Français en danger: le poids des perceptions
22 juin 2009

Un sondage Léger-Marketing dévoilait ce matin que près de 90% des Québécois francophones croient que le français est menacé à Montréal. Cette quasi-unanimité des Québécois parlant la langue commune contraste fortement avec moins de un anglophone sur cinq ou un allophone sur quatre qui croient la même chose. Ce matin, sur Facebook, quelqu’un me disait: « ce n’est pas grave, car ce ne sont que des perceptions ». Faux, lui ai-je répondu, car ce sont les perceptions qui mènent le monde. Peu importe la réalité, ce qui compte est la croyance générale qui en émane et les conséquences que cette croyance a sur les pensées et les actions des gens.

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Par exemple, pour prendre un exemple d’actualité, peu importe de savoir si Ahmadinejad a véritablement gagné les élections en Iran. C’est purement accessoire. Que les élections aient été justes ou pas, c’est la perception qu’ont les gens qui est importante. Perception d’abord d’une partie de la population qui s’estime lésée, et perception encore de l’importance numérique des contestataires par les autorités, qu’elles soient iraniennes ou occidentales. Le résultat n’a aucune importance: ce qui compte est le point de vue qui en découle.

De la même manière, est-il réellement important de savoir si oui ou non l’administration Bush était au courant de l’imminence des attaques du 11 septembre 2001 et qu’elle a décidé de les faciliter, pour des raisons idéologiques? Une forte minorité, dont je fais partie, le croit. Est-ce que ça change quoi que ce soit aux faits? Ça ne change strictement rien. Le World Trade Center aurait pu être démoli par une attaque de guimauves géantes chiées par le cul d’un extra-terrestre que ça ne changerait rien: ce sont les perceptions qui importent, pas les faits.

Ainsi, quand on dit que le fait qu’il y ait une quasi-unanimité de la part des Québécois (francophones) quant à la menace pesant sur la langue française à Montréal, c’est la valeur qui est importante. On aura beau sortir des statistiques complexes tentant de démontrer que le français n’est pas si mal portant que cela, ça ne changerait rien. Quand une population en entier a acquis une conviction, celle-ci fait figure de réalité, que ce soit le cas ou non.

La réalité, c’est la perception générale. Et cette perception est claire: danger mortel pour les francophones, insensibilité totale pour les anglophones et les allophones.

Or, à partir du moment où la majorité se croit en danger, elle agit comme tel: elle se replie, elle fuit. L’exode massif de Montréal vers les banlieues constitue-t-il un hasard? Quand on se sent menacé, quand on a l’impression d’être de trop chez soi, on quitte. C’est du moins le réflexe le plus sain d’un point de vue individuel. Rares sont ceux qui font de la défense de notre langue et de notre culture un combat quotidien. C’est cette fuite, ce repli qui est dangereux. Les Québécois ont peur de perdre leur langue et leur identité culturelle. Si une minorité peut s’abreuver de cette crainte et développer une résistance constructive, la majorité plie l’échine, oublie, et contribue de ce fait à faire de la Révolution tranquille une simple parenthèse historique dans l’histoire d’un peuple en voie de disparition.

Alors, qu’on ne vienne pas me dire que ces chiffres ne sont pas la réalité. Cette perception, c’est la réalité. C’est celle de dizaines de milliers de Québécois qui ont capitulé devant l’hégémonie du tout-anglais et qui ont préféré la fuite au combat.

Que faudra-t-il donc pour renverser la vapeur et reprendre le contrôle de notre ville, et en faire une véritable métropole francophone?