Aucun lien
8 décembre 2011

Il n’y a pas le moindre lien entre la colonne de gauche et celle de droite.

Je répète: pas le moindre lien.

Ce ne sont que des photos prises au hasard avec des définitions d’un mouvement sectaire tout aussi prises au hasard.

Il manque une photo, soit celle décrivant ce qui constituerait, dans un mouvement sectaire, la police interne chargée de sanctionner ceux qui ne disent pas comme l’orthodoxie officielle. Disons simplement qu’il aurait probablement été difficile de mettre une telle photo sans donner l’impression qu’un lien existerait entre les deux colonnes! 😉

Alors, je répète une dernière fois: aucun lien entre les deux colonnes. Simple juxtaposition d’images et de définitions.

Pur hasard.

Du moins, c’est ainsi que je l’interprète! 🙂

Source de l’image: NON AU RRQ

Une autre action inutile signée RRQ
6 novembre 2011

Le Réseau de résistance du Québécois (RRQ) avait annoncé une « grande action » contre la corruption; on a encore eu droit à un pétard mouillé. Tout comme lorsqu’une simple banderole (1000$ de l’argent des militants) accrochée à un avion avait constitué une « action réussie » lors de la visite du prince l’été dernier, ou lorsqu’on a lancé du ketchup au visage du maire de Mascouche, le RRQ a la victoire facile. Hier, en occupant les bureaux très régionaux de SNC-Lavalin à Québec, le réseau a une fois de plus démontré à quel point il est déconnecté de la réalité québécoise.

Source de l’image

Le fantasme du RRQ est toujours le même: il existerait un réseau occulte, une « nébuleuse » de forces fédéralistes à l’œuvre au Québec et qui utiliseraient l’argent et la corruption pour affaiblir le mouvement indépendantiste. Cette pensée est à l’origine de la plupart des actions du RRQ. L’occupation de SNC-Lavalin, une entreprise ayant contribué massivement à la caisse du PLQ, constituait la suite logique d’une idée certes séduisante – il suffirait de détruire ce monstre caché pour réaliser l’indépendance – mais sans aucun fondement concret. Encore une fois, le RRQ se trompe de cible. Et encore une fois, après s’en être pris à un maire francophone, à des militants francophiles, c’est encore une fois à une entreprise québécoise qu’on s’en prend. Prochaine cible: Gilles Vigneault ou la Bottine Souriante?

Blague à part, l’idée directrice du RRQ est fausse et c’est ce qui contamine la plupart de ses actions. Ce n’est pas parce qu’existerait un réseau fédéraliste occulte qui manierait les médias à sa guise et dirigerait dans l’ombre nos destinées que l’idée d’indépendance ne lève pas. L’idée d’indépendance ne lève pas parce que la population y est indifférente; on ne lui a jamais appris ce que constitue réellement l’indépendance. Après des décennies de péquisteries où on parle de faire du Québec un pays pour mieux l’enchaîner aux accords internationaux ou pour utiliser la monnaie du pays d’à côté, tout en respectant scrupuleusement les privilèges de la minorité anglophone, on en est venu à considérer l’indépendance comme étant tout à fait interchangeable avec l’état actuel. En fait, plusieurs ne voient même pas en quoi l’indépendance représenterait une quelconque forme d’indépendance si on remplace un Canada mondialiste et culturellement asservi au dogme multiculturaliste par un Québec mondialiste tout aussi à genoux.

Le RRQ vit dans le passé. Le pouvoir qui nous opprime ne vient plus d’Ottawa, et à peine de Washington. L’Empire est partout; les banques ont pris le contrôle d’à peu près tous les pays, imposant leur vision purement utilitariste et commerciale des choses. Il faut relire Soral pour comprendre de quelle manière la quasi-totalité des pays soi-disant indépendants sur cette planète sont en fait devenus des subalternes des banques, qui permettent le jeu politique en autant que celui-ci ne mine pas leur pouvoir (voir également vidéo ci-bas).

« Il faudra bien déclarer l’indépendance face à Ottawa » me répliquerait-on. Ah oui? Et à quand l’indépendance face au cartel bancaire? Le RRQ – et de nombreux militants formés à son école passéiste – considèrent encore l’indépendance comme étant un simple processus de création d’un État à l’ONU et bingo! tout est réglé. Rien n’est plus faux. Même la France n’est plus indépendante. Le Front National français, malgré quelques remugles d’un racialisme n’ayant plus sa raison d’être et que Marine Le Pen tente d’éliminer, est devenu un parti tout aussi indépendantiste que le Parti Québécois l’a déjà été. Pourtant, la France est indépendante, non? Non. Elle ne l’est plus. On lui laisse gérer son petit carré de sable tant que cela ne dérange pas les banques.

Évidemment, cela ne veut pas dire que l’indépendance de papier – un pays sua mappe! – est inutile. Elle permettrait de mieux gérer notre carré de sable et de contrôler un peu mieux notre immigration et nos politiques – tant que cela ne nuit pas au cartel bancaire. Mais si cette indépendance ne mobilise plus les troupes, c’est parce que nombre de mouvements qui la revendiquent se limitent à cette gestion du petit carré de sable en faisant abstraction de toute réflexion philosophique sur la réelle signification du mot « indépendance » en ce début de vingt-unième siècle. Ils veulent faire du Québec l’équivalent des autres sans se rendre compte que cette équivalence ressemble de plus en plus à un artifice.

En occupant une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin sous prétexte que ses employés ont contribué à la caisse du PLQ, le RRQ contribue à nous enfermer dans cette logique de l’apparence et cette idée tout à fait fausse qu’il suffirait de lutter contre la corruption et d’affaiblir les forces « fédéralistes » (au fait, combien de fédéralistes convaincus avez-vous rencontré depuis une décennie?) pour donner un nouveau souffle au mouvement. En fait, la corruption est plutôt le SIGNE du désengagement complet des citoyens de la chose publique parce que ceux-ci ont compris que les partis politiques se ressemblent tous et que leurs politiques sont équivalentes, en directe ligne avec le catéchisme du cartel bancaire. Les citoyens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à croire n’importe qui ou n’importe quoi qui donne une apparence de changement (NPD, Legault, etc.).

Elle est là, la vraie cible.

J’écrivais récemment qu’il faut descendre dans les livres avant de descendre dans la rue. Je crois que c’est ce que devrait faire le RRQ. Il lui faudrait mettre à jour son discours afin de cesser de lutter contre des réseaux fantômes omniscients dans l’esprit de ses dirigeants, et plutôt chercher à construire la véritable résistance de demain, qui se fera contre le système économique actuel et qui se construira sur ses ruines, avec l’aide des autres peuples, mais dans le respect des particularités de chacun.

En attendant, on doit se battre pour ne pas perdre notre langue et notre culture (où était le RRQ le 16 octobre dernier quand des citoyens ont pris la rue contre le sur-financement des institutions de langue anglaise?), et préparer une lutte non pas contre le PLQ – une simple succursale du cartel bancaire – mais contre le système en entier. On doit se battre non pas pour attirer des kodaks, mais pour développer un argumentaire permettant de construire les luttes de demain. À cet effet, on peut s’inspirer de ce qui se fait en France, notamment avec le mouvement Égalité et Réconciliation. Dans tous les cas, si on ne veut pas lutter pour une indépendance réelle, qu’on le fasse au moins pour la langue et il y a des centaines de cibles plus pertinentes qu’une entreprise québécoise comme SNC-Lavalin (à commencer par McGill et tout le réseau d’institutions de langue anglaise sur-financées).

Malgré cela, il faut féliciter les militants qui ont pris la peine de se battre pour ce en quoi ils croient. À mes yeux, c’était inutile, mais toute personne qui se tient debout est le plus beau des monuments, pour paraphraser Georges Dor. Reste à souhaiter que le dévouement et la force extraordinaire de ces militants soit mieux utilisée par le RRQ qui, incidemment, semble beaucoup plus utile lorsqu’il se limite à son nouveau rôle d’agence de sécurité lors de manifestations.

Quand un chef du RRQ attaque les militants
22 octobre 2011

La manifestation citoyenne pour une Loi 101 plus forte de dimanche dernier a été un vibrant succès. Malgré la pluie, malgré le vent, malgré le froid et malgré le fait qu’il y avait trois autres manifestations au même moment dans les rues de Montréal. Et malgré aussi, disons-le franchement, l’obstruction systématique du Réseau de résistance du Québécois (RRQ).

Source de l’image

J’avais parlé brièvement du comportement d’un de ses membres dans mon dernier billet, mais j’aimerais régler la question une fois pour toutes, car de nombreux militants du RRQ – des militants honnêtes – ne sont pas au courant des tractations qui se trament au sein de ce mouvement. En l’occurrence, et bien que je n’ai pas toutes les preuves permettant d’affirmer avec certitude que les plus hauts échelons ont été impliqués, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que le RRQ a tenté de saboter cette manifestation pour une Loi 101 plus forte.

Réglons d’abord le cas de Carl Contant. Ces deux copies d’écran devraient le faire assez rapidement. LIEN 1. LIEN 2. Ce ne sont là que quelques extraits du harcèlement constant de M. Contant contre les divers organisateurs de notre manifestation. Notez, dans le lien 2, qu’il affirme: « y en aura pâs (sic) de ta manif ». Et c’est bien ce qu’il a tenté de faire, en écœurant à ce point les organisateurs qu’il a fallu demander la protection de la Milice patriotique du Québec (MPQ) pour assurer le bon ordre. Selon un des organisateurs, M. Contant était déçu du fait que cet organisateur ne s’était pas présenté à son événement et il a voulu se venger. Normalement, on aurait dû en rester là et Carl Contant, dans un mouvement crédible ne distribuant pas la chefferie de ses sections avec un boulier, aurait dû être suspendu de ses fonctions immédiatement ou au moins réprimandé pour avoir tenté de nuire à une manifestation de militants francophiles.

Or, ce qui s’est produit est l’exact contraire. Carlo Mosti, directeur national et coordonnateur de la section Montréal du Réseau de Résistance du Québécois et Guillaume Martin, directeur des Communications Internet, de même que de nombreux autres membres du RRQ qu’il ne vaut pas la peine de nommer ici, se sont immiscés sur les pages des activités du regroupement citoyen en tenant le même discours agressif et résolument hostile au projet de manifestation. M. Mosti s’en est pris à un des organisateurs, qui est un ancien chef de section du RRQ défroqué, et M. Martin s’est contenté de l’appuyer dans son œuvre. Nous étions plusieurs à leur rappeler qu’il s’agissait d’un événement en faveur de la langue française et que de nombreux militants y étaient impliqués; rien à faire.

La goutte qui a fait déborder le vase, si on peut dire, est la partie qu’on ne peut prouver mais à propos de laquelle on a reçu le plus d’informations via de nombreuses sources (y compris des membres en règle du RRQ en désaccord avec la manière d’agir de l’organisation). Près d’une dizaine de jours avant l’événement, une organisation importante pour la défense du français au Québec (nous ne la nommerons pas; elle est au-dessus de tout cela) avait démontré un vif intérêt pour participer à l’événement. Tout était parfait: nous étions un mouvement citoyen, nous étions pacifiques, notre discours rejoignait celui de l’organisation en question. Or, entre-temps, le RRQ a lancé sa cellule de Laval (s’appropriant les statistiques compilées par votre humble serviteur sans le nommer, mais n’allons pas les blâmer pour si peu) et au lendemain du lancement auquel a participé l’organisation francophile précitée, il n’était plus question de sa participation à notre activité. En politique, on appelle cela du tordage de bras.

Ce qui a été clair, tout au long du processus, c’est que le RRQ souhaitait que les militants pour le français se plantent. Ils nous ont d’abord ignoré, mais au fur et à mesure que les gens indiquaient leur participation, ils ont commencé à nous attaquer, d’abord d’une manière bénigne, puis jusqu’aux menaces ayant nécessité la présence de la MPQ.

Au nombre des arguments prônés par le groupuscule, il y avait celui selon lequel nous donnerions de la visibilité aux suprématistes anglophones en manifestant contre eux. Nous avons prouvé qu’ils avaient tort en orientant notre manifestation non pas comme une contre-manifestation, mais comme une activité de sensibilisation des citoyens en faveur d’un renforcement de la Loi 101. Nous avons réussi. Malgré eux. Cinq pages de pétition pour le renforcement de la Loi 101, nombre d’appuis, et la question du sur-financement des institutions de langue anglaise au cœur des débats. C’est à peine si on a vu les orangistes.

Le pire, c’est que quelques jours plus tard, hier soir en fait, j’apprends que certains des militants ayant lutté avec tant d’acharnement contre notre manifestation pour le français ont participé à une manifestation contre un groupuscule islamiste radical. Et sur la page du RRQ-Laval, Carlo Mosti a répondu: « Bravo la gang pour votre intervention rapide! ». Comprenez-vous? Manifester contre des suprématistes qui veulent abolir la Loi 101 et ainsi éliminer le fait français en Amérique du Nord, c’est trop marginal. Mais manifester contre des islamistes qui veulent l’établissement de la charia et la mort « lente et dans la souffrance » des personnes coupables d’adultère, ça ce n’est pas marginal du tout, non, non… La belle logique!

La quête de respectabilité du RRQ

La vérité, c’est que le RRQ n’a pas voulu participer au rassemblement citoyen pour le français pour deux raisons. La première parce que votre humble serviteur (qui a déjà lourdement critiqué le RRQ) et un ancien chef de section du RRQ l’organisaient, et ensuite parce qu’il n’y avait pas de « grosses caméras ». Ce sont là les deux principales motivations du RRQ: l’égo et la visibilité, qui se transforment en fait en un seul dogme: respectabilité. Et tant pis pour les militants qui se gèlent les fesses pour la cause et qui n’ont pas besoin d’exhiber le kit vestimentaire du bon petit rrquiste devant les caméras pour exister. Tant pis pour l’action de terrain.

Au printemps dernier, quand le « colonel » James Angus Brown – oui, oui, celui qui demandait la pendaison des indépendantistes – a annoncé une manifestation pour le 17 avril, j’ai immédiatement contacté Patrick Bourgeois pour lui demander d’organiser quelque chose. Sa réponse? Oui, bof, non. Pas important. Quelques semaines plus tard, on annonçait le voyage de noces du prince et le branlebas de combat du côté de Bourgeois fut spectaculaire: « Nous serons là! », « Non au prince! » etc. Qu’on comprenne: que des gens de chez nous demandent la pendaison des indépendantistes, ça ne vaut pas la peine de se déplacer. Mais qu’un prince vienne en voyage de noces à Québec, alors ça, ÇA c’est important. C’est capital. Arrêtez les presses tout le monde on a une histoire. Et c’est ainsi que Bourgeois vola de caméra en caméras, de micro en micros, se faisant entendre jusqu’en Angleterre (est-ce que ce sont les Anglais d’Angleterre qui feront notre indépendance, au fait), à propos d’une monarchie autrefois coupable de crimes contre nous… au même moment où le RRQ ne faisait rien contre un individu demandant notre pendaison!

Heureusement, des citoyens se sont levés et ont manifesté. Ils n’étaient pas beaucoup, mais ils valaient mieux que le RRQ, si vous voulez mon avis, parce qu’ils sont allés à un combat loin des caméras et où il ne suffisait pas d’investir 1000$ dans un avion et une banderole pour clamer une victoire.

Le RRQ, en fait, et de plus en plus, s’englue dans son dogme – que dis-je, sa folie – de la respectabilité. Se séparant progressivement des militants qui l’ont aidé à se forger une crédibilité dans le mouvement, il s’impose en juge de ce qu’il est légitime ou non légitime de faire. Une quantité impressionnante de ses premiers membres lui ont tourné le dos – et plusieurs ne demanderaient qu’à révéler les secrets plus sombres de l’organisation mais se taisent pour le bien du mouvement – mais le RRQ peut compter sur une équipe de recrutement faisant des merveilles dans l’art du « branding », consistant à habiller un adolescent en noir et blanc de la tête au pied et de lui faire croire qu’il est Patriote parce qu’il n’a plus un sous en poche mais des lettres RRQ du fond de culotte au dessous des bras.

Pourquoi je quitte le RRQ

Il y a presque un an, j’annonçais que je me joignais au RRQ. Après un faux-départ, j’avais décidé de laisser une chance au mouvement. Pour le bien de la cause. Parce que j’y croyais. J’ai décidé de laisser tomber mes doutes et de plonger.

Je leur ai envoyé mon 20$. Jamais eu de reçu, jamais eu de documentation, jamais eu d’invitation. Mais ils ont pris le 20$. Pas trop grave. J’ai commandé un livre. Jamais arrivé. J’ai dû insister à plusieurs reprises pour que je finisse par le recevoir. Pas la fin du monde. J’avais des informations importantes à communiquer à Patrick Bourgeois l’été dernier. Je lui ai communiqué à plusieurs reprises sur Facebook, je lui ai téléphoné à deux reprises, j’ai laissé des messages. Aucun retour d’appel. Y a rien là. Jusqu’à ce point, sérieux, je trouvais le mouvement broche-à-foin mais je continuais de le respecter et je me disais que j’avais sûrement été malchanceux ou peu importe.

Mais quand on s’attaque aux militants comme le RRQ l’a fait, comme les plus hauts échelons l’ont approuvé, je décroche. Je ne peux tolérer qu’on s’attaque à des gens comme Denis, le peintre, ou encore Alain, qui vient manifester sur son heure de dîner au travail. Je ne peux tolérer qu’on s’attaque à des gens comme Daniel, qui a participé financièrement à l’impression de nos dépliants, qui est venu avec un mégaphone et qui est de toutes les manifestations. Je ne peux tolérer qu’on s’en prenne à Renaud, qui subit les fausses plaintes d’un suprématiste anglophone pour son implication et qui a toujours été dans la rue pour notre langue. Je ne peux tolérer qu’on attaque Jennifer, qui, malgré des moments difficiles dans sa vie personnelle, s’est pointée avec nous pour la cause. Je ne peux tolérer que le RRQ attaque quelque militant que ce soit qui prend de son temps pour une cause à laquelle il croit et qui permet de nous faire avancer collectivement sans aucune autre récompense que celle d’avoir la conviction d’avoir bien agi.

C’est à ce moment précis que je décroche. Et c’est à ce moment précis que je réalise que tous les doutes, toutes les impressions (le RRQ ne ressemble-t-il pas à une secte?), tous les questionnements quant à l’importance réelle de ce regroupement au-delà des gros bras qu’il présente aux caméras en se la jouant comme des durs, me sont revenus en plein visage et justifie cette décision de quitter le RRQ. C’est facile, je n’ai même pas de carte de membre à déchirer. Ils ne me l’ont jamais envoyée.

On m’a souvent accusé par le passé de mal faire les choses ou de les faire pour les mauvaises raisons. On m’a accusé de faire passer mon égo avant la cause. On m’a accusé de ne pas être un vrai militant parce que je ne militais pas dans la rue (ce qui est faux, puisque j’ai dû participer au moins à trente ou quarante manifestations dans ma vie, bien qu’il est vrai que j’aie pris une pause dernièrement; j’avais seize ans et je manifestais déjà avec le MLNQ ou avec des organisations socialistes comme l’ADDS). Et là, je me lève avec des citoyens, des gens sans sigle, sans slogan, sans groupe officiel, sans « grosses caméras », pour la cause, mais ce ne sont plus des suprématistes anglophones voulant la pendaison des indépendantistes que j’ai dans mon chemin.

C’est le RRQ. Là. Dans nos jambes, tentant de nuire à la cause.

Et bien, j’ai des nouvelles pour vous, têtes dirigeantes du RRQ. De nombreux indépendantistes radicaux ne veulent plus rien savoir de votre mouvement. Pas parce que vous êtes radicaux – ils le sont eux-mêmes – mais parce que votre organisation est mal dirigée, centre tout sur le paraître plutôt que sur l’être et parce que vous dénigrez les initiatives qui ne viennent pas de vous.

Vous descendez, et pas seulement dans mon estime. Moi, je ne suis personne. Juste un gars qui aligne des mots et qui a des convictions. Mais les militants – dont certains sont encore membres du RRQ – en ont discuté lors de notre manifestation et ceux qui n’y étaient pas ont le droit de savoir.

Devoir de comprendre. Devoir de mémoire.

Pour ma part, j’ai dit la vérité. Je suis libéré.

Le reste ne m’appartient plus.

Pourquoi j’ai décidé de joindre le RRQ
3 décembre 2010

Un jour, il y avait un peuple qui avait peur, qui n’existait que sur la pointe des pieds. Un peuple dont on niait l’existence depuis des siècles et qu’on aurait aimer éliminer. Un peuple dont on diluait l’identité dans un grande fourre-tout canadien n’ayant comme finalité que de détruire sa spécificité.

Un jour, pourtant, ce peuple a changé. Il s’est pris en main, il s’est affirmé, il s’est libéré de ses chaînes. Il a réussi à jeter les bases d’une existence francophone à long terme en Amérique du Nord. Même s’il craint encore de se libérer intégralement, il est aujourd’hui reconnu par ses semblables peut-être pas encore comme on regarde un égal, mais il a à tout le moins obtenu le respect.

Ce peuple a changé.

Et si un peuple peut changer, tout le monde peut changer.

Source de l’image

Je n’ai jamais aimé les mouvements trop organisés. Je n’aime pas qu’on me dise comment penser ou agir. J’aime rester libre de mes idées.

Je me souviens, entre 1996 et 1998, j’étais à la fois membre du Mouvement de Libération Nationale du Québec (MLNQ) de Raymond Villeneuve et de l’Association pour la défense des droits sociaux (ADDS) de Montréal-Métropolitain. J’étais vraiment jeune, même pas majeur, mais je portais en moi déjà les germes des deux causes qui sont miennes: la libération nationale du Québec – qui s’est transformée en un désir encore plus fort et précis de sauvegarder avant tout notre langue – et une société économiquement plus juste où les pauvres ne seraient pas laissés de côté.

Or, il m’est arrivé deux anecdotes assez intéressantes. À peu près au même moment, en plus, ce qui augmente l’ironie de la chose.

D’un côté, avec le MLNQ, nous avions eu une réunion dans un café rue Saint-Denis si ma mémoire est bonne. Et je me souviens d’individus tenant un discours résolument de droite m’ayant fait sentir absolument pas à ma place. J’avais parlé de mon militantisme à l’ADDS avec le résultat qu’on a méprisé celui-ci, qualifiant cette cause de « défense des B.S. » ou autres quolibets. Je suis peut-être retourné une ou deux fois dans des activités, notamment lorsqu’on a « attaqué » des partitionnistes dans l’ouest de l’île, mais je n’étais plus bien avec ce groupe.

De l’autre côté, j’avais une réunion à l’ADDS près du Stade Olympique. Et lorsque j’ai dit que je militais également pour le MLNQ, je me suis fait sortir du local en me faisant crier des noms comme quoi j’étais facho, raciste, etc. Nul besoin de dire que si j’ai gardé ma carte de membre encore un moment, je ne l’ai pas renouvelée.

Ces deux expériences ont fait monter en moi le désir d’allier ces deux causes qui me sont chères et m’ont incité à me poser les questions suivantes: comment libérer le Québec si ses plus pauvres ne le sont pas, et comment intéresser ceux-ci à la cause nationale s’ils sont laissés de côté?

Aussi, elles m’ont fait comprendre que je ne serais jamais heureux dans un mouvement désirant embrigader ses membres.

* * *

L’automne dernier, je travaillais à la SSJB. Mario Beaulieu était venu me chercher pour mes talents d’écriture. Qu’ai-je fait pour la Société? Rien de très révolutionnaire: des discours, des communiqués, de la recherche, etc. La SSJB est une grande organisation et Mario Beaulieu savait comment gérer son équipe.

D’une manière fortuite, à un certain moment, j’ai entendu des anecdotes. Diverses anecdotes. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais certaines personnes que je croyais reliées au RRQ avaient eu des problèmes avec la SSJB et ne pouvaient même pas s’y pointer. Incidemment, j’ai eu un conflit sur Facebook avec une de ces personnes, ce qui a engendré des conséquences plutôt désastreuses en ce sens que le conflit s’est transformé d’une affaire entre un individu X et la SSJB en une guerre ouverte entre moi et Patrick Bourgeois, dirigeant principal de l’organisation. Comment cela a-t-il été possible, je ne le sais même pas encore clairement aujourd’hui. Je dirais que j’ai écrit un texte qui a été mal écrit, que des gens l’ont mal compris, que j’ai tenté maladroitement de me justifier, que je me suis emporté, que j’ai le sang chaud, que je m’y suis pris un peu au sérieux, etc. Bref, la grosse merde. Et le fait que j’avais critiqué certaines méthodes du RRQ, notamment celle de ne pas porter plainte à la police quand on agressait un de ses membres, n’a sûrement pas aidé.

Malgré le conflit qui était devenu davantage un conflit d’égo entre moi et Patrick Bourgeois qu’entre moi et le Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), j’ai eu, au cours de la dernière année, un respect croissant pour ce qu’a fait notamment Les Éditions du Québécois, avec son livre dénonçant le génocide culturel des francophones du Canada, ou avec sa réédition de Jules-Paul Tardivel, un homme qui aurait avantage à être mieux connu, même s’il voulait tout autant la protection du français en Amérique que l’établissement d’une théocratie.

J’aurais eu plusieurs occasions de régler le conflit avec Patrick Bourgeois. René Boulanger me l’avait même offert une fois, et j’ai eu la chance de travailler avec lui dans une relation extrêmement positive alors que j’ai préparé les textes qui ont été lus lors du spectacle du 11 avril dernier. Mais le fruit n’était pas mûr.

Pas encore.

Pourquoi l’est-il aujourd’hui? Simplement parce que le respect croissant que j’ai pour les activités du réseau a dépassé l’orgueil de conflits qui n’ont pas leur raison d’être. Autrement dit: je réalise que c’était con. Et je le fais en tant que simple citoyen, ne travaillant plus pour la SSJB – j’avais choisi d’y réduire drastiquement mes heures pour des raisons personnelles et Mario m’avait rendu les choses plus faciles en me proposant de m’offrir des contrats ponctuels à la place.

C’était con. C’était foutrement con.

Ce qui était con, ce n’était pas seulement ce conflit entre moi et Patrick Bourgeois, ou entre moi et le RRQ en général (ce qui s’est transposé en conflit avec au moins un autre membre du réseau), mais plutôt l’idée qu’il puisse y avoir quelque chose d’assez important pour me faire oublier que le RRQ représente la plus grande partie de mes croyances.

Je cherchais à comprendre pourquoi autant de gens ressentaient le besoin d’afficher ces trois lettres, jusqu’à en faire des vidéos où celles-ci prenaient presque la plus grande partie de l’image, mais j’ai également compris que tout est une question de symbole et que ce symbole que représente le RRQ en est un d’espoir pour une partie croissante de la population.

En clair, ces conflits étaient stupides parce qu’au niveau de la communauté de pensée, j’étais d’accord avec 95% de ce que proposait le RRQ. Et de plus en plus, au fur et à mesure que je constatais la pusillanimité de certains membres influents d’autres organisations – la petitesse de deux historiens ayant refusé que je m’en prenne à la mollesse intrinsèque du Devoir et ayant réclamé ma tête à la SSJB pour ne nommer qu’eux – et que mes recherches pour l’écriture d’un livre sur la langue française me faisaient comprendre la nécessité d’adopter des gestes de cassure – des gestes radicaux – pour sauver notre langue, je réalisais qu’il n’y avait pas « un » RRQ, mais « des » RRQ, c’est-à-dire que le réseau permet une certaine liberté de pensée en son sein et qu’il n’impose pas de mot d’ordre précis – du moins c’est mon impression alors que j’écris ce texte.

Je ne suis pas un militant au sens classique du terme. Je suis un auteur, un écrivain, un blogueur, un recherchiste, un ce-que-vous-voulez-qui-tape-sur-un-clavier. J’ai de la gueule, je dérange. Mais j’ai choisi de me joindre au RRQ également parce que ce mouvement dérange. Parce qu’on aimerait le faire taire. Parce qu’on en a peur. Parce qu’il représente la frange la plus radicale de la société et que l’indépendance – quoi qu’on en dise – constitue un geste de rupture impliquant une bonne dose de radicalisme.

Si je rejoins le RRQ aujourd’hui, ce n’est pas pour y changer quoi que ce soit, ni pour militer activement dans ses instances. C’est avant tout un vote d’appui, un coup de pouce signifiant que si je ne suis pas d’accord avec tout ce que font tous les membres du réseau, j’approuve la direction du mouvement et je considère que celui-ci, dirigé par Patrick Bourgeois, avec l’aide de René Boulanger et l’appui intellectuel de Pierre-Luc Bégin, est le mouvement le plus en mesure de faire avancer la cause des résistants.

Car contrairement au MLNQ de 1996-97, qui constituait un mouvement me semblant davantage d’arrière-garde et moins orienté vers le futur, le RRQ est à la fine pointe de la recherche de moyens permettant aux peuples en situation minoritaire d’assurer la survie de leur langue et de leur identité.

Face au rouleau-compresseur d’une anglomanie rampante qu’on veut nous faire passer pour une ouverture, viendra peut-être le jour où ce seront d’autres peuples qui se tourneront vers le Québec à la recherche de façons de sauver leur langue et de protéger ce qu’ils sont. Cette résistance, cette construction d’un nouveau monde pluriel où les peuples aspirent à survivre, elle se fait grâce à des mouvements comme le RRQ et c’est avec fierté que je choisis d’ajouter ma voix aux milliers de Québécois qui ont déjà compris qu’il y a un seul destin qui attend un peuple qui se couche: la disparition.

Nous sommes en guerre. Si nous ne nous battons pas, nous disparaîtrons.

L’heure n’est plus aux divisions.

Le javel mortuaire
16 septembre 2010

Richard Martineau publie aujourd’hui un billet sur son blogue où il critique Patrick Bourgeois, le chef du Réseau de Résistance du Québécois (RRQ), pour son acceptation de commentaires désobligeants sur son site web à propos de la mort de Claude Béchard. Pour Martineau, ce sont des messages haineux, dégoûtants, qui n’auraient rien à voir avec l’ensemble d’un Québec « secoué » par le décès prématuré de Béchard. Quand quelqu’un meurt, on n’a pas le droit ni de se réjouir, ni de le critiquer, voilà le message en filigrane. Il s’agit d’une forme particulièrement vicieuse de pensée.

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En effet, au nom de quelle justification moralement tordue une personne décédée gagne-t-elle soudainement en valeur et peut-elle s’épargner le jugement d’autrui? Un individu peut être toute sa vie le dernier des salauds, massacrer des enfants, tuer six millions de Juifs comme Hitler l’aurait fait, mais à l’heure de son décès il faut tout oublier sous prétexte qu’il est mort, que c’est la vie et qu’on ne s’en prend pas à un mort. Critiquer un mort, c’est mal vu, c’est laid, c’est sale. On a tellement peur de la mort qu’on la sacralise. Rédemptrice, elle transforme le pire des hommes en personne respectable dont la mémoire doit être respectée.

Je ne dis pas que Béchard doit être méprisé pour autant. On peut clairement objecter que Béchard n’a rien fait pour mériter le mépris. Sauf qu’il s’agit d’une opinion personnelle et que le propre de telles opinions est précisément qu’elles peuvent se discuter. Si des gens considèrent que l’œuvre de Béchard doit être critiquée, pourquoi devraient-ils s’en empêcher sous prétexte qu’il est mort? S’ils croient que Béchard était une nuisance, pourquoi devraient-ils se taire? Béchard, après tout, était l’homme derrière le Suroît, derrière la privatisation avortée du Mont Orford, derrière le projet Rabaska… Si l’homme a œuvré de son vivant à dilapider les richesses naturelles ou écologiques du Québec, et si nos descendants auraient eu à en payer le triste prix n’eût été de l’opposition de la population à ces tristes projets, cela ne doit-il pas être dénoncé? Le javel mortuaire ne peut pas tout blanchir.

Quand on pense à la mort d’un individu foncièrement mauvais, à un meurtrier par exemple, s’épargne-t-on la joie de dire « bon débarras » par respect pour la mort de l’homme? Non. On juge sa vie, on la méprise et on l’oublie. Pourquoi agit-on différemment avec d’autres personnes? Si un individu tue un seul humain, on peut le mépriser, mais s’il a tenté de vendre l’héritage des Québécois aux amis du parti et qu’il a contribué toute sa vie au succès d’une formation politique corrompue, contribuant à la fois au recul de la démocratie et à l’affaiblissement environnemental du Québec pour des générations à venir, on devrait respecter son dernier repos?

Patrick Bourgeois lui-même m’avait reproché, après le décès de Lhasa de Sela, mes critiques selon lesquelles cette grande dame ne représentait rien de la culture québécoise. Bourgeois avait tort alors, mais il a raison aujourd’hui: on a le droit de juger de l’importance d’un individu pour notre nation, mort ou vivant. La mort ne blanchit rien, elle n’excuse rien. Une femme qui, malgré son incroyable talent, ne représentait pas la culture québécoise avec ses chansons dans des langues étrangères, c’est une vérité avant ou après la mort. Un homme qui, malgré sa gentillesse et son respect des individus, se sert de son rôle de représentant de la population pour affaiblir le Québec, c’est une vérité avant ou après la mort.

Le passage vers l’au-delà ne doit pas constituer un tamis permettant de séparer ceux qui peuvent se faire juger de ceux qui ne peuvent pas. Nous allons tous y passer; qu’on ne donne pas l’illusion à ceux qui sont ici et nuisent au Québec que nous allons les célébrer avec des funérailles nationales et oublier leurs travers au moment de leur décès.

Qu’ils deviennent des hommes et des femmes de bien dès aujourd’hui ou qu’ils assument le fardeau du jugement de ceux qui seront encore là à l’heure de leur mort!

Manifestation contre le prince Charles: le vent se lève!
10 novembre 2009

« Nous avons gagné pour l’annulation de la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham; ce soir aussi nous avons gagné, car le prince Charles a dû entrer par la porte arrière » a lancé Patrick Bourgeois, du Réseau de Résistance du Québec (RRQ) à la foule en liesse. Autour de moi, 250 personnes environ (un bon nombre pour une manifestation largement organisée sur le web), en groupe compact, criant, scandant, levant des drapeaux des Patriotes et du Québec au ciel. Quelque chose a changé.

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Source de l’image

Il y a une dizaine d’années, j’ai participé à des manifestations du Mouvement de libération nationale du Québec (MLNQ), dirigé par l’ex-felquiste Raymond Villeneuve. Sans rien vouloir lui enlever, ni à lui ni à ses supporters, nous étions toujours une poignée. D’un côté des cinquantenaires nostalgiques, de l’autre des jeunes comme moi, dont plusieurs semblaient avoir un problème à bien gérer leurs émotions. Slogans haineux, visages couverts, nous allions terroriser les partitionnistes de l’ouest de l’île et nous scandions notre haine du Canada. Une fois, même, ça avait fini en bonne vieille bataille de coups de poings et de roulades dans la neige. On s’était bien amusés. Mais c’était ça, le MLNQ, des hommes sur le mitan qui se rappellent leur jeunesse et des jeunes qui ont envie d’évacuer un surplus de testostérone contre le méchant Canada.

Aujourd’hui, tout était différent. La foule, tant à la manifestation contre la monarchie qu’à celle ayant eut lieu il y a deux semaines contre Brent Tyler, était diverse et bigarrée. Jeunes, moins jeunes, vieillards, femmes, beaucoup de jeunes femmes, comédien connu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, hommes en veston-cravate, universitaires, professionnels. Aujourd’hui, contrairement à ce que j’avais vu au MLNQ, j’avais l’impression d’être dans une manifestation réellement représentative de la société, avec des individus différents mais unis par un but commun.

Les slogans aussi ont changé. Cohabitaient encore le célèbre « 101 ou 401 » (faisant référence à l’autoroute 401 en Ontario) et le classique « Le Québec aux Québécois », mais se sont ajoutés un « Démocratie, démocratie, démocratie » quand l’escouade anti-émeute a chargé sur la foule jusqu’alors bien pacifique. Des jeunes et des moins jeunes se sont assis au milieu de la rue, faisant un « V » de leurs doigts, le « V » de la victoire, celui de la paix. Celui de la résistance passive et non-violente. Ce qui n’a pourtant pas empêché des policiers un peu zélés de leur donner des coups de pieds, et d’en embarquer quelques uns dans le panier à salade.

Un homme, un simple homme, a tout résumé. Je ne me souviens plus de son nom. J’étais agité, car je regardais le sang couler de son crâne vers le côté de son visage tuméfié. Il était là, devant moi, m’expliquant qu’il écrit régulièrement sur Vigile et qu’il semblait vaguement me connaître, car lisant occasionnellement mon blogue. Il me parlait, et je restais coi; j’observais le sang qui dégoulinait sur le visage de cet homme d’à peine cinq pieds cinq pouces et pesant peut-être 130 livres tout mouillé. Il développait, mais tout ce que je voyais, c’était ce sang injuste qui lui tapissait la joue, comme un maquillage d’Halloween oublié. « Ça va, je suis correct », qu’il disait. « Je me suis retrouvé coincé quand les policiers ont chargé, et le policier face à moi a perdu l’équilibre, alors il m’a matraqué cinq ou six fois en ligne. » Et moi, je contemplais le sang sur son visage.

En fait, ça n’aurait jamais du dégénérer ainsi. De 15h30 à 16h45 environ, je jasais avec des lecteurs de ce carnet, et tout était calme. Au début, les manifestants occupaient le trottoir, puis la rue, criant, chantant, faisant du bruit, mais pacifiquement. Puis, tout a dérapé vers 16h45. Comme si quelqu’un, en haut, avait décidé que l’heure était venue de tout nettoyer, de cacher ces sales manifestants faisant honte à sa majesté le prince Charles. Un policier m’a résumé la situation ainsi: « Il fallait dégager la rue; en plus, des oeufs ont été lancés sur la bâtisse ». Lorsque je lui ai fait remarquer qu’un oeuf, c’est bien peu de choses en comparaison de la brutalité qu’ils ont imposée à certains, et que pour dégager la rue Bleury, qui est demeurée bloquée, il a fallu fermer l’avenue du Président-Kennedy, le policier a retrouvé son mutisme salvateur. « Des manifestants se sont agrippés à nos boucliers. D’autres nous ont donné des coups de pieds » finit-il par rétorquer. Mais tout ça, c’était APRÈS que l’escouade anti-émeute ait décidé de charger…

Un vent de changement

Au-delà des slogans, des discours enflammés, des oeufs et de l’anti-émeute, j’ai revu le même genre de gens que je côtoyais dans les manifestations contre l’Accord multilatéral des investissements (AMI) en 1998, ou à Québec en 2001, anarchistes en moins. Des gens ordinaires, des citoyens qui en ont assez de voir leur peuple à genoux, ratatiné après 250 ans dans l’eau salée de notre déclin. Des gens fiers, humains, sensibles, pacifiques.  De simples citoyens, regroupés derrière la bannière « Génocide culturel » de la Société Saint-Jean-Baptiste.

Et moi, avant que ça dégénère, je discutais avec un lecteur de ce blogue. Je lui expliquais ma vision des choses, mon impression que le Québec constitue le fer de lance d’un nouveau mouvement mondial à naître. Ma conviction qu’il faut se débarrasser des vieilles querelles Québec-Canada pour agir maintenant, sans attendre l’indépendance. Car dans un contexte de mondialisation où le pouvoir des États est de plus en plus limité, ce ne sont pas des frontières géographiques qui, seules, permettent la survie des peuples minoritaires. Il faut inventer d’autres moyens, d’autres structures, d’autres institutions permettant d’assurer notre survie, et donc, aussi, celle de tous les peuples de la Terre.

Ce sont ces idées, ces initiatives, qui façonneront le Québec de demain. Ceux qui se complaisent dans une world-culture anglicisée et multiculturelle sont déjà un pas derrière; les hommes nouveaux, ceux de la pluralité des peuples et de la sauvegarde des cultures qui composent notre humanité, sont arrivés. Leur combat constitue la bataille de tous les peuples, car si on sauve le français et la culture québécoise chez nous, nous aurons élaboré une méthode permettant à toutes les autres minorités de survivre, de prospérer, et d’offrir un peu de diversité à une planète qui en a bien besoin.

Le futur sera aux identités multiples, à la diversité des points de vue, mais aussi à la nécessité de l’appartenance à un groupe identitaire et historique bien défini. Contre le déracinement quotidien d’un système économique broyant jusqu’à la mémoire, des hommes et des femmes du Québec ont dit non. Non à l’oubli, non à la passivité, non au je-m’en-foutisme.

Nous n’étions peut-être que 250 à manifester, mais nous l’avons fait sans État, sans un Parti Québécois n’ayant de québécois que le nom, sans médias sensibles à notre cause, sans permis. Nous avons lancé le cri de ceux qui ne se retrouvent plus dans aucune des principales élites actuelles et nous avons agi. Une personne à la fois, le vent du changement va tout emporter.

Montréal s’anglicise, le Québec perd son identité, mais la résistance s’organise. Et le monde, même s’il ne le sait pas encore, aurait tout intérêt à regarder.

Affaire Patrick Bourgeois: jusqu’où ira le PQ pour cacher ses militants?
22 février 2009

La décision du Parti Québécois de continuer à afficher des publicités dans le journal Le Québécois est une excellente nouvelle. Ceci dit, on ne doit pas oublier qu’elle est assortie d’une demande de rétractation et d’excuses à Patrick Bourgeois pour ses propos soi-disant violents en relation avec la reconstitution annulée de la bataille des plaines d’Abraham. Le parti de Marois a évité les écueils d’une condamnation sans appel d’un des plus fidèles alliés de la souveraineté. On se demande pourtant jusqu’où ce parti est prêt à aller pour reconquérir la clientèle plus conservatrice de la région de Québec.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le PQ stigmatise un de ses plus fidèles alliés : bien avant M. Bourgeois, qui se souvient de Yves Michaud?

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