Les intérêts de Sarkozy
19 octobre 2008

Quel petit peuple nous sommes, non? Je revois encore cette conférence de presse caricaturale de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent saluer ceux qu’il considère sûrement comme de loyaux sujets, où ce dernier ventait les mérites d’un Canada uni et s’en prenait presque aux journalistes pour leurs questions un peu trop pointues. Cet homme est une vraie contrefaçon de marionnette de cirque. On le regarde et on se plaît à s’imaginer qu’un tel fantoche aux mains de l’artiste aurait eu l’air trop grossier pour être présenté devant public.

Néanmoins, le simpliste personnage possède une certaine intelligence. Il est un très bon ami de Paul Desmarais, après tout, ce milliardaire trempé dans le pétrole albertain (et possédant La Presse, entre autres) et dont il affirme que ce dernier l’a aidé à se faire élire président de la République française: « Si je suis aujourd’hui président de la République, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Il sait où sont ses intérêts et ceux de ses amis. Car si l’affaiblissement de ce qu’il reste du mouvement souverainiste (merci madame Marois!) risque de profiter aux Conservateurs et donc à la Power Corporation de Desmarais, il y a d’autres intérêts en jeu.

En effet, comme le note Parizeau, il y a la question du nucléaire derrière tout ceci. Et bizarrement, le lendemain de l’intervention de Parizeau sortait cette nouvelle d’une possible privatisation partielle d’Énergie Atomique du Canada Limitée (EACL).

Mais que manque-t-il donc au puzzle pour que tout s’explique?

Réponse: Areva.

Cette compagnie, numéro un mondial de la production nucléaire et contrôlée à près de 95% par l’État français, se place en bonne position pour obtenir le contrat du nucléaire au Canada. En outre, Sarkozy essaie de la fusionner avec Alstom et Bouygues pour en faire un véritable colosse qui serait plus à même d’obtenir des contrats à l’étranger, dont au Canada. Et au fait, qui est le directeur d’Areva Canada? Armand Laferrère, qui outre le fait d’être un lobbyiste pro-israélien est un ancien conseiller du président Sarkozy et a déjà signifié l’intérêt de sa firme de devenir actionnaire de EACL.

Et que se passe-t-il donc par la suite? Hé oui! Sarkozy, qui contrôle de fait Areva, vient faire un beau discours sur l’unité nationale permettant à Stephen Harper de se mettre en valeur (et ainsi donner un coup de pouce aux entreprises de Paul Desmarais qui profitent du boom pétrolier albertain) et deux jours plus tard on confirme que AECL risque d’être partiellement privatisée.

La suite de l’histoire pour bientôt: Areva va devenir actionnaire de EACL.

Tout va pour le mieux dans le monde des puissants et pendant que nous nous obstinons à savoir comment redistribuer ce qu’il reste de notre maigre tarte, nous attaquant les uns les autres, eux ils se sauvent avec notre richesse collective et se la sépare entre copains.

Ce sont des gens comme ceux-là qui font que le monde va aussi mal.

AJOUT:Pendant ce temps, je rêve d’un grand chef pour le Parti Québécois, un qui est capable de se lever debout et de dire « Sarkozy, mêle-toi de tes affaires vieux bouc! » au lieu de faire le dos rond et de s’avilir à vouloir démontrer que l’indépendance du Québec (dont elle ne parle plus du tout) serait un projet inclusif (mot vide) et non pas une simple division (concept vide). Je l’ai déjà écrit et je le répète: Pauline Marois fait partie du problème au PQ, pas de la solution.

Harper à la défense du « consumateur »
28 septembre 2008

C’est la blague de la semaine: Stephen Harper qui prétend vouloir jouer le rôle de défenseur du consommateur. Mais où était-il depuis deux ans, alors que les prix de l’essence à la pompe augmentaient drastiquement pendant que les compagnies pétrolières canadiennes faisaient des profits records, quasi-indécents?

Voici le bénéfice net des principales compagnies pétrolières canadiennes pour 2007 (en millions de dollars).

EnCana Corp 4251
Husky Energy Inc 3214
Imperial Oil Ltd 3188
Suncor Energy Inc 2832
Petro-Canada 2733
Canadian Natural Resources Ltd 2608
Talisman Energy Inc 2078
TransCanada Corp 1223
Nexen Inc 1086
Enbridge Inc 707

Mais qu’a donc fait M. Harper, cet ex-employé de la Imperial Oil, pour soulager le consommateur et empêcher qu’une telle appropriation de la richesse collective par une minorité ne mine notre croissance économique et appauvrisse la classe moyenne? Rien. En fait, pire que rien.

En effet, lors de l’énoncé budgétaire de Jim Flaherty, le 31 octobre 2007, le Parti Conservateur a fait baisser le taux d’imposition des plus grosses compagnies de 22% à 15%, privant ainsi le gouvernement de plusieurs dizaines de milliards $ (jusqu’à 50 milliards, selon le NPD). Et ça, c’était moins d’un an et demi après avoir tenté de nommer Gwyn Morgan, ancien président de la société EnCana, à la tête de sa nouvelle commission des nominations (heureusement, cette nomination a été bloquée par les partis d’opposition… aurions-nous eu cette chance avec un gouvernement conservateur majoritaire?) Un mois et demi plus tard, Harper remettait ça, en faisant un cadeau de 150 millions $ à Encana, en lui remettant les frais de douanes pour sa nouvelle plate-forme pétrolière.

Il faudrait peut-être inventer un néologisme pour qualifier l’attitude de M. Harper. Pourquoi ne pas le qualifier de protecteur du « consumateur »? Les citoyens voient leur paie se consumer, partir en fumée à chaque visite à la pompe, mais heureusement, M. Harper est là pour protéger ceux qui sont responsables de cette escroquerie. Un peu comme si on appelait la police pour se plaindre d’un vol et que celle-ci se contentait de superviser les voleurs tout en leur disant « vous êtes méchants » au même moment où elle encaisse un petit brun dès qu’on a le dos tourné. La belle affaire…

En fait, au Parti Conservateur, on aime s’attaquer aux dangereux voleurs. Tiens, par exemple, ces artistes, dont le salaire moyen est de 23 500$ par année et qui osent réclamer des subventions pour contribuer à la vivacité culturelle et économique du pays. Ce sont eux les voleurs selon Harper. Pas Randall K. Eresman, président de Encana, qui gagne 3,8 millions par année. Ni même C. S. Lau, président de Husky Energy, qui se tape un 5,5 millions annuellement. Et encore moins Richard L. George, de Suncor Energy, qui reçoit 2,9 millions par an. Surtout pas Tim Hearn (Imperial Oil; 2,2 M), Ron A. Brenneman (Petro-Canada; 2,8 M), Steve W. Laut (Canadian Natural Resources; 1,1 M), Harold N. Kvisle (TransCanada Corp.; 2,7 M), Charlie Fischer (Nexen Inc.; 1,3 M) ou Patrick D. Daniel (Enbridge; 2,7 M). Non, non, non. Eux, ce sont des entrepreneurs. C’est à dire qu’ils crossent le monde mais qu’on doit récompenser leur ingéniosité à crosser le monde. On doit admirer leur talent à s’offrir un premier ministre clef-en-main qui les aide à augmenter leurs profits tout en s’assurant qu’ils pourront continuer à voler la population.

Pourtant, eux aussi ont reçu des subventions par le passé. Même si le Parti Conservateur est le pire, les précédents gouvernements (dont ceux du Parti Libéral, à peine moins à droite que le Parti Conservateur sur le plan économique) n’ont pas été en reste. En fait, c’est près de 66 milliards de dollars en aide directe que le gouvernement fédéral a donné en subventions à l’industrie pétrolière albertaine depuis une trentaine d’années.

Excusez ma naïveté, mais normalement, une subvention doit rapporter, à quelque part. Ça n’a pas besoin d’être immédiat ou facilement calculable, mais on doit en avoir pour son argent. Et ce n’est pas le cas. On a financé l’industrie des sables bitumineux avec nos impôts, et aujourd’hui celle-ci s’en met plein les poches et le gouvernement albertain en tire une des redevances les plus faibles du monde. Et quel rabais à la pompe? Zéro. Niet. Que le pétrole vienne du bout du monde ou de Saskatchewan, on n’y voit absolument aucune différence.

Mais pendant ce temps, on s’en prend aux artistes, eux qui créent quelque chose dont nous sommes fiers, ces hérauts modernes de notre culture et de notre langue. On s’en prend aux syndiqués, à la classe moyenne, aux plus pauvres, aux jeunes, aux homosexuels… C’est tellement plus facile de s’en prendre aux plus faibles, ceux qui n’ont pas de puissantes compagnies pour les protéger et qui n’ont pas les moyens « d’oublier » des enveloppes dans le bureau de responsables du Parti Conservateur…

Et vous voulez ce gouvernement-là majoritaire pour les prochains quatre ans?

Que j’en vois pas un se plaindre du prix de l’essence. Pas un!

Un billet en cinq minutes
25 juin 2008

Je pars travailler dans cinq minutes chrono. Que puis-je écrire dans ce laps de temps? Prêt, c’est un départ! 10h03.

Deux sujets aujourd’hui: la fête nationale au Parc Maisonneuve et la lutte aux spéculateurs du pétrole aux États-Unis.

Au sujet de la fête d’hier soir; Gab et moi l’avons écouté au complet à la télévision. Heureusement qu’il y avait Normand Brathwaite pour animer; il était franchement meilleur que Lemay-Thivierge la veille à Québec. Et Loco Locass a littéralement volé le spectacle. Tous les autres avaient l’air d’avoir les pieds dans le ciment et à chaque fois que le groupe se présentait sur scène c’était une véritable déferlante de drapeaux, d’énergie, une vague bleue et blanche emportant tout avec elle.

J’avais sérieusement critiqué la décision du groupe de participer à une Saint-Jean privée avec les Cowboys-Fringants en 2005, où il fallait payer pour participer, mais cette fois-ci ils se sont rattrapés d’une manière grandiose. Bravo!

Mon autre sujet: les États-Unis parlent de mettre des limites aux spéculateurs dans le domaine du pétrole. On veut limiter l’accès des hedge funds, réduire la possibilité d’utiliser des marges et augmenter le besoin de liquidités. Et il se trouve même des clowns (comment les appeler autrement?) qui disent qu’avec ça on ferait baisser le coût du pétrole de moitié!

Bon, soyons sérieux. Il est aussi utile de réduire la spéculation sur le pétrole que de mettre un petit bandage sur un cancer généralisé. Avec le pic pétrolier, les prix continueront d’augmenter, passant le 200$, le 250$, puis le 300$ le baril. Il n’y a rien à faire contre ça: la demande est en voie de dépasser l’offre et aucune loi, aucune limite contre les spéculateurs n’y changera quoi que ce soit.

On cherche seulement une cible facile pour détourner l’attention des incroyables enjeux qui s’en viennent.

10h08. Je pars. Bonne journée à tous!

Le (vrai) cartel
13 juin 2008

Un petit coup de pied au derrière de nos amis adeptes des coà¯ncidences (c’est-à -dire ceux qui ne croient jamais à un complot sous quelque forme que ce soit): on vient de mettre à jour un complot pour fixer les prix de l’essence en Estrie. Le seul problème, c’est qu’on ne touche pas aux vrais cartels.

Les vrais cartels, ce sont les grosses pétrolières, qui fixent les prix à grande échelle. Ils ont toujours l’excuse facile de dire qu’ils s’approvisionnent aux mêmes sources, mais pourquoi doivent-elles faire exactement le même profit et refusent-elles de se faire compétition?

à€ mon avis, c’est le gouvernement qui est à blâmer. C’est lui seul qui a les moyens d’agir. Non seulement en empêchant cette collusion des prix, mais également en éliminant la loi qui fixe un prix plancher et qui empêche les guerres de prix si bénéfiques pour le consommateur (je me souviens d’avoir vu l’essence à 0,19$ le litre en 1999 durant une de ces saines compétitions).

Malheureusement, le gouvernement défend la loi en disant qu’elle protège les petits commerçants. C’est vrai, mais qui est le plus important: les petits commerçants ou nous, le gros de la population?

En vérité, ça prendrait des couilles. Nous sommes le pays avec les deuxièmes plus grandes réserves de pétrole de la planète. Ne pourrions-nous pas nous inspirer du Vénézuela, par exemple, où l’essence coûte moins de 0,05$ le litre? N’ayons pas peur des grands moyens: nous sommes le seul pays producteur au monde qui n’a pas le moindre contrà´le sur sa ressource. Il est plus que temps que remédier à cela en nationalisant le pétrole, comme le recommande l’économiste Léo-Paul Lauzon, et en assurant un prix modeste et stable profitant à l’ensemble des citoyens.

Attention, l’idée n’est pas de gaspiller. Si on désire que le pétrole coûte un certain montant pour éviter le gaspillage, c’est correct. Si la production du litre nous coûte 0,30$, on peut le vendre à 1$; l’idée est d’en finir avec les fluctuations quotidiennes et de permettre aux profits engendrés de rester au pays. Bref, tout comme Hydro-Québec et la SAQ redonnent des millions et des milliards $ au gouvernement, une énergie pétrolière nationalisée en ferait de même.

Ce blogueur a bien raison:

Il est évident qu’il faut nationaliser le pétrole parce qu’actuellement ce qui se passe au Canada c’est que les étrangers pompent le pétrole de notre sol pour nous le revendre à gros prix. En plus de nous faire croire qu’ils doivent en importer parce qu’ils ne suffissent pas à la demande. Foutaise! Si la gestion du parc pétrolier était bien faite, le Canada serait un pays auto-suffisant en pétrole et pourrait carrément se foutre du prix du baril de pétrole qui ne finit plus de monter. C’est la situation qui se passe au Vénézuela, un tout petit pays, dont le Canada devrait prendre modèle cà´té pétrolier.

Car tant qu’à avoir un cartel en place, autant qu’il soit public et retourne ses profits à la collectivité.

Et pour ceux qui croient qu’on peut agir sur les pétrolières en organisant un boycott, voici ce qu’en pense Le Satellite Voyageur:

[…] ce n’est pas la pétrolière qui va le plus payer, mais les détaillants. De toute façon, pendant qu’on en boycotterait une, y en aurait cinq autres qui se gargariseraient avec notre argent.

Ce n’est donc pas seulement Esso, Pétro-Canada, ou Ultramar. C’est un système complexe de collusion qui fixe les prix. Le pétrole, nous en avons besoin. Le boycotter, c’est nous boycotter. Boycotter tout notre mode de vie, notre alimentation, notre travail, nos institutions. Ça ne mènerait nulle part. C’est au politique d’agir; nos élus doivent nous représenter et agir dans notre intérêt.

Ainsi, c’est au gouvernement de choisir: ou bien il agit pour mettre fin à la collusion systématique des grandes pétrolières, ou bien il crée son propre monopole qui agira dans l’intérêt de tous. Le pétrole est une ressource trop vitale, trop importance, trop capitale pour être laissée dans les mains du secteur privée. Il est plus que temps de se réapproprier cette ressource.

Lire: Vol à la pompe

USA-Chine: mieux comprendre
2 mai 2008

L’aut’journal vient de publier un nouveau texte de Chossudovsky qui explique à merveille les enjeux stratégiques du conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

Quelques extraits:

La Chine n’est pas un modèle des droits de l’homme, mais pas plus que les États-Unis et son indéfectible allié britannique, coupables de crimes de guerre et de violations considérables contre les droits de la personne en Irak et dans le monde entier.

[…]

Dans le contexte de ses plans de guerre contre l’Iran, les États-Unis ont aussi l’intention d’affaiblir les alliés de ce pays, à savoir la Russie et la Chine. Dans le cas de la Chine, Washington cherche à bouleverser les liens bilatéraux entre Beijing et Téhéran, de même que le rapprochement de l’Iran avec la SCO, dont le siège se trouve à Beijing.

[…]

La Chine est encerclée. L’armée étatsunienne est présente dans le Sud de la Mer de Chine et dans le Détroit de Taïwan, dans la Péninsule coréenne et en Mer du Japon, ainsi qu’au cœur de l’Asie Centrale et sur la frontière ouest du Xinjiang, la région autonome Ouïgour de Chine. En outre, dans le cadre de l’encerclement de la Chine, « le Japon s’est peu à peu amalgamé en harmonisant sa politique militaire avec celle des États-Unis et de l’OTAN. »

[…]

Les événement de Lhassa à la mi-mars ne sont pas un mouvement protestataire « pacifique » spontané, comme l’ont décrit les médias occidentaux. Ces émeutes, impliquant une bande de gangsters, ont été préméditées. Elles ont été soigneusement organisées. En Inde, des activistes tibétains associées au gouvernement du Dalaï Lama en exil ont laissé entendre qu’ils s’attendaient en effet à les troubles. Mais ils refusent de préciser comment ils le savaient ni qui étaient leurs collaborateurs. »

[…]

La torche olympique a été allumée lors d’une cérémonie en Grèce, qui a été perturbée par « des militants pro-Tibet. » L’événement était parrainé par « Reporters sans Frontières, » une organisation dont les liens avec les services de renseignement étatsunien sont bien connus. La flamme olympique est un symbole. L’opération psychologique (PsyOp) consiste à prendre pour cible la flamme olympique dans les mois précédants les jeux olympiques de Beijing.

(Lire à ce sujet).

Un texte très intéressant et important à lire pour quiconque veut mieux comprendre le conflit larvé entre la Chine et les États-Unis.

Kosovo: la finalité du mensonge
17 février 2008

Je m’en rappelle comme si c’était hier. Céline Galipeau, pleurant presque à la télévision, devant de longues files d’albanophones kosovars, soi-disant victimes d’une épuration ethnique et que la « communauté internationale » allait sauver. Cette pauvre Céline Galipeau, victime et complice d’une terrible opération de désinformation qui allait permettre aux États-Unis de « libérer » le Kosovo non pas pour lui donner la « liberté » mais pour mieux l’asservir et s’en servir comme d’une colonie-tampon entre les réserves de pétroles de la mer Caspienne et les marchés donnant sur l’Adriatique…

En effet, à la fin des années 90, on a un (long) moment cru que les réserves de pétrole de la Caspienne étaient supérieures à celle de l’Irak et peut-être même de l’Arabie Saoudite. Mais le problème, pour les États-Unis, était que les Russes pouvaient avoir accès facilement à ce pétrole, alors qu’aucun pays « ami » de l’Oncle Sam ne permettait d’acheminer le pétrole vers l’Occident. Et c’est là que le Kosovo devenait important: il était le lien entre la production et la distribution de pétrole.

Ainsi, tout comme ce fut le cas en Afghanistan, les services secrets américains se sont alliés avec les intégristes musulmans afin de créer des troubles; une subversion créée de toutes pièces. Ils ont commencé à s’attaquer à la minorité serbe de la province, brûlant des églises, violant des femmes et des enfants, tuant des vieillards. Ils ont fait régner la terreur afin d’entraîner la Serbie dans le piège-à-con. Et elle y est tombée! Car Slobodan Milosevic, comme tout bon président (élu démocratiquement) de n’importe quel pays, se doit de faire respecter l’ordre et de protéger sa population. Ainsi, il a dû envoyer des renforts pour faire cesser les troubles, ce qui a par la suite permis aux États-Unis de déclencher une guerre… qui elle seule fut responsable de l’exil des Kosovars, Serbes et Albanophones!

Avec le recul, on peut facilement affirmer que la guerre du Kosovo fut la plus grande opération de désinformation depuis la seconde guerre mondiale (mais tout de même dépassée par le 11 septembre 2001)!

Et maintenant, maintenant quoi? On a un nouveau soi-disant pays, appuyé par ceux qui ont financé les terroristes (les États-Unis) et présidé par un ancien terroriste, et dont la seule existence est une aberration culturelle et ethnique, un énième découpage d’une région déjà beaucoup trop morcelée.

Et pendant ce temps, un pays qui devrait exister depuis longtemps et a toutes les raisons d’exister, n’existera probablement jamais puisque même la cheffe du parti soi-disant indépendantiste a trahi son peuple, sa culture et sa langue…

À lire, ou à relire:

Le Kosovo, un otage de plus dans la guerre du pétrole
Kosovo ‘freedom fighters’ financed by organized crime
Démantèlement de la Yougoslavie
The Albanian Connection
Washington finance la guerre ethnique dans les Balkans

Pour mieux comprendre les guerres de Yougoslavie:

Emperor’s Clothes Articles on Yugoslavia

Une expérience qui a échoué
16 octobre 2007

« Vers le milieu du vingtième siècle, posséder une voiture était devenu un prérequis pour une citoyenneté de première classe aux États-Unis. Il était assumé que chaque adulte allait posséder une voiture et l’utiliser constamment pour les tâches les plus mondaines – aller au travail, aller manger, acheter de l’aspirine – et aussi pour quelques activités sacrées comme aller à l’église ou faire l’amour. L’environnement de tous les jours que l’Amérique a construit après la seconde Guerre Mondiale pour accomoder ce régime constituait une cassure radicale face aux traditions du design civique, avec tout ce qu’accompagne le douloureux cheminement d’essais-erreurs de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, ce que nous appelons la culture acquise. Tout ceci a été jeté aux ordures. Le nouvel environnement a été conçu principalement pour les motoristes. […] Le problème est qu’on ne peut plus se permettre cet arrangement urbain. L’habitat humain centré sur la voiture, dominé par la voiture, peut maintenant être considéré – tout comme l’économie léniniste – comme une expérience qui a échoué. »

Home from Nowhere: Remaking Our Everyday World for the 21st Century, James Howard Kunstler, Touchstone, 1996, p. 59.

À méditer
5 octobre 2007

Je suis en train de lire un autre livre très intéressant, dont je traduis un court passage ci-dessous:

Qu’y a-t-il de si spécial avec les énergies fossiles de toute façon?

Les énergies fossiles sont une conséquence unique de l’histoire géologique qui permet aux êtres humains d’étendre artificiellement et temporairement la capacité de leur habitat à les supporter. Avant que les énergies fossiles – en les nommant: charbon, pétrole et gas naturel – soient largement utilisées, moins de un milliard d’êtres humains habitaient cette planète. Aujourd’hui, après plus ou moins deux cent ans d’énergies fossiles, et avec un taux d’extraction maintenant à un taux record qui ne sera plus jamais égalé, la planète supporte six milliards et demi de gens. Soustrayez les énergies fossiles et la race humaine a un sérieux problème. Le bonanza de l’énergie fossile était un deal qui n’arrive qu’une seule fois et l’intervalle où nous en avons joui était une période anormale de l’histoire humaine. Celle-ci a duré assez longtemps pour que les gens qui vivent maintenant dans une ère industriellement très avancée la considère comme la norme. Les énergies fossiles ont apporté à chaque personne dans un pays industrialisé l’équivalent d’avoir des centaines d’esclaves constamment à sa disposition. Nous sommes maintenant incapable d’imaginer la vie sans eux – ou penser selon un modèle socioéconomique différent – et ainsi nous ne sommes pas préparés pour ce qui s’en vient. ((James Howard Kunstler, The Long Emergency, Atlantic Monthly Press, New York, 2005, p. 30-31.))

En clair, la théorie de Kunstler est la suivante: notre mode de vie est profondément mésadapté pour faire face à la crise énergétique à venir. Les banlieues sont la pire allocation de ressources de l’histoire de l’humanité et ce mode de vie va disparaître car c’est seulement à cause du pétrole à bas prix qu’il a pu exister.

De la même façon, ce sont les engrais chimiques à base de pétrole, et tous les engins agricoles fonctionnant à l’essence qui sont à la base de la croissance exponentielle de la population depuis un demi-siècle, et avec la fin du pétrole à bas prix on verra aussi la disparition progressive de l’agriculture intensive permettant de nourrir une quantité importante de gens avec seulement quelques « employés ». On reviendra à un modèle plus local, permettant de nourrir moins de gens, et ainsi on se retrouvera avec quelques milliards d’humains en trop.

Et que fait-on avec ces humains? Simple: les guerres pour le contrôle des dernières ressources de pétrole et le chaos social résultant d’une baisse de la richesse globale devrait, à terme, les éliminer d’eux-mêmes.

Pour ceux qui aiment les histoires assez noires et qui empêchent de bien dormir la nuit, je vous conseille ce livre. Pour ceux qui préfèrent croire que tout va bien et qu’on trouvera sûrement un moyen magique de faire face au problème en temps et lieu, je crois qu’il est temps de regarder les choses autrement et de constater que si la situation ne sera pas à ce point dramatique, des temps durs s’en viennent néanmoins.<a

L’indépendance face au pic pétrolier
2 octobre 2007

Pendant que le PQ de Pauline Marois semble revenu au point zéro de la tergiversation et des sempiternelles « conditions gagnantes » (une formule qu’on a remplacée par le soi-disant don de clairvoyance de Mme. Marois pour comprendre le juste moment où la population québécoise serait fin prête à voter pour l’indépendance), et que le Parti Québécois semble s’enliser dans de nouvelles luttes électorales vaines ne menant pas à l’indépendance nationale – soi-disant l’article premier du parti – une nouvelle dynamique se met en place et les analyses du parti feraient bien de s’y consacrer: le pic pétrolier.

Comme j’écrivais dans Demain la crise?, la croissance exponentielle de la demande mondiale de pétrole et l’incapacité chronique à répondre à cette demande propulsera bientôt le prix du baril de pétrole à des sommets inégalés. Dans ce contexte, les pays détenant le pétrole auront un avantage GÉANT sur ceux qui n’en ont pas. Et le Canada en a du pétrole. Et beaucoup.

En effet, le Canada est maintenant le deuxième pays du monde quant aux réserves de pétrole, avec 179 milliards de barils en réserve (contre 250 milliards pour l’Arabie Saoudite, un chiffre qui pourrait être largement gonflé par le régime en place), dont 175 milliards viennent des sables bitumineux de l’Alberta. ((Oil and Gas Journal, Décembre 2004))

Jusqu’à tout récemment, ces réserves n’étaient pas comptabilisées, car avec un pétrole à 10-20$ le baril il n’était pas rentable de les exploiter. Désormais, avec un pétrole qui vogue allègrement vers les 100$ le baril, ces sables bitumineux se révèlent une source de profit inestimable pour le pays, et ce même si les redevances à l’État au Canada sont parmi les plus basses du monde.

Concrètement, l’Alberta, et par ricochet le Canada tout entier, vont s’enrichir considérablement grâce à la flambée du prix du pétrole.

Maintenant, comment convaincre les Québécois de la nécessité de se séparer si ce faisant nous nous privons de tous ces revenus qui mettront le pays à l’abri des pires conséquences de la crise économique qui découlera de l’effondrement économique découlant du pic pétrolier? Voilà un problème plus que primordial, car pour la majorité des gens ce ne sont pas des questions de culture, de langue ou de fierté d’avoir un drapeau à l’ONU qui les intéressent: ils veulent savoir s’ils seront plus riches ou non dans un pays souverain.

Évidemment, le Québec n’est pas démuni: notre hydro-électricité nous garantie des avantages sur d’autres pays qui n’ont pas de pétrole et en plus doivent s’en procurer pour faire fonctionner des centrales électriques. Mais la timidité de tous les gouvernants depuis une quinzaine d’années et leur refus de construire de nouvelles centrales nuisent à nos chances de pouvoir prospérer en vendant cette électricité à des États du nord-est des États-Unis qui sont en manque d’énergie abordable.

Bref, le Québec ne serait pas dans une situation désespérée en tant que pays indépendant, mais il ne disposerait pas des revenus que peut procurer la manne pétrolière actuelle (et future). Et si on demandait clairement aux gens ce qu’ils choisiraient entre un drapeau du Québec à l’ONU et une plus grande prospérité dans le contexte canadien actuel, il y a fort à parier qu’ils choisiront la seconde option.

Encore faudrait-il que le Canada se dote de politiques sociales et économiques permettant une redistribution optimale des revenus du pétrole albertain afin que tous puissent en profiter, et pas seulement les Albertains ou les plus nantis.

Voilà de la matière à réfléchir pour le Parti Québécois. Car c’est bien beau de rouler sa bosse pendant trente ans sur les espoirs (déçus) des gens, il arrive parfois un moment où même ceux-ci ne sont plus assez puissants pour opposer une autre réalité à l’inéparable lutte pour la survie quotidienne de ceux qui ne veulent surtout pas perdre leurs acquis.

Demain, la crise?
26 septembre 2007

Je suis en train de lire un livre très intéressant: The Coming Economic Collapse, de Stephen Leeb. ((The Coming Economic Collapse, Stephen Leeb, Warner Business Books, 2006, 211 pages.)) Ce qui est intéressant dans cette oeuvre, c’est que c’est un ouvrage grand-public, destiné à la fois au citoyen lambda et à l’investisseur financier, et que c’est écrit par un auteur qui a une certaine crédibilité: il avait auparavant prévu le boom financier des années 90, puis la débâcle des technos en 2000, et si sa proposition d’un baril de pétrole à 100$ dans son livre The Oil Factor, publié en 2004, avait bien fait rire au début, on constate de plus en plus qu’il a du flair.

Dans « The Coming Economic Collapse », Leeb base son analyse notamment sur la théorie de l’effondrement des sociétés complexes de Tainter, qui a écrit le livre The Collapse of Complex Societies et qui démontre de quelle façon c’est la perte de ressources énergétiques capitales et l’incapacité des élites à modifier la société pour faire face à ce manque qui sont à la base de la chute d’une civilisation.

Pour résumer cette théorie, plus une société évolue et se complexifie, plus elle est en mesure d’exploiter avantageusement de nombreuses ressources Au début, le gain est immense, mais au fur et à mesure que la société continue de se complexifier les gains diminuent, jusqu’au moment où la complexité de la société est un handicap qui se révèle plus coûteux que les gains escomptés. Et c’est à ce point crucial que les élites doivent jouer leur rôle: sauront-elles reconnaître la situation et s’y adapter ou perpétueront-elles un mode de vie et une façon de faire qui entraîne à la chute?

Par exemple, l’empire romain a crû en asservissant ses voisins, pour obtenir notamment les précieuses ressources que sont l’énergie humaine des esclaves. Au fur et à mesure que Rome étendait son influence, cependant, les gains réalisés par le contrôle sur tous ces territoires étaient progressivement contrebalancés par des infrastructures civiles importantes, une lourde bureaucratie et une riche élite qui accumulait une richesse non productive pour la société. Si bien qu’à la fin Rome n’a non seulement pu contenir ses nouveaux territoires, mais elle a perdu jusqu’à son berceau d’origine.

Si on remplace l’énergie de l’esclave par la forme d’énergie hautement plus performante qu’est le pétrole, on retrouve la même situation: notre société est basée, organisée, structurée autour du pétrole à bas prix. À aucun moment dans l’histoire de l’humanité n’a-t-on vu une telle démocratisation d’une source d’énergie comme c’est le cas avec le pétrole aujourd’hui. Que ce soient nos banlieues, notre nourriture du Mexique, nos vêtements d’Inde, nos technologies du Japon, tout notre mode de vie dépend du pétrole.

Et la demande de pétrole va bientôt dépasser l’offre, transformant cette ressource à bas prix en une denrée rare. Et selon Leeb, c’est cette rareté du pétrole qui risque d’entraîner le monde dans une crise économique telle que les fondements de notre société, depuis notre État moderne jusqu’à notre façon de concevoir l’urbanité, en seront profondément modifiés.

« Éventuellement, le pétrole à 200$ le baril forcera le monde, de par l’action du libre-marché, à consommer moins de pétrole et à dépendre davantage d’énergies alternatives. Le plus vite nous pouvons développer une énergie durable, le moins seront difficiles les prochaines années. Et même si nous devons nous acheminer vers une société moins complexe, une source d’énergie alternative va rendre le changement plus facile et va amortir la chute.

Cependant, il y a un problème. Mettre en place une source d’énergie alternative et durable risque de prendre du temps – des décennies, en fait. L’effort demandé sera également très important – du genre de celui d’une guerre majeure. À moins que nous commencions dès maintenant – et même maintenant il est peut-être trop tard – nos chances de succès sont minces. » ((Ibid., p. 128))

En clair, ce que Leeb nous explique, c’est que ce moment-clef où les élites doivent jouer leur rôle et modifier en profondeur une société pour l’adapter à l’incapacité d’obtenir assez d’une ressource pour assurer la survie du système, ce moment c’est maintenant. Dès aujourd’hui, nos élites politiques doivent trouver une façon de préparer l’après-pétrole, c’est-à-dire le passage d’une société basée sur le pétrole à bas prix à une société qui pourra utiliser le pétrole à diverses fins mais qui ne le gaspillera pas dans des voitures ou du plastique jetable.

Kyoto, dans cette optique, est un bon début. Le vrai but de l’accord n’est peut-être pas réellement la diminution des gas à effet de serre (de tout temps des modifications climatiques ont eu lieu, et plusieurs croient que les cycles solaires ont davantage d’impact sur le climat actuel que l’activité humaine), mais plutôt de trouver un moyen de réduire la dépendance au pétrole sans pour autant créer une panique. Bref, une façon de changer la société et de la transformer d’une société complexe à une société plus simple tout en douceur.

Cependant, le refus de l’administration Bush (et de son laquais de service Harper, qui ces jours-ci se pavoise devant le think-tank d’extrême-droite qu’est le Council on Foreign Relations) de miser sur une diminution de la consommation du pétrole et son aventure pour aller en contrôler pratiquement les dernières ressources non-exploitées de la planète en Irak se justifient également. Car si les États-Unis étaient le seul pays à diminuer sa consommation de pétrole, d’autres pays (comme la Chine ou l’Inde) pourraient les rattraper en se servant de cette énergie toute-puissante pendant que l’Oncle Sam vit dans le marasme.

Étrangement, il ne semble pas y avoir de solution nationale. D’un côté le pays qui applique Kyoto ou qui se prépare à l’après-pétrole se trouve désavantagé face aux autres pays et voit son économie dévastée, avec tout son lot de souffrance. Et d’un autre, le pays qui refuse de considérer l’après-pétrole et qui se bat pour mettre la main sur les dernières ressources disponibles fonce à toute vitesse vers un mur, celui du pic pétrolier, et encore une fois le résultat est une crise économique et une économie dévastée.

Peut-être qu’au fond, l’enseignement utile ici est la nécessité d’une solution mondiale, c’est-à-dire l’implantation d’une forme de gouvernement prenant des décisions pour l’ensemble du genre humain et décidant, pour notre plus grand bien, de réduire notre dépendance au pétrole.

Sauf qu’à moins de pouvoir établir ce gouvernement mondial d’ici quelques années et de faire les changements majeurs qui s’imposent, il semble de plus en plus inévitable que nous allons vivre une crise économique majeure sans précédent.