtée.

Business as usual, comme on dit de plus en plus au Québec.

Et au bureau de Pauline Marois.

La peur d’avancer
25 janvier 2011

Le Québec a peur d’avancer. Les individus, eux, bougent, s’expriment, donnent des coups dans le destin pour améliorer leur sort personnel. Chacun, individuellement, pense à son futur. Mais collectivement, tout est bloqué, toute notion d’amélioration du sort collectif des Québécois est de plus en plus évacuée du débat à grand renfort de soi-disant libertés individuelles, prônées par l’ultradroite, tous les Mathieu Bock-Côté et Éric Duhaime de ce monde, grands négationnistes des bienfaits de la Révolution tranquille. Le résultat? Il est de plus en plus difficile de prendre des décisions pour améliorer le bien-être collectif de la société québécoise et nous vivotons, sclérosés, dans l’incapacité d’adopter de nouvelles façons de protéger les valeurs qui nous sont chères.

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Par exemple, lorsque le Parti Québécois propose d’appliquer la Loi 101 au cégep, il le fait du bout des lèvres. Pas de fanfare, pas de trompettes, on en parle comme s’il s’agissait d’un changement mineur. Point 3.1f de la proposition principale du parti, au milieu d’un document faisant la vive promotion des institutions de la minorité anglophone. Même l’étude publiée aujourd’hui par Pierre Curzi – depuis quand les politiciens produisent des études; ne doit-on pas les élire pour qu’ils gouvernent? – parle de la nécessité de ne pas créer de « ghettos anglophones » dans les cégeps anglais en y augmentant l’homogénéité de leur clientèle et en s’assurant que les cégeps anglais soient véritablement destinés à la minorité anglophone historique du Québec. Autrement dit: nous appliquerons la Loi 101 au cégep, mais n’ayez crainte, les cégeps anglophones continueront d’intégrer les immigrants en anglais. Il ne faudrait tout de même pas modifier l’ordre des choses!

Ce type de pensée est tributaire d’une forme de paralysie de l’esprit propagée au sein des instances péquistes. Sous prétexte d’une realpolitik interdisant toute forme d’action affirmée pour la protection des valeurs collectives des Québécois – dont la langue française est sans aucun doute la principale – on dilue le discours jusqu’à faire de l’application de la Loi 101 au cégep une ballade dans le parc où anglophones et francophones se tiennent par la main et chantent des comptines. En voulant s’arrimer au discours ambiant propagé par une droite individualiste et désolidarisée, on fait de l’application de la Loi 101 au cégep une mesure sectorielle, avec quantité d’exceptions, et n’étant en mesure que de modifier très légèrement le rapport de force entre une langue francophone numériquement et intellectuellement déclinante et une langue anglaise s’imposant avec de plus en plus d’arrogance et de fermeté.

Pierre Dubuc explique bien les enjeux dans une véritable leçon politique qu’il a administré récemment à Jean-François Lisée:

D’un côté, il y a une politique linguistique qui découle de la Charte de la langue française et de ses deux principes fondamentaux : le français, langue officielle et le français, langue commune. De l’autre, il y a une politique linguistique qui origine de l’arrêt Ford de 1988 de la Cour suprême du Canada qui impose le principe de la « nette prédominance du français », en prenant pour référence la Charte canadienne des droits, la Charte de Trudeau.

Ce qu’explique Dubuc est très simple à comprendre: ou bien on fait véritablement du français la langue commune des Québécois, comme on le clame depuis presque trente-cinq ans, et on s’attaque réellement à ce qui permet aux anglophones de passer outre cette langue commune, ou bien on applique des mesures pusillanimes permettant de calmer les militants francophiles pendant qu’on saupoudre une généreuse quantité d’anglais un peu partout, réduisant à néant les fruits de l’application de la Loi 101 au cégep.

Il faut revenir à la base. Le jeu est celui de la survie des francophones en Amérique du Nord face à un ethnocide programmé permettant, sous prétexte d’un libre-choix faisant triompher le poids du nombre et la langue des affaires, la réduction constante du poids démographique des locuteurs de langue française en Amérique du Nord. Ou nous nous battons, ou nous disparaissons. Il ne s’agit pas d’une situation où tout le monde peut gagner ensemble. Si nous gagnons et si nous arrivons à mettre fin à la menace anglaise au Québec, les anglophones auront perdu. Et si nous perdons, c’est que les anglophones auront gagné. C’est aussi simple que cela.

Finissons-en avec le culte de la bonne-entente et des molles mesures prétendant protéger la langue française tout en respectant le « patrimoine institutionnel de la minorité anglophone ». Le patrimoine des francophones en Amérique du Nord a été maintes fois pillé, détruit, annihilé, anéanti, démoli, écrasé, pulvérisé et ruiné. De la déportation des Acadiens en 1755 jusqu’à la nuit des longs couteaux en 1982, en passant par l’interdiction des écoles françaises dans presque toutes les provinces canadiennes pendant un siècle, sans oublier l’union des deux Canada ou les crises de la conscription, les valeurs chères aux francophones ont été méprisées et foulées des pieds par ceux qui ont toujours considéré que nous n’étions dignes de vivre que dans la mesure où nous accomplissions nos tâches de laquais avec le brio de ceux qui n’ont d’autres espoirs que de plaire à leurs maîtres.

Les Québécois se sont pourtant levés à moitié dans les années soixante-dix. Ils ont tourné le dos à un libre-choix n’ayant de libre que le choix de 92,1% des allophones de choisir l’école anglaise en 1971. (( Commission Gendron, Les groupes ethniques, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, p. 218. )) Ils ont décidé que face au droit individuel d’anglophones ayant déjà assis leur pouvoir sur toute l’Amérique et s’étant assurés que leur langue était la seule digne d’être parlée dans les officines du pouvoir, il fallait imposer le droit collectif de la majorité francophone à pouvoir brimer en partie la liberté individuelle de certains pour le plus grand bien collectif.

Aujourd’hui, parce qu’on a peur, parce que tous nos médias nous enfoncent jour après jour les histoires désillusionnées d’individualités fragmentées se complaisant dans leur individualisme crasseux, nous avons perdu de vue cette vérité toute simple: il est parfois légitime de brimer la liberté d’autrui si cette liberté nuit à la collectivité. Depuis la présence de feux de circulation « brimant » les automobilistes jusqu’aux lois « brimant » les criminels, il est normal et souhaitable pour toute collectivité de briser l’inertie débilitante de ceux qui, parce qu’ils écoutent leurs désirs individuels profonds, nuisent au plus grand nombre.

Le Parti Québécois, en valorisant l’application de la Loi 101 au cégep, se situe donc dans la bonne voie pour faire primer les droits collectifs sur ceux d’individus nuisant aux valeurs de la collectivités. Cependant, en le faisant à reculons, en s’engageant plus fermement à défendre les institutions anglophones que la volonté des Québécois d’assurer la survie de leur langue, en en parlant comme d’un détail plutôt que d’une réappropriation des institutions de la toute-puissante minorité anglophone par la majorité francophone, il offre le flanc à toutes les critiques et à tous ceux qui, conscients de l’incapacité péquiste à assumer sa position jusqu’au bout, ne vont manquer d’utiliser la place publique pour clamer la sacro-sainte sainteté des droits individuels.

Un parti qui se tient debout, qui est réellement au service des Québécois, n’aurait pas peur d’assumer pleinement ses positions et s’engagerait à faire du Québec non pas une nation un peu moins colonisée et respectueuse de ses maîtres, mais plutôt une nation « normale », comme le disait Lévesque, c’est-à-dire une nation qui finance des institutions scolaires supérieures dans la langue nationale.

Le cégep français ne doit donc constituer qu’une première étape. La suivante doit consister à mettre fin au sur-financement des universités anglaises, elles qui siphonnent près de 27% des ressources universitaires pour une minorité anglophone historique de moins de 6% de la population totale.

Oui, il faut s’attaquer aux institutions anglophones. C’est le but: reprendre possession, institution par institution, de notre nation et en faire une nation aussi française que le Canada est devenu un pays anglais. Nos méthodes seront peut-être différentes, mais il s’agit de la seule finalité permettant d’offrir une chance de survie au français en Amérique du Nord. C’est notre but et nous devons l’affirmer aussi honnêtement que possible.

Cessons d’avoir peur. Cessons de ramper. Marchons la tête haute pour des institutions scolaires supérieures en français!

L’aéroport politique
23 septembre 2010

C’était la première fois que j’entrais à l’Assemblée nationale. C’était un peu comme pour l’aéroport: on arrive beaucoup en avance, on part toujours trop tard, on se fait fouiller de la tête aux pieds et on regarde bêtement les uniformes des employés, les gens et la décoration tout en cherchant les toilettes. Parti à 6h30 de Laval, arrivé à 10h30 au parlement à cause des bouchons et des travaux, j’avais un peu l’impression de souffrir du décalage horaire. Qu’à cela ne tienne, la cause valait pleinement le déplacement: l’occasion de dire à la ministre St-Pierre et à ses acolytes libéraux ce que je pense de son projet de loi 103.

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J’étais très bien entouré. La fine équipe. Impératif français, dont j’avais écrit la quasi-totalité du mémoire. Et Jean-Paul Perreault, son président, un homme dont j’admire la fougue, la détermination (ça fait trente-cinq ans qu’il se bat pour notre langue) et qui n’a pas peur d’aller au bâton et de bousculer pour faire valoir ses idées. J’étais présent pour l’épauler dans l’exhibition du mémoire de l’organisme et je dois dire que ça fut pour moi une expérience très positive.

Nous avons martelé nos points avec – j’ose croire – beaucoup d’aisance et au moyen d’arguments pouvant difficilement être réfutés. Signe de respect ou de décontenance devant la solidité de notre discours, la ministre St-Pierre n’a pas osé ou n’a pas été capable de nous coincer avec les nombreux pièges qu’elle avait tendus aux autres participants.

Bien que cette consultation ne jouit certainement pas de la visibilité de la Commission Bastarache ou des débats houleux de la période de questions, peut-être avons réussi, à tout le moins, à fournir des arguments aux opposants à cette loi… Je l’espère, et c’était avec grande joie que j’ai expliqué plus en détails certains passages du mémoire à certaines personnes d’influence.

VOIR LA VIDÉO DE NOTRE PRÉSENTATION ICI: LIEN ou LIEN ALTERNATIF (certains ont eu de la difficulté avec le premier lien) (Vous pouvez également lire le journal des débats ici: LIEN)

De la politique, moi?

Un député m’a félicité chaudement pour ma performance, une autre m’a dit que j’avais un talent naturel pour cela, un autre a parlé positivement de ma pugnacité. Ai-je si bien fait que cela? À vous de juger. Une chose est certaine, cela m’a fait goûter au pouvoir de l’art oratoire. J’avais déjà eu l’occasion de me faire les dents à diverses émissions de télévision, mais jamais n’avais-je eu le temps de bien développer mes idées comme aujourd’hui. Dans un monde idéal, cette vocation – car c’en est une – m’intéresserait probablement, même si je devais pour cela contrôler une forme d’anxiété paralytique transformant mes avant-performances en cauchemar neurologique. Le problème, c’est bel et bien qu’il ne s’agit pas d’un monde parfait. Si en Théorie, tout fonctionne pour le mieux, au Québec, la situation est plus morose.

En effet, si dans un monde idéal les discussions éclairées serviraient à trouver la vérité et le bien commun, dans celui de notre réalité, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit davantage d’un spectacle pour épater la tribune. Le parti Rouge dit Noir, le parti Bleu dit Blanc et gare au député qui déroge! On ne se mouille pas, on ne prend pas de risques. On aseptise notre discours, on le pré-mâche jusqu’à ce qu’il soit tellement facile à digérer qu’on puisse le faire avaler à n’importe qui, indépendamment de ses valeurs intrinsèques.

Si je devais faire de la politique, pourrais-je garder ma liberté de parole? La réponse est non. Je devrais calculer. Sacrifier ceci pour cela. Au PQ, par exemple, je devrais piler sur mes convictions sociales-démocrates et accepter une évolution monstrueusement lente de la question identitaire. Et si je me battais à l’intérieur du parti, comme d’autres me l’ont suggéré, je me battrais dans le vide, contre des fantômes, étant poussé vers les limites du marginal et me voyant refuser toute possibilité d’avancement. Blanc c’est Blanc, Noir c’est Noir, toi le Gris tu fermes ta gueule. Et j’aurais le choix: me la fermer et devenir un parfait apparatchik satisfait de son veston de chez Simons et ayant une « carrière » en vue, ou bien parler et en subir les conséquences.

Non, ce n’est pas la politique qui m’intéresse. Celle des idées, celle des personnalités fortes, celle des créatifs et des battants, elle n’existe plus en ce moment. On l’a tuée. On se demande souvent pourquoi il n’y a personne de charismatique et de frondeur pour remplacer Charest et Marois. C’est pourtant très simple: si un individu avait la capacité de changer les choses, il aurait été exclu de son parti depuis longtemps.

Denis Trudel et La division des troupes

J’ai rencontré Denis Trudel à la cafétéria de l’Assemblée nationale. Il venait présenter le mémoire du Mouvement Montréal français (que j’ai également écrit). Il n’était pas très content de mon dernier texte, où je me servais de lui pour exprimer une problématique du discours indépendantiste.

« Louis, tu aurais dû m’appeler et m’en jaser! » Bien sûr que je lui ai répondu, « sauf que le texte ne parle pas vraiment de toi. C’est une image, un simple exemple de ce qu’il faut modifier dans le discours indépendantiste ». Discussion franche mais agréable. Car j’adore Trudel. Sérieusement. Ce type est une bonne personne. Mais à ses yeux, comme aux yeux de beaucoup de mes détracteurs, de tels textes divisent notre mouvement.

Moi, je lui ai répondu que je n’ai qu’un seul mouvement: la langue française.

Encore une fois, comme j’avais tenté de l’exprimer dans ce texte, le problème vient, à mon avis, d’une mauvaise conception de ce qui divise ou rassemble le mouvement pour la survie du français. Ce n’est pas la critique entre militants qui divise. Non, celle-ci, à l’image de deux frères qui se chamaillent et apprennent ainsi à devenir plus fort et à se battre, nous permet de devenir plus confiants dans notre argumentaire. Cette critique permet de déterminer les faiblesses de notre discours et, véritable argumentation darwinienne, de permettre aux meilleurs arguments de détruire les plus faibles. En nous critiquant mutuellement DANS LE RESPECT, nous contribuons à rendre notre discours plus fort, voire invulnérable. C’est ainsi et seulement ainsi que nous vaincrons.

Parlant de respect, j’en ai manqué envers certaines personnes, même si c’était en réaction à leur comportement (dans la plupart des cas). Yvan Major, Luc Lapointe, Jonathan Dépot, Patrick Bourgeois, Tania Longpré, Sonya de Rosby, Philippe Leclerc. Mea culpa. Je m’excuse. Vous savez pourquoi. Je pourrais dire que pour certains c’était mérité, mais ce ne l’était pas. Ce que j’ai appris aujourd’hui en confrontant des idées abominables avec le sourire, et que je vais tenter d’appliquer dans le futur, ce n’est pas l’hypocrisie ou la violence qu’on se fait soi-même, mais la capacité à ignorer ce qui est contre-productif et à ne pas perdre de temps avec la roche qu’on cherche à mettre au pied de quiconque décide d’avancer, seul, vers la recherche de la vérité.

Peut-être que je deviens plus politique, après tout.

On a tous un avion à prendre.

Beurk?

Salle comble pour le rassemblement pour la loi 101!
11 avril 2010

La ministre Christine St-Pierre avait affirmé qu’elle voulait attendre de voir l’ampleur du rassemblement de cet après-midi, au Monument National, avant de décider s’il témoignait de l’humeur de la population quant à la nécessité d’agir pour imposer la loi 101 aux écoles non-subventionnées. Manifestement – selon ses propres règles – le Québec lui demande de bouger: c’est dans une salle comble qu’ont défilé artistes, représentants, politiciens et citoyens. Pire: il a fallu refuser l’accès à plus deux cents personnes tellement la salle débordait; en tout, on parle de plus de 1000 personnes qui se sont déplacées pour cette lecture de textes sur la loi 101.

Dès le point de presse, quelques minutes avant le début du spectacle, le président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, Mario Beaulieu, a donné le ton: « Nous ne reculerons plus; c’est assez! » Faisant écho à ces paroles, il a enflammé la foule dès le début du rassemblement, avec un discours percutant: « Ce n’est pas seulement à la loi 101 qu’on s’attaque aujourd’hui; c’est à notre existence, à notre désir de survivre dans un monde qui a besoin de la diversité de notre présence plus que jamais ». À l’image de plusieurs des invités de la journée, M. Beaulieu a demandé au gouvernement Charest d’appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées et d’en finir avec les passe-droits aux anglophones.

Le spectacle, lui-même, fut à la hauteur. Les textes, soigneusement choisis par votre humble serviteur, ont été énoncés avec une énergie que décuplait la présence de la foule, alerte, prête à scander, à crier, à applaudir chaque tirade. Entrecoupées d’interventions toutes aussi pertinentes que professionnelles d’un Denis Trudel en grande forme, c’est une véritable ode au Québec français qu’ont offert Patrice Coquereau, Danielle Proulx, Dominique Pétin, Jean-Claude Germain et plusieurs autres artistes.

Le moment fort de l’événement fut sans aucun doute le discours du député péquiste Pierre Curzi, qui a littéralement soulevé la foule avec sa verve et son appel à l’action. S’il restait une dizaine de personnes assises après sa performance éblouissante, c’était beaucoup. M. Curzi, même s’il n’a pas encore explicité sur les moyens qu’il préconise pour sauver notre langue, a vertement dénoncé le recul du français et a exigé un engagement plus ferme pour défendre la langue commune des Québécois.

Biz, du groupe Loco Locass, a délivré un vibrant plaidoyer contre La Presse et ses éditorialistes mollassons, qui tentent de nous convaincre que tout va bien Madame la marquise pendant que tous les signaux de l’usine nucléaire de notre identité sont virés au rouge. « Levez la main ceux qui sont abonnés à La Presse, a-t-il demandé. Quelques mains se sont levées. Demain matin, vous allez vous désabonner. Nous ne devons pas financer nos ennemis! » Étrange tout de même comment l’histoire se répète, alors qu’Olivar Asselin, dont plusieurs citations ont été utilisées pendant le spectacle, traitait déjà La Presse de « putain de la rue Saint-Jacques » il y a déjà un siècle. « Vous voulez lire le journal, achetez Le Devoir » a ajouté Biz, devant la foule en délire.

Seules ombres au tableau, quelques radicaux ont hué Françoise David, de Québec Solidaire, alors que celle-ci a pourtant été la seule politicienne à parler clairement d’indépendance, ce que n’ont fait ni Curzi, ni Gilles Duceppe, qui a livré, lui, un discours correct, mais sans plus. Denis Trudel a rapidement calmé le jeu: « Nous sommes tous du même côté ici ». Voilà qui avait le mérite d’être clair, ce qu’ont confirmé les applaudissements nourris des spectateurs et l’ovation qu’ils ont réservé à Mme. David à la fin de son discours. Ce sont les mêmes individus qui avaient conspué David qui ont ensuite applaudi chaudement un certain orateur qui, nonchalamment, a lu ses textes avec les mains dans les poches.

Ceci dit, ce serait manquer de respect à l’événement que de se concentrer sur la poussière dans les coins. Ce fut un rassemblement majeur, poétique, lyrique, avec l’appui d’extraits visuels percutants et une déclaration commune, lue par une Danielle Proulx devant une cinquantaine de représentants de la société civile, à la fin, qui saura coucher les barrières et réunir l’ensemble des citoyens pour une cause qui leur est chère: la défense de notre langue commune.

Dans l’histoire des grands événements du Québec français du début du vingt-unième siècle, celui-ci s’imposera comme un tournant, peut-être comme le moment où les Québécois ont cessé d’avoir peur et de se sentir coupables et où ils ont réalisé que c’est en s’unissant, malgré nos différends quant aux moyens, qu’on pourra atteindre l’objectif de protéger notre langue et d’assurer, ainsi, la continuité de l’existence du peuple québécois et sa contribution à l’enrichissement de la diversité humaine.

La balle est maintenant dans le camp de la ministre St-Pierre. Elle doit la frapper avec force, et sans hésitation.

C’est ce que le peuple québécois demande. C’est elle qui l’a affirmé.


Voir quelques photos de l’événement.
Lire certains des textes utilisés.

La langue dans nos mains
7 avril 2010

Les nouvelles statistiques sur le recul du français au Québec, dévoilées par Pierre Curzi, font état du même constat que celui que je fais souvent sur ce blogue: la situation linguistique est alarmante et si nous n’agissons pas énergiquement et rapidement, le français disparaîtra à moyenne échéance.

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Or, que propose Pierre Curzi? Rien, pour le moment. « Pierre Curzi refuse pour l’instant de se prononcer sur des idées afin de renverser la vapeur ». Rien que ça! L’homme est un des députés les plus en vu du Parti Québécois, il est hyper-populaire, il fait face au gouvernement ayant un des taux d’insatisfaction de la population le plus élevé des dernières décennies, mais il ne propose rien.

Chaque chose ne devrait-elle pas être à sa place? Je m’attends du chercheur qu’il cherche, et du politicien qu’il gère les affaires publiques. Je demande au chercheur de présenter les faits, objectivement, sans les juger, et j’exige du politicien qu’il trouve les solutions permettant d’améliorer la société. Quand un député de la trempe de Curzi s’improvise chercheur et se montre incapable de trouver des solutions aux maux qui nous affectent, il y a un problème.

Ceci dit – rendons à César ce qui lui appartient – on ne saurait assez le féliciter d’être un des seuls au PQ à prendre position fermement, dès que l’occasion se présente, pour la protection de notre langue. On en prendrait des dizaines de députés comme lui.

Des solutions

Puisqu’il ne veut pas immédiatement donner ses solutions pour enrayer l’anglicisation du Québec, voici les miennes:

1) Appliquer la loi 101 au cégep.

Entre 1987 et 2007, le nombre d’allophones passant du secondaire français au cégep anglais a plus que doublé, passant de 17,7% à 37%. Parallèlement, ceux qui sont passés du secondaire anglais au cégep français sont passés de 5,8% à 0,5%. Même recul pour les anglophones: ils étaient 52,7% à passer du secondaire français au cégep français en 1987, mais plus que 39,5% en 2007 et si 4,7% passaient du secondaire anglais au cégep français en 1987, ils n’étaient plus que 1,7% deux décennies plus tard. (( Source : Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport )) La conclusion est claire: le cégep en français n’a plus la cote. Et puisque les études préparent le travail et que le travail est un des principaux vecteurs d’intégration linguistique, il est impératif d’appliquer la loi 101 au cégep afin d’assurer une éducation en français aux nouveaux arrivants et aux anglophones récalcitrants.

2) Mettre fin au sur-financement des universités anglophones.

Actuellement, les universités anglophones reçoivent 27% des subventions normées pour une population anglophone de langue maternelle de 8,2%. Le fait de financer ces universités à trois fois la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle contribue à faire de ces institutions des pôles culturels anglophones au coeur du Québec et enlève, de la même manière, des ressources vitales à des universités francophones qui crient famine. En finançant ces universités à la hauteur du poids démographique des anglophones de langue maternelle, c’est-à-dire 8,2% du financement total, on permettrait de limiter l’influence de la culture anglophone et on augmentera le potentiel d’intégration d’universités francophones mieux financées et davantage en mesure d’offrir des services aux nouveaux arrivants.

3) Réduire l’immigration et augmenter les incitatifs à la naissance.

Le taux de fécondité des Québécoises est en forte hausse, atteignant les niveaux du début des années 80, mais nous recevons toujours plus d’immigrants. Le ratio naissances/immigration était de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année). En 2007, le ratio est tombé à 1,8. Pour un nombre de naissances semblable, nous recevons trois fois plus d’immigrants. Proportionnellement à notre population, nous recevons davantage d’immigrants que la plupart des pays développés. Pourtant, nous ne sommes qu’une province et avons ainsi plus de difficulté à les intégrer que les autres pays. Curzi avait lui-même souligné le problème: qu’attend-il pour agir et demander une baisse de l’immigration?

4) Mettre fin au bilinguisme institutionnel.

Actuellement, et quoi qu’on puisse en penser, les services gouvernementaux sont bilingues. Pire: le gouvernement communique parfois en anglais ad vitam æternam avec les nouveaux arrivants, leur lançant effectivement le message que l’anglais constituerait une langue officielle au Québec. Comment pouvons-nous espérer intégrer en français quelqu’un qui, dans toutes ses relations avec l’État, peut utiliser l’anglais? Il importe de franciser tout ce qui touche au gouvernement du Québec. Vous voulez un service, un chèque, une carte d’assurance-maladie ou un permis de conduire? Apprenez notre langue et vous l’aurez. Ça, c’est du concret.

5) Appliquer la loi 101 aux écoles non-subventionnées.

La décision de la Cour suprême, l’automne dernier, d’invalider la loi 104, qui colmatait une brèche dans la loi 101, doit être combattue avec davantage de fermeté. C’est d’une guérilla juridique dont il est question; des groupes de pression anglophones, financés par le gouvernement fédéral, utilisent les tribunaux pour s’attaquer à la volonté démocratique des Québécois d’empêcher les mieux-nantis de contourner la loi 101 en envoyant un de leurs enfants dans une école non-subventionnée. Il faut donc appliquer la loi 101 à ces écoles et se préparer à utiliser la clause dérogatoire contre toute attaque de la Cour suprême dans la futur.

Ce ne sont là que quelques solutions. On aurait pu facilement en ajouter d’autres, notamment l’abolition de la loi 86, qui officialise l’affichage bilingue, une promesse que le Parti Québécois n’a jamais tenue…

Québec vs. Cour suprême: la loi 101, notre seule voix!

Face à l’incapacité de nos élites politiques d’avoir le courage de leurs convictions, il faut s’organiser par nous-mêmes, dans la société civile.

Voilà pourquoi j’aimerais vous inviter à un grand rassemblement pour la loi 101, qui aura lieu dimanche prochain, le 11 avril, au Monument National.

Véritable Moulin à paroles de la loi 101, l’événement consistera en une lecture de textes importants sur la langue au Québec, retraçant l’évolution linguistique de notre peuple depuis la Défaite de 1760 jusqu’à nos jours. De nombreux artistes seront sur place et, puisque j’ai colligé les textes moi-même, je peux vous assurer que ce sont des morceaux d’anthologie, des portraits vivants, des photographies du Québec en son âme profonde. Venez, vous ne serez pas déçus!

Face à l’inaction de nos députés et partis politiques, à leur pusillanimité, à leur refus de prendre position et de défendre clairement nos valeurs, il est de notre devoir de prendre le relais et de les forcer, par notre engagement, à faire le travail pour quoi nous les avons élus: nous représenter et promouvoir nos valeurs, dont le français en est une des principales!

Avons-nous un autre choix?

Le Québec reçoit-il trop d’immigrants?
10 novembre 2009

Pierre Curzi pose une bonne question du bout des lèvres: le Québec reçoit-il trop d’immigrants? « Proportionnellement à la population totale du Québec, c’est trois fois plus que la France et deux fois plus que les États-Unis » note le député péquiste. Voilà une question qui mérite d’être posée.

En fait, on pourrait ajouter qu’à partir de 2010, lorsque le Québec recevra 55 000 immigrants à chaque année (sur une population estimée à 7 850 000 personnes), nous en recevrons, toujours proportionnellement à notre population, 1% de plus que l’Autriche, 15% que l’Angleterre, 18% que la Suède, 22% que la République Tchèque, 26% que la Corée du Sud et la Norvège, 83% que les Pays-Bas, 86% que les États-Unis, 104% que l’Italie, 108% que la Belgique, 111% que le Danemark, 140% que l’Allemagne, 150% que la France, 176% que la Hongrie, 189% que la Finlande, 202% que la Turquie, 391% que la Slovaquie, 539% que le Portugal, 601% que la Pologne, 1003% que le Japon et 1806% que le Mexique! (( Chiffres de la population et de l’immigration pour 2005, données de l’OCDE. Données de StatCan pour population du Québec. )) Seule une poignée de pays développés accueilleront davantage d’immigrants que le Québec.

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Source de l’image

En outre, il faut peut-être se questionner sur l’origine des immigrants. Sur le nombre total de nouveaux arrivants au Québec, près de 40,8% ne sont pas, théoriquement, d’origine latine (( J’ai utilisé les données issu de ce document; j’ai additionné le pourcentage provenant d’Asie à celui de l’Afrique sans le Maghreb )). Ce sont là des individus qui, s’ils peuvent déclarer une certaine connaissance du français (on ne leur fait pas passer de test), n’ont aucune affinité naturelle avec notre langue.

Or, comme le démontre une publication du Conseil supérieur de la langue française, le pourcentage de transferts linguistiques vers le français chez les immigrants d’influence non-latine se maintient entre 14 et 22%. En clair, sur le 40,8% d’immigrants d’origine autre que latine que nous recevons à chaque année, seulement une personne sur cinq s’intègre vers le français. C’est donc dire qu’à partir de 2010, le Québec « s’enrichira » de près de 17 920 (40,8% de 55 000, puis 80% (100%-20%) de ce nombre) nouveaux anglophones à chaque année. En une décennie, c’est davantage que la ville de Sherbrooke au complet qui vient s’installer ici et qui refuse d’apprendre notre langue! Et c’est seulement pour la portion du 40,8% de non-latins!

Dans un contexte où le taux de fécondité des Québécoises est en forte hausse (de 71 825 en 2000 à 85 900 en 2007) (( Statistique Canada, Tableau 051-00041, Composantes de l’accroissement démographique, Canada, provinces et territoires, annuel (personnes) )), il m’apparait plus que sain de se questionner sur cette hausse de l’immigration. Serait-il possible de l’arrimer à un niveau plus acceptable, comme cela se fait dans des pays n’ayant pas le même fardeau de la disparition sur nos épaules? Comme je le notais dans ce billet, le ratio naissances/immigration est passé de 4,7 en 1982 (4,7 fois plus de naissances que d’immigrants reçus en une année) à 1,8, en 2007. Pour un nombre de naissances semblable (88 580 naissances en 1982 contre 85 900 en 2007), nous recevons donc trois fois plus d’immigrants! Est-ce vraiment nécessaire? D’autant plus que l’immigration comporte ses coûts

Au-delà de cette marée montante de statistiques, il faut peut-être se poser la seule et unique question véritablement pertinente: comment peut-on espérer sauver notre langue, dans un pays étranger, dans une Amérique du Nord où nous ne sommes que 2%, si en plus on nous impose une immigration supérieure à la majorité des pays développés? Comment rivaliser, en terme d’intégration, avec l’Irlande, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Angleterre ou l’Espagne? Ce sont tous des pays souverains dont la langue commune est unanimement reconnue et où le potentiel d’intégration y est donc beaucoup plus élevé qu’au Québec. Comment exiger d’un Asiatique qui croit arriver dans un Canada anglophone qu’il se francise et nous rejoigne si d’autres pays souverains recevant une immigrant comparable connaissent eux-aussi des ratés au niveau de l’intégration?

Nous sommes un peuple ouvert, peut-être le plus ouvert au monde, mais faut-il s’ouvrir jusqu’à l’extinction? À partir de quel moment, quel seuil psychologique, quel recul inadmissible du français devra-t-on se réveiller et finalement se donner les moyens d’assurer la survie de notre langue et de nos valeurs? Nous sommes généreux, nous aimons aider les autres, mais qui aidera-t-on lorsque plus personne ne parlera notre langue ou partagera notre culture? Les quelques poussières éparpillées qu’on appelle encore Canadiens-français, hors-Québec, sont-ils d’un grand secours pour intégrer les nouveaux arrivants et leur donner le goût de participer à un destin commun? Quel service rend-on aux immigrants en les parquant dans des ghettos, faute de pouvoir les intégrer?

À quand un véritable débat sur une saine réduction du nombre d’immigrants?

Tant de questions pour un débat auquel il est mal vu de participer, dans un Québec englué dans le dogme du multiculturalisme à la canadienne…

Le mythe de l’exode francophone vers les banlieues
4 novembre 2009

Il ne se passe plus une semaine sans qu’on me répète cette incroyable fausseté: « Si Montréal s’anglicise, c’est parce que les francophones quittent l’île ». Depuis la parution d’une lettre ouverte de Pierre Curzi à ce sujet, le premier octobre, c’est même devenu l’argument numéro un de Projet Montréal pour inciter les Québécois à les appuyer. Même mon ami Carl Boileau (bravo pour son élection!) en parle longuement sur son blogue. Pour ceux qui ne veulent pas prendre de front le problème de l’anglicisation de la métropole, il s’agit d’un nouveau sésame permettant de se déresponsabiliser et de rejeter sur autrui ses propres responsabilités.

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En effet, tant Curzi que Boileau prennent le problème dans le mauvais sens. Curzi affirme que « le retour des francophones à Montréal est une condition nécessaire au renversement de l’anglicisation du coeur économique du Québec » tandis que Boileau soutient que dès « que l’on aura donné [de la quiétude, sécurité, verdure et air pur] aux Québécois francophones, on verra bien s’ils persisteront à déménager en banlieue pour y vivre entre eux, reclus du monde, dos tourné au Montréal de l’avenir ». À mon avis, il faut tout inverser: les Québécois reviendront peut-être à Montréal quand nos élites politiques auront réussi à juguler la saignée francophone et ils y réclameront les conditions de vie qu’ils ont envie d’obtenir lorsqu’ils redeviendront majoritaires à Montréal.

En vérité, toute la conception d’une ville de Montréal s’anglicisant parce que les francophones quittent pour les couronnes Nord et Sud est fausse. Comme l’explique Charles Castonguay, dans l’Aut’Journal, si on soustrait les données de l’île de Montréal à celles de la région métropolitaine de Montréal, on obtient les données pour la banlieue. Et celles-ci sont inquiétantes: entre 2001 et 2006, la population de langue d’usage française y a augmenté de 4,7%, contre 16,4% pour celle de langue anglaise! Cela invalide complètement les théories de Curzi et de Projet Montréal: en pourcentage, l’anglais progresse plus rapidement en banlieue qu’à Montréal!

Cela rejoint ce que j’avais déjà expliqué à Alexander Norris, un autre candidat de Projet Montréal: il n’y a pas de gène francophone ou anglophone privilégiant la banlieue. Les francophones ne sont pas davantage attirés par la quiétude, la sécurité, la verdure et l’air pur que les anglophones. Les anglophones ne sont pas immunisés contre la grisaille de la ville; il n’y a pas non plus de muraille de fer entre le centre-ville et la rive-sud qui empêcherait ceux-ci de déménager en banlieue. Ils le font, ils y déménagent, et les banlieues s’anglicisent rapidement.

La raison se trouve ailleurs. Ce n’est pas en culpabilisant les Québécois, ni en construisant des tramways ou des parcs, qu’on va refranciser Montréal. Croire le contraire relève du déni de la réalité le plus primaire, car c’est toute la région métropolitaine en entier qui s’anglicise.

On pourrait faire de Montréal un petit paradis de verdure, de transports en commun, d’accès au fleuve, de trains de surface, de rues piétonnes, de protection de la qualité de vie des gens que ce ne seraient pas davantage des francophones qui en profiteraient. Comme je l’écrivais ici, j’aime mieux avoir un chez-moi bien sale et dégueulasse que d’habiter dans la grosse baraque proprette de mon voisin et d’avoir à m’excuser de péter à tous les matins en me levant. Ou autrement dit: à quoi bon faire de Montréal un paradis d’urbanisme s’il n’y a plus de Québécois pour en profiter?

La solution sera politique

Une des meilleures réponses aux théories de Curzi et de Projet Montréal, outre de démontrer statistiquement leurs faussetés, a été écrite par Caroline Moreno.

L’anglicisation de Montréal, cher [monsieur Curzi], vient en partie du fait que nous surfinançons honteusement les institutions de langue anglaise. Peut-être n’êtes-vous pas au courant, mais votre parti se montre favorable à la construction d’un mégacentre hospitalier pour les Anglais afin qu’ils puissent continuer à faire bande à part. Et tandis que l’UQAM croule sous les dettes, les cégeps et universités de langue anglaise prennent de l’expansion.

Voilà des arguments beaucoup plus percutants. Comment espère-t-on refranciser Montréal quand les universités anglophones, dont McGill et Concordia, reçoivent 27% du financement pour une population anglophone de souche de 8,2%? Comment croit-on donner le goût aux immigrants de s’intégrer en français quand on construit deux méga-hôpitaux de 1,5 milliards de dollars; un pour une population de 8,2%, l’autre pour la balance des citoyens?

La solution sera politique ou ne sera pas: il faut avoir le courage d’exiger un financement adéquat des institutions québécoises à Montréal. Faire porter le blâme aux familles pour l’incapacité des politiciens à avoir les couilles nécessaires pour s’attaquer à une minorité ultra-choyée relève d’une irresponsabilité innommable.

Or, en évacuant toute forme de projet politique pouvant « nous diviser », comme me le déclarait Étienne Coutu, candidat défait de Projet Montréal dans Outremont, sur Facebook, on empêche les changements nécessaires permettant de redonner un visage francophone à Montréal. Il est peut-être temps d’arrêter de se gargariser de multiculturalisme, d’unions entre anglophones, allophones et francophones, et de prendre conscience d’une réalité toute simple: dans un contexte où nous ne représentons que 2% de l’Amérique du Nord, nous sommes vulnérables à toute union directe avec une langue qui, historiquement, nous a infériorisé. Bref, ce n’est pas en faisant une union entre la poule et le renard ou entre la brebis et le loup qu’on permettra de prendre les difficiles décisions pour sauver le français à Montréal.

Il faut développer un rapport de force

N’en déplaise à certaines personnes d’une génération Passe-Partout où tout le monde se tient par la main et fait une ronde, nous sommes dans une situation de rapport de force. Nous avons le choix entre ne rien faire et blâmer les familles tout en construisant des tramways et des parcs dans un consensus montréalais ne modifiant en rien l’équilibre des forces, ou de réagir et de proposer des politiques agressives pour le français, tant au niveau provincial que municipal. Projet Montréal et les autres partis municipaux ne peuvent pas continuer de se cacher en disant que la langue ne constitue pas un enjeu municipal; la protection de notre langue commune est l’affaire de tous, et ça commence par un maire et un parti qui respectent le caractère francophone de notre métropole.

Montréal, c’est notre ville. Et ses banlieues, ce sont nos banlieues. Qu’on arrête un peu de nous culpabiliser et de nous demander de demeurer dans une ville où on a de la difficulté à se faire comprendre, et qu’on nous donne plutôt le goût de faire des enfants ici, et d’intégrer ici, en français, les nombreux immigrants que nous recevons. Qu’on nous donne des institutions francophones bien financées nous incitant à nous épanouir ici.

Car au rythme où vont les choses, quelle sera la prochaine étape? Quand Laval et Longueuil seront devenues anglophones, y proposera-t-on des tramways pour inciter les francophones à cesser de s’exiler vers les régions?

Il faut que ça cesse. À quand des politiciens responsables osant s’attaquer aux privilèges de la minorité anglophone et combattant de front le véritable problème: la perte de vitalité du français à l’échelle du Québec et l’anglicisation de TOUTE la région métropolitaine? À quand une loi 101 avec des dents et la fin du surfinancement des institutions anglophones? À quand des élus municipaux osant prendre des mesures originales, dans les limites de leurs pouvoirs, pour refranciser notre ville, quartier par quartier?

Et si le vingt-unième siècle constituait autre chose que de l’environnement et de l’urbanisme? Et si on osait remettre le profond malaise identitaire québécois à l’ordre du jour?