Il ne faut PAS fusionner les cégeps anglais et français
16 novembre 2009

Jean-François Lisée propose, sur son blogue, de fusionner les réseaux anglais et français au collégial. Il soutient que la proposition d’appliquer la loi 101 au Cégep est « frileuse et défensive » et que seule sa proposition permettrait de reprendre l’initiative. À mon avis, il a tort.

En effet, le problème avec la pensée de Lisée, c’est qu’elle est typiquement péquiste. Les péquistes sont des gens extrêmement intelligents et conscients de leur rôle de protecteurs de la langue française, mais ils croient – à tort – que tous les citoyens sont aussi fiers et libres qu’eux. Ils pensent qu’il suffit de mélanger une majorité de francophones à une minorité d’anglophones pour que les anglophones se francisent.

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Or, les anglophones et les francophones ne sont pas égaux dans leur histoire. Le français porte sur ses épaules le poids de 250 ans de domination et de repli alors que les anglophones, au Québec, se comportent comme une petite minorité rhodésienne imposant ses valeurs et sa langue. En clair: ce n’est pas en mettant ensemble un renard minoritaire avec des poules majoritaires que le renard se mettra à picosser le grain! Les Québécois se sont habitués à se sentir inférieurs face à l’anglais, habitués à reculer devant l’anglais, habitués à considérer l’apprentissage de cette langue étrangère comme la huitième merveille du monde.

Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le fiasco des fusions municipales à Montréal. Si la logique péquiste avait été respectée, le regroupement d’une majorité francophone à une minorité anglophone aurait francisé la ville et augmenté le rayonnement du français. Et le résultat? Montréal s’anglicise plus que jamais, les francophones sont aujourd’hui minoritaires, et un maire corrompu à la crédibilité détruite a été réélu grâce au vote monolithique d’anglophones préférant la mafia et les enveloppes brunes à une démocrate « séparatiste ».

De la même manière, en fusionnant les deux réseaux, qui nous assure qu’on ne sera pas simplement témoin de la bilinguisation croissante des cégeps francophones? Qui nous assure que la minorité historique à la culture forte ne dévorera pas simplement la majorité historique à la culture faible?

Lisée affirme que nous nous retrouvons dans une attitude défensive en tentant d’appliquer la loi 101 au Cégep. Il a entièrement raison. Mais peut-on reprocher à quelqu’un dont l’identité est attaquée depuis sa naissance de se retrouver sur la défensive? Devrait-on demander à l’enfant battu par son père depuis sa tendre enfance de ne pas trembler la nuit en entendant les lourds pas s’approcher de sa chambre? Oui, nous sommes sur la défensive. Lisée a raison de dire qu’il faudrait passer à l’attaque, mais cela doit se faire intelligemment, c’est-à-dire en mesurant les conséquences de nos choix. Moi-même, je parlais dans ce texte de la nécessité de dépasser le cadre légal pour exprimer note identité.

Pour ce faire, je préfère qu’on commence par s’attaquer à l’extravagant surfinancement des institutions anglophones? Ces écoles, ces cégeps, ces universités sont autant de pôles d’attraction anglophones qui permettent d’angliciser des quartiers entiers. Recevant plus d’argent que les institutions francophones en fonction de leur poids démographique, ils constituent un des freins majeurs à la survie du français à Montréal.

Ensuite, qu’on applique la loi 101 au cégep. Oui, c’est peut-être défensif. Mais c’est nécessaire. C’est indispensable. Un Cégep comme Dawson, par exemple, avec ses 7500 étudiants, perdrait 40% de sa clientèle si on appliquait la loi 101. On parle ici de 3000 étudiants québécois qui poursuivraient des études supérieures en français, seulement pour cette école. En ouvrant leurs horizons littéraires, philosophiques et en participant à leur donner deux années supplémentaires de francité, on pourrait certainement en convaincre plusieurs de poursuivre, à l’université, des études en français. C’est un pari que nous ne pouvons pas perdre.

Finalement, il faut s’attaquer au plus grand des tabous: l’enseignement de l’anglais au primaire. Il faut revenir à un minimum de sens et permettre son enseignement – facultatif – à partir de la quatrième année. Il est insensé que des jeunes de six ans apprennent une seconde langue alors que des finissants du secondaire ne peuvent même pas écrire correctement un texte simple. D’un point de vue collectif, il s’agit d’une pure idiotie nuisant à la qualité de notre langue et à notre capacité à rendre fiers ceux qui la parlent. Et d’un point de vue individuel, des études ont démontré que l’apprentissage précoce d’une deuxième langue réduisait le niveau du vocabulaire dans les deux langues tandis que les gains présumés au niveau cognitif pourraient être supérieurs si on enseignait… les échecs, par exemple! Si un parent désire que son enfant parle une autre langue, peu importe laquelle, c’est son choix, mais le Québec n’a pas à encourager et à financer une pratique qui affecte sa capacité de survie.

Oui, il faut reprendre l’initiative. Cela passe par des solutions courageuses et des combats non seulement contre les anglophones, mais contre notre propre infériorité présumée qui nous pousse à adopter, naturellement, la langue de l’autre si l’État ne nous incite pas à faire le contraire. Individuellement, nous sommes faibles, mais unis, derrière l’État, nous pouvons nous donner les moyens de résister et de s’assurer de la survie du français.

Fusionner les cégeps anglais et français comme le propose Lisée, c’est contribuer à faire porter le fardeau de notre survivance sur nos frêles épaules, comme le dénonçait Facal, récemment. C’est à l’État, à nos politiciens, à nos élites, d’épauler notre combat quotidien et de nous donner les moyens d’assurer le futur d’une langue fragile et menacée. Et ce futur, il passe par des cégeps francophones d’un côté, et des cégeps anglophones de l’autre, tous deux soumis à une loi 101 revigorée.

Quand Marois saborde le Bloc
4 septembre 2008

Josée Legault, sur son blogue Voix publique, effectue une excellente analyse des dangers pour le Bloc Québécois en vue de la prochaine campagne électorale. Et si Harper fait partie des périls, Mme. Legault identifie également Pauline Marois en tant que responsable du déclin observé et appréhendé du Bloc:

Quant à Pauline Marois, c’est celle par qui est arrivée la mise en veilleuse officielle du référendum. Du moins, la plus récente. Si le passé est garant de l’avenir, une telle décision met aussi nécessairement de côté l’option péquiste elle-même. Bref, sans référendum en vue et avec un appui à la souveraineté sous la barre des 40 %, plusieurs se demandent comment le Bloc réussira à s’en sortir. Encore une fois.

Marois a-t-elle seulement analysé les conséquences de son rejet de l’indépendance? Contrairement aux croyances incongrues de certains péquistes, le Parti Québécois n’a plus le monopole de l’indépendance: Parti Indépendantiste, Québec Solidaire, Parti de la république du Québec et le tout nouveau parti Jeanne de Lys se séparent aujourd’hui le vote des souverainistes. La division du mouvement est totale.

Conséquemment, l’affiliation fraternelle du Bloc Québecois au Parti Québécois ne peut que nuire au premier, car en s’associant à un parti qui ne peut plus être considéré comme indépendantiste – en faisant passer le projet du pays au second plan – il pousse de nombreux électeurs, dont votre serviteur, à s’intéresser davantage à d’autres enjeux qu’à celui de la souveraineté.

Concrètement, le projet souverainiste est le ciment qui amalgame les ambitions de citoyens aux idéologies diverses (gauche ou droite) et sans celui-ci les gens de gauche seront évidemment tentés de voter pour un parti de centre-gauche comme le Nouveau Parti Démocratique tandis que ceux de droite seront sensibles au discours de Stephen Harper et du Parti Conservateur.

Sans référendum en vue, le Bloc Québécois est condamné à perdre de son influence.

L’ex-député péquiste et militant de droite Joseph Facal pense pour sa part que la disparition du Bloc signifierait une non-représentation des aspirations des Québécois:

D’un autre côté, imaginez un instant que le Bloc n’existe pas : si la députation québécoise au Parlement fédéral était à 100% fédéraliste, quatre Québécois sur dix n’auraient aucune représentation politique fidèle à leurs convictions. Ce serait une évidente distorsion démocratique.

Je suis en désaccord avec cette affirmation. Les désirs et les valeurs des Québécois ne se divisent pas simplement entre indépendantistes et fédéralistes. Il y a tout un arc-en-ciel de positions trouvant leur place sur le continuum gauche-droite. Nous ne sommes pas « que » rouge ou bleu. Nous sommes aussi en faveur de la paix, pour Kyoto, contre les coupures touchant les artistes, etc. Bref, nous sommes multiples.

Et voilà bien tout le drame. À force d’essayer de convaincre tout le monde que le projet indépendantiste peut attendre, Pauline Marois est en train de délégitimer son option elle-même. Car si l’indépendance peut attendre, c’est qu’elle n’est pas nécessaire. C’est qu’elle ne répond pas aux problèmes sociaux du Québec et qu’elle ne constitue pas une solution permettant de mieux vivre. Si elle est facultative, c’est donc que l’accession du Québec au rang de pays ne constitue que l’ajout d’un nom sans signification sur une carte. Indépendant ou non, au Québec ce sera business as usual….

Ainsi, devant cet aveu de la cheffe du PQ, pourquoi les Québécois perdraient-ils leur vote en appuyant un parti dont le seul but est la défense d’une conception monolithique du Québec? Si le Bloc Québécois prétend défendre « les intérêts du Québec », ceux-ci sont aujourd’hui multiples puisque l’indépendance ne fait plus partie de ses intérêts, ordre du grand frère péquiste.

Alors, on se le demande, pourquoi voter pour le Bloc alors? J’y réfléchis, et Dieu sait que j’aimerais voter Bloc, mais je ne trouve pas de réponse à cette question. Mon coeur d’indépendantiste me demande ce vote, mais ma raison me dit que ce serait peine perdue…